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PÈLERINAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE

MESSE DANS LE STADE DE L’ILL À MULHOUSE

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Mardi, 11 octobre 1988

 

1. «L’amour du Seigneur, sans fin je le chante»[1]. 

«Sans fin» cela évoque pour nous deux mille ans de vie chrétienne en Europe. Des siècles de christianisme ici, à Mulhouse. Des racines profondes pour la vie des peuples qui se rencontrent en ce carrefour de nations.

«Ta fidélité, le l’annonce d’âge en âge: / Je le dis, c’est un amour bâti pour toujours»[2]. 

Bâtir la communauté des baptisés, bâtir une tradition dans la foi, c’est l’œuvre de l’amour révélé par l’Evangile du Christ. C’est l’œuvre de Dieu dans la fidélité à son Alliance, et l’œuvre confiée à nos mains et a nos cœurs.

Pourtant, au cours de l’histoire, les bâtisseurs se sont divisés. Aujourd’hui, certains désirent construire sur d’autres fondations que la Bonne Nouvelle apportée par les Apôtres.

C’est pourquoi la vieille Europe a besoin d’une évangélisation nouvelle. Elle doit accueillir à nouveau le Seigneur qui, sans fin, lui garde son amour[3]. 

Frères et cœurs, je suis venu vers vous pour vous encourager à poursuivre le travail de l’évangélisation que vos pères ont entrepris.

Je vous salue, vous qui avez reçu au baptême la grâce de l’Alliance nouvelle!

Je vous salue, communautés chrétiennes d’Alsace du Sud, et je dis aux enfants, venus nombreux participer à cette fête de la foi, ma joie de les voir avec nous. Je salue les évêques présents et les délégations de Bâle, du Pays de Bade, des diocèses de Saint-Dié, de Belfort-Monbéliard.

Je salue votre Archevêque, Monseigneur Brand, et son Auxiliaire, Monseigneur Hégelé, qui m’a accueilli en votre nom à tous. Je leur exprime ma gratitude pour tout le soin qu’ils ont mis à organiser ma visite pastorale.

J’adresse aussi un salut déférent aux Autorités de la région qui ont tenu à participer à cette célébration. Et je remercie particulièrement Monsieur le Maire de Mulhouse pour sa collaboration active qui a rendu possible ce rassemblement.

2. Liebe Brüder und Schwestern! In der ersten Lesung der Liturgie haben wir heute gehört, wie der Apostel Paulus von der brüderlichen Verbindung zwischen den Christen von Thessalonich und denen in Mazedonien spricht. Das sind die ersten Europäer, die das Evangelium empfangen haben. Die Botschaft, die ihnen Paulus übermittelte, hat einen einzigen Ausgangspunkt: Das Wort Gottes, der Sohn des lebendigen Gottes, ist unser Osterlamm, unsere Erlösung. In ihm hat sich Gott mit dem Menschen aller Zeiten in einem neuen und ewigen Bund durch das Kreuz und die Auferstehung Christi verbunden.

Auch der Ausgangspunkt einer neuen Evangelisierung ist und bleibt Christus, der Erlöser des Menschen. Die Völker von heute warten auf die Frohe Botschaft, die so lautet: Gott steht treu zu seinem Bund mit der Menschheit durch den Sohn, der für die Vielen ausgeliefert wurde, am dritten Tage aber von den Toten auferstanden ist und nun bei uns bleibt bis ans Ende der Zeiten. Sein Licht durchdringt das Dunkel des Zweifels. Die Mauern des Hasses har er beseitigt. Der sündige Mensch ist erlöst. Vergebung wird angeboten bis zum letzten Tag. Der Tisch ist gedeckt für Einheit in der Liebe.

An diesem Ende das zweiten Jahrtausends richtet sich der Aufruf des Evangeliums an jeden Menschen, der wohl eine reiche Kultur und Geschichte besitzen mag, aber unsicher ist über die Richtung seines Weges. Möge er sich doch der ganzen Wahrheit öffnen! Möge er den Weg der Bekehrung einschlagen!

Mit Christus, der ihm ein neues Leben erschließt, wird er sagen: »Mein Vater bist du, mein Gott, der Fels meines Heiles«[4]. 

3. Au centre du message évangélique, nous entendons une fois encore les huit béatitudes. Les béatitudes tracent le chemin du Royaume de Dieu à l’homme d’aujourd’hui, formé par la technique et par les médias, à l’homme qui souffre des inégalités et qui s’effraie des conflits, à l’homme qui pense maîtriser le monde et sa propre vie mais se laisse séduire par les illusions d’une liberté désorientée.

Les béatitudes lui répondent. Elles promettent la miséricorde, une terre de paix et de justice, la consolation des cœurs, la joie d’être appelés fils de Dieu, la vision de Dieu dans sa gloire. Chaque béatitude proclame la plénitude de la vie éternelle, elle montre la vocation de l’homme.

«En esprit et en vérité»[5],  les huit béatitudes dressent le portrait du chrétien, parce qu’elles dessinent la figure du Christ lui-même. Il est venu pauvre et libre au milieu des hommes. Il a la douceur de ceux que savent guérir les blessures des autres. Il pleure sur la brebis sans berger et sur les péchés du monde. Il a faim d’une justice à la mesure de Dieu, celle du Maître qui ne dédaigne pas l’ouvrier de la onzième heure. Il est miséricordieux au point de pardonner à ceux qui le mettent à mort. Le cœur pur, il accomplit sans cesse la volonté du Père. Artisan de paix, ayant aimé les siens jusqu’à l’extrême, il leur laisse sa paix et sa joie. Persécuté pour la justice, outragé, il ouvre le Royaume à celui qui meurt avec lui.

O homme, heureux es-tu d’avoir un tel Sauveur!

O homme, heureux es-tu, toi qui as été baptisé dans l’eau qui coule au côté ouvert du Christ en Croix!

Tu peux dire avec le Psaume: «L’amour de Dieu, sans fin je le chante»[6].

4. Par les huit béatitudes, la Parole de Dieu guide le chrétien dans l’imitation du Christ. S’il vit dans leur esprit, il peut se conformer aux exigences de justice, de pureté et de désintéressement que Jésus enseigne dans le discours sur la montagne. Alors, la loi du Christ n’est pas une contrainte, elle dévoile à l’homme la vérité de sa vocation, elle restaure en lui sa condition de fils, à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Jésus nous dit: «Heureux les pauvres de cœur... Heureux les doux... Heureux les cœurs purs». Ce sont les qualités de l’être chrétien. Il ne fait pas l’éloge du dénuement, et cette douceur n’est pas faiblesse. Il nous invite à la joie d’être libres d’entraves même à l’égard de nos possessions matérielles ou affectives, à partager volontiers ce que nous sommes en même temps que ce que nous avons, a ouvrir notre cœur à la présence infiniment aimante de Dieu et à l’espérance de la vie dans le Royaume qui nous est promis.

Jésus nous dit: «Heureux ceux qui pleurent... Heureux les miséricordieux... Heureux les persécutés pour la justice». Il ne se résigne pas au mal qui fait souffrir, ni au péché qui divise et détruit. Il demande, devant la souffrance et le péché, d’entrer en compassion, de vivre le pardon. Il demande d’être fidèle à la justice selon Dieu, à la vérité évangélique, au point d’accepter la contradiction et la persécution. Il demande de savoir offrir comme un don d’amour toutes les formes de la peine des hommes.

Jésus nous dit: «Heureux ceux qui ont faim et soif de justice... Heureux les artisans de paix». Heureux si, de toutes nos forces, de toute notre générosité, nous travaillons à ce que chacun de nos frères ait la chance d’être traité selon sa dignité, à ce que tous ensemble bâtissent la civilisation espérée où «il n’est pas d’amour plus grand que de donner sa vie pour ses amis»[7]! 

5. Au cours des autres étapes de ce voyage, j’ai parlé de plusieurs aspects de la vie ecclésiale à la lumière de l’Evangile. Chez vous, à Mulhouse, je voudrais dire que l’esprit des béatitudes concerne aussi le travail de l’homme.

Mulhouse, ville du labeur, comme le symbolise la roue de son blason. Habitants de Mulhouse, la «ville aux cent cheminées», vous savez ce que veut dire avoir faim et soif de la justice, à l’usine, dans les mines, quand la peine du travail est lourde, et aussi quand on éprouve l’angoisse de perdre la possibilité même de travailler.

Au siècle dernier, inspirés par des prêtres comme Landolin Winterer et Henri Cetty, vous avez été parmi les pionniers du catholicisme social. Vos pères ont voulu préserver la dignité des travailleurs et mieux souder la communauté de la «famille ouvrière», en organisant la solidarité professionnelle et l’entraide, en favorisant l’éducation. C’est le temps où le Pape Léon XIII donnait à la doctrine sociale de l’Eglise son élan de l’époque moderne par l’encyclique «Rerum Novarum».

Dans des conditions aujourd’hui différentes, il est toujours nécessaire de mettre l’homme au premier plan et de ne pas réduire le travail au rang d’une marchandise. Par l’œuvre de son intelligence et de ses mains, la personne humaine est associée par Dieu à son œuvre créatrice. Il est vrai que le travail provoque des souffrances, avec la durée de l’effort et le poids de la fatigue. Mais il est humain de porter cette forme de croix lorsqu’il en naît un bien nouveau: car, par son travail, l’homme se réalise lui-même. Le travail est une source pour sa vie – il lui procure les moyens de vivre –, pour la vie de sa famille. Il lui permet en même temps de développer ses dons, ses aptitudes. Il lui donne la possibilité de servir, d’apporter une contribution au progrès économique et culturel de la société, de transformer la terre pour la rendre habitable au profit de tous. Le travail est source de progrès social: grâce à lui, se resserrent les liens de la communauté des personnes engagées dans les mêmes tâches. Pour les chrétiens, le travail est participation à la vie du Christ qui a travaillé de ses mains, et à son sacrifice rédempteur. Puissent les travailleurs découvrir toutes les dimensions du travail, sans être privés d’aucune de ses valeurs! Nous allons offrir le pain. Il est le fruit de la terre, de la création de Dieu. Il est aussi l’œuvre des mains humaines qui ont broyé des grains à la roue du moulin. En présentant cette offrande au milieu de vous, je prie le Seigneur pour qu’il rassemble les travailleurs dans un «espace social» où chacun trouve sa juste place, où aucun ne soit méprisé, où aucun ne soit privé d’emploi. Je le prie pour que se multiplient sur la terre non seulement «les fruits de notre activité» mais aussi «la dignité de l’homme, la communion fraternelle et la liberté»[8]. 

6. Votre situation, dans ce que vous appelez le «Dreieckland», vous a toujours amenés à des échanges actifs avec les régions voisines de Suisse, d’Allemagne et, en France, des Vosges et de Franche-Comté. De plus, l’activité industrielle et minière de Mulhouse et de l’Alsace du Sud a attiré de nombreux étrangers qui sont entrés dans votre communauté de travail.

Je voudrais saluer ici ceux qui sont venus de pays d’Europe, mes compatriotes de Pologne, les Italiens, les Portugais, et aussi tous ceux qui sont venus d’autres régions du monde.

Mulhouse conserve une antique et heureuse tradition d’hospitalité, respectueuse de cultures et de patrimoines spirituels différents. La règle pour l’accueil de l’autre, nous la trouvons dans la Lettre de saint Paul: «Vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres»[9].  L’amour fraternel n’a pas de frontières. Un artisan de paix reconnaît en tout homme un être aimé de Dieu, quelles que soient ses origines. Par son accueil, le disciple du Seigneur s’efforce d’adoucir chez ceux qui arrivent l’épreuve de l’expatriation. II respecte la vie des familles attachées à leurs coutumes et soucieuses de les transmettre à leurs enfants.

Cette attitude profondément humaine et pacifique, je sais qu’elle correspond largement à ce que vous vivez depuis des générations. De la part des chrétiens cette convivialité – même vécue au niveau modeste du quartier ou du village – sert réellement la cause de la paix et de l’unité à l’intérieur de l’Europe, et aussi entre les Européens et leurs frères des autres régions du monde. Il ne faut pas se contenter d’une sorte de tolérance mutuelle entre étrangers, mais créer des liens autrement profonds: ce qui nous rapproche de tout homme, c’est l’esprit des béatitudes, la soif de justice et de paix, l’amour fraternel que nous avons appris de Dieu.

7. Frères et Sœurs, puissions-nous écouter le premier messager de l’évangélisation en Europe, saint Paul: «Vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu, et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès»[10]! 

Les Apôtres ont annoncé à l’Europe la vérité tout entière. Le baptême a uni des millions d’hommes au Christ rédempteur. Dans l’Eglise, ils sont appelés à former un corps vivant et uni. Et l’Eglise elle-même doit être un signe de fraternité pour tous les hommes.

«Frères, nous vous encourageons à faire encore de nouveaux progrès», en travaillant de vos mains, en construisant l’unité. Comment ne pas en exprimer l’ardent désir dans votre région marquée par les divisions entre chrétiens survenues dans le passé?

«Vous savez bien quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus»[11].  L’évangélisation nouvelle dont l’Europe a besoin trouve dans le message des béatitudes une référence centrale. N’en réduisez pas les exigences!

Méditez la Parole vivante de Dieu. Soyez prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous[12]. 

Transmettez la vérité tout entière à vos enfants par l’enseignement et par le témoignage de la vie chrétienne dans vos familles et vos communautés.

Avec Pierre, je vous dis: «A l’image du Dieu saint qui vous a appelés, soyez saints, vous aussi, dans toute votre conduite»[13]. 

Demeurez fidèles à l’Alliance! Chaque jour, en toute rencontre laissez-vous saisir par le Christ! Et vous pourrez charter avec le Psalmiste:«L’amour du Seigneur, sans fin je le chante; / ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge»[14].


[1] Ps. 89 (88), 2.

[2] Ibid. 2-3.

[3] Cfr. Ps. 30 (29).

[4] Ps. 28 (27).

[5] Io. 4, 23.

[6] Ps. 89 (88), 2.

[7] Io. 15, 13.

[8] Cfr. Ioannis Pauli PP. II Laborem Exercens, 27; Gaudium et Spes, 39.

[9] 1 Thess. 4, 9.

[10] 1 Thess. 4, 1.

[11] Ibid. 4, 2.

[12] Cfr. 1 Petr. 3, 15.

[13] Ibid. 1, 15.

[14] Ps. 89 (88), 2.

 

© Copyright 1988 - Libreria Editrice Vaticana

 

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