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MESSAGE LA FEMME ÉDUCATRICE DE LA PAIX
1. Hommes et femmes de bonne volonté, au début de l'année 1995, le regard tourné vers le nouveau millénaire désormais proche, je vous adresse une fois encore mon ardent appel en faveur de la paix dans le monde. La violence que tant de personnes et de peuples continuent à subir, les guerres qui ensanglantent encore de nombreuses parties du monde, l'injustice qui pèse sur la vie de continents entiers, ne sont plus tolérables. Il est temps de passer des paroles aux actes: les citoyens et les familles, les croyants et les Eglises, les Etats et les Organisations internationales, que tous se sentent appelés à travailler effectivement à la promotion de la paix avec un zèle nouveau ! Nous savons combien cette action est difficile. Pour être efficace et durable, elle ne peut pas en effet se limiter aux aspects extérieurs de la vie commune, mais elle doit influer sur les esprits et s'appuyer sur une conscience renouvelée de la dignité humaine. Il faut le réaffirmer avec force: une vraie paix n'est possible que si, à tous les niveaux, on défend la reconnaissance de la dignité de la personne humaine, donnant à tout individu la possibilité de vivre conformément à sa dignité. "Le fondement de toute société bien ordonnée et féconde, c'est le principe que tout être humain est une personne, c'est-à-dire une nature douée d'intelligence et de volonté libre. Par là même il est sujet de droits et de devoirs, découlant les uns et les autres, ensemble et immédiatement, de sa nature: aussi sont-ils universels, inviolables, inaliénables" (Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris, 11 avril 1963, I: AAS 55 [1963], p. 259).
Cette vérité sur l'homme est la clé de voûte pour résoudre tous les problèmes
relatifs à la promotion de la paix. Faire assimiler cette vérité par
l'éducation, c'est une des voies les plus fécondes et les plus durables pour
affermir la valeur de la paix.
Les femmes et l'éducation à la paix 2. Eduquer à la paix, cela veut dire ouvrir les esprits et les cœurs à l'accueil des valeurs que le Pape Jean XXIII, dans l'encyclique Pacem in terris, déclare fondamentales pour une société pacifique: la vérité, la justice, l'amour et la liberté (Cf. ibid., AAS 55 [1963] p. 259-264). Il s'agit d'un projet éducatif qui concerne toute la vie et dure toute la vie. Il fait de la personne un être responsable de soi et des autres, capable de promouvoir avec courage et intelligence le bien de tout l'homme et de tous les hommes, comme Paul VI aussi eut l'occasion de le souligner dans l'encyclique Populorum progressio (Cf. Paul VI. Encycl. Populorum progressio, 26 mars 1967, n. 14: AAS 59 [1967], p. 264). Cette formation à la paix sera d'autant plus efficace que sera plus coordonnée l'action de ceux qui, à divers titres, partagent des responsabilités éducatives et sociales. Le temps consacré à l'éducation est très bien employé, car il détermine l'avenir de la personne et, par conséquent, de la famille et de toute la société.
Dans cette perspective, je désire adresser mon Message pour cette Journée de la
Paix surtout aux femmes, en leur demandant de se faire, de tout leur être et de
toutes leurs forces, les éducatrices de la paix: qu'elles soient témoins,
messagères et maîtresses de paix dans les relations entre personnes et entre
générations, dans la famille, dans la vie culturelle, sociale et politique des
nations, en particulier dans les situations de conflit et de guerre.
Puissent-elles poursuivre le chemin de la paix déjà parcouru avant elles par de
nombreuses femmes courageuses et prévoyantes !
En communion d'amour
3. Cette invitation adressée particulièrement aux femmes à se faire éducatrices
de paix repose sur la conscience du fait que Dieu leur "confie l'homme, l'être
humain, d'une manière spécifique" (Jean-Paul II, Lettre apost.
Mulieris
dignitatem, 15 août 1988, n. 30 : AAS 80 [1988], p. 1725). Toutefois, cela ne
doit pas être compris dans un sens exclusif, mais selon la logique des rôles
complémentaires dans la vocation commune à l'amour qui appelle les hommes et les
femmes à s'accorder dans leur aspiration à la paix et à la construire ensemble.
Dès les premières pages de la Bible, en effet, le projet de Dieu est
admirablement exprimé : il a voulu que l'homme et la femme soient unis par une
relation de communion profonde, dans une parfaite réciprocité de connaissance et
de don (Cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, n. 371). Chez la femme,
l'homme trouve une interlocutrice avec laquelle il peut dialoguer en totale
parité. Cette aspiration qu'aucun autre être vivant ne peut satisfaire explique
le cri d'admiration qui jaillit spontanément de la bouche de l'homme lorsque la
femme, suivant un symbolisme biblique suggestif, fut formée à partir d'une de
ses côtes : "Pour le coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair !" (Gn
2, 23). C'est le premier cri d'amour qui ait résonné sur la terre !
4. Malheureusement, une longue histoire de péché a altéré et continue d'altérer
le projet originel de Dieu sur le couple, sur l'"être homme" et sur l'"être
femme", en entravant sa pleine réalisation. Il faut y revenir, en le proclamant
avec vigueur, surtout pour que les femmes, qui ont le plus souffert de cette
réalisation manquée, puissent finalement exprimer en plénitude leur féminité et
leur dignité.
Femmes de paix
5. Pour pouvoir éduquer à la paix, la femme doit d'abord la cultiver en
elle-même. La paix intérieure vient de la conscience que l'on a d'être aimé de
Dieu et de la volonté de répondre à son amour. L'histoire est riche d'exemples
admirables de femmes qui, soutenues par cette conviction, ont su faire face avec
succès à des situations difficiles d'exploitation, de discrimination, de
violence et de guerre. 6. La mère a un rôle de tout premier plan dans l'éducation des enfants. A cause du lien particulier qui l'attache à l'enfant surtout dans les premières années de sa vie, elle lui donne le sentiment de sécurité et de confiance sans lequel il lui serait difficile de développer correctement son identité personnelle et d'établir ensuite des relations positives et fécondes avec les autres. Cette relation originelle entre la mère et l'enfant a en outre une valeur éducative toute particulière sur le plan religieux, parce qu'elle permet d'orienter vers Dieu l'esprit et le cœur de l'enfant bien avant que commence une éducation religieuse organisée. Pour cette tâche délicate et décisive, aucune mère ne doit être laissée seule. Les enfants ont besoin de la présence et de l'attention de leurs deux parents qui remplissent leur rôle d'éducateurs d'abord grâce à l'influence de leur propre comportement. La qualité des rapports qui s'instaurent entre les époux a une profonde incidence sur la psychologie de l'enfant et conditionne largement ses relations dans le milieu ambiant, puis celles qu'il nouera tout au long de sa vie. Cette première éducation a une importance capitale. Si les relations avec les parents et avec les autres membres de la famille ont une qualité affectueuse et positive, les enfants apprennent de leur expérience de vie les valeurs qui favorisent la paix : l'amour de la vérité et de la justice, le sens de la liberté responsable, l'estime et le respect de l'autre. En même temps, grandissant dans un cadre accueillant et chaud, ils peuvent percevoir l'amour même de Dieu par son reflet dans leurs relations familiales, et cela les fait mûrir dans un climat spirituel propre à les orienter vers l'ouverture aux autres et au don de soi au prochain. L'éducation à la paix continue naturellement à toutes les étapes de la croissance, et il faut la cultiver particulièrement au cours de la phase difficile de l'adolescence, dans laquelle le passage de l'enfance à l'âge adulte n'est pas sans risques pour les jeunes, appelés à des choix de vie décisifs. 7. Devant le défi de l'éducation, la famille se présente comme "la première école, l'école fondamentale de la vie sociale" (Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. Familiaris consortio, 22 novembre 1981, n. 37 : AAS 74 [1982], p. 127), la première école, l'école fondamentale de la paix. Il n'est donc pas difficile de prévoir les conséquences dramatiques qui surgissent lorsque la famille est marquée par une crise grave qui menace et même bouleverse son équilibre interne. Dans ces circonstances, les femmes sont souvent isolées. Il faut qu'alors, au contraire, elles soient justement aidées de manière convenable, non seulement par la solidarité concrète d'autres familles, de communautés de type religieux ou d'associations privées, mais aussi par l'Etat et par les Organisations internationales, au moyen de structures appropriées de soutien sur les plans humain, social et économique qui leur permettent de faire face aux besoins de leurs enfants, sans être obligées de les priver outre mesure de leur indispensable présence.
8. On constate un autre problème sérieux là où continue la coutume inadmissible
de la discrimination des garçons et des filles, dès leurs premières années. Si
les petites filles, dès leur âge le plus tendre, sont marginalisées ou
considérées comme de moindre valeur, le sens de leur dignité sera gravement
terni et leur développement harmonieux inévitablement compromis. La
discrimination initiale se répercutera sur toute leur existence et empêchera
leur pleine insertion dans la vie sociale.
Les femmes, éducatrices de la paix sociale 9. Lorsque les femmes ont la possibilité de transmettre intégralement leurs dons à toute la communauté, la manière même dont la société se comprend et s'organise s'en trouve transformée positivement, et l'on arrive à une meilleure image de l'unité substantielle de la famille humaine. Cela représente la condition la plus valable pour la consolidation d'une paix authentique. Il est donc très positif que se développe la présence des femmes dans la vie sociale, économique et politique sur les plans local, national et international. Les femmes ont tout à fait le droit de jouer un rôle actif dans tous les secteurs de la vie publique, et leur droit doit être affirmé et défendu, y compris par des instruments juridiques lorsque cela se révèle nécessaire. La reconnaissance du rôle public des femmes ne doit pas diminuer pour autant leur rôle irremplaçable à l'intérieur de la famille : leur contribution au bien et au progrès de la société a là une valeur réellement inestimable, même si elle est peu considérée. A ce propos, je ne me lasserai jamais de demander que l'on avance de manière décisive vers la reconnaissance et vers la promotion d'une réalité si importante. 10. Troublés et inquiets, nous assistons aujourd'hui au crescendo dramatique de tous les genres de violence : non seulement des individus, mais des groupes entiers semblent avoir perdu tout sens du respect devant la vie humaine. Les femmes et même les enfants sont malheureusement parmi les victimes les plus fréquentes de cette violence aveugle. Ce sont là des formes détestables de barbarie qui répugnent profondément à la conscience humaine. Nous sommes tous appelés à faire notre possible pour soulager la société de la tragédie de la guerre et aussi de toutes les violations des droits humains, en commençant par celles du droit indiscutable à la vie dont la personne est dépositaire dès sa conception. Dans la violation du droit à la vie de l'individu humain se trouve déjà en germe la violence extrême de la guerre. C'est pourquoi je demande aux femmes de s'engager toutes et constamment dans le camp de la vie ; je demande en même temps à tous d'aider les femmes qui souffrent et spécialement les enfants, surtout ceux qui sont marqués par le traumatisme douloureux d'expériences de guerre bouleversantes: seule une attention pleine d'amour et de prévenance pourra les amener à regarder de nouveau l'avenir avec confiance et avec espérance. 11. Lorsque mon bien-aimé prédécesseur, le Pape Jean XXIII, vit dans la participation des femmes à la vie publique un des signes de notre temps, il ne manqua pas de prévoir que, conscientes de leur dignité, elles n'admettraient plus d'être considérées comme des instruments (Cf. Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris, 11 avril 1963, I : AAS 55 [1963], p. 267?268).
Les femmes ont le droit d'exiger que leur dignité soit respectée. En même temps,
elles ont le devoir d'œuvrer pour promouvoir la dignité de toutes les personnes,
des hommes comme des femmes.
Marie, modèle de paix 12. Marie, Reine de la paix, est proche des femmes de notre temps par sa maternité, par l'exemple de son ouverture aux besoins des autres, par le témoignage de sa souffrance. Elle vécut avec un grand sens de la responsabilité le projet que Dieu entendait réaliser en elle pour le salut de toute l'humanité. Consciente du prodige que Dieu avait accompli en elle en la faisant devenir Mère de son Fils fait homme, sa première pensée fut d'aller visiter sa cousine âgée Elisabeth pour lui apporter son aide. Cette rencontre lui donna l'occasion d'exprimer, par le chant admirable du Magnificat (Lc 1, 46-55), sa gratitude à Dieu qui avait, avec elle et par elle, inauguré une création nouvelle et une histoire nouvelle. Je demande à la Vierge très sainte de soutenir les hommes et les femmes qui, en se mettant au service de la vie, s'engagent à bâtir la paix. Avec son aide, puissent-ils, devant tous - spécialement ceux qui, dans l'obscurité et dans la souffrance, connaissent la faim et la soif de justice -, témoigner de la présence aimante du Dieu de la paix !
© Copyright 1994 - Libreria Editrice Vaticana
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