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MESSAGE URBI ET ORBI
DU PAPE JEAN-II

PÂQUES 1980

 

1. « Et elle vit que la pierre avait été enlevée. » (Jn 20, 1.)

Dans le récit des événements du jour qui suivit le sabbat, ces paroles sont la clef de l’ensemble.

À l’endroit où avait été déposé Jésus, le soir du vendredi arrive Marie de Magdala, arrivent les autres femmes. Jésus avait été déposé dans un tombeau neuf, creusé dans le roc, dans lequel personne encore n’avait été enseveli. On avait choisi un tombeau au pied du Golgotha, là où Jésus mourut crucifié, après que le centurion lui eût transpercé le côté de sa lance pour constater avec certitude la réalité de sa mort. Jésus fut enveloppé de bandelettes par les mains charitables et affectueuses des Saintes Femmes qui, avec sa mère et avec Jean, le disciple préféré, avaient assisté à son sacrifice suprême. Mais comme le soir tombait rapidement et que commençait le sabbat pascal, ces disciples généreuses et aimantes furent contraintes de reporter l’onction du corps saint et martyrisé du Christ à la prochaine occasion, dès que le permettrait la loi religieuse d’Israël.

Elles se rendent donc au sépulcre le lendemain du sabbat, de bon matin, c’est-à-dire aux premières lueurs de l’aube, préoccupées de la façon de déplacer la grosse pierre qui avait été placée à l’entrée du tombeau, lequel, par surcroît, avait été également mis sous scellés.

Et voici que, arrivées sur place, elles virent que la pierre avait été ôtée du tombeau.

2. Cette pierre installée à l’entrée de la tombe était devenue avant tout un témoin muet de la mort du Fils de l’Homme. C’est une pierre semblable qui marquait, au cimetière de Jérusalem, le terme de la vie de tant d’hommes de ce temps, et même de tous les hommes dans les cimetières de la terre.

Sous le poids de la pierre tombale, derrière la barrière massive qu’elle constitue, s’accomplit, dans le silence du sépulcre, l’œuvre de la mort : l’homme tiré de la poussière se transforme lentement en poussière.

La pierre placée le soir du Vendredi saint sur la tombe de Jésus est devenue, comme toutes les pierres tombales, le témoin muet de la mort de l’homme, du Fils de l’Homme.

Quel témoignage donne cette pierre le lendemain du sabbat, aux premières heures du jour ?

Que dit-elle ? Qu’annonce donc la pierre ôtée du sépulcre ?

Dans l’Évangile, il n’y a pas de réponse humaine adéquate qui soit toute prête. Elle n’apparaît pas sur les lèvres de Marie de Magdala. Quand, épouvantée par l’absence du corps de Jésus dans le tombeau, la femme court avertir Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, son langage humain trouve seulement ces mots pour exprimer ce qui s’est produit : « On a enlevé le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis. » (Jn 20, 2.)

Simon Pierre et l’autre disciple se rendirent eux aussi en toute hâte au sépulcre et Pierre, en entrant, vit les bandelettes par terre et dans un endroit à part, le suaire qui avait recouvert la tête de Jésus (Jn 20, 7).

C’est alors qu’entra aussi l’autre disciple : il vit et il crut.

Aucun des deux « n’avait encore compris que, d’après l’Écriture.

Jésus devait ressusciter d’entre les morts » (Jn 20, 9).

Ils virent et ils comprirent que les hommes n’avaient pas réussi à faire disparaître Jésus avec la pierre du tombeau en la scellant du sceau de la mort.

3. L’Église qui, aujourd’hui comme chaque année, conclut son triduum pascal en ce dimanche de la Résurrection chante joyeusement les paroles du psaume ancien :

« Rendez grâce au Seigneur :
Il est bon, éternel est son amour.
Que le peuple d’Israël le proclame :
Éternel est son amour…
Le bras du Seigneur s’est levé,
Le bras du Seigneur est prodigue.
Non je ne mourrai pas, je vivrai,
Pour annoncer les actions du Seigneur.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
Est maintenant la pierre d’angle :
Cela, c’est l’œuvre du Seigneur,
Une merveille que nos yeux ont vue. »
(Ps 117-118, 1-2, 16-17, 22-23.)

Les artisans de la mort du Fils de l’Homme « assurèrent la surveillance du tombeau en y plaçant des gardes et en mettant les scellés sur la pierre » (Mt 27, 66).

Bien des fois, les bâtisseurs du monde pour lequel le Christ a voulu mourir ont cherché à mettre une pierre définitive sur sa tombe.

Mais la pierre reste toujours à côté du tombeau ; la pierre, témoin de la mort, est devenue témoin de la Résurrection : « Le bras du Seigneur est prodigieux. » (Ps 117-118, 16.)

4. L’Église annonce sans cesse et toujours de nouveau la résurrection du Christ. Avec joie l’Église répète aux hommes les paroles prononcées par les anges et par les femmes en ce matin radieux où la mort fut vaincue.

L’Église annonce qu’il est vivant, Celui qui est devenu notre Pâque. Celui qui est mort sur la croix révèle la plénitude de la vie.

Ce monde qui, malheureusement, semble vouloir aujourd’hui, de diverses manières, la « mort de Dieu », qu’il écoute le message de la Résurrection.

Vous tous qui annoncez « la mort de Dieu », qui cherchez à bannir Dieu du monde humain, arrêtez-vous et pensez que « la mort de Dieu » porte aussi en soi, fatalement, la « mort de l’homme ».

Le Christ est ressuscité pour que l’homme trouve le sens authentique de l’existence, pour que l’homme vive en plénitude sa propre vie : pour que l’homme, qui vient de Dieu, vive en Dieu.

Le Christ est ressuscité. Il est la pierre angulaire. Déjà, en son temps, on a essayé de le rejeter et de l’écraser avec la pierre gardée et scellée du tombeau. Mais cette pierre fut enlevée. Le Christ est ressuscité.

Ne repoussez pas le Christ, vous qui construisez le monde humain.

Vous qui, de quelque manière et en quelque secteur que ce soit, construisez le monde d’aujourd’hui et de demain : le monde de la culture et de la civilisation, le monde de l’économie et de la politique, le monde de la science et de l’information.

Vous qui construisez le monde de la paix… ou de la guerre ? Le monde de l’ordre… ou de la terreur ? Ne rejetez pas le Christ : il est la pierre angulaire.

Qu’aucun homme ne le rejette parce que chacun est responsable de son destin : constructeur ou destructeur de sa propre existence.

Le Christ est ressuscité avant que son ange ait enlevé la pierre tombale. Il s’est révélé comme la pierre angulaire sur laquelle se construit l’histoire de l’humanité entière et celle de chacun de nous.

5. Chers frères et sœurs ! Accueillons avec une joie sincère ce jour tant attendu ! Nous tous qui accueillons le Christ comme pierre angulaire, partageons avec une vive joie le message de Pâques.

Grâce à cette pierre angulaire qui unit, construisons notre commune espérance avec nos frères d’Orient et d’Occident dans le Christ, avec ceux que n’unissent pas encore la pleine communion et l’unité parfaite.

Acceptez de nous, chers frères, le baiser pascal de la paix et de l’amour. Que le Christ ressuscité réveille en nous un désir encore plus grand de cette unité pour laquelle il a prié la veille de sa Passion.

Ne cessons pas de prier pour elle en même temps que lui. Mettons notre confiance dans la force de la croix et de la Résurrection ; cette force est plus puissante que la faiblesse de toute division humaine.

Frères très chers, je vous annonce la grande joie de l’ « Alleluia ».

6. L’Église aborde aujourd’hui chaque homme avec son souhait pascal : le souhait de construire le monde sur le Christ, souhait qu’elle étend à la famille humaine entière.

Puissent ceux qui partagent avec nous le message de la Résurrection et la joie pascale accueillir ce souhait, et aussi ceux qui, malheureusement n’y participent pas. Le Christ « notre Pâque », ne cesse jamais d’être pèlerin avec nous sur le chemin de l’Histoire, et chacun peut le rencontrer car il ne cesse pas non plus d’être le frère de l’homme à chaque époque et à chaque instant.

C’est en son nom que je parle aujourd’hui à tous et qu’à tous j’adresse les voeux les plus fervents et les plus saints.

Le Christ est vraiment ressuscité, Alleluia !

 

© Copyright 1980 - Libreria Editrice Vaticana


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