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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL  II
AUX PARTICIPANTS AU SYNODE
DU PATRIARCAT CATHOLIQUE ARMÉNIEN

Castelgandolfo
Samedi, 26 août 1989

Béatitude,
Chers Frères dans l’épiscopat,

1. C’est avec une grande joie que je vous accueille aujourd’hui. Vous êtes réunis en synode, fidèles à une très ancienne tradition de l’Eglise. Eusèbe de Césarée ne nous dit-il pas que, lors de la controverse pascale du deuxième siècle, les évêques se réunissaient en synode par province[1]? Les plus anciennes lois canoniques sur les synodes les considèrent comme la vraie manière de traiter les affaires ecclésiastiques et leur donnent pour but d’assurer la concorde parmi les évêques, «afin que Dieu soit glorifié par le Christ dans le Saint Esprit»[2]. 

2. Dans ce synode, vous avez à pourvoir des sièges épiscopaux vacants et c’est là, depuis des siècles, une des principales responsabilités des synodes[3]. Cette tâche est étroitement liée à l’unité et à la concorde de l’Eglise, car il s’agit de choisir ceux qui devront guider les fidèles confiés à leur sollicitude pastorale sur les chemins de la foi «transmise aux saints une fois pour toutes»[4], et dans le progrès de la vie chrétienne.

Dans la perspective de cet apostolat essentiel, vous pensez naturellement à vos premiers collaborateurs, les prêtres, ainsi qu’aux séminaristes qui se préparent à les rejoindre. Ayez à cœur de développer en eux le «sens de l’Eglise» qui est si profondément enraciné dans la spiritualité arménienne. Et, d’une manière générale, une formation solide et équilibrée importe d’autant plus pour les prêtres que, bien souvent, il leur revient de conserver et de transmettre les traditions de votre peuple.

Je sais que vous êtes particulièrement soucieux aussi de former des laïcs actifs et responsables: votre vénéré Patriarche l’a opportunément souligné dans une lettre pastorale, au lendemain du Synode des évêques consacré à la vocation et à la mission des laïcs dans l’Eglise et dans le monde.

3. Vous consacrez une large part de ce synode au renouveau de votre liturgie. Là aussi, vous êtes au cœur de votre mission et dans l’esprit du deuxième Concile du Vatican: «Puisque le Saint Concile se propose de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles..., il estime qu’il lui revient à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie... La liturgie est le sommet auquel tend l’action de l’Eglise, et en même temps la source d’où découle toute sa force»[5]. Et ailleurs le Concile insiste: «La principale manifestation de l’Eglise consiste dans la participation plénière et active de tout le saint peuple de Dieu aux mêmes célébrations liturgiques, surtout dans la même Eucharistie, dans une seule prière, auprès de l’autel unique où préside l’évêque entouré de son presbyterium et de ses ministres»[6]. 

La participation plénière et active de tous à la célébration, c’est là le but du renouveau liturgique que vous réalisez avec décision et dans la concorde. De sérieuses études l’ont préparé. Il s’agissait de retrouver dans toute sa pureté l’esprit originel de votre liturgie, si profondément liée au génie de votre peuple et à sa culture. Elle s’est formée dans cette culture et, à son tour, elle l’a inspirée et nourrie au cours de son développement. Comment ne pas évoquer ici saint Grégoire de Narek: son œuvre, d’inspiration biblique, a marqué votre liturgie; mais elle est aussi une des gloires les plus éclatantes de la poésie arménienne.

Travailler au renouveau liturgique, ce n’est pas faire de l’archéologie. Il s’agit de rendre à la liturgie ses formes authentiques et simples, en harmonie avec la mentalité de votre peuple. Si pour cela vous devez élaguer des formes et des développements adventices, résultats d’influences diverses provenant de traditions liturgiques et paraliturgiques étrangères à votre tradition arménienne, il est possible que, ce faisant, vous ayez aussi à redresser certaines habitudes populaires. Vous le ferez, j’en suis sûr, avec fermeté et délicatesse, ayant toujours comme but la participation plénière et active de tous aux célébrations afin que, d’un seul cœur et d’une seule voix, dans l’harmonie, Dieu soit glorifié par le Christ que votre sainte liturgie acclame comme «Agneau et Pain céleste, Grand-Prêtre et Victime, car c’est Lui qui donne et c’est Lui qui nous est donné».

4. L’unité et la concorde, dont votre synode est l’instrument à l’intérieur de votre Eglise arménienne catholique, vous les réalisez aussi avec toute la famille catholique en prenant part aux assemblées de la hiérarchie des divers pays du Proche Orient ou aux conférences épiscopales des pays de votre diaspora. L’unité et la concorde sont une exigence primordiale du témoignage que nous devons donner partout, mais dans le Proche Orient d’aujourd’hui, c’est, plus que jamais, une nécessité vitale pour les chrétiens. Je dis bien pour tous les chrétiens, et pas seulement pour les catholiques. Ce n’est que dans une bonne entente constructive qu’ils pourront efficacement contribuer à la réconciliation de tous et au rétablissement de la paix dans le respect mutuel et la justice pour tous.

Béatitude, vous avez votre siège au Liban. L’atroce agonie de cette terre biblique ne vous a pas permis de réunir le synode à Bzommar. Dans la prière, vous portez les souffrances et les angoisses de vos nombreux fidèles qui avaient trouvé refuge dans le pays des cèdres. Que le peuple arménien brille par sa foi et ses œuvres et apporte sa contribution spécifique è la renaissance du Liban que tous appellent ardemment de leurs vœux!

Vous savez combien je suis moi-même angoissé de voir se prolonger la terrible situation actuelle, combien je désirerais pouvoir contribuer à hâter le retour à la paix dans un Liban où les divers groupes constituant la nation se retrouveraient de nouveau dans une fraternelle collaboration et une saine émulation en vue du bien commun et dans l’amitié avec les pays voisins. Intensifions notre supplication à l’Agneau immolé et debout, au Seigneur de l’histoire, afin que, changeant le cœur des hommes, il réalise ce à quoi nos efforts n’ont pu aboutir jusqu’à présent.

5. Je voudrais évoquer aussi, chers Frères, la grande épreuve qu’a été pour le peuple arménien le tremblement de terre dans la République d’Arménie. Cet événement tragique a été l’occasion d’un grand élan de solidarité chrétienne, signe d’une vraie charité désintéressée. J’ai demandé aussitôt au Caridnal Etchegaray, président du Conseil pontifical «Cor unum», de coordonner l’aide des catholiques et je suis heureux de voir que cette action de secours se poursuit méthodiquement, en claire collaboration avec d’autres organisations chrétiennes et en lien étroit avec le Catholicosat d’Etchmiadzine. Lors de la récente réunion du Comité central du Conseil œcuménique des Eglises, le représentant de Sa Sainteté le Catholicos Vasken Ier a bien voulu dire publiquement sa reconnaissance pour l’aide reçue de l’Eglise catholique par l’intermédiaire de la Caritas internationalis.

Vous avez vous-même, Béatitude, rendu visite à Sa Sainteté le Catholicos Vasken, et l’accueil fraternel que vous avez reçu vous a aidé à prendre une vue plus exacte des besoins immenses de la reconstruction et vous a permis d’assumer des responsabilités précises dans cet immense effort. Je voudrais espérer que cette solidarité, au-delà de ses effets concrets, puisse faire progresser tous les Arméniens vers la pleine communion retrouvée. Durant les siècles d’épreuve, l’Eglise a été à la fois la cœur et l’ossature de la nation.

Son unité doit être un facteur décisif pour l’avènement de jours meilleurs. Je sais, Béatitude, vos relations fraternelles avec le Catholicos d’Antélias, Sa Sainteté Karekine II Sarkissian, que j’ai eu la joie de recevoir à Rome. Je sais aussi qu’un des évêques de votre synode est président de la commission œcuménique de la Conférence épiscopale de Turquie et qu’il entretient des relations fraternelles avec le Patriarche Snork Kaloustian, auquel j’ai rendu visite lors de mon inoubliable voyage à Istanbul. Ce sont, parmi d’autres, autant de signes de l’action de l’Esprit qui rassemble son peuple. Demandons-lui de donner à tous et à chacun d’être attentifs à «ce qu’il dit aux Eglises»[7] et dociles à ses inspirations.

6. A travers vous, vénérables Frères, je vois tout le peuple que vous représentez: un peuple qui a été affronté aux souffrances et aux épreuves les plus cruelles. Je ne puis que vous assurer de ma compréhension. Mais, au-delà des événements dont tout Arménien se souvient, il incombe en particulier aux chrétiens d’œuvrer sans relâche pour que les préjugés, la haine et les ressentiments ne prévalent pas sur les efforts que tant d’hommes de bonne volonté entreprennent en vue d’une réconciliation authentique entre les groupes et les peuples.

La vraie paix dépend du pardon des offenses et de la collaboration de tous pour que plus jamais ne se répètent des tragédies indignes de l’homme.

Tels sont les vœux que je forme pour vous, chers Frères, pour l’Eglise arménienne catholique, pour toute la nation arménienne, pour tous les peuples au milieu desquels vous vivez.

Portez aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et aux fidèles de vos communautés le salut affectueux du successeur de Pierre.

Je prie le Seigneur de vous accorder à tous la grâce de sa Bénédiction.


[1] Eusebii Caesariensis Hist. Eccl, V, XXIII, 2-3.

[2] Cfr. XXXIV can. «Apostolorum» dictum.

[3] Cfr. Conc. Nic. I, can. 4.

[4] Ibid. can. 3.

[5] Sacrosanctum Concilium, 1. 10.

[6] Ibid. 41.

[7] Apoc. 2, 7.

 

 

© Copyright 1989 - Libreria Editrice Vaticana

 

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