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04 - 03.10.2005
RÉSUMÉ
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PREMIERE CONGREGATION GENERALE (LUNDI 3 OCTOBRE 2005, MATIN)
♦ AVIS
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PREMIERE CONGREGATION GENERALE (LUNDI 3 OCTOBRE 2005, MATIN)
Ce matin, lundi 3 octobre 2005, à 09h00, à la présence du Saint-Père,
dans la Salle du Synode du Vatican, avec le chant de l’office de
Tierce, ouvert par l’hymne du Veni, Creator Spiritus, ont débuté les
travaux de la XI Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques,
avec la Première Congrégation Générale. Le Saint-Père Benoît XVI a
tenu la réflexion.
Le Président délégué du jour était S. Ém. le Card. Francis ARINZE,
Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des
Sacrements.
L’assemblée synodale ouverte hier par Benoît XVI, qui a présidé la
Solennelle Concélébration Eucharistique dans la Basilique
Patriarcale Saint-Pierre au Vatican, réunira jusqu’au 23 octobre
2005, une représentation des Prélats du monde sur le thème: L’Eucharistie:
source et sommet de la vie et de la mission de l’Église.
Lors de cette première Congrégation Générale, sont intervenus le
Président Délégué, S. Ém. le Card. Francis ARINZE, Préfet de la
Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements,
pour les salutations du Président Délégué; S. Exc. Mgr Nikola
ETEROVIĆ, Secrétaire Général du Synode des Évêques, pour le Rapport
du Secrétaire Général; S. Ém. le Card. Angelo SCOLA, Patriarche de
Venise (Italie), pour le Rapport avant le débat général du
Rapporteur général.
Nous publions ci-dessous le texte intégral des interventions
prononcées en Salle:
●
SALUTATION DU PRESIDENT DELEGUE, S. EM. LE CARD. FRANCIS ARINZE,
PREFET DE LA CONGREGATION POUR LE CULTE DIVIN ET LA DISCIPLINE DES
SACREMENTS
●
RAPPORT DU SECRETAIRE GENERAL DU SYNODE DES EVEQUES, S. EXC. MGR
NIKOLA ETEROVIĆ
●
RAPPORT AVANT LE DEBAT GENERAL DU RAPPORTEUR GENERAL, S. EM. LE
CARD. ANGELO SCOLA, PATRIARCHE DE VENISE (ITALIE)
La première Congrégation Générale de la XI Assemblée Générale
Ordinaire du Synode des Évêques s’est conclue à 12h20 avec la prière
de l’Angelus Domini présidée par le Saint-Père.
241 Pères Synodaux étaient présents.
La deuxième Congrégation Générale, au cours de laquelle débutera la
discussion générale sur le thème synodal, aura lieu cet après-midi,
3 octobre 2005, à 16h30.
●
SALUTATION DU PRESIDENT DELEGUE, S. EM. LE CARD. FRANCIS ARINZE,
PREFET DE LA CONGREGATION POUR LE CULTE DIVIN ET LA DISCIPLINE DES
SACREMENTS
Très Saint Père
1. Avec un esprit de foi, avec notre action de grâce à la Divine
Providence pour Votre Pontificat, dans la joie chrétienne, mais
également avec un sens de responsabilité, nous sommes ici convoqués
par Votre Sainteté, Successeur de Pierre et Vicaire du Christ. Cette
XI Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, d’abord
convoquée par Votre Prédécesseur, de vénérée et inoubliable mémoire,
le Serviteur de Dieu, le Pape Jean-Paul II, puis convoquée à nouveau
par Votre Sainteté peu de temps après votre élection sur la Chaire
de Pierre, nous offre l’occasion de réfléchir sur un thème qui
touche le cœur et la vie de l’Église: “L’Eucharistie: source et
sommet de la vie et de la mission de l’Église”.
2. Ce n’est pas un secret que le mystère eucharistique est un thème
extrêmement cher à Votre Sainteté. En effet, dans la première
homélie prononcée par Votre Sainteté le matin suivant votre élection,
le 20 avril 2005, dans la Chapelle Sixtine, vous déclariez entre
autres aux Cardinaux et au monde: “De manière plus que
significative, mon Pontificat commence alors que l’Église vit l’Année
spéciale consacrée à l’Eucharistie. Comment ne pas saisir dans cette
coïncidence providentielle un élément qui doit caractériser le
ministère auquel j’ai été appelé? L’Eucharistie, coeur de la vie
chrétienne et source de la mission évangélisatrice de l’Église, ne
peut que constituer le centre permanent et la source du service
pétrinien qui m’a été confié” (Homélie du 20 avril 2005, nº 4, dans
L’Osservatore Romano nº 94 du 21 avril 2005, p. 9).
3. Il est d’une grande importance pour l’Église que les
représentants du Collège des Évêques de toute l’Église se réunissent
autour du Successeur de Pierre pour réfléchir et prier sur le grand
Mystère de la Foi. Nous venons des Églises particulières ou de
diocèses en tant que représentants des Conférences épiscopales et
des Églises orientales, mais également de la Curie Romaine, de
l’Union des Supérieurs généraux, et certains d’entre nous ont été
nommés par Votre Sainteté.
Nous venons pour réfléchir sur un thème qui touche le cœur battant
de la vie de l’Église. La Très Sainte Eucharistie, en effet, comme
le dit le Concile Vatican II, “contient tout le trésor spirituel de
l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque” (Presbyt.
Ordinis, nº 5). L’Eucharistie “a sa place au centre de la vie
ecclésiale” (Eccl. de Euch., nº 3).
Pendant deux ans, toute l’Église a réfléchi, discuté, médité et prié
de manière particulière sur le Mystère eucharistique. Les
Conférences épiscopales, les Synodes des Églises orientales, les
diocèses, les paroisses, les instituts supérieurs d’étude
catholiques, les séminaires, les monastères, les instituts religieux,
les associations ou les mouvements catholiques et d’autres groupes
dans l’Église ont pris des initiatives dans ce sens. Voici à présent
réunie cette noble Assemblée qui tente de recueillir ensemble les
fruits de ces contributions avec à sa tête le Vicaire du Christ et
Successeur de Pierre. 4.Bénissez-nous, Saint-Père. Guidez-nous.
Accompagnez-nous.
Puisse la Vierge Marie, “femme eucharistique” (Eccl. De Euch., nº
53), intercéder pour nous.
Puisse l’Esprit Saint nous donner la lumière, la foi, la sagesse, la
charité pastorale, le courage évangélique, la joie de l’annonce et
la conscience de notre responsabilité devant Dieu, devant l’Église
et devant le monde également, de faire notre devoir au cours de ces
trois semaines pour le bien du saint peuple de Dieu.
[00019-03.06] [NNNNN] [Texte original: italien]
● RAPPORT DU SECRETAIRE GENERAL DU SYNODE DES EVEQUES, S. EXC. MGR
NIKOLA ETEROVIĆ
Saint-Père,
Éminentissimes et Excellentissimes Pères,
Chers frères et soeurs,
Pour la première fois en qualité de Secrétaire général du Synode des
Évêques, j’ai l’honneur d’adresser la parole aux membres de cette
Assemblée illustre, en saluant bien volontiers tous les présents
avec les mots de Saint Paul Apôtre: “à vous grâce et paix de par
Dieu, notre Père, et le Seigneur Jésus-Christ” (1 Co 1, 3).
Je présente mes salutations les plus respectueuses au Saint-Père
Benoît XVI qui préside la première Assemblée du Synode des Évêques
de son pontificat. Dans le même temps, je remercie Sa Sainteté d’avoir
confirmé la convocation de la présente réunion synodale et d’en
avoir suivi de près la préparation. Au nom de tous les Pères
synodaux, je lui suis reconnaissant d’avance de sa présence et de
toute contribution précieuse qu’il offrira au déroulement des
travaux, dont le but est de promouvoir la vie et la mission de l’Eglise
universelle, sous le signe de l’Eucharistie.
Je salue cordialement les 256 membres de la XI Assemblée Générale
Ordinaire du Synode des Évêques, dont 177 membres élus, 40 nommés
par le Pape, 39 ex officio et 10 Supérieurs généraux. Parmi eux
figurent 55 cardinaux, 8 patriarches, 82 archevêques, 123 évêques et
12 religieux. Quant aux fonctions qu’ils occupent, il y a 36
Présidents de Conférence épiscopale, 234 Ordinaires, 4 Coadjuteurs,
14 Auxiliaires et 4 Émérites.
Les Pères synodaux mentionnés proviennent de tous les continents, c’est-à-dire
50 d’Afrique, 59 d’Amérique, 44 d’Asie,95 d’Europe et 8 d’Océanie.
En les remerciant d’avoir accepté notre invitation, j’exprime mes
sentiments respectueux aux Délégués fraternels, qui représentent 12
Églises et communautés ecclésiales.
Je salue également très sincèrement les Auditeurs, les Experts, les
Assistants, les Traducteurs et le personnel technique, dont la
collaboration est fondamentale pour un bon déroulement des travaux.
Enfin, je salue et je remercie tout spécialement les généreux
Collaborateurs de la Secrétairerie générale du Synode des Évêques,
qui, par leur travail, m’ont particulièrement aidé dans cette
première expérience synodale.
Comme l’Apôtre des gentils, je souhaite à tous grâce et paix, dons
par lesquels Dieu Un et Trine bénira nos travaux collégiaux pour le
bien de l’Eglise et de l’humanité.
Ce rapport est composé de six parties:
I) Observations préliminaires;
II) Période entre la X et la XI Assemblée Générale Ordinaire;
III) Préparation de la XI Assemblée Générale Ordinaire;
IV) Nouveautés dans la méthodologie synodale;
V) Activités de la Secrétairerie générale du Synode des Évêques;
VI) Conclusion.
I) Observations préliminaires
“J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de
souffrir” (Lc 22, 15). Par ces mots prononcés lors de la dernière
cène, Jésus-Christ introduit le récit de l’institution du sacrement
de l’Eucharistie. Les trois Évangiles synoptiques concordent sur la
signification des mots prononcés sur le pain et sur le vin qui, par
la grâce du Saint-Esprit, sont devenus le corps et le sang du
Seigneur Jésus (cf. Mt 26, 26-28; Mc 14, 22-25; Lc 22, 14-20). Ces
mots furent accompagnés par des gestes concrets: “Jésus prit du pain,
le bénit, le rompit et le donna aux disciples” (Mt 26,26). Ces mots
et ces gestes indiquent clairement la volonté de Jésus-Christ d’instituer
l’Eucharistie dans le cadre du repas pascal juif, préfiguration de
sa mort et résurrection, anticipation du banquet eschatologique des
noces de l’Agneau immolé. Le récit de l’évangéliste Jean (cf. Jn
chapitre 6) souligne davantage encore que Jésus de Nazareth
préparait depuis longtemps son grand sacrement. En effet,
pratiquement dès le début de son activité publique, Il se présenta
aux gens comme le pain vivant, descendu du ciel pour la vie du monde
(cf. Jn 6, 51).
L’Eucharistie que Jésus institua en présence des apôtres, réunis
avec Lui autour de la table, est inséparablement liée à l’Église,
depuis le commencement jusqu’à la fin des temps. Par la volonté
explicite du Seigneur, “faites-le en mémoire de moi” (1 Co 11, 24),
le sacrement de l’Eucharistie, célébré au sein de l’Église, devait
être transmis de génération en génération comme l’héritage le plus
précieux, comme le Testament d’amour du Seigneur. Il s’agit de
Tradition sainte, comme le témoigne Saint Paul dans la Première
Lettre aux Corinthiens (cf. 1 Co 11, 23- 26), qui par la divine
Providence est parvenue jusqu’à nous dans sa pureté originale. Nous
devons sans cesse remercier Dieu Un et Trine pour cette grâce
inestimable, parce que l’Eucharistie, grand don et mystère, continue
à être célébrée, adorée et vécue au sein de l’Église. Elle
représente le coeur de l’Église, la source et le sommet de sa vie et
de son activité d’évangélisation et de promotion humaine.
Héritage spirituel du Pape Jean-Paul II
C’est le Pape Jean-Paul II de vénérable mémoire qui a voulu que le
thème de la XI Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques
soit axé sur l’Eucharistie. Ceux qui connaissent bien l’oeuvre et la
mission ecclésiale du Serviteur de Dieu ne pourront pas ne pas y
percevoir des rappels significatifs de l’exemple du seul Maître et
Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme.
En effet, la redécouverte de l’Eucharistie, célébrée et vécue d’une
manière adéquate au sein de l’Eglise, semble être aussi le contenu
du Testament spirituel du Pape Jean-Paul II . En sentant que son
heure approchait, il essaya, avec l’Esprit du Seigneur, de
concentrer ses énergies sur l’essentiel, c’est-à-dire sur le Très
Saint Sacrement. La présence admirable du Seigneur glorieux sous les
espèces du pain et du vin fut le soutien de sa foi vivante, la
source de sa grande espérance et le motif de sa charité incisive.
Cette expérience, accumulée surtout au cours de ses 59 ans de
sacerdoce, dont 44 vécus en tant qu’Évêque, a poussé le regretté
Pontife à proposer le thème de l’Eucharistie à la réflexion de l’Église
universelle. Sa dernière encyclique était Ecclesia de Eucharistia,
son avant-dernière Lettre apostolique Mane nobiscum Domine. La
dernière initiative pastorale prise pour l’Église universelle est l’Année
de l’Eucharistie. Dans cette optique, il n’est pas étonnant que la
XI Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques ait pour thème
l’Eucharistie. Sa célébration marque la conclusion de l’Année de l’Eucharistie.
Entamée par le Pape Jean-Paul II, la préparation de la XI Assemblée
Générale Ordinaire sera menée à terme par son successeur, le
Saint-Père Benoît XVI. L’annonce de la présence de Jésus-Chist dans
l’Eucharistie, Testament de son amour divin, demeure la source
inépuisable de la vie et de la mission de l’Église. L’expérience de
foi eucharistique vécue par le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, qu’il
nous a laissée comme héritage spirituel, ne manquera pas d’influer
aussi de manière positive l’activité de la réunion synodale qui
commence ses travaux.
Dans le choix du thème de la XI Assemblée Générale Ordinaire, on
peut percevoir également une intuition prophétique du Pape Jean-Paul
II. Il a voulu favoriser, au niveau de l’Église catholique, la
réflexion sur la pratique eucharistique, en examinant comment les
Églises particulières appliquent-elles les grands discours du
Magistère sur le Sacrement sublime de la présence vraie, réelle et
substantielle de Jésus-Christ ressuscité dans l’Eucharistie, source
de l’unité et de la communion ecclésiale. Il souhaitait vérifier
comment le sacrement de l’Eucharistie est-il perçu et vécu et quelle
est son influence sur la vie des fidèles, des familles, des
communautés et de la société tout entière. Son intention
fondamentale était de relancer l’Eucharistie, don inestimable de
Dieu à son Église, par une catéchèse appropriée à tous les niveaux,
un culte liturgique rénové, un service renforcé de la charité, qui a
sa source permanente dans le pain rompu pour nous les hommes et dans
le vin versé pour notre salut.
II) Activités entre la X et la XI Assemblée Générale Ordinaire
Hommage à l’Éminentissime Card. Jan Pieter Schotte
En évoquant dans cette réunion collégiale l’héritage spirituel du
Pape Jean-Paul II, il est juste de rappeler, en rendant grâce au
Seigneur, l’un de ses collaborateurs les plus proches, Son Éminence
Monsieur le Cardinal Jan Pieter Schotte, C.I.C.M., qui, pendant
presque 19 ans, fut le Secrétaire général du Synode des Évêques. Au
cours de cette période, cet Éminentissime Cardinal a offert des
services ecclésiaux précieux. Notamment, il a organisé 12 Assemblées
synodales, dont 4 (1987; 1990; 1994; 2001) Assemblées générales
ordinaires, 1 (en 1985) Assemblée générale extraordinaire et 7
Assemblées spéciales (en 1991 Ière pour l’Europe; en 1994 pour l’Afrique;
en 1995 pour le Liban; en 1997 pour l’Amérique; en 1998 pour l’Asie;
en 1998 pour l’Océanie; en 1999 IIème pour l’Europe). Son Éminence
le Card. Jan Pieter Schotte entama aussi la préparation de la XI
Assemblée Générale Ordinaire. Quelques mois avant que le Seigneur de
la vie ne le rappelle à Lui, le 10 janvier 2005, le Pape Jean-Paul
II voulut me nommer, le 11 février 2004, pour lui succéder au bureau
de la Secrétairerie générale du Synode des Évêques. Cette succession
a eu lieu aussi sous le signe du mystère de l’Eucharistie, thème de
la XI Assemblée Générale Ordinaire, car j’ai pris le relais du
Cardinal Schotte alors que le chemin synodal était déjà engagé et
certainement inséré dans une tradition bien affermie donnant des
résultats très positifs.
En effet, après avoir terminé avec succès la X Assemblée Générale
Ordinaire, sur le thème L’Évêque: Serviteur de l’Évangile de
Jésus-Christ pour l’espérance du monde, célébrée du 30 septembre au
27 octobre 2001, Son Éminence le Cardinal Jan Pieter Schotte a
commencé, en étroite collaboration avec le Souverain Pontife, la
préparation de la XI Assemblée Générale Ordinaire.
Avant la conclusion de la X Assemblée Générale Ordinaire, le 26
octobre 2001, S. Ém. le Card. Secrétaire général présida la première
réunion du Xème Conseil ordinaire, nouvellement créé, en soulignant
que 6 Pères synodaux faisaient partie pour la première fois d’un tel
organisme collégial. Après avoir approfondi mutuellement leur
connaissance, les membres furent informés des tâches du Conseil
ordinaire, conformément aux règles en vigueur du Synode des Évêques.
Notamment, on affirma que le Conseil est appelé à garder vivant
l’esprit collégial de la réunion synodale et à proposer de nouveau
le contenu des Propositions, résultat prééminent du Synode des
Évêques, dans un document à soumettre au Saint-Père en vue de la
publication de l’Exhortation post-synodale.
Le Xème Conseil ordinaire s’est réuni 8 fois, depuis février 2002
jusqu’en novembre 2004, plus précisément la deuxième réunion s’est
déroulée du 6 au 8 février 2002, la troisième les 13 et 14 juin
2002, la quatrième du 5 au 7 novembre2002, la cinquième du 26 au 27
mars 2003, la sixième du 1er au 2 juillet 2003, la septième du 23 au
24 octobre 2003 et la huitième les 16 et 17 novembre 2004.
Les quatre premières réunions se sont concentrées presque
exclusivement sur la réélaboration du matériel de la X Assemblée
Générale Ordinaire; en vue de la rédaction de l’Exhortation
post-synodale Pastores gregis que le Pape Jean-Paul II a signée et
promulguée le 16 octobre 2003, à l’occasion du 25ème anniversaire de
son pontificat. A cet acte solennel, qui a eu lieu dans la salle
Paul VI en présence de nombreux pèlerins, ont participé les trois
Présidents délégués, leurs Éminences Messieurs les Cardinaux
Giovanni Battista Re, Ivan Dias et Bernard Agré, le Rapporteur
général, Son Éminence Monsieur le Card. Edward Egan et le Rapporteur
général adjoint, Son Éminence Monsieur le Card. Jorge Mario
Bergoglio, le Secrétaire général, Son Éminence Monsieur le Card. Jan
Pieter Schotte, le Secrétaire spécial, Son Excellence Monseigneur.
Marcello Semeraro. À côté du Pape Jean-Paul II se tenaient le Doyen
du Collège des Cardinaux, Son Éminence Monsieur le Card. Joseph
Ratzinger et le Secrétaire d’État, Son Éminence Monsieur le Card.
Angelo Sodano. Le Souverain Pontife remit dans un geste symbolique
le document aux trois Présidents délégués, aux deux Rapporteurs
généraux, au Secrétaire spécial et à cinq Évêques, un par continent.
Entre-temps, au début de l’année 2003, S. Ém. le Secrétaire général
a envoyé la Relatio circa labores peractos de la X Assemblée
Générale Ordinaire aux Institutions qui en ont droit. Le document
indique les données statistiques suivantes: 247 membres ont
participé à la réunion post-synodale, dont 175 membres élus, 35
nommés par le Pape et 37 ex officio. La X Assemblée Générale
Ordinaire a eu 25 Congrégations générales, 17 sessions des
Carrefours. Les Pères ont approuvé 67 Propositiones. III)
Préparation de la XI Assemblée Générale Ordinaire
Thème de la XI Assemblée Générale Ordinaire
Le thème et la date de la célébration de la XI Assemblée Générale
Ordinaire ont été discutés à maintes reprises.
À la fin de la X Assemblée Générale Ordinaire, les Pères synodaux
ont exprimé leurs avis sur le sujet de la prochaine réunion synodale.
En outre, chargée par le Pape Jean-Paul II, la Secrétairerie
générale du Synode des Évêques a consulté aussi, sur ce sujet, les
Conférences épiscopales, les Synodes des Églises orientales
catholiques sui iuris, les Dicastères de la Curie romaine, l’Union
des Supérieurs généraux. Les résultats ont été examinés au cours de
la troisième réunion du Xème Conseil ordinaire les 13 et 14 juin
2002. À la lumière des résultats obtenus, les membres du Conseil ont
formulé les trois thèmes à soumettre à la décision du Souverain
Pontife. À la première place figurait le thème de l’Eucharistie dans
la vie et dans la mission de l’Église.
Lors de la cinquième réunion du Xème Conseil ordinaire, le 26 mars
2003, S. Ém. le Card. Secrétaire général informait les membres que
le Pape Jean-Paul II avait choisi le thème de l’Eucharistie pour la
XI Assemblée Générale Ordinaire, en recommandant de mettre l’accent
sur la paroisse en lien avec le ministère et le culte eucharistique.
Ainsi le thème se concrétisa L’Eucharistie: source et sommet de la
vie et de la mission de l’Église et on commença à réfléchir sur les
idées de base des Lineamenta, document qui a comme but de favoriser
le débat au niveau de l’Église universelle sur le sujet de la
réunion synodale.
Elaboration des Lineamenta
La sixième réunion du Conseil ordinaire de la Secrétairerie générale
du Synode des Évêques, qui s’est tenue le 1er et le 2 juin 2003,
était consacrée à l’examen des ébauches des Lineamenta. Comme il est
d’usage, le texte fit l’objet d’étude dans deux groupes de travail,
constitués selon les langues, italien et anglais. Lors de la
rencontre conjointe, on parvint au consensus sur la structure et les
changements à apporter au projet. Le travail avança et aboutit à de
bons résultats à la réunion des 23 et 24 novembre 2003. Ainsi, les
Lineamenta, enrichis des réponses qui parvenaient au fur et à mesure,
ont pu être publiés au mois de février de l’an 2004.
Le débat au sein du Xème Conseil ordinaire fut suivi avec grand
intérêt par le Pape Jean-Paul II qui, lors de l’audience accordée le
29 novembre 2003 à l’Éminentissime Secrétaire général, le Card. Jan
Pieter Schotte, approuva définitivement le thème de la XI Assemblée
Générale Ordinaire du Synode des Évêques “Eucharistia: fons et
culmen vitae et missionis Ecclesiae”. La date de la célébration
était prévue du 2 au 29 octobre 2005.
Par une Dépêche du 18 décembre 2003, Son Éminence le Card. Angelo
Sodano, Secrétaire d’État, communiqua officiellement à l’Éminentissime
Secrétaire général du Synode des Évêques la décision prise par le
Pape Jean-Paul II. Ainsi, le 13 février 2004, on publia sur
“L’Osservatore Romano” le thème et la date de la XI Assemblée
Générale Ordinaire du Synode des Évêques.
Évidemment, le Souverain Pontife suivit de près aussi la rédaction
des Lineamenta, dont le texte était écrit en 8 langues: latin,
italien, français, espagnol, portugais, anglais, allemand et
polonais. Dès sa publication au mois de février 2004, le document
fut envoyé d’abord aux Institutions qui en ont droit: Conférences
épiscopales, Synodes des Églises orientales catholiques sui iuris,
Dicastères de la Curie romaine, Union des Supérieurs généraux. Puis,
à travers les moyens de communication sociale, sa diffusion fut
élargie à l’Église universelle tout entière. À la fin du Document
figurait un Questionnaire qui devait aider aussi bien à la réflexion
sur l’Eucharistie, Sacrement éminent de notre foi, qu’à la rédaction
des réponses à envoyer à la Secrétairerie générale du Synode des
Évêques avant le 31 décembre 2004.
Préparation de l’Instrumentum laboris
La réception des Lineamenta a été très positive, comme le prouvent,
entre autres, le nombre de réponses et d’ observations reçues. À cet
égard, il serait utile d’indiquer les données statistiques
concernant les réponses aux Lineamenta des derniers Synodes, avec
une attention particulière pour les institutions à caractère
collégial, comme les Conférences épiscopales et les Synodes des
Évêques des Églises orientales catholiques sui iuris.
Voici les réponses des Conférences épiscopales aux différentes
Assemblées générales ordinaires:
1974 De evangelizatione (75,38 %)
1977 De catechesi (67,18 %)
1980 De familia (50,37 %)
1983 De reconciliatione et paenitentia (42,75 %)
1987 De christifidelibus laicis (59,85 %)
1990 De formatione sacerdotum (63,94 %)
1994 De vita consecrata (66,05 %)
2001 De episcopo (62,50 %)
2005 De Eucharistia (94,69 %)
Il convient de noter que pour cette Assemblée synodale le
pourcentage concernant les Synodes des Églises orientales
catholiques sui iuris était de 73 % [1].
Les dicastères de la Curie romaine ont répondu à 100 %. La réponse
de l’Union des Supérieurs généraux a été, quant à elle, prompte et
bien élaborée.
La Secrétairerie générale du Synode des Évêques a reçu en même temps
110 observations individuelles de la part d’évêques, prêtres,
religieux, religieuses et laïcs du monde entier.
Ce haut pourcentage de réponses et d’observations est très
significatif. Il faut notamment souligner que presque 95 % des
Conférences épiscopales ont répondu; ce qui représente le taux le
plus élevé obtenu par une Assemblée générale ordinaire [2]. Ces
données statistiques expriment clairement le grand intérêt des
Église particulières et d’autres institutions ecclésiales pour le
thème de la réunion synodale actuelle. Elles indiquent aussi ce qu’elles
attendent du Synode des Évêques pour la vie de l’Église et pour sa
mission dans le monde. En outre, on perçoit, d’après les réponses,
que les Lineamenta ont favorisé la réflexion, souvent bien organisée,
sur la perception et la célébration de l’Eucharistie dans les
respectifs diocèses, paroisses, institutions, organisations et
communautés ecclésiales. Le grand débat, accompagné par la prière, a
été d’une grande utilité pour les Églises locales afin de vérifier
le niveau de compréhension du sacrement de l’Eucharistie, la
fréquence de la participation aux célébrations eucharistiques,
surtout le dimanche et les jours prescrits, les conséquences de la
foi eucharistique dans la vie personnelle, familiale et sociale.
Plusieurs Diocèses ont profité de cette occasion tant pour avoir des
données plus précises sur la pratique de la foi de leurs fidèles,
que pour promouvoir une action de catéchèse visant à favoriser une
plus grande connaissance du mystère du Très Saint Sacrement et d’en
promouvoir différentes formes de célébration et d’adoration.
Dans d’autres lieux, au contraire, c’est une Commission de la
Conférence épiscopale qui a été chargée de rédiger la réponse aux
Lineamenta, délimitant la discussion ecclésiale sur le thème. Par
ailleurs, cette réflexion a été encore moins étendue du fait que
certaines Conférences épiscopales ont chargé des experts de répondre
au Questionnaire.
De toute façon, les données qui sont parvenues à la Secrétairerie
générale ont permis d’avoir un panorama assez fidèle sur la manière
dont le sacrement de l’Eucharistie est perçu et célébré dans l’Église
universelle avec ses caractéristiques propres selon les Traditions
spirituelles, les différents rites et connotations géographiques et
culturelles particulières.
Les réponses qui nous sont parvenues de la part d’organismes à
caractère collégial et de fidèles à titre personnel représentent l’abondant
matériel qui a été dûment étudié. Grâce à l’aide d’experts et sous
la responsabilité de la Secrétairerie générale, celui-ci a été
incorporé et synthétisé dans l’Instrumentum laboris.
Le Xème Conseil ordinaire a joué un rôle important dans sa rédaction.
Au cours de la réunion du 15 au 16 novembre 2004, le schéma du
Document a été décidé, en tenant compte de la nature des réponses et
des observations qui nous sont parvenues. Le Pape Jean-Paul II a
reçu en Audience, le 16 novembre, les membres du Xème Conseil
ordinaire, encourageant leur travail au service de l’Église
universelle, qui “puise dans l’Eucharistie les énergies vitales pour
sa présence et son action dans l’histoire des hommes” (L’Osservatore
Romano, 17 novembre 2004, page 5).
À cet égard, il faut rappeler qu’un grand nombre de réponses nous
sont parvenues après la date indiquée du 31 décembre 2004, mais qu’elles
ont été dûment prises en considération dans le laborieux et délicat
travail de rédaction de l’Instrumentum laboris. Le Secrétaire
général a, le 7 juillet 2005, présenté au cours d’une Conférence de
presse le document qui, comme d’habitude, a été publié en 8 langues
et diffusé par les moyens de communication sociale.
Pendant les travaux de préparation de la XI Assemblée Générale
Ordinaire, le Pape Jean-Paul II a, le 12 mars 2005, nommé les trois
Présidents délégués: leurs Éminences Révérendissimes Messieurs les
Cardinaux: Francis Arinze, Préfet de la Congrégation pour le culte
divin et la discipline des sacrements, Juan Sandoval Iñiguez,
Archevêque de Guadalajara, Mexique, et Telesphore Placidus Toppo,
Archevêque de Ranchi, Inde. En même temps, Sa Sainteté a nommé le
Rapporteur général, Son Éminence Révérendissime Monsieur le Cardinal
Angelo Scola, Patriarche de Venise, et le Secrétaire spécial, Son
Excellence Révérendissime Monseigneur Roland Minnerath, Archevêque
de Dijon, France.
Participation aux réunions synodales du Pape Jean-Paul II
Le Seigneur de la vie avait, entre temps, appelé à Lui Son fidèle
Serviteur Jean-Paul II le 2 avril 2005. Ainsi le Synode des Évêques
perdit-il son Président qui a eu de grands mérites pour le
développement de cette institution ecclésiale et collégiale. Avec le
décès du Pape Jean-Paul II a disparu l’unique Évêque en exercice qui
fut le Père synodal de toutes les réunions depuis la fondation du
Synode des Évêques jusqu’à sa dernière Assemblée générale ordinaire
au mois d’octobre 2001. En particulier, en tant qu’Archevêque de
Cracovie, le Card. Karol Wojtyła fut membre de 5 assemblées
synodales: en 1969, 1971, 1974 et 1977. Quant à la première
Assemblée générale ordinaire de 1967, par solidarité avec l’Archevêque
de Varsovie, le Card. Stefan Wyszyński, à qui le gouvernement
communiste interdit de sortir du pays, le Card. Wojtyła renonça à se
rendre à Rome. Sur ce sujet, il existe une correspondance très
intéressante entre la Secrétairerie générale du Synode des Évêques
et les délégués polonais absents, qui témoigne de leur participation
spirituelle aux travaux synodaux. En l’année 1974, le Card. Karol
Wojtyła fut Rapporteur général pour l’Assemblée générale ordinaire
du Synode des Évêques sur le thème : « Evangélisation dans le monde
moderne ».
Au cours de son fécond et long Pontificat de presque 27 ans, le Pape
Jean-Paul II a convoqué 15 Assemblées synodales, dont 6 Assemblées
générales ordinaires (1980, 1983, 1987, 1990, 1994, 2001) ; 1
Assemblée générale extraordinaire (en 1985) et 8 Assemblées
spéciales (1980 pour les Pays-Bas, 1991 Ière pour l’Europe, 1994
pour l’Afrique, 1995 pour le Liban, 1997 pour l’Amérique, 1998 pour
l’Asie, 1998 pour l’Océanie, 1999 IIème pour l’Europe). En outre le
Pape Jean-Paul II a également engagé la préparation de la XI
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, en en laissant
la conclusion en héritage à son Successeur, Sa Sainteté Benoît XVI.
Dans la célébration de l’Eucharistie, les fidèles, en s’unissant au
Seigneur Jésus ressuscité, dépassent les limites du temps et de l’espace
et, en tant que membres de la communauté des saints, se réjouissent
également de la gloire de leurs frères déjà admis à la présence de
Dieu dans l’éternité bienheureuse ou de la joyeuse attente de ceux
qui sont en train de se purifier pour pouvoir au plus tôt voir face
à face l’unique Saint (cf. 1 Co 13, 12). En participant à ce grand
mystère dans la célébration du pain et du vin, au nom de tous les
Pères synodaux, je rends grâce au Dieu Un et Trine pour la chère
personne du Pape Jean-Paul II et pour son éminent service ecclésial
en faveur du Peuple de Dieu, accompli pour la plus grande louange et
gloire de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Animés par la
grâce de l’Esprit Saint, nous croyons que le Serviteur de Dieu
Jean-Paul II, depuis le ciel, intercédera également pour la réussite
de cette Assemblée synodale, afin qu’elle porte des fruits abondants
aux catholiques, aux autres chrétiens, aux croyants de religions non
chrétiennes ainsi qu’à tous les hommes de bonne volonté.
Activité synodale du Saint-Père Benoît XVI
La succession apostolique permet à l’Église de Jésus Christ de
continuer sa mission dans l’histoire, en transmettant aux nouvelles
générations le dépôt intégral de la foi, qui façonne les mœurs et
règle la discipline des fidèles. Grâce aux moyens modernes de
communication sociale, les catholiques présents à travers le monde,
ainsi que les nombreux fidèles appartenant aux Églises et
communautés chrétiennes ou aux diverses confessions religieuses, ont
suivi avec une grande participation la période exceptionnelle de la
fin du Pontificat du Pape Jean-Paul II et du début de celui de son
successeur, Benoît XVI. Il s’est agi d’une grâce insigne du Seigneur
à son Église, qui a pu faire l’expérience, entre autres, de l’importance
des structures collégiales dans la succession apostolique et
notamment, en ce qui concerne l’élection du Pontife Romain, du
collège cardinalice.
En ce lieu, alors que j’ai le grand honneur de renouveler les plus
pieuses salutations au Saint-Père Benoît XVI, qui pour la première
fois exerce son droit inné de convoquer et de présider une Assemblée
synodale, j’accomplis le devoir très agréable de rappeler certaines
informations concernant sa participation aux précédentes réunions
synodales. Élu Archevêque de Munich et Freising le 25 mars 1977, Son
Éminence Monsieur le Card. Joseph Ratzinger a participé à 16
Assemblées synodales, depuis 1977 jusqu’à la présente XI Assemblée
Générale Ordinaire. Concrètement, en tant qu’Archevêque de Munich et
Freising, S .Ém. le Card. Joseph Ratzinger a pris part à 2
Assemblées générales ordinaires, en 1977 et en 1980. Au cours de la
seconde, célébrée sur le thème La famille chrétienne, il fut
Rapporteur général. Appelé par le Pape Jean-Paul II, le 15 février
1982, à diriger la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Son
Éminence a participé à 5 Assemblées générales ordinaires (en 1983,
1987, 1990, 1994 et 2001), à l’Assemblée générale extraordinaire de
1985 et à 7 Assemblées spéciales, à l’exception de celle pour les
Pays-Bas de 1980. Il faut rappeler que S. Ém. le Card. Joseph
Ratzinger fut Président délégué de l’Assemblée générale ordinaire
qui s’est déroulée en 1983 sur le thème La pénitence et la
réconciliation dans la mission de l’Église.
Si l’on considère que chaque Assemblée synodale dure environ quatre
semaines, il est facile de conclure que le Saint-Père Benoît XVI a
consacré au Synode des Évêques 14 mois environ, un an et 2 mois,
soit une part significative de ses 54 ans de vie sacerdotale, dont
28 en tant qu’Évêque. À cette constatation sur sa présence à la
Réunion synodale, il faut ajouter sa participation aux travaux du
Conseil de la Secrétairerie générale du Synode des Évêques, étant
donné que S. Ém. le Card. Joseph Ratzinger a fait partie de 4
Conseils ordinaires (1980, 1983, 1987 et 1990) et de 2 Conseils
extraordinaires (1983 et 1997) de cette même Secrétairerie générale.
IV) Nouveautés dans la méthodologie synodale
Grâce à cette grande expérience, le Saint-Père Benoît XVI a bien
volontiers indiqué plusieurs innovations dans la méthodologie
synodale, dans le but de favoriser encore davantage la nature
collégiale du Synode des Évêques.
Faisant sienne l’initiative du Pape Jean-Paul II, le Saint-Père a
décidé de mener à son terme la célébration de la XI Assemblée
Générale Ordinaire du Synode des Évêques, en en modifiant la date.
En effet, le 12 mai 2005 fut rendu public de manière officielle que
le Souverain Pontife avait confirmé la célébration de cette réunion
synodale et le thème choisi, décidant que les travaux se
dérouleraient non pas sur quatre, mais sur trois semaines, à savoir
du 2 au 23 octobre de l’année courante. Par cette décision, Sa
Sainteté a souhaité concentrer davantage les travaux pour en
favoriser plus encore l’aspect collégial et synodal. C’est pour
cette raison que les travaux se dérouleront également le samedi
après-midi.
La réduction de la durée totale de l’Assemblée synodale est le
résultat de divers facteurs. D’une part, du désir des Pères synodaux
eux-mêmes de ne pas s’absenter trop longtemps de leurs propres
sièges, même si la réglementation canonique ne pose aucune limite à
l’absence des Évêques du diocèse dans le cas spécifique du Synode
des Évêques. D’autre part, la réduction de la durée de la
célébration du Synode trouve son motif, comme on le verra plus avant,
dans la redistribution des périodes destinées aux différentes
activités synodales (Congrégations générales, Carrefours, etc.),
dans le but de rendre la procédure plus souple et plus efficace.
La manière de procéder est indiquée en détail dans le Vademecum que
chaque participant a reçu au début de la réunion synodale. Il
contient la pratique qui a fait ses preuves lors des précédents
Synodes, qui est organisée conformément aux normes de la Lettre
apostolique Apostolica sollicitudo et de l’Ordo Synodi, promulgués
par le Pape Paul VI de vénérable mémoire, et aux révisions et ajouts
successifs. En outre, le Vademecum fait référence au Code de Droit
canonique et au Code des Canons des Églises orientales.
Certaines nouveautés dans la méthode synodale sont déjà perceptibles
dans le Calendrier des travaux, qui est inséré à la fin du
Vademecum. Pour le moment sont prévues 23 Congrégations générales et
7 sessions des Carrefours. Cela est dû aux modifications de la
méthodologie synodale et à la réduction du temps de travail. À cet
égard, je me permets d’indiquer les innovations les plus
significatives.
1) Chaque Père synodal pourra intervenir dans la salle du Synode
pendant 6 et non plus 8 minutes, comme c’était le cas auparavant.
Cette réduction est due à la restriction des travaux à trois
semaines, alors que le nombre de participants demeure inchangé,
environ 250. Il est superflu de rappeler que les Pères pourront
remettre des interventions écrites plus longues, qui seront l’objet
d’une considération attentive de la part du Secrétaire spécial.
2) En outre, cette réduction est principalement due à l’introduction
au cours du débat, d’une heure de discussion libre, de 18 à 19
heures, chaque jour, au terme des Congrégations générales. Il s’agit
d’une nouveauté significative pour les participants et pour les
Présidents délégués. Ceux-ci seront les modérateurs des discussions
en salle. Les Pères synodaux, quant à eux, pourront demander des
informations supplémentaires à leurs confrères qui auraient déjà
parlé en salle, en faisant également référence à la situation dans
leur propre Église particulière. Le libre échange de points de vue
et d’expériences permettra, on l’espère, d’approfondir les questions
de plus grande actualité, notamment à caractère pastoral, liées à la
célébration du sacrement de l’Eucharistie, source de l’unité et lien
de la communion ecclésiale.
Il n’est pas superflu d’indiquer que la libre discussion devra être
circonscrite au thème du Synode: L’Eucharistie: source et sommet de
la vie et de la mission de l’Église. Comme il résulte de
l’Instrumentum laboris, il s’agit d’un sujet très riche d’aspects,
autant doctrinaux que pastoraux, qui méritent d’être approfondis, en
ayant à l’esprit la pratique dans les Églises particulières
respectives. C’est pourquoi, il ne serait pas opportun de rappeler
d’autres thèmes qui, même s’ils sont d’actualité, ne sont pas en
lien à celui de l’Assemblée synodale. À cet égard, les Présidents
délégués auront la tâche de maintenir la discussion à l’intérieur
des limites établies.
3) Dans le but de rendre la discussion plus ordonnée, les Pères
synodaux sont cordialement priés de suivre dans leurs interventions
la structure de l’Instrumentum laboris. Comme l’on sait, ce document
est composé de 4 parties. Aussi souhaite-t-on que la discussion
commence par les thèmes de la première partie, qu’elle se poursuive
ensuite sur les thèmes de la deuxième et de la troisième pour
arriver à la dernière, la quatrième partie. Cet ordre des
interventions exige une certaine discipline. Chaque Père synodal
devrait dès les premiers jours du Synode indiquer la partie à
laquelle il souhaiterait se référer, en signalant si possible le
numéro du paragraphe correspondant. Il est probable que cette
méthode soit plus facile à mettre en œuvre pour les Évêques choisis
par les Conférences épiscopales comptant plus de cent membres, qui
ont droit d’être représentés par 4 Pères synodaux. Chacun pourrait
choisir d’intervenir sur une partie distincte. Bien sûr il n’est pas
interdit d’intervenir sur d’autres sujets d’intérêt. Les membres des
Conférences épiscopales ayant moins de représentants, des Synodes
des Évêques des Églises orientales catholiques sui iuris, des
Dicastères de la Curie romaine et de l’Union des Supérieurs généraux
sont également priés de suivre cet ordre logique. En s’inscrivant le
plus tôt possible, ceux-ci indiqueront le numéro de l’Instrumentum
laboris auquel ils souhaitent faire référence ou, éventuellement, la
partie du document. La Secrétairerie générale en tiendra compte et,
lorsqu’il n’y aura plus de demandes d’intervention sur la première
partie, les Pères qui se sont inscrits pour la seconde commenceront
à parler, et ainsi de suite. Quoi qu’il en soit, il ne sera pas
opposé de refus à d’éventuelles interventions en ordre dispersé. Il
faut toutefois souligner que cette méthode, prévue dans l’Ordo
Synodi, remédie aux critiques exprimées par un certain nombre de
Pères, car, autrement, les interventions au cours de la première
phase des travaux synodaux risquent d’être dispersives et, par
conséquent, difficiles à suivre. En outre, l’ordre dans l’exposition
devrait favoriser la discussion et donc l’approfondissement des
thèmes de plus grand intérêt, notamment au cours de l’heure de libre
débat.
Il n’est pas superflu de rappeler que, si un Père ne souhaite pas
prononcer publiquement son intervention, il peut en remettre le
texte écrit à la Secrétairerie générale, qui se chargera de l’étudier
et de le prendre également en considération comme les autres textes
lus en salle. Dans la mesure où le nombre des interventions
diminuerait, le temps rendu disponible pourrait être utilisé pour
favoriser davantage encore la libre discussion.
4) Étant donné la durée réduite de l’Assemblée synodale et de la
longue discussion en salle, il a fallu abréger le nombre de séances
des 13 Carrefours, organisés selon les 6 langues du Synode: latin,
français, anglais, italien, espagnol et allemand. Aussi les membres
des carrefours sont-ils priés de se concentrer principalement sur l’élaboration
des propositions. Chaque proposition, concise et brève, devrait
traiter d’un seul argument. Il serait bon d’éviter les prolixes
expositions de la doctrine traditionnelle de l’Église. Les Pères
synodaux devraient en revanche formuler des conseils visant à
favoriser un renouveau de la pratique pastorale de l’Église et à
promouvoir l’application doctrinale et spirituelle du sacrement de
l’Eucharistie dans la célébration liturgique et dans la vie
personnelle, familiale et sociale des fidèles.
5) Pour encourager une plus grande participation, le Saint-Père
Benoît XVI a approuvé la proposition que soient appliquées pour la
composition de la Commission chargée du Message les dispositions
prévues dans l’Ordo Synodi pour les Commissions d’étude (cf. Art. 8
§ 2). Ainsi, la Commission chargée du Message sera elle aussi
composée de 12 membres, dont 4 nommés par le Pape, y compris le
Président et le Vice-président, alors les 8 autres membres seront
élus par les Pères synodaux, en tenant compte des qualités
souhaitables pour une telle charge comme, par exemple, les
qualifications professionnelles et techniques sur le sujet, la
connaissance des langues. Afin d’assurer une représentation correcte,
il est proposé de choisir cinq candidats, un par continent, un
représentant des Églises orientales catholiques sui iuris, un
représentant de la Curie romaine et un représentant de l’Union de
Supérieurs généraux.
À cet égard, il est opportun de tenir compte de la recommandation à
ce que les Pères synodaux, appelés à assumer une charge synodale, ne
remplissent aucune autre fonction au sein du Synode. Cette règle a
pour but de favoriser une distribution équitable des fonctions entre
les membres de l’Assemblée synodale.
6) Au sein de la XI Assemblée Générale Ordinaire, le nombre d’Auditeurs
et d’Experts est assez élevé. On en trouve la raison principale dans
les modifications de la méthodologie synodale et la réduction de la
durée de la réunion synodale, qui exigent nécessairement un fort
engagement. 32 Experts participeront à la réunion synodale, qui
suivront les interventions des pères et assisteront, principalement,
le Secrétaire spécial dans l’accomplissement de ses devoirs.
Les 27 Auditeurs, prêtres, personnes consacrées, laïcs, hommes et
femmes, provenant de différentes régions du monde, enrichiront la
discussion synodale à travers leurs témoignages sur l’importance du
sacrement de l’Eucharistie dans leur vie personnelle et
communautaire, ainsi que dans les multiples activités sociales,
selon la spiritualité eucharistique qui leur est propre.
7) Le Souverain Pontife Benoît XVI a voulu augmenter le nombre de
Délégués fraternels, représentants d’autres Églises chrétiennes et
communautés ecclésiales. Ils sont au nombre de 12 et proviennent des
Églises orthodoxes, des Anciennes Églises d’Orient et des
Communautés dérivées de la Réforme qui ont une vision semblable à la
vision catholique du mystère de l’Eucharistie. Dans un tel geste, il
n’est pas difficile de percevoir un signe supplémentaire de
considération du Souverain Pontife envers le dialogue œcuménique
avec les Églises et communautés ecclésiales qui croient dans le
Seigneur Jésus présent dans l’Eucharistie et qui s’efforcent d’en
vivre les conséquences.
8) Comme on peut le vérifier, viennent également s’ajouter des
innovations d’ordre technique qui devraient favoriser les travaux et,
par conséquent, l’atmosphère de collégialité épiscopale et
ecclésiale, joyeuse et responsable. Je fais référence à l’amélioration
de l’éclairage, au perfectionnement des services télé-vidéo ; aux
scrutins électroniques sur les questions de moindre portée, etc. De
cette œuvre, il faut remercier Son Éminence Monsieur le Cardinal
Edmund Casimir Szoka, Président du Gouvernatorat de la Cité du
Vatican, ainsi que le personnel qui, en un temps relativement bref,
est parvenu à introduire des innovations techniques significatives
dont, je l’espère, tous les participants tireront bénéfice.
9) La Divine Providence a voulu que la célébration de la XI
Assemblée Générale Ordinaire coïncide avec le 40ème anniversaire de
l’institution du Synode des Évêques. Une session des travaux sera
consacrée à la commémoration de ce grand événement. Deux conférences
principales sont prévues, l’une d’ordre théologique, l’autre à
caractère juridique sur la nature du Synode des Évêques. Suivront
ensuite 7 brèves communications sur les résultats positifs des
Assemblées spéciales du Synode des Évêques. Outre celles-ci, qui
concernent les Synodes continentaux, sera prononcée une intervention
sur les Synodes pour les Pays-Bas et pour le Liban. Ensuite, s’il en
reste le temps, l’on pourra, à travers un libre échange de points de
vue, approfondir certains thèmes pour tenter d’améliorer encore la
méthodologie synodale pour le bien de l’Église et de la société, où
vivent et œuvrent les chrétiens.
V) Activités de la Secrétairerie générale
La préparation de la XI Assemblée Générale Ordinaire du Synode des
Évêques a occupé une grande partie de l’activité de la Secrétairerie
générale du Synode des Évêques ces derniers temps. Toutefois, elle a
continué de mener également d’autres activités. Parmi celles-ci, je
me permets d’en indiquer brièvement quelques unes.
La Secrétairerie générale a entrepris le travail de mise à jour de
l’Ordo Synodi, en conformité aux normes canoniques, notamment du
Code de Droit canonique et du Code des Canons des Églises orientales,
publiés après la promulgation de l’Ordo. Après la présente Assemblée
générale ordinaire, cette initiative se poursuivra, enrichie par l’expérience
de la présente réunion synodale avec ses innovations méthodologiques
déjà annoncées.
Réunion des Conseils de la Secrétairerie générale
Depuis la dernière Assemblée générale ordinaire du mois d’octobre
2001, la Secrétairerie générale du Synode des Évêques a tenu
diverses réunions avec les membres de ses Conseils. Il s’agit d’une
expérience extrêmement profitable pour 100 Évêques environ,
provenant de toutes les régions du monde, qui à travers la
Secrétairerie générale fournissent au Saint-Père des informations
sur les situations ecclésiales et sociales dans leurs pays
respectifs, accompagnées de conseils visant à consolider la présence
de l’Église, à favoriser l’évangélisation, à promouvoir la paix, la
réconciliation et la justice dans chacun de ces pays ou régions. Ces
rencontres sont extrêmement utiles parce que non seulement elles
apportent des informations de qualité au sujet de la mise en œuvre
des Exhortations post-synodales, mais aussi parce que, dans un
dialogue collégial, elles permettent de partager les espérances et
les préoccupations des confrères dans l’exercice de leur ministère
épiscopal. Les rencontres de chacun de ces Conseils avec le
Saint-Père, lorsque cela est possible, représentent des moments
d’intense communion et de profonde collégialité épiscopale. Les
discours du Saint-Père prononcés en de telles occasions ont été d’un
grand réconfort non seulement pour les membres des Conseils, mais
aussi pour tous les Évêques de chacune des Églises particulières,
parts vivantes de l’unique Église catholique, dont l’Évêque de Rome
est le signe et le garant d’unité et de communion.
Comme il a déjà été rappelé, le Xème Conseil ordinaire de la
Secrétairerie générale s’est réuni 8 fois. Par ailleurs se sont
tenues les réunions suivantes des 6 Conseils spéciaux de la
Secrétairerie générale.
Le Conseil spécial pour l’Europe s’est réuni 3 fois, aux dates
suivantes: du 21 au 23 novembre 2003, le 6 mai 2005 et le 14 mai
2005.
Le Conseil spécial pour l’Amérique a tenu 4 réunions: les 20 et 21
juin 2001, les 2 et 3 octobre 2002, le 14 octobre 2003, et le 5
novembre 2004.
Le Conseil spécial pour l’Océanie a eu 3 sessions: le 23 novembre
2001, du 28 au 31 mai 2002 et les 18 et 19 février 2004.
Le Conseil spécial pour le Liban s’est réuni 2 fois: les 22 et 23
mai 2002 et les 16 et 17 mars 2004.
Le Conseil spécial pour l’Asie a tenu 4 réunions: les 20 et 21
novembre 2001, du 19 au 21 novembre 2002, les 18 et 19 novembre 2003
et les 18 et 19 novembre 2004.
Le Conseil spécial pour l’Afrique a eu une activité plus intense due
également à la préparation de la IIème Assemblée spéciale pour l’Afrique
du Synode des Évêques. En effet, les membres du Conseil que l’on a
mentionné se sont réunis 6 fois: les 7 et 8 juin 2001, les 11 et 12
juin 2002, les 18 et 19 juin 2003, les 15 et 16 juin 2004, les 24 et
25 février 2005 et les 21 et 22 juin 2005.
Comme l’on sait, le 13 novembre 2004, le Pape Jean-Paul II exprima
l’intention de convoquer la IIème Assemblée spéciale pour l’Afrique
du Synode des Évêques. Le Saint-Père Benoît XVI a fait sienne cette
volonté. Dans le discours du 22 juin 2005, confirmant la décision de
son Prédécesseur, il a précisé: « Je désire annoncer mon intention
de convoquer la Deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode
des Évêques ». Dans le même temps, Sa Sainteté a précisé l’objectif
d’une telle réunion collégiale: « J’ai la certitude que cette
Assemblée apportera un élan supplémentaire sur le continent africain,
à l’évangélisation, à la consolidation et à la croissance de l’Église
ainsi qu’à la promotion de la réconciliation et de la paix ».
Actuellement, le Conseil spécial pour l’Afrique de la Secrétairerie
générale, avec l’aide de plusieurs experts, est en train de préparer
les Lineamenta de la réunion synodale que l’on a mentionnée qui
seront rendus publics en leur temps, avec l’approbation du
Saint-Père. Tous les fidèles, en particulier les participants à la
XI Assemblé générale ordinaire, sont invités à prier afin que la
IIème Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques
renforce la présence de l’Église dans toute l’Afrique, qu’elle donne
un nouveau dynamisme à l’évangélisation et à la promotion humaine et
que les fils de l’Église deviennent encore davantage des agents de
la réconciliation, de la paix et de la justice sur le grand
continent africain.
VI) Conclusion
“J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous” (Lc 22,15). La
parole du Seigneur retentit dans l’Église depuis deux mille ans et,
autour de la table eucharistique, réunit les chrétiens, hommes et
femmes, membres du Peuple de Dieu, qui, en se nourrissant du pain
descendu du ciel, reçoivent la vie en abondance (cf. Jn 10, 10).
Dans l’Eucharistie, par conséquent, se manifeste un chemin dans une
double direction. En Jésus Christ, mort et ressuscité, Dieu lui-même
vient à la rencontre de l’homme racheté, le purifie de ses péchés,
le nourrit avec le pain véritable, celui qui donne la vie au monde (cf.
Jn 6, 33), en l’accompagnant au cours de son pèlerinage terrestre
vers la patrie céleste. À ce parcours descendant du Seigneur Jésus,
correspond le parcours ascendant de l’homme qui, au plus profond de
lui-même, aspire à rencontrer Dieu, puisqu’il a été créé à son image
(cf. Gn 1, 27). Malgré diverses hésitations et de possibles
égarements, liés au don de la liberté, dans la rencontre avec Dieu,
l’homme se trouve lui-même, trouve le sens de son existence et le
but de son destin éternel, qui consiste dans la vision bienheureuse.
Dans l’Eucharistie a ainsi lieu la rencontre entre Dieu et l’homme.
Elle est la forme par excellence de la présence de Dieu dans le
sacrement de l’humanité glorifiée de Jésus Christ, qui s’offre comme
nourriture et boisson en toute célébration eucharistique. Dans le
même temps, en s’approchant de l’Eucharistie, l’homme obtient du
Seigneur Jésus la grâce qui transforme sa vie. Dans ce sublime
sacrement, il trouve la vérité sur Dieu, sur sa propre existence et
sur le monde créé, la force pour demeurer fidèle à la vocation
chrétienne au milieu des tentations du monde, l’ardeur de la charité
pour être témoin de l’amour de Dieu en particulier à l’égard des
plus pauvres et des plus petits (cf. Mt 25, 31-44). En se
nourrissant à la table du Seigneur, le fidèle est appelé à mettre en
pratique dans la vie de chaque jour, l’enseignement du maître qui
“n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie
en rançon pour une multitude” (Mt 20, 28).
L’icône éloquente de cette attitude est le lavement des pieds (cf.
Jn 13, 1-15). Une telle attitude de service eucharistique est
perceptible de manière particulière dans la vie des saints qui ont
atteint le degré d’excellence dans la perfection de la vocation
chrétienne, grâce au sublime sacrement de l’Eucharistie qui était au
centre de leur vie. Ceux-ci nous offrent un exemple toujours actuel
de la spiritualité eucharistique comme chemin privilégié vers la
perfection chrétienne. Par ailleurs, ils intercèdent continuellement
pour nous, afin que, communiant au corps et au sang de Jésus Christ,
nous devenions toujours davantage ce que par la grâce nous sommes
déjà: fils de Dieu, membres de l’Église, c’est-à-dire du Corps
mystique de Jésus Christ (cf. Col 1, 18).
Parmi les saints, une place tout à fait particulière est occupée par
la Bienheureuse Vierge Marie, “Femme eucharistique” (cf. EE, n. 53).
Elle précède la grande foule des bienheureux et des saints reconnus
par l’Église, dont certains sont rappelés au n. 76 de l’Instrumentum
laboris. À ceux-ci, il faut ajouter une multitude immense, de toute
nation, race, peuple et langue (cf. Ap 7,9), dont la sainteté n’est
connue qu’aux yeux de Dieu. Parmi eux, portés sur les ailes de la
foi, nous osons espérer que se trouve également le Pape Jean-Paul II
et tant d’autres Évêques, qui durant leur vie terrestre ont rendu d’admirables
services à l’Église en promouvant en particulier la collégialité
épiscopale. Parmi eux, S.Ém. le Card. Jan Pieter Schotte peut être
indiqué comme un exemple de serviteur fidèle à l’Église et au
Saint-Père, dont nous recommandons la personne à la miséricorde de
Dieu, bon et clément.
En cette Année de l’Eucharistie, toute l’Église accompagne par la
prière la célébration du Synode des Évêques. Comme au début de l’Église
pour saint Pierre Apôtre (cf. Ac 12, 5), à présent également une
prière particulière s’élève incessamment vers Dieu pour le
Saint-Père Benoît XVI, au début de son pontificat, en cette aube du
Troisième millénaire du christianisme. Les fidèles, rendant grâce à
Dieu tout-puissant pour son élection sur la chaire de Rome,
invoquent sur lui l’abondance des dons de l’Esprit Saint afin que,
discernant les signes des temps, il puisse guider la barque de
Pierre (cf. Jn 21, 11) vers la tranquillité du port, sans craindre
d’éventuelles bourrasques et tempêtes, mais en s’en remettant au
Seigneur Jésus-Christ, le seul capable de les apaiser (cf. Mt 8,
23-27).
Cette prière chorale inclut, également, les successeurs des apôtres,
les Évêques, appelés à participer à la sollicitude pour l’Église
universelle de l’Évêque de Rome et Chef du collège épiscopal. L’oraison
accompagne par conséquent les travaux de la XI Assemblée Générale
Ordinaire du Synode des Évêques. Sous la conduite de l’Esprit du
Seigneur ressuscité, puisse la présente réunion synodale être d’une
grande aide au Ministère du Souverain Pontife et des Évêques, dans
la collégialité et dans la communion hiérarchique. Le service
ecclésial du Synode des Évêques devient précieux surtout lorsqu’il
cherche à approfondir les applications pastorales de la foi dans le
sacrement de l’Eucharistie, qui depuis deux mille ans représente la
source de la vie de l’Église et la raison de sa mission dans le
monde. En s’unissant à l’intercession de l’Église du ciel, le Peuple
de Dieu supplie le Seigneur, afin que soit apporté un nouvel élan à
la célébration du sublime mystère du pain de la vie (cf. Jn 6, 35)
et du calice de la nouvelle alliance (cf. Lc 22, 20), que soit
suscité un amour renouvelé pour l’adoration du Très Saint Sacrement
et que soit ravivée la créativité de la charité fraternelle étant
donné les grandes attentes de l’homme contemporain et les
croissantes nécessités de notre monde.
Merci de votre patiente écoute. Bon travail au nom du Seigneur.
Notes
[1] La Secrétairerie générale du Synode des Évêques n’a pas reçu les
réponses du Synode de l’Église syro-malabare, du Patriarcat
d’Antioche des Maronites et du Conseil de l’Église d’Éthiopie.
[2] La Secrétairerie générale du Synode des Évêques n’a pas reçu les
réponses des Conférences épiscopales de: Gabon, Iran, Laos et
Cambodge, Namibie, Pacifique Turquie.
[00008-03.11] [NNNNN] [Texte original: latin]
● RAPPORT AVANT LE DEBAT GENERAL DU RAPPORTEUR GENERAL, S. EM. LE
CARD. ANGELO SCOLA, PATRIARCHE DE VENISE (ITALIE)
INTRODUCTION
Eucharistie: la liberté de Dieu vient à la rencontre de la liberté
de l’homme
I. Admiration eucharistique
II. L’Eucharistie implique l’évangélisation
III. L’Eucharistie et la ratio sacramentalis de la Révélation
PREMIER CHAPITRE
Le novum du culte chrétien
I. La logikē latreía (Rm 12, 1)
II. La valeur du rite eucharistique
III. La célébration eucharistique fait l’Église
1. Une première confirmation: l’Évêque, liturge par excellence
2. Une deuxième confirmation: la nature du temple chrétien
3. Une troisième confirmation: “Intercommunion”?
DEUXIÈME CHAPITRE
L’action eucharistique
I. Éléments distinctifs de la célébration eucharistique
1. Indissociable unité de liturgie de la parole et de liturgie
eucharistique
a. Le don eucharistique: ni droit ni possession
a1. Assemblée dominicale dans l’attente du prêtre
a2. Viri probati?
2. Adoration
3. Attitude de confession et pénitence
a. Les divorcés remariés et la communion eucharistique
4. Ite missa est
II. Ars celebrandi et actuosa participatio
TROISIÈME CHAPITRE
Dimension anthropologique, cosmologique et sociale de l’Eucharistie
I. Deux prémisses
1. Eucharistie et évangélisation
2. Eucharistie, interculturalité et inculturation
II. Dimension anthropologique de l’Eucharistie
III. Dimension cosmologique de l’Eucharistie
IV. Dimension sociale de l’Eucharistie CONCLUSION
L’existence eucharistique dans la situation contemporaine
I. Résumé synthétique
II. Un souhait final
INTRODUCTION
Eucharistie: la liberté de Dieu vient à la rencontre de la liberté
de l’homme
I. Admiration eucharistique
Lorsqu’ils célèbrent l’Eucharistie, “les fidèles peuvent, d’une
certaine façon, vivre à nouveau l’expérience des deux disciples d’Emmaüs:
leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent (Lc 24, 31) [1]”. C’est
pour cela que Jean-Paul II affirme que l’action eucharistique
suscite une admiration [2]. L’admiration est la réponse immédiate de
l’homme à la réalité qui l’interpelle. Elle exprime la
reconnaissance que la réalité lui est amie, c’est un élément positif
qui vient au-devant de ses attentes constitutives. Dans son Épître
aux Romains, Saint Paul en explique la raison: la réalité se fait la
gardienne du bon dessein du Créateur. À tel point que l’Apôtre a pu
dire des hommes “qu’ils suffoquent la vérité dans l’injustice, qu’ils
sont inexcusables” puisque “ayant connu Dieu” - vu que “ce qu’il a
d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à
l’intelligence à travers ses œuvres” - “ils ne lui ont pas rendu
comme à un Dieu gloire ou actions de grâces” (cf. Rm 1, 19-21).
L’incertitude et la crainte peuvent, au contraire, se faufiler, en
un second temps, au sein de l’expérience de l’homme lorsqu’en raison
de la finitude et du mal, la crainte que la positivité de la réalité
ne demeure pas, se fraye un chemin en lui.
Ainsi, d’un côté, l’action eucharistique, comme du reste le
christianisme entier en tant que source d’admiration [3], s’inscrit
dans l’expérience humaine comme telle. Toutefois, de l’autre, Elle
se manifeste comme un événement inattendu et tout à fait gratuit.
Dans l’Eucharistie, on révèle que le dessein de Dieu est un dessein
d’amour. Et que le Deus Trinitas, qui est amour en Lui-même (cf. 1Jn
4, 7-8), s’incline dans le Corps donné et le Sang versé par
Jésus-Christ, jusqu’à devenir corps et sang qui alimentent la vie de
l’homme (cf. Lc 22, 14-20; 1Co 11, 23-26). Comme les deux disciples
d’Emmaüs, régénérés par l’admiration eucharistique, reprirent leur
chemin (cf. Lc 24, 32-33), ainsi le peuple de Dieu, s’abandonnant à
la force du sacrement, est poussé à partager l’histoire de
l’ensemble des hommes.
Jean-Paul II, avec grande prévoyance, a voulu prolonger les fruits
bénéfiques du Grand Jubilé au cours de l’Année Eucharistique
spéciale [4], en établissant que cette XI Assemblée Générale
Ordinaire du Synode des Évêques sera dédiée à l’Eucharistie: source
et sommet de la vie et de la mission de l’Église, ce que le Pape
Benoît XVI a immédiatement adopté. La célébration eucharistique
solennelle, par laquelle hier nous avons commencé dans la Basilique
Saint-Pierre, nous a introduits à cette attitude d’admiration qui
permettra de contribuer, si elle est secondée de façon opportune
dans nos travaux, à une redécouverte de la centralité et de la
beauté de l’Eucharistie de la part de l’Église répandue dans le
monde entier.
Pour quelle raison l’Eucharistie est-elle le cœur fascinant de la
vie du peuple de Dieu destiné au salut de l’humanité entière? Parce
qu’elle révèle et rend présent Jésus-Christ aujourd’hui comme sens
accompli de l’existence humaine dans toutes ses dimensions
personnelles et communautaires [5]. Et elle le documente au niveau
anthropologique, cosmologique et social.
“Dans le mystère du Verbe incarné, le mystère de l’homme trouve une
véritable lumière” [6]: dans l’Eucharistie, cette affirmation
centrale révèle tout son réalisme. L’offrande totale que l’homme,
être fait d’âme et de corps [7], fait de soi, de ses affections et
de son œuvre est résumée dans le pain et le vin, fruits de la terre
et du travail. C’est aussi dans ce mystère qu’est exprimé son
rapport d’interaction permanente avec le cosmos et que se trouve
également sa solidarité originaire avec l’ensemble des hommes, ses
frères, à partir de la famille et des communautés les plus proches
jusqu’aux extrémités de la terre.
Dans le don eucharistique, l’accès à la Vérité vivante et
personnelle qui “rend réellement libres” est permis au croyant (cf.
Jn 8, 36).
Dans l’Eucharistie, l’invitation de Jésus “si tu veux être parfait”
(Mt 19, 21) prend tout son sens. L’homme est provoqué à sortir de
lui-même et à aller vers les autres et vers la réalité, afin de
satisfaire le désir inextirpable de joie qu’il porte en son cœur
[8]. Dans l’Eucharistie, Jésus devient concrètement le Chemin à
cette Vérité qui donne la Vie (cf. Jn 14, 6) [9]. En Elle, l’Église,
réalité à la fois personnelle et sociale, devient concrètement un
peuple des peuples, cette admirable entité ethnique sui generis dont
parlait Paul VI [10].
L’ensemble du Triduum Pascal est source et sommet de la vie et de la
mission de l’Église. Mais ce dernier est comme recueilli, anticipé
et concentré pour toujours dans le don eucharistique étant donné qu’il
met en place “une mystérieuse contemporanéité entre ce Triduum et l’écoulement
des siècles” [11]. C’est pour cela que, depuis deux mille ans, le
saint peuple de Dieu, à quelque génération, catégorie, race ou
culture qu’il appartienne, conflue chaque dimanche dans l’ecclesia
eucaristica, en confessant publiquement sa propre foi. L’Eucharistie
révèle, en effet, en elle-même et dans sa connexion avec le
septénaire sacramentel toute la portée du mystère de la foi [12].
Ceci explique concrètement la raison pour laquelle, même au cours d’époques
et dans des lieux de grande tribulation, l’Église, soutenue par
l’Esprit, n’a jamais disparu. Ce qui a contribué à l’en empêcher,
c’est justement la pratique bimillénaire [13] de mettre au centre
même de l’Église l’action eucharistique dominicale.
Voici, de façon extrêmement synthétique, les raisons qui peuvent
susciter l’admiration eucharistique chez les hommes et les femmes de
tout temps et de tout lieu. Cette Relatio ante disceptationem a pour
but de chercher à les illustrer quelque peu. Grâce à la préparation
tracée d’abord par les Lineamenta et ensuite par l’Instrumentum
laboris, mais sans prétendre vouloir être exhaustif, tout en évitant
de négliger les principaux problèmes, elle a pour seul but d’introduire
le dialogue entre les Pères Synodaux.
Par commodité, j’en anticipe les principales articulations. Après m’être
référé à l’admiration eucharistique, l’Introduction (Eucharistie: la
liberté de Dieu vient à l’encontre de la liberté de l’homme) met en
évidence le lien de l’Eucharistie avec l’évangélisation et la ratio
sacramentalis propres de la Révélation. Dans le Premier Chapitre (Le
novum du culte chrétien), j’essaierai de mettre en évidence la
nouveauté du culte chrétien. Le Deuxième Chapitre (L’action
eucharistique) concernera l’action eucharistique dans ses éléments
distinctifs et le lien nécessaire entre ars celebrandi et actuosa
participatio. Le Troisième Chapitre (Dimension anthropologique,
cosmologique et sociale de l’Eucharistie) a pour but de montrer
comment l’Eucharistie possède intrinsèquement une dimension
anthropologique, une dimension cosmologique et une dimension
sociale. La Conclusion (L’existence eucharistique dans la situation
contemporaine) offrira un résumé synthétique au sujet traité et s’achèvera
par un bref souhait concernant nos travaux.
II. L’Eucharistie implique l’évangélisation
Les données recueillies dans l’Instrumentum laboris, préparé en vue
de cette Assemblée Synodale, montrent que la pratique eucharistique
est plutôt variée dans les grandes régions du globe. Ceci est
sûrement dû aux différences culturelles significatives qui les
caractérisent et qui s’expriment de façon évidente notamment dans la
qualité de la participation à l’Eucharistie qui, elle-même, est
reliée à l’authenticité de l’ars celebrandi.
Toutefois, une remarque générale s’impose. L’extinction de l’admiration
eucharistique dépend, en dernière analyse, de la finitude et du
péché du sujet. Pourtant, ce dernier trouve souvent un terrain de
culture dû au fait que la communauté chrétienne qui célèbre l’Eucharistie
est distante de la réalité. Elle la vit de façon abstraite. Elle ne
parle plus à l’homme concret, à ses affections, à son travail, à son
repos, à ses exigences d’unité, de vérité, de bonté, de beauté.
C’est ainsi que l’action eucharistique, séparée de l’existence
quotidienne, n’accompagne plus le croyant dans le processus de
maturation de son moi propre et de son rapport avec le cosmos et la
société.
L’Assemblée Synodale devra examiner attentivement cet état de fait
et suggérer de possibles remèdes. Elle ne pourra pas se limiter à
rappeler la centralité de l’Eucharistie et du dies Domini.
Objectivement, celle-ci n’est pas en cause, mais la difficulté
réside dans le fait de savoir comment réussir à réveiller l’admiration
générée par l’Eucharistie au sein des nombreux baptisés non
pratiquants (dans certains pays européens, ces derniers peuvent
dépasser 80% du total). “Avant que les hommes puissent s’approcher
de la liturgie – ne l’oublions pas – il est nécessaire qu’ils soient
appelés à la foi et à la conversion” [14]. L’annonce et le
témoignage personnels et communautaires de Jésus-Christ à l’ensemble
des hommes sont donc indispensables afin de susciter des communautés
chrétiennes qui soient vitales et ouvertes. En outre, la vie de
telles communautés requiert une formation systématique à la “pensée
du Christ” (1Co 2, 16), (catéchèse – surtout celle concernant l’initiation
chrétienne des enfants et des adultes – et culture). Elle passe à
travers l’éducation envers ce qui est gratuit (charité, engagement
de partage social) et requiert une communication universelle de la
vie nouvelle en Jésus-Christ (mission). En un mot, les facteurs
constitutifs de l’évangélisation et de la nouvelle évangélisation
sont des implications essentielles de l’action eucharistique.
III. L’Eucharistie et la ratio sacramentalis de la Révélation
Le Concile Vatican II, surtout dans la Constitution Dogmatique Dei
Verbum, a mis en évidence le caractère d’événement propre de la
Révélation. Il a ainsi offert une base doctrinale solide au réalisme
eucharistique qui, seul, garantit une contemporanéité entre le
Triduum salvifique de la Pâque et l’homme de tous les temps. La
Constitution approfondit l’enseignement de Vatican I en clef
christocentrique. La Révélation s’accomplit et se complète dans la
Personne et l’histoire de Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu,
crucifié, mort et ressuscité pour nous les hommes et pour notre
salut [15]. Dans Son œuvre de rédemption, Il révèle le visage
miséricordieux du Père qui, à travers la puissance de l’Esprit du
Ressuscité, nous rend fils dans le Fils (cf. Ep 1, 5). Jésus-Christ,
“nomen Trinitatis publicando” [16], à travers le don total de Sa vie
innocente, résout l’énigme de l’homme et valorise ainsi sa liberté
en l’autorisant à décider sur lui-même. En effet, Jésus-Christ
demande à la liberté de chaque homme d’accueillir Son don dans
chaque acte de sa propre existence à travers l’obéissance de la foi
(cf. Ap 3, 20). Un tel accueil implique également de la part de l’homme
le don total de soi (cf. Mt 19, 21). Il s’ensuit une exclusion de
toute conception magique du sacrement en général et de l’Eucharistie
en particulier. L’événement unique du Triduum Pascal a été anticipé
par le Christ lui-même dans la Cène avec les siens qu’Il a ardemment
désirée (cf. Lc 22, 15). Assis autour d’une table avec ses apôtres
dans le cénacle, Jésus a institué l’Eucharistie. À travers le don de
l’Esprit Saint qui permet d’obéir de manière efficace au
commandement “faites cela en mémoire de moi” (Lc 22, 19; 1Co 11,
25), Il donne au croyant de tous les temps la possibilité de
participer au salut.
Ainsi, dans l’action eucharistique, la liberté de Dieu rencontre
effectivement la liberté de l’homme. À partir de cette rencontre de
liberté, le chrétien, marqué par la reconnaissance du don de Dieu et
par la communion avec Lui et avec ses frères, est poussé à donner à
sa vie tout entière une forme eucharistique [17]. Et ceci parce que,
dans l’Eucharistie s’exprime de façon éminente celle que Fides et
ratio appelle la “ratio sacramentalis de la révélation” [18]. Elle
permet au fidèle de découvrir qu’à travers toutes les circonstances
et tous les rapports dont est objectivement constituée l’existence
humaine, l’événement de Jésus-Christ appelle sa liberté à un
engagement progressif avec la vie de la Trinité. C’est Jésus-Christ
lui-même qui l’accompagne dans cette expérience: “je suis avec vous
pour toujours jusqu’à la fin du monde” (Mt 28, 20). C’est pour cela
qu’Il assure à la communauté chrétienne Sa présence d’amour: “Que
deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au
milieu d’eux” (Mt 18, 20). C’est ainsi que, depuis le début, a vécu
la communauté primitive: “Ils se montraient assidus à l‘enseignement
des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du
pain et aux prières” (Ac 2, 42).
Et, sur la vie de ce peuple de Dieu qui traverse l’histoire, la
perspective eschatologique dans laquelle Jésus a placé l’action
eucharistique, depuis son institution, jette une lumière fulgurante:
“Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la
vigne jusqu’au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le
Royaume de mon Père” (Mt 26, 29; Mc 14, 25; Lc 22, 18).
La ratio sacramentalis, impliquée dans le mystère de l’incarnation,
de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, montre que la vie
de tout homme est objectivement une vocation. Chaque état de vie
[19] (mariage, sacerdoce ministériel, virginité consacrée) reçoit du
mystère eucharistique le fondement primordial de sa propre forme.
Ainsi, dans la convocation eucharistique, tout croyant trouve
l’origine et le sens de sa propre vocation qui imprime à son
existence une forme eucharistique.
PREMIER CHAPITRE
Le novum du culte chrétien
Le fait important constitué par la pratique bimillénaire de la
célébration eucharistique dominicale, décisive pour la genèse et la
croissance des communautés chrétiennes de tout temps et de tout lieu,
n’est pas fortuit. Ce primat de l’Eucharistie comme action s’explique
de façon exhaustive à partir de la ratio sacramentalis de la
révélation d’où jaillit la forme eucharistique de l’existence
chrétienne. Pour cela, il faut décidément mettre au centre de nos
travaux sur l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la
mission de l’Église, l’approfondissement de l’action eucharistique
même. Ce choix permet de dépasser toute fausse opposition entre
théologie et liturgie.
I. La “logikē latreía” (Rm 12, 1)
Tout en reconnaissant avec les spécialistes une certaine continuité
anthropologique différenciée des rites qui sont propres aux formes
religieuses variées, et surtout avec les rites sacrificiels de
l’Ancien Proche-Orient, avec les repas sacrés hellénistiques et, en
particulier, avec ceux du judaïsme d’époque hellénistique, il est
aujourd’hui reconnu par tous que l’Eucharistie de Jésus au cours de
la Dernière Cène a donné vie à un novum. L’institution de l’Eucharistie
s’insère dans une cène rituelle, dont le contexte pascal est
désormais prouvé (cf. Mt 26, 19-20; Mc 16-18; Lc 22, 13-14; Jn 13,
1-2) [20], tout comme cette singulière action à travers laquelle
Jésus associe les Siens à Son heure et à Sa mission, en anticipant
le sacrifice de Sa Pâque, chemin définitif pour l’instauration du
Règne. En mangeant Son Corps et en buvant Son Sang, les disciples
sont incorporés au Christ. De cette manière, s’effectue cette
communion qui constitue l’Église.
Lors de la dernière Cène, “en parlant aux disciples même avec des
paroles contenant la somme de la Loi et des Prophètes” [21],
Jésus-Christ s’offre Lui-même comme unique victime proportionnée au
Père (cf. Mt 26, 26-28; Mc 14, 22-24; Lc 22, 19-20; 1Co 11, 23ss).
Dans cet acte, Il engage également les Siens, non pas dans le cadre
d’un souvenir formel et triste de Sa personne et de Son action, mais
dans celui d’une participation permanente et active de ses disciples
à Son offrande jusqu’à la fin des temps: “faites cela en mémoire de
moi” (Lc 22, 19).
C’est ainsi que ressort le lien indissoluble qui relie l’Eucharistie
à l’Église et l’Église à l’Eucharistie. Ce n’est pas un hasard si
ecclesia est le terme technique qui indique, depuis le début,
l’action de se réunir pour célébrer l’Eucharistie propre aux
chrétiens (cf. 1Co 11, 18; 14, 4-5.19.28).
“L’Église vit de l’Eucharistie depuis ses origines. En elle, elle
trouve la raison de son existence, la source intarissable de sa
sainteté, la force de l’unité et le lien de la communion, l’impulsion
de sa vitalité évangélique, le principe de son action d’évangélisation,
la source de la charité et l’élan de la promotion humaine, l’anticipation
de sa gloire dans le banquet éternel des Noces de l’Agneau (cf. Ap
19, 7-9)” [22].
À partir de ceci, l’action eucharistique émerge dans toute sa force
de source et sommet de l’existence ecclésiale du chrétien car elle
exprime, dans le même temps, tant la genèse que l’accomplissement du
culte nouveau et définitif, la logikē latreía: “Je vous exhorte donc,
frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie
vivante, sainte, agréable à Dieu: c'est là le culte spirituel que
vous avez à rendre (logikēn latreían)” (Rm 12, 1).
Dans cette vision paulinienne du nouveau culte comme offrande totale
de sa propre personne – “Que 1'Esprit Saint fasse de nous une
éternelle offrande à ta gloire,” [23] -, toute séparation entre
sacré et profane est définitivement dépassée. Le culte chrétien
n’est pas une parenthèse à l’intérieur d’une existence vécue dans un
horizon profane. Il n’est pas non plus un pur acte sacrificiel et
réparateur des offenses et des prises de distance du regard de Dieu.
Le nouveau culte chrétien devient l’expression de la rénovation de
toute l’existence: “soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez,
et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu” (1Co
10, 31). Tout acte de liberté du chrétien est ainsi appelé à être un
acte de culte. De là découle la nature intrinsèquement eucharistique
de la spiritualité chrétienne.
Par le fait qu’elle assume l’humain dans toute sa densité historique,
l’Eucharistie, sommet du septénariat sacramentel [24], permet, jour
après jour, la progressive transfiguration de l’homme prédestiné et
appelé par la grâce à être à l’image du Fils même (cf. Ep 1, 4-5).
Pensons à l’extraordinaire efficacité du Baptême: nous découvrons
que les fils, incorporés au Christ dans l’Église, sont nôtres car
ils sont fils de notre Père qui est aux Cieux. La Confirmation
révèle aux confirmands, appelés au témoignage, que les affections et
le travail reçoivent leur vérité du don de l’Esprit de Jésus-Christ,
mort et ressuscité. À travers le sacrement, l’expérience
déterminante de la vie affective, le Mariage, est confié au Seigneur
par l’Église. Lui seul est en mesure de réaliser le “pour toujours”
de l’amour que toute épouse et tout époux porte dans son cœur
lorsqu’elle ou il aime vraiment. Et n’est-ce peut-être pas l’attention
la plus humaine et délicate envers la liberté, souvent blessée par
le péché, celle que l’Église nous offre en nous invitant à la
réconciliation avec Dieu et avec nos frères dans le sacrement de la
Pénitence? Lorsqu’en outre l’homme est blessé dans sa propre chair
par l’inévitable épreuve de la maladie, l’Onction des malades
exprime la proximité spéciale de Jésus qui a tant souffert et est
mort et ressuscité pour nous. Une proximité tout à fait particulière,
si elle est accompagnée par la possibilité qui est offerte aux
malades de recevoir régulièrement la Communion et, quand cela est
nécessaire, le Saint Viatique. Ceci afin que nous puissions guérir
immédiatement et que, de toute façon, nous ne perdions pas l’espoir
de ressusciter avec Lui, de Le rencontrer à nouveau et de nous
rencontrer à nouveau dans notre vrai corps. Par ailleurs, certains
sont appelés au service du peuple de Dieu en tant que ministres
ordonnés (le sacrement de l’Ordre), non pas à cause de leurs mérites
mais à l’initiative de l’Esprit de Jésus.
Ainsi, la vie liturgique de nos communautés ne fait que témoigner de
la manière dont, dans le cours concret de l’existence humaine –
naissance, relations, amour, douleur, mort, vie après la mort –
Jésus se rend présent à tous les hommes, chaque jour et en toute
situation [25]. Dans l’analyse que l’on vient de tracer, émerge à
nouveau la force de la ratio sacramentalis, propre au génie
catholique.
II. La valeur du rite eucharistique
Dans cette vision inaugurée par l’Eucharistie chrétienne, non
seulement le culte, mais également le rite prends une physionomie
radicalement nouvelle. À savoir celle de l’action du Christ même
qui, par le don de Son Esprit, admet les Siens à la présence du Père
pour “servir en ta présence” [26].
Par sa nature de source de la logikē latreía, l’action eucharistique
rituelle vient même à être objectivement également la plus
essentielle et décisive de toutes les actions humaines. Dans le rite
eucharistique fait en effet irruption, à un instant précis du temps,
la signification accomplie de l’histoire, et, donc, sa vérité. De
cette façon, le rite eucharistique opère une rupture de la
continuité dans la succession des événements quotidiens de l’homme,
mais c’est justement dans l’espace ouvert d’une telle discontinuité
que l’homme apprend à se décider en ce qui concerne la vérité qui
lui est objectivement donnée dans le rite même. Ce choix survient
dans la foi: on peut se rapporter à la vérité donnée seulement dans
le don total de soi. Par conséquent, l’action eucharistique est
source et sommet de l’existence ecclésiale chrétienne justement en
vertu de la célébration même du rite qui exprime d’une manière
adéquate, et en toute sa substantielle plénitude, la foi vécue par
le peuple chrétien.
Cette action eucharistique rituelle, insérée en temps et en espace
dans le déroulement de l’existence quotidienne, mais provenant dans
le même temps “d’en haut” en tant que sacrement, c’est-à-dire en
tant que signe et instrument efficace de la grâce divine, devient un
paradigme de l’existence tout entière de l’homme [27]. Le rite
eucharistique n’est pas accidentel par rapport à l’existence
personnelle et sociale, et il n’est pas non plus extrinsèque à l’inévitable
être pour le monde de l’homme. Il est, au contraire, centre de la
vie réelle de la nouvelle créature (cf. 2Co 5, 17; Ga 6, 15). Son
existence est pleinement humaine, et donc historique, mais elle vit
en même temps dans la perspective éternelle de la résurrection, en
vertu de la mémoire eucharistique du Corps donné et du Sang versé
par le Crucifié Ressuscité (cf. 1Co 15, 19-22) [28]. Dans l’action
eucharistique, la liturgie terrestre est intimement unie à la
liturgie céleste [29]. L’échange de communion entre les vivants et
les morts, dont les Messes en suffrage pour les défunts sont une
expression importante, constitue un témoignage permanent de la foi
de l’Eglise dans le lien indissoluble entre la vie terrestre et la
vie éternelle [30].
Cette vision unitaire de l’action eucharistique comme c œur de toute
l’existence chrétienne a toujours été présente dans la conscience
ecclésiale. Depuis l’identification avec l’action accomplie par
Jésus telle qu’elle nous est conservée dans le canon biblique, à la
traditio qui, dans son rythme incessant de transmission et de
réception, la rend certaine tout au long du temps et dans l’espace;
depuis les formes liturgiques les plus variées des premiers siècles,
qui resplendissent encore dans les rites liturgiques des anciennes
Églises d’Orient, jusqu’à l’établissement prédominant du rite romain,
des indications précises du Concile de Trente et du Missel de Pie V,
jusqu’à la réforme liturgique de Vatican II: chaque étape de la vie
de l’Église confirme que l’action eucharistique, source et sommet de
l’existence ecclésiale chrétienne, coïncide avec le rite sacramentel
qui génère et accomplit le culte nouveau et définitif (logikēn
latreían).
La considération du rite dans toute sa plénitude permet d’éviter
toute fragmentation et toute juxtaposition entre l’action
eucharistique et les exigences de la nouvelle évangélisation, qui
vont de l’annonce par le témoignage à l’intérieur de chaque milieu
de l’existence humaine jusqu’aux nécessaires implications
anthropologiques, cosmologiques et sociales que l’Eucharistie
implique objectivement. Elle permet également à la communauté
chrétienne de poursuivre simultanément une fidélité soignée aux
rubriques liturgiques et une souplesse attentive aux instances d’inculturation.
III. La célébration eucharistique fait l’Église
L’admiration eucharistique des deux disciples d’Emmaüs se reflète
dans la merveille de l’action liturgique de la célébration
eucharistique. Elle représente l’acte de culte appelé à exprimer de
façon éminente l’unique événement pascal.
Dans la Dernière Cène, Jésus manifeste clairement avec Ses gestes et
Ses paroles le lien intrinsèque entre l’avènement du règne du Père
et Son destin personnel (cf. Mt 26, 29; Mc 14, 25, Lc 22, 15-16; Jn
12, 23-24). Dans l’identification transformatrice du pain et du vin
avec le Corps et le Sang du Christ (présence réelle [31]), la
Dernière Cène anticipe sacramentellement le sacrifice de la nouvelle
Pâque comme la forme à travers laquelle le Père accomplit, dans son
Fils et avec l’ œuvre du Saint Esprit, Son dessein rédempteur de
salut: “Puis, prenant du pain, il rendit grâces, le rompit et le
leur donna, en disant: Ceci est mon corps, donné pour vous; faites
cela en mémoire de moi. Il fit de même pour la coupe après le repas,
disant: Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour
vous” (Lc 22, 19-20). La difficulté que le langage sacrificiel,
employé par l’Écriture et par la tradition de l’Église [32],
rencontre dans la culture actuelle n’échappe à personne [33].
Toutefois, si l’on veut respecter toute la richesse du don
inconditionné que Jésus-Christ fait de Lui-même, il apparaît
aujourd’hui urgent de redécouvrir l’Eucharistie comme sacrifice.
Jésus-Christ appelle les Siens à cette forme intégrale de culte (logikēn
latreían) qui représente l’offre de toute sa vie, dans laquelle le
chrétien est progressivement modelé justement à travers la
participation pleine, consciente et active à la célébration
eucharistique [34].
L’invitation à manger Son Corps et à boire Son Sang (la communion)
constitue le chemin le plus sûr pour le salut (cf. Jn 6, 47-58)
[35]. Ainsi, le mémorial, en continuité avec la pâque juive (cf. Dt
16, 1ss), possède le caractère physique et concret de l’assomption
des espèces eucharistiques, à l’abri de toute réduction
intellectuelle de la foi. Le fruit de cette action est la communion
sacramentelle avec le Christ (cf. 1Co 10, 16), rendue possible par
l’amour avec lequel l’Esprit glorifie la chair du Ressuscité. Ce
même Esprit qui a poussé le Christ au don total de Soi, pousse les
Siens à L’accueillir dans l’obéissance de la foi, les pousse à
demeurer en Lui et à recevoir ainsi la vie comme Il la reçoit du
Père (cf. Jn 14, 26; 16, 13).
Ce sacrement est donné pour la communion des hommes dans le Christ.
Pour Saint Paul, la koinonia est le fruit de l’Eucharistie à travers
laquelle les chrétiens, incorporés dans le Christ, deviennent un
seul corps et participent d’un seul Esprit (cf. 1Co 10, 16-17) [36].
Ils constituent le nouveau peuple de Dieu qui, conduit par les
successeurs des apôtres cum et sub le successeur de Pierre, traverse
l’histoire avec l’espérance certaine que Jésus Ressuscité constitue
les prémisses de leur résurrection personnelle (cf. 1Co 15, 17-20).
En dehors de cette communion eucharistique et sacramentelle, l’Église
n’est pas pleinement constituée [37]: l’Eucharistie fait l’Église.
Le nouveau peuple de Dieu (le corps ecclésial) se configure à partir
du Corps eucharistique du Christ qui rend sacramentellement présent
le Corps de Jésus né de la Très Sainte Vierge Marie [38]. Le corps
ecclésial est ainsi réellement modelé comme corps du Christ présent
dans le temps et l’histoire, en vertu du lien qui le relie
inséparablement avec le Corps eucharistique du Christ [39]. C’est
justement dans la célébration rituelle de l’Eucharistie que l’Église
réalise la forme même de son identité de peuple rassemblé par
l’amour de Dieu.
1. Une première confirmation: l’Evêque, liturge par excellence
Ceci devient encore plus clair si l’on regarde la vénérable
tradition qui a toujours reconnu dans l’évêque, le liturge par
excellence et l’administrateur des sacrements [40]. L’Evêque ne
préside pas l’Eucharistie, en vertu d’une raison simplement
juridique, en tant que “chef” de l’Église locale, mais par fidélité
au commandement même du Seigneur qui a confié le mémorial de sa
Pâque à Saint Pierre et aux apôtres. Ils les a constitués comme
fidèles dispensateurs de Ses mystères et, en vertu de ceci, les
premiers responsables de l’annonce évangélique dans le monde entier.
C’est pour cette raison que “l’Évêque Diocésain, premier
dispensateur des Mystères de Dieu dans l’Église particulière qui lui
est confiée, est l’organisateur, le promoteur et le gardien de toute
la vie liturgique. Dans les célébrations accomplies sous sa
présidence - en particulier dans les célébrations eucharistiques
auxquelles, sous sa conduite, participent le presbyterium, les
diacres et le peuple - se manifeste le mystère de l’Église” [41].
Ceci est particulièrement évident au sein de la concélébration
eucharistique ordonnée “qui manifeste heureusement l’unité du
sacerdoce” [42]. La communion avec l’Évêque est la condition de la
légitimité de la célébration eucharistique à l’égard du peuple de
Dieu.
La fécondité de la ratio sacramentalis de la révélation est encore
une fois évidente: le sujet ecclésial (personnel et communautaire)
ne participe pas complètement à la rédemption s’il n’accueille pas
la modalité sacramentelle qui constitue la forme que Jésus a choisie
pour demeurer au sein des événements humains.
2. Une deuxième confirmation: la nature du temple chrétien
Une deuxième confirmation de la manière concrète dont la célébration
eucharistique fait l’Église est représentée par la radicale
diversité entre le temple chrétien et le temple païen, voire même le
temple judaïque. Alors que le temple païen et le temple judaïque
étaient caractérisés par la présence de la divinité et considérés,
en raison d’une telle présence, sacrés et sacralisant, le “lieu” du
culte chrétien consiste, en un certain sens, dans la même action de
la célébration du mystère. Le mot ecclesia indique l’action de se
réunir des chrétiens. C’est simplement en tant que conséquence qu’il
indique à présent le lieu même où, au cours d’une telle réunion, se
réalise la présence divine.
En outre, alors que dans les temples païen et, dans un certain sens,
judaïque, la rencontre des fidèles est plutôt fortuite, dans le lieu
du culte chrétien, cette dernière en vient à le constituer. Chaque
fidèle est une pierre vivante du temple (cf. 1P 2, 5). L’Esprit est
le ciment qui les unifie (cf. Ep 2, 22).
Ceci explique le soin avec lequel l’Église ne cesse d’offrir des
indications à l’égard de l’architecture et de l’art sacré [43]. Les
temples, en effet, sont modelés sur l’assemblée liturgique en actu
celebrationis, comme «épiphanie» de la communio hierarchica qu’est
l’Église. 3. Une troisième confirmation: « L’Intercommunion? »
Un problème pastoral plutôt délicat, lié au milieu œcuménique,
permet une autre vérification du fait qu’au sein de l’inséparable
lien entre l’Eucharistie et l’Église, la causalité de l’Eucharistie
dans l’Église (l’Eucharistie fait l’Église) est essentielle et
prioritaire par rapport à celle de l’Église sur l’Eucharistie (l’Église
fait l’Eucharistie) [44]. Cet élément conduit à souligner le poids
décisif de l’Eucharistie dans la pratique œcuménique.
Les nombreux développements en la matière sont connus [45]. Ils sont,
à la fois, une conséquence et une cause de l’intense travail
œcuménique du XX siècle. D’abord, il faut souligner la substantielle
communion de foi entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes
en matière d’Eucharistie et de sacerdoce [46]. Une communion qui, à
travers un approfondissement réciproque plus important de la
Célébration Eucharistique et de la Divine Liturgie, est destinée à
s’accroître [47]. Il faut, en outre, saluer positivement le nouveau
climat concernant l’Eucharistie dans les communautés ecclésiales
nées de la Réforme. À des degrés différents et à quelques exceptions
près, même ces communautés soulignent toujours plus l’importance
décisive de l’Eucharistie comme élément clef dans le dialogue et
dans la pratique œcuménique.
Sur la base de ces considérations et de bien d’autres, on peut
comprendre pourquoi, même après les déclarations du Magistère à ce
propos [48], la question suivante ne cesse d’être posée: l’«intercommunion»
des fidèles appartenant aux différentes Églises et communautés
ecclésiales peut-elle constituer un instrument adéquat dans le but
de favoriser le chemin vers l’unité des chrétiens?
La réponse dépend d’une considération attentive de la nature de
l’action eucharistique dans toute sa plénitude de mysterium fidei
[49]. La célébration eucharistique, en effet, est de par sa nature,
profession de foi intégrale de l’Église.
En insérant le sacrifice du Golgotha dans la Dernière Cène, le
Seigneur réalise la communion de Sa Personne avec Ses disciples et
fait en sorte qu’elle devienne possible pour tous les fidèles de
tous les temps et lieux. La participation à une telle communion
dépasse la capacité de l’amour humain et même de ses plus nobles
intentions. À travers l’écoute de la Parole qui se réalise
pleinement dans l’accueil de l’offrande du Corps et du Sang du
Christ, l’action eucharistique exprime la plénitude de la foi et de
l’unité visible des fidèles au service desquels Jésus envoie les
apôtres comme prêtres et pasteurs.
Seulement dans la mesure où elle réalise la pleine profession de foi
apostolique dans ce mystère, l’Eucharistie fait l’Eglise. Si c’est
l’Eucharistie qui assure la véritable unité de l’Eglise, une
célébration ou une participation à l’Eucharistie, qui n’implique pas
le respect de l’ensemble des facteurs qui concourent à sa plénitude,
finirait, au-delà de toute bonne intention, par diviser
ultérieurement et à l’origine la communion ecclésiale. L’intercommunion
n’apparaît donc pas comme un moyen adéquat pour atteindre l’unité
des chrétiens [50]. Cette affirmation concernant l’intercommunion n’exclue
pas qu’en des circonstances tout à fait spéciales et dans le respect
de conditions objectives [51], l’on puisse admettre à la communion
eucharistique, en tant que panis viatorum, des personnes appartenant
à des Églises ou à des communautés ecclésiales qui ne sont pas en
pleine communion avec l’Église catholique. Dans ce cas, une rigueur
nécessaire exige que l’on parle d’hospitalité eucharistique. Nous
sommes en présence de la sollicitude pastorale (historique et
salvifique) de l’Église qui vient à la rencontre de la circonstance
particulière représentée par le besoin d’un fidèle baptisé [52].
Dans ces cas-ci, l’Église Catholique admet à la communion
eucharistique un fidèle non catholique s’il le demande spontanément,
manifeste une adhésion à la foi catholique concernant le sacrement
eucharistique et se trouve spirituellement bien disposé.
Les problématiques concernant l’inadéquate catégorie d’“intercommunion”
et la pratique de l’hospitalité eucharistique exigent une ultérieure
réflexion à partir du lien intrinsèque entre Eucharistie et Église,
sur le rapport entre communion eucharistique et communion
ecclésiale. En ce sens, il pourrait être utile que l’Assemblée
Synodale revienne sur cet argument.
En répondant à l’incontournable processus œcuménique, il ne faut
toutefois pas négliger la voie maîtresse. Ne pas pouvoir accéder à
la concélébration eucharistique ni à la communion eucharistique de
la part des chrétiens de différentes Églises et communautés
ecclésiales, et le caractère exceptionnel de l’hospitalité
eucharistique, ne peuvent être seulement une source de douleur;
elles doivent plutôt représenter une incitation permanente à l’approfondissement
continu et commun du mysterium fidei qui exige, de la part de tous
les chrétiens, l’unité dans l’intégrale profession de foi.
DEUXIÈME CHAPITRE
L’action eucharistique
Après avoir suggéré quelques éléments méthodologiques pour expliquer
le novum du culte et du rite chrétiens, il est à présent opportun de
considérer de près l’action eucharistique en elle-même. D’abord,
nous examinerons les principaux éléments distinctifs de la
célébration eucharistique. Dans un second lieu, nous proposerons
quelques réflexions sur l’ars celebrandi et l’actuosa participatio.
I. Eléments distinctifs de la célébration eucharistique
Un regard synthétique aux éléments distinctifs de la célébration de
l’Eucharistie révèle la force de l’harmonieuse et complexe unité du
rite eucharistique. Nous n’avons pas l’intention de parcourir ici à
nouveau de façon complète le déroulement des différents moments de
la célébration eucharistique, mais nous nous limiterons à en
identifier le noyau essentiel: l’indissociable unité de la liturgie
de la parole et de la liturgie eucharistique. À partir de ce qui a
été jusqu’à présent exposé, nous la considérerons dans sa nature
essentielle de don. Il faudra donc mettre en relief comment, face à
la présence eucharistiquement donnée en abondance par Jésus, les
fidèles sont appelés à l’adoration, et comment, face à un si grand
mystère, ils doivent confesser leurs propres péchés en invoquant le
pardon. Nous ne manquerons pas non plus de signaler le devoir (ite
missa est) que génère, de par sa nature, un don semblable.
1. Indissociable unité de la liturgie de la parole et de la liturgie
eucharistique
Dans l’évolution historique qui va de la Dernière Cène de
Jésus-Christ à l’Eucharistie dont vit encore aujourd’hui l’Église,
le noyau constitutif et permanent de l’action rituelle est donné par
l’étroite unité entre la liturgie de la parole et la liturgie
eucharistique [53].
Dans cette unité, “eulogie” et “Eucharistie” proposent à la foi des
disciples du Christ, le mystère pascal à travers l’écoute et l’explication
des Écritures (l’homélie [54]), indissociable de la représentation
du sacrifice (la prière eucharistique) qui culmine dans la communion
avec le pain et le vin transformés en Corps et en Sang du Christ
[55]. Cela est visible dans la structure comparée des récits d’institution,
et l’on peut le cueillir dans l’action d’Emmaüs. On en reçoit
confirmation dans la description de la vie commune des premiers
chrétiens que nous offre les Actes des Apôtres (Ac 2, 42). Et enfin,
comme nous le témoigne également, de manière continuelle, toute l’histoire
de la célébration eucharistique jusqu’à celle qui est tracée dans le
Missel actuel.
De cette indissociable unité émergent certains éléments constitutifs
de l’unique Eucharistie de Jésus-Christ qui réalise la foi des
chrétiens.
Tout d’abord, le fait que le protagoniste de l’action liturgique est
Jésus-Christ lui-même. Concentrant Sa Personne et Son histoire dans
l’événement de la Pâque, Il se révèle en même temps comme prêtre,
victime et autel.
En tant que prêtre Jésus-Christ, par la puissance de l’Esprit,
devient le pontife entre Dieu le Père et le peuple (cf. He 5, 5-10)
[56]. Comme le témoignent les récits de la Cène, Il interprète
lui-même Sa mission sacerdotale objectivement dans l’eulogie
scripturale et dans l’offrande sacrificielle. Mais Jésus est, en
même temps, victime de propitiation (cf. 1Jn 2, 2; 4, 10), et de
telle façon, Son sacerdoce implique le don total de Soi qui se
manifeste dans l’offrande du pain et du vin transformés en Son Corps
donné et en Son Sang versé (le sacrifice [57]), auquel le peuple
prend physiquement part (la communion [58]). Ce prêtre, qui est
également victime, offre Son sacrifice sur la croix [59]. Cloué sur
la croix, il fait descendre le ciel sur la terre, en réconciliant (rédemption)
l’homme avec Dieu (cf. Ep 2, 14-16; Col 1, 19-20). La croix plantée
sur le Golgotha finit par exprimer le cosmos entier et le Christ,
prêtre et victime, devient une seule chose avec la croix à laquelle
il est cloué. Il en devient ainsi un autel cosmique.
La conscience d’une telle situation devrait éviter l’affaiblissement
progressif du sens du mystère auquel aujourd’hui sont exposées de
nombreuses communautés chrétiennes, surtout dans la célébration
eucharistique. Pour ne pas tomber dans une vision “sacrale”,
certainement non chrétienne, l’on risque, pour ainsi dire, de faire
de la liturgie une simple expression de la dimension “horizontale”
de la communauté, en oubliant la dimension “verticale”.
Jésus-Christ, unique protagoniste du rite eucharistique, convoque
dans l’Esprit, l’assemblée des chrétiens, appelée à prendre part
dans la foi (le Credo), de façon articulée et ordonnée, aux saints
mystères célébrés en sa faveur (les Messes pro populo). Dans le
silence, le dialogue, le chant et les gestes corporels, se développe
l’action eucharistique à travers laquelle le salut est communiqué à
l’assemblée des fidèles [60]. À propos de ce qui a été dit, on sent
le besoin d’un approfondissement de la formation liturgique de
l’ensemble du peuple de Dieu - “notre catéchèse devrait récupérer la
dimension mystagogique fondamentale des premiers siècles” - et, en
particulier, à tous ceux qui sont appelés à remplir des ministères
ou des offices au cours de la célébration (prêtres, diacres,
lecteurs, acolytes, enfants de ch œurs ou servants d’autel, schola
cantorum).
Dans la complexité des offices de la célébration, qui se déroule à
l’intérieur du temple chrétien orienté vers l’autel, auquel sont
coordonnés l’ambon et le siège, le prêtre accomplit son ministère
particulier avec l’aide du diacre. Au moment décisif de la
célébration, il agit in persona Christi capitis [61] en assurant, en
vertu du sacrement de l’ordre, inséré, non certes par hasard par le
Christ lui-même à l’intérieur de l’institution eucharistique de la
Dernière Cène, ce que la Tradition commune de l’orient et de l’occident
appelle l’économie sacramentelle [62]. Elle est l’ œuvre de l’Esprit
Saint invoqué au cours de l’Eucharistie à travers l’épiclèse afin
qu’elle réalise la conversion substantielle du pain et du vin en
Corps et Sang du Christ [63] et qu’elle génère la res eucharistique
qui est l’unité de l’Église [64].
On comprend alors comment l’unité inséparable de la liturgie de la
parole et de la liturgie eucharistique aboutit à la communion
sacramentelle [65], à laquelle les fidèles sont admis, avec un
réalisme significatif, par l’acte physique de la procession. À
travers l’assimilation des saintes espèces, en fait, comme l’Eglise
l’a toujours professée, les fidèles sont assimilés au Christ, ils
sont incorporés à Lui, pour leur salut [66] et pour le salut du
monde [67].Coordonnées inéluctables de la vie de l’homme, le temps
et l’espace sont assumés et transformés par l’action eucharistique
en vue de ce salut. Si la configuration du temple manifeste cette
transformation de l’espace, la beauté et l’articulation de l’Année
Liturgique, à partir du Triduum pascal en passant par le dies Domini
et les temps liturgiques, expriment eucharistiquement la rédemption
du temps: il n’est plus une succession d’instants destinés à s’évanouir,
mais il devient sacrement de l’éternel.
a. Le don eucharistique: ni droit ni possession
Le caractère de don propre de l’action eucharistique, qui implique
que la liberté du Deus Trinitas, se communique, en Jésus-Christ, à
la liberté des hommes, veut que sa gratuité ne soit jamais méconnue.
Même si elle suscite une grande souffrance, son absence ne confère
pas au fidèle ni au peuple de Dieu un quelconque droit à l’Eucharistie.
Pour cette même raison, le don de l’Eucharistie ne peut jamais être
“possédé” par l’homme de manière idolâtrique, il ne supporte pas une
attitude quasi gnostique de prétendue domination. L’adoration
eucharistique ne peut pas non plus se résoudre en un regard qui
prétende “com-prendre” la latens deitas, même si Jésus-Christ, dans
un acte d’extrême abaissement, se lie à la permanence de l’espèce.
a1. Assemblées du dimanche dans l’attente d’un prêtre
La question de la pénurie de prêtres doit être abordée avec courage
dans l’horizon de l’Eucharistie comme don. Cet état des choses a
donné lieu à une augmentation considérable des “assemblées du
dimanche dans l’attente d’un prêtre” (liturgies de la Parole avec ou
sans distribution de la Communion, célébrations de la Liturgie des
Heures ou de dévotions populaires) [68].
À ce propos, il est d’abord important d’insister sur l’appartenance
de chaque communauté, surtout paroissiale, à un diocèse [69]. L’Église
particulière n’est jamais privée de l’Eucharistie. C’est pour cette
raison qu’il est d’usage dans la pastorale d’encourager la plus
large participation à l’Eucharistie dans une des communautés du
diocèse, même lorsque cela demande une part de sacrifice. En second
lieu, il est utile de souligner clairement aux fidèles le caractère
propédeutique à l’Eucharistie de toute célébration du dimanche dans
l’attente du prêtre. Là où une certaine mobilité n’est pas facile,
on jugera l’opportunité de ces assemblées justement à leur capacité
d’accentuer au sein du peuple le désir ardent de l’Eucharistie.
Les sacrifices accomplis, parfois jusqu’à l’héroïsme, par un nombre
non négligeable de chrétiens, persécutés pour vivre l’Eucharistie,
sont la preuve que son absence ne pourra jamais être comblée par d’autres
formes de culte, aussi significatives soient-elles. A cet égard,
nous voulons rendre hommage à l’expérience eucharistique du regretté
Cardinal Van Thuan au cours de sa captivité.
a2. Viri probati?
Pour faire face à la pénurie de prêtres, certains, guidés par le
principe salus animarum suprema lex, avancent la requête que soient
ordonnés des fidèles mariés, de foi et de vertu sûres, les viri
probati. La demande est souvent accompagnée par la reconnaissance
positive de la bonté de la discipline séculaire du célibat
sacerdotal. Toutefois ils affirment que cette loi ne devrait pas
empêcher de doter l’Eglise d’un nombre adéquat de ministres ordonnés,
au cas où la pénurie de candidats au sacerdoce célibataire
atteindrait des proportions extrêmement graves.
Il n’est pas nécessaire d’insister ici sur les raisons théologiques
profondes qui ont amené l’Eglise latine à unir l’attribution du
sacerdoce ministériel au charisme du célibat. Mais une question
s’impose: ce choix et cette pratique sont-ils viables sur le plan
pastoral même dans des cas extrêmes comme ceux que l’on vient de
mentionner?
Il serait raisonnable de répondre positivement. Etant strictement
lié à l’Eucharistie, le sacerdoce ordonné participe de sa nature de
don et ne peut être l’objet d’un droit. S’il est un don, le
sacerdoce ordonné doit être sans cesse demandé (cf. Mt 9, 37-38). Il
est alors très difficile d’établir le nombre idéal de prêtres au
sein de l’Eglise, puisqu’il ne s’agit pas d’une “entreprise” qui
aurait besoin d’un certain nombre de “cadres”!
Sur le plan pratique , l’urgence impérative du salus animarum pousse
à réaffirmer avec vigueur, surtout ici, la responsabilité que chaque
Eglise particulière a, à l’égard de l’Eglise universelle, et par
conséquent à l’égard de toutes les autres Eglises particulières. Les
propositions qui seront présentées à cette Assemblée synodale en vue
d’identifier les critères pour une distribution plus adéquate du
clergé dans le monde seront d’une grande utilité. A ce sujet, il
semble que le chemin à accomplir soit encore long.
Il convient peut-être de rappeler aussi que, au cours de l’histoire,
la Providence a appuyé la valeur prophétique et éducative du célibat,
en demandant entre autres une disponibilité spéciale pour le
ministère sacerdotal dans les différentes formes de vie consacrée,
dans le respect de leur charisme et de leur histoire. On peut citer
ici la pratique de l’ordination des moines dans les Eglises
orientales ou dans la tradition bénédictine [70].
2. Adoration
Le caractère de don propre à l’Eucharistie permet de dépasser,
justement à partir d’une considération attentive du rite de la Messe
dans sa nature d’action liturgique, une opposition impropre, qui
s’est créée parfois à partir de l’époque moderne, entre l’Eucharistie
comme nourriture qui doit être mangée (banquet) et comme présence
divine à adorer.
S’il est vrai que, au cours du premier millénaire, l’adoration
eucharistique ne s’exprimait pas sous les formes que nous
connaissons aujourd’hui, il faut toutefois affirmer que, dès son
origine, elle a été bien présente à la conscience du peuple de Dieu.
Le deuxième millénaire a explicité ultérieurement sa valeur, en
tirant même avantage de la controverse sur la présence réelle au
Moyen-Âge et de celles sur la permanence du Christ dans les espèces
eucharistiques avec la Réforme.
Lors de la Dernière Cène, la conscience de la présence du Christ
concrète, qui s’identifie avec le pain et le vin consacrés (cf. Mc
14, 22-24; Mt 26, 26-28; 1Co 11,24-25; Lc 22, 19-20) et demande l’adoration,
s’impose avec force aux commensaux. On ne peut donc nier que la
pratique de l’adoration eucharistique, telle qu’elle se réalise
aujourd’hui dans l’Église latine, a rendu plus évidente une donnée
qui appartient à l’essence de la foi dans le ministère eucharistique
[71]. Le fait de devoir choisir entre la nourriture et l’adoration
signifie ne pas tenir compte ni de l’intégralité ni de l’unité
articulée du mystère eucharistique [72]. La Cène eucharistique n’est
pas uniquement un repas en commun, mais le don que le Christ fait de
Soi. Participer à ce don en mangeant Son Corps implique déjà le fait
de s’être prostré avec foi en adoration [73]. L’adoration du Très
Saint Sacrement est donc un tout avec la célébration dont elle
provient et à laquelle elle renvoie [74]: “Dans l’Eucharistie, l’adoration
doit devenir une union” [75]. Cette pleine conscience de la valeur
de l’adoration doit s’exprimer jusque dans l’importance artistique
et architectonique que l’on doit à la garde de la Très Sainte
Eucharistie dans nos églises [76].
Évidemment, il faut par contre souligner avec décision que, tout
comme la manducation, même l’adoration eucharistique est toujours
une action ecclésiale [77]. Cette dernière ne peut pas être conçue
comme une pratique de pitié individualiste. Adorer Jésus-Christ au
cours de la consécration et la communion et L’adorer alors qu’il est
présent dans le tabernacle, cela signifie se reconnaître et se
comporter comme un membre de Son Corps ecclésial. Ainsi, la
rencontre eucharistique n’est pas une rencontre qui s’épuise dans l’acte
de la manducation, mais elle est permanente, tout comme est
permanente, en vertu de la présence eucharistique, la venue
continuelle du Seigneur dans Son Église.[78].
À la lumière de la nature ecclésiale de l’adoration, on comprend
mieux pourquoi la pitié chrétienne a unit à l’adoration
eucharistique également la “réparation” pour les péchés du monde:
face au Seigneur, nous tous, membres de Son Corps, sommes
responsables les uns des autres.[79].
3. Attitude de confession et de pénitence
Recevoir, dans la célébration eucharistique, le don du Corps et du
Sang du Seigneur Jésus, représente l’expression culminante de la
démarche de celui qui se reconnaît disciple et se laisse introduire
à la communion avec Lui.
La différence radicale entre Celui qui se donne et celui qui reçoit
le don, différence bien documentée par la disproportion entre l’incommensurable
richesse de l’événement pascal et l’extrême pauvreté des espèces du
pain et du vin, conduit le fidèle à la conscience du mysterium
tremendum de l’Eucharistie. On ne peut pas aborder l’Eucharistie
sans percevoir toute sa propre indignité ni sans s’y préparer en
invoquant le pardon des péchés [80].
Ainsi apparaît, non seulement la signification de l’acte pénitentiel
des rites d’introduction, rendu solennel dans des cas particuliers
par l’aspersion au moyen de l’eau bénie rappelant le baptême, mais
surtout l’intrinsèque rapport entre l’Eucharistie et le sacrement de
la réconciliation [81].
Lorsque les fidèles, incorporés au Christ par le baptême, commettent
un péché mortel, ils se séparent de la communion avec Lui et avec
Son Église, dont la pleine expression est la communion sacramentelle
[82]. Toutefois, le Père miséricordieux ne les abandonnent pas mais,
à travers l’instrument voulu par Jésus lui-même [83], il les invite
à la confession libre, personnelle et humble des fautes afin de les
accueillir à nouveau, dans une étreinte plus intense - à travers la
contrition, la confession des péchés, l’absolution de la part du,ministre
qui agit aussi in persona Christi capitis, et la pénitence [84] -
dans la communion avec Lui qui s’étend à l’ensemble des frères.
C’est pour cette raison qu’une catéchèse eucharistique adéquate ne
peut jamais être séparée de la proposition d’un chemin pénitentiel (cf.
1Cor 11, 27-29) [85].
La vénérable pratique du jeûne eucharistique , qui plonge également
ses racines dans l’attitude de confession, représenterait un thème
de réflexion utile dans le cadre de cette Assemblée.
a. Les divorcés remariés et la communion eucharistique
Dans cette optique, la manière singulière selon laquelle les
divorcés remariés sont appelés à vivre la communion ecclésiale
mérite une attention particulière.
Personne n’ignore la tendance diffuse chez les divorcés remariés à
la communion eucharistique, malgré l’enseignement de l’Église en la
matière.
Il faut constater qu’à la base de cette tendance, il n’y a pas
simplement de la superficialité. Au-delà des considérables
différences de situations de chaque continent, il faut reconnaître -
surtout dans les pays de longue tradition chrétienne - de nombreux
baptisés se sont unis en mariage sacramentel par une adhésion
mécanique à la tradition. Parmi ces derniers, nombreux sont ceux qui
divorcent et se remarient. Mettant en pratique la vie chrétienne,
certains manifestent un grave malaise et souvent une grande douleur
face au fait que l’union contractée à la suite du mariage leur
empêche une pleine participation à la réconciliation sacramentelle
et à la communion eucharistique. La Familiaris consortio et d’autres
documents ont offert de précieuses indications doctrinales et
pastorales [86]. Il faut que toute la communauté chrétienne
soutienne les divorcés remariés dans la conscience de ne pas être
exclus de la communion ecclésiale. Leur participation à la
célébration eucharistique permet, en tout cas, cette communion
spirituelle qui, si elle est bien vécue, fait écho au sacrifice même
de Jésus-Christ.
D’un autre côté, à ce propos, l’enseignement du Magistère ne tend
pas seulement à éviter la propagation d’une mentalité contraire à l’indissolubilité
du mariage et le scandale du peuple de Dieu. Il nous met, au
contraire, en face de la reconnaissance du lien objectif qui unit le
sacrement de l’Eucharistie à l’ensemble de la vie du chrétien et, en
particulier, au sacrement du mariage [87].
L’unité de l’Église, qui est toujours un don de Son Époux, découle
en effet de façon permanente de l’Eucharistie (cf. 1Cor 10, 17).
Ainsi, dans le mariage chrétien, en vertu du don sacramentel de
l’Esprit, le lien conjugal, dans sa nature publique, fidèle,
indissoluble et féconde, est intrinsèquement lié à l’unité
eucharistique entre le Christ époux et l’Église épouse (cf. Ef 5,
31-32) [88]. De telle façon, le consensus réciproque que le mari et
la femme s’échangent en le Christ et qui les constituent en
communauté de vie et d’amour conjugal a, pour ainsi dire, une forme
eucharistique.
Dans cette Assemblée, il faudra toutefois approfondir ultérieurement
les modalités objectives afin de vérifier l’hypothèse de nullité du
mariage canonique, tout en prêtant une grande attention aux cas
différents et complexes qui se présentent. Afin de respecter la
nature publique, ecclésiale et sociale du consensus marital, elle ne
pourra pas avec elle aussi un caractère public, ecclésial et social
[89]. Donc, la reconnaissance de la nullité du mariage doit
impliquer une instance objective qui ne peut se réduire à la simple
conscience des époux, même si cette dernière est soutenue par l’avis
d’un guide spirituel illuminé.
Mais c’est justement pour cela qu’il est indispensable de continuer
dans l’ œuvre de réflexion sur la nature et l’action des tribunaux
ecclésiastiques afin qu’ils représentent toujours plus une
expression de la vie pastorale normale de l’Église locale [90].
Outre la vigilance continue sur les temps et les coûts, on pourra
prévoir des figures et des procédures juridiques plus simples et qui
puissent répondre plus efficacement au soin pastoral. À ce propos,
on ne manque certes pas de significatives expériences dans de
nombreux diocèses. Dans cette Assemblée, les Pères synodaux auront
l’occasion d’en faire connaître d’autres.
L’action pastorale ordinaire consistant à préparer au mariage
chrétien les fiancés , de manière lointaine, prochaine et immédiate,
reste de toute façon décisive, tout comme un accompagnement
quotidien de la vie des familles au sein de la grande demeure
ecclésiale. Enfin, le soin et la valorisation des nombreuses
initiatives vouées à accompagner les divorcés remariées à vivre au
sein de la communauté chrétienne avec sérénité le sacrifice lié
objectivement à leur condition, revêt une importance tout à fait
particulière.
4. Ite missa est
L’Eucharistie est nourriture viatorum pour les fidèles en chemin
dans l’histoire vers la vie éternelle. Il s’agit d’une vérité que la
Tradition liturgique, surtout celle des Églises Orthodoxes, n’a pas
cessé de proposer [91]. L’action de louange et de grâce qui se
réalise dans la célébration eucharistique, mémorial sacramentel de
la Pâque du Christ, remplit le fidèle d’une gratitude particulière.
Elle ne se manifeste pas seulement dans l’acte du “remerciement”
dévoué après la communion, que la pratique recommande à travers le
silence et qui peut être accompagnée par le chant méditatif, mais
elle s’exprime pleinement dans le mandat ayant pour but d’élargir
cette communion à l’ensemble des hommes, leurs frères. Ce résultat
missionnaire de la participation eucharistique n’a pas d’abord le
caractère d’un “devoir”, mais celui du témoignage gratuit de la
transformation progressive de toute notre existence grâce au don
sacramentel, accueilli par la liberté humaine envers tous [92].
Le témoignage vient alors à coïncider avec cette logikē latreía à
travers laquelle la communion avec le Christ investit toutes les
circonstances et tous les rapports qui s’instaurent au sein des
différents domaines de l’existence humaine. Dans la vie passée et
présente de l’Église, le martyr représente une figure emblématique
d’un tel témoignage. Comme le Christ même, il remet
eucharistiquement sa vie, par pure grâce, en faisant une offrande
agréable au Père.
De cette manière, l’Eucharistie traverse et transforme naturellement
l’histoire personnelle, communautaire et sociale. C’est en ceci que
consiste surtout la mission évangélisatrice de l’Église [93].
II. Ars celebrandi et actuosa participatio
À partir de cette vision centrée sur l’Eucharistie comme action
ecclésiale qui s’exprime dans l’unité du rite eucharistique - dont
le c œur est la liturgie de la parole intrinsèquement ordonnée à la
liturgie eucharistique [94], don accueilli dans un esprit d’adoration,
qui demande une attitude de confession et pousse à la mission -
apparaît un élément qui mérite décidément d’être souligné.
Affirmer que l’Eucharistie est source et sommet de la vie et de la
mission de l’Église signifie avant tout reconnaître l’obéissance
nécessaire de l’Église même à l’égard du sacrement eucharistique. Et
dans cette affirmation, s’exprime le primat de la traditio sur la
receptio: dans la Dernière Cène, l’initiative appartient à Jésus qui
se livre aux Siens; dans le passage de la Cène à la liturgie
ecclésiale, Saint Paul nous indique qu’il transmet ce qu’il a reçu (cf.
1Co 11, 23); dans la différenciation des rites et l’alternance des
réformes liturgiques, le critère servant de guide a toujours été
celui du primat de la traditio [95]. Ainsi, dans toute célébration
eucharistique, la communauté vit l’expérience qui a déjà été celle
des apôtres dans le cénacle: les fidèles sont appelés à recevoir
Celui qui se donne.
Cet élément constitutif de l’action eucharistique conduit à une
conséquence pastorale décisive: la nécessité de dépasser tout
dualisme entre l’ars celebrandi et l’actuosa participatio. La
participation consciente, active et fructueuse du peuple de Dieu
[96] - surtout à l’occasion du précepte dominical - coïncide en
effet avec l’adéquate célébration des saints mystères. Le caractère
de don propre à l’Eucharistie est à nouveau au premier plan. Si l’on
soigne et lorsque l’on soigne objectivement l’art de la célébration,
la participation peut devenir vraiment plena, conscia et actuosa
[97]. Il s’agit d’obéir au rite eucharistique dans son
extraordinaire plénitude, en y reconnaissant la force canonique et
constitutive, étant donné que, depuis deux mille ans, et ce n’est
pas un hasard, elle assure l’existence de la Sainte Église de Dieu.
Dans le respect des différentes sensibilités culturelles, ce critère
doit orienter les modalités avec lesquelles il faut solliciter la
participation de l’ensemble des fidèles au rite lui-même. Pour ne
pas se réduire à une simple répétition de formules et de gestes,
elle requiert une offre de soi de la part de chaque fidèle qui soit
consciente afin de réaliser le sacerdoce baptismal du peuple de Dieu.
Dans ce contexte, on comprend également l’utilité si précieuse des
normes liturgiques que le Saint-Siège, les Conférences Épiscopales
et les Ordinaires mettent à la disposition des Églises.
Dans le cadre précédemment tracé, il faut également comprendre et
vivre l’ensemble des ministères et des offices liés au rite
liturgique. Leur fonction n’est pas celle de gratifier ceux qui les
exercent, comme le suggère une fausse idée de participation active
des fidèles, il faut dire plutôt extérieure. Leur action essentielle
a pour but d’assurer à toute l’assemblée, la beauté et la dignité
objectives de la célébration [98].
Sans pouvoir entrer dans des problèmes importants et spécifiques, il
sera également utile de rappeler dans cette relation que l’art mis
au service de l’action eucharistique - surtout en ce qui concerne
les décorations sacrées [99], tout comme les chants et la musique -
reçoivent à leur tour une pleine lumière dans l’ars celebrandi. Ils
concourent à l’actuosa participatio s’ils respectent cette objective
ars celebrandi [100].
TROISIÈME CHAPITRE
Dimension anthropologique, cosmologique et sociale de l’Eucharistie
Deux prémisses
La considération du rite eucharistique comme action sacramentelle
seule en mesure de rendre compte de l’Eucharistie comme source et
sommet de la vie et de la mission de l’Église, ne serait pas
complète si l’on ne montrait pas sa force de transformation de la
vie personnelle et communautaire des fidèles et, à travers elle, sa
fécondité à l’égard de toute la famille des hommes et des peuples.
En d’autres termes, en conférant à l’existence chrétienne une forme
eucharistique, l’Eucharistie influence non seulement les personnes
et les communautés ecclésiales, mais également, à travers elles, les
sociétés et les cultures, tout en déterminant l’interaction de l’homme
avec le cosmos.
1. Eucharistie et évangélisation
L’unicité de l’événement pascal, qui donne lieu à l’unité
intrinsèque de l’Eucharistie avec l’Église, documentée dans cet acte
de culte unitaire qu’est le rite eucharistique, génère aussi la l’unité
profonde entre la vie et la mission du chrétien et celle de l’Église
entière. Le témoignage commun de la rencontre gratuite et
satisfaisante avec le Christ aboutit à l’annonce et à l’invitation
de l’ensemble des frères humains, sans exception, à prendre part à
la vie de la communauté chrétienne. En continuant au sein de la
communauté, l’éducation à la gratuité, à la pensée du Christ et à l’universalité,
les chrétiens sont invités à s’engager avec l’ensemble des hommes au
niveau culturel, écologique et social.
Ainsi conçue, la vie quotidienne du chrétien (la spiritualité
eucharistique), toujours personnelle et communautaire, réalise
concrètement l’évangélisation et la nouvelle évangélisation dans
laquelle la promotion humaine est toujours impliquée.
2. Eucharistie, interculturalité et inculturation
L’évangélisation, par la nature de l’homme et en vertu du dynamisme
de l’Incarnation, est toujours historiquement située et appelée à
interagir avec les cultures les plus diverses. On comprend donc bien
le soin que les différentes Églises ont porté, après le Concile
Vatican II, au processus d’inculturation des rites liturgiques. Une
telle urgence a été plusieurs fois soulignée par le Magistère au
cours des dernières décennies [101]. Cela vaut la peine de rappeler
que la condition décisive pour le développement nécessaire de cet
important processus, qui doit être soumis , de par sa propre nature,
à une continuelle vérification, réside dans la reconnaissance
préventive de l’originaire interculturalité de l’événement célébré.
La célébration eucharistique présente à nouveau l’événement pascal
qui pose, par lui-même, les conditions nécessaires à une
communication avec toutes les cultures humaines. Elle est possible
grâce à la singularité de la Personne et de l’histoire de
Jésus-Christ qui assume, justement à travers l’incarnation, la
condition humaine tout entière. Afin d’exprimer la dimension
interculturelle de l’Eucharistie, il est précieux d’employer le
latin, surtout à l’occasion de grandes célébrations internationales
ou à l’intérieur des églises où l’affluence de visiteurs étrangers
est importante.
Dans le respect de cette perspective, l’usage des langues
vernaculaires et le recours pondéré à des formes d’expression
particulières, dans le rite, les temples, les décorations et les
chants célébrant l’action eucharistique, qui doit de toute façon
rester, toujours et à n’importe quelle latitude, la seule
Eucharistie instituée par le Christ [102], peuvent devenir de
fécondes et exemplaires expressions de cette nécessité d’une
inculturation pour l’évangélisation [103].
Si la reconnaissance de l’interculturalité du mystère célébré doit
être une condition pour l’inculturation alors, de par sa nature,
toute inculturation implique une continuelle évangélisation de la
culture elle-même. Cette dernière ne sera pas sans une inévitable
“critique” à l’égard de la culture dans laquelle une communauté
chrétienne déterminée se trouve à vivre et à célébrer.
Dans le lien équilibré entre évangélisation et inculturation, assuré
par la nature interculturelle de l’Eucharistie, le dialogue
interreligieux trouve aussi sa place [104]. Il s’agit d’un moment
intrinsèque à la foi de la communauté chrétienne qui est décisif
dans un contexte missionnaire, surtout en ce qui concerne le
continent asiatique qui est si peuplé. Dans ce domaine, il convient
de porter une grande attention aux Églises d’Orient de façon à tirer
profit de leur expérience.
II. Dimension anthropologique de l’Eucharistie
Si l’Eucharistie est le don de la rencontre sacramentelle entre l’homme
et le Dieu de Jésus-Christ qui rend “vraiment libre” (Jn 8, 36),
alors un tel événement possède de par sa nature, une dimension
anthropologique fondamentale.
La transformation de l’existence par l’action eucharistique s’exerce
d’abord dans la tension des chrétiens à la suite du Christ. Maintes
fois, saint Paul affirme que l’existence d’une nouvelle créature s’exprime
en Christ (cf. Rm 6, 11; Gal 2, 20) [105]. Dans la communion au
Corps et au Sang du Christ, le Deus Trinitas vient à la rencontre de
l’homme. Son irruption dans le quotidien offre à l’homme la
possibilité de ne pas se faire enfermer dans sa propre finitude et
son propre péché.
Ce don personnel s’étend de manière naturelle à la communion entre
les chrétiens: l’unité de l’Église est, comme nous l’avons déjà
rappelé, la res du sacrement. Comme le documentent les récits du
Nouveau Testament concernant la communauté primitive, la genèse
sacramentelle assure l’objectivité de la communion qui tend à
imprégner tous les aspects spirituels et matériels de l’existence
des chrétiens (cf. At 2, 42-44; 4, 32-33) [106].
Doctrine, morale, ascèse et spiritualité ne sont pas l’expression
d’une religiosité générique, mais en vertu de leurs racines
eucharistiques, elles deviennent articulations unitaires de l’accomplissement
du dessein de Dieu sur chaque personne et sur l’histoire tout
entière: “faire du Christ le c œur du monde” [107]. De cette façon,
toute la vie est conçue comme une vocation et ceci permet cette
imitatio Christi témoignée tout au long des siècles par les saints
dans leurs différents états de vie. L’existence chrétienne se
déroule sur les pas de celle du Maître, étant à la fois tendue vers
l’éternité et attentive, de façon responsable et constructive, à
chaque aspect de l’histoire [108].
Pour le chrétien, l’annonceet le témoignage, la catéchèse, l’éducation
chrétienne personnelle et communautaire, le partage avec l’homme et
avec ses expressions faites d’affections , de travail et de repos,
jusqu’au fait d’affronter les brûlantes questions anthropologiques
qui agitent aujourd’hui l’humanum (amour, mariage, famille, vie,
maladie et mort), tout ceux-ci sont des aspects objectivement
impliqués dans la célébration eucharistique dominicale. III.
Dimension cosmologique de l’Eucharistie
Dans l’action eucharistique qui s’appuie, en dernière analyse, sur
l’unité en Jésus-Christ en tant que prêtre, victime et autel, la
nouvelle créature est conduite à renouveler continuellement son
rapport avec la matière et le cosmos [109]. Saint Paul met en
évidence la relation entre le labeur fécond de la nouvelle créature
et celui de la nouvelle création (cf. Rm 8, 19-23; 2Co 5, 17). La
tribulation anthropologique et le labeur cosmologique sont unis dans
la perspective eschatologique toujours imminente. Il est important
de souligner la dimension cosmologique de l’Eucharistie, comme le
documente depuis l’antiquité l’orientation même du temple chrétien.
La forme eucharistique de l’existence permet d’éviter, à la racine,
au moins en principe, deux risques graves qui pourraient
compromettre lourdement le rapport entre l’homme et le cosmos.
D’un côté, celui d’un anthropocentrisme exaspéré qui fait de l’homme
le maître absolu de la création. Dans la présentation des dons (les
fruits de la terre et du travail humain: le pain et le vin auxquels
on unit l’eau), il est implicitement exprimé que les protagonistes
du rapport entre l’homme et la création ne sont pas simplement deux,
la communauté des hommes et le cosmos, mais trois. Confirmant ce qui
est déjà contenu dans le deuxième récit de la création (cf. Gn 2,
4b-25), il y a un Troisième élément qui met en relation l’homme et
la création: il s’agit de Dieu qui, depuis le début, plaça l’homme
dans le “jardin” afin qu’il le cultive et le garde. L’homme et le
cosmos sont unis dans l’unique historia salutis conduite par Dieu.
Dans la rédemption, le Christ ouvre la perspective de la
glorification finale à l’homme et au cosmos, en ramenant
définitivement à de plus justes proportions toute prétention
anthropocentriste.
De l’autre, le rapport équilibré entre Dieu, l’homme et le cosmos -
explicité par l’Eucharistie - exclut tout biocentrisme et tout
écocentrisme qui conduit à éliminer la différence ontologique et
axiologique existant entre l’homme et les autres êtres vivants
[110].
La dimension cosmologique de l’Eucharistie trouve un emblème très
significatif dans la vie de saint François d’Assise. Le fameux
Cantique de frère soleil apparaît comme une documentation puissante,
poétiquement efficace, de la position de l’homme qui vit une
existence eucharistiquement déterminée et qui, pour cette raison,
sait reconnaître chaque créature dans sa relation avec Dieu: “Soit
loué mon Seigneur avec toutes tes créatures”. La conscience de saint
François exprime l’attitude de gratitude envers Dieu pour et avec
toutes les choses. Gratitude qu’il apprend justement du mystère
eucharistique, dont il fut, à son époque, et ce n’est pas un hasard,
un chantre et un défenseur formidable, obéissant en cela aux décrets
du Concile Latran IV [111].
La dimension communautaire de l’action eucharistique permet, en
outre, aux chrétiens de ne pas oublier que la création-cosmos est un
bien commun et universel et que l’engagement à son égard s’étend non
seulement aux besoins présents, mais également à ceux de l’avenir.
C’est pourquoi, la responsabilité envers la création prend la
physionomie d’un soin à l’égard de notre demeure qui prolonge, dans
un certain sens, le corps et doit trouver d’adéquates traductions
aux niveaux éducatif, social et juridique qui en respectent la
valeur simultanée de demeure et de ressource [112].
En exprimant le soin pour la demeure du Corps eucharistique et
ecclésial de Jésus-Christ, le temple chrétien et, dans ce cadre, la
chapelle ou le lieu réservé à la conservation et à l’adoration, avec
le tabernacle, peuvent devenir de précieuses ressources éducatives
pour l’assemblée ecclésiale en vue d’un rapport correct entre l’homme
et la création.
IV. Dimension sociale de l’Eucharistie
Le don total de Soi, assuré eucharistiquement par le Christ à l’homme
de tous les temps, est pour le salut de tous. En ce sens, l’Eucharistie
est pour le monde. Les Évangiles synoptiques rappellent, dans la
parabole décisive du bon grain et de l’ivraie, que l’engagement de
celui qui suit le Christ a comme champ le monde (cf. Mt 13, 38).
Ainsi, saute aux yeux la manière dont l’Eucharistie possède une
dimension intrinsèquement sociale inséparable de celles à caractère
cosmologique et anthropologique.
L’histoire de l’Église, riche en œuvres de charité et ferment
créatif d’institutions d’importance civile et politique, le
documente au travers d’une grande abondance d’éléments. L’occasion
pour avoir d’ultérieures confirmations à ce sujet de la part des
Églises particulières représentées ici ne manquera certainement pas
au cours des travaux de ces jours-ci.
La charité est essentiellement eucharistique [113], tout comme l’Eucharistie
est charité [114]. L’aumône que les fidèles accomplissent à l’occasion
de la célébration dominicale indique clairement l’importance de ce
lien. Parmi les innombrables témoignages de sainteté liés à la
charité, nous voulons rappeler celui de la Bienheureuse Thérèse de
Calcutta. Son charisme, profondément marqué par le rapport avec le
sacrement eucharistique, sut reconnaître l’amour du Christ comme
source intarissable de partage à l’égard des mourants les plus
misérables et abandonnés. Dans les circonstances actuelles, qui sont
marquées par la violente transition de la modernité à une nouvelle
configuration géopolitique (la post-modernité?), les urgences
sociales auxquelles le chrétien doit faire face qui vit sa propre
existence en forme eucharistique, apparaissent particulièrement
fortes et différenciées. La mondialisation, la société des réseaux,
les nouveaux horizons ouverts par les biotechnologies et le
processus d’inévitable melting pot entre peuples et cultures,
accompagné malheureusement par des guerres, par le terrorisme et par
des violences inhumaines, rendent inévitable l’urgence de justice
sociale et de paix.
La situation de pauvreté et souvent de misère endémique, à laquelle
est condamnée une grande partie de la population du globe, et
surtout en Afrique, constitue une blessure qui juge inexorablement
l’authenticité avec laquelle les chrétiens de toute latitude vivent
l’Eucharistie. Se réunir chaque dimanche, dans un lieu quelconque de
la terre, pour prendre part au même Corps et au même Sang du Christ,
impose le devoir d’une lutte tenace contre toutes les formes de
marginalisation et d’injustice économique, sociale et politique que
subissent nos frères et s œurs, et surtout les enfants et les femmes.
Les formes de cette lutte exigent des critères adéquats dérivant du
rapport proportionné entre la charité et la justice, rapport que l’Eucharistie
a réclamé depuis les temps apostoliques comme nécessaire pour toute
vie sociale (cf. 1Co 11, 17-22; Jc 2, 1-6). La communauté chrétienne,
consciente de sa nature particulière, doit continuer à chercher les
moyens adéquats pour faire face à un mal qui a pris aujourd’hui des
dimensions planétaires et qui, plus que jamais, crie vengeance
devant Dieu, et ce par le biais d’analyses appropriées et en mettant
en œuvre les moyens adaptés (cf. Gn 4, 10). Il apparaît évident que
le fait d’affronter une question si importante, comme celle de la
justice sociale, ne peut pas être séparé de l’infatigable devoir de
poursuivre la paix. Du reste, le rapport entre la paix et l’Eucharistie,
bien exprimé dans le rite latin par l’accolade fraternelle précédant
la communion, est basé sur l’inébranlable conviction que le “Christ
même est notre paix” (Ep 2, 14). La racine eucharistique de l’action
du chrétien en faveur de la paix le mettra à l’abri de deux graves
menaces. D’un côté, celui du pacifisme utopique, de l’autre celui
d’une sorte de Realpolitik qui considère la guerre comme inévitable.
La paix, au contraire, est une mission difficile et lourde, qui se
trouve toujours devant nous et doit être patiemment poursuivie,
chaque jour en notre propre personne et dans tous les rapports, à
commencer par les relations familiales, celles concernant les
communautés intermédiaires, et jusque dans les relations
internationales.
Ces implications sociales décisives de l’action eucharistique
demandent la contribution des chrétiens à l’édification d’une
société civile, dans les différentes zones culturelles de l’humanité.
En se fondant sur les principes de solidarité et de subsidiarité,
constitutifs de l’enseignement social de l’Église, les chrétiens
promeuvent une société civile qui s’appuie sur la dignité et les
droits de la personne, et avant tout sur le droit à la liberté
religieuse, et sur les droits de tous les corps intermédiaires, en
particulier de la famille.
Par ailleurs, les chrétiens contribuent à la promotion des
institutions étatiques et internationales favorisant un bon
gouvernement, avec tous les hommes de bonne volonté et dans le
respect de la nature, en grande partie plurielle, de la société
contemporaine. Outre le fait que ces institutions doivent promouvoir
et régler une vie saine au niveau de chaque nation, elles doivent
aussi concourir à la nécessité fondamentale de construire un nouvel
ordre mondial fondé sur des règles partagées et contraignantes,
garantissant à tous les peuples la possibilité d’un développement
équilibré et intégral des ressources naturelles et humaines.
CONCLUSION
L’existence eucharistique dans la situation contemporaine
I. Résumé synthétique
Dans la rencontre de liberté que l’action liturgique suggère, l’expérience
de l’émerveillement se renouvelle pour l’homme, avec une intensité
particulière, depuis deux mille ans dans le rite eucharistique. Et
c’est justement dans la réalisation du rite, grâce à la descente du
Fils, mort sur la croix et ressuscité à travers le don de l’Esprit,
que le Père se montre, se donne et se dit à l’homme. Dans l’eulogie
et dans l’Eucharistie, dans l’écoute de la parole et dans la
consommation du sacrifice, le fidèle adorateur du vrai Dieu, est
admis, après le confiteor, à communier au Corps qui opère la
rédemption en vertu de l’événement unique de la Pâque de Jésus, et
est aussi envoyé pour témoigner de la rédemption au monde entier.
L’Eucharistie devient simultanément source et sommet de la vie et de
la mission de l’Église dans l’action même où elle est célébrée.
Ainsi, l’événement pascal, l’Eucharistie et l’Église réalisent la
forme concrète à travers laquelle, tout au long de l’histoire, la
Trinité vient à la rencontre des hommes pour les sauver.
Les merveilles de la grâce divine sont renfermées dans les espèces
sacrées du pain et du vin converties en Corps et en Sang du Christ.
En elles, le Fils de Dieu, fait homme, “passo” et ressuscité, reste
volontairement livré à l’attente du libre engagement de l’homme. L’Église
célèbre ces mystères, s’alimente à cette nourriture céleste et l’adore,
reconnaissant en Jésus-sacrement le Chemin à la Vérité et à la Vie.
L’homme, qui accueille ce don par grâce, fait chaque fois une
expérience singulière. La miséricorde aimante de la Trinité fait
irruption dans la succession mécanique des différents instants de
son temps, et elle y opère une discontinuité bénéfique qui le pousse
à prendre une décision. S’apercevant alors de l’énorme différence
entre la liberté infinie de Dieu qui se donne eucharistiquement et
la petitesse de la liberté humaine, le fidèle s’abandonne au Christ,
et transforme son existence en offrande vivante.
Cette existence assume une véritable forme eucharistique au niveau
personnel et social. La physionomie du chrétien et des communautés
de fidèles vit de cette forme eucharistique qui transfigure
progressivement les rythmes de l’existence personnelle, tout en
contribuant à l’édification d’une vie saine également au niveau
social. La naissance, la croissance, l’éducation, l’amour, la
souffrance et la mort sont marqués par la puissance eucharistique
qui s’articule dans l’ensemble du septénaire sacramentel et, en
vertu de l’Eucharistie, la vie des chrétiens et des communautés
bénéficie de l’accueil des dons de l’Esprit, de l’augmentation des
vertus, de la découverte que les commandements de Dieu, s’ils sont
suivis de façon authentique, représentent l’accomplissement de
l’amour. Le rapport de l’homme racheté avec le cosmos se renouvelle
en profondeur; quand les chrétiens sont poussés, avec une énergie
toujours ressuscitante, à un engagement radical en faveur de la
justice sociale et de l’édification de la paix.
Surtout dans cette période de tribulations particulières à laquelle
se trouvent confrontés toutes les zones culturelles du monde, le
chrétien qui vit sa propre existence communautaire en forme
eucharistique, devient un infatigable annonciateur et témoin de
Jésus-Christ et de Son Évangile dans l’ensemble des domaines de l’existence
humaine: du quartier à l’école, du travail au monde de la culture,
de l’économie à la politique, en passant par les communications
sociales, etc.
Les communautés chrétiennes, fondées eucharistiquement, deviennent
des lieux dans lesquels chaque homme peut faire l’expérience que le
fait de suivre le Christ conduit à la vie éternelle en offrant le
centuple, et ce déjà à l’intérieur de l’histoire (cf. Mt 19, 29).
Les femmes et les hommes de toute catégorie, ethnie et culture
peuvent, à tout instant de leur vie, rencontrer d’autres hommes et
femmes, les chrétiens, qui, en vertu de l’existence eucharistique,
se proposent à eux comme compagnons discrets d’un chemin de liberté.
II. Un souhait final
Cette forme eucharistique de la personnalité et de la communauté
chrétienne n’est pas une utopie. Elle vit déjà pleinement en Marie,
femme eucharistique. Avec son fiat, Marie représente l’emblème du
don eucharistique de soi et de l’Église immaculée. Les Pères et le
Magistère de l’Église ont toujours souligné l’indissociable rapport
entre Marie et l’Église [115]. En la définissant femme eucharistique
[116], Jean-Paul II a appelé par son nom la forme de ce rapport. Il
fleurit en effet dans la participation tout à fait particulière de
la Mère à l’offrande de Soi réalisée par le Fils.
Nous demandons à la Vierge Immaculée et à tous les Saints que les
travaux de cette Assemblée Synodale puissent se dérouler à l’horizon
bénéfique de cette forme eucharistique.
Notes
[1] Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 6.
[2] Cf. ibid., 5-6.
[3] Cf. Jean-Paul II, Redemptor hominis 10.
[4] Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 6: “cette ‘ admiration’
eucharistique, dans la ligne de l’héritage du Jubilé”.
[5] Cf. Missale Romanum, Oratio Post Communionem, I Dominica
Adventus.
[6] Gaudium et spes 22.
[7] Cf. Gaudium et spes 14.
[8] Saint Thomas nous rappelle qu’avec le baptême, l’homme est
renouvelé en Jésus-Christ (regeneratur in Christo), alors qu’avec l’Eucharistie
l’homme perfectionne son union avec le Christ (perficitur in unione
ad Christum). “Voilà pourquoi le baptême est dénommé ‘le sacrement
de la foi’ (sacramentum fidei), qui est le fondement de la vie
spirituelle, l’Eucharistie est appelée ‘le sacrement de la charité’
(sacramentum caritatis) qui est ‘le lien parfait’ (vinculum
perfectionis) selon saint Paul (Col 3,14)”, saint Thomas, Summa
Theologiae III, q. 73, a. 3.
[9] Cf. Saint Augustin, Commentaire à l’Évangile de saint Jean 69,
2.
[10] “Où se trouve le ‘Peuple de Dieu’ dont on a tant parlé et dont
on parle encore aujourd’hui, où est-il? Cette entité ethnique sui
generis qui se distingue et se qualifie par son caractère religieux
ou messianique (ou si vous le voulez sacerdotal et prophétique),qui
converge totalement vers le Christ, comme son centre focal, et qui
dérive totalement du Christ? Comment est-il assemblé? Comment est-il
caractérisé? Comment est-il organisé? Comment exerce-t-il sa mission
idéale et tonifiante dans la société au sein de laquelle il est
immergé? Nous savons bien que le peuple de Dieu a maintenant
historiquement un nom qui est plus familier pour tous, à savoir
celui d’Église”, Paul VI, Audience générale, 23 juillet 1975.
[11] Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 5.
[12] “Dans l’Eucharistie, se tout le mystère de notre salut résume (totum
mysterium nostrae salutis comprehenditur)”, saint Thomas, Summa
Theologiae III, q. 83, a. 4. “L’Eucharistie est la plus grande de
toutes les merveilles faites par le Christ, l’admirable document de
son immense amour pour les hommes”, saint Thomas, Opusc. 57, dans la
Fête du Corpus Domini.
[13] “Réunis dans le jour du Seigneur, le dimanche, rompez le pain
et rendez grâces après avoir confessé vos péchés, afin que votre
sacrifice soit pur”, Didachè 14, 1. En outre, cf. Saint Justin, I
Apologia 67.
[14] Sacrosanctum Concilium 9.
[15] Dei Verbum 4: “Après avoir, à bien des reprises et de bien des
manières, parlé par les prophètes, Dieu, “en ces jours qui sont les
derniers, nous a parlé par son Fils” (Héb. 1, 1-2). Il a envoyé en
effet son Fils, le Verbe éternel qui éclaire tous les hommes, pour
qu’il demeurât parmi eux et leur fit connaître les secrets de Dieu (cf.
Jean 1, 1-18). Jésus-Christ donc, le Verbe fait chair, “homme envoyé
aux hommes”, “prononce les paroles de Dieu” (Jean 3, 34) et achève
l’ œuvre de salut que le Père lui a donnée à faire (cf. Jean 5, 36;
17,4). C’est donc lui - le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14,9) -
qui, par toute sa présence, et par la manifestation qu’il fait de
lui-même par paroles et œuvres, par signes et miracles, et plus
particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d’entre
les morts, par l’envoi enfin de l’Esprit de vérité, achève en la
complétant la révélation, et la confirme encore en attestant
divinement que Dieu lui-même est avec nous pour nous arracher aux
ténèbres du péché et de la mort et nous ressusciter pour la vie
éternelle”.
[16] Saint Thomas, In I Sent., Prol.: “Ego sapientia effudi flumina”
Sir 24, 40 - Venit Filius et illa flumina olim occulta effudit nomen
Trinitatis publicando”.
[17] Jean-Paul II, Lettre aux Prêtres pour le Jeudi Saint 2005 n̊1.
[18] Jean-Paul II, Fides et ratio 13: “On est renvoyé là, d’une
certaine façon, à la perspective [ratio] sacramentelle de la
Révélation et, en particulier, au signe eucharistique dans lequel l’unité
indivisible entre la réalité et sa signification permet de saisir la
profondeur du mystère. Dans l'Eucharistie, le Christ est
véritablement présent et vivant, il agit par son Esprit, mais, comme
lavait bien dit saint Thomas, “tu ne le comprends ni ne le vois;
mais la foi vive, elle, l’affirme, en dépassant la nature.
Par-dessous, la double apparence, signe elle-même d’autre chose, vit
la réalité sainte”. Le philosophe Pascal lui fait écho: “Comme Jésus
Christ est demeuré inconnu parmi les hommes, ainsi sa vérité demeure
parmi les opinions communes, sans différence à l’extérieur. Ainsi l'Eucharistie
parmi le pain commun”.
[19] Cf. Instrumentum laboris n. 25.
[20] “Avec ses disciples, Il a célébré la cène pascale d’Israël, le
mémorial de l’action libératrice de Dieu qui avait conduit Israël de
l’esclavage à la liberté”, Benoît XVI, Homélie de la Sainte Messe
pour la célébration de la XX journée Mondiale de la Jeunesse sur l’Esplanade
de Marienfeld (21 août 2005).
[21] Ibidem.
[22] Instrumentum laboris, Préface.
[23] Prière eucharistique III.
[24] Cf. Thomas, Summa Theologiae III, q. 63, a. 6; q. 65, a. 3; q.
75, a. 1 et a. 3. En outre, cf. Jean-Paul II, Redemptor hominis 20.
[25] “Mener une vie fondée sur les sacrements, animée par le
sacerdoce commun, signifie surtout, en effet, de la part du chrétien,
désirer que Dieu agisse en lui pour le faire parvenir, dans
l'Esprit, ‘à la plénitude du Christ’ (28). Dieu, de son côté, ne l’atteint
pas seulement à travers les événements et par sa grâce intérieure,
mais il agit en lui, avec une certitude et une force plus grandes,
au moyen des sacrements. Ceux-ci donnent à sa vie un style
sacramentel. Eh bien, parmi tous les sacrements, c’est la Sainte
Eucharistie qui porte à la plénitude son initiation de chrétien, et
qui confère à l’exercice du sacerdoce commun la forme sacramentelle
et ecclésiale qui le relie [...] à celui du sacerdoce ministériel.
Le culte eucharistique est ainsi le centre et le but de toute la vie
sacramentelle (Cf. AG, 9 et 13; PO, 5)”, Jean-Paul II, Dominicae
Cenae 7.
[26] Prière eucharistique II.
[27] “Tu permets à l’Église du Christ de célébrer des mystères
ineffables dans lesquels notre petitesse de créatures mortelles se
sublime dans un rapport éternel, et notre existence dans le temps
commence à fleurir dans la vie sans fin”, Préface de la XIXièmee
Semaine Per Annum du Missel Ambroisien.
[28] Cf. Catéchisme de l’Église Catholique 1402-1405.
[29] Prière Eucharistique I: “Nous t'en supplions, Dieu
tout-puissant: qu'elle soit portée par ton ange en présence de ta
gloire, sur ton autel céleste, afin qu'en recevant ici, par notre
communion à l'autel, le corps et le sang de ton Fils, nous soyons
comblés de ta grâce et de tes. bénédictions.”. En outre, cf.
Sacrosanctum Concilium 8.
[30] Cf. Institutio Generalis Missalis Romani (20 avril 2000)
379-385.
[31] Cf. Paul VI, Mysterium fidei 35-46; Catéchisme de l’Église
Catholique 1373-1381; Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 15.
[32] Les textes de saint Marc et de saint Matthieu (Mc 14, 22-24; Mt
26, 26-28) se réfèrent à l’alliance sinaïtique (Cf. Ex 24, 8),alors
que ceux de saint Luc et de saint Paul (Lc 22, 19-20; 1Co 11, 23ss)
se réfèrent à la promesse d’une nouvelle alliance (Cf. Jr 31,
31-34). En ce qui concerne le magistère, cf.: Concile de Trente,
Sessio XXII. Doctrina de Ss. Missae sacrificio, DS 1738-1759; Pie
XII, Mediator Dei, Partie II; Paul VI, Mysterium fidei, 27-32;
Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 12-13.
[33] Cf. Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 13.
[34] Cf. Sacrosanctum Concilium 14.
[35] “Si vous ne mangez- dit-il - la chair du Fils de l’homme et ne
buvez son sang, vous n’aurez pas la vie e vous”“ (Jn 6, 53). “On
dirait qu’il commande un crime ou une action absolument répugnante.
En réalité, il s’agit d’une expression figurée avec laquelle il
commande de participer à la passion du Seigneur”, saint Augustin, La
doctrine chrétienne, III, 16, 24.
[36] “Que l’Esprit Saint vienne donc, et le feu après l’eau, de
façon à ce que vous puissiez devenir pain, c’est-à-dire corps du
Christ”, saint Augustin, Discours, 227, 1. “Ceci est le sacrifice
des chrétiens, c’est-à-dire être nombreux et un seul corps en le
Christ. L’Église célèbre ce mystère avec le sacrement de l’autel que
les fidèles connaissent bien et dans lequel il est évident que, dans
la chose qui s’offre est elle-même offerte”, saint Augustin, La
città di Dio, X, 6.
[37] L’Eucharistie devient l’image de l’unité de l’Église comme le
pain dérive de nombreuses graines qui, moulues ensemble, forment une
seule chose, Cf. Didachè, 9, 4; saint Augustin, Commentaire à l’Évangile
de saint Jean, 26, 17.
[38] “Ce que nous consacrons c’est le corps né de la Vierge”, saint
Thomas, Summa Theologiae III, q. 75, a. 4 qui cite explicitement le
De Sacramentis de saint Ambroise. Cf. Également Pascasio Radberto,
De corpore et sanguine Domini, VII: “Quibus modis dicitur corpus
Christi”: CChCM, 16, 37-40.
[39] “La vertu propre de ce pain est l’unité, dans le sens que,
transformé dans le corps du Christ, devenus ses membres, nous sommes
ce que nous recevons. Alors seulement, il sera vraiment notre pain
quotidien”, saint Augustin, Discours, 57, 7, 7.
[40] Congrégation pour il Culte Divin et la Discipline des
Sacrements, Redemptionis sacramentum (25 mars 2004) 19-25.
[41] Institutio Generalis Missalis Romani (20 avril 2000) 22.
[42] Sacrosanctum Concilium 57.
[43] Cf. Sacrosanctum Concilium 122-129;Congrégation Sacrée des
Rites, Inter Oecumenici 90-99; Sacra Congregatio Rituum,
Eucharisticum Mysterium 24, 52-57; Congrégation pour le Culte Divin,
Liturgiae instaurationes 70; Catéchisme de l’Église Catholique
1179-1186; Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 49.
[44] Cf. Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 21-23.
[45] Outre l’importante invitation d’Unitatis redintegratio 22, nous
nous limitons à rappeler ici les principaux documents des différents
dialogues interconfessionnels sur l’Eucharistie. Cf. Commission
mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église
catholique romaine et l’Église orthodoxe, Le mystère de l’Église et
de l’Eucharistie à la lumière du mystère de la sainte trinité
(Monaco 30 juin - 6 juillet 1982), dans Enchiridion Oecumenicum
1/2183-2197; Commission Internationale Anglicane Catholique Romaine,
Doctrine sur l’Eucharistie: Déclaration de Windsor 1971, dans
Enchridion Oecumenicum 1/16-28; Conseil Consultatif Anglican -
Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, L’Église
comme communion (Déclaration conjointe 1990), in Enchiridion
Oecumenicum 3/ 38-106; Clarifications of Certain Aspects of the
Agreed Statements on Eucharist and Ministry of the First
Anglican-Roman Catholic International Commission, together with a
Letter from Cardinal Edward Idris Cassidy, President of the
Pontifical Council for Promoting Christian Unity (1993), in
Enchiridion Oecumenicum 3/107-124; Clarifications of Certain Aspects
of the Agreed Statements on Eucharist and Ministry of the First
Anglican-Roman Catholic International Commission, together with a
Letter from Cardinal Edward Idris Cassidy, President of the
Pontifical Council for Promoting Christian Unity (Déclaration des
co-présidents, 1994), Enchiridion Oecumenicum 3/305-314;
Clarifications of Certain Aspects of the Agreed Statements on
Eucharist and Ministry of the First Anglican-Roman Catholic
International Commission, together with a Letter from Cardinal
Edward Idris Cassidy, President of the Pontifical Council for
Promoting Christian Unity (Lettera del card. Cassidy ai copresidenti
dell’ARCIC II, 1994), in Enchiridion Oecumenicum 3/ 315-317;
Gemeinsame römisch-katholische/evangelisch-lutherische Kommission,
Das Herrenmahl (1978), in Enchiridion Oecumenicum 1/1207-1307;
Commissione mista di studio catholique romana - riformata, Rapport
officiel du dialogue (1979-1977) sur La presenza di Christ nella
Chiesa nel mondo, Roma, mars 1977, in Enchiridion Oecumenicum
1/2383-2408; Commissione Fede e Costituzione del Consiglio ecumenico
delle chiese, One baptism, one Eucharist and a Mutually Recognized
Ministry. Three agreed statements, Accra 23 juillet- 5 août 1974, in
Enchiridion Oecumenicum 1/2860-3031; Id., Baptism, Eucharist and
Ministry (Documento di Lima), in Enchiridion Oecumenicum
1/3032-3181; Secrétariat pour l’union des chrétiens, “Baptism,
Eucharist and Ministry”, Faith and Order Paper n. 111 (BEM). A
catholic response (21 juillet 1987), in Enchiridion Vaticanum
10/1914-2078.
[46] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Communionis notio
(28 mai 1992) 17.
[47] “Même si nous ne trouvons pas encore un accord sur la question
de l'interprétation et de la portée du ministère pétrinien, nous
sommes cependant ensemble dans la succession apostolique, nous
sommes profondément unis les uns aux autres pour le ministère
épiscopal et pour le sacrement du sacerdoce et nous confessons
ensemble la foi des Apôtres, telle qu'elle nous est donnée dans l'Ecriture
et telle qu'elle est interprétée par les grands Conciles. En cette
heure du monde, pleine de scepticisme et de doutes, mais également
riche du désir de Dieu, nous reconnaissons à nouveau notre mission
commune de témoigner ensemble du Christ Seigneur et, sur la base de
cette unité qui nous est déjà donnée, d'aider le monde afin qu'il
croie. Et nous supplions le Seigneur de tout notre c œur pour qu'il
nous guide à la pleine unité, de façon à ce que la splendeur de la
vérité, qui elle seule peut créer l'unité, devienne à nouveau
visible dans le monde”, Benoît XVI, Homélie en la Solennité des
Saints Apôtres Pierre et Paul (29 juin 2005).
[48] Voici ce que dit le Concile Vatican II: “Deux principes règlent
principalement cette ‘communicatio’: exprimer l’unité de l’Église;
faire participer aux moyens de grâce. Elle est, la plupart du temps,
empêchée du point de vue de l’expression de l’unité; la grâce à
procurer la recommande quelquefois”, Unitatis redintegratio 8. En
outre, cf.: Orientalium Ecclesiarum 26-29; Secretariatus ad
christianorum unitatem fovendam, Directorium ad ea quae a Concilio
Vaticano II de re oecumenica promulgata sunt exsequenda, Pars prima
Ad totam Ecclesiam (14 mai 1967); Pars altera Spiritus Domini (16
aprile 1970); Instructio In quibus rerum circumstantiis de
peculiaribus casibus admittendi alios christianos ad communionem
eucharisticam in Ecclesia catholique (1 giugno 1972); Conseil
Pontifical pour la promotion de l’Unité dei Chrétiens, Directoire
pour l’application des principes et des normes sur l’Oecuménisme III
(25 mars 1993); Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 43-46.
[49] Catéchisme de l’Église Catholique 1327: “Bref, l’Eucharistie
est le résume et la somme de notre foi: “Notre manière de penser s’accorde
avec l’Eucharistie, et l’Eucharistie en retour confirme notre
manière de penser” (Saint Iréné de Lyon, Adversus haereses, 4, 18,
5)”.
[50] Cf. Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 44.
[51] Cf. Codex Iuris Canonici 844; Codex Canonum Ecclesiarum
Orientalium 671; Conseil Pontifical pour la promotion de l’Unité dei
Chrétiens, Directoire pour l’application des principes et des normes
sur l’Oecuménisme nos. 123-125, 130-132. “Dans ce cas en effet, l’objectif
est de pourvoir à un sérieux besoin spirituel pour le salut éternel
de ces personnes, et non de réaliser une intercommunion, impossible
tant que ne sont pas pleinement établis les liens visibles de la
communion ecclésiale”, Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 45.
[52] Cf. Jean-Paul II, Ut Unum sint 46.
[53] Sacrosanctum Concilium 56: “Les deux parties qui constituent en
quelque sort la messe, c’est-à-dire la liturgie de la parole et la
liturgie eucharistique, sont si étroitement unies entre elles qu’elles
constituent un seul acte de culte”.
[54] La délicatesse et l’extraordinaire importance de la question
devraient donner lieu, au sein de l’actuelle Assemblée Synodale, à
une ample confrontation vouée à recueillir et à valoriser les plus
différents témoignages concernant la préparation, les contenus et
les modalité de communication propres à l’homélie.
[55] Il est important de signaler, concernant le rapport entre l’Écriture
et l’Eucharistie, le fait que la célébration sacramentelle constitue
le contexte paradigmatique de la lecture de l’Écriture Sacrée et de
son interprétation.
[56] “Habens ergo novus sacerdos, non iam vetus Melchisedech, neque
natus caro de carne, non de sudore suo, neque de terra, cui misere
et multiplicate servit; sed novus Iesus natus de Spiritu spiritus,
de donis ac datis divinis, de coelo coelestem hostiam carnis et
sanguinis offert, dicens, non ut prius timide, neque hostiam
servitutis, sed cum exsultatione et laetitia”, Isacco della Stella,
Epistola De officio missae: PL 194, 1894 B-C.
[57] Cf. Paul VI, Mysterium fidei 26-34; Catéchisme de l’Église
Catholique 1362-1372; Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 12-13.
[58] Cf. Catéchisme de l’Église Catholique 1384-1390; Jean-Paul II,
Ecclesia de Eucharistia 16-17.
[59] “La victime à tuer n’est plus choisie parmi les troupeaux des
animaux; aux autels sacrés, l’on ne conduit plus les brebis ou les
chèvres: le sacrifice de nos jours est désormais le corps et le sang
du Prêtre même. Certainement, déjà à l’époque des Psaumes, on avait
prophétisé à son sujet: “Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de
Melchisédech” (Ps 109, 4)”, saint Augustin, Discours 228/B, 1. “Il
fut d’abord consommé par ses mains au cours de la cène mystique,
lorsque justement il prit le pain et le rompit, et puis par la croix,
lorsqu’il y fut crucifié. À ce moment-là, une fois la dignité du
sacerdoce reçue, ou mieux, vu qu’il l’a possédait déjà, en la
réalisant même de par son œuvre, il consomma le sacrifice qui devait
être offert pour nous”, Esichio de Jérusalem, Commentaire au
Lévitique, 1, 4.
[60] “C'est pourquoi nous aussi, tes serviteurs, et ton peuple saint
avec nous, faisant mémoire de la passion bienheureuse de ton Fils,
Jésus Christ, notre Seigneur, de sa résurrection du séjour des morts
et de sa glorieuse ascension dans le ciel, nous te présentons, Dieu
de gloire et de majesté, cette offrande prélevée sur les biens que
tu nous donnes, le sacrifice pur et saint, le sacrifice parfait,
pain de la vie éternelle et coupe du salut”, Prière eucharistique I.
[61] Cf. Pierre Damien, Liber qui appellatur, Dominus vobiscum, X:
PL 144, 238 D - 239 A.
[62] Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 1076.
[63] Cf. Cyrille de Jérusalem, Catéchèse mystagogique, 5, 7.
[64] “[...] ut omnes in Christo unum simus [Gal 3, 38]. [...] Unitas
Ecclesiae ex personis innumerabilibus, diversi sexus, diversae
conditionis, diversi ordinis, diversaeque professionis, multis modis
solet significari. Hoc autem loco ab Apostolo significatur per
unitatem panis et unitatem corporis”, Baudouin de Ford, Il
sacremento dell’altare, II, 4: SC 94, 362. En outre, cf. Saint Jean
Chrysostome, Homélie sur la Pentecôte, 1, 4.
[65] Cf. Congrégation Sacrée pour le Rite, Eucharisticum mysterium
(25 mai 1967) 31-41; Congrégation Sacrée pour la Discipline des
Sacrements, Immensae caritatis (29 janvier1973); Congrégation Sacrée
pour le Culte Divin, Eucharistiae sacramentum (21 juin 1973) 13-78;
Congrégation Sacrée pour les Sacrements et le Culte Divin,
Inaestimabile donum (3 avril 1980) 1-19; Congrégation pour le Culte
Divin et la Discipline des Sacrements, Redemptionis sacramentum (25
mars 2004) 80-107.
[66] “Novum plane quod carnis Dominicae substantia, in aliena specie
sumpta, sanctificationis virtutem animae confert”, Gilberto di
Hoyland, In cantica. Sermo VIII, 8: PL 184, 46 D.
[67] “Grand et vraiment ineffable est le sacrement, dans lequel nous
mangeons vraiment ta chair et nous buvons vraiment ton sang: mystère
qui inspire épouvante et tremblement, don la hauteur repousse le
regard humain qui a l’intention de le scruter. [...] Que le
sacrifice de notre rédemption, pour l’exercice de mon ministère, se
dilate par ta compassion et ton don jusqu’à donner le salut à tous
les fidèles, vivants et morts”, Jean de Fécamp, Confession
théologique, III partie, 28.
[68] Cf. Congregatio pro Clericis et Aliae, Instr. Ecclesiae de
Mysterio (15 août 1997); Congrégation pour le Culte Divin et la
Discipline des Sacrements, Directorium de celebrationibus
dominicalibus absente presbytero (2 juin 1988).
[69] Le diocèse, comme nous l’apprend le Concile Vatican II, est
cette “portion du peuple de Dieu confiée à un évêque pour qu’avec l’aide
de son presbyterium, il en soit le pasteur: ainsi le diocèse, lié à
son pasteur et par lui rassemblé dans le Saint-Esprit grâce à l’Évangile
et à l’Eucharistie, constitue une église particulière en laquelle
est vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une, sainte,
catholique et apostolique”, Christus Dominus 11.
[70] Cf. Règle de saint Benoît 62, 1.
[71] La tradition théologique et magistérielle a fait recours à la
catégorie de transsubstantiation également pour exprimer de façon
plus adéquate cet aspect essentiel de la foi eucharistique. Cf.
Concile de Trente, Sessio XIII. Decretum de Ss. Eucharistia, DS 1642
e 1652; Paul VI, Mysterium fidei 40 e 47; Jean-Paul II, Ecclesia de
Eucharistia 15.
[72] Cf. XI Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques: L’Eucharistie
source et sommet de la vie et de la mission de l’Église. Lineamenta
60.
[73] Saint Augustin peut ainsi dire “personne ne mange de cette
chair sans l’avoir d’abord adorée”, et ajouter que si l’on mange de
cette chair sans l’adorer, on commet un péché, Cf. Saint Augustin,
Relation sur les Psaumes 98, 9.
[74] Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 25: “Le culte rendu à l'Eucharistie
en dehors de la Messe est d'une valeur inestimable dans la vie de l'Église.
Ce culte est étroitement uni à la célébration du Sacrifice
eucharistique. La présence du Christ sous les saintes espèces
conservées après la Messe – présence qui dure tant que subsistent
les espèces du pain et du vin – découle de la célébration du
Sacrifice et tend à la communion sacramentelle et spirituelle.
[...]. Il revient aux pasteurs d'encourager, y compris par leur
témoignage personnel, le culte eucharistique, particulièrement les
expositions du Saint-Sacrement, de même que l'adoration devant le
Christ présent sous les espèces eucharistiques. Si, à notre époque,
le christianisme doit se distinguer surtout par « l'art de la prière
»,(NMI 32) comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer
longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse,
en attitude d'amour, devant le Christ présent dans le
Saint-Sacrement?”.
[75] Benoît XVI, Homélie de la Sainte Messe pour la célébration de
la XX Journée Mondiale de la Jeunesse sur l’esplanade de Marienfeld
(21 août 2005).
[76] Cf. Codex Iuris Canonici 938.
[77] Cf. Sacra Congregatio Rituum, Eucharisticum mysterium (25 mai
1967) 49-67; Sacra Congregatione pro Cultu Divino, Eucharistiae
sacramentum (21 juin) 1-12, 79-112; Sacra Congregatio pro
Sacramentis et Cultu Divino, Inaestimabile donum (3 avril 1980)
20-27; Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des
Sacrements, Redemptionis sacramentum (25 mars 2004) 129-145.
[78] “La présence eucharistique du Christ - son ‘je suis avec vous’
de portée sacramentelle ‘- permet à l’Église de découvrir toujours
plus profondément son propre mystère, comme l’atteste toute
l’ecclésiologie du Concile Vatican II: pour celui-ci, ‘l’Église
(est), dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à
la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité
de tout le genre humain” (LG 1). Comme sacrement, l’Église se
développe à partir du mystère pascal du ‘départ’ du Christ, en
vivant sa ‘venue’ toujours nouvelle par l’Esprit Saint qui accomplit
sa mission même de Paraclet, Esprit de vérité”, Jean-Paul II,
Dominum et vivificantem 63.
[79] Jean-Paul II, Mane Nobiscum Domine 18: “Restons longuement
prosternés devant Jésus présent dans l'Eucharistie, réparant ainsi
par notre foi et notre amour les négligences, les oublis et même les
outrages que notre Sauveur doit subir dans de nombreuses parties du
monde”.
[80] “Qui s’approche de l’Eucharistie en état de péché est pire que
le diable”, Jean Chrysostome, Homélie sur l’Évangile de Matthieu,
82, 6. “C’est pourquoi, partout est respecté le déroulement ordonné
du mystère: d’abord, on soigne les blessures par le biais de la
rémission des péchés, après quoi l’aliment de la sainte table est
donnée en abondance”, saint Ambroise, Relation de l’Évangile selon
saint Luc, 6, 71.
[81] Cf. Concile de Trente, Sessio XIII. Decretum de Ss. Eucharistia,
DS 1661.
[82] Cf. Jean-Paul II, Reconciliatio et Paenitentia 17 et 27;
Catéchisme de l’Église Catholique 1385.
[83] “Tout médicament n’est pas forcément adapté à toute maladie.
[...] De la même façon, le baptême et la pénitence sont comme des
médicaments épuratifs (medicinae purgativae) qui s’administrent afin
d’enlever la fièvre du péché. L’Eucharistie est, au contraire, un
reconstituant (un médicament qui conforte) qui ne doit être concédé
qu’à ceux qui sont déjà libérés du péché”, saint Thomas, Summa
Theologiae III, q. 80, a. 4, ad 2um.
[84] Cf. Catéchisme de l’Église Catholique 1449-1460.
[85] Jean-Paul II, Redemptor hominis 20: “Sans cet effort constant
et toujours repris pour la conversion, la participation à l’Eucharistie
serait privée de sa pleine efficacité rédemptrice; en elle ferait
défaut ou du moins se trouverait affaiblie la disponibilité
particulière à offrir à Dieu le sacrifice spirituel dans laquelle s’exprime
de manière essentielle et universelle notre participation au
sacerdoce du Christ”.
[86] Cf. Jean-Paul II, Familiaris consortio 84; Congrégation pour la
Doctrine de la Foi, Lettre aux Évêques de l’Église Catholique
concernant la réception de la communion eucharistique de la part des
fidèles divorcés remariés, 14 septembre 1994.
[87] Cf. Jean-Paul II, Familiaris consortio 57.
[88] Jean-Paul II, Mulieris dignitatem 26: “Nous nous trouvons au
centre même du mystère pascal qui révèle pleinement l’amour sponsal
de Dieu. Le Christ est l’Époux parce qu’“il s’est livré lui-même”:
son corps a été “livré”, son sang “versé” (cf. Lc 22, 19.20). C’est
ainsi qu’il “aima jusqu’à la fin” (Jn 13, 1). Le “don désintéressé”
que comprend le sacrifice de la Croix fait ressortir d’une manière
décisive le sens sponsal de l’amour de Dieu. Le Christ est l’Époux
de l’Église, comme Rédempteur du monde. L’Eucharistie est le
sacrement de notre Rédemption. C’est le sacrement de l’Époux, de l’Épouse.
L’Eucharistie rend présent et réalise à nouveau sacramentellement l’acte
rédempteur du Christ qui “crée” l’Eglise, son corps. (...) Dans l’Eucharistie
s’exprime avant tout sacramentellement l’acte rédempteur du
Christ-Époux envers l’Église -Épouse. Cela devient transparent et
sans équivoque lorsque le service sacramentel de l’Eucharistie, où
le prêtre agit “in persona Christi”, est accompli par l’homme. En
outre, cf. Concile de Trente, Sessio XXII. Decretum de Missa, DS
1740; Catéchisme de l’Église Catholique 1617.
[89] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux Évêques
de l’Église Catholique concernant la réception de la communion
eucharistique de la part des fidèles divorcés remariés (14 septembre
1994) 7-8.
[90] Cf. Conseil Pontifical pour l’Interprétation des Textes
Législatifs, Dignitas connubii, 25 janvier 2005.
[91] Après la communion, dans le rite byzantin, le prêtre implore:
“O notre très sainte Pâque, Christ, Sagesse, Verbe et Puissance de
Dieu, faite que nous puissions participer à toi d’une façon encore
plus parfaite, dans la lumière inépuisable de ton Règne à venir”, La
Liturgie de saint Jean Chrysosthome, Ed. des Bénédictins de
Chèvetogne, 19574, 60.
[92] “Si tu t’assieds à la table d’un grand, prends bien garde à ce
qui est devant toi; mets un couteau sur ta gorge si tu es gourmand”
(Pr 23, 1-2). Vous savez quelle est la table du Puissant, sur elle
est déposé le corps et le sang du Christ. Celui qui s’approche de
cette table doit s’apprêter à restituer. Et que signifie, s’apprêter
à restituer? Cela que, comme le Christ a offert sa vie pour nous,
nous devons, nous aussi, donner nos vies pour nos frères afin d’édifier
le peuple et de le confirmer dans la foi”, saint Augustin,
Commentaire à l’Évangile de saint Jean, 47, 2.
[93] Jean-Paul II, Mane nobiscum Domine 24-25: “entrer en communion
avec le Christ dans le mémorial de la Pâque signifie en même temps
faire l'expérience de la nécessité de se faire missionnaires de
l'événement actualisé dans ce rite. L'envoi à la fin de chaque Messe
constitue une consigne qui pousse le chrétien à s'engager pour la
diffusion de l'Évangile et pour l'animation chrétienne de la
société. Pour une telle mission, l'Eucharistie ne procure pas
seulement la force intérieure, mais aussi —en un sens— le projet.
Elle est en effet une manière d'être qui, de Jésus, passe chez le
chrétien et, par le témoignage de ce dernier, vise à se répandre
dans la société et dans la culture.
[94] “On doit donc toujours tenir à l’esprit que la parole de Dieu,
lue par l’Église et annoncée au cours de la liturgie, porte en
quelque sorte, comme à sa fin même, au sacrifice de l’alliance et au
repas de la grâce, c’est-à-dire à l’Eucharistie. C’est pourquoi la
célébration de la Messe, au cours de laquelle la parole est écoutée
et où est offerte et reçue l’Eucharistie, constitue un acte unique
de culte divin, au travers duquel est offert à Dieu le sacrifice de
louange et vient communiqué à l’homme la plénitude de la
rédemption”, Ordo Lectionum Missae 10.
[95] “Certains cependant, par ignorance ou même par simplicité d’âme
ne répète pas lors de la consécration du calice et lors de la
distribution de l’Eucharistie ce que Jésus-Christ, notre Seigneur et
Dieu, a fait et a prescrit de répéter. J’ai donc tenu pour
nécessaire et conforme à la pitié chrétienne de t’écrire une lettre
à ce propos, même si quelqu’un commet encore cette erreur afin qu’il
puisse découvrir la vérité dans toute sa lumière et puisse retourner
aux origines de l’enseignement divin”, Cyprien, Lettre “De sacrement
calicis Dominici”, 63, 1. Cf. également Basilio, Sullo Spirite
Santo, 27, 66.
[96] Cf. Sacrosanctum Concilium 11.
[97] Cf. Sacrosanctum Concilium 14.
[98] Cf. Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des
Sacrements, Redemptionis sacramentum (25 mars 2004) 43-47.
[99] Cf. Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des
Sacrements, Redemptionis sacramentum (25 mars 2004) 117-128.
[100] Il est opportun de rappeler que l’ars celebrandi nécessite de
lieux paradigmatiques de référence qui puissent aider l’ensemble du
peuple chrétien. À ce propos, il est opportun de rappeler
l’importance des célébrations des Évêques dans les Églises
Cathédrales (Cf. Institutio Generalis Missalis Romani [20 avril
2000] 22), et la fonction particulière qui peuvent avoir les
instituts de vie consacrée, et surtout les communautés monastiques
(Cf. Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte 32-34; Congrégation pour
les Instituts de Vie Consacrée, Instruction Repartir du Christ 8,
25-26, 31).
[101] Cf. Ad gentes 22; Congrégation du Culte Divin, Varietates
legitimae (25 janvier 1994); Jean-Paul II, Redemptoris missio 25,
52-54, 76, 85; Id., Fides et ratio 61e 72; Id., Ecclesia de
Eucharistia 51.
[102] C’est dans cette direction que va la recommandation du
Sacrosanctum Concilium 38: “Pourvu que soit sauvegardée l’unité
substantielle du rite romain, on admettra des différences légitimes
et des adaptations à la diversité des assemblées, des régions, des
peuples, surtout dans les missions, même lorsqu’on révisera les
livres liturgiques; et il sera bon d’avoir ce principe devant les
yeux pour aménager la structure des rites et établir les rubriques”.
[103] Voir à ce propos, le Missel romain pour les Diocèses du Zaïre
et l’approbation de l’Ordo Missae pour l’Inde. Des tentatives en ce
sens ont été faites également en Amérique Latine.
[104] Cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio 52-55.
[105] “Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en
lui” (Jn 6,56). Manger de cette nourriture et boire cette boisson,
veut dire demeurer dans le Christ et l’avoir toujours en nous”,
saint Augustin, Commentaire à l’Évangile de saint Jean, 26,18.
[106] Comme le dit la Lettre à Diognète: “Les chrétiens ne se
distinguent des autres hommes ni par la région, ni par la langue, ni
par leur habillement. En effet, ils n’habitent pas de cités propres,
n’utilisent pas de langue qui les différencie, et ne conduisent pas
un genre de vie spécial. Leur doctrine ne repose pas sur la
découverte de la pensée d’hommes multiformes pas plus qu’ils
n’adhèrent à un courant philosophique humain, comme d’autres le
font. Ils vivent dans les cités grecques et barbares selon leur
naissance et adoptent les coutumes du lieu pour le vêtement, la
nourriture et, pour le reste, ils témoignent d’un mode de vie social
admirable et indubitablement paradoxal. Ils vivent dans leur patrie
mais comme des étrangers, ils participent à tout comme des citoyens
mais sont détachés de tout comme des étrangers. Toute patrie
étrangère est la leur et toute patrie leur est étrangère” Lettre à
Diognète V, 1-5.
[107] Liturgie des Heures, Lundi de la Deuxième Semaine, Vêpres,
Antienne 3.
[108] Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, n. 20: “Une autre
conséquence significative de cette tension eschatologique inhérente
à l'Eucharistie provient du fait qu'elle donne une impulsion à notre
marche dans l'histoire, faisant naître un germe de vive espérance
dans le dévouement quotidien de chacun à ses propres tâches. En
effet, si la vision chrétienne porte à regarder vers les “cieux
nouveaux” et la “terre nouvelle” (cf. Ap 21, 1), cela n'affaiblit
pas, mais stimule notre sens de la responsabilité envers notre
terre. (...) Proclamer la mort du Seigneur “jusqu'à ce qu'il vienne”
(1 Co 11, 26) implique, pour ceux qui participent à l'Eucharistie,
l'engagement de transformer la vie, pour qu'elle devienne, d'une
certaine façon, totalement “eucharistique”. Ce sont précisément ce
fruit de transfiguration de l'existence et l'engagement à
transformer le monde selon l'Évangile qui font resplendir la
dimension eschatologique de la Célébration eucharistique et de toute
la vie chrétienne: “Viens, Seigneur Jésus!” (Ap 22, 20).
[109] Jean Damascène, suivi par la tradition orthodoxe, n’hésita pas
à affirmer: “Et j’honore et je traite avec vénération la matière au
travers de laquelle a été réalisé mon salut”, Jean Damascène,
Orationes de imaginibus I, 16.
[110] Cf. Jean-Paul II, Discours aux participants à un congrès sur
l’environnement et la santé, 24 mars 1997, n̊5.
[111] Cf. François d’Assise, Première admonition: “O fils d’homme,
jusqu’où irez-vous dans l’insulte à ma gloire (Ps 4,3)? Pourquoi ne
connaissez-vous pas la vérité et ne croyez-vous pas au Fils de Dieu
(cf. Jn 9,35)? Chaque jour, il s’humilie (cf. Ph 2,8), comme quand
des trones royaux (Sg 18,15) descendit dans le sein de la Vierge;
chaque jour, il vient à nous sous d’humbles apparences; chaque jour,
il descend du sein du Père (cf. Jn 1,18; 6, 38) sur l’autel par les
mains du prêtre. Et, comme aux saints apôtres il apparut dans sa
vraie chair, ainsi il se montre à nous dans le pain sacré. Et comme
eux voyaient seulement sa chair avec leurs yeux corporels mais le
croyaient Dieu, parce qu’ils le contemplaient avec les yeux de
l’esprit, nous aussi, en voyant avec les yeux de notre corps le pain
et le vin, nous devons voir et croire fermement qu’ils sont son très
saint corps et sang vivant et vrai. De telle manière, le Seigneur
est toujours avec ses fidèles, comme il l’a dit: “Et voici que je
suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde”, Fonti
Francescane, Edizioni Messaggero, Padova 1980, 138.
[112] Cf. Jean-Paul II, Discours aux participants à un congrès sur
l’environnement et la santé, 24 mars 1997, n. 2.
[113] Jean-Paul II, Dominicae Cenae 5: “Le culte eucharistique
constitue l'me de toute la vie chrétienne. Si, en effet, la vie
chrétienne s’exprime dans l’accomplissement du plus grand
commandement, c’est-à-dire dans l’amour de Dieu et du prochain, cet
amour trouve sa source justement dans le très saint sacrement qui
est communément appelé: le sacrement de l'amour. L'Eucharistie
signifie cette charité et c’est pourquoi elle la rappelle, la rend
présente et la réalise également”.
[114] “Vous le savez bien aussi, Vénérables Frères, l'Eucharistie
est gardée dans les églises et les oratoires comme centre spirituel
de la communauté religieuse et paroissiale, et encore de l'Eglise
universelle et de l'humanité entière, parce que sous le voile des
saintes espèces elle contient le Christ, Chef invisible de l'Eglise,
Rédempteur du monde, centre de tous les cœurs, "par qui tout existe
et nous-mêmes par lui” (1Co 8, 6). Par suite le culte eucharistique
porte avec force les âmes à développer l'amour " de société ", en
vertu duquel nous préférons le bien commun au bien particulier,
faisons nôtre la cause de la communauté, de la paroisse, de l'Eglise
universelle, et étendons la charité au monde entier, sachant que
partout il v a des membres du Christ”, Paul VI, Mysterium fidei, 68
et 69.
[115] Cf. Lumen gentium 52-69.
[116] Cf. Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia 53-58.
[00009-03.26[NNNNN] [Texte original: latin]
♦ AVIS
● CONFERENCE DE PRESSE
● BRIEFING POUR LES GROUPES LINGUISTIQUES
● POOL POUR LA SALLE DU SYNODE
● BULLETIN
●
HORAIRE D’OUVERTURE DU BUREAU DE PRESSE DU SAINT-SIEGE
● CONFERENCE DE PRESSE
La première Conférence de Presse sur les travaux synodaux (avec
traduction simultanée en italien, anglais, français, castillan et
allemand) aura lieu dans la salle Jean-Paul II du Bureau de Presse
du Saint-Siège aujourd’hui lundi 3 octobre 2005 à 12h45.
Les opérateurs de communication audiovisuelle (cameramen et
techniciens) et photoreporters sont priés de s’adresser au Conseil
Pontifical pour les Communications Sociales afin d’obtenir
l’autorisation d’accès.
Les opérateurs de communicatuion audiovisuelle admis sont priés de
se trouver dans la salle Jean-Paul II 30 minutes avant le début de
la Conférence de Presse, les photoreporters admis 15 minutes avant.
Les journalistes sont invités à prendre place dans la salle 5
minutes avant l’horaire d’ouverture de la Conférence de Presse.
Les Pères synodaux suivants y participeront:
-S. Ém. le Card. Angelo SCOLA, Rapporteur Général
- S. Exc. Mgr Luis Antonio G. Tagle, Évêque d’Imus (Philippines)
- S. Exc. Mgr Juan Matogo Oyana, C.M.F., Évêque de Bata (Guinée
Équatoriale)
- S. Exc. Mgr Pierre-Antoine Paulo, O.M.I., Archevêque coadjuteur de
Port-et-Paix (Haïti)
● BRIEFING POUR LES GROUPES LINGUISTIQUES
Le premier briefing pour les groupes linguistiques aura lieu demain,
mardi 4 octobre 2005, à 13h10, en conclusion de la Troisième
Congrégation Générale du matin (dans les lieux de briefing et avec
les Attachés de Presse indiqués dans le Bulletin N.2).
Nous rappelons aux opérateurs de communication audiovisuelle
(cameramen et techniciens) qu’ils sont priés de s’adresser au
Conseil Pontifical pour les Communications Sociales afin d’obtenir
l’autorisation d’accès (très limitée).
● POOL POUR LA SALLE DU SYNODE
Le prochain pool pour la Salle du Synode sera formé pour la prière
d’ouverture de la Troisième Congrégation Générale de mardi 4 octobre
2005.
Les listes d’inscription aux pools sont à la disposition des
rédacteurs au Bureau Informations et Accréditations du Bureau de
Presse du Saint-Siège (à l’entrée à droite).
Nous rappelons aux opérateurs de communication télévisuelle
(cameramen et techniciens) ainsi qu’aux photoreporters qu’ils sont
priés de s’adresser au Conseil Pontifical pour les Communications
Sociales pour participer au pool dans la Salle du Synode.
Les participants aux pools sont priés de se trouver à 08h30 dans le
Secteur Presse, à l’extérieur de l’entrée de la Salle Paul VI, d’où
ils seront appelés pour accéder à la Salle du Synode, toujours
accompagnés par un attaché du Bureau de Presse du Saint-Siège, ainsi
que du Conseil Pontifical pour les Communications Sociales.
● BULLETIN
Le prochain Bulletin N.5, concernant les travaux de la deuxième
Congrégation Générale de l’Assemblée Générale Ordinaire du Synode
des Évêques, sera à la disposition des journalistes accrédités mardi
4 octobre 2005 à l’ouverture du Bureau de Presse du Saint-Siège.
●
HORAIRE D’OUVERTURE DU BUREAU DE PRESSE DU SAINT-SIEGE
Samedi 1er octobre: 09h00 - 14h00
Dimanche 2 octobre: 09h00 - 13h00
Du lundi 3 octobre au samedi 8 octobre: 09h00 - 16h00
Dimanche 9 octobre: 09h00 - 13h00
Du lundi 10 octobre au vendredi 14 octobre: 09h00 - 16h00
Samedi 15 octobre: 09h00 - 18h30
Dimanche 16 octobre: 09h00 - 13h00
Du lundi 17 octobre au samedi 22 octobre: 09h00 - 16h00
Dimanche 23 octobre: 09h00 - 13h00
Du lundi 24 octobre au vendredi 28 octobre: 09h00 - 15h00
Samedi 29 octobre: 09h00 - 14h00
Dimanche 30 octobre: 11h00 - 13h00
Lundi 31 octobre: 09h00 - 15h00 |