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Cardinal Paul POUPARD, Proclamer le Christ aux cultures asiatiques : promesse et réalisation

S.E. Franc RODÉ, Dialogo tra popoli e culture

Cardinal Crescenzio SEPE, La cultura al servizio della missionarietà

 


 

 

PROCLAMER LE CHRIST AUX CULTURES ASIATIQUES :
PROMESSE ET REALISATION


Rencontre Intercontinentale pour l’Asie
des Evêques Présidents des Commissions épiscopales pour la Culture
Nagasaki, Japon, 15 octobre 2002


Paul Card. POUPARD
Président du Conseil Pontifical de la Culture
 

 

Il est de mon devoir d’ouvrir cette Rencontre en faisant mémoire de notre illustre et regretté ami, Archevêque de Nagasaki et Membre du Conseil Pontifical de la Culture, Son Excellence Monseigneur François-Xavier Kaname Shimamoto. Il avait pris à cœur la préparation de cette Rencontre Panasiatique, et a toujours œuvré dans une collaboration étroite avec le Dicastère. Les desseins du Seigneur sont vraiment mystérieux, Il nous appelle à Lui selon son bon vouloir. Aussi, recommandons à la Miséricorde de Dieu l’âme de feu l’Archevêque Shimamoto, et prions pour qu’il soit récompensé pour son zèle et le travail accompli. Sa course ici-bas est désormais finie, voici que le témoin a été transmis à Son Excellence Monseigneur Joseph Takami, évêque auxiliaire du diocèse qui nous accueille.

Je tiens à exprimer ma sincère reconnaissance à Monseigneur Takami et au Comité d’organisation qui ont eu le courage d’achever le travail commencé, et nous permettre ainsi de nous retrouver aujourd’hui. Je suis profondément reconnaissant au Recteur de l’Université du Cœur Immaculé, la Révérende Sœur Chisuko Kataoka, et au personnel de cette noble institution pour leur cordiale hospitalité, leur coopération efficace dès le début des préparatifs de cette Rencontre, voici maintenant plus de deux ans, et la mise à disposition de leurs locaux pour le bon déroulement de nos travaux.

Au cours de ces dernières années, le Conseil Pontifical de la Culture, fidèle à la mission reçue du Saint-Père, le Pape Jean-Paul II, d’évangéliser la culture et d’inculturer la foi, a littéralement couvert l’ensemble des continents, d’Europe en Afrique, d’Afrique en Amérique et, finalement, d’Amérique en Asie.

Comment est apparue la nécessité de ces rencontres continentales ? Les racines des erreurs du présent sont enfouies dans le passé. Pour préparer la deuxième Assemblée spéciale pour l’Europe du Synode des Evêques dont j’ai eu l’honneur d’être l’un des trois Vice-présidents, j’ai organisé dans la Salle du Synode au Vatican, à la demande du Pape Jean-Paul II, du 11 au 14 janvier 1999, une Rencontre d’hommes et de femmes du monde de la culture en provenance de l’Europe tout entière, afin d’explorer les différents défis de la culture de notre temps, et de chercher dans l’Évangile du Rédempteur de l’homme, les réponses à ces défis. L’Europe est, en effet, l’héritière privilégiée d’un riche patrimoine culturel édifié sur les valeurs du christianisme, et elle se caractérise par une grande diversité de cultures.

À l’occasion de cette rencontre, le besoin s’est fait ressentir de réunir les Conférences épiscopales d’Europe pour créer en leur sein des Commissions nationales pour la culture de manière à aider les Églises locales à redécouvrir leurs fondations et tenter de susciter une renaissance chrétienne. Ainsi, la première réunion des Présidents des Commissions épiscopales pour la Culture a eu lieu à Klingenthal, en France, du 9 au 11 septembre 1999. La pastorale de la culture en ses multiples expressions n’a d’autre but que d’aider l’Église à accomplir sa mission : l’annonce de la Bonne Nouvelle, afin que le message salvifique de l’Évangile inspire et pénètre la totalité de l’existence humaine. Un vaste réseau international de Centres culturels catholiques a été formé, et un Annuaire de ces centres a été publié. Il en est déjà à sa troisième édition. Cet Annuaire international est un précieux instrument de travail qui met à disposition des coordonnées pour les échanges culturels avec les Centres culturels catholiques du monde entier.

En même temps que cet Annuaire, le Conseil Pontifical de la Culture a publié un document, en mai 1999, qui s’intitule : Pour une pastorale de la culture. Le jour de sa présentation, j’ai souligné l’importance de la culture comme « donné historique qu’il est impossible de nier, car il n’existe aucun homme ni aucune femme qui vive en dehors d’une culture... La culture est une réalité fondamentale et universelle et, en même temps, quelque chose de particulier qui marque les mentalités, les coutumes, les modèles de comportement, les valeurs, les manières de penser et de vivre. C’est, autrement dit, l’ethos même d’un peuple. »

Ce document Pour une pastorale de la culture est le fruit d’une étude approfondie qui a nécessité une large consultation étendue à toutes les conférences épiscopales du monde. Avec une légitime fierté, je l’appelle la Carta magna du Conseil Pontifical de la Culture. Ceux qui sont engagés dans le ministère pastoral y trouvent une véritable mine et des lignes directrices pour leur action, les défis concrets du monde d’aujourd’hui et des suggestions pratiques pour aider les Églises locales à accomplir la mission de proclamer le Christ et son Évangile. En retour, des évêques et des Conférences épiscopales nationales, lors de leurs visites ad limina, me disent avoir trouvé dans ce document un outil pastoral précieux pour l’exercice de leur ministère dans le champ de la culture.

Pendant le Jubilé de l’an 2000, les 23 et 24 mars, le Conseil Pontifical de la Culture a organisé à Yaoundé, au Cameroun, une rencontre des Présidents des Commissions épiscopales pour la culture, l’éducation, la justice et la paix d’Afrique centrale. Le thème en était : Pour une culture chrétienne de la paix. L’Afrique est un continent riche de promesses, et en même temps elle souffre de profondes déchirures en raison des luttes internationales et des guerres civiles. La rencontre de Yaoundé entendait greffer les différents éléments positifs présents dans les traditions africaines avec le rameau de l’Évangile, en vue d’apporter un nouvel humanisme, de telle sorte que l’Évangile puisse être vécu authentiquement et la culture être évangélisée en profondeur.

En Avril 2001, un colloque s’est tenu à Fatqa, près de Beyrouth, au Liban, sur le thème de La mission et les moyens d’action des Centres culturels catholiques dans le bassin méditerranéen et le Moyen-Orient. Dans les mois qui ont suivi, et sous ma présidence, le Conseil Pontifical de la Culture a organisé à Bucarest, avec la Fondation Konrad Adenauer, une conférence de deux jours sur le thème : L’Europe, Vers une unité politique et économique dans la pluralité des cultures.

Le Conseil Pontifical de la Culture s’est ensuite tourné vers l’Amérique et a organisé, à Puebla de los Angeles, au Mexique, du 4 au 7 juin 2001, la première Rencontre continentale pour l’Amérique des Présidents des Commissions pour la culture, en prenant le thème : La culture à l’horizon de la transmission de l’Évangile. Vous avez pu remarquer comment chacune de ces rencontres continentales a été conçue pour répondre spécifiquement aux besoins pastoraux, sociopolitiques et culturels des différents pays, pour les aider à accroître leur capacité propre à être illuminés par la lumière de l’Évangile « qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9).

Finalement, d’Amérique, nous arrivons en Asie. Le vin le meilleur a-t-il été gardé pour la fin ? C’est en vérité un long itinéraire que de traverser l’océan Atlantique Nord, traverser l’océan Indien, prendre la direction du Pacifique Nord, et finalement nous retrouver dans cette ville historique de Nagasaki. Permettez-moi de vous redire avec mon saint patron, l’Apôtre Paul : « La charité du Christ nous presse ».[1] Non que l’Asie soit venue à notre pensée comme un oubli que l’on répare. Le Conseil Pontifical de la Culture y a maintes fois apporté sa collaboration, et il a participé à plusieurs événements dans le passé : en mai 1987, je participais à la Convention de quatre jours tenue à l’Université Sophia de Tokyo, sur La science, la technologie et les valeurs spirituelles pour réfléchir à une Approche asiatique de la modernisation. En décembre 1988, à Hong Kong, le Secrétariat pour les non croyants, qui fait partie de ce Dicastère, a organisé avec la Fédération des Conférences épiscopales d’Asie un Colloque sur La science, les hautes technologies et la foi. En 1989, lors du jubilé de diamant de l’Université catholique Fu Jen de Taipei, à Taiwan, au cours duquel me fut conféré le titre de Doctor honoris causa, j’ai eu le privilège de prendre part au Séminaire international sur L’éducation religieuse et le développement de la société chinoise et de donner une conférence sur La contribution chrétienne à la culture européenne. En 1996, à l’Université Saint Thomas de Manille, aux Philippines, j’ai organisé une Rencontre panasiatique sur le dialogue entre Foi et Culture, avec la Fédération des Conférences épiscopales d’Asie (FABC). De nouveau, en 1999, grâce à la généreuse hospitalité de Son Éminence le Cardinal Kitbunchu, le Conseil Pontifical de la Culture a organisé un Colloque panasiatique que j’ai eu la joie de présider à Bangkok, en Thaïlande, sur L’Humanisme chrétien : Illuminer par la lumière de l’Évangile la mosaïque des cultures asiatiques –, ceci en collaboration avec la FABC, la Fondation Konrad Adenauer et l’Université de l’Assomption de Bangkok. L’Asie a ainsi été régulièrement au cœur de la mission et du ministère du Conseil Pontifical de la Culture.

Vous serez sans nul doute intéressé d’apprendre qu’un compte-rendu détaillé de chacune de ces rencontres, ainsi que le texte de quelques-unes des principales conférences, sont parus dans la Revue quadri annuelle de ce Dicastère, Cultures et Foi. Cette publication propose des articles en français, anglais, espagnol et italien, et publie des documents, des conférences, des nouvelles et des bibliographies. Ceux qui sont engagés dans le dialogue entre foi et culture sauront y trouver un intérêt tout particulier : elle est de fait un moyen unique d’information et de dialogue culturel, principalement dans le cadre des institutions et des organisations d’Église.

Le thème de notre rencontre de trois jours est : Proclamer le Christ aux cultures en Asie : promesse et réalisation. Je souhaite m’arrêter sur les principaux termes qui composent ce titre, pour nous aider ainsi à garder sans cesse présent à l’esprit le but de notre rencontre de travail.

 

 

1. Proclamer le christ.

 

Le mot même de « proclamer » signifie déclarer ou annoncer publiquement. Il connote aussi une certaine force, l’absence de peur face aux défis. C’est le Christ que nous devons proclamer, et non pas une quelconque idéologie ou une philosophie qui passe. Proclamer le Christ signifie prêcher l’Évangile, répandre la Bonne Nouvelle de sorte que les millions, centaines de millions et milliards de nos frères et sœurs d’Asie qui ont encore à entendre parler de Lui, puissent le connaître, l’aimer et le suivre. En tant qu’Église, nous sommes appelés et envoyés en mission pour prendre en charge la mission du Christ et la continuer. Dans l’accomplissement de cette mission, nous ne sommes jamais seuls, parce que Jésus a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Et Il demeure fidèle à sa promesse, car Il ne revient jamais sur sa parole. Davantage encore, Jésus ne nous a pas laissés orphelins, mais nous a donné son Esprit pour être comme notre ami intime, nous illuminer, nous instruire et nous inspirer. Pour reprendre les paroles mémorables du Pape Jean-Paul II : « La mission du Christ Rédempteur, confiée à l’Église, est encore bien loin de son achèvement. Au terme du deuxième millénaire après sa venue, un regard d’ensemble porté sur l’humanité montre que cette mission en est encore à ses débuts et que nous devons nous engager de toutes nos forces à son service. C’est l’Esprit qui pousse à annoncer les grandes œuvres de Dieu : "Annoncer l’Évangile, en effet, n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !" (1 Co 9, 16). »[2]

L’Église, sacrement universel du salut, est par sa nature même missionnaire[3]. Elle ne remplace pas le Christ, mais elle agit par Lui. Elle est en fait la continuation du Christ dans le temps et l’espace. Aussi, pour demeurer fidèle à sa mission, elle doit ressembler au Christ, unique Sauveur de tous les hommes, car « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés »[4]. Mais qui est le Christ auquel l’Église en Asie doit ressembler ? Quel est le visage du Christ que l’Église en Asie, au tournant du nouveau millénaire, est invitée à contempler ?[5] Qui est le Christ que nous devons « réincarner » de manière à lui restituer son identité asiatique, de manière à ce qu’il se sente de nouveau chez lui en Asie ? Dans mon intervention pendant l’Assemblée spéciale du Synode des évêques pour l’Asie, j’ai souligné le fait que le Christianisme a ses origines et ses racines en Asie. Jésus est né en Asie et « l’histoire de l’Église en Asie est aussi vieille que l’Église elle-même, puisque c’est en Asie que Jésus répandit l’Esprit Saint sur ses disciples et les envoya aux confins de la terre pour proclamer la Bonne Nouvelle et rassembler des communautés de croyants ».[6] N’est-il pas à la fois triste et étrange que le Christianisme soit considéré par beaucoup en Asie comme une religion occidentale importée sur le sol asiatique, alors qu’en fait c’est l’Asie qui a apporté l’Évangile du Christ en l’Occident ? Si nous devons restituer le Christ à l’Asie, nous avons besoin de regarder son visage, en fixant notre attention sur les aspects qui répondent aux traits de l’âme asiatique. Cet immense défi pastoral montre « toute l’ampleur d’une pastorale de la culture dans ce continent »[7]. Je voudrais m’arrêter brièvement sur trois traits à partir de la contemplation du visage du Christ.

 

1.1 Jésus-Christ, homme de prière.

Dans l’Évangile, spécialement dans le récit de St Luc, Jésus est souvent présenté comme un homme de prière. Il est évidemment l’homme entouré des multitudes, mais aussi, et en même temps, l’homme qui aime se retirer dans la montagne, plonger dans le silence et la solitude, en profonde communion avec le Père. Il est l’homme dont St Luc note qu’il « passait la nuit en prière »[8]. Le choix des douze apôtres intervint après une prière prolongée. Jésus était en train de prier comme il aimait le faire seul sur la montagne et, quand il eut fini, l’un des disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean l’a appris à ses disciples »[9]. Grâce à ce disciple inconnu de nous, Jésus nous a enseigné le modèle de toute prière, le Notre Père. Dans son agonie au Jardin des oliviers, alors qu’il luttait, tout en restant soumis à la volonté du Père, Jésus était en prière. Sur la Croix, au Calvaire, Jésus était en prière, il intercédait auprès du Père en faveur de ses ennemis. Abandonné des siens, il pria le Psaume 21 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Enfin, en expirant, Jésus se remit au Père dans un acte d’abandon filial : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit »[10].

Je me souviens très clairement des interventions des évêques pendant l’Assemblée spéciale du Synode pour l’Asie, où les uns après les autres décrivaient l’Église en Asie comme une machine bien lubrifiée qui fonctionne sans heurts et assume efficacement sa tâche. Son réseau d’institutions d’éducation de qualité, d’hôpitaux et de centres sociaux y était mis en valeur. Les personnes responsables de ces institutions sont estimées, même par les autorités civiles, et passent pour de bons administrateurs. Ces institutions sont nécessaires car elles répondent à un besoin authentique. Mais en même temps que rayonnent ses institutions de charité, l’Église doit aussi apporter à l’âme de l’Asie le feu consumant du « buisson ardent », la dimension de la contemplation, de l’ascèse, du silence, de la solitude, de la recherche de Dieu, car cette âme est « naturellement en syntonie avec le divin ».

En réalité, c’est le feu du buisson ardent qui doit donner son rayonnement aux œuvres bonnes. Il ne s’agit pas d’une opposition, mais d’une conjonction. Les hommes et les femmes qui dirigent nos institutions et les gouvernent si bien, doivent être perçus, non seulement comme d’excellents administrateurs et de bons gestionnaires, mais aussi et en premier lieu comme des hommes et des femmes de prière, des hommes et des femmes imprégnés de l’Esprit, qui ont rencontré et expérimenté Dieu, pour ainsi dire de première main, des hommes et des femmes dont l’engagement dans les oeuvres est un débordement de leur communion avec Dieu, des personnes autorisées à parler parce qu’elles ont appris et vécu les trésors du silence, des personnes capables de se mêler aux foules parce qu’elles ont expérimenté ce qu’est une vie de solitude.

Permettez-moi de vous partager une expérience émouvante, faite en 1987, quand j’ai visité la montagne sainte de Kyoto. Il y avait là une aura mystérieuse et mystique, empreinte de silence et de solitude, de prière et de pénitence, de sacré et de sublime, bref, de spiritualité et de sainteté. La montagne est un locus theologicus où Dieu se manifeste Lui-même. Le Sinaï, l’Horeb, le Moriah, le Thabor et le Calvaire sont des écrins pour une théophanie ! C’est au sommet, dirait saint Jean de la Croix, que l’on rencontre le Nada, et le Nada est Dieu parce qu’il est toute chose. Plus haut nous montons, plus nous nous sentons éloignés et détachés des choses purement terrestres, et plus nous nous sentons proches du divin. L’Asie est dans l’attente de ce que l’Église lui donne, non pas de simples administrateurs qualifiés, mais de grands maîtres spirituels, des vrais gourous ! L’Asie attend un Jean de la Croix et une Thérèse d’Avila qui, par leur vie et leur enseignement, même au milieu de multiples occupations, ont montré aux hommes et aux femmes de leur temps le chemin qui mène à Dieu. Il a été dit très justement que seul celui qui a été disciple d’abord peut ensuite être envoyé comme apôtre. Le monde contemporain est fatigué des professeurs, des conférenciers capables de parler sans fin. « Lhomme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins »[11]. La quête de Dieu, la recherche du silence et de la solitude qui caractérisent si fort la vie et la mission de Jésus sont en liens étroits avec l’ethos de la culture asiatique. Nous vivons aujourd’hui une ère qualifiée par certains de market spirituality – « spiritualité de supermarché ». Quand les gens découvrent que l’Église et les chrétiens ne satisfont pas leur faim spirituelle, qu’ils n’y trouvent pas la nourriture de leur âme, ils cherchent ailleurs des pâturages plus verdoyants.

 

1.2 Jésus-Christ, le Sauveur compatissant.

À de nombreuses reprises, les Évangiles font le portrait de Jésus empli de compassion. Il n’a pas seulement connaissance de ce que nous vivons et ressentons, mais il le partage. Un mystique du Moyen âge l’a exprimé à travers une image : « En Jésus-Christ, Dieu a pris un dos pour pouvoir ressentir les coups de fouet de notre souffrance ». La compassion n’est pas seulement la pitié. Compatir ne signifie pas être désolé pour quelqu’un qui est triste ou qui souffre. Compatir signifie entrer dans la peine et la douleur de ceux qui souffrent et s’identifier à eux. La personne qui compatit est disposée à tendre ses bras et à se salir les mains.

Au Sommet mondial de l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – la FAO – à Rome, en juin de cette année, il a été dit qu’une personne meurt de faim toutes les quatre minutes quelque part dans le monde. N’est-ce pas, pour le moins, une insulte ignominieuse à notre culture et à notre civilisation ? N’y a-t-il pas assez de nourriture dans notre monde pour nourrir les affamés ? N’est-ce pas un drame qui semble nier l’idée même d’un Dieu qui pourvoie ? Malheureusement, cette tragédie est l’œuvre de l’homme ! Non seulement le fossé entre riches et pauvres ne cesse de s’agrandir, mais le nombre des pauvres augmente constamment. Un petit nombre amasse et gaspille ce que des millions d’autres désirent, et dont ils ont désespérément besoin. Le monde aujourd’hui n’a pas seulement besoin d’éloquence oratoire et de rhétorique, mais d’une éthique de la solidarité. Or, c’est précisément ce que signifie réellement la compassion. C’est, de fait, ce que Jésus a réalisé. N’a-t-il pas, en effet, exprimé sa solidarité avec les affamés quand il a nourri les multitudes, alors que les apôtres voulaient se débarrasser de la foule ?[12] N’a-t-il pas arrêté un cortège funéraire pour rappeler à la vie le jeune fils d’une veuve au cœur brisé ?[13] Il s’est mêlé aux collecteurs d’impôts et aux pécheurs, et il avait même la réputation d’être leur ami.[14] Pour Jésus, le fait d’être Dieu n’a jamais diminué la plénitude de son humanité. Il a même pleuré devant la tombe de Lazare, au point que les Juifs s’exclamaient : « Voyez comme il l’aimait ! »[15]. Pensons aussi aux paraboles de la pièce de monnaie perdue, de la brebis égarée et du fils prodigue où Jésus révèle Dieu comme un père aimant, vulnérable parce qu’il aime ! Plus on aime, plus on devient vulnérable. Plus on devient vulnérable, plus on apparaît doux. Et, vous le savez, cette douceur n’est pas faiblesse, mais puissance. C’est la puissance de l’amour qui s’agrandit et atteint ses dimensions les plus grandes.

Un Dieu qui pleure et qui est apparemment faible est un scandale pour l’intelligence. L’idée d’un Dieu qui, selon les apparences, laisse ses ennemis triompher en se laissant lui-même conduire à la mort est choquante. Nous nous sentons plus à l’aise avec un Dieu « de l’Ancien Testament », un Dieu tout-puissant, celui des plaies d’Egypte qui, à main forte, brisa Pharaon et ses armées. Cependant, si l’Église qui est en Asie se doit de faire une brèche et prendre racine sur le sol asiatique, elle doit apprendre à être compatissante comme Jésus lui-même. La compassion est constitutive de la culture asiatique. Elle est la réponse de l’homme à celui qui se trouve dans le besoin. Elle engage le chrétien dans la lutte auprès de ceux qui subissent l’oppression, lui fait prêter sa voix aux sans-voix, l’oblige à agir pour que les esclaves soient libérés des liens qui les retiennent. C’est cela qui signifie respecter la dignité que tout être humain reçoit de Dieu, sans tenir compte de sa couleur, sa caste, sa croyance, son statut social ou son compte en banque. Une grande ‘active-contemplative’, Mère Teresa, qu’on a appelée « la sainte des caniveaux » – et dont la cause en béatification est introduite –, a eu un impact immense sur chacun et sur tous, croyants et non-croyants, parce qu’elle a exercé son ministère de compassion dans le service des plus pauvres d’entre les pauvres, et l’oubli total de soi pour l’amour de Dieu.

 

1.3 Jésus-Christ, le Dieu qui prend soin de nous.

En la personne du Christ Jésus, la contemplation et la compassion trouvent leur achèvement dans l’amour et l’attention aux autres. C’est là le résumé de sa vie terrestre. Jésus a enseigné le chemin des béatitudes, et il a nourri les multitudes qui le suivaient. Il a guéri les malades et les souffrants, ceux qui étaient pris dans les chaînes de toutes sortes de maladies et de troubles. Il chassait les démons et délivrait ceux qui en étaient victimes. Il pardonnait les pécheurs et partait à la recherche de ceux qui étaient perdus, pour les sauver. Il a invité tous ceux qui étaient éreintés par le labeur et écrasés par les difficultés, à s’approcher de Lui pour trouver en Lui le repos. Le service rendu par Jésus n’était pas pur activisme : c’était le fruit de sa contemplation et de sa compassion, sa manière d’étancher sa soif. Mère Térésa, contemplant le Christ crucifié et désirant si ardemment en étancher la soif, a inscrit avec des mots d’une simplicité bouleversante dans la Règle de vie des Missionnaires de la Charité : « Le fruit du silence est la prière. Le fruit de la prière est la foi. Le fruit de la foi est l’amour. Le fruit de l’amour est le service »[16].

Quand le service est l’expression de l’amour et de l’attention aux autres, loin de distraire ceux qui sont engagés dans la mission, il devient lui-même mission et proclamation. Plus encore, c’est toute la vie chrétienne qui devient une proclamation. Je veux citer ici le Pape Jean-Paul II qui, dans son Exhortation apostolique Ecclesia in Asia, confirme cette vérité. En parlant de la vie chrétienne comme d’une proclamation, le Saint-Père affirme :

« Plus la communauté chrétienne est enracinée dans l’expérience de Dieu qui provient d’une foi vive, plus elle pourra proclamer aux autres de manière crédible l’accomplissement du Royaume de Dieu en Jésus-Christ.

Cela se réalisera grâce à une écoute fidèle de la Parole de Dieu, à la prière et à la contemplation, à la célébration du mystère de Jésus dans les sacrements, par-dessus tout dans l’Eucharistie, et en donnant l’exemple d’une vraie communion de vie et d’un amour intègre. Le cœur de l’Église particulière doit être centré sur la contemplation de Jésus-Christ, Dieu fait homme, et elle doit tendre constamment à une union plus intime avec lui, dont elle continue la mission. La mission est une action contemplative et une contemplation active. Cependant un missionnaire qui n’a pas une profonde expérience de Dieu dans la prière et dans la contemplation aura peu d’influence spirituelle ou de succès missionnaire... L’avenir de la mission dépend d’une grande diffusion de la contemplation. En Asie, siège de grandes religions, où les personnes et des peuples entiers ont soif du divin, l’Église est appelée à être une Église de prière, profondément spirituelle, bien qu’elle soit engagée dans des préoccupations humaines et sociales immédiates. Tout chrétien a besoin d’une authentique spiritualité missionnaire de prière et de contemplation. »[17]

Contemplation, compassion et attention à l’autre sont trois traits importants de la vie de Jésus que nous nous devons de retenir. Ils sont aussi trois portes d’entrée dont nous pouvons user avec fruit pour proclamer le Christ en Asie, car ils constituent trois clés caractéristiques de l’esprit asiatique. Ils sont des points de rencontre sur lesquels l’Évangile peut être ancré et ils permettent d’approfondir le dialogue entre la foi et la culture.

 

 

2. proclamer le christ aux cultures asiatiques.

 

Avant même de souligner quelques-uns des traits spécifiques aux cultures asiatiques, il est important de noter que les pays de l’immense continent asiatique, « pays d’antiques cultures, sont profondément marquées par des religions et des sagesses non-chrétiennes, tels l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Taoïsme, le Shintoïsme, le Confucianisme, qui méritent une considération attentive. Le message du Christ y suscite peu de réponses. Ne serait-ce pas que le christianisme y est trop souvent perçu comme une religion étrangère, insuffisamment insérée, assimilée et vécue dans les cultures locales ?... Nombre de réalités morales et spirituelles, voire mystiques, telle la sainteté, le renoncement, la chasteté, la vertu, l’amour universel, l’amour de la paix, la prière et la contemplation, le bonheur en Dieu, la compassion, vécus en ces cultures, sont autant d’ouvertures vers la foi au Dieu de Jésus-Christ... C’est un gigantesque défi pour la pastorale de la culture que d’accompagner les hommes de bonne volonté dont la raison recherche la vérité, en prenant appui sur ces riches traditions culturelles, telle la millénaire sagesse chinoise, et conduire leur quête du divin à s’ouvrir à la Révélation du Dieu vivant qui, par la grâce de l’Esprit, s’associe l’homme en Jésus-Christ, l’unique Rédempteur. »[18]

Jésus-Christ ne peut être annoncé dans un espace vide. Le mystère de l’Incarnation affirme cette vérité, car Jésus-Christ n’est pas né dans le vide. Il a pris chair dans le sein de Marie. Sa vie s’est insérée dans le tissu social et culturel dominant de son époque. « L’incarnation du Fils de Dieu, précisément parce qu’elle fut complète et concrète, fut aussi une incarnation dans une culture particulière »[19]. Il est souvent fait mention de l’histoire du salut. N’y a-t-il pas aussi une géographie du salut ? En effet, il me semble qu’il n’est pas possible de séparer cette particularité physique et sa détermination géographique, du fait que le Verbe a assumé notre chair humaine et est devenu comme l’un de nous en toutes choses, excepté le péché. Jésus-Christ est le Verbe de Dieu. Mais il a parlé avec des mots humains, dans une langue spécifique et avec un accent particulier venus d’un héritage culturel précis. Jésus est de descendance juive, mais, parce qu’il transcende la culture juive, il embrasse l’humanité tout entière. Il est à la fois local et universel.

Les cultures sont nécessaires comme véhicule ou moyen pour exprimer la révélation par Dieu de l’amour qui est au cœur de la foi. En fait, jamais la foi ne naît dans le vide. Elle est toujours conçue au sein d’une culture : c’est là qu’elle voit le jour, y est nourrie et grandit. Paul Tillich remarque avec finesse : « La forme de la religion est la culture. Ceci est particulièrement évident dans le langage utilisé par la religion. Tout langage, y compris celui de la Bible, est le résultat d’innombrables actes de créativité culturelle… Il n’existe aucun langage sacré qui soit tombé d’une langue surnaturelle et qui aurait été placé entre les pages de couverture d’un livre »[20].

Pour examiner quelques-uns des traits saillants des cultures asiatiques, il est bon de se souvenir que si la culture « est une production de l’homme, et est donc marquée par le péché, elle a besoin, elle aussi, d’être ‘purifiée, élevée et perfectionnée’ ». Le risque demeure toujours « de passer sans analyse critique d’une sorte d’aliénation par rapport à la culture à une surévaluation de la culture »[21]. Un discernement attentif est nécessaire pour séparer le grain de l’ivraie et pour éviter que l’arbre ne cache la forêt !

 

2.1 Les cultures asiatiques sont empreintes d’une pluralité de religions.

L’Asie est le continent le plus vaste, et le lieu de naissance des principales religions du monde. Le Judaïsme, le Christianisme, l’Islam et l’Hindouisme sont nés en Asie dont elle est le berceau. Certaines sont même plus anciennes que le Christianisme. À côté de celles-ci, des traditions spirituelles comme le Bouddhisme, le Taoïsme, le Confucianisme, le Zoroastrisme, le Jaïnisme, la tradition des Sikhs et le Shintoïsme ont aussi leur origine en Asie. Des millions d’asiatiques pratiquent aussi des religions traditionnelles et tribales avec leurs propres valeurs spirituelles et religieuses. « Dans un monde en proie à la sécularisation, elles attestent l’expérience vécue du divin et l’importance du spirituel comme noyau vivant des cultures »[22]. La mosaïque complexe des cultures asiatiques et leur diversité de langues, de croyances et de traditions nous laissent étonnés et ébahis.

 

2.2 Les cultures asiatiques sont pluralistes.

Il n’y a pas de culture dominante unique en Asie. On ne peut donc parler d’une « macdonaldisation » des cultures asiatiques, car elles mettent au défi toute tentative de simplification. En effet, quel terrain culturel commun peut-on trouver entre la culture du Moyen-Orient et celle de l’Extrême-Orient ? Ce qui fait la culture d’un Arabe la rend si différente de celle d’un Chinois ! Et pourtant, toutes les deux sont asiatiques ! Cette dimension pluriculturelle des pays du continent asiatique se retrouve parfois à l’intérieur d’un même pays. Combien diffère la culture d’un Tamoul de Chiennai, dans le sud de l’Inde, de celle d’un habitant du Pendjab, au nord ! La pluralité, pas plus que la diversité, ne signifie nécessairement division. Elle peut tout autant signifier l’enrichissement, surtout si la diversité entre les cultures est harmonisée de manière telle qu’elles se complètent mutuellement.

 

2.3 Les cultures asiatiques ont une orientation spirituelle.

Une étude attentive des cultures de l’Asie montre que leur noyau central est spirituel. Se référant à cette caractéristique, le Pape Jean-Paul II souligne combien :

« Les peuples de l’Asie sont fiers de leurs valeurs religieuses et culturelles, telles que l’amour pour le silence et la contemplation, la simplicité, l’harmonie, le détachement, la non-violence, l’esprit d’ardeur au travail, la discipline, la vie frugale, la soif de connaissance et de recherche philosophique. Ils sont attachés aux valeurs de respect de la vie, de compassion pour tous les êtres, de contact avec la nature, de respect filial pour leurs parents, pour les personnes âgées et leurs ancêtres, et ils ont un sens hautement développé de la communauté. D’une façon particulière, ils considèrent la famille comme une source vitale de force, comme une communauté étroitement unie, avec un sens profond de la solidarité. Les peuples de l’Asie sont connus pour leur esprit de tolérance religieuse et de coexistence pacifique... L’Asie a souvent fait preuve d’une capacité remarquable d’adaptation et d’une ouverture naturelle à l’enrichissement mutuel des peuples, dans une pluralité de religions et de cultures »[23].

Jésus-Christ ne change pas, « Il est le même hier et aujourd’hui, et il le sera toujours. »[24] De la même manière, l’Évangile demeure inchangé. S’il s’agit de proclamer Jésus-Christ et son Évangile, cette proclamation se doit d’aller à la rencontre des personnes dans leurs cultures respectives. Le succès de missionnaires venus de l’Occident, comme Matteo Ricci, vient de la capacité qu’ils ont eu d’utiliser la culture comme porte d’entrée pour la proclamation de la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Ricci pensait qu’il était déjà devenu chinois par sa manière de vivre et d’agir, mais il réalisa progressivement que, tant qu’il n’avait pas pénétré profondément l’âme chinoise jusque dans ses racines confucéennes, il était encore loin de ce peuple. « Son souci que les "rites chinois" et les coutumes légitimes de la vie familiale et civile de ce grand peuple soient respectés, fut exemplaire ».[25] Finalement, Ricci s’était tellement identifié au peuple chinois et à sa culture que le Chancelier de l’Empereur Ming, qui octroya le morceau de terrain pour sa sépulture, affirma : « Jamais un étranger aussi remarquable que Ricci par sa science et sa vertu, n’a posé le pied en Chine ». Nul hommage ne peut être plus affectueux, nul éloge plus définitif !

Puisqu’il existe un lien étroit entre foi et culture, une saine osmose est appelée à s’opérer entre elles. « La synthèse entre culture et foi n’est pas seulement une exigence de la culture, mais aussi de la foi... Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n’est pas pleinement accueillie, entièrement pensée et fidèlement vécue »[26]. Cette affirmation lapidaire est forte, elle provient du Vicaire du Christ. La foi est appelée à s’incarner elle-même dans la culture, pour l’imprégner et la purifier de l’intérieur, et qu’ainsi la culture devienne le canal par lequel la foi est vécue et exprimée. Dans la mesure où l’Évangile prend racines dans la culture d’un peuple particulier et la nourrit de l’intérieur, c’est dans cette mesure même que s’accroît la foi de ce peuple.

L’Église a un profond respect pour les cultures, et elle travaille de toutes ses forces à promouvoir une rencontre fructueuse entre l’Évangile et les cultures. Dès 1659, la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples donnait aux missionnaires européens envoyés en Asie, le mandat impératif de respecter les cultures des peuples asiatiques et de promouvoir l’évangélisation, et non l’européanisation. Cette Instruction dit textuellement :

« Ne mettez aucun obstacle sur leur route et pour aucune raison vous ne devez persuader ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leur manière de vivre, à moins qu’ils ne soient clairement opposés à la religion et à la bonne morale. Ne serait-il pas absurde d’apporter la France ou l’Espagne, l’Italie ou une autre partie de l’Europe à la Chine ? Ce ne sont pas elles que vous devez apporter, mais la foi qui ne méprise ni ne rejette les rites et les coutumes des peuples, à moins qu’elles ne soient dépravées, mais au contraire tente de les assimiler... Admirez et louez ce qui est digne d’être respecté. »[27]

Il est aisé de critiquer, de juger et même de condamner la position adoptée par des missionnaires zélés, agissant à la lumière d’une théologie qui a bien changé au cours des années. Que Dieu bénisse leur zèle ! ils ont certainement agi en toute bonne foi. Mais, dans leur zèle à évangéliser les peuples, ils ont parfois jeté le bébé avec l’eau du bain. Dans leur effort pour extirper l’ivraie, ils ont pu aussi se débarrasser du bon grain ! Le dogme s’est développé. La théologie a changé, et avec elle, l’attitude de l’Église envers les autres religions s’est précisée de manière positive au Concile Vatican II.

 

 

3. JÉSUS-CHRIST : LA PROMESSE ET LA RÉALISATION.

 

Il est légitime de se poser la question : quelle est l’attitude de l’Église catholique envers les valeurs culturelles et les vérités que nous rencontrons dans les autres religions ? Dans sa déclaration sur la relation de l’Église aux religions non-chrétiennes, le Concile Vatican II affirme :

« L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles différent en beaucoup de points de ce qu’elle-même croit et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie" (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses. »[28] Cette déclaration établit un équilibre merveilleux lorsque, d’un côté, elle accepte, respecte et apprécie les valeurs culturelles et les vérités présentes dans les autres religions et, d’un autre côté, met l’accent sur la nécessité de proclamer le Christ. Elles sont des rayons de la Vérité, alors que Jésus-Christ est La Vérité elle-même. Le Concile reconnaît que dans les religions se trouvent des « semences du Verbe »[29], qui demandent à atteindre leur pleine maturité en Jésus-Christ, le Verbe fait chair. Pour utiliser une expression traditionnelle, les autres religions – autant avant qu’après la venue du Christ – sont une preparatio evangelica, dans la mesure où elles sont orientées vers Jésus-Christ et trouvent en lui leur point culminant.

Dans mon adresse au Colloque organisé par le Conseil Pontifical de la Culture à Bangkok, en 1999, sur le thème de L’Humanisme chrétien : illuminer par la lumière de l’Évangile la mosaïque des cultures asiatiques, je tentais de dégager quelques lignes maîtresses : « L’Asie avec la diversité de ses cultures et croyances, dont certaines sont plus anciennes que le Christianisme, se présente comme une mosaïque culturelle. En toute mosaïque, chaque morceau, aussi petit soit-il, est important pour compléter l’ensemble de la représentation. S’il vient à manquer une pièce, il en résulte un vilain trou. En Asie, la mosaïque est déjà composée : ce qui est nécessaire, c’est de l’illuminer avec la Lumière de l’Évangile, de sorte que sa beauté resplendisse de toute sa splendeur »[30]. Le Pape Jean-Paul II, considérant la rencontre de l’Évangile et des cultures, affirme : « L’annonce de l’Évangile dans les différentes cultures ne les empêche pas de conserver une identité culturelle propre. Cela ne crée aucune division, parce que le peuple des baptisés se distingue par une universalité qui sait accueillir toute culture, favorisant le progrès de ce qui, en chacune d’elles, conduit implicitement vers la pleine explication dans la vérité »[31].

L’Esprit Saint, par son action multiple et variée « ... sème constamment des semences de vérité parmi tous les peuples, ainsi que dans leurs religions, leurs cultures et leurs philosophies... Les "semences du Verbe" semées par l’Esprit préparent toute la création, l’histoire et l’homme à la pleine maturité dans le Christ »[32]. Les Orientaux préfèrent utiliser des images plutôt que des concepts pour s’exprimer. Les autres religions peuvent être comparées à des bourgeons qui atteignent leur pleine floraison en Jésus-Christ ; si elles sont l’aurore, Jésus est le plein midi lumineux ; si elles sont des chemins, Jésus est la Voie.

Le Jésus de l’histoire est le Verbe de Dieu fait chair. Nul ne peut donc séparer « ... l’action salvifique du Verbe comme tel et celle du Verbe fait chair. Avec l’incarnation, toutes les actions de salut du Verbe de Dieu sont toujours accomplies dans l’unité avec la nature humaine qui a été assumée pour le salut du monde. Le sujet qui agit en deux natures, humaine et divine, est l’unique personne du Verbe »[33].

Jésus ne nous a pas laissés orphelins. Il nous donne son Esprit pour nous aider à comprendre ce qu’Il nous a enseigné. Son Esprit illumine et fortifie l’Église et fait de nous des messagers intrépides de l’Évangile. « En définitive, la pastorale de la culture, en ses multiples expressions, n’a d’autre but que d’aider toute l’Église à remplir sa mission d’annoncer l’Évangile... de toute la force de la Parole de Dieu... », et « elle aide l’homme à surmonter le drame de l’humanisme athée et à créer un ‘nouvel humanisme’ (Gaudium et spes, n. 55) capable de susciter, partout dans le monde, des cultures transformées par la prodigieuse nouveauté du Christ qui ‘s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu[34], se renouvelle à l’image de son Créateur (Cf. Col 3, 10) et "à la mesure de sa croissance d’homme nouveau" (Cf. Eph 4, 24) renouvelle toutes les cultures par la force créatrice de son Esprit Saint, source infiniment jaillissante de beauté, d’amour et de vérité ».[35] L’Esprit est l’Esprit de Jésus Lui-même. Il embellit en tirant le cosmos du chaos, Il unifie en rassemblant ce qui est brisé et éparpillé, Il vivifie en infusant la vie dans ce qui est mort et cadavérique, Il sanctifie en rendant toutes choses agréables à Dieu. Il est « le doigt de la droite de Dieu » qui apporte la touche finale de perfection à la création, créée bonne en son premier jour, détériorée par le péché, et restaurée plus admirable encore dans le Christ Jésus.

 

 

CONCLUSION

 

Chers Amis, ce matin, cette allocution est simplement pour ouvrir nos travaux et proposer quelques thèmes de réflexion pour notre Rencontre. Les conférenciers, j’en suis sûr, par leurs réflexions et dans l’échange mutuel des expériences, vont nous éclairer et nous aider à grandir dans le respect de la riche réalité asiatique multi-religieuse, pluriculturelle et orientée vers le spirituel.

Ce n’est pas pure coïncidence si notre rencontre se déroule dans une Université dédiée au Cœur Immaculé de Marie. Au tout début, il y a plusieurs années, lorsque nous avons commencé à préparer ce Colloque, nous avons confié nos efforts à sa bienveillance maternelle. Comme nous le dit le poète, Marie est « le fleuron unique de notre nature blessée, plus pur que la blanche écume au milieu du tumulte de l’océan ». Il n’y avait plus de place pour Jésus à l’auberge. C’est Marie qui a offert une place à Jésus dans sa vie, le concevant par la foi dans son cœur, avant même que de le concevoir en son sein, recevant en elle-même Celui que le monde entier ne peut contenir. L’univers entier attendait son « fiat ». Par ce « oui », à la fois si prompt et si généreux, elle a rendu possible le dialogue entre Dieu et l’homme. C’est en elle, l’humble Vierge de Nazareth, que le Verbe s’est fait chair et a demeuré parmi nous. C’est sur ses genoux que Jésus a appris à parler. C’est chez elle et en sa présence que Jésus a grandi en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

La Vierge Marie est vraiment le modèle de toute inculturation. En son sein maternel, Dieu et l’homme se rencontrent, le divin et l’humain s’entremêlent, la grâce touche la nature. Elle a gardé et contemplé dans son cœur la Parole de Dieu. Elle a médite cette Parole dans le silence, l’a contemplée avec amour et vécue avec joie. Si le prix Nobel indien, Rabindranath Tagore, a pu écrire que « tout enfant qui vient au monde délivre le message que Dieu n’est pas encore fatigué de l’humanité », quelle n’a pas dû être la joie de Marie en enfantant Jésus, le Fils de Dieu, et en proclamant au monde la Bonne Nouvelle de l’Évangile : Dieu, loin d’être fatigué de l’humanité, aime tellement le monde qu’il lui envoie son propre Fils pour être son Sauveur.

Nous confions nos humbles efforts à l’intercession puissante de la Bienheureuse Vierge Marie. Quand le vin de nos ressources humaines vient à s’épuiser, quand nous sommes peut-être submergés par la crainte devant les défis qui se présentent, nous demandons à Marie de plaider en notre faveur pour que, encore une fois, son Fils accomplisse un miracle et change l’eau de nos humbles efforts en vin précieux de sa grâce salvifique, de sorte que le monde puisse connaître, aimer et croire en Celui que nous annonçons aux cultures d’Asie comme leur promesse et leur accomplissement. Merci !

 

*  *  *

 

Nagasaki (Japan) was the venue, from 15th to 17th October 2002, for the continental gathering of bishops in charge of the Asian Bishops’ Conferences’ various Culture Committees. Cardinal Paul Poupard gave the opening talk. He focused on the theme of the gathering, Proclaiming Christ to Asian Cultures: Promise and Fulfilment, and asked three questions: What does it mean to proclaim Christ? What is Asia’s pluricultural and multi-religious context? What are the promise and fulfilment of which we speak?

 

L’incontro continentale dei Membri e Consultori asiatici del Pontificio Consiglio della Cultura e dei Vescovi presidenti delle Commissioni di Cultura delle Conferenze Episcopali d’Asia, tenutosi a Nagasaki, dal 15 al 17 ottobre 2002, è stato aperto dalla prolusione del Cardinale Paul Poupard. Il discorso, incentrato sul tema dell’Incontro, Proclamare Cristo alle culture asiatiche: promessa e realizzazione, è articolato in tre parti: cosa significa proclamare Cristo, qual è il contesto pluriculturale e multi-religioso dell’Asia e di quale promessa e realizzazione si parla.

 

El encuentro continental de Miembros y Consultores asiáticos del Consejo Pontificio de la Cultura y de los Obispos presidentes de las Comisiones de Cultura de las Conferencias Episcopales de Asia, celebrado en Nagasaki del 15 al 17 de obture de 2002, se abrió con la intervención del Cardinal Paul Poupard. El discurso, centrado en el tema del Encuentro, Proclamar a Cristo a las culturas asiáticas: promesa y realización, se estructura en tres partes: qué significa proclamar a Cristo, cuál es el contexto multicultural y multireligioso de Asia y cuáles son la promesa y la realización de que se habla.


 


[1] 2Cor 5, 14.

[2] Jean-Paul II, Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 1.

[3] Concile Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l’Église Ad gentes, 7 décembre 1965, n. 2.

[4] Act 4, 12.

[5] Jean-Paul II, Novo millennio ineunte, 6 janvier 2001, n. 16.

[6] Jean-Paul II, Ecclesia in Asia, 6 novembre 1999, n. 20.

[7] Conseil Pontifical de la Culture, Pour une pastorale de la culture, 23 mai 1999, n. 20.

[8] Lc 6, 12.

[9] Lc 11, 1.

[10] Lc 23, 46.

[11] Paul VI, Evangelii nuntiandi, 8 décembre 1975, n. 41.

[12] Mt 14, 13 ss.

[13] Lc 7, 14 ss.

[14] Lc 19, 7.

[15] Jn 11, 36.

[16] « The fruit of silence is prayer. The fruit of prayer is faith. The fruit of faith is love. The fruit of love is service. » Constitutions of the Missionaries of Charity, Règle n. 52.

[17] Jean-Paul II, Ecclesia in Asia, n. 23.

[18] Pour une pastorale de la culture, n. 20.

[19] Commission Théologique Internationale, Foi et Inculturation, 1989, n. 5.

[20] Paul Tillich, Theology of Culture, Oxford University Press, Oxford, 1959, p. 47.

[21] Pour une pastorale de la culture, n. 20.

[22] Jean-Paul II, Ecclesia in Asia, n. 6.

[23] Jean-Paul II, Ecclesia in Asia, n. 6.

[24] Hb 13, 8.

[25] Paul Poupard, The Church and Culture, Challenge and Confrontation. Inculturation and evangelisation, St Louis, MO 63108, U.S.A, 1989.

[26] Jean-Paul II, Lettre autographe de fondation du Conseil Pontifical de la Culture, 20 mai 1982, AAS LXXIV (1982) pp. 683-688, cité in Pour une pastorale de la culture, n. 1.

[27] Congrégation pour l’Evangélisation des peuples, Collectanea, (SCPF) 1, n. 135, p. 42.

[28] Concile Vatican II, Nostra Aetate, n. 2.

[29] Concile Vatican II, Ad gentes, n. 11.

[30] Cf. Actes du Colloque sur L’humanisme chrétien : illuminer par la lumière de l’Évangile la mosaïque des cultures asiatiques, publiés par le Conseil Pontifical de la Culture, 1999, p. 29.

[31] Jean-Paul II, Fides et ratio, 14 septembre 1998, n. 71.

[32] Jean-Paul II, Ecclesia in Asia, nn. 15-16.

[33] St Léon le Grand, Lettre à l’Empereur Léon 1er, Promisse me memini, in DS 318.

[34] St Athanase, De Incarnatione.

[35] Pour une pastorale de la culture, n. 39.

 

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DIALOGO TRA POPOLI E CULTURE

 

Intervento al Secondo Incontro dei Presidenti delle
Conferenze Episcopali del Sud-Est Europa
Dom sv. Jozefa, Celje, Slovenia, 12-13 marzo 2002
 

Franc RODÉ

Arcivescovo di Ljubljana

 

 

Processo di differenziazione tra Est e Ovest

Nel 330 l’imperatore Costantino trasferisce la capitale dell’impero da Roma a Bisanzio, chiamata Costantinopoli.

Nel 395 Teodosio il Grande conferma la spartizione dell’impero, legando la parte occidentale a Onorio e quella orientale a Arcadio. Due universi cominciano a formarsi da quel momento, sempre più lontani l’uno dall’altro dal punto di vista della storia, cultura, sistema economico, organizzazione sociale e politica.

La separazione si manifesta soprattutto sul piano linguistico: mentre in Occidente prevale il latino con il suo alfabeto, in Oriente si impone il greco con il suo alfabeto, che più tardi darà origine al cirillico, adottato dai Russi, Serbi e Bulgari.

Anche gli eventi della storia seguono un corso diverso. L’impero dell’Occidente sparisce nel 476 con la deposizione dell’ultimo imperatore; quello d’Oriente dura quasi mille anni di più, fino al 1453.

Mentre l’impero d’Oriente, ancora vigoroso, rimane greco nella sua essenza, e rifiuta l’integrazione dei popoli slavi che mantiene – o vuol mantenere – in uno stato di subordinazione, l’impero d’Occidente è costretto ad aprirsi alle popolazioni germaniche, che del resto si latinizzano poco a poco, e contribuiscono all’avvento di nuove culture romaniche, sostituendo il latino con le lingue volgari neolatine.

Un’altra differenza notevole tra Est e Ovest è nella concezione del potere. L’Oriente resta fedele alla concezione imperiale secondo la quale l’autorità dei patriarchi è subordinata all’imperatore, mentre in Occidente il potere spirituale del Papa è più nettamente separato da quello politico. La concezione orientale del potere si ritroverà più tardi nell’impero russo e negli stati balcanici, come anche nei regimi comunisti. Così, la gerarchia ecclesiastica sarà sottomessa allo Zar o al Segretario generale, in una simbiosi tra religione e politica, tra Chiesa e Stato. In Occidente, invece, si opererà una crescente separazione tra potere spirituale e temporale, che con il tempo darà origine ai sistemi democratici e ai diritti umani.

Tutte queste differenze finiscono per provocare la rottura del 1054 tra Roma e Bisanzio, che trascina con sé il Sud-est europeo e la Russia.

 

Il medioevo

Mentre si indebolisce l’impero, regni rivali a Bisanzio si formano nei Balcani: Bulgari e Serbi creano Stati su base etnica. Se le frontiere di questi Stati sono sovente imprecise, il popolo ha una coscienza chiara della sua identità e della continuità storica. E quando uno di questi Stati si sente abbastanza forte, sogna di diventare impero in sostituzione di Bisanzio.

Ad Ovest i Croati fondano un grande regno alla fine del IX secolo, che arriva all’apogeo sotto il re Tomislav (916-928), ma dopo il regno di Zvonimir, la corona passa al re di Ungheria Kálmán, mentre i ducati sloveni diventano terre ereditarie degli Asburgo.

La vita culturale e religiosa conosce forme diverse: i popoli ortodossi, ormai separati da Roma, usano come lingua liturgica il paleo-slavo e l’alfabeto cirillico, mentre nei paesi cattolici si impone il latino, ad eccezione di alcune regioni della Croazia, che conservano il glagolitico.

 

Invasioni turche

Alla metà del XIV secolo tutta la regione del Sud-est europeo è sconvolta dall’invasione dei Turchi. Greci, Albanesi, Bulgari, Serbi, Romeni, in parte anche Croati e Ungheresi vivono sotto la dominazione turca per secoli. Nel 1526 i Turchi passano il Danubio e la Sava e battono gli Ungheresi a Mohács, occupando gran parte del paese. Fino all’inizio del XIX secolo gran parte dello spazio danubiano e balcanico è sotto la dominazione turca. Rimane libera la Dalmazia, il Montenegro, Dubrovnik, e la Croazia intorno a Zagabria.

Dopo la sconfitta dell’esercito turco sotto le mura di Vienna nel 1683, l’Austria riconquista l’Ungheria e la Slavonia, e questa frontiera politica e culturale separa l’impero ottomano dai paesi cristiani fino al 1878.

Nei territori occupati, i Turchi non impediscono ai cristiani la pratica religiosa e non interferiscono nella loro organizzazione interna, sotto la guida di un patriarca e del suo clero. Questo sistema rafforza il sentimento nazionale dei popoli, identificato con l’appartenenza alla Chiesa nazionale. Così, a partire dal 1557, i Serbi hanno un loro patriarca a Peć, indipendente dal patriarca di Costantinopoli. Anche se non esiste una Serbia, esiste una nazione serba consapevole di se stessa come vittima della storia.

Ma il regime che l’occupante turco impone ai cristiani è un regime di “apartheid”: il cristiano è una non-persona, un essere senza diritti davanti all’arbitrio dell’amministrazione statale.

Esazioni di ogni genere sono all’ordine del giorno: confische di terreni o immobili, ratti di donne, ruberie da parte dei soldati, sequestri di bambini per farne dei giannizzeri, ecc. Solo i musulmani hanno il diritto di assumere cariche pubbliche.

Le conseguenze dell’occupazione turca pesano ancora oggi. La prima conseguenza è la presenza di una nuova religione nei Balcani: l’islam. Infatti, in molte regioni si installano i Turchi che rappresentano la classe dominante dei proprietari, degli amministratori, dei soldati. E siccome l’impero ottomano ha bisogno di una popolazione più numerosa e fedele alle frontiere con il mondo cristiano, contrariamente alle sue pratiche abituali, favorisce la conversione dei cristiani all’islam. Così, gli Albanesi da cattolici diventano in maggioranza musulmani. In Bosnia, le popolazioni slave si convertono in gran numero all’islam, e fino ad oggi non dimenticano che sotto il regime turco occupavano una posizione dominante, il che li distingue nettamente dai loro compatrioti cattolici o ortodossi.

Un altro sconvolgimento provocato dalla dominazione turca è rappresentato dagli immensi movimenti di popolazioni da una regione all’altra. Davanti alle esazioni dei Turchi o dei musulmani albanesi i Croati ed i Serbi fuggono verso Nord, mentre sulle loro terre si installano i musulmani. Così il Kosovo diventa albanese.

Dall’altra parte della frontiera, l’Austria installa i Serbi, fuggiti dall’impero ottomano. Così, nel 1521 viene creato il “Confine militare di Croazia”, con un regime speciale per i nuovi coloni, regime che dura ufficialmente fino al 1881.

Tra il 1690 e 1694, la Vojvodina riconquistata accoglie due grandi migrazioni serbe di 200.000 persone sotto la guida del patriarca Arsenije III Crnojević. Questi immensi trasferimenti di popolazioni serbe verso il Nord e l’Ovest, e l’installazione sulle loro terre di musulmani, sono una delle cause principali dei drammi successivi. Infatti, molte regioni hanno una popolazione con diversi gruppi etnici inestricabilmente mescolati. La diversità religiosa, le guerre permanenti, la memoria storica carica di rimproveri, impediscono, o rendono molto difficile un avvicinamento e un dialogo tra i diversi gruppi etnici della regione.

 

Guerre di liberazione

Il XIX secolo è segnato da sollevamenti di popoli cristiani dei Balcani contro il potere turco, tanto più impietoso quanto più debole.

Basta menzionare alcune date principali:

·      1804: rivolta generale dei Serbi sotto la guida del contadino Karageorge.

·      1815: Un’altra rivolta condotta da Miloš Obrenović, che nel 1830 ottiene l’autonomia interna del principato serbo.

·      1822-30: Sollevamento e indipendenza della Grecia.

·      1875-1878: rivolta in Bosnia e Bulgaria

·      1903: insurrezione popolare in Macedonia (Ilinden) repressa nel sangue

·      1908: indipendenza della Bulgaria

·      Annessione della Bosnia Erzegovina da parte dell’Austria

·      1912: Prima guerra balcanica, disfatta della Turchia

·      1913: Seconda guerra balcanica, disfatta della Bulgaria. Indipendenza dell’Albania.

 

Influenza occidentale

Tutti questi movimenti di liberazione dal giogo turco sono in parte influenzati dagli eventi e dalle idee in voga in Occidente: il processo di unificazione dell’Italia e della Germania, mentre i popoli slavi dell’Europa centrale rivendicano un’autonomia culturale tramite l’azione politica e parlamentare, inspirandosi, spesso, alle teorie nazionaliste di questo o quel pensatore tedesco. Bisogna menzionare qui due teorici del nazionalismo: Herder e Fiche.

Secondo Johann Gottfried Herder, ciò che definisce essenzialmente una nazione sono la lingua e la cultura. La cosiddetta “Kulturnation” è l’unico gruppo naturale e, in quanto tale, possiede una legittimità superiore allo Stato. L’influenza di Herder fu grande durante tutto il XIX secolo, soprattutto fra i popoli senza un proprio Stato.

Johann Gottfried Fichte insiste sul principio biologico, il jus sanguinis, a scapito del jus soli. L’unità vera di un popolo proviene dal sangue comune, non dalla nascita sullo stesso territorio, come sostengono la Francia e la Gran Bretagna. Concezione forte, ma pericolosa, poiché il legame di sangue può sfociare nell’intolleranza verso lo straniero e nella discriminazione delle minoranze nazionali.

Un caso a parte, nell’ambito delle teorie sulla nazione, è l’ideologia comunista, che nega il principio stesso delle nazionalità e propaga l’internazionalismo operaio, aldilà di tutte le frontiere nazionali.

Nel suo studio “Note critiche sulla questione nazionale”, Lenin scriveva nel 1913: “Il marxismo è inconciliabile con il nazionalismo. Il marxismo vuole l’internazionalismo, la fusione di tutte le nazioni in una unità superiore”. Per il comunismo, il fatto nazionale è qualcosa di essenzialmente effimero, destinato a fondersi nell’internazionalismo proletario, poiché “gli operai sono senza patria”.

Alla fine del XX secolo è risultato chiaro che il comunismo non ha abolito il sentimento nazionale, ma l’ha persino esacerbato, negando i conflitti secolari tra i popoli in nome di un’ideologia cieca. Le guerre etniche nei Balcani trovano lì, in parte, la loro spiegazione.

 

La Santa Sede e la questione nazionale

Se il clero cattolico durante il XIX secolo difende con entusiasmo il principio di nazionalità e le rivendicazioni nazionali dei popoli, la posizione della Santa Sede è piuttosto riservata, temendo per la sorte degli imperi centrali in caso di guerra mondiale.

Negli anni trenta del secolo scorso, la Santa Sede si ritrova davanti alla questione nazionale con il nazionalsocialismo hitleriano, che Pio XI attacca fortemente nella sua Enciclica “Mit brennender Sorge” del 1937.

Dopo la seconda guerra mondiale Giovanni XXIII, nell’Enciclica “Pacem in terris” (1963), difende i diritti delle minoranze nazionali.

Il Concilio Vaticano II, da parte sua, condanna il nazionalismo, esortando gli uomini a rinunciare all’egoismo nazionale e al desiderio di dominare sulle altre nazioni “nutrendo un profondo rispetto verso l’umanità intera, che con tanta difficoltà avanza verso una più grande unità” (GS 82, 3).

Paolo VI nel 1973 dichiara: “Fino a che i diritti di tutti i popoli, specie il diritto all’autodeterminazione e all’indipendenza non saranno riconosciuti e rispettati, non ci sarà pace vera e duratura” (AAS 66 [1974] 21).

Con Giovanni Paolo II la difesa delle nazioni fa un passo avanti, accordando alla nazione un’importanza superiore, una sorta di perennità. Il Papa sottolinea il legame intimo tra nazione e cultura nel suo celebre discorso all’Unesco nel 1980. Secondo il Papa esiste una sovranità fondamentale di ciascuna nazione in vista della propria cultura. Non siamo lontani della concezione di “nazione culturale” di Herder.

Il Papa fa un altro passo avanti con il suo discorso del 5 ottobre 1995 alle Nazioni Unite. “Il diritto di una nazione all’esistenza è certamente anteriore a tutti gli altri diritti: nessuno – né uno stato, né un’altra nazione, né un’organizzazione internazionale – è autorizzato a pensare che una determinata nazione non sia degna di esistere” (Doc. Cath. 1995, p. 920).

Deriva da questa premessa fondamentale che ogni popolo ha il diritto a crearsi le istituzioni politiche che garantiscono al meglio la sua identità. Il Papa sottolinea anche i doveri tra le nazioni. Il primo di tutti è di vivere in una disposizione pacifica, rispettosa e solidale con le altre nazioni. In questa prospettiva bisogna stabilire una differenza essenziale tra il nazionalismo che è disprezzo delle altre nazioni e culture, e il patriottismo che è l’amore legittimo del paese d’origine. “Un vero patriottismo non mira mai a promuovere il bene della nazione a scapito delle altre nazioni” (idem, p. 921)

 

Conclusione

L’Europa Sud-orientale – così profondamente divisa nel corso della storia a causa delle lotte religiose, tra sistemi politici ed economici, tra le etnie – deve trovare un modo per convivere nella giustizia e nella pace.

Bisogna lavorare per superare certe divisioni storiche, prima di tutte quella che esiste tra mondo latino e mondo bizantino. Il Papa Giovanni Paolo II afferma: “Le due forme della grande tradizione della Chiesa occidentale e orientale, le due forme di cultura s’integrano mutuamente come i due polmoni di un solo organismo” (Euntes in mundum, Doc. cath. 1988, p. 385).

Certo, il muro che si erse nel 1054 tra le due Chiese non crollerà così facilmente come quello di Berlino, però dobbiamo lavorare per abbatterlo. Con molta pazienza.

Il secondo mezzo è la purificazione della memoria. La nostra memoria di Europei è (o è stata) prevalentemente memoria delle nostre divisioni, guerre, conflitti, ingiustizie, massacri, vittorie e disfatte.

Ma è qui tutto il nostro comune passato? Non vi sono anche nel nostro comune retaggio dei lunghi periodi di pacifica convivenza, di dialogo culturale, di scambi e comunicazioni feconde?

Se finora la storiografia europea ha messo in rilievo le divisioni e le guerre tra i popoli, occorre adesso valorizzare la dimensione del dialogo e degli scambi. E’ questa la condizione per ricuperare il passato e rendere possibile l’avvenire.

Oltre ad uno sguardo purificato sul passato, c’è l’imperativo del dialogo nel presente. In questo senso c’è un equilibro da mantenere tra l’affermazione della propria identità culturale ed il dialogo con le altre culture. Infatti, una rivendicazione aggressiva dell’identità nazionale rischia di isolare un popolo, di impoverirlo e di condannarlo alla regressione. Una cultura veramente umana e l’avvenire dell’umanità richiedono assolutamente la comprensione tra le culture. E’ la condizione indispensabile per l’instaurazione di una comunità mondiale sotto il segno della solidarietà, dell’intesa e della pace.

La ragione di questo atteggiamento, che la Chiesa non cessa di proclamare, è l’unità del genere umano e la sua unità nel piano della salvezza. Così, la Chiesa difende allo stesso tempo l’identità dei popoli nella loro legittima diversità, ma le invita anche ad arricchirsi con il contributo culturale delle altre nazioni. Infatti, ogni cultura aspira all’universale per la parte migliore di se stessa. E’ questa apertura all’universale che fa una cultura veramente umana.

La stessa visione della cultura garante dell’identità nazionale e aperta all’universale si trova nel documento del Pontificio Consiglio della Cultura, pubblicato nel 1999: “Se i diritti della nazione indicano le esigenze della particolarità, è importante sottolineare anche quelle dell’universalità, assieme con i doveri che ne scaturiscono per ogni nazione verso le altre e verso l’intera umanità. Il primo di tutti è, certamente, quello di vivere nella volontà di pace, rispettosa e solidale con gli altri. Insegnare alle giovani generazioni a vivere la propria identità nella diversità è un compito prioritario dell’educazione alla cultura. Contrariamente al nazionalismo che disprezza, anzi nutre avversione verso gli altri popoli e le altre culture, il patriottismo è l’amore ed il servizio legittimo, ma non esclusivo, del proprio paese e della sua cultura, lungi dal cosmopolitismo e dal nazionalismo culturale. Ogni cultura è aperta all’universale per la parte migliore di se stessa” (Per una pastorale della cultura, Città del Vaticano 1999, n. 10).

 

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La IIe Rencontre des Présidents des Conférences épiscopales du Sud-Est de l’Europe s’est tenue à Celje, en Slovénie, les 12 et 13 mars 2002. L’Archevêque de Ljubljana, Mgr Franc Rodé, ancien Secrétaire du Conseil Pontifical de la Culture, y a développé le thème: Dialogue entre les peuples et les cultures. Cette intervention est une brève, mais excellente présentation de l’histoire du Sud-Est de l’Europe et de la position du Saint-Siège sur la question nationale, si cruciale dans cette région.

 

The Second Meeting of South-Eastern European Bishops’ Conferences was held at Celje (Slovenia) on 12th and 13th March 2002. The former Secretary of the Pontifical Council for Culture, Archbishop Franc Rodé of Ljubljana, spoke on the theme of Dialogue between peoples and cultures. He gave a brief, but excellent presentation of the history of South-Eastern Europe and of the Holy See’s position on the question of nationality, which is a sensitive issue in this region.

 

Del 12 al 13 de marzo 2002, se celebró en Celje, Eslovenia, el Segundo Encuentro de los Presidentes de las Conferencias Episcopales del Sudeste Europeo. El Arzobispo de Ljubljana, Mons. Franc Rodé, antiguo Secretario del Consejo Pontificio de la Cultura, intervino con una relación titulada Diálogo entre pueblos y culturas. La intervención consiste en una presentación sintética pero ilustradora, de la historia del Sudeste europeo y de la posición de la Santa Sede ante la cuestión nacional, tan aguda en la región.

 

 

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LA CULTURA AL SERVIZIO DELLA MISSIONARIETA’

 

Convegno sul 375° anniversario del Collegio Urbano
Università Urbaniana, 27-29 novembre 2002
 

Crescenzio Card. SEPE

Prefetto della Congregazione
per l’Evangelizzazione dei Popoli
 

 

E’ con grande piacere che, come Gran Cancelliere di questa gloriosa Pontificia Università Urbaniana – già Collegio Urbano – rivolgo un grato saluto e un profondo ringraziamento a quanti, dalla sua fondazione fino ad oggi, hanno reso possibile la crescita di questa Istituzione che, nei suoi 375 anni di vita, s’è dimostrata non solo utile ma anche necessaria per lo sviluppo dell’attività missionaria della Chiesa nel mondo.

Essa, infatti, è nata e vive per la missione. Mi sembra, pertanto, quanto mai opportuno, nella celebrazione del suo anniversario, presentarla come luogo di cultura al servizio della missionarietà.

 

1. Una delle acquisizioni che appartengono alla Tradizione della Chiesa è la consapevolezza dello stretto legame tra cristianesimo e cultura. E’ impensabile, infatti, l’annuncio del Vangelo all’infuori degli orizzonti culturali, perché ciò condurrebbe, da una parte, ad un impoverimento della cultura e, dall’altra, ad una scarsa incidenza dell’azione missionaria, in considerazione del fatto che la cultura costituisce l’orizzonte proprio della crescita dell’uomo. Scrive, in proposito, Giovanni Paolo II nella Esortazione Apostolica Catechesi tradendae: “Il messaggio evangelico non è puramente e semplicemente isolabile dalla cultura, nella quale esso si è da principio inserito […] e neppure è isolabile, senza un grave depauperamento, dalle culture, in cui si è già espresso nel corso dei secoli: esso non sorge per generazione spontanea da alcun humus culturale; esso è inevitabilmente inserito in un certo dialogo con le culture” (n. 53).

E’ in questa prospettiva che il compito dell’evangelizzazione esprime la sua significatività. Se da un lato, l’annuncio del Vangelo non implica l’annullamento della differenza delle culture, ma cerca, attraverso una accoglienza attenta e critica, di far emergere le diversità come condizione per un progetto di dialogo e di riconciliazione; dall’altro, la comunicazione della fede deve essere capace di parlare attraverso le culture, per aiutare l’uomo e la storia a incontrare Cristo, ponendosi nell’ottica di una ricerca del senso e della verità che superi ogni particolarismo. Compito, questo, affascinante e insieme delicato e difficile se, come annotava Papa Paolo VI nella Evangelii Nuntiandi, il rapporto tra Vangelo e cultura è segnato sovente dalla drammaticità della separazione, se non, addirittura, da indifferenza e distanza (cfr. n. 20).

Lo stesso scenario culturale contemporaneo, caratterizzato dalla frammentazione dei valori, dal pluralismo ideologico e dal conseguente relativismo della questione della verità, stimola l’azione missionaria della Chiesa a compiere un ulteriore sforzo interpretativo, come ricorda Papa Giovanni Paolo II nella Fides et Ratio: “Una cosa tuttavia è fuori dubbio: le correnti che si richiamano alla post-modernità meritano un’adeguata attenzione. Secondo alcune di esse, infatti, il tempo delle certezze sarebbe irrimediabilmente passato, l’uomo dovrebbe ormai imparare a vivere in un orizzonte di totale assenza di senso, all’insegna del provvisorio e del fuggevole. Parecchi autori, nella loro critica demolitrice di ogni certezza, ignorando le necessarie distinzioni, contestano anche le certezze della fede” (n. 91).

Questo tempo della cosiddetta multiculturalità, dell’incontro-scontro con realtà differenti, con universi etici diversi, pone alcuni urgenti interrogativi all’Evangelizzazione. Come è possibile una convivenza con coloro che, in nome della globalizzazione, preferiscono gli spazi comodi e ristretti del relativismo culturale? Quale esigenza si cela dietro l’affermazione di identità culturali che si trasformano, qualche volta, in dichiarazioni di fondamentalismo e di intolleranza? Quale cristianesimo può e deve essere annunciato, testimoniato nell’incontro con le altre tradizioni religiose, senza cadere in facili irenismi e sincretismi? Un’autentica azione missionaria si esprime nella evangelizzazione delle culture e nell’incultu­razione della fede che “di fronte alle più diverse e talvolta contrapposte culture, presenti nelle varie parti del mondo, vuole essere un’obbedienza al comando di Cristo di predicare il Vangelo a tutte le genti sino agli estremi confini della terra. Una simile obbedienza non significa né sincretismo né semplice adattamento dell’annuncio evangelico” (Pastores dabo vobis, n. 55).

Tutto questo esige, allora, una modalità nuova di vivere la missionarietà della Chiesa, nell’orizzonte di una autentica interculturalità, intesa come incontro e dialogo con l’altro, nella consapevolezza che il Vangelo non si identifica con nessuna determinata cultura, ma che può e deve incarnarsi in ogni cultura, animandola dal di dentro. Si tratta di quel processo di incarnazione della fede nel quale il dare e il ricevere costituiscono la premessa perché l’annuncio cristiano sia credibile e capace di promuovere prospettive di salvezza e di sviluppo. “In questo incontro – ribadisce Giovanni Paolo II – le culture non solo non vengono private di nulla, ma sono anzi stimolate ad aprirsi al nuovo della verità evangelica per trarne incentivo verso ulteriori sviluppi” (Fides et Ratio, n. 71).

 

2. Qual è, allora, il ruolo e il compito che l’Università Urbaniana può offrire nell’oggi della Chiesa, che ha iniziato il suo terzo millennio, per una cultura al servizio della missionarietà?

In primo luogo, la nostra Università è per se stessa, il segno tangibile e visibile della ricchezza delle culture e della loro possibilità di scambio e di confronto. E’ questa la scuola nella quale imparare lo stile dell’ascolto e dell’accoglienza, e a saper individuare il senso dell’unità della fede nella diversità culturale. Lo studio, la ricerca, la condivisione di itinerari formativi devono produrre quell’atteggiamento di attenzione e di conversione culturale che, concretamente, significa saper assumere le domande delle culture, delle religioni, della storia per ripensarle alla luce della novità evangelica.

Mi sembra, al riguardo, quanto mai significativo questo beve passo delle “Istruzioni”, date da Propaganda Fide nel 1659 ai Vicari Apostolici dell’Indocina e della Cina: “Non mettete alcun zelo, non avanzate alcun argomento per convincere questi popoli a cambiare i loro riti, i loro costumi e le loro usanze, a meno che non siano evidentemente contrari alla religione e alla morale. Che c’è di più assurdo del trasportare tra i Cinesi la Francia, la Spagna, l’Italia o qualche altro Paese d’Europa? Non introducete da loro i nostri Paesi, ma la fede, questa fede che non respinge né ferisce i riti né gli usi di alcun popolo, purché non siano odiosi... Non fate mai paralleli tra gli usi di questi popoli e quelli dell’Europa, anzi, affrettatevi ad abituarvici” (Sacrae Congregationis de Propaganda Fide Memoria Rerum, Vol. 111/2, pp. 702-703).

In secondo luogo, la nostra Università deve favorire, attesa la sua specificità missionaria, una capacità sapienziale di integrazione tra fede e vita, tra cultura e Vangelo, nonché la ricerca di una dimensione spirituale della persona, operando criticamente contro i rischi della frammentazione del sapere e del relativismo. Inoltre, deve saper promuovere una spiritualità della comunione quale principio pedagogico ed educativo, senza la quale risulterebbe faticoso vivere la compagnia culturale della fede nel comune compito di edificazione del mondo e della storia (cf. Gaudium et Spes, n. 34).

Infine, proprio in virtù dell’originalità del Vangelo, l’azione missionaria della Chiesa “esperta in umanità”, è chiamata ad offrire ad ogni cultura il progetto di un umanesimo cristiano che la ricerca universitaria testimonia. E’ questa una delle forme di servizio missionario più urgente, soprattutto in risposta a quelle derive nichilistiche che sembrano non tenere in conto la centralità della persona umana, emarginandola dai processi economici e sociali. L’evangelizzazione, così, attraverso la inculturazione della fede diventa profezia di una cultura nuova, nella quale i valori del Regno di Dio sono al servizio di quelle attese di salvezza che si nascondono nelle domande e nelle aspirazioni di ogni uomo e di ogni cultura.

Il mio augurio per il 375° Anniversario della Fondazione del Collegio Urbano è che questa nostra Università Urbaniana, nel compito generale che la Congregazione per l’Evangelizzazione dei Popoli deve assolvere all’interno della Chiesa universale, sia palestra di interculturalità per prepararsi al compito di una evangelizzazione autentica, efficace e creativa, di una nuova missionarietà, capace di discernere i “segni dei tempi” (Gaudium et Spes, n. 4) e di essere gioioso annuncio di un dono che è per tutti e ognuno, in qualunque parte della terra si trovi e a qualunque popolo o cultura appartenga. E’ quanto auspica lo stesso Santo Padre nella Novo Millennio Ineunte: “Il cristianesimo ... restando pienamente se stesso, nella totale fedeltà all’annuncio evangelico e alla tradizione ecclesiale, porterà anche il volto delle tante culture e dei tanti popoli in cui è accolto e radicato. Della bellezza di questo volto pluriforme della Chiesa abbiamo particolar­mente goduto nell’Anno giubilare. E’ forse solo un inizio, un’icona appena abbozzata del futuro che lo Spirito di Dio ci prepara” (n. 40).

Dopo 375 anni siamo ancora in cammino. Ci attende forse un faticoso, ma certamente entusiasmante impegno nel rendere sempre più attuale il comando del Signore, che la nostra Università ha fatto proprio: “andate in tutto il mondo”.

E’ questa la storia della nostra Università, sarà questo il cammino che ci attende, fino a quando il Signore vorrà.

 

*  *  *

 

Au cours du Congrès marquant le 375ème anniversaire du Collège de l’Urbaniene, qui s’est tenu à l’Université Pontificale Urbanienne, du 27 au 29 novembre 2002, le Cardinal Crescenzio Sepe, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples et Grand Chancelier de l’Université, est intervenu sur La culture au service du caractère missionnaire de l’Église. Le Cardinal s’interroge sur le rôle et le devoir de l’Université Urbanienne pour permettre à la culture d’être mise au service du caractère missionnaire de l’Eglise, tout juste entrée dans son troisième millénaire, en une époque dite de multi-culturalité.

 

Cardinal Crescenzio Sepe, Prefect of the Congregation for the Evangelisation of Peoples, gave the opening address at a Congress to mark the 375th anniversary of the Collegio Urbano, which was held from 27th to 29th November 2002 at the Pontifical Urbaniana University, where he is the Grand Chancellor. Speaking of Culture at the service of mission, the Cardinal asked what the Urbaniana University’s role and task might be in a culture at the service of mission in the Church today, as it begins its Third Millennium in what is said to be a “multi-cultural” age.

 

En el Congreso con motivo del 375° aniversario del Colegio Urbano, celebrado en la Pontificia Universidad Urbaniana, del 27 al 29 de noviembre de 2002, intervino el Cardinal Crescenzio Sepe, Prefecto de la Congregación para la Evangelización de los pueblos y Gran Canciller de la Universidad. En su conferencia, titulada La cultura al servicio de la misión, el purpurado se pregunta acerca del papel y la tarea de la Universidad Urbaniana para ofrecer una cultura al servicio de la misión en el momento presente, a comienzos del III Milenio, bajo el signo de la multiculturalidad.

 


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