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Cardinal Paul Poupard, Les idées dépressives du monde contemporain

Cardinal Ivan Dias, The Missions in the Pontificate of Pope John Paul II

Francisco Javier Lozano, Promouvoir le dialogue des cultures

 

Summarium

 


 

 

LES IDÉES DÉPRESSIVES DU MONDE CONTEMPORAIN

 

XVIIIème Conférence internationale
du Conseil Pontifical pour la Pastorale de la Santé
Cité du Vatican – Salle du Synode, 13 novembre 2003

Paul Card. POUPARD
Président du Conseil Pontifical de la Culture
 

 

 

 

1. C’est pour moi une joie de venir partager avec vous quelques convictions du Conseil Pontifical de la Culture sur « Les idées dépressives du monde contemporain ». Mon point de vue bien sûr ne sera pas celui du médecin, du psychanalyste, ni du sociologue, mais celui de l’humaniste chrétien qui discerne, dans la culture dominante, de nombreux points de rupture où l’homme se retrouve en situation-limite et devient particulièrement vulnérable jusqu’à sombrer dans les symptômes divers de la dépression, où, de Prométhée en Sisyphe, la postmodernité semble s’engloutir en Narcisse.

Je vous salue très cordialement, Éminence, avec vos collaborateurs du Conseil Pontifical pour la Pastorale de la Santé. Le thème de « La dépression » mérite tristement la plus grande attention de la part de l’Église, et je souhaite que les travaux de cette XVIIIème Conférence internationale y contribuent.

 

2. Les médecins définissent la dépression comme « un trouble pathologique de l’humeur » qui se manifeste, entre autres, par une tristesse envahissante, des idées noires, le repli sur soi et l’obsession de la mort. La dépression est vécue comme une chute, l’expérience du vide qui ravage une vie et entraîne la glissade dans un gouffre. Le dépressif a le sentiment de ne plus pouvoir se battre, de se retrouver devant un abîme, d’être emporté par une lame de fond qui déstructure, broie et noie. Puis vient la peur, jusqu’à devenir terreur. Dans ses yeux, la lueur hagarde de celui qui a cru voir le néant. L’ennui le prend. La volonté l’abandonne. L’indifférence le fige. Plus rien n’a de sens, une nausée tenace l’envahit, jusqu’au désespoir et l’envie de mourir.

Ce drame intérieur qui atteint de trop nombreuses personnes, hommes et femmes, jeunes et adultes, riches et pauvres, artistes et grands de ce monde, tout autant que sportifs et humbles artisans, trouve sans nul doute dans la culture contemporaine des facteurs aggravants qui se traduisent dans les chiffres et les statistiques que vous savez et qui ne manquent pas de nous inquiéter. Tout se passe comme si la culture dominante provoquait chez nos contemporains – pour emprunter une image à la géologie – des failles au plus intime de leur être, puis une fêlure, enfin une crevasse entre des plaques d’identité qu’elle devrait conjoindre pour l’épanouissement des multiples potentialités qui nous habitent. Disjointes, ces « plaques » laissent se faufiler la dépression, porteuse de régression vers soi et d’agression vers l’autre, dans la dépréciation d’un idéal de vie et de ses valeurs qui structurent la personnalité.

Voici déjà dix ans notre ami Tony Anatrella, dans un essai roboratif, disait Non à la société dépressive, « menacée d’implosion, où l’individu, en l’absence de tout projet et de toute dimension extérieure à lui-même, se trouve ramené à sa seule subjectivité… Tête à tête destructeur entre une intériorité en crise et une vie pulsionnelle qui s’installe dans ses états premiers ; régression qui a aussi pour effet de dissoudre le lien social dans le mépris des racines de notre civilisation »[1]

 

3. La personne humaine, en effet, est riche d’une grande variété de dimensions, et c’est de leur épanouissement que naît la culture, source de la civilisation dans ses multiples éléments : « Au sens large – souligne le Concile Vatican II dans la Constitution pastorale sur L’Église dans le monde de ce tempsle mot "culture" désigne tout ce par quoi l’homme affine et développe les multiples capacités de son esprit et de son corps ; s’efforce de soumettre l’univers par la connaissance et le travail ; humanise la vie sociale, aussi bien la vie familiale que l’ensemble de la vie civile, grâce au progrès des mœurs et des institutions ; traduit, communique et conserve enfin dans ses oeuvres, au cours des temps, les grandes expériences spirituelles et les aspirations majeures de l’homme, afin qu’elles servent au progrès d’un grand nombre et même de tout le genre humain. » (Gaudium et spes, 53).

Il n’est de culture que de l’homme, par l’homme et pour l’homme. Le Document du Conseil Pontifical de la Culture, Pour une pastorale de la culture, le rappelle : « La culture est si naturelle à l’homme, que sa nature n’a de visage qu’accomplie dans sa culture »[2]. Il importe donc de discerner ce qui, dans la culture dominante, dénature l’homme et nuit à son épanouissement, « dans son intelligence et son affectivité, sa quête de sens et sa recherche du beau, ses repères éthiques et son ouverture à la transcendance ». Les contre-valeurs qui brisent l’harmonie d’une culture, foyer dans lequel les hommes et les peuples cultivent leur relation avec la nature et avec leurs frères, avec eux-mêmes et avec Dieu, sont les produits d’idées dépressives qui portent en germe la destruction de l’humanité de l’homme et la défigurent, au point de le rendre incapable de se reconnaître dans ce qu’il vit.

 

4. La vie humaine se réalise dans les différentes modalités de l’activité de l’homme. Exister, pour l’homme, n’est pas exister « simpliciter » : il est partout et tout ensemble homo faber et homo amicus, homo politicus et homo sapiens, et – nous en sommes tous convaincus – homo religiosus. Selon les philosophes, l’unité se prend, soit selon la forme, soit selon la fin. Nous le constatons, une personne humaine est parfaitement « unifiée » selon qu’elle est pleinement liée à sa fin, et non pas seulement du fait du sujet même qui agit. L’unité personnelle d’un être, ce par quoi il se reconnaît lui-même, conforme à ce qu’il tente de construire et qui fait de lui un être unique, original, différent des autres, se construit dans sa capacité à rejoindre la fin pour laquelle il s’est engagé dans un projet de vie. Ce seront donc les exigences du travail, de l’amitié, de la vie sociale et de l’intelligence, jointes à celles de l’aspiration vers la transcendance qui vont permettre à l’homme, inséré dans une culture – à condition, bien sûr, d’être réunies – d’unifier sa vie dans un épanouissement harmonieux des potentialités qui l’habitent. Si l’unité de la personne est celle de l’esprit, il va de soi que cet esprit en l’homme est incarné et ne se réalise que dans une dimension existentielle et non abstraite.

Inversement, la racine de la perte de l’unité personnelle se situe dans les idées dominantes de la culture actuelle qui tendent à déprécier le travail, à dénaturer les liens entre les hommes, tant dans l’amitié que dans la vie sociale, à enfermer le développement de l’intelligence dans une impasse, et à dérouter l’homme dans son cheminement vers Dieu. Ces idées, je les appellerai volontiers dépressives, car elles sont causes d’un éclatement dans les cultures, qui risque de placer les femmes et les hommes de notre temps dans ce que le philosophe Jaspers appelle « les situations-limites », profondément déstabilisantes et facteurs d’éclatement de la personnalité. Ce sont comme des murs qui se dressent devant nous sous l’influence des idées dépressives. Il faut, pour les abattre, force, persévérance et lucidité, avec l’aide de la grâce de Dieu. Mais il appartient aussi à l’Église de proposer une alternative à ces idées, dans une véritable pastorale de la culture inspirée de l’humanisme chrétien, lui-même nourri de l’Évangile.

 

5. L’homme est « primitivement » homo faber. La dimension du travail, la production d’œuvres belles et bonnes – kala kagata, disaient les anciens grecs –, de tout ce qui est utile à la vie quotidienne des individus et des peuples, est fondamentale pour la vie de l’homme et constitutive de sa nature. Nous le savons, c’est par le travail que l’homme entre en contact avec l’univers, qu’il « dialogue » avec la matière pour la connaître et la transformer, dans le respect de son ordre profond. Si l’œuvre produite dans le travail ne finalise pas l’homme au sens strict, nous voyons cependant que toutes les situations-limites vécues dans l’ordre du faire, ont les répercussions les plus grandes au niveau psychologique. C’est que le travail est l’activité la plus consciente de l’homme, qui constitue un conditionnement extrêmement fort, voire envahissant, du quotidien de nos vies. Comme le souligne le Pape Paul VI dans l’Encyclique Populorum progressio : « Dieu qui a doté l’homme d’intelligence, d’imagination et de sensibilité, lui a donné ainsi le moyen de parachever en quelque sorte son œuvre : qu’il soit artiste ou artisan, entrepreneur, ouvrier ou paysan, tout travailleur est un créateur… Bien plus, vécu en communion, dans l’espoir, la souffrance, l’ambition et la joie partagés, le travail unit les volontés, rapproche les esprits et soude les cœurs : en l’accomplissant les hommes se découvrent frères »[3]. Les échecs dans ce domaine auront, par conséquent, des répercussions importantes sur l’équilibre psychologique. Il s’agit donc de démasquer les idées dépressives de la culture dominante en ce domaine, qui conduisent à l’impasse et dénaturent la dimension humaine de l’activité artistique et du travail de l’homme.

Dans le domaine des arts proprement dits, il va de soi qu’une certaine conception d’un art sans valeur idéale, la promotion d’œuvres qui n’ont de sens que pour un public dont elles nourrissent l’imagination morbide en proposant à son regard l’exposition des zones les plus troubles de la psychologie d’hommes et de femmes désorbités, offrent un terrain favorable à la dépression. Dans sa Lettre aux artistes de Pâques 1999 que j’avais le joie de présenter à la presse internationale, le Pape Jean-Paul II, citant son compatriote Cyprian Norwid, affirme à sa suite : « La beauté est pour susciter l’enthousiasme dans le travail, le travail est pour renaître ». Il ne fait aucun doute qu’une symphonie de Beethoven, la Pietà de Michel-Ange et les Madones de Botticelli introduisent par la beauté dans un monde de sens. Mais à l’inverse, les œuvres contemporaines expressives d’une laideur qui salit, donnent à penser dans leur provocation qu’il n’y aurait de sens à rien et que l’abîme serait le principe et la fin de toutes choses. Ces déviances de l’art contemporain trouvent en partie leur origine dans la conception nietzschéenne du Sur-homme, idée dépressive s’il en est, car elle introduit dans le sentiment d’une identité créatrice absolue totalement illusoire. Il n’est, en effet, rien de plus déstabilisant que l’illusion insurmontable, source d’enfermement, et la tentation du sur-moi ouvre un abîme qui, tôt ou tard, provoque le vertige de qui a la naïveté de se croire dieu dans l’exaltation de se découvrir créateur.

 

6. L’activité du facere a aussi pour finalité l’amélioration des conditions de vie de l’homme. Le développement de l’industrie, conséquence des progrès de la technique, la mondialisation du commerce et de la finance internationale, la standardisation des produits portée par la capacité singulière des médias à répandre partout dans le vaste monde des modèles uniques qui n’ont souvent d’autre valeur que celle d’être rentables, sont autant de conséquences d’une conception dépressive de la société. Ce monde industrialisé promu par les ambitions économiques de quelques « puissants » au mépris des idées plus nobles du développement – « le nouveau nom de la paix », pour le dire avec Paul VI dans l’Encyclique Populorum progressio citée plus haut – et de la justice distributive – qui demande la répartition des richesses –, est la conséquence d’idées dépressives largement répandues dans la société moderne. Le Pape Jean-Paul II ne dit pas autre chose lorsqu’il dénonce les « structures de péché » : il s’agit bien du développement, voulu par certains, de structures gigantesques génératrices de « profits » gigantesques, au mépris total de la dignité humaine, qui n’ont d’autres conséquences que la déstructuration de la personne humaine, et ouvrent de véritables foyers de dépression. C’est tout le thème de l’Encyclique Laborem exercens déjà citée, où le Pape traite du « travail, clé de la question sociale » et offre une puissante analyse des idées dépressives du monde contemporain dans le domaine du travail humain, dénaturé dans son essence profonde par les « divers courants de la pensée matérialiste et économiste » (n. 7).

Un nouveau défi est apparu ces dernières années, que je me dois de relever. L’artisan, lorsqu’il produit son œuvre, travaille une matière dont il apprend un certain réalisme : il découvre le devenir inhérent aux « choses », l’ordre de la nature dont il n’est ni l’auteur ni le maître, et ce contact l’ennoblit tout en l’engageant dans la voie de l’humilité. Or nous le constatons avec une profonde tristesse, aujourd’hui un nombre non négligeable de scientifiques entend intervenir sur la vie, au mépris de l’ordre fondamental inscrit dans la nature, à tous les niveaux de ses différentes manifestations. Le but avoué est de « produire » des êtres humains par la technique du clonage. N’y a-t-il pas là l’une des idées dépressives les plus effrayantes que l’humanité ait jamais pu imaginer ? La tentation d’un surmoi absolu qui s’exprimerait pour le scientifique dans sa capacité à « fabriquer » l’être le plus parfait de l’univers, relève sans nul doute de l’ordre de la méta-tentation et ne peut, à long terme, que plonger l’humanité elle-même dans une dépression terrifiante : la vie ne serait plus le fruit d’un amour partagé et d’une liberté responsable. Que deviendrait la liberté de concevoir – qui est souvent la seule véritable richesse des plus pauvres – devant le « travail » de scientifiques préoccupés de « fabriquer » une race supérieure ? Il faudrait alors légiférer, limiter, et par conséquence attenter à cette liberté ? Plus que vers une impasse, c’est au bord d’un gouffre effrayant qu’une science dévoyée risque d’entraîner l’humanité.

 

7. L’homme est homo amicus. Capable d’entrer en relation avec son semblable, il découvre en lui une personne capable de partager avec lui « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses » de sa vie quotidienne. L’amitié se réalise dans un don personnel réciproque, basé sur le respect, la confiance et la fidélité. Elle permet l’échange de « secrets » dont le partage manifeste la communion entre deux êtres et scelle l’harmonie de leurs volontés. La mort de l’amitié – et la trahison du secret en est une –, l’incapacité de se faire des amis, qui enferme dans la solitude, les déviances des regards qui ne considèrent plus l’autre que comme objet de désir, toutes les maladies du non-amour qui se développent dans la culture dominante ne peuvent pas ne pas entraîner des conséquences dramatiques sur l’équilibre des personnes dont elles favorisent la dépression, les privant de cette amitié qui les finalise au sens propre. Là encore, nous pourrions nous référer aux Encycliques du Saint-Père : je pense plus particulièrement à Veritatis splendor, mais aussi à Evangelium vitae et à Fides et ratio, qui offrent des analyses approfondies des idées dépressives dans les différents domaines de la morale, de la conception de l’être humain et de la vie, de l’orientation de l’intelligence vers le vrai et de la volonté vers le bien.

La culture, ce milieu dans lequel nous nous développons comme personne humaine, conditionne inévitablement notre manière de percevoir l’autre. Le raffinement d’une éducation qui s’est développée au cours des siècles dans toute une société irriguée par les humanités gréco-latines et inspirée par l’Évangile, a produit des fruits remarquables dans la régulation des modes de vivre en société. L’éducation à la vertu, la présentation de modèles de courage et de fidélité – je pense à l’idéal grec d’Homère proposé aux jeunes générations à travers les personnages mythiques d’Ulysse et Antigone – et la conscience du bien à poursuivre et du mal à repousser sans faiblesse, donnent aux hommes et aux femmes de vivre dans une juste harmonie et d’entretenir des liens d’amour et d’amitié durables.

Au rebours, la philosophie sartrienne de « l’enfer, c’est l’autre », la vision psychanalytique freudienne qui réduit l’homme à ses pulsions, l’orchestration de campagnes de publicité qui exaltent le corps féminin dans un esthétisme trompeur artificiellement retouché, l’invitation pesante à la sexualité – souvent inavouée – dès un âge très précoce, alors que la personnalité du jeune n’est pas encore construite, sont autant d’idées dépressives de la culture du monde contemporain. Les ravages de feuilletons populaires qui se déversent à bas prix sur les chaînes de télévision, jusque dans les régions les plus reculées du vaste monde, sont bien le produit d’idées dépressives où le but recherché est de faire de l’argent au mépris total des valeurs qui donnent à l’homme de s’épanouir comme image et ressemblance de son Créateur et Père. L’audimat obstinément poursuivi se traduit par une exaltation exacerbée des sens. Le but avoué est d’exciter les concupiscences en poussant à l’extrême les limites que la société tolère, mais ne cesse de reculer sans cesse, l’intolérable de naguère devenant le banal aujourd’hui. Les effets sont dramatiques, vous les connaissez, je ne m’attarde pas à les décrire.

Je veux toutefois mettre en évidence les effets destructeurs de cette culture médiatique envahissante sur la famille, noyau fondamental de la société. Nous le constatons : la culture du monde contemporain est porteuse d’idées sur la famille qui conduisent à son éclatement, voire à sa destruction, ce qui n’est pas sans incidences sur la société. La double finalité du mariage, l’amour réciproque des époux et la procréation qui en est le fruit, est gravement remise en question par le développement de l’idéologie du « tout est permis » et d’une recherche « à tout prix » de l’épanouissement personnel. Selon les idées répandues, une femme ne trouvera son épanouissement que dans l’autonomie – en réalité illusoire – que lui donnera un métier poursuivi hors du foyer, et non dans l’émerveillement d’une maternité épanouie en famille et la passionnante éducation de « la chair de sa chair ». Nous le constatons : l’idée que seul le préservatif préserve efficacement du sida, non seulement est un raccourci honteux qui trompe sur la nature même de la sexualité humaine, mais empêche de poser la question fondamentale pour le plein épanouissement de l’homme : quel genre de relation introduit-il entre les personnes ? Une réflexion approfondie sur ce sujet ne manquerait pas d’y trouver une des idées dépressives les plus déstabilisantes de la culture dominante. Pour ce qui concerne les idées dépressives du monde contemporain qui mettent en péril le mariage et la famille, je me permets de vous renvoyer à un autre important document du Saint-Père, l’Exhortation apostolique Familiaris consortio, fruit du Synode des Évêques de 1980.

 

8. L’homo politicus est, lui aussi, sujet à des conceptions dépressives véhiculées par la culture moderne. Ce n’est pas le lieu d’aborder ici le vaste sujet de l’homme et la politique, mais chacun sait, de par le vaste monde, quelles situations d’injustice et de non-droit engendrent les idées machiavéliques qui règlent les systèmes politiques de nombreuses nations. Parmi les idées dépressives qui sont véhiculées dans le monde contemporain, certaines trouvent leur origine dans la manière dont sont traitées les personnes dans la société moderne. Il n’est pas sans signification que le Pape Jean-Paul II ait éprouvé le besoin d’écrire différentes Lettres adressées à des groupes de personnes qui sont sujettes, en raison des idées dépressives largement répandues, à des situations d’injustice et de non-respect de leur dignité. Ainsi, la Lettre aux familles du 2 février 1994, la Lettre aux enfants du 13 décembre 1994, la Lettre aux femmes du 29 juin 1995, la Lettre aux artistes du 4 avril 1999, et la Lettre aux personnes âgées du 1er octobre 1999. Je n’oublie pas non plus la Lettre aux prêtres du Jeudi Saint de cette année : les prêtres, comme l’ensemble des personnes consacrées, sont continuellement confrontés aux défis des idées dépressives, et les communautés chrétiennes doivent porter le souci de les aider à s’en protéger, au sein de nos sociétés individualisées.

 

9. L’homme est aussi homo scientificus. L’éclatement du savoir scientifique, la perte d’une Sagesse qui unifie les savoirs et les ordonne à l’homme, centre et sommet de la création, les tentations que j’ai relevées du sur-homme nietzschéen qui, à travers les progrès de la technique dans le domaine des sciences de la vie, ouvre des horizons lourds d’incertitude pour l’humanité, sont autant de situations génératrices d’idées dépressives. Dans le même temps, le drame de la séparation entre la foi et la raison engendre, dans ses conséquences néfastes, nombre d’idées dépressives particulièrement tenaces. « Le nihilisme a pris corps comme une conséquence de la crise du rationalisme. Philosophie du néant, il réussit à exercer sa fascination sur nos contemporains… Dans l’interprétation nihiliste, l’existence n’est qu’une occasion pour éprouver des sensations et faire des expériences dans lesquelles le primat revient à l’éphémère » (Fides et ratio, 46).

Le Concile Vatican II a réaffirmé la légitime autonomie des sciences dans le champ de la recherche qui leur est propre, et il a refusé à quiconque le droit de dicter de l’extérieur comment mener la recherche. L’unique limite est celle de la dignité de l’homme. En effet, les progrès des sciences contribuent à un progrès spectaculaire des techniques et donnent à l’homme un pouvoir dont l’usage ne va pas sans poser de graves questions. Comment en effet ne pas constater que le progrès dans nombre de nos connaissances est loin de s’accompagner toujours d’un égal progrès des valeurs morales. La science a une limite, mais elle ne lui est pas extérieure, bien au contraire, car il y va de la dignité de l’homme, l’homme qui est le sujet et la fin de toutes ses connaissan­ces. La science perd sa dignité de savoir humain lorsque ses progrès sont payés au prix du viol de la dignité humaine. Inverser la relation du savoir à l’homme, du savoir pour l’homme, signifierait retourner à la sombre et inhumaine expérience d’Auschwitz, où les médecins menaient des expérimentations sur des déportés, considérés dans la logique nazie comme des êtres inférieurs, et non plus comme des personnes. Devant la tentation des récents développements de la recherche biogénétique et les expérimentations de clonage d’embryons humains considérés comme de simples objets, il faut le redire : jamais ne pourra être reconnu véritable progrès ce qui réduit l’homme à un objet.

La culture de la vérité est sans nul doute l’anti-dépresseur de l’intelligence qui, pour être elle-même, se doit de retrouver son orientation fondamentale vers la vérité. C’est ce que développe le Saint-Père dans son Encyclique magistrale, Fides et ratio, tout en offrant une réflexion sur les racines mêmes des idées dépressives qui dénaturent et obscurcissent la raison. « Il ne faut pas oublier que dans la culture moderne, constate Jean-Paul II, le rôle même de la philosophie a fini par changer. De sagesse et de savoir universel qu’elle était, elle a été progressivement réduite à n’être qu’un des nombreux domaines du savoir humain, bien plus, par certains aspects, elle a été cantonnée dans un rôle totalement marginal. Entre temps, d’autres formes de rationalité se sont affirmées avec toujours plus de vigueur, mettant en évidence la marginalité du savoir philosophique. Au lieu d’être tournées vers la contemplation de la vérité et la recherche de la fin dernière et du sens de la vie, ces formes de rationalité tendent – ou au moins peuvent tendre – à être "une raison fonctionnelle" au service de fins utilitaristes, de possession ou de pouvoir. » Et se référant à sa première encyclique, Redemptor hominis du 4 mars 1979, le pape-philosophe fait remarquer les conséquences d’une telle déviance de la raison dans le domaine du travail : « L’homme d’aujourd’hui semble toujours menacé par ce qu’il fabrique, c’est-à-dire par le résultat du travail de ses mains, et plus encore du travail de son intelligence, des tendances de sa volonté. D’une manière trop rapide et souvent imprévisible, les fruits de cette activité multiforme de l’homme ne sont pas seulement et pas tant objet d’"aliénation", c’est-à-dire purement et simplement enlevés à celui qui les a produits ; mais, partiellement au moins, dans la ligne, même indirecte, de leurs effets, ces fruits se retournent contre l’homme lui-même ; ils sont dirigés ou peuvent être dirigés contre lui. C’est en cela que semble consister le chapitre principal du drame de l’existence humaine aujourd’hui, dans sa dimension la plus large et la plus universelle. L’homme, par conséquent, vit toujours davantage dans la peur. Il craint que ses productions, pas toutes naturellement ni dans leur majeure partie, mais quelques-unes et précisément celles qui contiennent une part spéciale de son génie et de sa créativité, puissent être retournées radicalement contre lui-même » (Fides et ratio, 47). Nous sommes bien là au fondement des idées dépressives du monde contemporain, où le cri nietzschéen de « la mort de Dieu » pose la question tragique de « la mort de l’homme ».

L’anthropologie postmoderne creuse un abîme dépressif sans précédent, de Michel Foucault à Claude Lévi-Strauss. Le premier propose d’acheminer l’homme vers un « sommeil anthropologique », qui, grâce à l’euthanasie structuraliste, pourrait devenir véritable « mort de l’homme »[4]. Et le second conclut sa tétralogie mythologique, non point, dit-il, comme Wagner, par le crépuscule des dieux, mais par le « crépuscule des hommes », avec le mot « rien »[5].

 

10. Vous le savez, l’étude de la non-croyance et de l’indifférence religieuse est une des tâches principales confiées par le Saint-Père au Conseil Pontifical de la Culture. C’est précisément sur ce thème que porteront les travaux de la prochaine Plenaria de ce Dicastère, en mars prochain. Nous le constatons, il n’est plus aujourd’hui de géographie précise de la non-croyance, comme le Mur de Berlin, de triste mémoire. Mais si les 300 réponses reçues à notre enquête préparatoire nous montrent l’athéisme militant en perte de vitesse et sans grande influence, elles soulignent aussi que se développe, surtout dans les cultures de tradition chrétienne, une attitude de mépris, d’hostilité et de dérision vis-à-vis de la religion – et surtout de la religion chrétienne – que véhiculent sans vergogne les puissants médias modernes.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une dilution du sentiment religieux dans une culture faussement aseptisée. Le Saint-Père, dans son Exhortation apostolique Ecclesia in Europa, met en garde le continent européen contre la tentation de « l’obscurcissement de l’espérance » en ces temps qui lui apparaissent comme « une époque d’égarement » (n. 7). Parmi les idées dépressives qui se présentent comme un défi à l’espérance chrétienne, comment ne pas s’interroger sur cette étrange faculté qui apparaît aujourd’hui en plein jour d’une totale amnésie des racines chrétiennes qui n’ont cessé et continuent de donner vie à une culture d’une prodigieuse fécondité, et l’aphasie dramatique d’intellectuels et de décideurs qui se réclament de l’humanisme, mais mutilent l’homme gravement, dans l’oubli de son origine et de son terme. Une addition de scepticismes ne peut structurer une existence. Et la culture qui rejette l’absolu en vient à absolutiser le relatif, tant il est vrai qu’une société d’incroyants ne peut se passer de croire. Le siècle passé a ainsi tragiquement idolâtré avec des conséquences mortifères la race, la classe, l’ethnie, la science. La culture dominante exacerbe la pulsion des désirs, la recherche des plaisirs, la poursuite de l’avoir, du savoir et du pouvoir. Mais privé de son ancrage en Dieu, l’homme créé à son image et ressemblance ne sait plus retrouver son visage en un miroir brisé. Chacun de ses éclats ne renvoie plus qu’une parcelle d’image. Les fragments sont pris pour le tout, dont la cohérence a volé en éclats. Qu’il s’agisse de l’économie, de la politique, de la famille et de la vie sociale, des médias, l’image incomplète que reflète chacun des fragments est réduite et comme blessée, ce qui entraîne un manque croissant de confiance de l’être humain à l’égard de sa propre humanité. La personne se fragilise, le tissu social se démaille, la nation se défait. Nous voyons dépérir des peuples qui regorgent de bien-être, mais qui n’ont plus d’être. La surévaluation du plaisir du sexe les prive de la joie irremplaçable de la paternité et de la maternité. Cette dissociation mortelle sur laquelle le Pape Paul VI a vainement essayé d’attirer l’attention distraite de la culture dominante, voici plus de 35 ans déjà, dans son Encyclique Humanae vitae, est sans doute la menace dépressive la plus dramatique de la culture hégémonique des pays nantis : « l’amour » sans enfants et des enfants sans amour. Nombre d’enfants aujourd’hui se meurent d’être orphelins. Ils ont désespérément besoin d’être aimés. Et ils s’immergent dans un océan d’images dont l’abondance dévastatrice les déstructure, en cette autre dissociation mortellement dépressive entre l’hypertrophie des moyens dont nous disposons et l’atrophie des fins que nous poursuivons.

 

11. L’homo religiosus. Chers Amis, les idées dépressives de la culture dans le monde contemporain sont légion, et elles se présentent à nous sous des aspects multiformes qui mettent en défi l’humanité de l’homme. Face au vide existentiel dans lequel ces idées introduisent, et pour affronter tous les conditionnements sans en être la victime, Viktor Frankl, le neurologue de Vienne, professeur à Harvard, Stanford, Pittsburgh et Dallas, mort à 92 ans en 1997, revendique, dans son livre trop oublié Le dieu inconscient, « le pouvoir de contestation de l’esprit ». Il part du principe que « l’exigence fondamentale de l’homme n’est ni l’épanouissement sexuel ni la valorisation de soi, mais la plénitude de sens »[6]. En cette affirmation lapidaire qui met à mal la philosophie dépressive de l’école freudienne, apparaît le problème de « la volonté de sens ». Les névroses qui hantent les recherches de certains psychologues et psychiatres et qui ouvrent si facilement le chemin de la dépression, sont avant tout l’expression d’un être frustré de sens et donc enclin au vertige du vide existentiel. L’homme moderne, en proie aux idées dépressives du monde contemporain, est touché au plus profond de lui-même en ses raisons de vivre. C’est là, au cœur de ses désirs, et jusqu’en ses détresses et ses frustrations existentielles, qu’il nous faut le rejoindre. Pour ce faire, le chemin de l’Évangile nous est offert, créateur de culture parce que porteur de la Vérité de l’homme, et de la Vérité sur l’homme, révélée par ce Dieu qui a pris visage d’homme en Jésus-Christ, fils de la Vierge Marie, pour nous partager l’amour du Père.

L’antidote aux idées dépressives de notre temps est la foi en Celui qui nous a dit : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». L’Évangile nous partage le secret de la joie que nous a apportée le Christ et qui nous donne de vivre les jours de la semaine avec un cœur endimanché.

La joie est le don de Dieu dont l’Église est porteuse pour nos cultures dépressives. « J’aime les prêtres, confie Julien Green dans son Journal, qui me viennent du Nouveau Testament avec la Bonne Nouvelle dans les yeux ». « La joie, écrivait Paul Claudel, c’est le premier et le dernier mot de l’Évangile »[7].

 

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The XVIII International Conference organised by the Pontifical Council for the Pastoral Assistance to Health Care Workers was held on the 13th of November 2003 in the New Hall of the Synod of Bishops. Cardinal Paul Poupard spoke on the theme Depressive Ideas in the Contemporary World, examining the major weaknesses of the dominant culture which trouble man in his different dimensions as homo faber, homo amicus, homo politicus, homo sapiens e homo religiosus. He concluded with the antidote to depressive ideas: He who is the way, the truth and the life.

Si è tenuto, il 13 novembre 2003, nell’Aula Nuova del Sinodo dei Vescovi la XVIII Conferenza Internazionale organizzata dal Pontificio Consiglio per la Pastorale degli Operatori Sanitari. E’ intervenuto il Cardinale Paul Poupard con una relazione su Le idee depressive del mondo contemporaneo, analizzando le grandi crepe della cultura dominante che rendono fragile l’uomo nella sua personalità: homo faber, homo amicus, homo politicus, homo sapiens e homo religiosus. Il Cardinale ha concluso che l’anti­doto alle idee depressive dei nostri tempi si trova in Colui chi è la via, la verità e la vita.

El 13 de noviembre de 2003 se celebró en el Aula Nueva del Sínodo de los Obispos la 18ª Conferencia Internacional, organizada por el Consejo Pontificio para la Pastoral de los Agentes Sanitarios. En ella intervino el Cardenal Paul Poupard con una relación sobre Las ideas depresivas del mundo contemporáneo. En ella, pasa revista a las grandes fracturas de la cultura dominante que debilitan al hombre en las diferentes dimensiones de su personalidad, como homo faber, homo amicus, homo politicus, homo sapiens y homo religiosus. Concluye afirmando que el antídoto a las ideas depresivas de nuestro tiempo se halla en Aquel que es el camino, la verdad y la vida.

 


 

[1] Flammarion, 1993.

[2] Conseil Pontifical de la Culture, Pour une pastorale de la culture, Pentecôte 1999, n. 2.

[3] Paul VI, Populorum progressio, Pâques 1967, n. 27; cf. Jean-Paul II, Laborem Exercens, 14 septembre 1981, n. 4-10.

[4] Michel Foucault, Les mots et les choses, Gallimard, 1966.

[5] Claude Lévi-Strauss, L’homme nu, Plon, 1971.

[6] Viktor Frankl, Le dieu inconscient, Coll. Religion et sciences de l’homme, Éditions du Centurion, 1975, p. 92-93.

[7] Cf. Paul Poupard, Le christianisme à l’aube du IIIème millénaire, III : L’avenir est à l’espérance, Plon-Mame, 1999, p. 248.

 

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THE MISSIONS IN THE PONTIFICATE OF POPE JOHN PAUL II

 

Meeting organised by the College of Cardinals
for the 25th anniversary of the Pontificate of the Holy Father
Vatican City, October 18, 2003
 

Ivan Card. DIAS
Archbishop of Bombay, India
 

 

[…] Inculturation is the continuation of the mystery of the Incarnation, whereby “the Word became flesh and dwelt among us”.1 Genuine inculturation makes the Gospel “take flesh” in diverse cultures, so that the Christian faith can be expressed in and through them. It is a challenge for the Church to evangelize cultures and to inculturate the Gospel, being aware that “the presence and activity of the Holy Spirit, who is the prime agent of evangelization, affect not only individuals, but also society and history, peoples, cultures and religions… It is the Spirit who sows the seeds of the Word present in various customs and cultures, preparing them for full maturity in Christ”.2 This is an important observation which echoes what Jesus asserted very solemnly: “I have come not to abolish (the law and the prophets) but to bring them to fulfilment”3, i.e. to full maturity.

Pope John Paul II has often insisted on this theme in his magisterium and during his pastoral visits, because he considers inculturation “an urgent priority in the life of the particular Churches”.4 He spoke of it in the encyclical Slavorum Apostoli5 where Saints Cyril and Methodius were hailed as the pioneers of a well conducted inculturation among the Slav peoples. He touched on it in the post-synodal exhortations Ecclesia in Africa6, Ecclesia in Asia7 and Ecclesia in Oceania8 and clearly outlined the concept of inculturation as a continuation of the mystery of the Incarnation and Redemption. For the Gospel to “take flesh” in various cultures the Church has a two-fold approach: “It transmits to them its own values, at the same time it takes the good elements which already exist in them and renews them from within”.9 Like in the parable of the sower, the Gospel seed puts deep roots in a given culture after absorbing elements agreable to its nature from the soil where it is planted, and then puts out shoots, branches and leaves, and finally produces fruit depending to the quality of the soil and the favourable or adverse conditions which surround it.10 The Pope encourages theologians to “develop an inculturated theology, specially in the area of Christology… in faithfulness to the Scriptures and to the Church’s Tradition, in sincere adherence to the Magisterium and with an awareness of pastoral realities… with a view to strengthening people’s faith. The test of true inculturation is whether people become more committed to their Christian faith because they perceive it more clearly with the eyes of their own culture”.11 Inculturation thus becomes a faith expression of a given culture, and a cultural expression of the Christian faith.

Inculturation is a very useful and necessary instrument for evangelization, especially in countries receiving the first Gospel proclamation, in order to avoid the risk that Christianity there be reduced to a sort of stunted “bonsai” and be considered alien or even an intruder to the local culture. The Church enriches itself everytime the Gospel “takes flesh” in a given culture and absorbs its wholesome values. It becomes indeed a “sponsa ornata monilibus suis” a “spouse bedecked with her precious jewels”.12 […]

*  *  *

Dans son ample intervention au Congrès organisé par le Collège des Cardinaux pour le 25ème anniversaire du Pontificat de Jean-Paul II, le 18 octobre 2003, le Cardinal Ivan Dias, Archevêque de Bombay, en Inde, Membre du Conseil Pontifical de la Culture, consacre un chapitre à l’inculturation. Puisqu’il s’agit de la continuation du mystère de l’Incarnation, l’inculturation de l’Évangile et l’évangélisation des cultures sont une priorité dans la mission de l’Église.

Nel suo ampio intervento al Convegno promosso dal Collegio Cardinalizio per il XXV del Pontificato del Santo Padre, il 18 ottobre 2003, il Cardinale Ivan Dias, Arcivescovo di Bombay, India, Membro del Pontifico Consiglio della Cultura, dedica un capitolo all’inculturazione. Poiché si tratta della continuazione del mistero dell’Incarnazione, l’inculturazione del Vangelo e l’evangelizzazione delle culture rappresentano una priorità nella missione della Chiesa.

En su amplia intervención en el Congreso promovido por el Colegio Cardenalicio con motivo del XXV aniversario del Pontificado del Santo Padre, el pasado 18 de octubre de 2003, el Cardenal Ivan Dias, Arzobispo de Bombay, India, y Miembro del Consejo Pontificio de la Cultura, dedica un capítulo a la inculturación. Puesto que se trata de la continuación del misterio de la Encarnación, la inculturación del Evangelio y la evangelización de las culturas representan una prioridad para la misión de la Iglesia.

 


 

1 Jn 1:14.

2 Redemptoris Missio, 28.

3 Mt 5:17.

4 Ecclesia in Africa, 49.

5 n. 9-13.

6 n. 55-67.

7 n. 20-22.

8 n. 16.

9 Redemptoris Missio, 52; Ecclesia in Africa, 50.

10 Mt 13:3-23.

11 Ecclesia in Asia, 21.

12 Cfr. Is 61,10.

 

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PROMOUVOIR LE DIALOGUE DES CULTURES

 

Conseil de l’Europe – Intervention à la Conférence
des Ministres européens responsables des Affaires culturelles
Opatija, Croatie, 20 Octobre 2003
 

Francisco Javier LOZANO

Nonce apostolique en Croatie

 

 

Nous sommes ici réunis parce que nous croyons à l’importance des réalités culturelles de l’homme, des communautés humaines, des peuples et des Nations. Les convictions qui nous rassemblent sont notre foi en l’homme, dont le propre est d’exprimer le meilleur de lui-même dans une culture et de participer ainsi à la construction d’un monde plus juste et plus vrai, parce que plus humain. Nous croyons au dialogue des cultures et nous sommes convaincus de son importance : en effet, c’est l’homme – tout homme et tous les hommes – qui se trouve enrichi quand il s’ouvre à la rencontre des autres et de leurs différences, et qu’il accueille des expressions culturelles autres que celles de sa culture d’origine.

Le tragique commencement du nouveau millénaire nous montre à l’évidence les dangers des replis identitaires, et il invite les ministres en charge des affaires culturelles – c’est le grand mérite du projet que nous discutons – à développer une culture du dialogue entre les civilisations, dans tous les domaines de la culture.

Comme vous le savez, le Pape Jean-Paul II ne cesse, depuis le début de son Pontificat, de parcourir le monde en invitant les hommes au dialogue et à la paix, au respect de la liberté de conscience et au partage des richesses de l’esprit. Sa remarquable initiative des Rencontres interreligieuses pour la paix, qui se sont déroulées à Assise, manifeste bien le rôle des religions au sein de la société civile pour l’édification d’un monde meilleur, monde de paix, de justice et de concorde entre les peuples.

A la suite du Pape Jean-Paul II et de son Exhortation apostolique post-synodale sur l’Europe, ma délégation voudrait redire devant cette noble assemblée la conviction du Saint-Siège : « Un bon ordonnancement de la société doit s’enraciner dans d’authentiques valeurs éthiques et civiques, partagées le plus possible par les citoyens, en notant que de telles valeurs constituent avant tout le patrimoine des divers corps sociaux. Il est important que les Institutions et les États reconnaissent que, parmi ces corps sociaux, il y a aussi les Églises et Communautés ecclésiales, ainsi que les autres organisations religieuses. A plus forte raison, quand elles existent déjà avant la fondation des nations européennes, elles ne sont pas réductibles à de simples entités privées, mais elles agissent avec un poids institutionnel spécifique, qui mérite d’être sérieusement pris en considération. Dans le déroulement de leurs activités, les différentes Institutions étatiques ou européennes doivent agir en sachant que leurs systèmes juridiques ne seront pleinement respectueux de la démocratie que s’ils prévoient des formes de saine collaboration avec les Églises et les Organisations religieuses » (Ecclesia in Europa, 114).

La Déclaration que nous sommes sur le point d’adopter s’intéressant justement au dialogue interculturel et à sa dimension religieuse, je voudrais attirer l’attention de l’assemblée sur le nécessaire dialogue entre les institutions civiles et les différentes religions.

En particulier, le Saint-Siège souhaiterait vivement que soit maintenue une nécessaire collaboration avec les représentants des religions pour une présentation juste et équilibrée de celles-ci dans les programmes d’éducation. On peut imaginer quels seraient, sur les jeunes générations, les effets nocifs d’une présentation orientée ou dévalorisante des religions,

Le Saint-Siège, par les multiples activités éducatives et culturelles de l’Église catholique, est heureux de collaborer avec les États membres de la Convention culturelle européenne et toujours prêt à le faire pour la réussite d’une convivialité respectueuse des hommes et des femmes, croyants et incroyants.

 

*  *  *

At the Meeting of European Ministers Charged with Cultural Affairs, held in Opatija, Croatia, from the 20th to the 22nd of October 2003, His Excellency Francisco Javier Lozano, Apostolic Nuncio to Croatia, headed the delegation of the Holy See. In his speech he underlined the importance of the cultural settings for communities, people and nations, encouraging dialogue between cultures, as there are many merits in welcoming and learning cultural expressions which are different from those of one’s own culture.

All’Incontro dei Ministri europei incaricati degli Affari culturali, tenutosi a Opatija, Croazia, dal 20 al 22 ottobre 2003, è intervenuto con una relazione S.E.R. Mons. Francisco Javier Lozano, Nunzio Apostolico in Croazia, capo della delega­zione della Santa Sede. Mons. Lozano ha sottolineato l’importanza della realtà culturale dell’uomo, delle comunità degli uomini, dei popoli e delle nazioni, sollecitando il dialogo tra le culture, in quanto ogni persona diventa più ricca accogliendo le espressioni culturali diverse da quelle della propria cultura.

En el Encuentro de Ministros Europeos Encargados de los Asuntos Culturales, celebrado en Opatija, Croacia, del 20 al 22 de octubre, S.E.R. Mons. Francisco Javier Lozano, Nuncio Apostólico en Croacia y jefe de la delegación de la Santa Sede. En su conferencia, destacó la importancia de las realidades culturales de los hombres, de los pueblos y de las naciones, invitando al diálogo entre las culturas, ya que la persona se enriquece acogiendo expresiones culturales diferentes de la propia cultura.

 


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