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  JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 5 mai 1993

 

 

La mission des prêtres dans le ministère sacramentel de sanctification

(Mt 28, 16-20)

 

1. En parlant de la mission évangélisatrice des prêtres, nous avons déjà vu que, dans les Sacrements et à travers les Sacrements, il est possible de donner aux fidèles une instruction méthodique et efficace sur la Parole de Dieu et sur le mystère du salut. En effet, la mission d’évangélisation du prêtre est essentiellement liée au ministère de sanctification par le moyen des sacrements (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 893).

Le ministère de la Parole ne peut s’arrêter au seul effet immédiat propre à la parole. L’évangélisation est le premier de ces “ labeurs apostoliques ” qui, selon le Concile, “ visent à ce que tous, devenus enfants de Dieu par la foi et le baptême, se réunissent en assemblée, louent Dieu au sein de l’Église, prennent part au sacrifice et mangent la Cène du Seigneur ” (Sacrosanctum Concilium, 10). Et le Synode des évêques de 1971 affirmait que “ le ministère de la Parole, s’il est correctement compris, mène aux sacrements et à la vie chrétienne, telle qu’elle est vécue en pratique dans la communauté visible de l’Église et dans le monde ” (cf. Le sacerdoce ministériel, II, I, 1, b : SMME 590 ; Ench. Vat., 4, 1179).

Toute tentative de réduire le ministère sacerdotal à la seule prédication ou à l’enseignement méconnaîtrait un aspect fondamental de ce ministère. Déjà, le Concile de Trente avait repoussé la proposition de faire consister le sacerdoce dans le seul ministère de la prédication de l’Évangile (cf. Denz.-S., 1771 ; FCC 9296). Étant donné que certains, récemment encore, ont exalté d’une manière trop unilatérale le ministère de la Parole, le Synode des évêques de 1971 a souligné l’alliance indissoluble entre Parole et Sacrements. “ En effet, dit le Synode, les sacrements sont célébrés en lien avec la proclamation de la Parole de Dieu et développent ainsi la foi, en la fortifiant par la grâce. Aussi les sacrements ne peuvent-ils pas être sous-évalués parce que, grâce à eux, la Parole atteint son plus plein effet, c’est-à-dire la communion au mystère du Christ ” (cf. Le sacerdoce ministériel, ivi : Ench. Vat., 4, 1180).

2. Sur ce caractère unitaire de la mission d’évangélisation et du ministère sacramentel, le Synode de 1971 n’a pas hésité à dire qu’une division entre l’évangélisation et la célébration des Sacrements “ diviserait le cœur de l’Église elle-même, jusqu’à mettre la foi en péril ” (cf. Le sacerdoce ministériel, ivi ; Ench. Vat., 4, 1181).

Le Synode reconnaît cependant que, dans l’application concrète du principe d’unité, il peut y avoir des modalités diverses pour chaque prêtre, “ étant donné que l’exercice du ministère sacerdotal doit souvent assumer, dans la pratique, des formes diverses, afin de mieux répondre aux situations particulières ou nouvelles dans lesquelles il faut annoncer l’Évangile ” (cf. Le sacerdoce ministériel, ivi ; Ench. Vat., 4, 1182).

Une sage application du principe d’unité doit également tenir compte des charismes que chaque prêtre a reçus. Si certains ont des talents particuliers pour la prédication ou l’enseignement, il faut qu’ils les utilisent pour le bien de l’Église. Il est utile de rappeler ici le cas de saint Paul qui, tout en étant convaincu de la nécessité du Baptême et après avoir aussi administré parfois ce sacrement, se considérait néanmoins comme envoyé pour la prédication de l’Évangile et consacrait ses énergies surtout à cette forme de ministère (cf. 1 Co 1, 14. 17). Mais, dans sa prédication, il ne perdait pas de vue l’œuvre essentielle d’édification de la communauté (cf. 1 Co 3, 10), à laquelle la prédication doit servir.

Cela veut dire que, aujourd’hui encore, comme toujours dans l’histoire du ministère pastoral, la répartition du travail pourra porter à mettre l’accent sur la prédication ou sur le culte et les Sacrements, selon les capacités des personnes et l’évaluation des situations. Mais on ne peut mettre en doute que, pour les prêtres, la prédication et l’enseignement, même aux plus hauts niveaux académiques et scientifiques, doivent toujours conserver une finalité de service envers le ministère de sanctification par le moyen des Sacrements.

 3. De toute façon, l’importante mission de sanctification confiée aux prêtres est hors de cause, et c’est surtout dans le ministère du culte et des sacrements qu’ils peuvent l’accomplir. Il ne fait pas de doute que c’est une œuvre accomplie avant tout par le Christ, comme le soulignait le Synode de 1971 : “ Le salut qui se réalise à travers les Sacrements ne vient pas de nous mais descend de Dieu, et cela montre le primat de l’action du Christ, unique Prêtre et Médiateur, dans son Corps, qui est l’Église ” (cf. Le sacerdoce ministériel, II, I, 1d : SMME 593 ; Ench. Vat., 4, 1187 ; cf. aussi l’exhort. apost. Pastores dabo vobis, 12). Cependant, dans l’actuelle économie du salut, le Christ se sert du ministère des prêtres pour réaliser la sanctification des croyants (cf. Presbyterorum ordinis, 5). Agissant au nom du Christ, le prêtre atteint l’efficacité de l’action sacramentelle par le moyen du Saint-Esprit, Esprit du Christ, principe et source de la sainteté de la “ vie nouvelle ”.

La vie nouvelle que, par le moyen des Sacrements, le prêtre suscite, nourrit, restaure et fait grandir, est une vie de foi, d’espérance et d’amour. La foi est le don divin fondamental : “ On déduit clairement de cela la grande importance de la préparation et de la disposition à la foi pour celui qui reçoit les Sacrements ; on comprend aussi dès lors la nécessité du témoignage de la foi que donne le prêtre par toute sa vie, mais surtout par la manière d’évaluer et de célébrer les Sacrements eux-mêmes ” (cf. Le sacerdoce ministériel, II, I, 1d : SMME 593 ; Ench. Vat., 4, 1188).

La foi communiquée par le Christ par le moyen des sacrements s’accompagne immanquablement d’une “ vivante espérance ” (1 P 1, 3) qui infuse dans l’âme des fidèles un puissant dynamisme de vie spirituelle, un élan vers “ les choses d’en haut ” (Col 3, 1-2). Par ailleurs, la foi “ opère par la charité ” (Ga 5, 6), cet amour de charité qui jaillit du cœur du Sauveur et ruisselle dans les sacrements pour se propager ensuite à toute l’existence chrétienne.

4. Le ministère sacramentel des prêtres est donc doté d’une fécondité divine. Le Concile l’a bien rappelé.

Ainsi, par le baptême, les prêtres “ introduisent les hommes dans le Peuple de Dieu ” (PO, 5) : et ils sont donc responsables, non seulement d’une digne exécution du rite, mais aussi de sa bonne préparation, par la formation des adultes à la foi et, pour les enfants, par l’éducation de la famille afin qu’elle coopère à l’événement.

En outre, “ dans l’esprit du Christ Pasteur, qu’ils enseignent également à soumettre d’un cœur contrit ses péchés à l’Église, dans le sacrement de la Pénitence, pour pouvoir ainsi se convertir au Seigneur, davantage chaque jour, se souvenant de ses paroles : “Repentez-vous, car le Royaume des cieux est proche” (Mt 4, 17) ” (PO, 5). C’est pourquoi les prêtres doivent, eux aussi vivre personnellement dans l’attitude d’hommes qui reconnaissent leurs propres péchés et leur besoin de pardon, en communion d’humilité et de pénitence avec les fidèles. Ils pourront ainsi manifester plus efficacement la grandeur de la miséricorde divine et donner un réconfort céleste, en même temps que le pardon, à ceux qui se sentent oppressés par le poids de leurs fautes.

Dans le sacrement du Mariage, le prêtre est présent comme responsable de la célébration, en témoignant la foi et en accueillant le consentement de la part de Dieu, qu’il représente comme ministre de l’Église. Il participe ainsi profondément et de manière vitale, non seulement au rite, mais à la dimension la plus profonde du sacrement.

Et enfin, par l’Onction des malades, les prêtres “ soulagent les malades ” (PO, 5). C’est une mission prévue par saint Jacques qui enseignait dans sa Lettre : “ Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les presbytres de l’Église et qu’ils prient sur lui après l’avoir oint d’huile au nom du Seigneur ” (Jc 5, 14). Sachant donc que le sacrement de l’Onction est destiné à “ soulager ” et à apporter purification et force spirituelles, le prêtre sera sensible au besoin de s’engager à faire en sorte que sa présence transmette au malade la compassion efficace du Christ et rende témoignage à la bonté de Jésus pour les malades, auxquels il a consacré une si grande partie de sa mission évangélique.

 5. Ce discours sur les dispositions avec lesquelles on doit tâcher de s’approcher des Sacrements, en les célébrant avec conscience et esprit de foi, sera complété dans les catéchèses que, s’il plaît à Dieu, nous consacrerons aux Sacrements. Dans nos prochaines catéchèses, nous traiterons un autre aspect de la mission des prêtres dans le ministère sacramentel : le culte de Dieu, qui s’accomplit spécialement dans l’Eucharistie. Disons dès maintenant que c’est là l’élément le plus important de sa fonction ecclésiale, la raison principale de son ordination, et le but qui donne sens et joie à sa vie.

 

 

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