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23 - 13.10.2009
RÉSUMÉ
-
TREIZIÈME CONGRÉGATION GÉNÉRALE (MARDI 13 OCTOBRE 2009, MATIN) -
CONTINUATION
-
QUATORZIÈME CONGRÉGATION GÉNÉRALE (MARDI 13 OCTOBRE 2009,
APRÈS-MIDI)
- DON DU SAINT-PÈRE
TREIZIÈME CONGRÉGATION GÉNÉRALE (MARDI 13 OCTOBRE 2009, MATIN) -
CONTINUATION
Nous publions, ci-dessous, le résumé de l’intervention d’un Père
synodal parvenu après la fermeture du Bulletin n. 22 de ce matin.
- S.Exc. Mgr Zygmunt ZIMOWSKI, Archevêque-Évêque émérite de Radom,
Président du Conseil pontifical pour la Pastorale des Services de la
Santé (CITÉ DU VATICAN)
1. Bien que, comme l’a affirmé le Saint-Père Benoît XVI dans
l’homélie de la Messe d’ouverture du Synode: “Dieu est le Créateur
et la source de la vie”, la vie est aujourd’hui mise à dure épreuve
comme valeur par les politiques de la santé reproductive. Par
conséquent, les Évêques et les Églises locales sont invités à faire
entendre la voix de l’Église sur les thèmes relatifs à la vie de sa
conception à son terme naturel.
2. En Afrique, de nombreuses religions coexistent: des religions
traditionnelles africaines aux grandes religions monothéistes, elles
influencent toutes ensemble les cultures africaines. Au cours des
dernières décennies, l’engagement conjoint des différentes
confessions religieuses pour affronter ensemble certains grands
problèmes de santé comme celui du Sida, de la malaria et de la
tuberculose, constituent le témoignage de l’œcuménisme des œuvres
qui est particulièrement fécond dans le secteur de la santé.
3. De par leur nature même d’œuvres de l’Église, les institutions
sanitaires promeuvent la santé au travers du respect du droit à sa
protection, de la garantie de justice et d’équité dans l’accès aux
soins, en particulier pour les malades du Sida.
4. Tout en prenant les distances des pratiques de guérison fausses
et illusoires, l’Église en Afrique est appelée à redécouvrir le
riche patrimoine spirituel, doctrinal et sacramentel de l’Église en
matière de guérison spirituelle qui se base sur la prière et sur les
Sacrements.
5. La médecine traditionnelle est l’un des patrimoines importants
des cultures africaines. Elle a un coût inférieur à la médecine
moderne et, étant proche de la population, elle est fréquemment
utilisée. Il est demandé aux Évêques de faire preuve de discernement
pour distinguer les bonnes pratiques des mauvaises et d’encourager
les études scientifiques sur la médecine traditionnelle au sein des
institutions catholiques.
6. Nombre de services sanitaires de l’Église en Afrique sont
reconnus et utilisés pour leur importance, mais souffrent des
pressions idéologiques de la mondialisation et de la sécularisation
avec l’évidente diminution des aides financières qui peuvent les
mettre au bord de la faillite.
7. Le Saint-Père Benoît XVI résume la spécificité du service que
l’Église rend au malade en ces termes: «La santé de l’homme, de tout
homme, a été le signe que le Christ a choisi pour manifester la
proximité de Dieu, son amour miséricordieux qui guérit l’esprit,
l’âme et le corps. Chers amis, que cela soit toujours la référence
fondamentale de chacune de vos initiatives: se mettre à la suite du
Christ, que les Évangiles nous présentent comme “médecin” divin».
(Benoît XVI, Discours aux participants à l’Assemblée plénière du
Conseil Pontifical pour la Pastorale des Services de la Santé,
2007).
[00277-03.04] [IN178] [Texte original: italien]
QUATORZIÈME CONGRÉGATION GÉNÉRALE (MARDI 13 OCTOBRE
2009, APRÈS-MIDI)
- RELATIO POST DISCEPTATIONEM
Aujourd’hui, mardi 13 octobre 2009, à 16h30, avec la prière Adsumus,
guidée par le Saint-Père, a débuté la Quatorzième Congrégation
générale pour la Relatio post disceptationem (Rapport après la débat
général).
Le Président délégué du jour était S.Ém. le Card. Francis ARINZE,
Préfet émérite de la Congrégation pour le Culte divin et la
Discipline des Sacrements (CITÉ DU VATICAN).
Au cours de l’intervalle, le Saint-Père Benoît XVI a reçu en
audience les Carrefours Gallicus E et Lusitanus.
À cette Congrégation générale qui s’est conclue à 19h00 avec la
prière de l’Angelus Domini, étaient présents 223 Pères.
RELATIO POST DISCEPTATIONEM
Lors de cette Quatorzième Congrégation générale, est intervenu le
Rapporteur général, S.Ém. le Card. Peter Kodwo Appiah TURKSON,
Archevêque de Cape Coast (GHANA), pour la lecture de la Relatio post
disceptationem (Rapport après le débat gnénéral). Dans le cadre de
son second rapport, en conclusion du débat général en salle sur le
thème synodal, le Rapporteur général a fait une synthèse des
différentes interventions qui se sont succédées au cours de ces
derniers jours au sein des Congrégations générales et a offert
quelques lignes directrices afin de faciliter les travaux des
Carrefours.
Nous publions, ci-dessous, le texte intégral.
INTRODUCTION
La Deuxième Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour l’Afrique
offre une occasion unique pour approfondir la compréhension de
l’Église comme Famille de Dieu et pour réfléchir sur sa mission
actuelle en Afrique et dans les îles adjacentes. En ce sens, il est
souhaitable que la référence à «l’Église en Afrique» dans le thème
du Synode s’explicite de la manière suivante: «L’Église-Famille de
Dieu en Afrique».
Lorsque le Serviteur de Dieu, Jean-Paul II, dans son discernement
apostolique, reconnut que le temps était mûr pour qu’on passe de la
mise en application d’Ecclesia in Africa à la convocation d’un
second Synode pour l’Afrique, il fit de nouveau référence aux
«ombres et lumières» du continent et des îles adjacentes, pour
exhorter le continent à un effort de collaboration et à la
fortification de sa foi en Christ. «…L’Afrique, disait-il, est
toujours confrontée à de terribles fléaux tels que les conflits
armés, la pauvreté persistante, les maladies et leurs conséquences
dévastatrices, à commencer par le drame social du sida, l’insécurité
diffuse et enfin la corruption présente dans de nombreuses régions.
Tout cela affaiblit l’Afrique, épuise ses énergies, décime ses
nouvelles générations et hypothèque son avenir. Pour construire une
société prospère et stable, l’Afrique a besoin de tous ses enfants
et de leurs efforts conjoints […] Puisse la future Assemblée
spéciale du Synode des Évêques pour l’Afrique, favoriser aussi un
affermissement de la foi dans le Christ Sauveur, notre authentique
réconciliation».[1]
Voici la «future Assemble Spéciale pour l’Afrique», grâce à sa
Sainteté le Pape Benoît XVI, qui confirma gracieusement le projet de
son prédécesseur et en formula le thème.[2]
Recensant les lieux et réflexions sur les «ombres et lumières», tels
qu’exprimés par les pères synodaux, nous les considèrerons comme des
défis et des occasions pour la conversion, à la lumière de la foi en
Christ, que le premier Synode appela «notre espérance et notre
résurrection». La transformation de ces «ombres et lumières» en
Christ devrait nous conduire à la fortification de notre foi en
Christ, notre sauveur, notre réconciliation, et notre justice et
paix (Inst. Lab. 46)
RÉUNIS ENCORE EN ASSEMBLÉE SPÉCIALE DU SYNODE DES ÉVÊQUES POUR
L’AFRIQUE
Il est évident que la plupart des participants de notre assemblée
sont Africains ou en relation avec l’Afrique. Mais cela ne doit pas
nous dévier du ou diminuer le véritable caractère universel de notre
rassemblement et de cet exercice collégial. C’est un exercice de
communion ecclésiale; et on l’a rappelé à notre assemblée à
plusieurs reprises. Donc, ce Synode, comme tout Synode, célèbre le
lien étroit et la communion entre le Pontife suprême et les évêques,
assiste l’évêque de Rome dans sa mission universelle; et avec le
Saint-Père, il étudie et réfléchit sur les problèmes et questions
relatifs aux activités de l’Église dans le monde. Ainsi, que l’on
soit présent pour prier avec le Saint-Père et les pères synodaux et
exprimer ses vues ou que l’on soit absent, mais unis par la pensée
et la prière avec l’Assemblée du Synode, c’est l’Église universelle
qui est rassemblée en Synode sur sa présence en Afrique (L’Église en
Afrique). C’est un exercice de la famille universelle de Dieu et du
Corps Mystique … faisant communauté et partageant une vie commune en
Christ. Ce n’est donc pas une affaire exclusivement africaine avec
des participants non-africains. C’est plutôt l’Église universelle en
discernement sur la manière de garder sain l’énorme poumon spirituel
de l’Afrique pour l’humanité (Homélie du Pape), conformément à sa
mission comme sel et lumière.
D’AUTRES STRUCTURES DE LA COMMUNION ECCLÉSIALE
Partant de la nature du «synode» comme exercice de communion
ecclésiale, les pères synodaux firent remarquer et soulignèrent la
nécessité de l’unité des évêques (Instr. Lab. §110), leur effective
communion ecclésiale, et le témoignage de celle-ci sous ses diverses
formes et dans les divers organes de leur ministère en
collaboration. À cet effet, de nombreux Pères synodaux mentionnèrent
le S.C.E.A.M., et la nécessité des Pasteurs du continent de
collaborer avec cet organe, que leurs prédécesseurs fondèrent il y a
quarante ans, pour promouvoir «l’Évangélisation en
co-responsabilité». La C.E.L.AM., le F.A.B.C. et le C.C.E.E.
cherchent à nouer et maintenir des liens avec le S.C.E.A.M. ainsi
qu’avec le USCBC, etc.
On attend du S.C.E.A.M. qu’il recherche un statut d’observateur à
l’Union Africaine, et des Conférences régionales qu’elles fassent la
même chose au niveau des parlements régionaux et nationaux comme en
Afrique du Sud.
Une attestation actuelle de ce désir de témoigner et de vivre une
communion ecclésiale active est la décision des Conférences
Épiscopales Régionales d’Afrique de l’Ouest de langue anglaise
(A.E.C.A.W.A.) et de langue française (C.E.R.A.O.), de se constituer
en une seule Conférence Épiscopale Régionale
(R.E.C.O.W.A./C.E.R.A.O.).
Dans la même optique, les Instituts de Vie consacrée ont également
confirmé leur besoin de vivre en communion, et d’explorer, dans
leurs différents corps d’association (ex. M.A.C., CO.S.M.A.M.,
etc.), des façons de collaborer au ministère des Églises
continentale, nationales et locales.
LE CADRE DE LA DEUXIÈME ASSEMBLÉE: MALHEURS OU DÉFIS POUR L’AFRIQUE?
De nombreux changements positifs ont été relevés aussi bien dans
l’Église que dans la société dans son ensemble en Afrique depuis la
première Assemblée pour l’Afrique. Certains de ces changements
positifs sont directement attribuables aux effets du Synode.
Toutefois, il y a encore de nombreuses ombres à l’intérieur de
l’Église et de la société, quinze ans après la conclusion de la
première Assemblée, qui fut décrite comme le Synode de la
résurrection et de l’espérance, et dont on attendait qu’elle fût un
tournant décisif dans l’histoire du continent.[3]
Les Pères synodaux ont cité de nombreux lieux et réflexions sur les
«ombres», à plusieurs sessions de cette Assemblée. Ainsi, dans
Les Églises locales:
Les Pères synodaux ont reconnu de manière transparente
l’insuffisante appréciation du rôle des femmes et des jeunes dans
leurs communautés locales, et la pauvreté de la formation à la foi.
Les politiciens et d’autres fonctionnaires publics n’ont pas
toujours bénéficié de l’accompagnement et de la formation qui leur
auraient permis de témoigner convenablement de leur foi dans leur
vie et dans leur travail. L’utilisation des médias doit être
développée au-delà des radios locales. Le témoignage de l’Église est
parfois compromis par la difficulté de certains agents pastoraux à
être fidèles à leurs vœux, à leur vocation et à leur état de vie.
Sphère socio-culturelle
Les Pères synodaux eurent beaucoup à redire concernant la société
africaine. Au-delà et bien plus que la mention du nomadisme et des
conflits au sujet de l’eau et des pâturages, le mécontentement des
Pères synodaux concernait des tendances nouvelles dans la société,
qui s’éloignent et s’opposent aux valeurs traditionnelles, et qui
sont de style et de contenu moralement discutables. D’où la
suggestion qu’au lieu de «conflit de cultures», le Synode considère
l’expérience de la «rencontre des cultures». Sinon, la plupart des
observations se portaient sur les acteurs dans la société.
Un grand nombre des Pères synodaux déplorèrent le sort de la famille
en Afrique: «la destruction du mariage authentique et de la notion
d’une famille saine» (Inst. lab. §31). Et ils estimèrent que
l’institution est sérieusement menacée d’instabilité et de
dissolution par la pauvreté, les conflits, les croyances et
pratiques (sorcellerie) traditionnelles, et les maladies,
principalement, le paludisme et le VIH/SIDA. Certains rendirent
compte d’initiatives prises pour libérer les femmes des pratiques
culturelles négatives.
Mais les Pères synodaux décrivirent aussi diverses attaques féroces,
lancées de l’extérieur de l’Afrique, contre la famille et contre
l’institution fondamentale qui lui est liée, le mariage; et ils
l’attribuèrent à différentes sources: idéologiques (l’idéologie du
genre, l’éthique sexuelle globale, le génie génétique) et clinique
(contraception: Planning familial et l’Éducation à la Santé
Reproductive, stérilisation) et des styles alternatifs de vie qui
apparaissent (mariages homosexuels, unions libres). Mais de
l’extérieur de l’Afrique aussi, vinrent de nobles initiatives comme:
La Fondation Jimmy Carter contre le «ver de Guinée» en Afrique, La
Fondation Tony Blair pour l’action interconfessionnelle contre par
ex. le paludisme.
Les femmes, qualifiées à la Première Assemblée pour l’Afrique de
«bêtes de somme», ont commencé à émerger dans certains pays à de
hautes positions, à des rôles de leadership en droit, en politique,
en économie et dans le génie civil. Mais elles sont aussi des
«ressources sous-développées» dans certains pays, souffrant d’être
exclues de rôles sociaux, de l’héritage, de l’éducation et des lieux
de décision. Elles sont des victimes sans défense dans les zones de
conflit: victimes de mariages polygamiques, abusées, objets de
commerce pour la prostitution, etc. Mais le NEPAD demande aux
gouvernements d’accélérer l’octroi de droits aux femmes.
Les enfants, «la partie souffrante de la population africaine»
(Homélie du Saint-Père 04/10/09), sont décrits comme victimes d’abus
(les enfants-soldats, le travail des mineurs, et le commerce des
enfants) et privés de leurs droits à l’éducation. En certains lieux,
cependant, ils bénéficient de programmes solides d’écoles
informatisées.
La jeunesse fut mentionnée dans les problèmes de l’Afrique à cause
de son exposition à l’abus de la drogue, à l’infection du VIH/SIDA,
aux grossesses à l’adolescence, aux migrations, au trafic humain et
aux voyages qui les conduit à des conditions de servitude. Ces
malheurs indiquent aussi la pauvreté des programmes et politiques
gouvernementaux de l’éducation et de l’emploi, et la pauvreté de
leur relation avec l’Église, ce qui est dû à une formation initiale
et continue pauvres, et à leur éloignement de l’Église. Mais la
Fondation Hewlett, qui veut établir des centres d’excellence dans
les villes africaines pour retenir la migrationet la fuite des
cerveaux, doit être également mentionnée.
La question de la «migration» fut spécialement mentionnée à cause de
législations qui apparaissent dans les pays occidentaux, dont la
visée semble être d’écarter les Africains.
L’Assemblée fut aussi invitée à considérer la question de
l’«ethnicité». Lorsqu’elle développe des traits d’exclusivisme, elle
détruit la vie communautaire, devient intolérante d’autres cultures
et groupes ethniques, à la manière du racisme.
La sphère socio-politique
Hormis la seule mention de stabilité politique au Sénégal, de
gouvernance démocratique en Afrique du Sud et du succès croissant du
Ghana en matière de gouvernance démocratique, la plupart des
références à la politique et à la gouvernance sur le continent
étaient très critiques pour diverses raisons, et il fut proposé que
les Églises locales érigent des aumôneries et qu’elles accompagnent
les politiciens avec une formation à la «Doctrine sociale de
l’Église». Le grand besoin est d’avoir des Gouvernements et des
politiciens qui pratiquent un «leadership de service» par un
exercice transparent et responsable du pouvoir, par le respect des
droits humains, et par une administration des richesses nationales
visant le bien-être public.
Mais là aussi, le NEPAD, auquel tous les membres de l’Union
Africaine ont souscrit, demande que l’on respecte la gouvernance
démocratique, qu’on ne tolère pas de coup d’État, et qu’on mette sur
pied un «mécanisme d’évaluation par les pairs» pour mesurer la
performance des gouvernements.
Sphère socio-économique
«Pauvre» et «pauvreté» étaient deux expressions récurrentes que les
Pères Synodaux ont généralement utilisées à propos de leurs pays,
leurs gouvernements, leur peuple et leurs Églises. Dans plusieurs
interventions, la pauvreté du peuple a justifié, des projets de
développement entrepris par l’Église. Elle a inspiré des initiatives
d’auto-suffisance (banques, patrimoine immobilier, compagnies
d’assurance, etc.) et a été l’occasion d’un partage généreux
d’expérience à ce propos. Mais ce fut aussi le motif qui poussa les
Pères du Synode à lancer un appel de solidarité.
Au niveau national et gouvernemental, l’Assemblée a critiqué
l’incidence de la corruption et de la subornation, et la négociation
des contrats avec des investisseurs, particulièrement visant des
industries minières, qui n’apportent aucun profit au peuple et sont
même à l’origine des conflits et de la dégradation de
l’environnement.
L’industrialisation est peu développée dans la plupart des pays
africains; et leurs économies sont de type agricole et produisent
des matières premières. Les conditions de commerce sont déterminées
par l’Organisation Mondiale du Commerce et par les pays occidentaux
qui dictent ainsi leur droit de vie ou de mort à beaucoup
d’économies africaines.
Les économies qui produisent des matières premières gagnent peu et
ont besoin de l’aide étrangère, de la part des gouvernements
étrangers, de la Banque mondiale et du Fond Monétaire International
pour financer leurs budgets et lancer leurs projets de
développement. Ceci est la cause commune («les origines
calamiteuses», comme l’affirme un Père synodal) du fardeau de la
dette comme cela a été mentionné dans l’Assemblée.
Ici aussi, on doit observer que les objectifs primordiaux du NEPAD
comme plateforme stratégique de développement économique consiste
dans l’éradication de la pauvreté, en vue de mettre les pays
africains sur la voie d’une croissance et d’un développement digne
de ce nom, et ainsi d’endiguer la vague de la marginalisation de
l’Afrique dans le processus de mondialisation.
Certainement, l’Afrique reste pas sur la touche. Les «ombres» sont
encore là présentes; mais certains paliers, quoique modestes, ont
été franchis. «Tandis que la situation du continent, de ses îles et
de l’Église continue à présenter des «lumières et des ombres» qui
furent l’occasion du Premier Synode, elle a changé
considérablement».[4] Cependant, comme déclarait le Premier Synode,
l’espérance de l’Afrique, en dépit des ombres, ne l’a jamais déçue;
parce que «notre espérance ne déçoit pas» (Rm 5, 5). En effet, c’est
«par l’espérance [que] nous sommes sauvés» (Rm 8, 24), parce que
nous connaissons Celui en qui nous avons cru (cf. 2 Tm 1, 12). C’est
notre foi dans le Seigneur ressuscité qui est la source de notre
espérance.
En conséquence, l’Église doit considérer la situation actuelle et
les ombres persistantes en Afrique comme des défis et des
opportunités pour approfondir sa relation intime avec le Seigneur.
Les défis indiqués ci-dessus et tant d’autres mentionnés dans
l’Assemblée (par exemple l’environnement, le trafic des armes, etc.)
nous invitent à une vraie conversion des cœurs: «cœurs humains
blessés, dernier repaire des causes de tout ce qui déstabilise le
continent africain»,[5] de façon à ce que nous devenions des agents
effectifs du Saint-Esprit et des Serviteurs de réconciliation, de
justice et de paix.
FORTIFIER LA FOI DANS LE CHRIST
Il a été rappelé en cette Assemblée qu’«un Synode des Évêques ne
peut pas être compris comme une session spéciale pour l’Afrique des
Nations-Unies avec ses déclarations publiques». Ceci a été un rappel
important à l’Assemblée synodale qui est un rassemblement d’Église
et une assemblée de foi. Celle-ci, dans la puissance du
Saint-Esprit, professe sa foi en Dieu et dans le Christ, son Fils,
et s’est rassemblée pour discerner la volonté de Dieu et
l’orientation à donner à sa Famille en Afrique.
Une autre invitation qui a surgi de l’assemblée nous a conviés à
nous rappeler d’être des «fils de Dieu dans le Christ»
(«con-filiation») avec toute l’humanité.
On doit rappeler que la Première Assemblée Spéciale a chargé
l’Église en Afrique de s’inculturer, en se comprenant elle-même
comme famille de Dieu. Comme Église, toutefois, cette identité est
réalisable seulement en Dieu, qui est communion («famille»), et à
travers Jésus qui le révèle, à travers la proclamation de son
Évangile. Comme le «premier-né de d’une multitude de frères», c’est
Jésus, le Fils de Dieu, qui nous donne part à sa filiation divine,
en nous constituant tous comme fils (en lui) et en nous introduisant
dans la vie de la Trinité comme famille de Dieu.
La référence à l’Église comme famille de Dieu n’est donc pas une
simple allusion à une quelconque conception anthropologique; elle
est une expression de la vérité de l’Église et de son identité comme
partie prenante de la vie de Dieu Un et Trine à travers le Christ.
La mission du Christ qui devient la vie et le service de l’Église
dérive ainsi de la vie de Dieu Un et Trine; et quand ceci est
réconciliation, justice et paix, alors elles doivent être vues comme
dérivant de la vie de Dieu. Elles appartiennent au Royaume de Dieu;
et elles sont vécues dans la foi au Christ, à travers lequel nous
devenons fils (et filles) du Royaume.Les Pères Synodaux ont ainsi
affirmé de différentes manières dans leurs interventions la
centralité du Christ dans le thème du Synode, et le besoin d’aborder
ce Synode et de le vivre centrés sur le Christ. L’Instrumentum
laboris a commencé sa discussion du thème synodal par un chapitre
sur les «Réflexions théologiques sur le thème du Synode» (§§ 34-47),
et les a poursuivies dans une section intitulée «Puiser la force
dans la foi au Christ» (§§ 75-86). La présentation du thème synodal
dans la Relatio ante disceptationem a aussi été fortement centrée
sur Dieu et sur le Christ. Dans leurs exposés, les Pères synodaux et
les autres participants ont fréquemment développé la dimension
christologique, eucharistique, pneumatologique et même
eschatologique du thème synodal.
Selon l’Assemblée, les agents de réconciliation, de justice et de
paix doivent être évangélisés, convertis, formés dans la foi et
vivre en témoins dans une vie de disciples du Christ (comme Charles
de Foucauld); parce que c’est notre filiation commune dans le Christ
qui est à la base de notre justice et de notre réconciliation.
Ainsi toutes les formes d’expérience et de pratique du thème synodal
(réconciliation, justice et paix) ont besoin d’être «évangélisées»
par l’Évangile.
CHRIST NOTRE RÉCONCILIATION
Dans l’Assemblée (Relatio ante disceptationem), on a observé que
«dans une Église qui est famille en communion, la réconciliation ne
devient pas un état ou un acte, mais un processus dynamique, une
tâche à entreprendre chaque jour, un objectif à poursuivre, un
rétablissement continuel, à travers l’amour et la miséricorde, de
l’amitié rompue, des liens fraternels, de la confiance et de la
familiarité». Ce qui est le plus important, c’est ce que nous
demandent notre nature et notre identité: ce que nous sommes avec
Dieu et devant Dieu dans le Christ. C’est notre rapport dans le
Christ avec Dieu et les uns avec les autres qui exige la
réconciliation; et son but est de rétablir et restaurer la communion
que l’alliance de Dieu et notre filiation dans le Christ établit,
mais que le péché menace et brise.
C’est ainsi dans le Christ que nous avons accès à la communion avec
Dieu; et c’est en lui que nous avons notre réconciliation avec Dieu.
En effet, il est notre réconciliation; et c’est par lui et en lui
que nous donnons et recevons la réconciliation. Ainsi, selon les
paroles de Saint Paul,
1. «Si quelqu’un est dans le Christ, il est une nouvelle création».
La relation et la communion établies entre l’homme et Dieu en vertu
de la création de l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu,
sont remplacées par la rédemption et la filiation (dans le Christ).
La relation entre Dieu et l’homme appartient maintenant au régime de
la grâce (œuvre gratuite de Dieu): rédemption dans le Christ. «Nous
sommes sauvés par la grâce à travers la foi dans le Christ» (Ep 2,
8).
2. Par le Christ Dieu nous a réconciliés avec lui sans nous imputer
nos péchés. La réconciliation est un acte de pardon non mérité; et
elle est un exercice de l’amour miséricordieux.
3. Dieu nous a confié son message de réconciliation, c’est-à-dire, à
nous qui avons fait une expérience de la réconciliation avec Dieu.
«Dans ta lumière, ô Dieu, nous voyons la lumière». C’est dans
l’expérience de la réconciliation avec Dieu que nous devenons des
ministres de réconciliation, sentant l’urgence de rétablir la
relation et tisser des liens de miséricorde et d’amour.
Les Pères synodaux ont écouté des témoignages à propos de l’urgence
sus-mentionnée de réconcilier les ennemis, et ont noté qu’il s’agit
là d’un exercice de la vérité et de l’amour miséricordieux. La
liturgie et le sacrement de réconciliation offrent des moments
privilégiés pour leur célébration.
Les Pères synodaux ont aussi énuméré nombre de méthodes
traditionnelles de réconciliation, et se sont demandés si des
éléments de ces célébrations traditionnelles ne pourraient pas
enrichir les formes de célébration des sacrements dans l’Église. Ce
faisant, il n’y aurait pas de confusion à propos de l’efficacité de
la célébration; comme il a été dit dans l’Assemblée, c’est «la Bonne
Nouvelle du Précieux Sang du Christ, versé pour la rachat du monde
entier qui transforme la coupe de souffrance des nombreuses victimes
de l’effusion du sang sur le continent». Ceci requiert une
spiritualité, et non une stratégie!
CHRIST NOTRE JUSTICE
La réconciliation, comme il a été dit dans l’Assemblée, est la
restauration de la justice et des justes requêtes des relations
(Relatio ante disceptationem). Saint Paul décrit le fruit de notre
réconciliation avec Dieu à travers le Christ comme le fait de
devenir la «justice de Dieu» (cf. 2 Cor 5, 21).
Dans l’état actuel de la condition pécheresse de l’humanité et des
cœurs blessés, toutefois, l’Ancien Testament insiste sur le fait que
la justice ne peut pas arriver à l’humanité par l’intermédiaire de
sa propre force. Elle peut seulement provenir d’un don de Dieu. Et
le nouveau Testament développe cet aspect de manière plus
exhaustive, considérant la justice comme la révélation suprême de la
grâce salvifique de Dieu.
Une fois encore, comme l’a observé l’Assemblée, le sens de la
justice du Royaume n’est pas simplement une justice rétributive,
même si cela est parfois le sens de son attribution à Dieu (cf. Ap
15, 4; 19, 2.11; 16, 5-6; He 6, 10; 2 Ts 1, 6), et la plupart des
interventions dans l’Assemblée ont fait référence à ce sens de la
justice. La justice n’a pas non plus le sens de la «conformité à une
norme ou un ensemble de normes». Au moins, ceci n’est pas son
premier sens; et ne peut pas être appliqué à Dieu dans ce sens. Une
fois encore, quelques interventions sont allées dans cette
direction.
La justice (droiture) de Dieu et de son Royaume est la révélation de
Dieu, qui est destinée à devenir la droiture des êtres humains.
C’est la révélation de la justice/droiture de Dieu qui justifie,
rendant de nouveau le pécheur droit et digne du rapport de communion
et d’alliance avec Dieu.[6] C’est la révélation du Christ, «qui,
alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous» (Rm 5, 9)
pour nous montrer l’amour de Dieu pour nous. C’est donc la
révélation du Christ comme notre justice/droiture. La justice de
l’homme, dans ce cas, consiste dans la confession des péchés, dans
l’admission de son échec, et dans l’acceptation par la foi du don de
Dieu de communion, à savoir le salut dans le Christ.
En Jésus et dans son ministère, on voit à l’œuvre la grâce
justificatrice de Dieu, allant au-delà des exigences légitimes de la
relation d’alliance et rétablissant l’humanité dans la
miséricorde[7] et l’amour, dans la relation de l’alliance. On note
aussi la constitution d’une communauté de la nouvelle alliance,
l’Église, remplie de l’Esprit Saint et ainsi rendue capable de
répondre à la justice de Dieu dans la foi à travers la confession
des péchés.
La justice de la diakonia chrétienne et la justice de notre vie
chrétienne dans l’Église en Afrique constituent la justice du
Royaume; et sa caractéristique principale est qu’il s’agit d’une
justice exercée dans l’amour et la miséricorde.[8]
C’est dans ce sens de la justice que les Pères synodaux ont suggéré
qu’elle soit d’abord cultivée dans la famille, comme une vertu de
famille avant de devenir une vertu de la société. Là, tout ce qui
est dû à la personne en raison de sa dignité et de sa vocation à la
communion des personnes[9] est respecté et maintenu dans la
miséricorde et l’amour.
La Commission de Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, la
Commission Nationale de Réconciliation au Ghana et dans d’autres
pays (Nigéria, Sierra Leone, Togo), que les Pères synodaux ont
citées, œuvrent surtout dans ce sens de la justice. La compensation
n’est pas leur principal objectif. Elles veulent guérir à travers la
reconnaissance de la culpabilité et le pardon.
CHRIST NOTRE PAIX
La Paix est un des termes dont la définition populaire (comme
«éducation», comme «développement» et comme «justice») fut citée par
les Pères synodaux. Reconnaissant que, aussi bien le respect que le
développement de la vie, l’exige[10], et qu’elle est la «condition
nécessaire pour le vrai progrès des hommes et de la société»,[11]
les pères synodaux et d’autres participants ont passionnément appelé
à l’édification de la «culture de la paix» dans les Églises, les
maisons, les communautés et les nations. On mentionna
particulièrement des structures institutionnelles pour la paix dans
les nations, telles que «The National Peace Council» du Ghana et la
«Peace and Reconciliation Commission» du Libéria et du Togo; on
plaida pour leur diffusion.
Dans les femmes et les enfants qui sont des victimes faciles des
violences domestiques et du manque de paix, à cause des conflits,
les participants au Synode ont vu matière à une formidable
organisation de groupes de plaidoyer dans le continent et dans les
îles adjacentes. Et là où l’absence de paix est due à l’oppression
de coutumes et de pratiques traditionnelles, l’Assemblée appelle à
la mise sur pied de «Centres d’Étude de Culture» pour conduire leur
révision et leur réforme.
Mais la Paix, qui apparut de l’Assemblée du Synode comme la plus
précieuse condition de la vie humaine et des activités dans le
continent et les îles adjacentes, est ironiquement au-delà de la
portée de l’homme et de son monde. L’Instrumentum laboris, donc,
demande à l’Assemblée du Synode la paix qu’il recherche (§46).
Sa propre vision est que «la paix que le monde donne est fragile et
incertaine»; car la paix n’est pas avant tout le fruit de structures
et elle n’advient pas hors de la personne. La Paix naît avant tout
du dedans, à l’intérieur des individus, et de l’intérieur des
communautés qu’ils construisent. La Paix semble alors être le fruit
de la «disposition spirituelle» de la personne. Et si elle croît là
où il y a la justice, alors, comme la justice et la réconciliation,
elle est le fruit de l’amour.
Quand Saint Thomas d’Aquin enseigne que la paix et l’harmonie sont
préservées par la justice, il soutient aussi que pour préserver la
paix et la justice parmi les hommes, les prescriptions de la justice
ne suffisent pas. L’amour entre les deux est fondamental.[12] En
conséquence, le «Catéchisme de l’Église catholique», puisant dans
l’Écriture et dans la riche tradition de l’Église, enseigne aussi
que «la paix est le travail de la justice et l’effet de la
charité»;[13] et c’est en ce sens que le Christ est qualifié par
l’Écriture comme notre paix.
La paix qu’est le Christ n’a pas qu’un sens séculier, c’est-à-dire
une absence de conflit (cf. Gn 34, 21; Jos 9, 15; 10, 1.4; Lc 14,
32), la présence de l’harmonie à la maison et en famille (cf. Is 38,
17; Ps 37, 11; 1 Co 7, 15; Mt 10, 34; Lc 12, 51), la sécurité et la
prospérité individuelle et communautaire (nationale) (cf. Jg 18, 6;
2 R 20, 19; Is 32, 18). La Paix n’existe pas seulement quand les
êtres humains et leurs sociétés remplissent leurs devoirs respectifs
et reconnaissent les droits d’autres personnes et sociétés»;[14]
elle n’est pas qu’un des résultats du travail de la justice.[15] La
Paix transcende essentiellement le monde et les efforts humains.[16]
C’est la justice toute entière, déterminée par Dieu, et accordée à
l’homme et à la femme. C’est un don de Dieu (cf. Is 45, 7; Nb 6, 26)
pour le «juste»: «ceux sur lesquels repose sa faveur» (Lc 2, 14).
C’est en tant que «justes»,porteurs de la paix du Christ sur terre,
que Saint Paul nous exhorte dans ses communautés chrétiennes à
poursuivre la paix (cf. Rm 14, 19; Ep 4, 3; Hb 12, 14) et à être en
paix les uns avec les autres (cf. Rm 12, 18; 2 Co 13, 11). Mais
c’est aussi comme justes, porteurs de la paix du Christ sur terre,
que nous devons rappeler, comme nous l’avons fait avec la «justice»,
que la paix est une activité qui va au-delà de la stricte justice et
exige l’amour.[17] Elle découle de la communion avec Dieu et vise au
bien-être de l’homme (l’humanité).
Le Premier Synode invitait l’Église en Afrique et dans les îles
adjacentes à vivre dans la communion de l’Église-Famille de Dieu. Ce
Deuxième Synode à présent invite l’Église-Famille de Dieu dans tous
les aspects de sa constitution, à faire l’expérience de ces vertus
qui établissent notre communion avec Dieu et à témoigner et à vivre
la même réconciliation, justice et paix avec amour et miséricorde
sur le continent et dans les îles adjacentes.
Ce qui suit constitue la présentation de certaines des composantes
de l’Église-Famille de Dieu dans leur service de la réconciliation,
de la justice et de la paix sur le continent, telles que les Pères
synodaux se les représentent; et les implications de leur ministère
est énoncé dans les symbolismes du sel et de la lumière: sel de la
terre et lumière du monde.
DISCIPLES, SERVITEURS DE LA RÉCONCILIATION, DE LA JUSTICE ET DE LA
PAIX
Illuminée et transformée par le Mystère Pascal du Christ et remplie
de l'Esprit Saint, la communauté des disciples est envoyée avec
mission d'annoncer partout et à tous tout ce qu'ils ont contemplé,
entendu et touché du Verbe de Vie (cf. 1 Jn 1, 1). Cette mission
consiste à rendre le Christ visible en toute circonstance et dans
tous les lieux où l'«Esprit» les pousse (cf. Ac 13, 2), Ils ont
conscience d'être une communauté de partage de biens spirituels et
matériels sans discrimination ethnique ou culturelle.
Poussé par «l'Esprit du Seigneur» le diacre Philippe convertit un
fonctionnaire éthiopien qui deviendra lui aussi missionnaire auprès
des siens (cf. Ac 8, 26-39). Ceci confirme que l'Afrique est une
patrie pour le Christ, Lui qui est resté continuellement présent
dans la communauté ecclésiale née là, comme l’a retracé le
Patriarche aux Pères synodaux. L’Église-Famille de Dieu en Afrique
est fière de ses racines apostoliques et éprouve de la fierté pour
ses ancêtres dans la foi et est appelée à puiser dans leurs exemples
le courage pour continuer à annoncer l'Évangile de la
réconciliation, de la justice et de la paix.
Elle fonde son action dans la contemplation de son Maître, le Christ
«chemin, vérité et vie» (Jn 14, 6), «venu non pour être servi mais
pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude» (Mc 10,
45). Son abaissement nous élève et nous introduit dans la famille de
Dieu dans une humanité renouvelée, réconciliée et animée par son
Esprit (cf. Phil 2, 6-11).
Pour assurer sa mission de réconciliation, de justice et de paix,
l'Église-Famille de Dieu en Afrique doit prendre conscience de son
identité, penser son mode d'être et d'agir dans le souci de vérité
et de fidélité à sa mission; ses membres eux-mêmes doivent se
réconcilier en son sein et devenir un modèle du Christ-Serviteur. La
communion entre les Pasteurs, leur témoignage de vie, leurs
relations avec leurs collaborateurs et le traitement des employés
sont autant de domaines à explorer.
Les Pères synodaux ont pris le temps de s'écouter et de se rendre
compte des différents aspects de cette mission et des différents
acteurs qui y sont impliqués: les personnes singulières, la famille,
les enfants, les jeunes, les Communautés ecclésiales vivantes, les
laïcs, les religieux/religieuses, les clercs....
Outre les secteurs sociaux proposés et énumérés dans l'Instrumentum
laboris à soumettre à un examen attentif (la famille, la dignité de
la femme, la mission prophétique, les communications et les
nouvelles techniques de l'information et de la communication et
l'autosuffisance), il est apparu à partir de nombreuses
interventions des Pères synodaux un secteur nouveau : le
socio-religieux.
FAMILLE
Les Pères synodaux ont perçu comme première tâche de
l'Église-Famille de Dieu en Afrique la réhabilitation de la famille
africaine dans sa dignité et sa vocation car elle est menacée par
des idéologies dangereuses (l’idéologie du Genre). La grande estime
de l'institution familiale est remarquable dans toutes cultures
africaines et ce n'est pas sans raison que l'Église en Afrique se
définit comme «Église-Famille de Dieu», terminologie consacrée par
le précédent Synode mais qui gagne encore à être enrichie en donnant
à la «Famille» une base anthropologique chrétienne solide,
susceptible de mieux manifester son identité et l'ouvrir à la
dimension de l'Église universelle.
Les Pères synodaux ont dénoncé clairement les idéologies et les
programmes internationaux qui sont imposés à nos pays sous de
fallacieuses raisons ou conditionnant l'aide au développement. Elles
sont nocives pour la famille. Il faut former des personnes
compétentes, capables d'informer convenablement les associations des
familles catholiques et autres mouvements laïcs qui défendent le
bien de la famille, et capables aussi d’en affronter le débat public
(conférences, émissions radio...).
Introduire dans les séminaires, les noviciats et d'autres maisons de
formation, des analyses socio-pastorales contextuelles dans le but
de découvrir, de dénoncer et de prévenir tout risque et toute menace
qui puissent peser sur l'institution «famille».
Enfin, il y a urgence à redéfinir la famille comme
«Église-domestique» et premier lieu d'éducation à l'amour, à la
réconciliation, la justice et la paix. Les familles chrétiennes
seront alors la base stable des Communautés Ecclésiales Vivantes qui
seront alors des «communautés-Familles», véritables écoles
d'évangélisation. La pastorale familiale doit intégrer ces éléments.
DIGNITÉ DE LA FEMME ET RÔLE AU SERVICE DE LA RÉCONCILIATION, DE LA
JUSTICE ET DE LA PAI
La femme est au service de la vie et de l'humanisation des autres
membres de la famille. Mais elle reste frustrée dans son
épanouissement par la culture traditionnelle (mutilations génitales)
et bafouée dans sa dignité par la modernité (pornographie,
prostitution, viols et toutes sortes d'humiliations dans la
société).
Les Pères synodaux ont entendu le cri des femmes parfois répercuté
par certains d'entre eux... L'Église-Famille de Dieu est interpellée
sur les graves injustices qui leur sont faites. Elles ont besoin
d'être reconnues dans la société comme dans l'Église en tant que
membres actifs engagés dans la vie de l'Église. Leur contribution au
développement et à la sauvegarde de la famille humaine, même en
temps de conflits, doit être reconnue et appréciée à sa juste
valeur.
Comme mères, elles assurent la première éducation à l'enfant: amour
et sociabilité. Comme épouses, elles sont les confidentes des
maris... Les Pères synodaux sont appelés à prendre en considération
et à penser aux femmes tout en soulignant leurs potentialités déjà
démontrées dans la gestion de la vie familiale...elles sont sans
aucun doute capables d’offrir plus à l'Église.
En conséquence, une évangélisation en profondeur de la culture
traditionnelle aidera à les libérer de certaines conduites et
coutumes contraires à l'Évangile et toujours en pratique dans bien
des sociétés (polygamie, violences domestiques, discrimination dans
l'héritage, mariage forcé... premières victimes du VIH/Sida...).
Leur épanouissement (amour, respect et reconnaissances de leurs
droits...), rendra leur contribution plus effective et plus
efficace, notamment dans la naissance et l'entretien d'une culture
de la paix. Elles y sont disposées naturellement par leur génie
propre et leurs dons de patience, de capacité d'accueil et d'écoute
et d'éducatrice.
LE SECTEUR SOCIO-RELIGIEUX
La peur et les incertitudes caractérisent la vie de foi dans de
beaucoup de populations africaines (méfiance, soupçon, auto-défense,
agression, charlatanisme, divination, occultisme, syncrétisme...).
Une analyse poussée montre que c'est le désir insatiable de posséder
égoïstement qui est à la racine des grands drames que certaines
régions d'Afrique ont connus. D'autre part, les sectes exercent un
grand attrait sur les fidèles catholiques aux prises avec les
problèmes sociaux et désireux de solutions rapides à leurs problèmes
physiques ou psychiques. Les sectes profitent des faiblesses ou de
l'ignorance des fidèles. Certains groupes attaquent l’Église par des
pratiques occultes.
Les Pères synodaux ont été invités par certains d'entre eux à
enseigner à nouveau les éléments essentiels de la foi chrétienne
afin de permettre aux fidèles de mener une vie quotidienne en
cohérence avec leur foi. Une spiritualité équilibrée peut aider les
chrétiens à résister à la pression des sectes.
Dans le domaine des injustices graves subies (conflits armés,
violences...) les Pères synodaux ont écouté des témoignages
émouvants de personnes qui ont fait l'expérience du pardon; Il en
résulte que Justice – Pardon – Vérité sont inséparables. Ce qui a
été brisé ne peut se reconstruire que si le mal est reconnu et
avoué. Le pardon demandé et accordé après aveu libère la victime et
le bourreau et établit une nouvelle relation plus forte. Cette force
d'aimer et de pardonner est un don de Dieu (cf. le témoignage
entendu en salle).
Les fidèles apprendront à fonder leurs relations et leurs conduites
sur :
- l'assurance que donne le Christ de sa présence permanente dans
leur cœur: «Je suis avec vous jusqu'à la fin des temps» (Mt 28, 20),
- la vie en abondance que Lui seul peut donner en sacrifiant la
sienne (cf. Jn 17, 2-3)
- la paix que Lui seul peut donner non pas à la manière du monde
(cf. Jn 14, 27); et
- la justice du Christ qui dépasse toute justice humaine (cf. Mt 5,
38).
Les sacrements, et en particulier l'Eucharistie et la
réconciliation, constituent la source inépuisable de forces pour
bâtir l'Église-Famille de Dieu. Dieu est la source unique de la vie,
«Christ,...Premier-né d'entre les morts nous a réconciliés avec Dieu
par son sang sur la croix...» (Col 1, 15ss). Nous sommes liés par un
lien de sang avec le Christ qui nous introduit en la grande fratrie
dont il est l'aîné.
Il est urgent de convaincre les fidèles du Christ que les liens
fraternels établis par le Christ par l'eau du baptême et par son
sang sont plus forts que les liens du sang. Il est l'aîné d'une
multitude de frères établissant ainsi une «con-filiation» qui
restaure la dignité de l'homme africain, le réconcilie avec lui-même
et les autres, le guérit personnellement, socialement,
culturellement, politiquement et économiquement.
En conséquence, il faut reconnaître et respecter la dignité et le
caractère sacré de chaque personne, sans considération de son
identité et de sa situation. Cela requiert la solidarité, le
partage, le respect d'autrui, l’hospitalité, et de se rassembler et
de se réconcilier pour une justice restauratrice...
L'Eucharistie comme source et sommet de la vie chrétienne devrait
être le lieu de la meilleure expression de la réconciliation, et de
la paix (cf. Prière eucharistique III). Le même Corps du Christ nous
rassasie et le même Sang du Christ coule dans nos veines.
Une catéchèse d'approfondissement des sacrements peut aider les
fidèles à vivre l'Eucharistie avec plus de profondeur et de profit
car dans bien de communautés, la «messe» reste une parenthèse dans
la journée ou la semaine: l'Eucharistie n'a pas encore investi la
vie et l'agir quotidien de beaucoup de fidèles...à preuve le temps
d'échange de paix qui passe inaperçu ou dénaturé. L'Eucharistie est
l'occasion d'envoyer chaque participant membre avec une mission
particulière de réconciliation et de guérison, de justice et de paix
pour son entourage.
La double dimension personnelle et communautaire de la célébration
du sacrement de la réconciliation doit être fortement soulignée. La
célébration communautaire de la réconciliation est dans certains cas
bien indiquée pour panser et guérir de blessures des sociétés et des
familles déchirées par des situations de violences, de conflits et
de guerres. Le péché a une dimension sociale, la réconciliation doit
engager aussi toute la communauté.
LA MISSION PROPHÉTIQUE DE L'ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU EN AFRIQUE
L'Église-Famille de Dieu, par sa nature, sa doctrine sociale
cohérente, sa répartition géographique et son souci de l'unique bien
de l'homme est mieux placée que toute autre organisation pour faire
face aux défis de réconciliation, de justice et de paix en Afrique.
Les Pères synodaux ont reconnu la grande nécessité d'une présence
active de l'Église dans les instances de décisions au niveau
national, régional ou continental où se traitent les questions
touchant le développement humain (socio-économique), l'établissement
de bonnes relations entre les groupes en conflits(médiation) et le
rétablissement de relations pouvant garantir un avenir de paix.
Pour parler de réconciliation, de justice et de paix, et garantir un
engagement plus sensible et plus coordonné, il est nécessaire que
les évêques parlent d'une même voix au sein de leur Conférence
épiscopale (nationale, régionale ou continentale) Il faut créer une
synergie entre toutes les institutions ecclésiales (S.C.E.A.M.,
CO.S.M.A.M., associations et organisations laïques continentales)
pour cerner ensemble tous les différents aspects de la vie et des
engagements de l'Église au service de la réconciliation, de la
justice et de la paix.
Des instances spécialisées (observatoires) sont à créer, si c'est
nécessaire, pour faire face aux nouveaux défis, pour développer des
actions ou suivre l'évolution de certaines situations ou questions
telles que les influences extérieures, la cupidité, l'ethnicisme...,
qui sont toutes des causes potentielles de conflits ethniques.
Toutes les racines des conflits dans les sociétés africaines doivent
être affrontées sans peur ou complaisance et doivent faire objet de
plans d'action pastorale continentale ou de directives pastorales
précises
Les évêques d’Afrique ont également grand intérêt à renforcer leur
présence dans les organisations continentales (U.A) en harmonie avec
l'action du Saint-Siège (diplomatie vaticane) afin de stimuler,
d'encourager et de garantir les initiatives tendant à promouvoir la
réconciliation, la justice et la paix.
La tragédie de la pandémie du VIH/Sida n'a pas été perdu de vue par
les Pères synodaux. Ils encouragent tous ceux qui déploient des
efforts pour soigner, pour donner l'espérance aux personnes
infectées afin de résister aux tentations du désespoir. La mission
de l'Église-Famille de Dieu en Afrique de faire vivre les fidèles de
l'Évangile du Christ l'engage dans la lutte pour réduire la
stigmatisation sociale des personnes infectées par le VIH/Sida, tout
comme pour remplacer la violence par l'établissement de ponts de
réconciliation, de justice et de paix, pour interpeller les pouvoirs
publics, pour parler au nom des «sans-voix». Un appel a été adressé
pour une plus grande synergie et solidarité afin que les malades en
Afrique reçoivent les mêmes traitements que ceux d'Europe.
Dans la lutte pour la préservation des vies humaines et pour assurer
plus de paix entre les hommes, plusieurs voix se sont levées pour
demander la fermeture des usines qui fabriquent des armes et
alimentent les conflits en Afrique. Après les conflits d'espaces
vitaux et d'exploitations minières, c'est la guerre de l'eau qui se
profile à l'horizon. Il faut donc rester vigilants sur la
dégradation de l'environnement et ses conséquences sur le changement
climatique.
Les Pères synodaux sont conscients que les causes des conflits armés
en Afrique ne sont pas que le fait de tribalisme mais aussi de la
convoitise des multinationales et de leur désir d'appropriation
exclusive des gisements stratégiques (pétrole, uranium, coltan...)
qui engendrent les conflits. Ils encouragent la mise en place de
cadres juridiques internationaux afin de garantir un contrôle des
multinationales et des industries extractives transnationales.
LAÏCS
Les conflits en Afrique ne sont pas sans nous renvoyer à l'Histoire
récente (danger de l'exacerbation des nationalismes et concept de
race qui sont anti-chrétiens). Les chrétiens sont nombreux dans
l'administration publique, dans la vie politique et dans des
instances de décisions (parlement). Mais malgré cela des lois
contraires à la morale chrétienne sont votées notamment dans la
sphère familiale. Il y'a donc nécessité de former les hommes
politiques chrétiens et leur assurer une formation chrétienne solide
(Bible, Théologie morale, Doctrine sociale de l'Église, Histoire de
l'Église...) et des instruments juridiques pour défendre les valeurs
chrétiennes (la famille en particulier) et ainsi contribuer
positivement à l'élaboration des textes législatifs respectueux de
la morale chrétienne. Les Pères synodaux ont reconnu qu'il ne suffit
pas de former des fidèles laïcs au leadership politique dans nos
pays mais il faut aussi les accompagner dans leurs
engagements....pour en faire des agents de changement dans la
société (bonne gestion des familles et des responsabilités sociales
et sociétés politique).
Des mouvements d'apostolat des laïcs peuvent être mis à contribution
pour le service de la réconciliation, de la justice et de la paix.
L'Église à travers ses institutions spécialisées peut s'engager
aussi avec la société civile et avec des ONG sérieuses, ainsi que
d'autres confessions religieuses, pour faire front commun dans la
lutte pour la promotion intégrale des droits humains.
MÉDIAS
La couverture des conflits africains et leur instrumentalisation par
les médias constituent un défi pour l'Église-Famille de Dieu en
Afrique. Les Pères synodaux ont été informés des efforts de beaucoup
de diocèses de se doter de radios diocésaines. Elles permettent de
promouvoir l'idéal de la fraternité et de la cohabitation pacifique,
de la réconciliation, de la justice et de la paix auprès des
populations. La puissance des média peut servir aussi à la diffusion
de la Bonne Nouvelle dans un continent qui reste encore largement de
tradition et de culture orale.
Une bonne formation technique et religieuse des communicateurs
catholiques (doctrine sociale de l'Église en particulier) est
prioritaire. En même temps il est nécessaire de former les pasteurs
eux-mêmes et les agents pastoraux au langage et au bon usage des
média. Les fidèles laïcs en général apprendront à exercer le
discernement et l'esprit critique face aux idéologies que véhiculent
ces media.
Une attention particulière est à porter aux jeunes. Ils sont les
premières victimes des effets dévastateurs de la mondialisation sur
les mœurs et le système des valeurs. D'où le nécessité d'une
éducation intégrante et intégrale et à tous les niveaux (enfance,
jeunes et adultes) à la pratique des valeurs sociales indispensables
pour une convivialité harmonieuse: la promotion de la vie humaine,
l'unité du genre humain et l'égale dignité des personnes, le respect
du bien commun et le droit de tous d'en jouir.
Cela commence par la famille et se poursuit dans les établissements
et les écoles catholiques qui restent les meilleurs lieux
d'éducation aux valeurs de la vie chrétienne notamment la culture de
la tolérance, la convivialité, le service des autres, la
réconciliation, la justice et de la paix.
CLERGÉ
La formation des séminaristes doit être soignée et une bonne
harmonisation entre la philosophie et la théologie permettra de
répondre judicieusement aux interrogations du monde. Il est
nécessaire de rédiger une ratio nationalis institutionis
sacerdotalis pour favoriser le discernement, la formation
spirituelle et affective adaptée aux circonstances et aux
personnes...). Le discernement rigoureux et une formation
spirituelle et affective adaptée aux situations qui feront d'eux des
personnes solidement ancrés dans leurs cultures et fidèles à
l'enseignement de l'Église.Le souci de formateurs compétents et bien
formés doit être prioritaire. L'implication de la famille et de la
communauté chrétienne dans un témoignage de fidélité dans la
pratique des conseils évangéliques les aidera à fonder leur vie sur
la seule appartenance au Christ.
VIE CONSACRÉE
La vie consacrée est en croissance rapide dans l'Église-Famille de
Dieu en Afrique. Comme pour le clergé et les vocations sacerdotales,
on constate des carences en matière de discernement et de
formateurs(ices). Les Pères synodaux sont appelés à aider la vie
consacrée pour se maintenir dans sa mission prophétique en
l'appuyant dans la réalisation de sa mission ad Gentes et à
l'encourager par un témoignage de communion. Ils ont été informés
des pratiques des jeunes filles africaines envoyées en Europe pour
se former à la vie religieuse... parfois cela se termine mal;
certaines refusent de rentrer et finissent en péril. Une parole est
attendue de leur part sur le sujet.
La COSMAM devient une réalité sur le continent et constitue une
structure d'encadrement de la vie consacrée en Afrique et un cadre
de dialogue avec les évêques du continent (S.C.E.A.M.).
UNE SEULE ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU À PLUSIEURS VISAGES
L'Église-Famille de Dieu au nord ou sud du Sahara a la même mission
de service. Elle n'est pas encore tout à fait intégrée dans
l'Église-Famille de Dieu en Afrique. C'est une Église «Carrefour»
mais qui a la vocation de devenir une «Église de la Pentecôte» car
elle devient une Église multiculturelle de la part de la présence
importante des étudiants sud sahariens. Ceux-ci apprennent à vivre
leur foi dans un contexte nouveau et font courageusement face à leur
avenir sans se décourager malgré certaines injustices.
Malgré son statut de minorité chrétienne en milieu musulman, elle
entretient un rapport de dialogue avec l'Islam et est engagée dans
différents services de la société: social, culturel et éducatif. Les
évêques Pères synodaux issus de ces Églises ont appelé leurs pairs à
aller à la rencontre et au dialogue des autres religions, sans
complexe, à dépasser les peurs et le poids du passé (rapport entre
monde arabe et Afrique noire) et à établir des relations de
partenariat avec les musulmans de bonne volonté et ainsi réduire les
tensions.
Ils souhaitent :
comme minorité chrétienne en milieu islamique, être associés au
Synode des Évêques de 2010 (Moyen-Orient)
- l'organisation d'un colloque continental de partage et d'échange
d'expériences des variétés des situations des rapports avec l'Islam
(de Tunis à Johannesburg)
- Faire mémoire: saints, bienheureux et martyrs de l'Église-Famille
de Dieu en Afrique.
Outre les saints et les bienheureux de l'Afrique que le Saint-Père
ne manque aucune occasion de nous rappeler, les Pères synodaux ont
évoqué la mémoire des évêques, des prêtres, des religieuses et
religieux, des laïcs des séminaristes qui sont restés en tenue de
service, jusqu'au don de leurs vies comme le Christ.
D'autres personnes que nous connaissons ont péri tragiquement dans
le service du bien commun. Il est nécessaire de faire mémoire d'eux
aussi avec les membres de l’Église. Tous ces héros du service et de
la réconciliation méritent d'être présentés aux jeunes comme des
modèles.
L’attention de la Communauté internationale doit se concentrer sur
les injustices et les violences perpétrées tous les jours en Afrique
en l’invitant à une solidarité plus étroite.
La Communauté internationale a besoin d’être encouragée à s’engager
dans la reconstruction des pays ravagés par la guerre.
CONCLUSION
«Sel» et «lumière» sont les métaphores /images avec les lesquels le
Serviteur de Dieu, le Pape Jean-Paul II décrivait déjà la mission du
fidèle du Christ dans la multiplicité et la diversité de leur
identités et dans leurs missions en Afrique et dans les Îles. Il
disait: «dans la laïcité pluraliste de notre temps, il est
particulièrement nécessaire que pour l’engagement des catholiques
dans la vie publique que l’Église puisse avoir une influence
positive. Quelles que soient leurs professions, qu’ils soient
enseignants, hommes d’affaires ou fonctionnaires, magistrats ou
politiciens, il est attendu des catholiques qu’ils portent
témoignage à la bonté, à la vérité, à la justice et à l’amour de
Dieu dans leur vie quotidienne. Le devoir du fidèle laïc est d’être
sel de la terre et lumière du monde, spécialement dans les endroits
où le laïc seul est en mesure de rendre l’Église présente».[18]
La référence que fait le thème du Synode à l’invitation du Christ à
ses disciples d’être«le sel de la terre et la lumière du monde» ne
renvoie pas seulement au témoignage que l’Église- Famille de Dieu en
Afrique, comme les disciples de Jésus (Ac 1, 18), doivent rendre sur
le Continent africain, ses îles adjacentes et dans le monde. C’est
aussi une référence à une méthode pour une évangélisation et un
apostolat crédibles, prescrite par le Seigneur selon la manière dont
il a réalisé lui- même sa mission.
«Dieu a tout aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique» (Jn 3,
16); et la mission du Fils de Dieu incarné dans le monde a été
décrite par Saint Paul comme un renoncement à soi du Fils de Dieu
jusqu’à devenir un homme: «bien qu’il soit de condition divine…il
s’est dépouillé lui-même, jusqu’à prendre la forme d’un esclave» (
Phil 2, 3-7). Comme tel, Jésus a accompli sa mission sur terre, en
poussant le renoncement à soi jusqu’à sa plus haute expression, en
souffrant et en mourant en croix, il accomplissait ainsi la
prophétie du Serviteur souffrant de l’Ancien Testament (cf. Is
52-53, etc.).
Telle est la caractéristique du rôle de serviteur que le thème du
Synode évoque pour apporter la réconciliation, la justice et la paix
sur le continent et dans ses îles…«Serviteur (au service) de la
réconciliation, de justice et de paix» comme le thème de notre
Synode invite l’Église-Famille de Dieu en Afrique à mener une
existence pascale en étant agents de réconciliation, de justice et
de paix; et c’est ce que les métaphores de sel et de lumière
signifient. C’est l’enracinement de notre méthode d’action
apostolique comme serviteurs de la réconciliation de la justice et
de la paix, dans le sacrifice que nous faisons de nos vies dans
celle qu’a fait le Christ de la sienne. En effet, la même chose doit
se retrouver en nous comme dans le Christ Jésus (Ph 2, 5)
Au cours de ce Synode, il est revenu sous des formes variées que
l’Église-Famille de Dieu en Afrique doit être transformée de
l’intérieur; et qu’elle doit transformer le continent et ses îles à
la manière du sel et de la lumière. Elle envisage une mission
apostolique, que ses Pasteurs et les autres agents pastoraux ont
articulée de manières variées au cours de cette assemblée en:
- libérant les populations du continente de toutes sortes de peurs;
- assurant une conversion qui soit profonde, permanente et une
formation solide de toutes sortes (foi, catéchèse, morale, media,
culture, civilisation de l’amour, paix, justice, réconciliation,
bonne gouvernance, compte rendu de gestion, dialogue à tous les
niveaux, y compris au niveau de l’environnement;
- plaidoiries pour toutes les questions de société et pour diverses
nécessités, spécialement en ce qui concerne l’éducation des enfants
et des jeunes;
- migration et formes variées de déplacements de population qui
requièrent notre soin pastoral;
- défi apostolique de changer les attitudes et les mentalités, de
libérer des séquelles du colonialisme, de l’exploitation, etc.
- aide à apporter au continent et à ses populations pour résister à
l’assaut de la globalisation et les défis qui accompagnent l’éthique
mondiale, les conditions injustes du commerce, l’ethnocentrisme, les
fondamentalismes, etc.
Le symbole polyvalent «sel», exprime les très nombreuses formes
d’une existence pascale que doit vivre l’Église, Famille de Dieu en
Afrique, comme servante de la réconciliation, de la justice et de la
paix(et maintenant aussi de la vérité qui dans cette Assemblée leur
a été intimement liée); et de la lumière de l’Évangile nous guide
vers l’avenir.
[1]Lettre du Pape Jean-Paul II à l’archevêque Nikola Eterović à
l’occasion de la rencontre du Conseil spécial pour l’Afrique de la
Secrétairerie Générale du Synode des Évêques. Vatican 23 février
2005 (Je souligne).
[2]Le 26 juin 2006, à une conférence de presse au Vatican, tenue par
le Cardinal Arinze, le Conseil spécial pour l’Afrique de la
Secrétairerie Générale du Synode des Évêques publia les Lineamenta
de la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique. Et le 19 mars
2009, à Yaoundé, le Saint-Père présenta l’Instrumentum laboris de la
Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques.
[3]Premier Assemblée Spéciale pour l’Afrique, Instrumentum Laboris,
1993, 1.
[4]Deuxién Assemblée Spéciale pour l’Afrique, Lineamenta,
“Avant-propos”
[5]Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Reconciliatio
et Poenitentia, 2.
[6]Le “méchant” רשע)) est le contraire du juste. Il détruit la
communion et la communauté dans son incapacité de tisser des
relations de communauté (The Interpreter’s Dictionary of the Bible,
vol. 4, 81).
[7]Le Pape Jean-Paul II définit la “miséricorde” comme “un pouvoir
spécial de l’amour, qui prévaut au-delà du péché et de l’infidélité
du peuple choisi (Dives in Misericordia , § 4.3).
[8]En effet, le Pape Jean-Paul II dit que dans les relations entre
individus et groupes sociaux etc., « la justice ne suffit pas». On a
besoin en l’occurrence d’un “pouvoir plus profond, qui est l’amour”
(cf. Dives in Misericordia § 12).
[9]Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, 3, 63.
[10]Catéchisme de l’Église catholique, n. 2304.
[11]Benoît XVI, Homélie dans la basilique Saint-Pierre, dimanche 4
octobre 2009.
[12]Contra Gentes 1. III, c.128.
[13]Ibidem.
[14]Pacem in terris §172.
[15]Gaudium et Spes §84.
[16]Bien que ce soit une tâche, une réalité pour laquelle il faut
travailler, la « paix » est un don de Dieu, quelque chose que notre
paix de la terre anticipe vaguement.
[17]Gaudium et Spes §78.
[18]Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Postsynodale Ecclesia in
Africa ,108.
QUESTIONS
Introduction
1. L’Église-Famille de Dieu en Afrique, dans les îles adjacentes et
le reste du monde catholique sont-ils conscients de l’impact du
synode? Qu’est-ce qui peut être fait? Et que doit-on faire?
Réunis encore en Assemblée Spéciale du Synode des Evêques pour
l’Afrique
2. Quelle est votre appréciation de ce synode comme exercice
ecclésial de communion de l’Église universelle? Existe-t-il des
possibilités d’amélioration de ce sens du synode?
D’autres structures de la communion ecclésiale
3. Le Pape Jean-Paul II a dit: «… Pour édifier une société prospère
et stable, l’Afrique a besoin que tous ses enfants unissent leurs
forces …». Quel évaluation faites-vous des différentes formes de
ministère collégial et en collaboration dans l’Église-Famille de
Dieu en Afrique et dans les îles?
Le cadre de la seconde Assemblée: Les malheurs et les défis de
l’Afrique?
4. Le Pape Jean-Paul II a dit: «Des cœurs humains blessés sont la
cachette ultime de la cause de tout ce qui déstabilise le continent
africain». Quelle évaluation faites-vous de cette affirmation?
Pouvez-vous fournir des exemples et des preuves?
5. L’Instrumentum laboris, §66, dit: «D’aucuns estiment que la
raison profonde de l’instabilité des sociétés est liée à
l’aliénation culturelle et à la discrimination raciale qui ont
engendré tout au long de l’histoire un complexe d’infériorité, le
fatalisme et la peur». Qu’en pensez-vous? Comment le thème du synode
vous aide-t-il à assumer cette affirmation?
6. Etes-vous d’accord avec les pères du synode lorsqu’ils qualifient
de «défis» les erreurs et les problèmes de l’Afrique et des îles ?
Quel degré de réalité trouvez-vous à la qualification de la première
Assemblée pour l’Afrique de «synode d’espérance et de résurrection»?
7. Que pensez-vous de l’opinion que les Pères du synode ont eu
tendance à extrapoler et amplifier les questions de l’Église locale
et des questions nationales à toute l’Afrique? Quelles situations
dans votre Église locale et dans votre pays trouvent un écho dans le
thème du Synode ou y trouve des solutions?
Fortification de la foi en Christ
8. Jusqu’à quel point êtes-vous d’accord que le thème du Synode est
d’abord tout un «programme de spiritualité» et ensuite une activité?
9. Plusieurs interventions dans l’Assemblée ont déploré la qualité
du témoignage chrétien et l’engagement des fidèles dans leur foi
(face aux sectes, à la sorcellerie, etc.). Comment évaluez-vous nos
méthodes existantes destinées à ramener les personnes à la foi et à
l’Église? Que feriez-vous pour assurer une conversion qui soit
profonde et durable?
Christ notre réconciliation
10. Quels aspects positifs de la culture et de la tradition
africaines peuvent être utiles dans la catéchèse chrétienne sur la
réconciliation, la justice et la paix? Ces aspects peuvent-ils aider
à rendre significatif le sacrement de réconciliation significatif
pour les fidèles?
11. Quels éléments dans notre tradition et notre culture constituent
des obstacles à la compréhension chrétienne et à la célébration de
la réconciliation?
12. «Bien des chrétiens ont témoigné jusqu’au martyre en faveur de
l’évangile de la fraternité générée par l’eau du baptême». Quelle
est votre expérience de l’opposition entre liens ethniques et lien
ecclésial dans votre Église locale?
Christ notre justice
13. Qui identifierez-vous comme victimes d’injustice dans la région
de votre Église locale et de votre pays? Comment pouvez-vous leur
apporter la justice? Est-ce possible d’ériger des structures au
niveau local à la base pour coopérer avec d’autres religions à la
prévention et à la résolution des conflits et à la formation d’une
culture de justice et de paix?
14. Quels étapes pratiques devraient être parcourues pour former les
fidèles laïcs à l’apostolat du leadership dans la société?
15. De quelles manières les femmes peuvent être autorisées à mettre
en application leurs talents dans la prévention et la résolution des
conflits et dans la réconciliation au sein de l’Église et de la
société dans son ensemble?
Christ est notre paix
16. «Dans la vérité est la paix» (Pape Benoît XVI). L’enseignement
du Saint-Père a été évoqué plusieurs fois dans l’Assemblée et mis en
relation avec la justice et l’état de droit. Comment
enseigneriez-vous cela à l’Église locale?
17. «Christ est notre paix!» Comment pouvons-nous rendre cette
affirmation de foi réelle dans nos vies? Comment peut-elle être
célébrée au quotidien dans nos communautés chrétiennes et dans nos
vies?
La famille
18. Quel plan stratégique doit être mis en place au niveau
continental pour sauvegarder et protéger la famille africaine?
L’Église-Famille de Dieu pourrait de cette manière apporter sa
propre contribution à l’Eglise universelle pour aider d’autres
Églises où le processus de déclin de la famille est déjà fort
avancé.
La dignité de la femme et son rôle au service de la réconciliation,
de la justice et de la paix
19. Comment peut-on mettre en place un plan d’action qui redonne aux
femmes africaines leur dignité et fortifie leurs capacités de telle
sorte qu’elles s’engagent davantage en connaissance de cause dans la
construction de l’Église-Famille de Dieu en Afrique? Quels
programmes concrets doivent être mis en place afin de rendre les
femmes davantage agents actifs et responsables d’accompagnement dans
la vie de l’Église?
Le secteur socio-religieux
20. Pourquoi les liens de sang (les alliances humaines) sont-ils
davantage pris en considération que le Sang du Christ (l’Alliance
nouvelle et éternelle)? Comment développer la spiritualité de
l’Eucharistie vécue au quotidien? (Un congrès eucharistique
continental?).
21. Comment peut-on célébrer la «Réconciliation» dans l’Eucharistie
et dans le Sacrement de la confession de telle sorte qu’elle
conduise à une amélioration des relations et nous transforme en
ambassadeurs de réconciliation?
La mission prophétique de l’Église-Famille de Dieu en Afrique
22. Comment mettre à profit les expériences positives des
Commissions de justice et paix ou d’autres initiatives du même genre
pour la recherche d’une pédagogie de réconciliation qui panse les
traumatismes des communautés souvent oubliées et aide ceux qui sont
responsables de ces traumatismes à un repentir authentique de leurs
actions? Un plan d’action pastoral fut proposé par la Conférence
Épiscopale du Sénégal-Guinée-Bissau-Mauritanie.
Les laïcs
23. Pourquoi les chrétiens ont-ils si peu d’influence dans la vie
politique? L’Évangile a-t-il quelque chose à dire à ces leaders
chrétiens dans les activités politiques?
Les médias
24. Comment rétablissons-nous la puissance positive de la PAROLE
comme moyen de formation à la réconciliation, à la justice et à la
paix, vu que la PAROLE a été édulcorée et dévaluée par des abus, des
mensonges et la haine ou par des propagandes de certains agents des
médias?
Le clergé
25. Comment nos pasteurs se montrent-ils «leaders serviteurs» dans
nos Églises et nos communautés? Comment se considèrent-ils
eux-mêmes, en tant qu’agents d’évangélisation, comme serviteurs de
la réconciliation, de la justice et de la paix?
[Texte de la Secrétairerie Générale du Synode des Évêques]
[00241-03.08] [RE000] [Texte original: français]
DON DU SAINT-PÈRE
La nouvelle “Liturgie des Heures” pour l’Afrique est le cadeau que
le Saint-Père Benoît XVI a voulu offrir aux Pères synodaux et aux
participants de langue anglaise. Le texte liturgique a été rendu
disponible à l’occasion de la Deuxième Assemblée spéciale pour
l’Afrique du Synode des Évêques et de l’Année sacerdotale. Sa
préparation a commencé il y a quatre ans à la demande des Évêques de
l’Association des Conférences épiscopales de l’Afrique de l’Est
(A.M.E.C.E.A.). La Congrégation pour le Culte divin et la Discipline
des Sacrements a encouragé le projet et demandé à la Conférence
épiscopale du Kenya d’approuver les nouveaux textes liturgiques et
de les proposer à cette même Congrégation pour la “confirmatio”,
obtenue en février dernier. La nouvelle édition contient différentes
nouveautés. Les Laudes et les Vêpres du dimanche ont été enrichies
de nouvelles antiennes du “Benedictus” et du “Magnificat”, en vue
d’une profonde liaison entre la Célébration eucharistique dominicale
et la Liturgie des Heures. Ont par ailleurs été ajoutées les
Mémoires des Saints faisant partie du Calendrier général romain
depuis ces dernières années (le Très Saint Nom de Jésus, sainte
Joséphine Bakhita, saint Pio da Pietralcina, etc.) ainsi qu’un
calendrier propre pour le Kenya. L’édition complète se compose de
quatre volumes et suit la structure et le style de l’édition latine.
Une version réduite en deux volumes a également été préparée.
L’édition a été assurée par les éditions “Paulines Publications
Africa”.
[00278-03.03] [00000] [Texte original: italien]
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