Introduction
La Via Dolorosa serpente à travers les ruelles de la Vieille Ville de Jérusalem
et nous fait parcourir l’itinéraire de Jésus depuis le lieu de sa condamnation
jusqu’à celui de sa crucifixion et de sa sépulture, qui est aussi le lieu de sa
résurrection.
Ce n’est pas un parcours au milieu d’une foule pieuse et silencieuse. Comme à
l’époque de Jésus, nous nous retrouvons à marcher dans un environnement
chaotique, agité et bruyant, au milieu de personnes qui partagent la foi en Lui,
mais aussi d’autres qui se moquent et l’insultent. Telle est la vie de tous les
jours.
Le Chemin de Croix n’est pas le chemin de ceux qui vivent dans un monde préservé
dans sa ferveur et de recueillement abstrait, mais c’est l’exercice de ceux qui
savent que la foi, l’espérance et la charité doivent s’incarner dans le monde
réel, où le croyant est continuellement mis en défi et doit continuellement
faire sienne la manière d’agir de Jésus.
Saint François d’Assise, dont cette année marque le huitième centenaire de la
mort, décrit notre vie chrétienne en empruntant les paroles de l’apôtre Pierre.
Il nous rappelle que nous sommes appelés à « suivre les traces du Christ qui a
appelé “ami” celui qui le trahissait et s’est offert spontanément à ceux qui le
crucifiaient » (Rnb XXII, 2 : FF 56 ; cf. 1Pt 2, 21). Le
Poverello nous exhorte à fixer notre regard sur Jésus : « Considérons tous
les frères, le bon Pasteur qui, pour sauver ses brebis, a supporté la passion de
la croix » (Amm VI : FF 155).
En parcourant ce Chemin de Croix, accueillons donc l’invitation de saint
François à suivre les traces de Jésus d’une manière qui ne soit pas purement
rituelle ou intellectuelle, mais qui engage toute notre personne et toute notre
vie : « Offrez vos corps en sacrifice, prenez sur vos épaules sa sainte croix et
suivez jusqu’au bout ses très saints commandements » (UffPass XV,13 :
FF 303).
1ère station
Jésus est condamné à mort
De l’Évangile selon saint Jean (19,9-11)
Et rentrant dans le prétoire, [Pilate] dit à Jésus : “D’où es-tu ?”. Mais Jésus
ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit : “C’est à moi que tu ne
parles pas? Ignores-tu que j’ai le pouvoir de te délivrer et le pouvoir de te
crucifier?” Jésus répondit: “Tu n’aurais sur moi aucun
pouvoir, s’il ne t’avait pas été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui m’a
livré à toi a un plus grand péché”.
Des écrits de saint François d’Assise (2 Lfed 28-29 : FF 191)
Que ceux qui ont reçu le pouvoir de juger les autres exercent le jugement avec
miséricorde, comme ils veulent obtenir eux-mêmes miséricorde du Seigneur. Le
jugement, en effet, sera sans miséricorde pour ceux qui n’auront pas fait
miséricorde.
Dans ton entretien avec Pilate, Seigneur Jésus, tu démasques toute prétention
humaine au pouvoir. Aujourd’hui encore, certains croient avoir reçu une autorité
sans limites et pensent pouvoir en user et en abuser à leur guise. Tes paroles
au procurateur romain ne laissent aucune place à l’ambiguïté : « Tu n’aurais
aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut » (Jn 19,
11).
François d’Assise, qui a simplement cherché à suivre tes traces, nous rappelle
que toute autorité devra répondre devant Dieu de la manière dont elle aura
exercé le pouvoir qui lui a été confié : le pouvoir de juger, mais aussi le
pouvoir de déclencher une guerre ou d’y mettre fin, le pouvoir d’éduquer à la
violence ou à la paix, le pouvoir d’alimenter le désir de vengeance ou celui de
la réconciliation, le pouvoir d’utiliser l’économie pour opprimer les peuples ou
pour les libérer de la misère, le pouvoir de bafouer la dignité humaine ou de la
protéger, celui de promouvoir et de défendre la vie ou de la refuser et de
l’étouffer.
Chacun de nous est également appelé à répondre du pouvoir qu’il exerce dans la
vie quotidienne. Toi Jésus, tu lui dis : Fais bon usage du pouvoir qui t’est
donné et souviens-toi que tout ce que tu fais à un être humain, surtout s’il est
petit et fragile, tu le fais à moi. Et c’est à moi que tu devras en répondre un
jour.
Prions en disant : Souviens-toi de moi, Jésus.
| Puisque tu t’identifies à chaque personne jugée : |
|
Souviens-toi de
moi, Jésus. |
| Pour que je ne me laisse pas guider par les préjugés : |
|
Souviens-toi de moi,
Jésus. |
| Pour que le véritable pouvoir soit celui de l’amour : |
|
Souviens-toi de
moi, Jésus. |
| Pour que la miséricorde l’emporte sur le jugement : |
|
Souviens-toi de moi,
Jésus. |
| Pour que le bien soit choisi même lorsqu’il coûte cher : |
|
Souviens-toi de moi,
Jésus. |
2ème station
Jésus est chargé de la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19,14-17)
C’était la Préparation de la Pâque, et environ la sixième heure. Pilate dit aux
Juifs: “Voici votre roi”. Mais ils se mirent à crier: “Qu’il meure! Qu’il meure! Crucifie-le”» Pilate leur
dit: “Crucifierai-je votre roi ?” les Princes des prêtres répondirent: “Nous
n’avons de roi que César”. Alors il le leur livra pour être crucifié. Et ils
prirent Jésus et l’emmenèrent. Jésus, portant sa croix, arriva hors de la ville
au lieu nommé Calvaire, en Hébreu Golgotha.
Des écrits de saint François d’Assise (Amm V, 7-8 : FF 154)
Semblablement, même si tu étais plus beau et plus riche de tous et même si tu
faisais des merveilles au point de mettre en fuite les démons, tout cela t’est
contraire et cela ne t’appartient en rien, et en rien de cela tu ne peux te
glorifier ; mais en ceci nous pouvons nous glorifier : dans nos infirmités et de
porter chaque jour sur notre dos la sainte croix de notre Seigneur Jésus Christ
Le mot “croix” suscite en nous une réaction de rejet plutôt que de désir. Il est
plus facile que naisse en nous la tentation de la fuir plutôt que l’envie de
l’embrasser.
Jésus, je suis sûr qu’il en était de même lorsque la croix a été chargée sur tes
épaules. À Gethsémani, en effet, tu avais demandé au Père d’éloigner de toi
cette coupe, tout en voulant de tout ton cœur accomplir sa volonté. La croix
était le supplice le plus horrible et le plus douloureux, réservé aux esclaves,
aux criminels irrécupérables et aux maudits de Dieu.
Et pourtant, tu l’as embrassée et portée sur tes épaules, puis tu t’es laissé
porter par elle. Non pas parce qu’elle était belle ou attrayante, mais par amour
pour nous. En soulevant ton lourd fardeau, tu savais que tu nous relevais du
poids du mal qui nous écrase et que tu te chargeais du péché qui ruine notre
existence. En embrassant la croix et en la portant sur tes épaules, tu
embrassais notre fragilité et tu te chargeais de notre humanité. Tu prenais sur
toi nos esclavages, nos crimes et même notre malédiction.
Libère-nous, Jésus, de la peur de la croix. Donne-nous la grâce de te suivre sur
ton propre chemin et de n’avoir d’autre gloire que celle de ta croix.
Prions en disant : Délivre-nous, Seigneur.
| Du désir de gloire humaine : |
|
Délivre-nous, Seigneur. |
| De la tentation d’ignorer ceux qui souffrent : |
|
Délivre-nous,
Seigneur. |
| De nous préoccuper seulement de nous-mêmes : |
|
Délivre-nous, Seigneur. |
| De la crainte de nous engager dans la fidélité : |
|
Délivre-nous,
Seigneur. |
| De la peur et du refus de la croix : |
|
Délivre-nous, Seigneur. |
3ème station
Jésus tombe pour la première fois
De l’Évangile selon saint Jean (12,24-25)
En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt
pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie, la
perdra; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie
éternelle.
Des écrits de saint François d’Assise (Amm XXII, 3 : FF 172)
Bienheureux le serviteur qui n’est pas prompt à s’excuser et supporte humblement
la honte et la réprimande d’un péché, là où il n’a pas commis de faute.
Ta vie, Jésus, a été une succession d’abaissements et de descentes. Bien que tu
sois Dieu, tu t’es dépouillé pour devenir homme. De riche que tu étais, tu t’es
fait pauvre. Et arrivé au terme de ta mission, alors que tu portais sur tes
épaules le poids de l’humanité tout entière, tu es tombé sur les pierres dures
de la Via Dolorosa, le chemin que les condamnés à mort parcouraient
devant le peuple de Jérusalem qui accourait comme pour assister à un spectacle.
C’est le début d’un abaissement encore plus profond : la descente dans le
royaume des enfers, la chute dans le mystère de la mort où chacun de nous tombe
à la fin de cette vie terrestre. Mais la tienne est la chute d’un grain de blé
sur la terre, qui est prêt à mourir pour porter du fruit.
Aide-nous, nous aussi, à choisir de rester à terre, aux pieds des autres, plutôt
que de chercher à être en hauteur et à les dominer. Aide-nous à apprendre la
voie de l’humilité, y compris à partir de l’expérience de nos chutes et de nos
humiliations, et à savoir supporter en paix les offenses et les injustices
subies.
Fais que nous te sentions proche, surtout lorsque nous tombons, si proche que
nous nous rendions compte que c’est toi qui nous relèves et nous remets en
chemin. Et fais que nous apprenions nous aussi à faire confiance à la terre,
comme le grain de blé, sachant que la mort, grâce à toi, est le sein de la vie
éternelle.
Prions en disant : Relève-nous, Jésus.
| Quand nous tombons à cause de notre fragilité : |
|
Relève-nous,
Jésus. |
| Quand nous tombons parce que quelqu’un nous fait tomber : |
|
Relève-nous, Jésus. |
| Quand nous tombons à cause de mauvais choix : |
|
Relève-nous,
Jésus. |
| Quand nous tombons dans le désespoir : |
|
Relève-nous,
Jésus. |
| Quand nous tombons dans le mystère de la mort : |
|
Relève-nous,
Jésus. |
4ème station
Jésus rencontre sa Mère
De l’Évangile selon saint Jean (19, 25-27)
Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie,
femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc voyant sa mère et, se tenant
près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: “Femme, voici ton fils”.
Puis il dit au disciple: “Voici ta mère”. Dès cette heure-là, le disciple
l’accueillit comme sienne.
Des écrits de saint François d’Assise (Rb VI, 8 : FF 91)
Qu’avec assurance chacun manifeste à l’autre sa nécessité, car si une mère
chérit et nourrit son fils charnel, avec combien plus d’affection chacun ne
doit-il pas chérir et nourrir son frère spirituel ?
Il est normal que notre mère soit présente au début de notre existence. Il n’est
pas normal qu’elle soit à nos côtés au moment de mourir, car cela signifie que
la vie nous a été arrachée par une maladie, un accident, la violence, le
désespoir. Marie, la femme de laquelle toi, Jésus, tu as été engendré, se tient
à tes côtés sur ton chemin vers le Calvaire et elle se tient près de toi sous la
croix.
Tu lui demandes de donner encore la vie et de continuer à être la mère du
disciple bien-aimé, de chacun de nous, de l’Église, de cette nouvelle humanité
qui naît précisément à l’heure où tu donnes ta vie et où tu meurs. À l’heure la
plus solennelle de ta mission et, avant de tout achever, tu lui demandes d’abord
d’accueillir chacun de nous ; et ce n’est qu’ensuite que tu nous demandes de
l’accueillir. Car la Mère précède toujours. Aux noces de Cana, elle t’avait de
même précédé.
Ô Marie, jette sur chacun de nous un regard de tendresse, mais surtout sur les
nombreuses -trop nombreuses - mères qui, aujourd’hui encore, voient comme toi
leurs enfants arrêtés, torturés, condamnés, tués. Porte un regard de tendresse
sur les mères qui sont réveillées au milieu de la nuit par une nouvelle
déchirante, et pour celles qui veillent à l’hôpital un enfant en train de
s’éteindre. Et donne-nous un cœur maternel, pour comprendre et partager la
souffrance des autres, et apprendre, aussi de cette manière, ce que veut dire
aimer.
Prions en disant : Console-les, ô Mère.
| Les mères qui ont perdu leurs enfants : |
|
Console-les, ô Mère. |
| Les orphelins, spécialement à cause des guerres : |
|
Console-les, ô Mère. |
| Les migrants, les personnes déplacées et les réfugiés : |
|
Console-les,
ô Mère. |
| Ceux qui subissent la torture et des peines injustes : |
|
Console-les, ô Mère. |
| Les désespérés qui ont perdu le sens de la vie : |
|
Console-les, ô Mère. |
| Ceux qui meurent seuls : |
|
Console-les, ô Mère. |
5ème station
Jésus est aidé par Simon de Cyrène à porter la croix
De l’Évangile selon saint Marc (15, 21)
Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et
de Rufus, qui passait par là, revenant des champs.
Des écrits de saint François d’Assise (Amm XVIII,1 : FF 167)
Heureux l’homme qui soutient son prochain selon sa fragilité, autant qu’il
voudrait être soutenu par lui s’il se trouvait dans un cas semblable.
Simon de Cyrène n’était pas volontaire. Il ne s’est pas occupé volontairement de
toi, Jésus, pour t’aider à porter la croix. Probablement savait-il à peu près
qui tu étais. Mais, en t’aidant à porter la croix, quelque chose change en lui
au point qu’il transmettra à ses fils, Alexandre et Rufus, la signification
profonde de ce chemin parcouru avec toi, et ils deviendront les témoins de ta
Pâque dans la première Communauté chrétienne.
Aujourd’hui encore, beaucoup de personnes choisissent de faire quelque chose de
bien pour les autres partout dans le monde. Des milliers de bénévoles risquent
leur vie dans des situations extrêmes pour venir en aide à ceux qui ont besoin
de nourriture, d’éducation, de soins médicaux, de justice. Beaucoup d’entre eux
ne croient même pas en toi, et pourtant, même inconsciemment, ils t’aident
encore à porter la croix. En prenant soin d’autres personnes en chair et en os,
en réalité, une fois encore, ils prennent soin de toi.
Fais, Seigneur, que nous apprenions, nous aussi, à offrir à notre prochain le
soutien que nous aimerions recevoir si nous nous trouvions dans la même
situation. Aide-nous à être des personnes empathiques et compatissantes, non pas
en paroles, mais en actes et en vérité.
Prions en disant : Rends-nous attentifs, Seigneur.
| Aux personnes que nous rencontrons : |
|
Rends-nous attentifs,
Seigneur. |
| Aux personnes pauvres, souffrantes et rejetées : |
|
Rends-nous attentifs,
Seigneur. |
| À ceux qui restent seuls et sans soins : |
|
Rends-nous attentifs,
Seigneur. |
| À ceux qui restent en arrière et tombent : |
|
Rends-nous attentifs,
Seigneur. |
| À ceux qui ne trouvent pas d’écoute : |
|
Rends-nous attentifs,
Seigneur. |
6ème station
Véronique essuie le visage de Jésus
De l’Évangile selon saint Jean (12, 20-21)
Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête.
Ils s’avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui
firent cette demande: “Seigneur, nous voulons voir Jésus”.
Des écrits de saint François d’Assise (Pat 4 : FF 269)
Que ton règne vienne : afin que tu règnes en nous par la grâce et que tu nous
fasses parvenir dans ton royaume, où la vision de toi est sans voile, où l’amour
pour toi est parfait, où la communion avec toi est bienheureuse, où la
jouissance de toi est sans fin.
Celui que les Psaumes avaient chanté comme « le plus beau des fils
de l’homme » (Ps 45, 3) a désormais les traits du Serviteur
souffrant, prophétisé par Isaïe, qui « n’avait ni forme ni beauté
pour attirer nos regards, ni apparence pour exciter notre amour » (Is
53, 2).
Véronique est la gardienne de ton image, Jésus. Elle a pu l’obtenir grâce à ce
geste de charité : essuyer ton visage couvert de sang et de poussière. Véronique
ne nous transmet pas le souvenir d’une image en pose, mais celui de l’homme des
douleurs qui nous a guéris par ses plaies.
Aide-nous, Jésus, à cultiver le désir de voir ton visage. Accorde-nous la grâce
que tu as accordée aux Apôtres de te voir lumineux et transfiguré. Mais
aide-nous surtout à avoir le regard attentif de Véronique qui sait te
reconnaître même dans ta beauté défigurée. Et rends-nous capables aujourd’hui
d’essuyer ton visage encore couvert de poussière et de sang, défiguré par tout
acte qui bafoue la dignité de toute personne humaine.
Prions en disant : Jésus, aide-nous à te reconnaître.
| Quand ton visage est défiguré : |
|
Jésus, aide-nous à te
reconnaître. |
| Dans chaque personne condamnée par les préjugés : |
|
Jésus, aide-nous à te
reconnaître. |
| Dans le pauvre privé de sa dignité : |
|
Jésus, aide-nous à te
reconnaître. |
| Dans les femmes victimes de la traite et réduites en esclavage : |
|
Jésus, aide-nous à te
reconnaître. |
| Dans les enfants à qui l’on a volé l’enfance et compromis l’avenir :
|
|
Jésus, aide-nous à te
reconnaître. |
7ème station
Jésus tombe pour la deuxième fois
De l’Évangile selon saint Jean (13, 3-5)
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu
et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un
linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors
il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il
avait à la ceinture.
Des écrits de saint François d’Assise (Rnb V, 13-14 : FF 20)
Qu’aucun frère ne fasse du mal ou ne dise du mal à un autre ; bien plus, par la
charité de l’esprit, qu’ils se servent volontiers et s’obéissent mutuellement.
Toute ta vie, Jésus, tu n’as cessé de te baisser et de t’abaisser. Lorsque tu as
lavé les pieds de tes disciples, lors de la Cène, tu as laissé un exemple, un
enseignement et une prophétie : l’exemple du service, l’enseignement de l’amour
fraternel et la prophétie du don de la vie. François d’Assise a été si
profondément touché par ton abaissement qu’il a voulu nous recommander de nous
laver les pieds les uns les autres, c’est-à-dire d’être toujours prêts à servir
nos frères. Il a également souhaité que cet Évangile lui soit lu le soir du 3
octobre, il y a huit siècles, peu avant sa mort.
La prophétie de ta résurrection se trouve déjà contenue dans ton amour pour nous
jusqu’à la fin, jusqu’à donner ta vie pour nous. Car un amour aussi grand est
plus fort que la mort. Un amour aussi grand révèle le sens ultime de l’amour :
conduis‑nous dans la vie même de Dieu.
Lorsque tu tombes, Jésus, tu le fais pour nous relever de nos chutes. Lorsque tu
tombes, tu le fais pour relever ceux qui sont écrasés par l’injustice, le
mensonge, toute forme d’exploitation et tout type de violence, par la misère
qu’a produite une économie axée sur le profit individuel plutôt que sur le bien
commun. Quand tu tombes, tu le fais pour me relever moi aussi.
Prions en disant : Relève-nous, Seigneur.
| Quand nos erreurs nous écrasent : |
|
Relève-nous,
Seigneur. |
| Quand le poids de la responsabilité nous oppresse : |
|
Relève-nous,
Seigneur. |
| Quand nous tombons dans la dépression : |
|
Relève-nous,
Seigneur. |
| Quand nous manquons à nos choix : |
|
Relève-nous,
Seigneur. |
| Quand nous sommes aspirés par une dépendance : |
|
Relève-nous,
Seigneur. |
8ème station
Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
De l’Évangile selon saint Luc (23, 27-31)
Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient
la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Filles
de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos
enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : “Heureuses les femmes stériles,
celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !” Alors on dira aux
montagnes : “Tombez sur nous”, et aux collines : “Cachez-nous.” Car si l’on
traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »
Des écrits de saint François d’Assise (Pater 5: FF 270)
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel : afin que nous t’aimions
de tout notre cœur en pensant toujours à toi ; de toute notre âme en te désirant
toujours ; de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans et ne
poursuivant toujours que ta seule gloire ; de toutes nos forces en dépensant
toutes nos énergies et tous les sens de notre âme et de notre corps au service
de ton amour et de rien d’autre. Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes ;
en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir, en partageant leur bonheur
comme s’il était le nôtre, en les aidant à supporter leurs malheurs, en ne leur
faisant nulle offense.
Les femmes t’ont toujours suivi et aidé, Jésus, depuis le début de ta
prédication. Elles sont encore là aujourd’hui, même sous la croix. Là où il y a
une souffrance ou un besoin, les femmes sont présentes : dans les hôpitaux et
les maisons de retraite, dans les communautés thérapeutiques et d’accueil, dans
les foyers pour les mineurs les plus fragiles, dans les avant-postes les plus
reculés de la mission pour ouvrir des écoles et des dispensaires, dans les zones
de guerre et de conflit pour secourir les blessés et consoler les survivants.
Les femmes t’ont pris au sérieux ; elles ont également pris au sérieux tes
paroles dures. Depuis des siècles, elles pleurent sur elles-mêmes et sur leurs
enfants : emmenés et emprisonnés lors d’une manifestation, déportés par des
politiques sans compassion, naufragés lors de voyages désespérés vers
l’espérance, décimés dans les zones de guerre, anéantis dans les camps
d’extermination.
Les femmes continuent de pleurer. Donne aussi à chacun de nous, Seigneur, un
cœur compatissant, un cœur maternel, ainsi que la capacité de ressentir la
souffrance des autres comme la nôtre. Accorde-nous encore des larmes, Seigneur,
afin que notre conscience ne se dissolve pas dans les brumes de l’indifférence
et que nous restions humains.
Prions en disant : Donne-nous des larmes, Seigneur.
| Pour pleurer sur les désastres des guerres : |
|
Donne-nous des larmes,
Seigneur. |
| Pour pleurer sur les massacres et les génocides : |
|
Donne-nous des larmes,
Seigneur. |
| Pour pleurer avec les mères et les épouses : |
|
Donne-nous des larmes,
Seigneur. |
| Pour pleurer sur le cynisme des tyrans : |
|
Donne-nous des larmes,
Seigneur. |
| Pour pleurer sur notre indifférence : |
|
Donne-nous des larmes,
Seigneur. |
10ème station
Jésus est dépouillé de ses vêtements
De l’Évangile selon saint Jean (19, 23-24)
Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent
quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une
tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se
dirent entre eux : “Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui
l’aura”. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé
mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les
soldats.
Des écrits de saint François d’Assise (Lord, 28-29: FF 221)
Regardez, mes frères, l’humilité de Dieu, et ouvrez-lui vos cœurs ;
humiliez-vous vous aussi, afin qu’il vous exalte. Ne retenez donc rien pour
vous, afin que celui qui vous offre tout vous accueille tout entier.
Jésus, tu avais choisi toi-même de te dépouiller de ta gloire divine pour
revêtir « la vraie chair de notre humanité et de notre fragilité » (Saint
François, 2 Lfed 4 : FF 181). Et maintenant, on t’arrache tes
vêtements avec une volonté cruelle de t’humilier et de te dépouiller également
de ta dignité humaine. C’est une tentative qui se répète sans cesse, même de nos
jours. Les régimes autoritaires la pratiquent lorsqu’ils obligent les
prisonniers à rester à demi nus dans une cellule dépouillée ou dans une cour.
Les tortionnaires la pratiquent lorsqu’ils ne se contentent pas d’arracher les
vêtements, mais aussi la peau et la chair. La pratiquent ceux qui autorisent et
utilisent des formes de perquisition et de contrôle qui ne respectent pas la
dignité de la personne. La pratiquent les violeurs et les agresseurs qui
traitent leurs victimes comme des objets. L’industrie du spectacle la pratique,
lorsqu’elle exhibe la nudité pour gagner quelques spectateurs supplémentaires.
Le monde de l’information la pratique, lorsqu’il met les personnes à nu devant
l’opinion publique. Et parfois, nous faisons de même, avec notre curiosité qui
ne respecte ni la pudeur, ni l’intimité, ni la vie privée des autres.
Rappelle-nous, Seigneur, que chaque fois que nous ne reconnaissons pas la
dignité d’autrui, la nôtre s’en trouve ternie, et chaque fois que nous
approuvons ou pratiquons un comportement inhumain envers un autre être humain,
c’est nous-mêmes qui devenons moins humains.
Prions en disant: Revêts-nous, Jésus.
| De ton humilité infinie : |
Revêts-nous, Jésus. |
| Du respect pour chaque être humain : |
Revêts-nous, Jésus. |
| Du sentiment de compassion : |
Revêts-nous, Jésus. |
| D’un sens renouvelé de la pudeur : |
Revêts-nous, Jésus. |
| De la force pour défendre la dignité de toute personne : |
Revêts-nous, Jésus. |
11ème station
Jésus est cloué sur la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19, 17-19)
Portant sa croix, Jésus sortit en direction du lieu-dit Le Crâne (ou Calvaire),
qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres
avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau
qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : “Jésus le Nazaréen, roi des
Juifs”.
Des écrits de saint François d’Assise (Cant 23-26: FF 263)
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi et
supportent maladies et tribulations. Heureux ceux qui les supportent en paix,
car par toi, Très Haut, ils seront couronnés.
Cloué sur la croix comme un malfaiteur, mais avec un titre qui révèle ta
royauté, tu nous montres, ô Jésus, ce qu’est le véritable pouvoir. Non pas celui
de ceux qui pensent disposer de la vie d’autrui en donnant la mort, mais celui
de ceux qui peuvent réellement vaincre la mort en donnant la vie, et qui donnent
la vie même en acceptant la mort. Tu manifestes que le pouvoir véritable n’est
pas celui de ceux qui utilisent la force et la violence pour s’imposer. Il est
celui de ceux qui se chargent du mal de l’humanité, du nôtre, du mien, et qui
l’anéantissent par la puissance de l’amour qui se manifeste dans le pardon. Tu
es Roi et tu règnes depuis la croix. Tu ne te sers pas de la puissance apparente
des armées, mais de l’impuissance apparente de l’amour qui se laisse crucifier.
Tu es Roi et ta croix devient l’axe autour duquel tournent l’histoire et
l’univers tout entier, afin de ne pas sombrer dans l’enfer de l’incapacité
d’aimer.
Toi, Roi crucifié, tu nous rappelles que pour participer à ta royauté nous
devons nous aussi apprendre à pardonner par amour pour toi, et à supporter dans
la paix les difficultés de la vie ; car ce n’est pas l’amour de la force qui
triomphe, mais la force de l’amour.
Prions en disant: Apprends-nous à aimer.
| Quand nous subissons une injustice : |
Apprends-nous à aimer. |
| Quand nous désirons la vengeance : |
Apprends-nous à aimer. |
| Quand nous sommes tentés par la violence : |
Apprends-nous à aimer. |
| Quand nous pensons que le pardon est impossible : |
Apprends-nous à aimer. |
| Quand nous nous sentons crucifiés : |
Apprends-nous à aimer. |
12ème station
Jésus meurt sur la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19, 28-30)
Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture
s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : “J’ai soif”. Il y avait là un
récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce
vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut
pris le vinaigre, Jésus dit : “Tout est accompli”. Puis, inclinant la tête, il
remit l’esprit.
Des écrits de saint François d’Assise (2Lfed 11-13: FF 184)
Et telle fut la volonté du Père : que son Fils béni et glorieux, qu’il nous
donna et qui est né pour nous, s’offrit lui-même par son propre sang en
sacrifice et en victime sur l’autel de la croix ; non pour lui par qui tout a
été fait, mais pour nos péchés, nous laissant un exemple pour que nous suivions
ses traces.
“Tout est accompli”. Cela ne signifie pas que tout est fini, mais que la raison
pour laquelle toi, Jésus, tu t’es fait l’un de nous a trouvé son
accomplissement. Tu as accompli la mission que le Père t’avait confiée et tu
peux maintenant retourner vers Lui et nous emmener avec toi.
Désormais, nous savons qu’en nous laissant attirer par toi, en levant notre
regard vers toi, nous nous trouvons devant Celui qui nous réconcilie, qui efface
notre “dette”, qui nous introduit dans le Sanctuaire qu’est la vie même de Dieu.
Nous nous trouvons devant Celui qui, en réalisant le but de l’incarnation, nous
donne la possibilité de réaliser le sens profond de notre propre vie : devenir
enfants de Dieu, être les chefs-d’œuvre de Dieu.
Aide-nous, Seigneur, à accueillir le don du Saint-Esprit que tu as répandu sur
nous dès l’heure de ta mort sur la croix, et fais qu’avec toi nous puissions
nous aussi passer de ce monde au Père.
Prions en disant : Donnes-nous ton Esprit, Seigneur.
| Pour que nous devenions des créatures nouvelles et que nous vivions en Dieu :
|
|
Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
| Pour que nous fassions l’expérience de l’effacement de notre dette :
|
|
Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
| Pour que nous puissions prier “Abba, Père” :
|
|
Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
| Pour que nous accueillions toute personne comme un frère et une sœur :
|
|
Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
| Pour que nous découvrions le sens ultime de la vie :
|
|
Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
13ème station
Jésus est descendu de la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19, 38-39)
Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par
crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et
Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui
qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il
apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres.
Des écrits de saint François d’Assise (Cant 27-31 : FF 263)
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme
vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels.
Heureux ceux qu’elle trouvera dans tes très saintes volontés car la seconde mort
ne leur fera pas mal.
Jésus vient de mourir, et sa mort commence déjà à porter ses premiers fruits.
Joseph d’Arimathie et Nicodème qui étaient disciples de Jésus, mais en secret
car ils avaient peur de s’exposer, trouvent maintenant le courage d’aller voir
Pilate pour lui demander son corps. Ils accomplissent de la sorte un geste de
compassion humaine, celui de descendre de la croix un condamné et de l’enterrer
avec dignité et décence.
Il ne devrait jamais y avoir de cadavres non restitués et non enterrés : les
mères, les parents et les amis des condamnés ne devraient jamais être contraints
de s’humilier devant les autorités pour voir restitués les restes meurtris d’un
proche. Le corps d’un défunt conserve la dignité de la personne et ne peut être
bafoué, dissimulé, détruit, non restitué ou privé d’une sépulture convenable.
Non seulement le corps d’une personne respectable mais aussi celui d’un criminel
mérite le respect.
Ô Jésus, tu as été injustement capturé, torturé, jugé, condamné et tué, mais ton
corps a été rendu et honoré ; fais en sorte que notre époque, qui a perdu le
respect des vivants, conserve au moins celui des morts.
Prions en disant : Apprends-nous la compassion.
| Pour ressentir la souffrance des prisonniers : |
|
Apprends-nous la
compassion. |
| Pour être solidaires avec les prisonniers politiques : |
|
Apprends-nous la
compassion. |
| Pour comprendre les familles des otages : |
|
Apprends-nous la
compassion. |
| Pour pleurer les morts sous les décombres : |
|
Apprends-nous la
compassion. |
| Pour avoir du respect pour tous les défunts : |
|
Apprends-nous la
compassion. |
Au terme de ce Chemin de Croix, faisons nôtre la prière par laquelle saint
François nous invite à vivre notre vie comme un chemin d’engagement progressif
dans la relation d’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
Concluons par l’ancienne bénédiction biblique (cf. Nm 6, 24-26), avec laquelle saint François bénissait habituellement les
frères et tout le peuple, au point de devenir “sa” bénédiction (cf. BfL :
FF 262).
Le Seigneur soit avec vous.
℟. Et avec votre esprit.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde.
℟. Amen
Que le Seigneur fasse briller sur vous son visage et vous prenne en grâce.
℟. Amen
Que le Seigneur tourne vers vous son visage et qu’il vous apporte la paix.
℟. Amen