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24 - 15.10.2008
RÉSUMÉ
-
DIX-SEPTIÈME CONGRÉGATION GÉNÉRALE (MERCREDI 15 OCTOBRE 2008,
APRÈS-MIDI)
- AVIS
DIX-SEPTIÈME CONGRÉGATION GÉNÉRALE (MERCREDI 15
OCTOBRE 2008, APRÈS-MIDI)
- RAPPORT APRÈS LE DÉBAT
GÉNÉRAL
Mercredi 15 octobre 2008, à 16h30, avec la prière de l’Adsumus, a
débuté la Dix-septimème Congrégation générale pour le Rapport après
le Débat général (Relatio post disceptationem).
Le Président Délégué du jour était S.Ém. le Card. Odilo Pedro
SCHERER, Archevêque de São Paulo (BRÉSIL).
À l’ouverture de la Dix-septième Congrégation générale, Mgr Nikola
ETEROVIĆ, Archevêque de Sisak, Secrétaire Général du Synode des
Évêques, a remercié l’Université Pontificale Salésienne, qui a
fourni, pour l’emploi en Salle, des traductions
interconfessionnelles de la Bible dans les différentes langues.
À cette Congrégation générale qui s’est conclue à 19h00, avec la
prière de l’Angelus Domini, étaient présents 236 Pères.
Dans les Congrégations Généraux précédentes sont intervenus 229
Pères synodaux. Les interventions de trois autres Pères synodaux
seront publiées “in scriptis”. En plus, sont intervenus 9 Délégués
fraternels et 22 Auditeurs.
RAPPORT APRÈS LE DÉBAT
GÉNÉRAL
Lors de cette Dix-septième Congrégation générale, le Rapporteur
général, S.Ém. le Card. OUELLET, P.S.S., Archevêque de Québec
(CANADA) est intervenu pour la lecture en latin du Rapport après le
Débat général (Relatio post disceptationem). Dans son second rapport,
en conclusion du Débat général sur le thème synodal en Salle, le
Rapporteur général a fait la synthèse des différentes interventions
qui se sont suivies lors des journées dans les Congrégations
générales et a proposé certaines lignes d’orientation pour faciliter
les travaux des Carrefours.
Nous publions, ci-dessous, la traduction en français de la
présentation et de l’intégralité du texte du Rapport après le Débat
général. Dans les éditions linguistiques respectives, nous publions
la version originale en latin ; les traductions en italien, anglais,
français, espagnol et allemand de la présentation du Rapport.
Présentation
Le Rapport après le Débat général (Relatio post disceptationem)
présenté par le Rapporteur général, S. Ém. le Card. Marc OUELLET,
s’est ouvert en mettant en évidence comment la discussion initiale
dans la salle du Synode sur le thème La Parole de Dieu dans la vie
et la mission de l’Église s’est déroulée dans une atmosphère
fraternelle d’écoute de la Parole de Dieu et d’attention à la
présence du Seigneur au milieu de ses disciples, climat favorisé par
la Messe inaugurale en la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, par
la Célébration du 50e anniversaire de la mort du Serviteur de Dieu
et Souverain Pontife Pie XII et par la Canonisation de quatre
nouveaux saints, qui ont déterminé un cadre de prière privilégié
pour les travaux synodaux et exprimé la vie même de l’Église.
Selon le Règlement du Synode des Évêques, a expliqué le Rapporteur
général, le rôle du Rapport après le Débat général est celui de
présenter une synthèse de la discussion tenue en salle, pour faire
émerger les éléments principaux sur lesquels se poursuivra la
discussion dans les Carrefours. Dans le rapport, un cadre d’ensemble
est offert à la réflexion des Pères Synodaux afin de faciliter l’approfondissement
du thème et la préparation des propositions pastorales à soumettre à
l’attention du Saint-Père. Une telle synthèse émerge des
interventions prononcées en salle après le Rapport avant la
Discussion générale (Relatio ante disceptationem) et est élaborée à
partir d’un cadre général en dix chapitres, choisis par le
Rapporteur général et développés avec l’aide du Secrétaire spécial
et des Experts. En suivant la division utilisée dans le cadre du
Document de travail, elle est présentée en trois parties:
La première partie a pour titre “Dieu nous écoute” et contient trois
points: 1- Révélation, création, histoire du salut; 2- Le Christ,
l’Esprit et l’Église; 3- Parole de Dieu, liturgie, écoute.
Le premier point part de la considération de la réflexion du
Saint-Père Benoît XVI qui, commentant le Psaume 18, a rappelé que la
Parole de Dieu est solide, constitue la réalité, le fondement stable
et durable de toute chose. À partir de cette invitation à un nouveau
réalisme fondé sur la Parole de Dieu, l’Assemblée Synodale - a
expliqué le Rapporteur général - a entrepris une précieuse
discussion. La synthèse se poursuit en traitant les arguments de la
“Révélation et le dialogue intratrinitaire”, le caractère dialogique
de la Parole, dont le fondement se trouve dans le mystère de la
Trinité et qui appelle l’homme au dialogue; la “Parole de Dieu et l’histoire
du salut”, la révélation comme mouvement dialogique dans lequel Dieu
s’adresse à sa créature et la conduit à la plénitude du salut; enfin
l’histoire du salut, qui s’est réalisé dans l’Incarnation, la mort
et la Résurrection du Verbe et par le don définitif du Saint Esprit.
Le second point présente le Christ, plénitude et accomplissement de
la révélation trinitaire; le Christ, unique médiateur, et le
dialogue; le mystère de l’Église, l’action de l’Esprit Saint et l’interprétation
des Écritures.
Le troisième point rappelle la dimension sacramentelle inhérente à
la Parole de Dieu et l’importance, soulignée par un grand nombre d’interventions
des Pères Synodaux, que le rapport existant entre la Parole de Dieu
et la liturgie et, en particulier, la liturgie eucharistique, soit
renforcée; la dimension anthropologique de la révélation de Dieu
dans sa Parole, par laquelle l’homme est un être appelé à l’écoute
de la Parole; l’Église, mère et maîtresse d’écoute de la Parole de
Dieu; enfin le rapport entre Parole et vocation, la Parole et les
pauvres, Parole, silence et prière, Parole et foi, Parole et
sainteté.
La deuxième partie s’intitule: “Parole de Dieu, Écriture Sainte,
Tradition” et est développée en quatre points: 1- Événement,
rencontre, interprétation; 2- Unité, primat, circularité; 3-
Eucharistie, homélie, communauté; 4- Exégèse, théologie, lectio
divina.
Dans le premier point, “Événement, rencontre, interprétation”, la
Parole de Dieu est présentée comme événement dans l’histoire. Il est
rappelé que de nombreuses interventions en salle ont souligné le
fait que la Parole de Dieu en tant que telle ne s’identifie pas
seulement avec la Sainte Écriture , bien que les deux termes soient
souvent considérés comme synonymes. La doctrine exprimée en effet
par la Dei Verbum affirme clairement que la Parole de Dieu nous est
transmise de manière inséparable par la Parole écrite inspirée (Écritures
Saintes) et par la Tradition vivante de l’Église. La synthèse se
poursuit en traitant de l’interprétation et du lien entre la Sainte
Écriture et la vie du croyant dans l’Église; la Parole de Dieu et
les défis culturels de notre temps.
Dans le deuxième point, intitulé “Unité, primat, circularité”, sont
présentés les thèmes de l’unité et du primat de la Parole de Dieu,
de l’unité dans la relation entre Écriture, Tradition et Magistère
exprimée dans la Dei Verbum; l’oeuvre de l’Esprit Saint dans la
triple connexion Écriture-Tradition-Magistère.Le troisième point
“Eucharistie, homélie, communauté” traite de la relation entre l’Écriture
et l’Eucharistie, avec la question, ayant émergé au cours de la
discussion synodale, de savoir comment favoriser parmi les fidèles,
une perception plus unitaire de ce rapport; la dimension
sacramentelle de la Parole, Parole et dimension eschatologique; la
célébration de la Parole; l’importance de l’homélie; l’art comme
forme analogique de prédication; enfin le rapport entre Parole de
Dieu, célébration et communauté.
Le quatrième point, “Exégèse, théologie, lectio divina”, traite du
rapport entre exégèse et théologie et présente la Lectio divina
comme lecture individuelle et communautaire d’un passage, rappelant
que l’approche au texte sacré, lorsqu’elle est faite personnellement
par le fidèle, ne peut être séparée de la communion et du contexte
ecclésial.
Enfin, la troisième partie s’intitule “Parole de Dieu, mission et
dialogue” et comprend trois points: 1- Témoignage, kérygme,
catéchèse; 2- Culture, dialogue, engagement; 3- Communication,
proclamation, traductions. Dans cette partie, au deuxième point,
“Culture, dialogue, engagement”, la Parole de Dieu est présentée
comme lien oecuménique et source de dialogue entre croyants et juifs;
la synthèse se poursuit en présentant la Parole de Dieu dans le
cadre du dialogue interreligieux, dans le rapport avec les cultures
et comme appel à l’engagement. Il y est souligné que nombre de Pères
Synodaux ont parlé d’inculturation et qu’une intervention en salle
en a illustré le fondement christologique. Le dernier point met en
lumière l’urgence, fréquemment exprimée par les Pères Synodaux, de
rendre la Bible disponible en toutes les langues, y compris celles
qui ne sont pas écrites; il évoque les nouvelles possibilités de
transmission des Écritures Saintes au travers des moyens de
communication modernes, souligne la proposition, avancée par
plusieurs Pères Synodaux, de créer un ministère spécifique ou de
valoriser le lectorat dans l’Église.
Dans les conclusions, le Rapporteur général a enfin rappelé comment
tous les Pères Synodaux perçoivent l’urgence de l’annonce de l’Évangile
et comment les nouvelles possibilités de communication invitent à
prendre des initiatives originales pour faire connaître et aimer le
Christ et les Écritures, pour favoriser l’unité des Chrétiens et
contribuer à la justice et à la paix dans le monde. Au terme du
Rapport, quelques questions sont posées qui peuvent être utiles dans
le cadre des Carrefours.
[00291-03.04] [NNNNN] [Texte original: italien]
Traduction en français de l’intégralité du texte original en latin
Introduction
«Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis là au milieu d’eux»
(Mt18, 20).
La discussion initiale dans l’aula synodale sur la Parole de Dieu
dans la vie et la mission de l’Église s’est déroulée dans une
atmosphère fraternelle d’écoute de la Parole de Dieu et d’attention
à la présence du Seigneur au milieu de ses disciples. Ce climat a
été facilité par la messe d’ouverture à Saint-Paul-hors-les-murs, la
célébration du 50ième anniversaire de la mort du serviteur de Dieu
Pie XII et la canonisation de quatre nouveaux saints, qui ont fourni
à nos travaux un cadre de prière privilégié exprimant la vie même de
l’Église. Comme vous tous, j’ai été profondément édifié par les
informations, les enseignements et les témoignages entendus dans
cette enceinte. J’en rends grâces à Dieu et je remercie aussi chacun
et chacune d’entre vous de votre participation.
« En cette année paulinienne, a dit le Saint Père Benoît XVI à la
messe d’ouverture, nous entendrons résonner avec une urgence
particulière le cri de l’apôtre des nations : Oui, malheur à moi si
je n’annonçais pas l’Évangile » (1 Co 9, 16). « Que les Saints
viennent à notre aide, en particulier l’apôtre Paul, qu’au cours de
cette année nous découvrons toujours plus comme témoin intrépide et
héraut de la Parole de Dieu ».
Selon l’Ordo Synodi Episcoporum, le rôle de la Relatio post
Disceptationem est de présenter une synthèse du débat tenu dans
l’aula, en vue de préciser les points majeurs sur lesquels la
discussion se poursuivra dans les groupes linguistiques. Dans les
pages qui suivent, une reprise de l’ensemble est donc offerte à la
réflexion des Pères synodaux afin de faciliter l’approfondissement
du thème et la préparation des propositions pastorales à l’intention
du Saint-Père. Cette synthèse émerge des interventions faites dans
l’aula à la suite de la Relatio ante Disceptationem et ne peut
évidemment pas couvrir tous les aspects qui ont été touchés par les
orateurs. Elle a été élaborée à partir d’un cadre général en dix
chapitres que j’ai choisi et développé avec l’aide du Secrétaire
spécial et des experts, que je remercie vivement de leur précieuse
collaboration.
Ce cadre reprend globalement la division de l’Instrumentum laboris
que nous avons suivi pour la discussion. Des questions d’approfondissement
en vue de la formulation des orientations pastorales sont émises à
la fin de certains paragraphes ou reprises sous forme de brefs
énoncés dans une liste à la fin.
J’ai divisé la matière en trois parties, la première sous le titre :
Dieu parle et écoute, qui contient trois points: 1) Révélation,
création, histoire du salut; 2) Le Christ, l’Esprit et l’Église ; 3)
Parole de Dieu, liturgie, écoute. La deuxième partie s’intitule:
Parole de Dieu, Sainte Écriture, Tradition et développe quatre
points: 1) Événement, rencontre, interprétation; 2) Unité, primauté,
circularité; 3) Eucharistie, homélie, communauté; 4) Exégèse,
théologie, lectio divina. Enfin, la troisième partie s’intitule:
Parole de Dieu, mission, dialogue et comprend trois points: 1)
Témoignage, kérygme, catéchèse; 2) Culture, dialogue, engagement; 3)
Communication, proclamation, traductions.
I. DIEU PARLE ET ÉCOUTE
1. RÉVÉLATION, CRÉATION, HISTOIRE DU SALUT
1. La Parole de Dieu comme fondement de la réalité
Le Saint Père, Benoît XVI, au début de cette assemblée synodale nous
a rappelé, en commentant le Psaume 118, que la Parole de Dieu est
solide, est la réalité, est le fondement stable et durable de toute
chose; par conséquent, l’homme vraiment réaliste est celui qui
construit sur le fondement de la Parole (cf. Gn 1; Mt 7, 24-27).
Tout est créé dans la Parole; aussi le but de la création est qu’il
y ait la rencontre entre Dieu et sa créature. C’est pourquoi, le
Christ est le ‘prototokos’ (Col 1, 15), «le premier né de toute la
création»; l’histoire du salut, l’alliance, précède la création (Benoît
XVI, homélie de l’office de Tierce, lundi 6 octobre). Pour cela,
seul celui qui entre dans la Parole de Dieu entre véritablement dans
le monde, comprend la création et se comprend lui-même. À partir de
cette invitation à un nouveau réalisme fondé sur la Parole de Dieu,
notre assemblée synodale a engagé un précieux débat.
2. Révélation et dialogue intratrinitaire
Un premier thème fondamental a émergé à plusieurs reprises dans
l’assemblée synodale; celui de la relation entre Parole et dialogue
entre Dieu et tous les hommes. La thématique concernant le dialogue
a émergé non pas en termes généraux, mais dans un cadre trinitaire.
Quelques interventions en effet ont rappelé que la première réalité,
que la Parole de Dieu nous présente est la suivante: le Dieu des
chrétiens est le Dieu qui parle, le Dieu qui se communique Lui-même
et révèle son mystère de Salut dans sa Parole (cf. DV 2). Ceci nous
place immédiatement dans l’horizon trinitaire de la Révélation: «la
patrie de la Parole de Dieu» est la Trinité. Nous pouvons dire que
la Révélation est autocommunication de la Très Sainte Trinité à l’homme,
ce dernier appelé ainsi à participer, comme «fils dans le Fils» (Ga
4, 6), à la même vie divine (cf. DV 2).
3. La Parole de Dieu appelle l’homme au dialogue
De cette manière, comme l’on souligné les interventions de quelques
Pères synodaux, la Révélation chrétienne a, de par sa nature, un
caractère dialogique, dont le fondement se trouve dans le mystère de
la Trinité. La vie même de la Trinité est dialogue d’amour entre les
personnes divines: l’amour du Père qui s’exprime et se donne
lui-même dans sa Parole éternelle, dans le mystère de l’éternelle
génération du Fils, lequel à son tour s’accueille lui-même
éternellement du Père et répond à ce don, l’être éternellement
engendré, dans leur commun Esprit Saint. Selon les grands docteurs
médiévaux saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, les réalités
créées procèdent de la Parole du Dieu trinitaire dans le
prolongement des processions du Verbe et de l’Esprit.
La Parole de Dieu qui se communique à nous dans la révélation porte
en elle-même cette structure profondément dialogale et nous appelle
au dialogue avec le Dieu qui parle et qui s’adresse à nous comme à
des amis (cf. DV 2). Ainsi, créés au moyen de la Parole, nous sommes
appelés à entrer en dialogue avec Dieu Trinité. Face au mystère de
la communication que Dieu fait de lui-même dans sa Parole, Lui-même
devient un «Tu» pour l’homme.
4. Parole de Dieu et histoire du salut
À partir de là, nous comprenons la «belle notion d’histoire du salut»
(IL 10, 25, 34); ce concept, comme quelques interventions l’ont mis
en évidence, exprime de manière efficace le changement d’une vision
intellectualiste en une vision dynamique de la révélation. Cette
dernière aide à comprendre de manière unitaire le plan de Dieu et sa
révélation en son ensemble comme un mouvement dialogique dans lequel
Dieu s’adresse à sa créature, par «des gestes et des paroles
intrinsèquement connexes» (DV 2), et l’engage, en la conduisant à la
plénitude du salut.
C’est dans cette perspective qu’à plusieurs reprises, dans l’aula
synodale, fut évoquée l’observation de Benoît XVI à l’effet que la
Parole de Dieu «n’est pas seulement informative mais aussi
performative», puisqu’elle se réalise dans l’histoire au moment même
où elle se dit (cf. Gn 1, 3.6.9.11.20.24). À ce propos, un
intervenant a affirmé ceci: «Dieu a inauguré un dialogue vivant avec
l’humanité et sa Parole ouvre à toutes générations des horizons
inattendus de vérité et de vérification”.
En ce sens, on peut comprendre pourquoi le christianisme est une
religion de la ‘parole’ et non du ‘livre’; elle est religion de la
Parole qui dialogue et rencontre tout homme en l’appelant à la
communion.
5. Analogia Verbi – symphonie à plusieurs voix
De cette manière, on trouve ici, en plus de la Parole de Dieu dans
la Sainte Écriture et dans la Tradition vivante de l’Église, d’autres
éléments de cette symphonie à plusieurs voix. Dans l’aula synodale,
plusieurs interventions n’ont pas manqué de souligner les divers
modes de la présence de la Parole de Dieu. À partir de la Parole
définitive, Jésus Christ, s’ouvre devant nous un vaste champ qui
mérite d’être approfondi en lien avec d’autres manifestations de la
Parole. De la Création jusqu’aux événements de l’histoire et même à
l’art inspiré par la foi, tout cela, à des degrés divers, peut être
compris comme des formes analogiques de la Parole qui ne se
comprennent, en dernière analyse, qu’en référence à l’événement du
Christ lui-même. Dans cette perspective, la création elle-même est
lue à la lumière de l’accomplissement de l’histoire du salut qui
s’est réalisée dans l’incarnation, la mort et la résurrection du
Verbe et dans le don définitif du Saint Esprit. Cela ne supprime pas
mais rehausse la signification de la création elle-même en tant que
livre de la nature.
Un intervenant a synthétisé de la manière suivante cette idée de la
Parole de Dieu qui se vérifie dans l’Écriture en relation avec d’autres
expressions de la Parole de Dieu: «À travers l’Écriture, l’Église
nous offre une grammaire et nous éduque à l’écoute, de telle manière
que nous apprenions à discerner les diverses paroles de Dieu au
milieu des voix de la nature, de l’histoire et des cultures, aussi
bien que dans notre propre existence».
Comment approfondir cette dimension dialogique de la révélation,
tant dans la théologie que dans la praxis pastorale de l’Église?
Comment aider les fidèles à regarder toute la réalité à la lumière
du Christ, capable de créer en nous une nouvelle mentalité? Comment
apprendre à voir en toutes choses un signe de la Parole de Dieu qui
nous interpelle et nous appelle à la conversion?
2. LE CHRIST, L’ESPRIT ET L’ÉGLISE
6. Le Christ, plénitude et accomplissement de la révélation
trinitaire
La notion d’Alliance qui, dans le dessein de Dieu, précède la
création elle-même, exprime bien l’actualisation présente et
efficace de la Parole de Dieu, qui s’est accomplie parfaitement dans
l’incarnation, la mort et la résurrection du Christ et à laquelle
nous participons au moyen de la vie de l’Église. Là, les diverses
étapes, mises en évidence par la théologie paulinienne regardant la
trajectoire du mystère, trouvent leur unité intrinsèque: mystère
caché depuis les siècles en Dieu et maintenant révélé pleinement
dans le Christ, dans l’Esprit Saint, et donné à connaître aux
Gentils par le moyen de l’Évangile (Rm 12, 25-26; Col 1, 26-27; Ep
3, 3-12). Dans cette perspective, apparaît l’unité intime entre le
mystère révélé par Dieu et la Parole de Dieu. Une telle relation
apparaît chargée de multiples implications, tant théologiques que
pastorales.
La clef dynamique et dialogale de la révélation et de la Parole de
Dieu nous fait regarder toute l’histoire du salut en y reconnaissant
une concentration christologique – comme l’a fait Dei Verbum – par
laquelle nous reconnaissons et nous confessons le Christ comme le
médiateur et la plénitude de la révélation (DV 2.4.7.15.16.17).
7. Le Christ, unique médiateur, et le dialogue
Le Christ apparaît dans l’histoire du salut comme la Parole de Dieu
incarnée qui accomplit et porte à son achèvement la révélation de
Dieu (cf. He 1, 1-2). Ce que nous savons du Dieu Trine, c’est Jésus
qui nous l’a fait connaître. Le Fils incarné est le Révélateur du
Père (Jn 1, 18). Mais l’Esprit nous conduit à la pleine connaissance
de la révélation de Dieu apportée par Jésus (Jn 16, 13). L’histoire
du salut, en tant qu’histoire du mystérieux dialogue entre Dieu et
sa créature, trouve ici son accomplissement indépassable. Dans la
Parole incarnée, crucifiée et ressuscitée, nous avons le don de l’Alliance
nouvelle et éternelle. Le Christ se révèle ainsi pour nous comme l’unique
médiateur entre Dieu et les hommes qui accomplit en lui-même notre
salut éternel.
Toutefois, comme on l’a souligné dans l’aula, cela ne fait pas
cesser le dialogue avec l’homme, avec les diverses cultures et les
diverses expériences religieuses; au contraire, cela rend ce
dialogue encore plus intense, puisque le salut réalisé par Dieu dans
le Christ est continuellement offert à tous les hommes par l’action
du Saint Esprit dans les cœurs. La parole définitive de Dieu devient
ainsi, précisément par l’effet de l’unique médiateur, source de
dialogue avec tous, sans pour autant diminuer la vérité salvifique
communiquée d’une manière définitive par le sacrifice du Christ,
mort et ressuscité.
Souvent, au niveau culturel, l’affirmation que Christ est l’Unique (cf.
Ac 4, 12) et qu’il est Parole ultime et définitive du Père, semble
saper à la base toute idée du dialogue: comment aider à comprendre
que, justement, la plénitude de la révélation porte elle-même l’exigence
la plus profonde d’un dialogue avec toute réalité en quête
authentique de la vérité salvifique? Cela conduit sans doute à
considérer aussi la valeur des autres traditions religieuses face à
l’unicité du Verbe de Dieu.
8. Le mystère de l’Église, l’action du Saint Esprit et l’interprétation
des Écritures
Il ressort de diverses interventions que l’Église est la réalité
fondamentale dans le dialogue entre Dieu et sa créature, en tant qu’épouse
qui accueille le don du Christ; c’est lui qui la rend féconde en
elle-même pour toute l’humanité et pour tout le cosmos. La Parole de
Dieu a dans l’Église son authentique sujet de réception. De la
sorte, l’Église est déjà originairement impliquée dans l’autocommunication
de la Trinité dans le Christ et dans le Saint Esprit. L’unicité de
la médiation du Christ comporte aussi la médiation originaire de l’Église.
Par conséquent, les Écritures aussi ont pour lieu herméneutique le
mystère de l’Église, elles sont le don de l’Esprit à l’Église;
épouse du Christ. Ce mystère est mis en lumière dans la figure de
Marie; le Verbe de Dieu se fait chair en elle par l’œuvre de
l’Esprit Saint. De la même manière, les Saintes Écritures sont don
de l’Esprit à l’Église; elles sont écrites au sein de l’Église grâce
à l’inspiration de l’Esprit, qui guide aussi son acte interprétatif.
De cette manière, l’Église est le lieu où la Parole résonne, est
accueillie, proclamée et interprétée dans son contexte le plus
approprié. En ce sens, quelques interventions ont suggéré l’idée que,
si, d’une part la révélation s’est close avec la mort du dernier
Apôtre, d’autre part, il faut dire que la Parole de Dieu est
aujourd’hui encore vivante plus que jamais et à l’œuvre dans le cœur
des croyants (cf. Jr 55, 10-11). Cette Parole, pourtant, n’est pas
une parole du passé, mais elle demeure toujours contemporaine, pour
nous, pour tout homme et toute époque.
Tout cela met en lumière combien la Parole même de Dieu, dans sa
structure trinitaire, peut être réellement comprise et accueillie
seulement dans son horizon pneumatologique. En effet, l’action de
l’Esprit Saint est présente dans toute l’histoire du salut, de
diverses manières. Cette dimension pneumatologique mériterait d’être
soulignée, dans la réflexion synodale, de manière significative.
Une fois comprise la centralité de l’Église par rapport à la Parole
de Dieu, on comprend pourquoi le sens vrai des Écritures – comme on
l’a affirmé – se situe dans la fides Ecclesiae. Ainsi, on a rappelé
de manière suggestive que l’importante affirmation «ignorantia
scripturarum ignorantia Christi est» comporte aussi cette autre
proposition : «Ignoscere Ecclesiam ignoscere Christum est». Dans la
foi, on ne peut d’aucune manière séparer le Christ de l’Église dans
l’accueil et dans l’interprétation de l’Écriture : «La juste
interprétation faite par l’Église est absolument nécessaire dès l’instant
de la première rencontre avec la Parole de Dieu».
Comment aider théologiquement et pastoralement à comprendre le lien
profond entre la Parole de Dieu et le mystère de l’Église, en
répondant aux objections fausses ou étranges?
3. PAROLE DE DIEU, LITURGIE, ÉCOUTE
9. Parole de Dieu et convocation
Le caractère historique, salvifique, de la Parole de Dieu nous aide
à comprendre que celle-ci n’est pas réductible au livre des Saintes
Écritures et que, toutefois, ces Écritures sont effectivement l’attestation
normative et imprescriptible de cette Parole qui, comme telle – en
tant que symphonie à plusieurs voix –, culmine dans la personne du
Christ, qui est le Verbe incarné (Jn 1,14). Dans cette perspective,
on doit mettre en relief un grand nombre d’interventions des Pères
qui ont souligné l’importance de relier la parole de Dieu à la
liturgie et, en particulier, à la liturgie eucharistique. Dans la
ligne de l’histoire du salut, la parole de Dieu trouve son lieu
originaire dans la convocatio liturgique, comme lieu de la rencontre.
Comme cela a été souligné plusieurs fois dans les interventions,
toute la réalité liturgique, de la prière des psaumes aux lectures
et jusqu’à la célébration du mystère eucharistique, est imprégnée de
la Parole de Dieu, laquelle ici et maintenant s’adresse aux fidèles
et les fait participer, afin qu’ils se laissent chaque jour
davantage transformer par son efficacité durable.
Le contexte liturgique, et en particulier la célébration
eucharistique, invite à bien faire comprendre la dimension
sacramentelle inhérente à la Parole de Dieu. Cela implique l’importance
de la liturgie pour l’herméneutique même des Saintes Écritures. L’approche
de la Parole de Dieu, à l’intérieur du contexte liturgique de la
célébration, met en œuvre un critère herméneutique approprié en ce
qu’il permet de s’approcher des Écritures pour ce qu’elles sont
réellement : Parole de Dieu qui s’adresse à l’homme, afin que
celui-ci l’accueille dans la foi. Plus exactement, comme l’ont
rappelé quelques interventions, le contexte de la vie ecclésiale,
qui s’exprime de manière paradigmatique dans la liturgie, est l’unique
lieu approprié pour une vraie compréhension de la Parole de Dieu qui
est attestée dans les Saintes Écritures. En effet, la Parole de Dieu
est «l’âme de toute liturgie» et dans la liturgie «la narration
biblique devient évènement actuel de salut».
En ce sens, on doit dire que l’Église, avant tout dans son cycle
liturgique, est le lieu vital où la «parole de Dieu est
religieusement écoutée, fidèlement proclamée et interprétée» (DV 1).
On a aussi affirmé que «la célébration de la Parole de Dieu devient
un des lieux privilégiés de la rencontre avec Jésus Christ, centre
et plénitude de toute l’Écriture et de toute célébration liturgique».
Comment aider tout le peuple de Dieu à découvrir l’importance de la
Parole de Dieu dans la richesse de la vie liturgique de l’Église?
Quelles conséquences pour la théologie et pour la spiritualité
implique le fait de considérer la liturgie comme le lieu originaire
de la rencontre avec la Parole de Dieu? Quelles conséquences en
tirer pour l’exégèse et l’herméneutique? Quelle relation y a-t-il
entre parole de Dieu et liturgie en tant qu’actuation sacramentelle
de «l’oeconomia salutis»?
10. L’homme, un être appelé à l’écoute de la Parole
En ce sens, la reconnaissance de la Parole de Dieu comme parole
vivante que l’on rencontre dans la convocatio liturgique rappelle de
manière inévitable, à celui auquel cette parole s’adresse, pourquoi
elle est écoutée, accueillie, générant en nous, dans la foi, une
authentique obéissance. Si, d’une part, le Christ, dans la Parole (et
dans l’Eucharistie), nous dit: Je suis à toi, d’autre part, nous
sommes appelés à Lui répondre: Je suis à Toi (Benoît XVI).
La Parole demande à être authentiquement écoutée, accueillie, non
d’une manière superficielle. Ceci met au premier plan, comme l’ont
fait plusieurs intervenants, la dimension anthropologique de la
révélation de Dieu dans sa Parole. L’homme apparaît ici comme
convoqué par la Parole, appelé intimement à en être un auditeur
loyal. Mais cela ne peut pas se produire si l’homme n’ouvre pas la
porte à Dieu qui frappe pour entrer chez lui (cf. Lc 24; Ap 3, 20)
et s’il reste attaché à l’étroitesse de ses limites.
Cette dimension anthropologique particulière selon laquelle l’homme
est appelé à l’écoute, à l’accueil et à la réponse à la parole de
Dieu, s’oppose certainement aux codes culturels de notre temps
marqué par la distraction et par un manque fondamental d’éducation à
l’écoute de l’autre.
11. L’Église, mère et maîtresse de l’écoute de la Parole de Dieu
Indispensable et incontournable est la tâche de l’Église d’éduquer à
l’écoute de la Parole de Dieu; l’Église est, au plus profond d’elle-même,
l’épouse qui écoute, accueille et rend féconde la Parole donnée par
son époux. En conséquence, l’Église peut répondre aux défis de notre
temps qui, au contraire, tend à distraire l’homme, en le rendant
incapable d’accueillir l’invitation du Seigneur à la liberté.
À notre époque, plus que jamais, l’Église doit être maîtresse d’écoute.
On doit, comme cela s’est fait dans l’aula, exprimer notre
disponibilité ecclésiale à l’écoute: «Parle, Seigneur, que ton
Église t’écoute». Même si l’homme peut être distrait et vivre dans
une culture qui fait obstacle à la soif de transcendance, l’Église
sait pourtant que l’homme a été créé par Dieu pour écouter et
accueillir Sa Parole. Sa disposition à l’écoute n’est pas, pour l’homme,
une option facultative, mais elle est l’une de ses constituantes
ontologiques. L’Église, quand elle invite l’homme à l’écoute de la
Parole de Dieu, lui rappelle du même coup l’une de ses
caractéristiques constitutives en tant qu’homme. L’homme est tiré du
néant par la puissance de la Parole créatrice de Dieu et ne peut se
réaliser que comme auditeur qui accueille la Parole, en lui
obéissant.
Ces considérations sont lourdes de conséquences pastorales. Mettre
au centre la Parole de Dieu signifie éduquer l’homme à l’écoute, à
se redécouvrir lui-même comme ayant besoin de l’écoute de la Parole
de Dieu, aider l’homme à se redécouvrir comme un affamé de la
Parole. Comment expliquer cette mission ecclésiale d’être mère et
maîtresse de l’écoute?
12. Parole et vocation
Une considération découle de cette réflexion: la Parole de Dieu
comme telle se manifeste en interpellant l’homme et en l’appelant,
par vocation, à se réaliser lui-même en sortant de lui-même
précisément pour faire sien le projet de Dieu sur lui. En ce sens,
on doit mettre en évidence le caractère éminemment vocationnel qu’implique
une juste conception de la Parole de Dieu. La Parole de Dieu qui
appelle, a-t-on dit, constitue l’homme en une «identité
responsoriale». La Parole de Dieu nous invite à une réponse.
La rareté et la crise des vocations sont souvent une crise de la
capacité d’écoute. De cela découle naturellement la nécessité pour
l’Église de jeter les bases d’une action spirituelle et pastorale
apte à mettre en lumière la structure anthropologique de chaque
homme en relation à l’appel de Dieu.
13. Dieu qui parle et écoute l’homme dans le besoin
Mais, au cours de notre assemblée synodale, on a fait ressortir plus
d’une fois, ce qui peut paraître étonnant, le fait qu’en Dieu
Lui-même nous trouvons aussi l’écoute et que Lui-même nous éduque à
l’écoute. En effet, la Parole de Dieu est une parole qui donne voix
à ceux qui n’en ont pas; le Seigneur écoute le cri de l’homme qui
recherche la paix, la justice et la vérité. Donc, à l’école de la
Parole de Dieu, nous pouvons aussi apprendre l’écoute. Plusieurs
Pères nous ont rappelé, dans l’aula synodale, combien l’Écriture
nous parle non seulement d’un Dieu qui parle, mais aussi d’un Dieu
qui écoute. À ce sujet, diverses interventions nous ont remémoré la
nécessité de cultiver dans le cœur de l’homme cette attitude d’écoute,
de réceptivité face à la Parole de Dieu. L’Église également doit
apprendre à écouter: écouter Dieu pour porter la Parole de Dieu à l’homme;
écouter l’homme de la manière dont Dieu l’écoute, pour porter à Dieu,
à travers cette médiation, la parole de l’homme adressée à Dieu. Le
Seigneur s’adresse à notre cœur, à l’intimité profonde de notre
existence, attentif à nos demandes et à nos besoins, surtout au
besoin décisif de salut et de rédemption. La prédication et l’annonce
de l’Église requièrent, des humains, qu’ils soient des gens qui
parlent extérieurement et écoutent intérieurement.
Comment approfondir, dans l’Église, cette dimension d’écoute des
sans-voix, et comment nous éduquer à l’écoute?
14. La Parole et les pauvres
Ici, comme on l’a rappelé, la figure des pauvres, des enfants et des
simples de cœur a été puissamment mise en évidence. Les pauvres
apparaissent ici comme une figure décisive pour nous enseigner la
manière juste d’accueillir et de répondre promptement et loyalement
à l’invitation qui nous vient du Seigneur à travers Sa Parole. «Les
pauvres ont une ouverture profonde envers la Parole de Dieu et pour
cela l’Église doit les fréquenter tous les jours». Les pauvres
constituent certainement un grand défi pour le monde mais aussi pour
l’Église. Ceux-ci manifestent une faim particulière de la Parole.
L’Église a la responsabilité de répondre à ce besoin en mettant à
profit toutes les ressources à sa disposition afin que la faim des
pauvres puisse trouver une réponse adéquate dans la pastorale
ecclésiale. Comment être toujours plus une Église qui vit de la
Parole de Dieu et qui, pour cela, donne voix à ceux qui sont sans
voix?
15. Parole, silence et prière
Dans l’assemblée synodale est ressortie plus d’une fois, en lien
avec l’écoute, la nécessité du silence, de faire place en nous-mêmes
à la Parole vivante de Dieu. Comme le rappelle l’Imitation du Christ:
«Verbo crescente, verba deficiunt». Dans l’aula, les rappels
significatifs n’ont pas manqué à l’effet qu’il ne peut y avoir de
véritable accueil de la Parole de Dieu si on ne l’aborde pas avec un
cœur qui prie et contemple. Il ne saurait y avoir d’approche neutre
de la Parole de Dieu; aussi dans le concret de l’approche des
Saintes Écritures, l’unique attitude adéquate s’avère celle de la
prière. Dans cette perspective, quelques Pères synodaux ont rappelé
la nécessité, pour les fidèles, de demeurer longuement penchés sur
les Écritures pour qu’elles puissent s’enraciner dans leur cœur. À
l’exemple de Marie qui contemplait et méditait les paroles du Fils
et les événements, ainsi nous sommes appelés à nous attarder aux
paroles des Saintes Écritures, en valorisant aussi la mémorisation
de quelques versets particulièrement expressifs de la Vérité révélée.
Aussi la prière comme le Rosaire (ou l’Angelus, où nous faisons
mémoire de l’Incarnation de la Parole de Dieu, ou bien le chemin de
Croix où nous méditons la Parole qui se fait silence ou devient
muette dans la mort par amour pour nous), doit être valorisée, ainsi
que la rumination de la Parole en fixant des versets significatifs.
On a affirmé que Marie, de cette manière, a fait de son cœur une «bibliothèque
de la Parole». Voilà ce qu’il faut désirer pour nous-mêmes et pour
tous fidèles. Marie se présente à nous comme l’authentique clef d’accès
aux trésors de l’Écriture. Dans l’aula, il n’a pas manqué d’émouvants
témoignages illustrant comment, en temps de persécution et de manque
de prêtres, la communauté ecclésiale est demeurée fidèle à la Parole
à travers la prière du Rosaire.
Quelles propositions pouvons-nous faire concrètement afin que le
Peuple de Dieu demeure dans la Parole et grandisse en elle? Comment
penser à une formation concrète pour les fidèles?
16. La Parole de Dieu et la foi
Somme toute, notre écoute de la Parole, comme la lecture de l’Écriture,
doit être une écoute et une lecture de croyant. L’annonce de la
Parole de Dieu ne réalise pas le but pour lequel elle a été
prononcée si elle n’est pas écoutée et rendue féconde par la foi. Il
ne faut jamais oublier – comme cela a été dit – que la prédication
de la Parole doit inciter à la foi. Il faut toujours chercher la
Parole de Dieu à travers les paroles. Si nous nous arrêtons aux
paroles, nous risquons de ne pas trouver la vraie Parole de Dieu et
de ne pas reconnaître leur vrai auteur: l’Esprit Saint. En entrant
dans la Parole, nous sortons vraiment de nous-mêmes, de nos limites,
et nous entrons dans une dimension universelle.
Seule la foi sait vraiment correspondre à la convocation que la
Parole de Dieu adresse à notre existence. L’écoute croyante sait
trouver la Parole à travers les paroles; à travers l’humanité de
Jésus, la foi sait reconnaître le Fils de Dieu; ainsi dans la foi,
dans les paroles humaines et les limites, nous recueillons la Parole
éternelle de Dieu qui change notre vie. La Parole de Dieu, et toute
annonce, ont comme fin l’attitude de la foi en nous, parce que seule
la foi sait accueillir la présence du Christ opérant dans l’aujourd’hui
de notre vie qui, dans le temps, nous conforme à Lui.
Dans la perspective de la Parole de Dieu, il faut reprendre une
vraie pédagogie de la foi qui implique le développement d’une écoute
et d’une lecture croyantes de la Parole. Comment approfondir une
authentique vie de foi qui se configure dans l’obéissance à la
Parole? Cette perspective peut-elle aider à dépasser certaines
dichotomies à l’intérieur de la vie chrétienne, entre lecture
spirituelle et scientifique des Saintes Écritures? Peut-elle aider à
développer une nouvelle relation entre exégèse et théologie?
17. Parole de Dieu et sainteté
Donc la foi ne s’ajoute pas de l’extérieur à l’approche donnée à la
Parole de Dieu. La foi est essentielle pour comprendre l’autocommunication
de Dieu attestée dans les Écritures et dans la Tradition (cf. DV 5).
Dans ce contexte, il semble important de rappeler, comme l’ont fait
quelques intervenants, que l’exégèse la plus authentique de la
Parole de Dieu se trouve en ceux qui, dans la foi, ont écouté cette
Parole. Dans cette perspective, dans l’aula, sont ressortis de
nombreux témoignages émouvants de Parole de Dieu vécue. On reconnaît
toujours plus la sainteté dans l’Église comme une interprétation
vivante de la Parole de Dieu, parce qu’elle en est un véritable
témoignage.
On a souligné aussi l’importance des charismes, en tant que dons de
l’Esprit Saint à l’Église, qui permettent de vivre la Parole même de
Dieu d’une manière créative dans le temps et les diverses cultures.
Que l’on pense en particulier, comme on y a fait allusion, aux
diverses formes de vie consacrée dans l’Église, lesquelles sont «des
exégèses vécues de la Parole» (Benoît XVI).
En ce sens, il est important de souligner, comme l’ont fait quelques
intervenants, que la Parole de Dieu continue à s’incarner dans la
vie des croyants, en particulier dans leur témoignage de charité.
Chacun est appelé à être un Évangile vivant, qui se fait «chair et
sang».
En définitive, le vrai auditeur est celui qui vit une rencontre
personnelle avec le Christ, qui l’amène à «se conformer totalement
au Christ, se laisser transformer par lui et adhérer à lui,
inconditionnellement, dans la foi, développant ainsi une véritable
attitude de disciple, une fidèle sequela Christi, partout où le
Christ le conduit».
Comment renouer de façon efficace l’exégèse de l’Écriture et la
sainteté? Comment développer dans le Peuple de Dieu une sainteté
enracinée toujours plus dans l’écoute et la célébration de la Parole
de Dieu?
II. PAROLE DE DIEU, SAINTE ÉCRITURE ET TRADITION
4. EVÉNEMENT, RENCONTRE, INTERPRÉTATION
18. La Parole de Dieu comme événement dans l’histoire
Aussi bien l’Instrumentum laboris (n°15) que nombre d’interventions
dans l’aula ont souligné le fait que la Parole de Dieu comme telle
ne coïncide pas simplement avec la Sainte Écriture, même si, souvent,
dans le langage commun, de fait, les deux termes sont retenus comme
synonymes. Cela implique certainement une retombée pastorale qu’il
faut prendre au sérieux. La doctrine exprimée dans Dei Verbum
affirme clairement que la Parole de Dieu nous est transmise
inséparablement dans la Parole écrite inspirée (Saintes Écritures)
et dans la Tradition vivante de l’Église (n°9). La même constitution
dogmatique, à travers le concept d’histoire du salut, aide à
comprendre le caractère dynamique de la Révélation, et à saisir
ainsi le caractère «vivant» de la Parole de Dieu, qui ne s’arrête
pas à la lettre.
Quelques interventions de Pères synodaux dans cette perspective de
l’histoire du salut ont souligné combien la Parole de Dieu possède
intrinsèquement le caractère d’événement dans l’histoire, attesté
normativement dans les Saintes Écritures et transmis fidèlement dans
la Tradition vivante de l’Église. Beaucoup d’intervenants ont tenu à
citer le Prologue de l’Évangile selon Jean(Jn 1, 14): «Le Verbe, le
Logos de Dieu, s’est fait chair et est venu habiter parmi nous». La
Parole de Dieu est devenue une présence humaine qui communique et
agit parmi les hommes.
Si, en effet, Dieu se révèle et communique la vérité salvifique aux
hommes dans l’histoire, alors l’auto-communication de Dieu ne peut
que se présenter à nous avant tout sous la forme d’une rencontre. On
a rappelé à plusieurs reprises dans les interventions, à ce propos,
le passage initial de l’encyclique de Benoît XVI, Deus Caritas Est:
«Au commencement du devenir chrétien, il n’y a pas une décision
éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement,
avec une Personne qui donne à la vie un nouvel horizon, et avec lui,
la direction décisive» (DCE 1).
De là, on peut comprendre pourquoi la Parole de Dieu est une
Personne qui s’offre à nous dans une rencontre, capable de provoquer
notre liberté et notre raison. Ceci, en effet, ne peut être vraiment
accueilli que dans la foi: la grâce d’une rencontre qui provoque
notre raison à élargir sa mesure pour accueillir la nouveauté de la
révélation, et qui interpelle une réponse libre, comme adhésion à l’invitation
de la sequela.
Qu’implique le fait que souvent l’expression «Parole de Dieu» soit
comprise seulement comme Sainte Écriture? Quelle attention pastorale
nous impose cette constatation?
Que peut vouloir dire pour la pastorale de l’Église le fait de
valoriser le caractère historique et essentiel de la rencontre avec
le Christ, Parole de Dieu faite chair?
La rencontre avec le Christ, Parole faite chair, requiert
l’engagement de la raison et de la liberté.
Que peut vouloir dire pour notre démarche pastorale le fait d’impliquer
la réalité humaine dans sa capacité de connaissance et de décision?
19. L’interprétation entre Écriture Sainte et vie croyante dans
l’Église
On a aussi affirmé que rappeler ce caractère historique et essentiel
de la Parole de Dieu ne réduit pas, de fait, le sens des Saintes
Écritures. Au contraire, les Saintes Écritures demeurent muettes ou
sont réduites à une interprétation arbitraire pour l’homme qui ne
s’ouvre pas à la rencontre où Dieu se rend présent dans sa vie.
On a rappelé à ce sujet l’affirmation du document de la Commission
biblique sur l’Interprétation de la Bible dans l’Église: «La juste
connaissance du texte biblique est accessible seulement à qui a une
affinité vécue avec ce dont le texte parle» (n°70). Une telle
affirmation a des conséquences tant sur la qualité de la vie
ecclésiale que sur les études de la Bible. La rencontre qui se
produit grâce à l’Église et aux témoins authentiques de la foi crée
dans la personne cette affinité existentielle capable de lui faire
découvrir la profonde pertinence du témoignage scripturaire pour sa
propre vie. De cette manière, la Sainte Écriture se présente à nous
comme un témoignage écrit, normatif et inspiré, de cet événement
originaire dont nous sommes rendus participants aujourd’hui au moyen
de la vie de l’Église: «La contemporanéité du Christ par rapport à
l’homme de tout temps se réalise dans son Corps, qui est l’Église»
(VS 25, cf. FR 11).
On doit approfondir l’aspect de témoignage qui caractérise la
relation entre vie de l’Église et la Sainte Écriture dans
l’important développement de la Tradition vivante: on a dit que «le
témoignage des hommes qui participent à l’événement du Christ et le
témoignage de la Parole écrite s’appellent réciproquement».
Il y a une profonde logique du témoignage qui lie le texte sacré (la
Parole attestée) et la rencontre avec le témoignage chrétien: cette
logique est lourde de conséquences pastorales.
L’immanence dans une authentique expérience ecclésiale permet de
développer correctement l’herméneutique du texte biblique dans une
lecture réellement croyante. L’interprétation peut trouver une voie
intéressante de confrontation dans le rapport entre la Parole de
Dieu comme norma normans, et la vie de l’Église comme unique sujet
adéquat pour comprendre le sens et la vérité du texte sacré, et pour
l’approfondir dans le temps. De cette manière, on comprend le
processus herméneutique comme processus enraciné dans la Tradition
vivante de l’Église, que l’Esprit conduit dans la connaissance de la
vérité toute entière. L’Esprit qui a inspiré les auteurs sacrés est
le même qui anime l’Église aujourd’hui; et donc, c’est dans cet
Esprit que l’Écriture doit être lue (DV 8).
La Parole de Dieu attestée et la rencontre avec le Christ
aujourd’hui dans la vie de l’Église, à travers les témoins,
permettent ainsi de redécouvrir, comme il a été dit, «les traits
singuliers, ne pouvant être confondus», de la personne du Christ,
non seulement comme caractéristiques d’un fait du passé, mais aussi
comme réalité atteignant l’homme dans le présent de la vie de
l’Église, dans l’objectivité de sa structure sacramentelle, et dans
la vitalité avec laquelle l’action de l’Esprit anime toujours le
Corps du Christ avec les dons et les charismes: «L’Église dans sa
doctrine, sa vie et son culte, perpétue et transmet à toutes les
générations tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit»
(DV 8).
Qu’implique dans l’action pastorale le fait de découvrir la
circularité entre la Parole de Dieu, écrite et transmise, et la vie
de l’Église, comme sujet authentique capable de pratiquer une écoute
et une lecture croyante de la Sainte Écriture?
Comment affronter le problème d’une exégèse et d’une herméneutique
de l’Écriture dans la foi de l’Église, pour qu’au sein de cette
dernière se développe une authentique expérience ecclésiale et une
intelligence spirituelle des Écritures?
20. Parole de Dieu et défis culturels de notre temps
Comme l’ont encore affirmé certains Pères, la Parole de Dieu, même
dans le présent, ne cesse de se montrer significative et attrayante
pour l’homme. La Parole de Dieu qui se rend présente dans l’histoire
des hommes est parole salvifique, se révélant à nous pour notre
salut et pleine de sens. Il est de la responsabilité des pasteurs et
des diverses composantes de la réalité ecclésiale, que chacun, à sa
place, affronte notre culture contemporaine qui tend à ne pas
reconnaître, à censurer et dénigrer la valeur salvifique de la
Révélation et le besoin d’être sauvé, repliant l’expérience
anthropologique sur elle-même et la rendant esclave du relativisme.
Face aux aberrations dont l’homme contemporain devient victime,
aberrations qui attestent la faillite de l’homme vivant comme si
Dieu n’existait pas, la Parole de Dieu nous pousse à profiter de la
capacité de l’Évangile d’assainir les blessures de cet homme qui,
trop souvent, s’émancipant de la grâce de Dieu, a ouvert les portes
à de nouvelles servitudes. Pourtant, dans la présentation de la
Parole de Dieu, on mettra tout en œuvre pour aider à saisir l’intérêt
et la pertinence anthropologique de la Révélation. Les fidèles,
aussi, développeront leur intérêt pour la Parole de Dieu quand ils
seront formés à découvrir la pertinence de cette Parole dans leur
propre vie.
Comment aider les fidèles à vérifier la capacité de la Parole de
Dieu à changer leur vie, et à répondre aux questions profondes du
cœur de tout homme?En termes de travail pastoral, que veut dire
affronter les grands défis culturels qui tendent à délégitimer l’annonce
chrétienne du salut? Comment aider les fidèles à découvrir la
capacité de la Parole de Dieu de venir à notre rencontre et de
soigner nos blessures?
5. UNITÉ, PRIMAUTÉ, CIRCULARITÉ
21. Unité et primauté de la Parole de Dieu
Dans les interventions des Pères synodaux, on a repris la
présentation classique des termes fondamentaux du rapport entre la
Parole de Dieu et l’Église. À partir de Dei Verbum (chap. 2), on a
plus d’une fois mis en relation les Saintes Écritures, la Tradition
et le Magistère. On doit reconnaître que la profonde synthèse entre
Écritures, Tradition et Magistère, comme elle est articulée en Dei
Verbum, a besoin d’un approfondissement ultérieur, aussi bien dans
le cadre des études théologiques que dans le cadre de la communauté
chrétienne.
D’une part, quelques interventions ont fait remarquer l’attention
accrue qu’on a portée au texte de la Bible dans les dernières
décennies, aussi bien de la part de la théologie que de la
communauté chrétienne en général; d’autre part, quelques
interventions ont mis en évidence le risque actuel de reléguer au
second plan la Tradition vivante de l’Église.
S’il est vrai que le Magistère de l’Église n’est pas à mettre sur le
même pied que l’Écriture et la Tradition, celui-ci apparaît
toutefois essentiel pour une correcte interprétation de la Parole de
Dieu, et on ne peut donc pas l’en dissocier.
Du reste, comme on l’a rappelé, ce n’est pas la Bible qui crée l’Église.
La Bible présuppose l’Église, et en dépend pour son authentique
interprétation. La Bible devient Sainte Écriture avec l’Église et
doit y être lue avec foi et vénération.
22. Unité entre Écriture, Tradition, et Magistère
Il faut aussi rappeler à ce propos, comme l’a affirmé Dei Verbum
dans ses sept premiers numéros, qu’il y a un primat de la Révélation
de Dieu et de sa transmission qui advient «dans la prédication
orale, avec les exemples, et les institutions par lesquelles [les
Apôtres] ont transmis aussi bien ce qu’ils avaient reçu des lèvres,
des œuvres du Christ, et de leur vie avec Lui, que ce qu’ils avaient
appris par l’inspiration du Saint-Esprit» (DV 7).
Des intervenants ont rappelé que l’unique dépôt de la Révélation est
confié à l’Église qui, à travers le ministère vivant des successeurs
des Apôtres, non seulement le transmet, mais l’interprète «authentiquement
[…] n’enseignant que ce qui a été transmis» (DV 10). Néanmoins, la
Parole de Dieu «vit en une indépassable unité qui permet de voir en
mode différencié la Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère
comme une unique source pérenne à atteindre pour connaître la vérité
de la révélation en tout temps de l’histoire de l’Église».
Quelques critères pour lire la Sainte Écriture avec le Christ ont
été proposés: le Saint-Esprit, la Tradition apostolique, la
communion avec le Corps de l’Église, la confession de foi de l’Église
(analogia fidei), la cohérence avec la totalité de l’Écriture
(analogia scripturae). En termes plus concrets, on a aussi évoqué la
liturgie, le témoignage des saints, l’étude menée dans la foi, l’exégèse
canonique, le contexte, la promotion de l’unité, la disposition
intérieure (docilité, prière, humilité).
23. L’œuvre de l’Esprit Saint au sein de la triade
Écriture-Tradition-Magistère
Cependant, même si on reconnaît l’indiscutable primat de la Parole
de Dieu, on doit en même temps affirmer l’indépassable circularité
entre Écriture, Tradition et Magistère, qui permet à l’Église de
conserver et d’approfondir dans le temps la vérité salvifique qui
nous a été révélée dans le Christ. En ce sens, la relation de la
Parole de Dieu avec le Magistère n’apparaît pas extrinsèque, mais
impliquée dans cette même logique que le Saint-Esprit porte en avant
dans l’histoire du salut. L’Esprit de Dieu, en effet, agit d’une
manière particulière quand la Parole éternelle de Dieu s’incarne
dans le sein de la Vierge Marie; l’Esprit de Dieu assure la
Tradition vivante tout au long de l’histoire; l’Esprit Saint que le
Christ ressuscité a donné à ses disciples après la Résurrection
permet de reconnaître en Jésus de Nazareth l’unique Engendré du
Père. Le Magistère de l’Église, fortifié par l’assistance du même
Esprit, garantit tout au long de l’histoire de l’Église la
compréhension de cette vérité salvifique.
Il apparaît ici nécessaire d’approfondir le sens de cette
circularité, surtout pour éviter que, aussi bien du point de vue des
études que de la vie de l’Église, le rapport entre ces éléments soit
perçu de manière extrinsèque et juxtaposée. Écriture, Tradition et
Magistère, dans leur mutuelle corrélation, sont à même d’indiquer la
condition nécessaire pour que l’Église puisse, avec le temps,
croître dans la compréhension profonde de la Révélation de Dieu.
6. EUCHARISTIE, HOMÉLIE, COMMUNAUTÉ
24. Écriture et Eucharistie
Un autre point abordé à plusieurs reprises dans les interventions
est le rapport entre la Sainte Écriture et l’Eucharistie. Nous avons
déjà mentionné la liturgie comme lieu originel des Saintes Écritures,
en tant que lieu de la rencontre avec Dieu qui se révèle dans le
Christ. Un tel cadre liturgique trouve son expression particulière
dans la célébration eucharistique.
Toutefois le Synode s’interroge sur le moyen de favoriser parmi les
fidèles une perception plus unitaire de ce rapport. Certainement l’Écriture
possède le maximum d’actualité et d’énergie spirituelle quand elle
est proclamée durant la Sainte Messe. Cette suprême efficacité se
vérifie quand la Parole que l’on proclame est écoutée, comprise,
aimée, intériorisée; cela suppose une grande familiarité qui se
développe seulement par la lecture constante de la Parole de Dieu.
Dans cette perspective, la relation entre Écriture et Eucharistie
est décisive. La Bible en effet parle de l’amour de Dieu au travers
de la longue histoire de son peuple, qui se condense dans le geste
suprême d’amour de Jésus. Voilà pourquoi l’Eucharistie aide à
comprendre le message de la Bible, de même que la Bible explique le
mystère eucharistique. On a rappelé, de manière suggestive dans
l’aula, un chemin de conversion qui, de façon toute spéciale, a
reconnu dans l’Eucharistie le Dieu de la Parole.
L’unité intrinsèque entre le Dieu de la Parole et le mystère
eucharistique nous porte à envisager le problème déjà signalé
concernant une certaine juxtaposition des deux parties de la messe,
problème dont Sacramentum Caritatis s’était déjà occupé (n°44 & 45):
la liturgie de la Parole et la liturgie de l’Eucharistie. Cette
relation est assurée par l’action de l’Esprit, à l’œuvre dans les
deux parties. L’Esprit, qui agit dans la Parole, est à l’œuvre dans
la liturgie eucharistique. Ici, un Père a parlé d’une «dimension
épiclétique» qui concerne tout autant la Parole que l’Eucharistie.
Ce même Esprit constitue l’unité intrinsèque et le renvoi mutuel
entre Parole et Sacrement eucharistique.
Comment est-il possible d’aider, par une pastorale liturgique
vraiment adéquate, à faire comprendre plus intimement l’unité de la
célébration et la relation intrinsèque entre Écriture et Sacrement
eucharistique?
25. Dimension sacramentelle de la Parole
Sur le même sujet du rapport entre Parole de Dieu et Eucharistie,
quelques intervenants ont mis en évidence la nécessité de parler
d’un caractère sacramentel de la Parole de Dieu et de la Sainte
Écriture. L’Écriture et la voix qui proclame la Parole de Dieu sont,
par analogie avec les espèces eucharistiques, «signes» qui
véhiculent le mystère eucharistique. Ce n’est pas par une analyse de
la matérialité du signe que l’on peut saisir le mystère; ce qui est
communiqué ne peut être saisi que dans l’Esprit qui opère dans la
foi.
Comme les espèces eucharistiques communiquent le mystère sous le
voile du signe, ainsi la Parole éternelle de Dieu se communique dans
les limites d’une parole humaine. En ce sens, aussi bien l’Eucharistie
que la Sainte Écriture se rejoignent dans l’horizon sacramentel de
la Révélation de Dieu (FR 13), que seule la foi peut reconnaître,
accueillir et vivre.
26. Parole et dimension eschatologique
Cette dimension sacramentelle de la Parole s’unit aussi à sa
dimension eschatologique. Celle-ci brille alors dans l’unité entre
la Parole de Dieu proclamée dans la célébration et le mystère
eucharistique. La proclamation de l’Évangile durant l’Eucharistie
est communication du Christ ressuscité par la puissance de l’Esprit
Saint; ainsi, elle offre l’opportunité de voir maintenant déjà la
gloire de Dieu. C’est un moment eschatologique de la révélation. La
Parole qui est proclamée est la Parole définitive de Dieu.
L’évêque, le prêtre et le diacre qui proclament l’Évangile dans la
célébration liturgique doivent être conscients de leur grande
responsabilité, chacun selon son ordre. La proclamation de l’Évangile
doit aider les participants à la célébration à accueillir la
manifestation de Jésus, le Fils de Dieu, comme accomplissement de l’histoire.
En effet, toute la célébration eucharistique possède le caractère
«d’anticipation» de la Manifestation finale de la Gloire de Dieu,
comme l’a affirmé Sacramentum Caritatis (n°30 & 31). De la même
manière, la Parole de Dieu proclamée en son sein participe d’un tel
caractère eschatologique.
27. Célébration de la Parole
L’unité entre Parole et Sacrement apparaît décisive pour la vie des
fidèles. Cette constatation fait sentir toute la douleur que vivent
les communautés chrétiennes quand – à cause de la raréfaction du
clergé ou en raison de situations de persécutions – la célébration
eucharistique ne peut être assurée de manière continue. Quelques
intervenants, faisant allusion à ces situations, ont souligné l’importance
de la célébration de la Parole de Dieu dans la communauté
ecclésiale, qui ne doit jamais être laissée de côté.
Grâce à la célébration de la Parole, beaucoup de communautés
ecclésiales privées de l’Eucharistie célèbrent la foi dans le
mystère du Christ et nourrissent ainsi leur foi et le témoignage
chrétien. La célébration de la Parole même sans prêtre est un des
lieux privilégiés de la rencontre avec le Christ. Sacramentum
Caritatis (n°75) invite à ces célébrations. Moyennant l’action de
l’Esprit Saint, la Parole de Dieu ainsi proclamée et célébrée
fructifie dans le cœur et dans la vie de ceux qui la reçoivent.
28. L’importance de l’homélie
Toujours dans le contexte de la relation entre Parole et Eucharistie,
beaucoup de Pères ont noté l’importance de l’homélie pendant la
Sainte Messe en relation avec l’Écriture proclamée. Cela est
certainement un thème qui a besoin d’être approfondi et sur lequel
on doit donner des indications claires.
En effet, l’homélie occupe une place importante et nécessaire et est
l’un des services majeurs que l’évêque, le prêtre, et le diacre,
chacun dans son ordre, doivent prêter à la communauté des fidèles:
pour la majeure partie d’entre eux, c’est l’unique occasion d’écouter
la Parole de Dieu, particulièrement lors de la célébration
dominicale.
Un intervenant a suggéré que l’homélie doit être préparée dans un
climat d’étude, de prière et de méditation répondant à trois
demandes: Que signifient les lectures qui ont été proclamées? Que
signifient-elles pour moi personnellement? Que dois-je, moi en tant
que pasteur, communiquer aux fidèles en tenant compte des
circonstances dans lesquelles se développe la vie de la communauté?
À ce propos, d’autres interventions ont rappelé que le renouveau
conciliaire invite à faire des homélies qui soient principalement
une exposition et une application de la Sainte Écriture. On a
recommandé comme une nécessité de passer d’une prédication
moralisante à une prédication plus kérygmatique. Une prédication
simplement moralisatrice ne génère pas la foi qui sauve. Une
prédication du kérygme s’avère nécessaire, une prédication plus
missionnaire qui tend à évoquer la foi.
Quelles indications doivent être données de la part du Synode à ce
sujet? Peut-il être utile et nécessaire d’élaborer un Directoire
homilétique général qui aide à former les prédicateurs dans l’ars
predicandi?
29. Formes analogiques de prédication: l’art
Certaines interventions des Pères, instructives et enrichissantes,
ont rappelé combien la proclamation de la Parole de Dieu trouve un
écho non seulement dans les homélies, mais aussi dans d’autres
formes de communication liées à l’art et à la beauté. Comme
illustration de ce fait, on a donné le témoignage et l’exemple de la
liturgie byzantine. La communication de la Parole de Dieu est liée à
l’hymnographie liturgique et à l’iconographie.
À ce sujet, un intervenant a souligné l’importance, durant la
liturgie, de chants qui soient adaptés, beaux et clairement inspirés
des textes de la Sainte Écriture. De là aussi l’importance que les
chants utilisés dans la liturgie soient approuvés par l’Autorité
compétente qui peut vérifier une telle qualité.
La Parole de Dieu, a-t-on encore souligné, trouve une incontournable
communication dans l’art figuratif: qu’on pense, par exemple, aux
icônes. Ces expressions artistiques sont non seulement une
illustration du texte biblique, mais encore une fenêtre ouverte sur
le ciel à travers laquelle se développe le dialogue entre Dieu et l’homme
et entre l’homme et Dieu.
Comment valoriser et promouvoir un art, en ses diverses formes,
toujours plus enraciné dans la Parole de Dieu, qui soit non
seulement une biblia pauperum mais aussi un approfondissement,
véritable expression de la foi et du dialogue avec Dieu qui se donne
lui-même à nous dans Son Fils?
30. Parole de Dieu, célébration et communauté
Dans la célébration liturgique, dans la proclamation de la Parole de
Dieu, les fidèles sont appelés à se découvrir comme communauté
vivante qui se nourrit de la Parole et du Pain de la Vie. Le
Saint-Esprit crée une harmonie et une syntonie entre l’Écriture et
la communauté. Il sera donc important de respecter le besoin
intérieur qui pousse la communauté à la rencontre de la Parole de
Dieu, mais on fera attention aussi à contrôler cette sensibilité qui
exalte l’excès de spontanéité, l’expérience strictement subjective
et la soif du prodigieux. La communauté chrétienne se construit
chaque jour en se laissant conduire par la Parole de Dieu sous
l’action du Saint-Esprit qui donne illumination et consolation.
La célébration authentique de la Parole et du Pain de Vie empêchent
la communauté chrétienne de se replier sur elle-même. Au contraire,
s’ouvrir et se laisser atteindre dans le mystère célébré permet d’élargir
les limites de sa propre réalité, empêchant les lectures intimistes,
fondamentalistes, qui sont typiques des sectes. Les communautés
deviennent ainsi sous l’action vivifiante de l’Esprit Saint
servantes de la Parole, avec la tâche particulière de l’offrir au
monde qui l’entoure.
Dans ce contexte, se sont succédé dans l’aula divers intervenants
qui ont recommandé le contexte communautaire pour l’écoute et le
partage de la Parole de Dieu comme contexte qui favorise le
développement avec le mystère communiqué dans la Sainte Écriture.
À propos de cette dimension communautaire de l’approche du texte
sacré, qui se réalise de façon paradigmatique dans la liturgie
eucharistique, n’ont pas manqué les interventions qui ont recommandé
la constitution de petites communautés pour l’écoute et le partage
biblique, communautés qui peuvent être composées des noyaux
familiaux, dans l’horizon plus ample de la communauté paroissiale et
des diverses expériences liées aux mouvements ecclésiaux et aux
nouvelles communautés. De telles communautés sont aussi des lieux où
on peut expérimenter la réalité concrète de la Parole qui veut faire
croître, en nous et parmi nous, l’amour fraternel.
7. EXÉGÈSE, THÉOLOGIE, LECTIO DIVINA
31. Exégèse et théologie
«[…] L’étude des Saintes Lettres doit être comme l’âme de la sainte
théologie» (DV 24). En référence à cette expression de Dei Verbum,
de nombreuses interventions dans l’aula ont signalé certaines
problématiques qui nécessitent un approfondissement. Certainement l’étude
biblique a fait de grands progrès dans les dernières décennies. On a
évoqué dans l’aula synodale les divers instituts bibliques à la
charge de grands ordres religieux. Il ne manque pas de figures de
chercheurs qui, emblématiquement, ont vécu non sans tension la
fidélité à la recherche scientifique et la fidélité au Magistère de
l’Église.
Aussi Sa Sainteté Benoît XVI, dans la célébration du cinquantième
anniversaire de la mort de Pie XII, a rappelé durant l’homélie l’important
document Divino afflante Spiritu, qui a marqué une introduction
significative, dans la rechercher biblique, des méthodes modernes d’analyses
textuelles que Vatican II a ultérieurement approfondies et relancées.
Nonobstant quelques pas significatifs, on peut dire que beaucoup d’intervenants,
durant la discussion, ont fait état d’une tension entre l’exégèse
biblique et la théologie, où se répercute la difficulté de saisir
adéquatement le lien entre sens littéral/historique et sens
spirituel/plénier de l’Écriture. Quelqu’un a parlé de divorce
pratique entre exégèse, théologie biblique et théologie dogmatique.
Cette tension s’est vérifiée à plusieurs reprises dans la relation
entre exégèse et Magistère de l’Église. On ne doit jamais oublier,
a-t-on affirmé, que le sens des Écritures est, de par sa nature,
théologique.
Certainement, de nos jours, on affirme la nécessité d’expliquer le
sens des Écritures selon le sens de l’Église, interprétant la Parole
écrite dans la Bible dans le contexte de la Tradition vivante,
valorisant en cela l’héritage des Pères. D’autre part, il est
indubitable que l’Esprit de Dieu nous pousse à penser de nouveaux
chemins que la Parole de Dieu entend accomplir chez les hommes de
notre temps, en recueillant les attentes et les défis que l’humanité
d’aujourd’hui pose à la Parole. Il en découle de nouvelles tâches.
Il devient indispensable de développer l’étude selon les indications
du Magistère, aussi bien quant à la connaissance et l’emploi des
méthodes de recherche scientifique qu’au processus interprétatif qui
doit aboutir à la plénitude du sens spirituel du texte sacré. On
demande que soit dépassée la distance qu’on observe entre la
recherche exégétique et l’élaboration théologique, en vue d’une
collaboration réciproque. Le théologien utilise le donné biblique
sans l’instrumentaliser, alors que l’exégète ne limite pas sa
recherche aux seules données littéraires, mais s’emploie à
reconnaître et à communiquer les contenus théologiques présents dans
le texte inspiré.En particulier, on demande au théologien de se
faire un devoir de développer une théologie de la Sainte Écriture
qui aide à comprendre et à valoriser la vérité de la Bible, dans la
vie de foi et le dialogue avec les cultures, tout en réfléchissant
aux tendances anthropologiques actuelles, aux défis posés par la
morale, au rapport entre raison et foi, au dialogue avec les grandes
religions… En outre, la communauté attend, des savants, qu’ils
aident les ministres de la Parole de Dieu à offrir au peuple de Dieu
l’aliment des Écritures. Pour cela, on souhaite un dialogue intense
entre exégètes, théologiens et pasteurs.
À ce propos, s’impose aujourd’hui la nécessité d’une lecture
croyante de la Sainte Écriture qui se fait un devoir d’insérer toute
la problématique du texte à l’intérieur d’une vision de foi. Il ne
s’agit pas seulement d’aller au-delà de la lettre, mais de percevoir
le texte comme signe dans lequel la Parole révélée demande d’être
écoutée. Voilà pourquoi l’exégèse ne peut être réduite à une simple
philologie neutre. Cela vaut pour les études bibliques et en
particulier pour les études dans les séminaires où se forment les
prêtres qui devrontrompre le pain de la Parole pour le peuple de
Dieu.
À ce sujet, il est nécessaire d’approfondir la problématique ici
soulevée. Comment dépasser la dichotomie souvent présente entre les
savants, entre les problématiques du texte et le sens théologique de
la Parole de Dieu dans la Sainte Écriture?
Comment favoriser la collaboration entre exégètes et théologiens et
comment aider à saisir l’importance de se référer au Magistère de l’Église,
comme un processus inhérent à l’étude même de la Parole de Dieu?
Au sujet de la relation entre exégètes, théologiens et Magistère,
certains Pères ont demandé d’aborder certains thèmes spécifiques qui
aujourd’hui requièrent un approfondissement: c’est le cas de l’inspiration
(et conséquemment, de l’herméneutique), et de l’inerrance des
Saintes Écritures. Comment comprendre aujourd’hui ces concepts?
32. Sainte Écriture et Lectio divina
Dans le contexte d’une lecture et d’une étude réellement croyantes
du texte sacré, il convient de situer certains instruments qui
forment à une approche authentiquement spirituelle de la Bible. Ici,
on doit rappeler, comme du reste l’avait fait amplement
l’Instrumentum laboris, le fait que les intervenants dans l’aula
synodale ont mis l’accent sur l’importance de la Lectio divina en
notre temps.
À ce sujet, on doit rappeler que pour une authentique spiritualité
de la Parole, «la prière doit accompagner la lecture de la Sainte
Écriture pour que s’établisse un dialogue entre Dieu et l’homme, car
‘c’est à lui que nous nous adressons quand nous prions; c’est Lui
que nous écoutons quand nous lisons les oracles divins’» (DV 25).
C’est ce que confirme saint Augustin: «Ta prière est ta parole
orientée vers Dieu; quand tu lis la Bible, c’est Dieu qui te parle;
quand tu pries, c’est toi qui parles à Dieu».
La Lectio divina est une lecture individuelle et communautaire d’un
passage plus ou moins long de l’Écriture écoutée comme Parole de
Dieu et qui se prolonge sous la stimulation de l’Esprit dans la
méditation, la prière et la contemplation (cf. PCB, Interprétation
de la Bible dans l’Église, 4 C 2)
C’est une forme d’oraison qui purifie le désir et produit une
disponibilité en harmonie avec la Volonté de Dieu. La diffusion de
la Lectio divina tient au cœur de Benoît XVI: il l’a proposée comme
un point décisif pour un renouveau de la foi (cf. L’Osservatore
Romano, 7 avril 2006).
Toutefois, on doit aussi dire que la Lectio divina n’est pas facile.
Une approche pédagogique d’initiation s’avère nécessaire, approche
qui fasse bien comprendre de quoi il s’agit et qui contribue à
clarifier le sens des diverses étapes et une manière de les
appliquer qui soit aussi fidèle que sagement créative.
On a rappelé dans l’aula quelques méthodes qu’il faut bien tenir
présentes et qui rendent compte des divers contextes culturels d’approche
de la Sainte Écriture. Le nom même de Lectio divina est en partie
modifié, par exemple en «école de la Parole», ou bien «lecture
orante». Surtout on gardera à l’esprit le fait que le fidèle d’aujourd’hui
vit dans un contexte de rapidité et de fragmentation; cela demande
une formation claire, patiente et continue chez les prêtres, les
personnes dans la vie consacrée et les laïcs.
Un intervenant dans l’aula a rappelé à ce sujet que Dei Verbum parle
aussi d’un approfondissement de l’Écriture «per piam lectionem».
Pour en arriver là, on doit toujours rappeler que la nature du texte
sacré est d’être témoignage de l’œuvre de salut accomplie par Jésus.
La lecture pieuse recommandée par Dei Verbum exprime en ce sens«la
modalité de connaissance amoureuse de foi».
Dans cette perspective, on doit toujours rappeler que l’approche du
texte sacré quand elle est faite personnellement par le fidèle, ne
peut être isolée de la communion et du contexte ecclésial. La
lecture de foi reconnaît dans l’Écriture le «témoignagefidèle et
vrai», le Christ lui-même, la Parole incarnée de Dieu et pourtant
qui veut faire de nous des témoins toujours plus crédibles de la
vérité révélée.
Pour cela, on peut dire que Marie est le meilleur exemple d’accueil
de la Parole de Dieu. En particulier, si l’on considère sa manière
d’écouter la Parole. Le texte évangélique «Marie, pour sa part,
gardait toutes ces choses dans son cœur et les méditait» (Lc 2, 19)
signifie qu’elle écoutait et connaissait les Écritures, les méditait
dans son cœur en une sorte de processus intérieur, où l’intelligence
n’est pas séparée du cœur. Marie recherchait le sens spirituel de l’Écriture
et le trouvait en le reliant (symballousa) aux paroles, à la vie de
Jésus et aux événements qu’elle découvrait dans son histoire
personnelle.
Comment aider pastoralement à une lecture de la Parole de Dieu qui
fasse croître, personnellement et communautairement, dans la vie
spirituelle, et rende les croyants chaque jour toujours plus
capables d’un témoignage crédible de l’amour communicatif de la
Révélation chrétienne?
III. PAROLE DE DIEU, MISSION, DIALOGUE
Passons maintenant à la troisième partie: «Parole de Dieu, mission,
dialogue». Un participant a affirmé: «Le saint Synode de la Parole
est le Synode de la mission.» Un autre a même suggéré de reformuler
le titre de cette troisième partie: non pas «La Parole de Dieu DANS
la mission de l’Église», mais «La Parole de Dieu EST la mission de
l’Église». Maintes fois, dans cette aula, on a affirmé le statut de
la Parole comme «âme de toute la pastorale», en en faisant un
objectif ferme à réaliser. Dans une intervention libre, l’un de nous
a même parlé de la Parole comme «âme de l’humanisation». C’est dire
toute l’ampleur de la mission: ad intra, certes, mais encore et
surtout ad extra, en dialogue effectif avec l’humanité tout entière
(cf. Mt 28, 19-20).
Je développerai le sujet en trois étapes contenant chacune trois
points. Je traiterai d’abordde tout ce qui touche au contenu: le
témoignage, le kérygme, la catéchèse.
8. TÉMOIGNAGE, KÉRYGME, CATÉCHÈSE
33. Le témoignage
Il est apparu clairement aux Pères synodaux que le facteur
déterminant de l’interprétation du texte biblique est l’expérience
de la rencontre du Christ présent dans la tradition de l’Église.
Cette rencontre communique la force d’aimer qui vient de la foi.
Une telle rencontre du Christ n’est pas l’apanage des spécialistes
et des responsables d’Église. Plus encore que les études, c’est le
témoignage des pauvres et des saints qui nous ouvrent à la beauté et
à la force de la Parole. Ne les empêchons pas, par trop de
précautions, de devenir des «amoureux de la Parole». On a souligné
deux autres lieux importants où se vit le témoignage: la famille et
la communauté. L’écoute en commun de la Parole de Dieu a le pouvoir
de susciter, par là, une nouvelle ecclésiogénèse. La Parole biblique,
en effet, doit s’incarner dans des témoins crédibles: l’homme d’aujourd’hui
est particulièrement sensible au témoignage des personnes pour qui
la rencontre personnelle du Christ a causé un réel changement de
vie.
34. Le kérygme
On l’a dit plusieurs fois depuis l’ouverture du Synode, il est
nécessaire de recentrer l’annonce de la Parole de Dieu sur son foyer
essentiel: le kérygme, devenu, dans bien des cas, étranger aux
hommes et femmes de notre temps. Le kérygme est la clé qui donne aux
Écritures le pouvoir de remplir leur mission. Ainsi pourra-t-on
éviter un triple danger: la dérive du moralisme, l’attrait du
mysticisme (spécialement l’engouement excessif pour les révélations
privées), et l’hermétisme d’une exégèse aux approches scientifiques
et littéraires multiples, qui se noie parfois sous les doutes et les
hypothèses et ne se prête pas toujours facilement à l’actualisation.
De plus, le kérygme permet de donner tout son sens à l’Ancien
Testament, puisque le Christ est «mort, selon les Écritures», et
ressuscité, «selon les Écritures» (1 Co 15,3-4; cf. Jn 5,39).
35. La catéchèse
L’herméneutique chrétienne des Écritures est la clé de la catéchèse:
elle seule lui donne la structure théologique et anthropologique
capable de l’unifier. On a dit: «Un projet catéchétique ne partant
pas de la Bible et ne conduisant pas à la Bible, est inacceptable.»
Il faut voir celle-ci, non pas comme un simple outil didactique ou
un appui apporté au contenu, mais vraiment comme la source vivante
de toute catéchèse. Ne parlons plus d’utiliser la Parole de Dieu,
mais de la servir comme des disciples.
Les Pères synodaux ont beaucoup insisté sur le développement d’une
attitude d’écoute: écoute de la Parole de Dieu, écoute du Christ,
écoute des pauvres. De plus, le modèle du chemin d’Emmaüs a été
nettement privilégié: c’est un texte biblique auquel beaucoup d’intervenants
se sont référés. Il suggère une pédagogie en quatre étapes: écoute
du vécu, long mûrissement à la lumière des Écritures, pour aboutir
finalement au partage du pain et au partage du témoignage en
communauté de croyants (Lc 24, 13-32).
On a déploré le peu de poids qu’on accorde au monde des enfants, qu’on
a appelé de manière heureuse «la génétique de notre Église», mais
aussi «les plus pauvres d’entre les pauvres». En contrepartie, on a
souligné l’attitude on ne peut plus accueillante de Jésus. Plusieurs
intervenants ont estimé nécessaire d’introduire dans la catéchèse
une bonne part d’apprentissage par cœur de textes bibliques
importants et adaptés.
Pour l’âge adulte, on souhaite que les paroisses offrent des
sessions de formation permanente et graduelle sur la Parole, dans le
cadre d’expériences de communautés ecclésiales ou de groupes de
réflexion. On fait état d’expériences nouvelles, comme le «Bibliodrame»,
le théâtre, et diverses formes d’arts qui, par le biais du symbole,
touchent non seulement l’intellect mais le corps et toute la
personne. Là encore, il convient d’encourager la mémorisation de
passages de l’Écriture: l’expérience émouvante des Églises du
silence, naguère frappées d’interdit pour l’impression de livres
religieux, démontre qu’on peut, par la mémoire, développer une
tradition orale vivante et durable. On a suggéré, pour promouvoir la
culture biblique de bien des fidèles, de répandre l’usage de
calendriers ayant pour chaque jour une courte citation biblique,
expliquée et appliquée.
Le Synode accueille avec bonheur le témoignage des catéchistes qui,
particulièrement en Afrique, installés à la tête des communautés
villageoises, ont assuré à l’Église son épanouissement et son
expansion. Nourris de la Parole de Dieu non moins que de la
tradition et des coutumes de leurs propres ethnies, ils savent
interpeller les mentalités encore marquées par les us et coutumes
contraires à l’Évangile, la vengeance, l’esprit fétichiste. Le
Synode espère ardemment que cette structure ecclésiale très souple
des catéchistes soit maintenue et au besoin améliorée, malgré l’exode
rural vers les grandes villes qui rend plus difficile la relève. Il
en va de même pour les Délégués de la Parole et autres structures
analogues qui, en Amérique latine, se révèlent être un germe d’authentiques
communautés ecclésiales, un levain irremplaçable de développement
social et une source de vocations presbytérales.
9. DIALOGUE, CULTURE, ENGAGEMENT
La deuxième étape concernant la mission vise à tirer les
conséquences d’un sens élargi de la Parole de Dieu, spécialement
dans une optique d’ouverture à la diversité. À travers l’Écriture,
l’Église offre au monde une grammaire qui nous enseigne à distinguer
les paroles de Dieu diversifiées, notamment à travers les voix de la
nature, de la culture et de l’histoire. Cela implique que l’Église
ne soit pas centrée sur elle-même, mais qu’elle se considère en
mission face au monde entier. De là trois mots clefs: dialogue,
culture, engagement. L’Évangile, a-t-on dit avec raison, n’enlève
rien à la liberté de l’homme, ni au respect dû aux cultures, ni à
tout ce qui est bon dans chaque religion. En matière de dialogue, il
importe de proposer sans imposer, de se considérer comme des
interlocuteurs. Le chrétien doit être prêt à parler et à écouter, à
donner et à recevoir.
Sans prétention d’exhaustivité, nous retenons cinq aspects: la
Parole de Dieu en lien avec l’œcuménisme, le dialogue entre
chrétiens et juifs, le dialogue interreligieux, les diverses
cultures et l’engagement social
36. La Parole de Dieu, lien œcuménique
Le Synode reconnaît l’immense contribution de la tradition
protestante au développement de l’expertise biblique. Ne fût-ce que
pour aider à guérir la mémoire, on peut même affirmer qu’une
certaine insistance de la Réforme à faciliter l’accès aux Écritures
a bien profité à toutes les confessions chrétiennes.
Toutefois, en dépit des fruits de fraternité produits par les
rencontres et dialogues œcuméniques, on ressent actuellement un
certain malaise qui appelle à une conversion plus profonde à l’oecuménisme
spirituel. Ce synode souligne fortement la dimension sacramentelle
de la Parole de Dieu. Écouter ensemble les Écritures nous introduit
par anticipation dans une unité, imparfaite peut-être, mais réelle.
S’il est vrai que, historiquement, à la racine des divisions entre
chrétiens il y a eu des controverses sur des textes bibliques
fondamentaux, il n’en reste pas moins que la Bible est véritablement
un terrain d’unité pour surmonter ce scandale des divisions; en
particulier, si l’on intègre une pratique commune de la Lectio
divina et une dimension de spiritualité mariale. Quelques
participants ont décrit l’incompréhension des fidèles face à l’exclusion
des chrétiens des autres confessions de la table eucharistique; il
faut mieux en expliquer le fondement théologique, et mettre en
relief, corrélativement, le pouvoir unificateur de la Parole de Dieu.
La théologie elle-même gagnerait sans doute davantage à affermir et
rajeunir sans cesse ses concepts, nés parfois dans des contextes
polémiques, au contact de la Parole de Dieu une et unifiante. Le
Synode salue tous les efforts de mise en commun des ressources pour
traduire et diffuser la Bible, et organiser des célébrations
interconfessionnelles.
Dans tous les continents, on a souligné avec force les dangers du
fondamentalisme et de la prolifération cancéreuse des sectes. Il
appert que la meilleure voie de dialogue en l’occurrence s’avère
être une saine interprétation de l’Écriture.
37. La Parole de Dieu, source du dialogue entre chrétiens et juifs
Le dialogue entre chrétiens et juifs, nos frères aînés, touche l’intérieur
même de l’Église et du mystère de la foi. Jésus et les Douze étaient
des Juifs de naissance. La Terre sainte est la première matrice de
l’Église. Il convient de faire, de la relation entre chrétiens et
juifs, un objet qui concerne tous les chrétiens et pas seulement les
spécialistes du dialogue. Cela implique des attitudes concrètes:
toujours parler des juifs au présent; tenir la survie du peuple juif
pour un fait spirituel; accueillir la portée universelle du judaïsme;
éviter toute théologie de la substitution; dans la lecture
chrétienne de l’Ancien Testament, laisser une place à la lecture
juive; partager avec les juifs l’attente eschatologique.
Là où, pour des raisons politiques et idéologiques, sur fond de sang
et de souffrances, des chrétiens éprouvent des difficultés à lire
l’Ancien Testament, même au point de le rejeter, on voudra bien
élaborer une herméneutique catholique, commune à tous, réelle et
claire, qui soit apte à résoudre ce problème.
38. La Parole de Dieu dans le cadre du dialogue interreligieux
Passons maintenant au dialogue interreligieux. On en trouve les
fondements dans l’ouverture même des textes fondateurs, qui incluent
des réflexions, des discussions, des débats. Dans toutes les grandes
religions, on trouve un dénominateur commun: le respect des livres
sacrés. Nous pouvons même, à partir de là, faire un examen de
conscience sur notre propre manière d’utiliser la Bible.
Il est important de faire connaître la Bible aux fidèles des autres
religions, et de bien leur expliquer notre approche herméneutique,
de manière à dissiper l’opinion de ceux qui classent le
christianisme parmi les «religions du Livre», alors que, pour nous,
la Bible est avant tout le livre de la rencontre d’une Personne.
Plus particulièrement, d’importants points communs rendent possible
et profitable un dialogue avec l’Islam, lui-même enraciné d’une
certaine manière dans la tradition biblique: résistance à la
sécularisation et au libéralisme, défense de la vie humaine,
affirmation de l’importance sociale de la religion. Le dialogue avec
eux est plus important que jamais dans les circonstances actuelles
afin de promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice
sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. Toutefois, les
confrontations parfois difficiles nécessitent des attitudes
prudentes et des paroles adéquates, dans le cadre d’un dialogue
interreligieux ouvert mais vrai, à l’abri de discours accommodants.
On a suggéré d’organiser un «Forum de la Parole de Dieu» où
chrétiens et musulmans pourraient se rencontrer, discuter et méditer
ensemble.
D’autre part, d’importants points communs rendent possible et
profitable un dialogue avec les grandes religions d’Asie centrale et
orientale: parmi de nombreux facteurs, signalons un sens du sacré
très développé, l’importance de la religion même en plein contexte
de sécularisation, et la pratique de la méditation.
En matière de dialogue interreligieux, le respect mutuel doit être
une règle d’or, et tout prosélytisme est à proscrire. Si les
discussions au niveau doctrinal sont difficiles à mener, au moins on
peut encourager la collaboration dans les œuvres de charité.
39. La Parole de Dieu en lien avec les cultures
Non seulement l’Église transmet ses vérités et ses valeurs, et
renouvelle les cultures de l’intérieur, mais elle prend aussi en
elles les éléments positifs qui y sont déjà présents.
Plusieurs Pères synodaux ont traité de l’inculturation et l’un d’entre
eux a exposé le fondement christologique de l’inculturation. Lorsqu’il
se fait chair, de par l’initiative tout aimante de Dieu, le Verbe
éternel s’inculture. Par le fait même, il épouse une culture
particulière, d’ailleurs teintée de péché, et en subit l’influence.
Mais du même coup, il agit sur la culture et la transforme, par la
force de l’événement pascal, en excluant tout ce qui est non
conforme à son image. Il appert que l’inculturation de la Parole de
Dieu n’est ni un processus moderne ni une démarche facultative. Le
phénomène s’observe dans la genèse même des écrits bibliques.
Nombre de Pères synodaux, en particulier de l’Afrique, de l’Asie et
de l’Amérique latine, ont souligné l’apport précieux des cultures
traditionnelles. Dans les premiers siècles, les moines syriens ont
diffusé la Parole de Dieu à la grandeur de l’Asie, depuis la Perse
et l’Inde jusqu’en Chine. Ils ont dialogué et inculturé. Il est
prouvé qu’ils ont interagi avec les zoroastriens, les bouddhistes,
les manichéens, les taoïstes, les confucéens, les hindous et les
musulmans, ainsi qu’avec certains chefs des religions tribales parmi
les Turcs, les Huns et les Mongols. Les moines ont emprunté des
langues, des cultures, des religions et des idées indigènes.
Récemment, le Synode africain a réhabilité la religion
traditionnelle et les cultures locales: cela s’impose, notamment,
pour contrer l’exode des néophytes, en particulier des jeunes, vers
la religion traditionnelle. Dans les cultures de l’Inde et de l’est
de l’Asie, il existe, de temps immémorial, des modèles de vie
religieuse où des valeurs comme la renonciation, l’austérité, le
silence, la prière, la contemplation et le célibat jouissent d’une
grande considération; des pratiques rituelles comme les sacrifices,
les processions, l’usage des images, les ablutions, les fêtes,
existent dans l’hindouisme; dans le confucianisme, les valeurs
familiales, le respect de l’ordre social, le respect des aînés et
des ancêtres, tout cela est proche de nos valeurs. Des évêques ont
fait état d’efforts fructueux déployés actuellement pour développer
une herméneutique biblique qui tienne compte de la riche culture et
de l’histoire des peuples asiatiques: sans mettre de côté les
méthodes scientifiques d’exégèse, elle les complète en faisant
ressortir un sens spirituel des textes bibliques qui rejoint l’âme
asiatique. Quant aux cultures locales, principalement en Amérique et
en Océanie, de par leur caractère rural, elles sont proches de la
Bible sous plusieurs aspects: l’importance des traditions orales,
les cosmogonies, l’idée de Dieu, le sens de la rédemption et de la
croix, la vie communautaire. Mais dans tous ces cas, comme l’ont
souligné plusieurs participants, il faut rester prudent dans l’emprunt
d’éléments qui sous-tendent la foi et l’adoration; autrement, on
risque de verser dans le syncrétisme, de causer des malentendus ou
de tout mettre sur le même pied.
La Parole de Dieu a également un lien essentiel avec les cultures
modernes: elle peut et doit en être le ferment. Un dialogue ouvert
s’impose avec la science et l’art. Certes, à l’ère des technologies
nouvelles, les difficultés sont multiples: l’indifférence, le bruit,
les distractions de toutes sortes, le repli sur soi-même, l’auto-divinisation
de l’homme, la vision athée ou agnostique de l’homme, de l’univers
et de l’histoire, et même la disparition, de l’imagination populaire,
des expressions et figures bibliques traditionnelles. De là la
nécessité, pour les chrétiens, de nourrir un dialogue soutenu entre
la foi et la raison, de rester présents et actifs sur toutes les
scènes de la vie publique, et de témoigner de la foi chrétienne en
paroles et en actes. Dans cette ligne, quelqu’un a proposé comme
indispensable le renouvellement en profondeur des études
philosophiques dans les centres catholiques d’enseignement supérieur.
40. La Parole de Dieu, appel à l’engagement
Plusieurs Pères synodaux ont souligné l’importance d’une lecture
contextualisée des Écritures, c’est-à-dire étroitement liée aux
réalités de la vie courante et capable de transformer les personnes
et les structures. Mis en demeure par la Parole, nous ne pouvons que
condamner les maux qui provoquent la violence et l’injustice dans
notre monde. On a signalé la nécessité d’une connexion plus grande
entre l’étude de l’Écriture et l’étude de la doctrine sociale de l’Église:
option préférentielle pour les pauvres et les exclus, promotion de
la justice, égalité fondamentale et dignité de tous les humains,
destination universelle des biens, sens humain et social du travail,
caractère sacré de la vie, rapport entre Église et État, motifs
d’engagement des chrétiens dans la société… Faisant état d’une
catastrophe récente, un évêque a déclaré: «Le monde est notre autel,
et nous avons rompu le pain de l’accompagnement humain des masses
éprouvées». Bref, il importe de ne jamais dissocier les activités
humanitaires de leurs racines bibliques.
10. TRADUCTION, COMMUNICATION, PROCLAMATION
41. Traduction
Un des points le plus fréquemment abordés par les Pères synodaux a
été l’urgence de rendre la Bible disponible dans toutes les langues,
y compris celles qui ne disposent pas de l’écriture, et donc, de
solliciter la collaboration des Églises mieux nanties pour rendre l’opération
matériellement possible.
42. Communication
La culture de la lecture étant en perte de vitesse, il importe d’utiliser
au maximum les moyens de communication modernes. Nous sommes à l’ère
de l’internet, et les possibilités d’accès à l’Écriture Sainte se
sont démultipliées. Le Synode doit écouter, discerner et encourager
les projets de transmission et de transposition des Saintes
Écritures dans tous ces nouveaux langages qui attendent de servir la
Parole de Dieu. De ce point de vue, il faut tout mettre en oeuvre
pour combler le fossé qui, en ce domaine, s’élargit quotidiennement
entre pays riches et pays pauvres.
L’insistance mise sur l’écoute de la Parole ouvre la voie à de
nombreux moyens qui tablent sur la créativité, tels le théâtre, le
conte, la musique, la création de sites internet interactifs, l’iconographie,
ou qui favorisent, même à l’intérieur des célébrations, le partage
de la Parole.
S’il est vrai que l’Écriture est une lettre que Dieu nous adresse,
et que toute la Bible parle du Christ, il importe de respecter le
critère essentiel de l’unité du message et, donc, de mettre à profit
toutes les parties de la Bible, en surmontant les peurs non fondées
et en évitant les omissions qui affaiblissent le message. De ce
point de vue, une révision à long terme du lectionnaire, peut-être
en synergie avec nos frères orientaux, serait souhaitable.
Certains Pères synodaux ont suggéré la mise sur pied de Congrès
internationaux sur la Parole de Dieu.
43. Proclamation
Quant à la proclamation liturgique de la Parole, plusieurs Pères
synodaux ont suggéré de créer un ministère spécifique ou, du moins,
de clarifier et de valoriser le statut du lectorat dans l’Église, et
de mettre sur pied des écoles d’apprentissage de la lecture
liturgique. De plus, quelques-uns ont souhaité que se répande, là où
on le juge bon, l’expérience de la lecture de toute la Bible en
continu, de manière à mettre en valeur l’ensemble des Écritures.
CONCLUSION
«Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour
réfuter, pour redresser, pour éduquer dans la justice, afin que l'homme
de Dieu soit accompli, équipé pour toute œuvre bonne.» (2 Tm 3,
15-17)
La première phase du Synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la
mission de l’Église s’est avérée une expérience très intense et très
riche, tant par la qualité des interventions dans l’assemblée
synodale que par le climat de communion qui règne entre tous les
participants. La Parole de Dieu s’y est manifestée comme puissance
spirituelle qui illumine et rapproche les esprits et les cœurs.
Il est trop tôt pour tirer des conclusions mais on peut d’ores et
déjà espérer de ce premier exercice des orientations pastorales qui
feront éclore un nouveau printemps de la mission. L’urgence d’annoncer
l’Évangile aujourd’hui est vivement ressentie par tous les Pères
synodaux et beaucoup de nouvelles possibilités de communication
invitent à prendre des initiatives originales, pour faire connaître
et aimer le Christ et les Écritures, pour œuvrer à l’unité des
chrétiens et contribuer à la justice et à la paix dans le monde.
La présence du Seigneur au milieu de nous a rappelé à tous, évêques,
experts, auditeurs et auditrices, que nous sommes avant tout des
disciples, des cœurs croyants qui écoutent ce que l’Esprit dit à l’Église
aujourd’hui. Poursuivons joyeusement nos travaux, en communion avec
Marie et tous les saints, dans l’espérance que fait naître en nous
la Sainte Écriture dévoilée par l’Esprit Saint.
Trouvant du Paradis
Et le pont et la porte
Au-dedans de ce Livre,J'y passai et j'entrai.
Si mes yeux, pour leur part, restèrent au-dehors,
Mon esprit pénétra dans son intimité.
J'en vins à parcourir
Ce qui n'est point décrit:
Limpide, est ce sommet,
Pur, sublime et splendide.
Il a reçu du Livre un nom qui est Éden:
Sommet de tous les biens.
Saint Ephrem, Hymnes sur le Paradis, Hymne V
QUESTIONS POUR LES GROUPES LINGUISTIQUES
1. Comment faire mieux comprendre à nos fidèles que la Parole de
Dieu, c’est le Christ, Verbe de Dieu incarné? Comment approfondir la
dimension dialogale de la Révélation dans la théologie et la
pratique de l’Église?
2. Quelles implications procèdent du fait que la célébration
liturgique est le lieu originaire et le sommet de la Parole de Dieu?
3. Comment éduquer à une écoute vivante de la Parole de Dieu, dans
l’Église, pour toute personne et à tous les niveaux culturels?
4. Comment former à la Lectio divina?
5. Faut-il élaborer un Compendium pour aider les homélistes à mieux
servir la Parole de Dieu? (ars predicandi).
6. Y a-t-il lieu de revoir le Lectionnaire et de modifier le choix
des lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament?
7. Quelle place et quelle importance accorder à la ministérialité de
la Parole de Dieu?
8. Comment faire mieux saisir le lien intrinsèque entre la Parole et
l’Eucharistie?
9. Quels moyens devons-nous mettre en œuvre pour la traduction et la
diffusion de la Bible dans le plus grand nombre de cultures
possibles, en particulier chez les pauvres?
10. Comment assainir les rapports et stimuler la collaboration entre
exégètes, théologiens et pasteurs?
11. Comment approfondir le sens de l’Écriture et son interprétation
dans le respect et l’équilibre entre la lettre, l’Esprit, la
tradition vivante et le magistère de l’Église?
12. Que penser de l’idée d’un Congrès mondial de la Parole de Dieu
promu par le magistère de l’Église?
13. Comment développer davantage la recherche de l’unité des
chrétiens et le dialogue avec les Juifs autour de la Parole de Dieu?
14. Qu’entend-on par animation biblique de toute la pastorale?
15. Quelles questions mériteraient un traitement plus détaillé de la
part du magistère de l’Église? (Inerrance, pneumatologie, rapport
Inspiration-Écriture-Tradition-Magistère)
16. Comment concilier la pratique du dialogue inter-religieux et l’affirmation
dogmatique à propos du Christ, unique médiateur?
17. Comment cultiver la connaissance de la Parole de Dieu par d’autres
voies que le texte biblique? (Art, poésie, Internet, etc)
18. Quelle formation philosophique est nécessaire pour bien
comprendre et interpréter la Parole de Dieu et les Saintes Écritures?
19. Quels critères d’interprétation de la Parole de Dieu assurent
une authentique inculturation du message évangélique?
N.B. La liste n’est pas exhausive et laisse toute liberté pour l’examen
d’autres questions.
[00290-03.10] [NNNNN] [Texte original: latin]
AVIS
- BULLETIN
- CONFÉRENCES DE PRESSE
- BRIEFING POUR
LES GROUPES LINGUISTIQUES
- POOL POUR LA SALLE DU
SYNODE
- INFORMATIONS TÉLÉPHONIQUES
-
HORAIRE D’OUVERTURE DU BUREAU DE PRESSE DU SAINT-SIÈGE
BULLETIN
Le prochain Bulletin N. 25, avec les interventions “in scriptis”,
sera à la disposition des journalistes accrédités demain, jeudi 15
octobre 2008. Le Bulletin N.26 suivant, sur les travaux de la
Dix-huitième Congrégation générale de vendredi 16 octobre 2008, avec
les Rapports des Carrefours, sera à la disposition des journalistes
accrédités à la fin de la Congrégation générale.
CONFÉRENCES DE PRESSE
À la Deuxième Conférence de presse sur les travaux de la XIIe
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques de demain, jeudi
16 octobre 2008, à 12h45, participeront:
- S. Ém. le Card. William Joseph LEVADA, Préfet de la Congrégation
pour la Doctrine de la Foi (CITÉ DU VATICAN), Président délégué de
la XIIe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques;
- S. Ém. le Card. George PELL, Archevêque de Sydney (AUSTRALIE),
Président délégué de la XIIe Assemblée Générale Ordinaire du Synode
des Évêques;
- S. Ém.le Card. Odilo Pedro SCHERER, Archevêque de São Paulo (BRÉSIL),
Président délégué de la XIIe Assemblée Générale Ordinaire du Synode
des Évêques;
- S. Ém. le Card. Peter Kodwo Appiah TURKSON, Archevêque de Cape
Coast, Président de l’Association des Conférences épiscopales d’Afrique
occidentale (A.C.E.A.O.) (GHANA), Président de la Commission pour l’Information
de la XIIe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques;
- S. Exc. Mgr Diarmuid MARTIN, Archevêque de Dublin (IRLANDE),
Membre de la Commission pour l’Information de la XIIe Assemblée
Générale Ordinaire du Synode des Évêques;
- S. Exc. Mgr Luis Antonio G. TAGLE, Évêque d’Imus (PHILIPPINES),
Membre de la Commission pour l’Information de la XIIe Assemblée
Générale Ordinaire du Synode des Évêques;
À la Troisième Conférence de presse sur les travaux de la XIIe
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques de vendredi 24
octobre 2008, à 12h45, participeront:
- S. Exc. Mgr Gianfranco RAVASI, Archevêque titulaire de Villamagna
de Proconsolare, Président du Conseil Pontifical pour la Culture (CITÉ
DU VATICAN), Président de la Commission pour le Message de la XIIe
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques;
- S. Exc. Mgr Santiago Jaime SILVA RETAMALES, Évêque titulaire de
Bela, Évêque auxiliaire de Valparaíso (CHILI), Vice-Président de la
Commission pour le Message de la XIIe Assemblée Générale Ordinaire
du Synode des Évêques.
À la Quatrième Conférence de presse sur les travaux de la XIIe
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques de samedi 25
octobre 2008, à 12h45, participeront:
- S. Ém.le Card. Marc OUELLET, P.S.S., Archevêque de Québec
(CANADA), Rapporteur Général de la XIIe Assemblée Générale Ordinaire
du Synode des Évêques;
- S. Exc. Mgr. Laurent MONSENGWO PASINYA, Archevêque de Kinshasa,
Président de la Conférence épiscopale (RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU
CONGO), Secrétaire Spécial de la XIIe Assemblée Générale Ordinaire
du Synode des Évêques;
- S. Exc. Mgr. Filippo SANTORO, Évêque de Petròpolis (BRÉSIL),
Membre de la Commission pour l’Information de la XIIe Assemblée
Générale Ordinaire du Synode des Évêques.
Les Conférences de presse sont présidées par le R.P. Federico
LOMBARDI, S.J., Directeur du Bureau de Presse du Saint-Siège,
Secrétaire ex-ufficio de la Commission pour l’Information de la XIIe
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques.
BRIEFING POUR LES
GROUPES LINGUISTIQUES
Le lieu des briefings des Attachés de presse indiqué dans le
Bulletin N° 2 est modifié comme suit: le groupe linguistique
français ne se réunira plus près Radio-Vatican, mais près le Bureau
de Presse du Saint-Siège, dans un local qui sera déterminé au fur et
à mesure.
Le neuvième briefing pour les groupes linguistiques se tiendra le
vendredi 17 octobre 2008, à 13h10 environ.
Nous rappelons aux opérateurs de l’audiovisuel (cameramen et
techniciens) et aux photo-reporters qu’ils sont priés de s’adresser
au Conseil Pontifical pour les Communications Sociales pour l’autorisation
d’accès (très limitée).
Mardi 21 octobre 2008, les Attachés de presse seront accompagnés
lors des briefings par les Pères synodaux suivants:
Groupe linguistique italien:
- S. Ém.le Card. Angelo BAGNASCO, Archevêque de Gênes, Président de
la Conférence Épiscopale (ITALIE).
Groupe linguistique anglais:
- S. Exc. Mgr Terrence Thomas PRENDERGAST, S.I., Archevêque d’Ottawa
(CANADA), Membre de la Commission pour l’Information de la XIIe
Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques.
Groupe linguistique français:
- S. Exc. Mgr Joseph AKÉ, Évêque de Yamoussoukro (CÔTE D’IVOIRE),
Membre de la Commission pour l’Information de la XIIe Assemblée
Générale Ordinaire du Synode des Évêques.
Groupe linguistique espagnol:
- S. Ém. le Card. Oscar Andrés RODRÍGUEZ MARADIAGA, S.D.B.,
Archevêque de Tegucigalpa, Président de la Conférence Épiscopale
(HONDURAS).
Groupe linguistique allemand:
- S. Exc. Mgr Kurt KOCH, Évêque de Bâle (SUISSE).
POOL POUR LA SALLE DU SYNODE
Le septième “pool” pour la Salle du Synode sera formé pour la prière
d’ouverture de la Dix-huitième Congrégation générale de vendredi
matin, 17 octobre 2008.
Les listes d’inscription aux pools sont à la disposition des
rédacteurs au Bureau Informations et Accréditations du Bureau de
presse du Saint-Siège (dans le hall d’entrée, à droite).
Nous rappelons aux opérateurs de l’audiovisuel (cameramen et
techniciens) et aux photo-reporters qu’ils sont priés de s’adresser
au Conseil Pontifical pour les Communications Sociales pour la
participation au pool dans la Salle du Synode.
Les participants aux pools sont priés de se rendre à 08h30 dans le
Secteur Presse, installé à l’extérieur de l’entrée de la salle Paul
VI, d’où ils seront appelés pour accéder à la Salle du Synode,
toujours accompagnés par un attaché du Bureau de presse du
Saint-Siège et du Conseil Pontifical pour les Communications
Sociales.
INFORMATIONS TÉLÉPHONIQUES
Pendant la période synodale, une ligne d’informations téléphoniques
sera mise en place:
- +39-06-698.19 pour écouter le Bulletin ordinaire du Bureau de
presse du Saint-Siège;
- +39-06-698.84051 pour le Bulletin du Synode des Évêques du matin;
- +39-06-698.84877 pour le Bulletin du Synode des Évêques de l’après-midi.
HORAIRE D’OUVERTURE DU BUREAU DE PRESSE DU SAINT-SIÈGE
Le Bureau de Presse du Saint-Siège, à l’occasion de la XIIe
Assemblée Générale Ordinaire du Synodes des Évêques appliquera l’horaire
suivant:
- Jeudi 16 octobre: 09h00 - 21h00
- Vendredi 17 octobre: 09h00 - 16h00
- Samedi 18 octobre: 09h00 - 19h00
- Dimanche 19 octobre: 10h00 - 13h00
- Du lundi 20 octobre au samedi 25 octobre: 09h00 - 16h00
- Dimanche 26 octobre: 09h00 - 13h00
Le personnel du Bureau Informations et Accréditations sera présent (dans
le hall d’entrée, à droite):
- du lundi au vendredi: 09h00-15h00
- le samedi: 09h00-14h00
Les éventuelles modifications seront affichées dès que possible dans
la Salle des journalistes du Bureau de presse du Saint-Siège, dans
le Bulletin d’informations de la Commission pour l’Information de la
XIIe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, et dans la
partie Communications de service du site Internet du Saint-Siège.
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