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EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE PASTORES
DABO VOBIS DE SA SAINTETÉ LE PAPE JEAN-PAUL II À
l'ÉPISCOPAT, AU CLERGÉ ET AUX FIDÈLES SUR LA
FORMATION DES PRÊTRES DANS LES CIRCONSTANCES ACTUELLES
INTRODUCTION
1. «Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur» (Jr 3,15).
Par ces paroles du prophète Jérémie, Dieu promet à
son peuple de ne jamais le laisser sans pasteur qui le rassemble et le guide: «Je
susciterai pour [mes brebis] des pasteurs qui les feront paître; elles
n'auront plus crainte ni terreur» (Jr 23,4).
L'Église, peuple de Dieu, fait toujours l'expérience de la réalisation
de cette annonce prophétique et continue, dans la joie, à rendre
grâce au Seigneur. Elle sait que Jésus Christ lui-même est
l'accomplissement vivant, suprême et définitif, de la promesse de
Dieu: «Je suis le Bon Pasteur» (Jn 10,11). Lui, «le grand Pasteur
des brebis» (He 13,20), a confié aux Apôtres et à leurs
successeurs le ministère de paître les brebis de Dieu (cf. Jn
21,15-17; 1 P 5,2).
En particulier, l'Église ne pourrait pas, sans prêtre, vivre
l'obéissance fondamentale qui est au coeur de son existence et de sa
mission dans l'histoire, l'obéissance au commandement de Jésus: «Allez
donc, de toutes les nations faites des disciples» (Mt 28,19) et «faites
ceci en mémoire de moi» (Lc 22,19; cf. 1 Co 11, 24). C'est-à-dire
le commandement d'annoncer l'Évangile et de renouveler chaque jour le
sacrifice de son corps donné et de son sang versé pour la vie du
monde.
La foi nous enseigne que le Seigneur ne peut manquer à sa promesse.
Cette promesse est précisément le motif de la joie de l'Église
et sa force devant la floraison et l'augmentation du nombre des vocations
sacerdotales que l'on note aujourd'hui en certaines parties du monde. Cette
promesse constitue aussi le fondement et le stimulant d'un acte de foi plus
grand et d'une espérance plus vive face à la grave pénurie
de prêtres en d'autres parties du monde.
Nous sommes tous appelés à partager la confiance totale dans
l'accomplissement ininterrompu de la promesse de Dieu dont les Pères
synodaux ont voulu témoigner de façon claire et forte: «Avec
la confiance totale en la promesse du Christ qui a dit: "Et moi, je suis
avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28,20), le
Synode est conscient de l'activité constante de l'Esprit Saint dans l'Église;
il croit profondément que l'Église ne sera jamais totalement dépourvue
de ministres sacrés... Même si, en diverses régions, on note
une pénurie de prêtres, l'action du Père, qui suscite les
vocations, ne manquera cependant jamais à son Église»(1).
Face à la crise des vocations sacerdotales, comme je l'ai dit en
conclusion du Synode, «la première réponse de l'Église
se trouve dans un acte de foi totale à l'Esprit Saint. Nous sommes
profondément convaincus que cet abandon confiant ne décevra pas si
nous demeurons fidèles à la grâce reçue»(2).
2. Demeurer fidèle à la grâce reçue! En effet, le
don de Dieu ne détruit pas la liberté de l'homme, mais la suscite,
la développe et la demande.
Aussi, dans l'Église, la confiance totale dans la fidélité
inconditionnelle de Dieu à sa promesse va de pair avec la grave
responsabilité de coopérer à l'action du Dieu qui appelle,
de contribuer à créer et à maintenir les conditions dans
lesquelles le bon grain, semé par Dieu, peut prendre racine et porter des
fruits abondants. L'Église ne cessera jamais de prier le Maître de
la moisson afin qu'il envoie des ouvriers à sa moisson (cf. Mt 9,38);
elle proposera aux nouvelles générations un projet de vocation
clair et courageux; elle les aidera à discerner l'authenticité de
l'appel de Dieu et à y répondre avec générosité;
elle apportera une attention particulière à la formation des
candidats au presbytérat.
Vraiment, pour l'avenir de l'évangélisation de l'humanité,
l'Église considère comme une tâche de grande importance et
particulièrement délicate la formation attentive des futurs prêtres,
diocésains et religieux, prolongée durant toute leur vie, pour
favoriser leur sanctification personnelle dans le ministère et une
constante mise à jour de leur engagement pastoral.
Par cette oeuvre de formation, l'Église poursuit dans le temps
l'oeuvre du Christ que l'évangéliste Marc présente ainsi: «Jésus
gravit la montagne, et il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à
lui. Et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher,
avec pouvoir de chasser les démons» (Mc 3,13-15).
Au cours de son histoire, on peut l'affirmer, l'Église a toujours revécu,
avec une intensité ou des modalités diverses, cette page de l'Évangile
par l'oeuvre de formation des candidats au presbytérat et des prêtres
eux-mêmes. Aujourd'hui cependant, l'Église se sent appelée à
revivre dans un nouveau type d'engagement ce que le Maître a fait avec ses
Apôtres; en cela, elle est stimulée par les profondes et rapides
transformations de la société et des cultures de notre temps, par
la multiplicité et la diversité des contextes où elle
annonce l'Évangile et en témoigne. Elle est aussi sollicitée
par l'évolution favorable du nombre des vocations sacerdotales dans
divers diocèses du monde, par l'urgence d'un nouvel examen des contenus
et des méthodes de la formation sacerdotale, par l'inquiétude des évêques
et de leurs communautés devant la raréfaction persistante du clergé,
par l'absolue nécessité que la «nouvelle évangélisation»
trouve dans les prêtres ses premiers «nouveaux évangélisateurs».
C'est précisément dans ce contexte historique et culturel que
s'est située en 1990 la dernière Assemblée générale
ordinaire du Synode des Évêques, consacrée à «la
formation des prêtres dans les circonstances actuelles», vingt-cinq
ans après la fin du Concile, avec l'intention de compléter la
doctrine conciliaire sur ce point et de l'adapter avec plus de pertinence aux
conditions actuelles(3).
3. Dans la continuité des textes du Concile Vatican II au sujet de
l'ordre sacerdotal et de la formation des prêtres(4) et dans le but d'en
appliquer concrètement la doctrine riche et autorisée aux différentes
situations, l'Église a déjà traité plusieurs fois
des problèmes de la vie, du ministère et de la formation des prêtres.
Les occasions les plus solennelles furent les Synodes des Évêques.
Dès la première Assemblée générale, tenue en
octobre 1967, le Synode a consacré cinq congrégations générales
au thème du renouveau des séminaires. Ce travail a apporté
une contribution décisive à l'élaboration du document de la
Congrégation pour l'Éducation catholique: «Normes
fondamentales pour la formation sacerdotale»(5).
C'est surtout la seconde Assemblée générale ordinaire,
en 1971, qui a consacré la moitié de ses travaux au sacerdoce
ministériel. Les fruits de cette longue réflexion, repris et
condensés en quelques «recommandations» soumises à mon
Prédécesseur le Pape Paul VI et lues à l'ouverture du
Synode de 1974, concernaient principalement la doctrine sur le sacerdoce ministériel
et certains aspects de la spiritualité et du ministère presbytéral.
En plusieurs autres occasions, le Magistère de l'Église a
continué à manifester sa sollicitude pour la vie et le ministère
des prêtres. Dans les années post-conciliaires, peut-on dire, il
n'y eut pas d'intervention du Magistère qui, sous une forme ou sous une
autre, n'ait pris en considération de façon explicite ou
implicite, le sens de la présence des prêtres dans la communauté,
leur rôle et leur nécessité pour l'Église et pour la
vie du monde.
Ces dernières années, et en de nombreux endroits, on a éprouvé
la nécessité de revenir sur le thème du sacerdoce, en
l'abordant d'un point de vue relativement nouveau et plus adapté aux
circons tances ecclésiales et culturelles présentes. Du problème
de l'identité du prêtre, l'attention s'est portée vers les
problèmes liés à l'itinéraire de la formation au
sacerdoce et à la qualité de vie des prêtres. En réalité,
les nouvelles générations d'appelés au sacerdoce ministériel
présentent des caractéristiques notablement différentes de
celles de leurs prédécesseurs immédiats et vivent dans un
monde nouveau sous bien des aspects, en continuelle et rapide évolution.
Et de tout cela, il importe de tenir compte dans l'élaboration des
programmes et la réalisation des itinéraires de formation au
sacerdoce ministériel.
Quant aux prêtres qui exercent leur ministère depuis plus ou
moins longtemps, ils semblent souffrir aujourd'hui d'une dispersion excessive
dans des activités pastorales toujours plus nombreuses. Face aux
difficultés de la société et de la culture contemporaine,
ils se sentent obligés de repenser leur style de vie et les priorités
de leurs engagements pastoraux, alors qu'ils éprouvent toujours plus la nécessité
d'une formation permanente.
Les préoccupations et les réflexions du Synode des Évêques
de 1990 ont porté sur l'augmentation des vocations au presbytérat,
sur la formation - afin que les candidats connaissent et suivent Jésus en
se préparant à célébrer et à vivre le
sacrement de l'Ordre qui les configure au Christ Tête et Pasteur,
Serviteur et Époux de l'Église - et sur la définition
d'itinéraires de formation permanente propres à soutenir de façon
réaliste et efficace le ministère et la vie spirituelle des prêtres.
Ce même Synode voulait aussi répondre à une demande du
Synode précédent sur la vocation et la mission des laïcs dans
l'Église et dans le monde. Les laïcs eux-mêmes avaient souhaité
que les prêtres s'engagent à les former afin de les aider de façon
adéquate dans l'accomplissement de la mission ecclésiale commune.
En réalité, «plus se développe l'apostolat des laïcs,
plus on ressent fortement le besoin d'avoir des prêtres qui soient bien
formés, des prêtres saints. Ainsi, la vie même du Peuple de
Dieu traduit l'enseignement du Concile Vatican II sur le rapport entre le
sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel et hiérarchique. En
effet, dans le mystère de l'Église, la hiérarchie a un
caractère ministériel (cf. Lumen gentium, n. 10). Plus on
approfondit le sens de la vocation propre des laïcs, plus apparaît à
l'évidence ce qui est propre au prêtre»(6).
4. Dans l'expérience ecclésiale typique du Synode, c'est-à-dire
«l'expérience particulière de communion épiscopale
dans l'universalité, qui affermit le sens de l'Église universelle,
la respon sabilité des évêques envers l'Église
universelle et sa mission, en communion affective et effective autour de Pierre»(7),
on a entendu la voix claire et attristée de diverses Églises
particulières et, en ce Synode, pour la première fois, de
certaines Églises de l'Est; elles ont proclamé leur foi dans
l'accomplissement de la promesse de Dieu: «Je vous donnerai des pasteurs
selon mon coeur» (Jr 3,15). Elles ont renouvelé leur engagement
pastoral pour le soin apporté aux vocations et pour la formation des prêtres,
conscientes que l'avenir de l'Église, son développement et sa
mission universelle de salut en dépendent.
Reprenant maintenant le fonds très riche des réflexions, des
orientations et des indications qui ont préparé et accompagné
les travaux des Pères synodaux, par cette Exhortation apostolique
post-synodale, j'y joins ma voix d'Évêque de Rome et de successeur
de Pierre. Je m'adresse au coeur de tous les fidèles et de chacun d'entre
eux, en particulier des prêtres et de tous ceux qui sont engagés
dans le délicat ministère de leur formation. Oui, je désire
rejoindre tous les prêtres et chacun d'entre eux, diocésains ou
religieux, par cette Exhortation.
Je fais miens les sentiments et les paroles des Pères synodaux dans
le «Message final du Synode au Peuple de Dieu»: «Pleins de
reconnaissance et d'admiration, nous nous tournons vers vous qui êtes nos
premiers collaborateurs dans le ministère apostolique. Votre rôle
dans l'Église est vraiment nécessaire et irremplaçable.
C'est vous qui portez le poids du ministère sacerdotal et qui avez un
contact direct avec les fidèles. Vous êtes les ministres de
l'Eucharistie, les dispensateurs de la miséricorde divine dans le
sacrement de la Pénitence, les consolateurs des âmes et les guides
de tous les fidèles dans le tourbillon des difficultés de la vie
d'aujourd'hui.
«Nous vous saluons de tout notre coeur, nous vous exprimons notre
gratitude, et nous vous exhortons à persévérer dans cette
voie avec joie et enthousiasme. Ne cédez pas au découragement.
Notre tâche n'est pas nôtre, mais celle de Dieu.
«Celui qui nous a appelés et qui nous envoie demeure avec nous,
tous les jours de notre vie. En effet, nous oeuvrons, mandatés par le
Christ»(8).
C H A P I T R E I
PRIS D'ENTRE LES HOMMES La formation sacerdotale face aux défis
de la fin du second millénaire
Le prêtre et son temps
5. «Tout grand prêtre, pris d'entre les hommes, est établi
pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu» (He
5,1).
La Lettre aux Hébreux affirme clairement l'«humanité»
du ministre de Dieu: il vient des hommes et est au service des hommes, imitant Jésus
Christ, «lui qui a été éprouvé en tout, d'une
manière semblable à nous, à l'exception du péché»
(He 4,15).
Dieu appelle toujours ses prêtres dans des milieux humains et ecclésiaux
déterminés par lesquels ils sont inévitablement marqués
et auxquels ils sont envoyés pour le service de l'Évangile du
Christ.
C'est pourquoi le Synode a replacé la question des prêtres dans
le contexte actuel de la société et de l'Église. Il l'a
aussi ouverte aux perspectives du troisième millénaire, comme il résulte
de la formulation même du thème: «La formation des prêtres
dans les circonstances actuelles».
Il y a assurément «une physionomie essentielle du prêtre
qui ne change pas: en effet, le prêtre de demain, non moins que celui
d'aujourd'hui, devra ressembler au Christ. Au cours de sa vie terrestre, Jésus
a présenté en lui-même le visage définitif du prêtre,
réalisant un sacerdoce ministériel dont les Apôtres furent
les premiers investis; ce sacerdoce est destiné à durer, à
se perpétuer constamment en toutes les périodes de l'histoire. Le
prêtre du troisième millénaire sera, en ce sens, le
continuateur des prêtres qui, dans les précédents millénaires,
ont animé la vie de l'Église. Même en l'an 2000, la vocation
sacerdotale continuera à être l'appel à vivre le sacerdoce
unique et permanent du Christ»(9). Pareillement, la vie et le ministère
du prêtre doivent «s'adapter à chaque époque et à
tous les milieux de vie ... C'est pourquoi, nous devons chercher à nous
ouvrir, autant que possible, à la lumière suprême de
l'Esprit Saint, afin de découvrir les orientations de la société
contemporaine, de reconnaître ses besoins spirituels les plus profonds, de
déterminer ses devoirs concrets les plus importants, et les méthodes
pastorales à adopter, afin de répondre de façon adéquate
aux attentes humaines»(10).
Devant conjuguer le sens authentique permanent du ministère presbytéral
avec les exigences et les caractéristiques du temps présent, les Pères
synodaux ont cherché à répondre à certaines
questions qui s'imposent: quels problèmes et, en même temps, quels
stimulants positifs le contexte socio-culturel et ecclésial actuel
suscite-t-il chez les enfants, les adolescents et les jeunes qui doivent mûrir
pour toute leur existence un projet de vie sacerdotale ? Quelles difficultés
et quelles nouvelles possibilités offre notre temps pour l'exercice d'un
ministère sacerdotal cohérent avec le don du sacrement reçu
et avec l'exigence d'une vie spirituelle appropriée ?
Je reprends maintenant quelques éléments de l'analyse de la
situation que les Pères synodaux ont développée. La grande
variété de contextes socio-culturels et ecclésiaux actuels
dans les différents pays amène à ne signaler que les phénomènes
les plus profonds et les plus répandus, en particulier ceux qui se
rapportent aux problèmes éducatifs et à la formation
sacerdotale.
L'Évangile aujourd'hui: espoirs et obstacles
6. De nombreux facteurs semblent favoriser chez l'homme d'aujourd'hui une
conscience plus aiguë de la dignité de la personne et une nouvelle
ouverture aux valeurs religieuses, à l'Évangile et au ministère
sacerdotal.
Malgré de nombreuses contradictions, nous trouvons dans la société
une soif de justice et de paix plus répandue et plus forte, un sens plus
aigu d'une saine gérance de la création et du respect de la
nature, une recherche plus ouverte de la vérité et de la
protection de la dignité humaine; en bien des groupes de la population
mondiale, on note un engagement croissant pour une solidarité
internationale plus concrète et pour un nouvel ordre planétaire
dans le respect de la liberté et de la justice.
Alors que se développe le potentiel d'énergie offert par les
sciences et les techniques et que se propagent l'information et la culture, on
voit aussi grandir une nouvelle demande éthique, c'est-à-dire la
quête de sens et donc d'une échelle objective de valeurs qui
permette de réguler les possibilités et les limites du progrès.
Dans le domaine plus proprement religieux et chrétien, des préjugés
idéologiques et des refus violents face à la proposition des
valeurs spirituelles et religieuses tombent, et des possibilités
nouvelles et inespérées d'évangélisation et de
reprise de la vie ecclésiale apparaissent en plusieurs régions du
monde. On note une diffusion croissante de la connaissance des Saintes Écritures,
une vitalité et une force d'expansion de nombreuses Églises jeunes
avec un engagement de plus en plus important dans la défense et la
promotion des valeurs de la personne et de la vie humaine; on relève
encore un magnifique témoignage du martyre de la part des Églises
du Centre et de l'Est de l'Europe ainsi que celui de la fidélité
et du courage d'autres Églises encore soumises à des persécutions
et à des tribulations au nom de la foi(11).
Le désir de Dieu et d'une relation vivante et significative avec lui
est si manifeste aujourd'hui qu'il favorise, là où manque
l'annonce authentique et intégrale de l'Évangile de Jésus,
la diffusion de formes de religiosité sans Dieu et de multiples sectes.
Leur propagation, même dans certains milieux traditionnellement chrétiens,
est, pour tous les fils de l'Église, particulièrement pour les prêtres,
un motif constant d'examen de conscience sur la crédibilité de
leur témoignage évangélique; mais cette propagation est
aussi un signe de ce que la recherche de Dieu demeure profonde et largement répandue.
7. Plusieurs autres éléments problématiques ou négatifs
se trouvent mêlés à ces facteurs et à d'autres
facteurs positifs.
Le rationalisme qui, au nom d'une conception réductrice de la «science»,
ferme la raison humaine à la rencontre de la Révélation et
de la transcendance divine, est encore très répandu.
On enregistre aussi une défense exaspérée du
subjectivisme de la personne qui tend à la refermer dans
l'individualisme, incapable de véritables relations humaines. Ainsi,
beaucoup, surtout les adolescents et les jeunes, cherchent à compenser
cette solitude par des succédanés de nature variée, avec
des formes plus ou moins fortes d'hédonisme et de fuite des responsabilités;
prisonniers de l'éphémère, ils cherchent à vivre les
expériences personnelles les plus fortes et les plus gratifiantes
possibles au niveau des émotions et des sensations immédiates, se
trouvant ainsi inévitablement indifférents et comme paralysés
face à l'appel d'un projet de vie qui inclut une dimension spirituelle et
religieuse ou un engagement de solidarité.
En outre, partout dans le monde, même après la chute des idéologies
qui avaient fait du matérialisme un dogme et du rejet de la religion un
programme, se diffuse une sorte d'athéisme pratique et existentiel qui coïncide
avec une vision sécularisée de la vie et du destin de l'homme. Cet
homme «tout préoccupé de lui-même, cet homme qui se
fait non seulement centre de tous les intérêts, mais ose se dire le
principe et la raison de toute réalité»(12), se trouve
toujours plus dépourvu du «supplément d'âme» qui
lui est d'autant plus nécessaire qu'une plus grande disponibilité
de biens matériels et de ressources lui donne l'illusion de
l'autosuffisance. On n'a plus besoin de combattre Dieu, on se passe tout
simplement de lui.
En ce contexte, on doit noter, en particulier, la désagrégation
de la réalité familiale et l'obscurcissement ou la déformation
du vrai sens de la sexualité humaine: phénomènes qui ont
une incidence très fortement négative sur l'éducation des
jeunes et sur leur ouverture à toute vocation religieuse. On note encore
l'aggravation des injustices sociales et la concentration des richesses entre
les mains d'un petit nombre de personnes, comme fruit d'un capitalisme déshumanisé(13)
qui élargit toujours davantage le fossé entre peuples riches et
peuples pauvres: ainsi surviennent dans la société humaine des
tensions et des inquiétudes qui troublent profondément la vie des
personnes et des communautés.
Dans le milieu ecclésial, on enregistre aussi des phénomènes
inquiétants et négatifs qui ont une incidence sur la vie et le
ministère des prêtres: par exemple l'ignorance religieuse qui
persiste chez de nombreux croyants; la faible influence de la catéchèse,
étouffée par les messages plus répandus et plus forts des
moyens de communication sociale; le pluralisme théologique, culturel et
pastoral mal compris qui, tout en partant parfois de bonnes intentions, finit
par rendre difficile le dialogue oecuménique et par mettre en danger la nécessaire
unité de la foi; la persistance d'une méfiance et d'une
quasi-intolérance envers le Magistère hiérarchique; les
poussées unilatérales et réductrices de la richesse du
message évangélique qui transforment l'annonce et le témoignage
de la foi en un simple facteur de libération humaine et sociale ou bien
en un refuge aliénant dans la superstition et dans la religiosité
sans Dieu(14).
La présence sur un même territoire de groupes consistants de
personnes de races et de religions différentes est un phénomène
très important, même s'il est relativement récent en
plusieurs pays d'ancienne tradition chrétienne. Ainsi se développe
toujours davantage une société multiraciale et plurireligieuse. Si
ce phénomène peut être l'occasion, d'une part, d'un exercice
plus fréquent et plus fructueux de dialogue, d'une ouverture des esprits
et d'expériences d'accueil et de juste tolérance, il peut, d'autre
part, être source de confusion et de relativisme, surtout chez des
personnes et des groupes à la foi peu assurée.
A ces facteurs, et en lien étroit avec la montée de
l'individualisme, on peut ajouter le phénomène du subjectivisme de
la foi. On remarque chez un nombre croissant de chrétiens moins
d'attachement à l'ensemble du contenu objectif de la doctrine de la foi:
on adhère de façon subjective à ce qui plaît, à
ce qui correspond à sa propre expérience, à ce qui ne dérange
pas ses habitudes personnelles. Enfin, l'appel à l'inviolabilité
de la conscience individuelle, légitime en soi, ne manque pas de revêtir,
en pareil contexte, des caractéristiques dangereuses et ambiguës.
De là découle le fait que l'appartenance à l'Église
est de plus en plus partielle et conditionnelle, ce qui exerce une influence négative
sur l'éclosion de nouvelles vocations au sacerdoce, sur la conscience que
le prêtre a de son identité et sur son ministère dans la
communauté.
Enfin, aujourd'hui encore, l'Église en plusieurs régions connaît
des problèmes graves à cause de la présence insuffisante
des forces sacerdotales, qui sont donc moins disponibles. Les fidèles
sont souvent abandonnés durant de longues périodes, sans le
soutien pastoral adéquat. La croissance de leur vie chrétienne
dans son ensemble en souffre et, plus encore, leur capacité de devenir
eux-mêmes les promoteurs de l'évangélisation s'en trouve
amoindrie.
Les jeunes face à la vocation et à la formation
sacerdotales
8. Les nombreuses contradictions et potentialités dont sont marquées
nos sociétés et nos cultures et, en même temps, nos
communautés ecclésiales sont perçues et vécues avec
une intensité toute particulière par le monde des jeunes, avec des
répercussions immédiates et très fortes sur leur itinéraire
éducatif. En ce sens, l'émergence et le développement des
vocations sacerdotales chez les enfants, les adolescents et les jeunes
s'affrontent continuellement à des obstacles et à des
sollicitations.
Quelle puissance sur les jeunes que celle de la fascination de ce qu'on
appelle la «société de consommation», qui les rend
victimes et prisonniers d'une interprétation individualiste, matérialiste
et hédoniste de l'existence humaine! Le «bien-être»,
compris au sens matériel, tend à s'imposer comme l'unique idéal
de vie, un bien-être à obtenir à n'importe quelle condition
et à n'importe quel prix. Il en résulte le refus de tout sacrifice
et l'abandon de tout effort pour rechercher et pour vivre des valeurs
spirituelles et religieuses. La «préoccupation» exclusive de
l'avoir supplante le primat de l'être; et, en conséquence, les
valeurs personnelles et interpersonnelles sont interprétées et vécues
non selon la logique du don et de la gratuité, mais selon celle de la
possession égoïste et de l'exploitation de l'autre.
Cela se retrouve spécialement dans la conception de la sexualité
humaine déchue de sa dignité, à savoir d'être service
de la communion et du don interpersonnels, pour être réduite à
un simple bien de consommation. Ainsi, l'expérience affective de nombreux
jeunes n'aboutit pas à la croissance harmonieuse et joyeuse de leur
personnalité s'ouvrant à l'autre dans le don de soi, mais à
une sérieuse régression psychologique et éthique ayant de
lourdes conséquences sur leur avenir.
Pour beaucoup de jeunes, c'est une expérience déformée
de la liberté qui est à la racine de ces tendances: loin d'être
obéissance à la vérité objective et universelle, la
liberté est vécue comme un assentiment aveugle aux forces de
l'instinct et à la volonté de domination de chacun. Deviennent
alors en quelque sorte naturels, du point de vue des mentalités et du
comportement, l'effritement de l'adhésion intérieure aux principes
moraux; et, du point de vue religieux, sinon dans tous les cas, le refus
explicite de Dieu, du moins l'indifférence ou une vie qui, même
dans ses moments les plus significatifs et dans ses choix les plus décisifs,
est vécue comme si Dieu n'existait pas. Dans ce contexte, la réalisation
et même la compréhension du sens d'une vocation au sacerdoce
deviennent difficiles; car la vocation est un témoignage spécifique
du primat de l'être sur l'avoir; elle est aussi une reconnaissance du sens
de la vie comme don libre et responsable de soi aux autres et comme disposition
à se mettre entièrement au service de l'Évangile et du
Royaume de Dieu dans le sacerdoce.
Même dans la communauté ecclésiale, le monde des jeunes
constitue souvent un «problème». En effet, si chez les jeunes
encore plus que chez les adultes, il y a une forte tendance au subjectivisme de
la foi chrétienne et à une appartenance seulement partielle et
conditionnelle à la vie et à la mission de l'Église, dans
la communauté ecclésiale on peine, pour toute une série de
raisons, à organiser une pastorale des jeunes adaptée et
vigoureuse: les jeunes risquent d'être abandonnés à eux-mêmes,
aux prises avec leur fragilité psychologique, insatisfaits et cri tiques
face à un monde d'adultes qui, ne vivant pas leur foi de façon cohérente
et mûre, ne se présentent pas comme des modèles crédibles.
Il devient alors difficile de proposer aux jeunes une expérience intégrale
et mobilisatrice de vie chrétienne et ecclésiale et de les y
former. De ce fait, la perspective de la vocation au sacerdoce demeure éloignée
des centres d'intérêt concrets des jeunes.
9. Cependant, il ne manque pas de situations stimulantes et positives pour
susciter et favoriser dans le coeur des adolescents et des jeunes une nouvelle
disponibilité ainsi qu'une véritable et authentique recherche de
valeurs éthiques et spirituelles qui, par nature, offrent un terrain
propice à l'éclosion de la vocation en vue d'un don total de soi
au Christ et à l'Église dans le sacerdoce.
On note d'abord que se sont atténués certains phénomènes
récents qui avaient provoqué bien des problèmes, comme la
contestation radicale, les montées libertaires, les revendications
utopiques, les formes de socialisation sans discrimination et la violence.
Par ailleurs, on doit reconnaître que les jeunes d'aujourd'hui, avec
la force et la fraîcheur typiques de leur âge, sont porteurs d'idéaux
qui s'insèrent peu à peu dans l'histoire: la soif de liberté,
la reconnaissance de la valeur incommensurable de la personne, le besoin
d'authenticité et de transparence, une nouvelle conception et un nouveau
style de réciprocité dans les rapports entre hommes et femmes, la
recherche convaincue et passionnée d'un monde plus juste, plus solidaire
et plus uni, l'ouverture au dialogue avec tous, l'engagement pour la paix.
Chez beaucoup de jeunes de notre temps, on note le développement si
riche et si vivant de nombreuses et diverses formes de volontariat en réponse
aux besoins de personnes dans des situations d'abandon et de précarité
au sein de notre société; cette disposition représente
aujourd'hui un ressort éducatif particulièrement important, parce
qu'il stimule et soutient les jeunes dans un mode de vie plus désintéressé,
plus ouvert et plus solidaire avec les pauvres. Ce style de vie peut faciliter
la compréhension, le désir et l'acceptation d'une vocation à
un service stable et total envers les autres et notamment dans la voie de l'entière
consécration à Dieu dans une vie sacerdotale.
Le récent effondrement des idéologies, la manière
fortement critique de se situer face au monde des adultes qui n'offrent pas
toujours un témoignage de vie inspirée par les valeurs morales et
transcendantes, l'expérience même de camarades qui cherchent l'évasion
dans la drogue et la violence, contribuent beaucoup à rendre plus vive et
inévitable la question fondamentale des valeurs véritablement
capables de donner la plénitude de leur sens à la vie, à la
souffrance et à la mort. Chez beaucoup de jeunes, le désir
religieux et le besoin de spiritualité se font plus explicites: d'où
le désir d'expériences de désert et de prière, le
retour à une lecture plus personnelle et habituelle de la Parole de Dieu
et à une étude de la théologie.
Comme dans le cadre du volontariat, de même dans celui de la communauté
ecclésiale, les jeunes deviennent des protagonistes toujours plus actifs,
surtout dans la participation aux divers groupes, depuis les plus anciens mais
renouvelés jusqu'aux plus récemment fondés: l'expérience
d'une Église appelée à la «nouvelle évangélisation»
par la fidélité à l'Esprit qui l'anime et selon les
aspirations du monde éloigné du Christ mais qui a besoin de Lui,
comme aussi l'expérience d'une Église toujours plus solidaire avec
l'homme et avec les peuples dans la défense et la promotion de la dignité
de la personne et des droits humains de tous et de chacun, tout cela ouvre le
coeur et la vie des jeunes à des idéaux fascinants et engageants
qui peuvent trouver leur réalisation concrète dans la suite du
Christ et dans le sacerdoce.
Naturellement, cette situation humaine et ecclésiale, marquée
d'une forte ambivalence, sera sous-jacente non seulement à la pastorale
des vocations et dans la formation des futurs prêtres, mais encore dans le
cadre de la vie et du ministère des prêtres et dans leur formation
permanente. Ainsi, si l'on comprend les formes variées de «crises»
vécues par les prêtres d'aujourd'hui dans l'exercice de leur ministère,
dans leur vie spirituelle et dans l'interprétation même de la
nature et de la signification du sacerdoce ministériel, on doit aussi
reconnaître, avec joie et espérance, les nouvelles possibilités
positives que le tournant historique actuel offre aux prêtres pour
l'accomplissement de leur mission.
Le discernement évangélique
10. La situation complexe actuelle, évoquée par quelques aperçus
rapides et à titre d'exemples, doit être non seulement connue mais
aussi et surtout interprétée. Ainsi seulement, on pourra répondre
de façon adéquate à la question fondamentale: «Comment
former des prêtres qui soient vraiment à la hauteur des
circonstances actuelles, capables d'évangéliser le monde
d'aujourd'hui?»(15)
La connaissance de la situation est importante. Un simple relevé des
données ne suffit pas; il faut une enquête «scientifique»
qui permette de préciser le contour d'un cadre concret des circonstances
socio-culturelles et ecclésiales.
L'interprétation de la situation est encore plus importante. Elle est
requise par l'ambivalence et parfois par le caractère contradictoire de
la situation qui, à la manière du champ de l'Évangile dans
lequel sont semés et poussent ensemble le bon grain et l'ivraie (cf. Mt
13, 24-30), révèlent comme profondément enchevêtrés
entre eux des difficultés et des potentialités, des éléments
négatifs et des raisons d'espérer, des obstacles et des
ouvertures.
La lecture interprétative, qui sache distinguer entre le bien et le
mal, entre les signes d'espérance et les menaces, n'est pas toujours
facile. Dans la formation des prêtres, il ne s'agit pas simplement
d'accueillir les facteurs positifs et de les opposer aux négatifs. Mais
il importe de soumettre ces mêmes facteurs positifs à un
discernement attentif, pour ne pas les isoler l'un de l'autre et ne pas les
mettre en opposition entre eux, comme s'ils étaient des absolus en
opposition. Il en est de même pour les facteurs négatifs: il ne
faut pas les rejeter en bloc et sans distinction, parce qu'en chacun d'eux peut
se cacher une valeur qui attend d'être libérée et rendue à
sa vérité totale.
Pour le croyant, l'interprétation de la situation historique se fait à
partir du principe d'intelligence et du critère des choix d'action qui en
découlent, qui se trouvent dans une exigence nouvelle et originale, le
discernement évangélique; cette interprétation naît
dans la force et la lumière de l'Évangile, de l'Évangile
vivant et personnel qui est Jésus Christ, et grâce au don de
l'Esprit Saint. Ainsi, dans la situation historique et ses aléas, le
discernement évangélique recueille non une simple «donnée»
dont il faut prendre acte avec précision et face à laquelle il est
possible de rester indifférent ou passif, mais plutôt un «devoir»,
un défi pour la liberté responsable, soit de la personne seule
soit de la communauté. C'est un défi lié à un «appel»
que Dieu fait retentir dans la situation historique elle-même: aussi, en
elle et par elle, Dieu appelle l'Église en premier lieu et le croyant à
faire en sorte que «l'Évangile de la vocation et du sacerdoce»
exprime la pérennité de la vérité dans les
circonstances changeantes de la vie. Il faut appliquer aussi à la
formation des prêtres les paroles du Concile Vatican II: «L'Église
a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les
interpréter à la lumière de l'Évangile, de telle
sorte qu'elle puisse répondre, d'une manière adaptée à
chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur
le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques.
Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous
vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique»(16).
Ce discernement évangélique s'appuie sur la confiance en
l'amour de Jésus Christ qui, toujours et inlassablement, prend soin de
son Église (cf. Ep 5,29), Lui qui est Seigneur et Maître, clef de
voûte, centre et fin de toute l'histoire humaine(17); il est éclairé
et affermi par l'Esprit Saint, qui suscite en tout temps et en tout lieu l'obéissance
de la foi, le joyeux courage de suivre Jésus, le don de la sagesse qui
juge tout et n'est jugée par personne (cf. 1 Co 2,15); il repose sur la
fidélité du Père à ses promesses.
Ainsi, l'Église se sent capable d'affronter les difficultés et
les défis de cette nouvelle période de l'histoire. Elle peut aussi
assurer pour le présent et pour l'avenir la formation de prêtres
qui soient des ministres fervents et convaincus pour la «nouvelle évangélisation»,
des serviteurs fidèles et généreux de Jésus Christ
et des hommes.
Ne nous cachons pas les difficultés. Elles ne sont ni rares ni légères.
Pour les vaincre, nous avons notre espérance, notre foi en l'indéfectible
amour du Christ, et notre certitude du caractère irremplaçable du
ministère sacerdotal pour la vie de l'Église et du monde.
CHAPITRE II
IL M'A CONSACRÉ PAR L'ONCTION ET IL M'A ENVOYÉ La
nature et la mission du sacerdoce ministériel
Le regard sur le sacerdoce
11. «Tous dans la Synagogue avaient les yeux fixés sur lui»
(Lc 4, 20). Ce que dit l'évangéliste Luc au sujet de ceux qui étaient
présents ce sabbat à la synagogue de Nazareth et ont écouté
Jésus commenter le passage du livre du prophète Isaïe qu'il
avait lu, peut s'appliquer à tous les chrétiens, toujours appelés
à reconnaître en Jésus de Nazareth l'accomplissement définitif
de l'annonce prophétique: «Alors il se mit à dire: "Aujourd'hui
cette Écriture est accomplie pour vous qui l'entendez" (Lc 4, 21).
Ce texte de l'Écriture disait: «L'Esprit du Seigneur est sur moi
parce qu'il m'a consacré par l'onction pour porter la Bonne Nouvelle aux
pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux
aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés,
proclamer une année de grâce du Seigneur» (Lc 4, 18-19; cf. Is
61, 1-2). Jésus se présente donc comme rempli de l'Esprit Saint, «consacré
par l'onction», «pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres»: il
est le Messie, le Messie prêtre, prophète et roi.
Les chrétiens doivent garder les yeux de la foi et de l'amour fixés
sur ce visage du Christ. C'est à la lumière de cette «contemplation»
que les Pères synodaux ont réfléchi au problème de
la formation des prêtres dans les circonstances actuelles. On ne peut répondre
à cette question sans réfléchir au préalable à
la finalité du processus de la formation: et la finalité, c'est le
sacerdoce ministériel, plus précisément le sacerdoce ministériel
comme participation au sacerdoce même de Jésus Christ, dans l'Église.
La connaissance de la nature et de la mission du sacerdoce ministériel
est le présupposé nécessaire et en même temps le
guide le plus sûr et le stimulant le plus fort pour développer dans
l'Église l'action pastorale, en vue de la promotion et du discernement
des vocations sacerdotales et de la formation de ceux qui sont appelés au
ministère ordonné.
La recherche d'une connaissance exacte et profonde de la nature et de la
mission du sacerdoce ministériel est donc la voie à suivre - c'est
celle que le Synode a effectivement suivie - pour sortir de la crise de
l'identité du prêtre: «Cette crise - comme je l'ai dit dans le
discours de clôture du Synode - est apparue dans les années qui ont
suivi immédiatement le Concile. Elle est née d'une interprétation
erronée, parfois même volontairement tendancieuse, de la doctrine
du Magistère conciliaire. Là se trouve indubitablement l'une des
causes d'un grand nombre de défections alors subies par l'Église;
défections qui ont gravement atteint le service pastoral et les vocations
au sacerdoce, en particulier les vocations missionnaires. C'est comme si le
Synode de 1990, redécouvrant toute la profondeur de l'identité
sacerdotale par tant d'interventions entendues dans cette Aula, était
venu apporter l'espérance après les défections
douloureuses. Ces interventions ont révélé notre conscience
du lien ontologique spécifique qui unit le prêtre au Christ, Prêtre
Suprême et Bon Pasteur. Cette identité est sous-jacente à la
nature de la formation qui doit être donnée en vue du sacerdoce et
ensuite durant toute la vie sacerdotale. C'était le but précis de
ce Synode».(18)
A cette fin, le Synode considère qu'il fallait rappeler, de manière
synthétique, ce qui a trait aux fondements de la nature et de la mission
du sacerdoce ministériel, nature et mission que la foi de l'Église
a reconnues au cours de son histoire multiséculaire et que le Concile
Vatican II a présentées aux hommes de notre temps.(19)
Dans l'Église, mystère, communion et mission
12. «L'identité sacerdotale - ont écrit les Pères
synodaux -, comme toute identité chrétienne, prend sa source dans
la Très Sainte Trinité»(20), qui se révèle et
se communique aux hommes dans le Christ, constituant, en Lui et par l'action de
l'Esprit, l'Église comme «le germe et le commencement» du
Royaume.(21) L'exhortation Christifideles laici, synthétisant
l'enseignement du Concile, présente l'Église comme mystère,
communion et mission; «elle est mystère parce que l'amour et la vie
du Père, du Fils et de l'Esprit Saint sont le don absolument gratuit
offert à tous ceux qui sont nés de l'eau et de l'Esprit (cf. Jn 3,
5), appelés à vivre la communion même de Dieu, à la
manifester et à la communiquer dans l'histoire (mission)».(22)
C'est à l'intérieur de l'Église comme mystère de
communion trinitaire en tension missionnaire que se révèle toute
identité chrétienne, et donc aussi l'identité spécifique
du prêtre et de son ministère. En effet, le prêtre, en vertu
de la consécration qu'il a reçue par le sacrement de l'Ordre, est
envoyé par le Père, par Jésus Christ, à qui il est
configuré de manière spéciale comme Tête et Pasteur
de son peuple, pour vivre et agir, dans la force de l'Esprit Saint, pour le
service de l'Église et pour le salut du monde.(23)
On peut comprendre ainsi le caractère essentiellement «relationnel»
de l'identité du prêtre: par le sacerdoce naissant de la profondeur
du mystère ineffable de Dieu, c'est-à-dire de l'amour du Père,
de la grâce de Jésus Christ et du don de l'unité dans
l'Esprit Saint, le prêtre est intégré sacramentellement dans
la communion avec l'évêque et avec les autres prêtres,(24)
pour servir le Peuple de Dieu qui est l'Église et pour conduire tous les
hommes au Christ, conformément à la prière du Seigneur: «Père
saint, garde-les dans ton nom que tu m'as donné pour qu'ils soient un
comme nous... Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi
soient en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé» (Jn 17,
11. 21).
On ne peut donc définir la nature et la mission du sacerdoce ministériel
hors de cette trame multiple et riche des rapports qui ont leur source dans la
Très Sainte Trinité et qui se prolongent dans la communion de l'Église
comme signe et instrument, dans le Christ, de l'union des hommes avec Dieu et de
l'unité de tout le genre humain.(25) Ainsi l'ecclésiologie de
communion devient décisive pour saisir l'identité du prêtre,
sa dignité propre, sa vocation et sa mission dans le Peuple de Dieu et
dans le monde. C'est pourquoi la référence à l'Église
est nécessaire, même si elle n'est pas première dans la définition
de l'identité du prêtre. En tant que mystère, l'Église
est essentiellement relative à Jésus Christ; en effet, elle est,
de lui, la plénitude, le corps et l'épouse. Elle est le «signe»,
le «mémorial» vivant de sa présence permanente et de son
action parmi nous et pour nous. Le prêtre trouve la pleine vérité
de son identité dans le fait d'être une participation spécifique
et une continuation du Christ lui-même, souverain et unique prêtre
de la Nouvelle Alliance: il est une image vivante et transparente du Christ prêtre.
Le sacerdoce du Christ, expression de sa «nouveauté» absolue
dans l'histoire du salut, constitue la source unique et le paradigme irremplaçable
du sacerdoce du chrétien, et en particulier du prêtre. La référence
au Christ est ainsi la clef absolument nécessaire pour la compréhension
de la réalité du sacerdoce.
La relation fondamentale avec le Christ Tête et Pasteur
13. Jésus Christ a manifesté en lui-même la figure
parfaite et définitive du sacerdoce de la Nouvelle Alliance(26): il l'a révélée
par toute sa vie terrestre, mais par-dessus tout dans l'événement
central de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.
Comme l'écrit l'auteur de la Lettre aux Hébreux, étant
homme comme nous et en même temps Fils unique de Dieu, Jésus est,
en son être même, médiateur parfait entre le Père et
l'humanité (cf. He 8-9), celui qui nous donne l'accès immédiat
auprès de Dieu, grâce au don de l'Esprit: «Dieu a envoyé
dans nos coeurs l'Esprit de son Fils qui crie: Abba, Père!» (Ga 4,
6; cf. Rm 8, 15).
Jésus accomplit sa fonction de médiateur par l'offrande de
lui-même sur la Croix, par laquelle il ouvre, une fois pour toutes, l'accès
au sanctuaire céleste et à la maison du Père (cf. He 9,
24-28). Par rapport à Jésus, Moïse et tous les «médiateurs»
de l'Ancien Testament entre Dieu et son peuple - les rois, les prêtres et
les prophètes - ne se présentent que comme «figure» et «ombre
des biens à venir», et non comme «l'expression même des réalités»
(cf. He 10, 1).
Jésus est le Bon Pasteur annoncé à l'avance par les
prophètes (cf. Ez 34), celui qui connaît ses brebis une par une,
qui offre sa vie pour elles et qui veut les rassembler toutes comme un seul
troupeau avec un seul pasteur (cf. Jn 10, 11-16). Il est le pasteur, venu non «pour
être servi, mais pour servir» (Mt 20, 28), qui, dans le geste pascal
du lavement des pieds (cf. Jn 13, 1-20), laisse aux siens le modèle du
service qu'ils devront se rendre les uns aux autres, et qui s'offre librement
comme «agneau innocent» immolé pour notre rédemption
(cf.Jn 1, 36; Ap 5, 6-12).
Par le sacrifice de la Croix unique et définitif, Jésus confère
à tous ses disciples la dignité et la mission de prêtres de
la nouvelle et éternelle Alliance. Ainsi s'accomplit la promesse que Dieu
avait faite à Israël: «Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres,
une nation sainte» (Ex 19, 6). C'est tout le peuple de la Nouvelle Alliance
- écrit saint Pierre - qui est constitué comme un «édifice
spirituel», «un sacerdoce saint, en vue d'offrir des sacrifices
spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ» (1 P 2,
5). Les baptisés sont les «pierres vivantes» qui construisent
l'édifice spirituel, faisant corps avec le Christ, «pierre
vivante,...choisie, précieuse auprès de Dieu» (1 P 2, 4). Le
nouveau peuple sacerdotal, qui est l'Église, non seulement a dans le
Christ son image propre et authentique, mais aussi reçoit de Lui une
participation réelle et ontologique à son éternel et unique
sacerdoce, auquel il doit conformer toute sa vie.
14. Au service de ce sacerdoce universel de la Nouvelle Alliance, Jésus
a appelé à lui, au cours de sa mission terrestre, plusieurs de ses
disciples; avec l'autorité d'une mission spécifique, il appelle et
institue les Douze «pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher,
avec pouvoir de chasser les démons» (Mc 3, 14-15).
Ainsi, déjà durant son ministère public (cf. Mt 16, 18)
et ensuite, en plénitude, après sa mort et sa résurrection
(cf. Mt 28, 16-20; Jn 20-21), Jésus confère à Pierre et aux
Douze des pouvoirs tout à fait particuliers vis-à-vis de la
communauté future et pour l'évangélisation de tous les
peuples. Après les avoir appelés à le suivre, il les garde
auprès de lui et il vit avec eux, leur communiquant par l'exemple et par
la parole son message de salut; enfin, il les envoie à tous les hommes.
Pour l'accomplissement de cette mission, Jésus confère aux Apôtres,
avec la force de l'effusion pascale de l'Esprit Saint, la même autorité
messianique qu'il a reçue du Père, qui lui a été
conférée, et qui a été manifestée en plénitude
par la Résurrection: «Tout pouvoir m'a été donné
au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples,
les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur
apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Voici que je suis
avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde» (Mt 28, 18-20).
Jésus établit ainsi une stricte relation entre le ministère
confié aux Apôtres et sa propre mission: «Qui vous accueille
m'accueille, et qui m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé» (Mt
10, 40); «Qui vous écoute m'écoute, qui vous rejette me
rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m'a envoyé» (Lc 10,
16). Bien plus, dans le quatrième Évangile, à la lumière
de l'événement pascal de la mort et de la résurrection, Jésus
affirme avec beaucoup de force et de clarté: «Comme le Père
m'a envoyé, moi aussi je vous envoie» (Jn 20, 21; cf. 13, 20; 17,
18). De même que Jésus a une mission qui lui vient directement de
Dieu et qui rend présente l'autorité même de Dieu (cf. Mt 7,
29; 21, 23; Mc 1, 27; 11, 28; Lc 20, 2; 24, 19), de même les Apôtres
ont une mission qui vient de Jésus. Comme «le Fils ne peut rien
faire de lui-même» (Jn 5, 19), de sorte que sa doctrine n'est pas sa
propre doctrine, mais la doctrine de Celui qui l'a envoyé (cf. Jn 7, 16),
de même Jésus dit aux Apôtres: «Hors de moi vous ne
pouvez rien faire» (Jn 15, 5): leur mission n'est pas leur propre mission,
mais la mission même de Jésus. Son accomplissement est possible non
à partir des forces humaines, mais seulement avec le «don» du
Christ et de son Esprit, avec la grâce sacramentelle: «Recevez
l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils
leur seront remis, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront
retenus» (Jn 20, 22-23). Ainsi, ce n'est pas en vertu de quelque mérite
particulier, mais seulement en vertu d'une participation gratuite à la grâce
du Christ, que les Apôtres poursuivent dans l'histoire, jusqu'à la
fin des temps, la mission de salut du Christ lui-même en faveur des
hommes.
Le signe et le présupposé de l'authenticité et de la fécondité
de cette mission est l'unité des Apôtres avec Jésus et, en
lui, entre eux et avec le Père, comme en témoigne la prière
sacerdotale du Seigneur, synthèse de sa mission (cf. Jn 17, 20-23).
15. A leur tour, les Apôtres, institués par le Seigneur,
s'acquitteront progressivement de leur mission en appelant, sous des formes
diverses mais finalement convergentes, d'autres hommes, comme évêques,
comme prêtres et comme diacres, pour accomplir la mission reçue du
Christ ressuscité qui les a envoyés à tous les hommes de
tous les temps.
Le Nouveau Testament souligne unanimement que l'Esprit du Christ lui-même
a introduit dans le ministère ces hommes choisis du milieu des frères.
Par le geste de l'imposition des mains (cf. Ac 6, 6; 1 Tm 4, 14; 5, 22; 2 Tm 1,
6), qui transmet le don de l'Esprit, ces hommes sont appelés et habilités
à continuer le même ministère de réconcilier, de paître
le troupeau de Dieu, et d'enseigner (cf. Ac 20, 28; 1 P 5, 2).
Les prêtres sont ainsi appelés à prolonger la présence
du Christ, unique et souverain Pasteur, en retrouvant son style de vie et en se
rendant en quelque sorte transparents à lui au milieu du troupeau qui
leur est confié. Comme l'écrit de manière claire et précise
la première Lettre de Pierre: «Les anciens qui sont parmi vous, je
les exhorte, moi, ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ, et
qui dois participer à la gloire qui va être révélée.
Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non
par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu; non pour un gain sordide,
mais avec l'élan du coeur; non pas en faisant les seigneurs à l'égard
de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles
du troupeau. Et quand paraîtra le Chef des pasteurs, vous recevrez la
couronne de gloire qui ne se flétrit pas» (1 P 5, 1-4).
Dans l'Église et pour l'Église, les prêtres représentent
sacramentellement Jésus Christ Tête et Pasteur, ils proclament
authentiquement la Parole, ils répètent ses gestes de pardon et
d'offre du salut, surtout par le Baptême, la Pénitence et
l'Eucharistie, ils exercent sa sollicitude pleine d'amour, jusqu'au don total de
soi-même, pour le troupeau qu'ils rassemblent dans l'unité et
conduisent au Père par le Christ dans l'Esprit. En un mot, les prêtres
existent et agissent pour l'annonce de l'Évangile au monde et pour l'édification
de l'Église au nom du Christ Tête et Pasteur en personne.(27)
Telle est la manière typique et particulière dont les
ministres ordonnés participent à l'unique sacerdoce du Christ. Par
l'onction du sacrement de l'Ordre, l'Esprit Saint les configure, à un
titre nouveau et spécifique, à Jésus Christ Tête et
Pasteur, il les y conforme intérieurement et les anime de sa charité
pastorale; et dans l'Église, il en fait des serviteurs qualifiés
pour l'annonce de l'Évangile à toutes les créatures et pour
la plénitude de la vie chrétienne de tous les baptisés.
La vérité du prêtre telle qu'elle émane de la
Parole de Dieu, c'est-à-dire de Jésus Christ lui-même, et de
son dessein concernant la constitution de l'Église, est chantée en
une joyeuse action de grâce liturgique dans la préface de la messe
chrismale: «Par l'onction de l'Esprit Saint, tu as établi ton Fils
unique prêtre de l'Alliance nouvelle et éternelle; et tu as voulu
que son unique sacerdoce demeure vivant dans l'Église. C'est lui, le
Christ, qui donne à tout le peuple racheté la dignité du
sacerdoce royal; c'est lui qui choisit, dans son amour pour ses frères,
ceux qui, recevant l'imposition des mains, auront part à son ministère.
Ils offrent en son nom l'unique sacrifice du salut à la table du banquet
pascal: ils ont à se dévouer au service de ton peuple pour le
nourrir de ta Parole et le faire vivre de tes sacrements; ils seront de vrais témoins
de la foi et de la charité, prêts à donner leur vie comme le
Christ pour leurs frères et pour toi».
Au service de l'Église et du monde
16. La relation fondamentale du prêtre est celle qui l'unit à Jésus
Christ Tête et Pasteur: il participe en effet, d'une manière spécifique
et authentique, à la «consécration», ou «onction»,
et à la «mission» du Christ (cf. Lc 4, 18-20). Mais à
cette relation-là est intimement liée celle qui l'unit à l'Église.
Il ne s'agit pas de «relations» simplement juxtaposées: elles
sont elles-mêmes intimement unies par une sorte d'immanence réciproque.
La référence à l'Église est inscrite dans l'unique
et même rapport du prêtre au Christ, en ce sens que c'est la "représentation
sacramentelle" du Christ par le prêtre qui fonde et anime son rapport
à l'Église.
En ce sens, les Pères synodaux ont écrit: «En tant qu'il
représente le Christ Tête, Pasteur et Époux de l'Église,
le prêtre est placé non seulement dans l'Église, mais aussi
face à l'Église. Le sacerdoce, en même temps que la Parole
de Dieu et les signes sacramentels dont il est le serviteur, appartient aux éléments
constitutifs de l'Église. Le ministère du prêtre est entièrement
au service de l'Église pour promouvoir l'exercice du sacerdoce commun de
tout le peuple de Dieu; il est ordonné non seulement à l'Église
particulière, mais encore à l'Église universelle (cf.
Presbyterorum ordinis, n. 10), en communion avec l'évêque, avec
Pierre et sous l'autorité de Pierre. Par le sacerdoce de l'évêque,
le sacerdoce du second ordre est incorporé à la structure
apostolique de l'Église. Ainsi le prêtre, comme les Apôtres,
remplit la fonction d'ambassadeur du Christ (cf. 2 Co 5, 20). C'est là
que se fonde le caractère missionnaire du sacerdoce».(28)
Le ministère ordonné naît ainsi avec l'Église;
qu'il s'agisse de celui des évêques ou, en référence
et en communion avec eux, de celui des prêtres, il a un lien particulier
avec le ministère des Apôtres à l'origine, dont il prend réellement
la succession, même si, par rapport à celui-ci, il présente
des modalités existentielles différentes.
On ne doit donc pas considérer le sacerdoce ordonné comme s'il
était antérieur à l'Église: il est entièrement
au service de l'Église elle-même; mais il ne doit pas non plus être
envisagé comme postérieur à la communauté ecclésiale,
comme si celle-ci pouvait être comprise comme étant déjà
constituée sans ce sacerdoce.
La relation du prêtre avec Jésus Christ et, en lui, avec son Église
s'inscrit dans l'être même du prêtre, en vertu de sa consécration
ou de l'onction sacramentelle, et dans son agir, c'est-à-dire dans sa
mission ou dans son ministère. En particulier, «le prêtre
ministre est serviteur du Christ présent dans l'Église mystère,
communion et mission. Du fait qu'il participe à l'"onction" et à
la "mission" du Christ, il peut prolonger dans l'Église sa prière,
sa parole, son sacrifice, son action salvifique. Il est donc serviteur de l'Église
mystère parce qu'il accomplit les signes ecclésiaux et
sacramentels de la présence du Christ ressuscité. Il est serviteur
de l'Église communion parce que - en unité avec l'évêque
et en lien étroit avec le presbyterium - il construit l'unité de
la communauté ecclésiale dans l'harmonie des diverses vocations,
des charismes et des services. Il est, enfin, serviteur de l'Église
mission parce qu'il fait de la communauté une communauté
annonciatrice et témoin de l'Évangile.»(29)
Ainsi dans son être même et dans sa mission sacramentelle, le prêtre
apparaît, dans la structure de l'Église, comme signe de la priorité
absolue et de la gratuité de la grâce, qui est donnée à
l'Église par le Christ ressuscité. Par le sacerdoce ministériel,
l'Église prend conscience, dans la foi, de ne pas exister par elle-même,
mais par la grâce du Christ dans l'Esprit Saint. Les Apôtres et
leurs successeurs, comme détenteurs d'une autorité qui leur vient
du Christ Tête et Pasteur, sont placés - par leur ministère
- face à l'Église, comme prolongement visible et signe sacramentel
du Christ, à sa propre place en face de l'Église et du monde,
comme origine permanente et toujours nouvelle du salut, «lui le sauveur du
Corps» (Ep 5, 23).
17. Le ministère ordonné, de par sa nature même, ne peut
être accompli que pour autant que le prêtre est uni au Christ par
l'insertion sacramentelle dans l'ordre presbytéral et donc pour autant
qu'il est en communion hiérarchique avec son évêque. Le
ministère ordonné est radicalement de «nature communautaire»
et ne peut être rempli que comme «oeuvre collective»(30). Le
Concile s'est longuement exprimé sur cette nature communionnelle du
sacerdoce, en examinant successivement les relations du prêtre avec son évêque,
avec les autres prêtres et avec les laïcs.(31)
Le ministère des prêtres est avant tout communion et
collaboration responsable et nécessaire au ministère de l'évêque,
dans sa sollicitude pour l'Église universelle et pour l'Église
particulière, au service de laquelle ils constituent avec l'évêque
un unique presbyterium.
Chaque prêtre, qu'il soit diocésain ou religieux, est uni aux
autres membres du presbyterium, en fonction du sacrement de l'Ordre, par des
liens particuliers de charité apostolique, de ministère et de
fraternité. Tous les prêtres, en effet, diocésains ou
religieux, participent à l'unique sacerdoce du Christ Tête et
Pasteur, «visent le même but: construire le Corps du Christ; de notre
temps surtout, cette tâche réclame des fonctions multiples et des
adaptations nouvelles», et le ministère s'enrichit au cours des siècles
de charismes toujours nouveaux.(32)
Les prêtres, enfin, parce que leur figure et leur engagement dans l'Église
ne remplacent pas, mais bien plutôt promeuvent le sacerdoce baptismal de
tout le peuple de Dieu, le conduisant à sa pleine réalisation ecclésiale,
se trouvent en relation positive et constructive avec les laïcs. Ils sont
au service de leur foi, de leur espérance et de leur charité. Ils
en reconnaissent et soutiennent, comme frères et amis, la dignité
de fils de Dieu et ils les aident à exercer pleinement leur rôle spécifique
dans le cadre de la mission de l'Église.(33)
Le sacerdoce ministériel conféré par le sacrement de
l'ordre et le sacerdoce commun ou «royal» des fidèles, qui ont
entre eux une différence essentielle et non seulement de degrés(34),
sont ordonnés l'un à l'autre; ils dérivent l'un et l'autre
- sous des formes différentes - de l'unique sacerdoce du Christ. Le
sacerdoce ministériel, en effet, ne signifie pas en soi un degré
plus élevé de sainteté par rapport au sacerdoce commun des
fidèles; mais, par le sacerdoce ministériel, les prêtres ont
reçu du Christ, par l'Esprit, un don spécifique, afin de pouvoir
aider le peuple de Dieu à exercer fidèlement et pleinement le
sacerdoce commun qui lui est conféré.(35)
18. Comme le Concile le souligne, «le don spirituel que les prêtres
ont reçu à l'ordination les prépare non pas à une
mission limitée et restreinte, mais à une mission de salut
d'ampleur universelle "jusqu'aux extrémités de la terre";
n'importe quel ministère sacerdotal participe, en effet, aux dimensions
universelles de la mission confiée par le Christ aux Apôtres».(36)
En vertu de la nature même de leur ministère, ils doivent donc être
pénétrés et animés d'un profond esprit missionnaire
et «de cet esprit vraiment catholique qui les habituera à dépasser
les limites de leur propre diocèse, de leur nation et de leur rite, pour
subvenir aux besoins de l'Église entière, prêts au fond du
coeur à prêcher l'Évangile jusqu'aux extrémités
de la terre».(37)
En outre, en particulier parce que le prêtre est, à l'intérieur
de l'Église, homme de la communion, il doit être, à l'égard
de tous les hommes, homme de la mission et du dialogue. Profondément
enraciné dans la vérité et dans la charité du
Christ, et animé du désir et de la nécessité intérieure
d'annoncer à tous le salut, il est appelé à nouer avec tous
les hommes des rapports de fraternité et de service, dans une recherche
commune de la vérité, en travaillant à promouvoir la
justice et la paix. Il doit nouer ces rapports fraternels en premier lieu avec
les frères des autres Églises et des confessions chrétiennes,
mais aussi avec les fidèles des autres religions, avec les hommes de
bonne volonté, et, d'une manière spéciale, avec les pauvres
et avec les plus faibles, ainsi qu'avec tous ceux qui aspirent, sans le savoir
ou sans l'exprimer, à la vérité et au salut apporté
par le Christ, selon la parole et l'exemple de Jésus qui a dit: «Ce
ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin,
mais les malades;... je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs»
(Mc 2, 17).
Aujourd'hui, en particulier, la tâche pastorale prioritaire de la
nouvelle évangélisation incombe à tout le peuple de Dieu,
et demande une nouvelle ardeur, de nouvelles méthodes et un nouveau
langage pour l'annonce et le témoignage évangéliques. Il
exige que les prêtres soient radicalement et totalement plongés
dans le mystère du Christ et capables de réaliser un nouveau style
de vie pastorale, caractérisé par une profonde communion avec le
Pape, les évêques et entre eux, et par une collaboration féconde
avec les laïcs, dans le respect et la promotion des divers rôles, des
charismes et des ministères au sein de la communauté ecclésiale.(38)
«Aujourd'hui, cette Écriture est accomplie pour vous qui
l'entendez» (Lc 4, 21). Écoutons encore une fois ces paroles de Jésus
à la lumière du sacerdoce ministériel dont nous avons présenté
la nature et la mission. L'«aujourd'hui» dont parle Jésus,
parce qu'il appartient à la «plénitude des temps» et la
définit - temps du salut accompli et définitif -, désigne
le temps de l'Église. La consécration et la mission du Christ
exprimées par ces paroles: «L'Esprit du Seigneur... m'a consacré
par l'onction, pour porter aux pauvres la Bonne Nouvelle» sont la racine
vivante d'où germe la consécration et la mission de l'Église,
«plénitude» du Christ (cf. Ep 1, 23); avec la régénération
baptismale, tous les chrétiens ont reçu l'effusion de l'Esprit du
Seigneur, qui les consacre pour former un temple spirituel et un sacerdoce
saint. L'Esprit les envoie proclamer les merveilles accomplies par Celui qui les
a appelés des ténèbres à son admirable lumière
(cf. 1 P 2, 4-10). Le prêtre participe à la consécration et à
la mission du Christ de manière spécifique et authentique, c'est-à-dire
par le sacrement de l'Ordre, qui l'a configuré, dans son être même,
à Jésus Christ, Tête et Pasteur; il participe à la
mission d'«annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle» au nom et en la
personne du Christ.
Dans leur message final, les Pères synodaux ont condensé en
une formule brève, mais riche de sens, la «vérité»,
ou mieux le «mystère» et le «don» du sacerdoce ministériel,
en disant: «Notre identité a sa source ultime dans l'amour du Père.
Au Fils qu'il a envoyé, Souverain Prêtre et Bon Pasteur, nous
sommes unis sacramentellement par le sacerdoce ministériel dans la
puissance de l'Esprit Saint. La vie et le ministère du prêtre sont
la continuation de la vie et de l'action du Christ lui-même. Là réside
notre identité, notre vraie dignité, notre source de joie, et
notre certitude de vie».(39)
CHAPITRE III
L'ESPRIT DU SEIGNEUR EST SUR MOI La vie spirituelle du prêtre
Un appel «spécifique» à la sainteté
19. «L'Esprit du Seigneur est sur moi» (Lc 4,18). L'Esprit ne se
tient pas seulement «sur» le Messie, mais il le remplit, le pénètre,
le rejoint dans son être et dans son action. L'Esprit, en effet, est le
principe de la «consécration» et de la «mission» du
Messie: «Parce qu'il m'a consacré par l'onction et m'a envoyé
pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres...» (Lc 4,18). Par la force de
l'Esprit, Jésus appartient totalement et exclusivement à Dieu, il
participe à l'infinie sainteté de Dieu qui l'appelle, le choisit
et l'envoie. Ainsi, l'Esprit du Seigneur se révèle source de
sainteté et appel à la sanctification.
Ce même «Esprit du Seigneur» est «sur» le peuple
de Dieu tout entier, qui est constitué comme peuple «consacré»
à Dieu et «envoyé» par Dieu pour annoncer l'Évangile
qui sauve. De l'Esprit, les membres du peuple de Dieu sont «enivrés»
et «marqués» (cf. 1 Co 12,13; 2 Co 1,21-22; Ep 1,13; 4,30) et
appelés à la sainteté.
En particulier, l'Esprit nous révèle et nous communique la
vocation fondamentale que le Père depuis l'éternité adresse
à tous: la vocation d'être «saints et immaculés en sa
présence dans l'amour», en vertu de la prédestination «à
être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ» (Ep 1,4-5).
Non seulement il nous révèle et nous communique cette vocation,
mais l'Esprit se fait en nous principe et source de sa réalisation: lui,
l'Esprit du Fils (cf. Ga 4,6), nous conforme au Christ Jésus et nous rend
participants de sa vie filiale, c'est-à-dire de sa charité envers
le Père et envers ses frères. «Puisque l'Esprit est notre
vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir» (Ga 5,25). Par ces paroles, l'Apôtre
Paul nous rappelle que l'existence chrétienne est «vie spirituelle»,
c'est-à-dire vie animée et guidée par l'Esprit vers la
sainteté et la perfection de la charité.
L'affirmation du Concile: «L'appel à la plénitude de la
vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à
tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur état ou leur forme
de vie»(40) s'applique tout spécialement aux prêtres: ils sont
appelés, non seulement en tant que baptisés, mais aussi et spécifiquement
en tant que prêtres, à savoir à un titre nouveau et selon
des modalités propres, découlant du sacrement de l'Ordre.
20. Au sujet de la «vie spirituelle» des prêtres, et du don
de la sainteté et de la responsabilité de devenir «saints»,
le décret conciliaire sur le ministère et la vie des prêtres
nous offre une synthèse riche et stimulante: « Les prêtres
sont ministres du Christ Tête pour construire et édifier son Corps
tout entier, l'Église, comme coopérateurs de l'Ordre épiscopal:
c'est à ce titre que le sacrement de l'Ordre les configure au Christ Prêtre.
Certes, par la consécration baptismale, ils ont déjà reçu,
comme tous les chrétiens, le signe et le don d'une vocation et d'une grâce
qui comporte pour eux la possibilité et l'exigence de tendre, malgré
la faiblesse humaine, à la perfection dont parle le Seigneur: "Vous,
donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait"
(Mt 5,48). Mais cette perfection, les prêtres sont tenus de l'acquérir
à un titre particulier: en recevant l'Ordre, ils ont été
consacrés à Dieu d'une manière nouvelle pour être les
instruments vivants du Christ Prêtre éternel, habilités à
poursuivre au long du temps l'action admirable par laquelle, dans sa puissance
souveraine, il a restauré la communauté humaine tout entière.
Dès lors qu'il tient à sa manière la place du Christ en
personne, tout prêtre est, de ce fait, doté d'une grâce
particulière; cette grâce lui permet de tendre, par le service des
hommes qui lui sont confiés et du peuple de Dieu tout entier, vers la
perfection de Celui qu'il représente; c'est encore au moyen de cette grâce
que sa faiblesse d'homme charnel se trouve guérie par la sainteté
de Celui qui est devenu pour nous le Grand Prêtre "saint, innocent,
immaculé, séparé des pécheurs" (He 7,26)».(41)
Le concile affirme avant tout la vocation «commune» à la
sainteté. Cette vocation s'enracine dans le baptême, qui définit
le prêtre comme un «fidèle» (Christifidelis), comme «un
frère parmi des frères», inséré et uni au
peuple de Dieu, dans la joie de partager les dons du salut (cf. Ep 4,4-6) et
dans le devoir commun de marcher «selon l'Esprit», à la suite
de l'unique Maître et Seigneur. Souvenons-nous de la célèbre
parole de saint Augustin: «Pour vous, je suis évêque; avec
vous, je suis chrétien. Le premier nom est celui d'un office reçu;
le second, de la grâce; le premier nom est celui d'un danger; le second,
du salut».(42)
Avec la même clarté, le texte conciliaire parle aussi d'une
vocation «spécifique» à la sainteté, plus précisément
d'une vocation qui se fonde sur le sacrement de l'Ordre, comme sacrement propre
du prêtre, donc en raison d'une nouvelle consécration à Dieu
au moyen de l'ordination. A cette vocation spécifique, saint Augustin
fait allusion également en faisant suivre l'affirmation «Pour vous,
je suis évêque; avec vous, je suis chrétien», de ces
autres paroles: «Si donc être avec vous comme racheté
m'apporte plus de joie que d'être placé à votre tête,
en suivant le commandement du Seigneur, je tâcherai de vous servir, avec
le plus grand dévouement, pour ne pas être ingrat envers celui qui
m'a racheté au prix de m'avoir fait votre serviteur».(43)
Le texte du Concile continue en signalant quelques éléments nécessaires
pour définir le contenu spécifique de la vie spirituelle des prêtres.
Ces éléments sont liés à la «consécration»
propre aux prêtres qui les configure à Jésus Christ Tête
et Pasteur de l'Église. Ils sont liés à la «mission»
ou au ministère particulier des prêtres eux-mêmes, qui les
habilitent et les engagent à être des «instruments vivants du
Christ Prêtre éternel» et à agir «au nom et en la
personne du Christ lui-même»; ils sont aussi liés à
toute leur «vie», devant manifester et témoigner d'une façon
originale le «radicalisme évangélique».(44)
La configuration à Jésus Christ Tête et Pasteur
et la charité pastorale
21. Par la consécration sacramentelle, le prêtre est configuré
à Jésus Christ en tant que Tête et Pasteur de l'Église
et reçoit le don d'un «pouvoir spirituel» qui est participation
à l'autorité avec laquelle Jésus Christ, par son Esprit,
guide l'Église.(45)
Grâce à cette consécration, opérée par
l'effusion de l'Esprit dans le sacrement de l'Ordre, la vie spirituelle du prêtre
est empreinte, modelée, et marquée par les comportements qui sont
propres au Christ Tête et Pasteur de l'Église et qui se résument
dans sa charité pastorale.
Jésus Christ est Tête de l'Église, son Corps. Il est «Tête»
dans le sens nouveau et original d'être «serviteur», selon ses
paroles mêmes: «Aussi bien, le Fils de l'homme n'est pas venu pour être
servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude»
(Mc 10,45). Le service de Jésus atteint sa plénitude par la mort
sur la croix, c'est-à-dire par le don total de soi dans l'humilité
et l'amour: «Il s'anéantit lui-même, prenant condition
d'esclave et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme
un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à
la mort sur la croix...» (Ph 2,7-8). L'autorité de Jésus
Christ Tête coïncide donc avec son service, avec le don total de
lui-même, humble et plein d'amour, à l'Église. Et cela, en
parfaite obéissance au Père: il est l'unique vrai Serviteur
souffrant du Seigneur, en même temps Prêtre et Victime.
La vie spirituelle de tout prêtre doit être animée et
vivifiée par ce type précis d'autorité ou de service envers
l'Église, précisément comme exigence de sa configuration à
Jésus Christ Tête et serviteur de l'Église(46). C'est ainsi
que saint Augustin s'adressait à un évêque le jour de son
ordination: "Celui qui est à la tête du peuple doit avant tout
se rendre compte qu'il est le serviteur de beaucoup. Et qu'il ne dédaigne
pas de l'être, je le répète, qu'il ne dédaigne pas d'être
serviteur de beaucoup parce que le Seigneur des seigneurs n'a pas dédaigné
de se faire notre serviteur».(47)
La vie spirituelle des ministres du Nouveau Testament devra donc être
empreinte de cette attitude primordiale de service à l'égard du
peuple de Dieu (cf. Mt 20,24-28; Mc 10,43-44), et exempte de toute présomption
et de tout désir «de faire le seigneur» sur le troupeau qui
leur est confié (cf. 1 P 5,2-3). Un service accompli librement et de bon
coeur, pour Dieu: de cette façon, les ministres - les «anciens»
de la communauté, c'est-à-dire les prêtres - pourront être
«forme» du troupeau qui, à son tour, est appelé à
assumer au regard du monde entier cette même attitude sacerdotale de
service pour le plein épanouissement de l'homme et sa libération
intégrale.
22. L'image de Jésus Christ Pasteur de l'Église, son troupeau,
reprend et présente, avec des nuances nouvelles et plus suggestives, les
mêmes sens que celle de Jésus Christ Tête et Serviteur. Réalisant
l'annonce prophétique du Messie Sauveur, chantée joyeusement par
le psalmiste en prière et par le Prophète Ezéchiel (cf.Ps
23/22; Ez 34, 11-16), Jésus se présente lui-même comme «le
Bon Pasteur» (Jn 10, 11.14) non seulement d'Israël mais de tous les
hommes (cf. Jn 10, 16). Et sa vie est une manifestation ininterrompue, et même
une réalisation quotidienne de sa «charité pastorale»:
il éprouve de la compassion pour les foules parce qu'elles sont fatiguées
et épuisées, comme des brebis sans pasteur (cf. Mt 9, 35-36); il
cherche celles qui sont perdues et dispersées (cf. Mt 18, 12-14), et il éclate
de joie quand il les a retrouvées; il les rassemble et les défend;
il les connaît et les appelle une à une (cf. Jn 10, 3); il les
conduit sur des prés d'herbe fraîche et vers des eaux tranquilles
(cf. Ps 23/22); pour elles, il prépare la table, les nourrissant de sa
propre vie. Le Bon Pasteur offre sa vie, dans sa mort et sa résurrection,
comme le chante la liturgie romaine de l'Église: «Il est ressuscité,
Jésus, le vrai Pasteur, lui qui a donné sa vie pour son troupeau,
lui qui a choisi de mourir pour nous sauver, Alleluia».(48)
Pierre appelle Jésus le «Chef des pasteurs» (1 P 5, 4)
parce que son oeuvre et sa mission se poursuivent dans l'Église, par les
Apôtres (cf. Jn 21, 15-17) et leurs successeurs (cf. 1 P 5, 1-4), par les
prêtres. En vertu de leur consécration, les prêtres sont
configurés à Jésus le Bon Pasteur et sont appelés à
imiter et à revivre sa propre charité pastorale.
Le don que le Christ fait de lui-même à son Église,
fruit de son amour, prend le sens original du don propre de l'époux
envers son épouse, comme le suggèrent plus d'une fois les textes
sacrés. Jésus est l'époux véritable, qui offre le
vin du salut à l'Église (cf. Jn 2, 11). Lui, qui est «la Tête
de l'Église, lui le Sauveur du Corps» (Ep 5, 23), «a aimé
l'Église et s'est livré pour elle, afin de la sanctifier en la
purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne; car il voulait se la présenter
à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de
tel, mais sainte et immaculée" (Ep 5,25-27). L'Église est
certes le corps dans lequel le Christ Tête est présent et opérant,
mais elle est aussi l'Épouse, qui sort comme une nouvelle Ève du côté
ouvert du Rédempteur sur la Croix: c'est pourquoi le Christ se tient «devant»
l'Église, «la nourrit et en prend soin» (cf. Ep 5,29) par le
don de sa vie pour elle. Le prêtre est appelé à être
l'image vivante de Jésus Christ, Époux de l'Église(49):
assurément, il reste toujours dans la communauté dont il fait
partie, comme croyant, uni à tous ses frères et ses soeurs
rassemblés par l'Esprit; mais, en vertu de sa configuration au Christ Tête
et Pasteur, il se trouve en cette situation sponsale, qui le place en face de la
communauté. «En tant qu'il représente le Christ Tête,
Pasteur et Époux de l'Église, le prêtre a sa place non
seulement dans l'Église, mais aussi en face de l'Église»(50).
C'est pourquoi il est appelé, dans sa vie spirituelle, à revivre
l'amour du Christ époux envers l'Église épouse. Sa vie doit
donc être illuminée et orientée par ce caractère
sponsal qui lui demande d'être témoin de l'amour sponsal du Christ;
ainsi sera-t-il capable d'aimer les gens avec un coeur nouveau, grand et pur,
avec un authentique détachement de lui-même, dans un don de soi
total, continu et fidèle. Et il en éprouvera comme une «jalousie»
divine (cf. 2 Co 11, 2), avec une tendresse qui se pare même des nuances
de l'affection maternelle, capable de supporter les «douleurs de
l'enfantement» jusqu'à ce que «le Christ soit formé»
dans les fidèles (cf. Ga 4, 19).
23. Le principe intérieur, la vertu qui anime et guide la vie
spirituelle du prêtre, en tant que configuré au Christ Tête
et Pasteur, est la charité pastorale, participation à la charité
pastorale du Christ Jésus: don gratuit de l'Esprit Saint, et, en même
temps, engagement et appel à une réponse libre et responsable de
la part du prêtre.
Le contenu essentiel de la charité pastorale est le don de soi, le
don total de soi-même à l'Église, à l'image du don du
Christ et en partage avec lui. «La charité pastorale est la vertu
par laquelle nous imitons le Christ dans son don de soi et dans son service. Ce
n'est pas seulement ce que nous faisons, mais c'est le don de nous-mêmes
qui manifeste l'amour du Christ pour son troupeau. La charité pastorale détermine
notre façon de penser et d'agir, notre mode de relation avec les gens.
Cela devient particulièrement exigeant pour nous...»(51).
Le don de soi, racine et sommet de la charité pastorale, a comme
destinataire l'Église. Ainsi en a-t-il été du Christ «qui
a aimé l'Église et s'est livré pour elle» (Ep 5, 25).
Ainsi doit-il en être du prêtre. Avec la charité pastorale
qui imprègne l'exercice du ministère sacerdotal, comme un «office
d'amour»(52), «le prêtre, qui accueille la vocation au ministère,
est en mesure d'en faire un choix d'amour, par lequel l'Église et les âmes
deviennent son intérêt principal. Vivant concrètement cette
spiritualité, il devient capable d'aimer l'Église universelle et
la partie qui lui en est confiée, avec tout l'élan d'un époux
pour son épouse»(53). Le don de soi n'a pas de limites, marqué
qu'il est par le même élan apostolique et missionnaire que le
Christ, le Bon Pasteur, qui a dit: «J'ai encore d'autres brebis qui ne sont
pas de cet enclos; celles-là aussi il faut que je les mène; elles écouteront
ma voix; et il y aura un seul troupeau et un seul pasteur» (Jn 10, 16).
A l'intérieur de la communauté ecclésiale, la charité
pastorale du prêtre demande et exige, d'une façon particulière
et spécifique, qu'il soit en rapport personnel avec le presbyterium, en dépendance
de l'évêque et avec lui, comme l'écrit explicitement le
Concile: «La charité pastorale exige des prêtres, s'ils ne
veulent pas courir pour rien, un travail vécu en communion permanente
avec les évêques et leurs autres frères dans le sacerdoce»(54).
Le don de soi à l'Église la concerne en tant qu'elle est le
corps et l'épouse de Jésus Christ. C'est pourquoi la charité
du prêtre se relie d'abord à celle de Jésus Christ. C'est
seulement si elle aime et sert le Christ Tête et Époux que la
charité devient source, critère, mesure, impulsion de l'amour et
du service du prêtre envers l'Église, corps et épouse du
Christ. C'est bien ce dont l'Apôtre Paul a une conscience limpide et
forte, lui qui écrit aux chrétiens de l'Église de Corinthe:
«Nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus»
(2 Co 4, 5). C'est surtout l'enseignement explicite de Jésus qui ne
confie à Pierre le ministère de paître son troupeau qu'après
un triple témoignage d'amour, et même d'un amour de prédilection:
«Il lui dit pour la troisième fois "Simon, fils de Jean,
m'aimes-tu ?" Pierre... lui dit: "Seigneur tu sais tout ; tu sais bien
que je t'aime". Jésus lui dit: "Pais mes brebis"» (Jn
21, 17).
La charité pastorale, qui a sa source spécifique dans le
sacrement de l'Ordre, trouve son expression plénière et son
aliment principal dans l'Eucharistie: «Cette charité pastorale -
lisons-nous dans le Concile - découle surtout du sacrifice eucharistique;
celui-ci est donc le centre et la racine de toute la vie du prêtre, dont
l'esprit sacerdotal s'efforce d'intérioriser tout ce qui se fait sur
l'autel du sacrifice»(55). C'est en effet dans l'Eucharistie qu'est représenté
- plus précisément rendu à nouveau présent - le
sacrifice de la Croix, le don total du Christ à son Église, le don
de son corps livré et de son sang répandu, comme témoignage
suprême de sa qualité de Tête et Pasteur, Serviteur et Époux
de l'Église. C'est précisément pourquoi la charité
pastorale du prêtre non seulement naît de l'Eucharistie, mais trouve
dans la célébration de celle-ci sa plus haute réalisation.
De même, c'est de l'Eucharistie que le prêtre reçoit la grâce
et la responsabilité de donner un sens «sacrificiel» à
toute son existence.
Cette même charité pastorale constitue le principe intérieur
et dynamique capable d'unifier les diverses et multiples activités du prêtre.
Grâce à elle, peut se réaliser l'exigence essentielle et
permanente d'unité entre la vie intérieure et de nombreux actes et
responsabilités du ministère. Or cette exigence est plus que
jamais impérieuse dans un contexte socio-culturel et ecclésial
fortement marqué par la complexité, la fragmentation et la
dispersion. C'est seulement, en rapportant chaque instant et chaque geste au
choix fondamental, celui de «donner sa vie pour le troupeau», que l'on
peut assurer cette unité vitale, indispensable pour l'harmonie et l'équilibre
de la vie spirituelle du prêtre: «Ce qui doit permettre aux prêtres
de la construire, c'est de suivre, dans l'exercice du ministère,
l'exemple du Christ Seigneur, dont la nourriture était de faire la volonté
de celui qui l'a envoyé et d'accomplir son oeuvre... Menant ainsi la vie
même du Bon Pasteur, ils trouveront dans l'exercice de la charité
pastorale, le lien de la perfection sacerdotale qui ramènera à
l'unité leur vie et leur action»(56).
La vie spirituelle dans l'exercice du ministère
24. L'Esprit du Seigneur a consacré le Christ et l'a envoyé
annoncer l'Évangile (cf. Lc 4, 18). La mission n'est pas un élément
extérieur et parallèle à la consécration, mais elle
en constitue le but intrinsèque et vital: la consécration est pour
la mission. De cette façon, non seulement la consécration, mais
aussi la mission se trouvent sous le signe et la force sanctificatrice de
l'Esprit.
Il en a été ainsi de Jésus. Il en a été
ainsi des Apôtres et de leurs successeurs. Il en est ainsi de l'Église
entière et, en elle, des prêtres: tous reçoivent l'Esprit
comme appel et comme don de sanctification dans et par l'accomplissement de leur
mission(57).
Il existe donc, entre la vie spirituelle du prêtre et l'exercice de
son ministère, un rapport intime(58) que le Concile exprime ainsi: «C'est
en exerçant le ministère d'Esprit et de justice (cf. 2 Co 3, 8-9),
que [les prêtres] s'enracinent dans la vie spirituelle, pourvu qu'ils
soient accueillants à l'Esprit du Christ qui leur donne la vie et les
conduit. Ce qui ordonne leur vie à la perfection, ce sont leurs actes
liturgiques de chaque jour, c'est leur ministère tout entier exercé
en communion avec l'évêque et les prêtres. Par ailleurs la
sainteté des prêtres est d'un apport essentiel pour rendre
fructueux le ministère qu'ils accomplissent»(59).
«Vivez ce que vous accomplirez et conformez-vous au mystère de
la Croix du Seigneur !» Telle est l'invitation, la monition que l'Église
adresse aux prêtres dans le rite de l'ordination quand les offrandes du
peuple saint pour le sacrifice eucharistique leur sont remises. Le «mystère»,
dont le prêtre est le «dispensateur» (cf.1 Co 4, 1), c'est, en définitive,
Jésus Christ lui-même qui dans l'Esprit, est source de sainteté
et appel à la sanctification. Le «mystère» doit être
au coeur de la vie quotidienne du prêtre. Il exige donc grande vigilance
et vive conscience. C'est encore le rite d'ordination qui fait précéder
les paroles citées plus haut de la recommandation: «Prenez bien
conscience de ce que vous ferez». Déjà, Paul avertissait l'évêque
Timothée: «Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi (1
Tm 4, 13; cf. 2 Tm 1, 6).
Le rapport entre vie spirituelle et exercice du ministère sacerdotal
peut aussi trouver son explication à partir de la charité
pastorale donnée par le sacrement de l'Ordre. Le ministère du prêtre,
précisément parce qu'il est une participation au ministère
salvifique de Jésus Christ Tête et Pasteur, ne peut manquer de
rendre présente sa charité pastorale qui est à la fois
source et esprit de son service et du don de lui-même. Dans sa réalité
objective, le ministère sacerdotal est «amoris officium», selon
l'expression déjà citée de saint Augustin; cette réalité
objective se présente justement comme un fondement et comme l'appel d'un
ethos correspondant, qui ne peut être que celui de l'amour, ainsi que le
dit saint Augustin: «Sit amoris officium pascere dominicum gregem»(60).
Cet ethos, et donc la vie spirituelle du prêtre, n'est autre que l'accueil
de la «vérité» du ministère sacerdotal, comme
amoris officium, dans la conscience et dans la liberté, et donc dans
l'esprit et le coeur, dans les décisions et dans les actions.
25. Il est essentiel, pour une vie spirituelle qui se développe dans
l'exercice du ministère, que le prêtre renouvelle sans cesse et
approfondisse toujours plus sa conscience d'être ministre de Jésus
Christ en vertu de sa consécration sacramentelle et de la configuration
au Christ Tête et Pasteur de l'Église. Cette conscience ne
correspond pas seulement à la vraie nature de la mission que le prêtre
accomplit en faveur de l'Église et de l'humanité, mais elle détermine
aussi la vie spirituelle du prêtre qui accomplit cette mission. En effet,
le prêtre est choisi par le Christ, non pas comme un «objet»
mais comme une «personne»; il n'est pas un instrument inerte et
passif, mais un «instrument vivant», comme dit le Concile, là où
il parle de l'obligation de tendre à la perfection(61). Et c'est encore
le Concile qui présente les prêtres comme «associés et
collaborateurs» d'un Dieu «saint et sanctificateur»(62).
En ce sens, la personne du prêtre, consciente, libre et responsable,
est profondément engagée dans l'exercice du ministère. Le
lien avec Jésus Christ, assuré par la consécration et la
configuration qui découlent du sacrement de l'Ordre, fonde et exige de la
part du prêtre un autre lien, qui est celui de «l'intention»,
celui de la volonté consciente et libre de faire, par l'acte ministériel,
ce que l'Église entend faire. Ce lien tend par sa nature à devenir
le plus ample et le plus profond possible, engageant l'esprit, les sentiments,
la vie, en un mot une série de dispositions morales et spirituelles
correspondant aux actes ministériels que le prêtre accomplit.
Il n'y a pas de doute que le ministère sacerdotal, en particulier la
célébration des sacrements, reçoit son efficacité
salutaire de l'action même de Jésus Christ, présente dans
les sacrements. Mais, par un dessein divin qui veut exalter l'absolue gratuité
du salut, en faisant de l'homme à la fois un «sauvé» et
un «sauveur» - toujours et seulement avec Jésus Christ -,
l'efficacité de l'exercice du ministère est aussi fonction de la
participation humaine et de l'accueil plus ou moins grands(63). En particulier,
la sainteté plus ou moins réelle du ministre a une véritable
influence sur sa façon d'annoncer la parole, de célébrer
les sacrements et de conduire la communauté dans la charité. Et
c'est bien ce qu'affirme avec clarté le Concile: «La sainteté
elle-même des prêtres est d'un apport essentiel pour rendre
fructueux le ministère qu'ils accomplissent; la grâce de Dieu,
certes, peut accomplir l'oeuvre du salut même par des ministres indignes,
mais, à l'ordinaire, Dieu préfère manifester ses hauts
faits par des hommes accueillants à l'impulsion et à la conduite
du Saint-Esprit, par des hommes que leur intime union avec le Christ et la
sainteté de leur vie rend capables de dire avec l'Apôtre: "Si
je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ qui vit en moi" (Ga 2, 20)»(64).
La conscience d'être ministre de Jésus Christ Tête et
Pasteur porte aussi en elle la joie d'avoir reçu de Jésus Christ
une grâce particulière: la grâce d'avoir été
choisi par le Seigneur comme «instrument vivant» de l'oeuvre du salut.
Ce choix témoigne de l'amour de Jésus Christ pour le prêtre.
Cet amour qui, plus grand que tout autre amour, exige qu'on y réponde.
Après sa résurrection, Jésus pose à Pierre la
question fondamentale sur l'amour: «Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus
que ceux-ci ?». C'est après la réponse de Pierre que la
mission est conférée: «Pais mes agneaux» (Jn 21, 15).
Pour pouvoir lui confier son troupeau, Jésus demande auparavant à
Pierre s'il l'aime. Mais en réalité, c'est l'amour libre et prévenant
de Jésus lui-même qui le pousse à adresser cette demande à
l'Apôtre et à lui confier «ses» brebis. Ainsi, tout acte
ministériel, en même temps qu'il conduit à aimer et à
servir l'Église, pousse à mûrir toujours davantage dans
l'amour et dans le service du Christ Tête, Pasteur et Époux de l'Église;
cet amour se présente toujours comme une réponse à l'amour
prévenant, libre et gratuit de Dieu dans le Christ. A son tour, la
croissance de l'amour envers Jésus Christ détermine la croissance
de l'amour envers l'Église: «Nous sommes vos pasteurs (pascimus
vobis); avec vous, nous sommes nourris (pascimur vobiscum). Que le Seigneur nous
donne la force de vous aimer au point de pouvoir mourir pour vous, ou
effectivement ou par le coeur (aut effectu aut affectu)»(65).
26. Grâce au précieux enseignement du Concile Vatican II(66),
nous pouvons saisir les conditions, les exigences, les modalités et les
fruits du rapport intime qui existe entre la vie spirituelle du prêtre et
l'exercice de son triple ministère: de la Parole, des Sacrements et du
service de la Charité.
Le prêtre est avant tout ministre de la Parole de Dieu. Il est consacré
et envoyé pour annoncer à tous l'Évangile du Royaume,
appelant tout homme à l'obéissance de la foi et conduisant les
croyants à une connaissance et à une communion toujours plus
profondes du mystère de Dieu, à nous révélé
et communiqué par le Christ. C'est pourquoi le prêtre lui-même
doit tout d'abord acquérir une grande familiarité personnelle avec
la Parole de Dieu. Il ne lui suffit pas d'en connaître l'aspect
linguistique ou exégétique, ce qui est cependant nécessaire.
Il lui faut accueillir la Parole avec un coeur docile et priant, pour qu'elle pénètre
à fond dans ses pensées et ses sentiments et engendre en lui un
esprit nouveau, «la pensée du Seigneur» (1 Co 2,16). Ainsi, ses
paroles et plus encore ses choix et ses attitudes seront toujours plus
transparents à l'Évangile, l'annonceront et en rendront témoignage.
C'est seulement en «demeurant» dans la Parole que le prêtre
deviendra parfait disciple du Seigneur, connaîtra la vérité
et sera vraiment libre, dépassant tout conditionnement contraire ou étranger
à l'Évangile (cf. Jn 8,31-32). Le prêtre devra être le
premier à croire à la Parole dans la pleine conscience que les
paroles de son ministère ne sont pas «siennes», mais de Celui
qui l'a envoyé. De cette Parole, il n'est pas maître: il en est le
serviteur. De cette Parole, il n'est pas l'unique possesseur: il en est le débiteur
à l'égard du peuple de Dieu. C'est justement parce qu'il évangélise,
et pour qu'il puisse évangéliser, que le prêtre, comme l'Église,
doit prendre de plus en plus conscience du besoin permanent qu'il a d'être
évangélisé(67). Il annonce la Parole, en sa qualité
de «ministre», il participe à l'autorité prophétique
du Christ et de l'Église. A cette fin, pour avoir en lui-même et
pour donner aux fidèles la garantie de transmettre l'Évangile dans
son intégrité, le prêtre est appelé à cultiver
en lui une sensibilité, une disponibilité et un attachement
particuliers à l'égard de la Tradition vivante de l'Église
et de son Magistère. Tout cela n'est pas étranger à la
Parole, mais contribue à son interprétation correcte et en protège
le sens authentique.(68)
C'est surtout dans la célébration des sacrements, ainsi que
dans la célébration de la liturgie des heures, que le prêtre
est appelé à vivre et à manifester l'unité profonde
entre l'exercice de son ministère et sa vie spirituelle. Par le don de la
grâce fait à l'Église, l'Eucharistie est principe de sainteté
et appel à la sanctification. Pour le prêtre, elle occupe une place
vraiment centrale, dans son ministère comme dans sa vie spirituelle. «Car
la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l'Église,
c'est-à-dire le Christ lui-même, lui notre Pâque, lui le pain
vivant, dont la chair vivifiée par l'Esprit Saint, et vivifiante, donne
la vie aux hommes, les invitant et les conduisant à offrir en union avec
lui, leur propre vie, leur travail, toute la création».(69)
Des divers sacrements, et en particulier de la grâce spécifique
et propre à chacun d'eux, la vie spirituelle du prêtre reçoit
des connotations particulières: en effet, elle est structurée et
modelée par les multiples caractéristiques et exigences des
sacrements célébrés et vécus.
Je voudrais faire une mention spéciale du sacrement de la Pénitence
dont les prêtres sont les ministres, mais dont ils doivent également
être les bénéficiaires, devenant témoins de la
compassion de Dieu pour les pécheurs. Je propose à nouveau ce que
j'ai écrit dans l'exhortation Reconciliatio et poenitentia: «La vie
spirituelle et pastorale du prêtre, comme celle de ses frères laïcs
et religieux, dépend, pour sa qualité et sa ferveur, de la
pratique personnelle, assidue et consciencieuse, du sacrement de Pénitence.
La célébration de l'Eucharistie et le ministère des autres
sacrements, le zèle pastoral, les relations avec les fidèles, la
communion avec ses frères prêtres, la collaboration avec l'évêque,
la vie de prière, en un mot toute la vie du prêtre subit un déclin
inévitable si lui-même, par négligence ou pour tout autre
motif, ne recourt pas de façon régulière et avec une foi et
une piété authentiques au sacrement de Pénitence. Chez un
prêtre qui ne se confesserait plus ou se confesserait mal, son être
sacerdotal et son action sacerdotale s'en ressentiraient vite, et la communauté
elle-même dont il est pasteur ne manquerait pas de s'en rendre compte».(70)
Enfin, les prêtres sont appelés à exercer l'autorité
et le service de Jésus Christ Tête et Pasteur de l'Église en
animant et en conduisant la communauté ecclésiale, c'est-à-dire
en rassemblant «la famille de Dieu, fraternité qui n'a qu'une âme,
et, par le Christ dans l'Esprit, ils la conduisent à Dieu le Père»(71).
Ce «munus regendi» est une tâche très délicate et
complexe qui inclut, outre l'attention à chacune des personnes et aux
vocations diverses, la capacité de coordonner tous les dons et charismes
que l'Esprit suscite dans la communauté, en les vérifiant et en
les valorisant pour l'édification de l'Église, toujours en union
avec les évêques. Il s'agit d'un ministère qui demande au prêtre
d'a voir une vie spirituelle intense, riche des qualités et des vertus
propres à la personne qui «préside» et qui «guide»
une communauté, à l'«ancien», dans le sens le plus fort
et le plus noble du terme, comme sont la fidélité, la cohérence,
la sagesse, la faculté d'accueil de tous, l'affabilité, la fermeté
sur les choses essentielles, le détachement des points de vue trop
subjectifs, le désintéressement personnel, la patience, le goût
de l'engagement quotidien, la confiance dans le travail caché de la grâce
qui se manifeste chez les gens simples et chez les pauvres (cf. Tt 1, 7-8).
L'existence sacerdotale et le radicalisme évangélique
27. «L'Esprit du Seigneur est sur moi» (Lc 4, 18). L'Esprit Saint
donné par le sacrement de l'Ordre est source de sainteté et appel à
la sanctification. Car, d'abord, il configure le prêtre au Christ Tête
et Pasteur de l'Église, et il lui confie la mission prophétique,
sacerdotale et royale à accomplir au nom et en la personne du Christ.
Ensuite, il anime le prêtre et vivifie son existence quotidienne,
l'enrichissant de dons et d'exigences, de vertus et d'élans, qui se concrétisent
dans la charité pastorale. Cette charité est une synthèse
des valeurs et des vertus évangéliques et elle est la force qui
soutient leur développement jusqu'à la perfection chrétienne.(72)
Pour tous les chrétiens sans exception, le radicalisme évangélique
est une exigence fondamentale et irremplaçable, qui découle de
l'appel du Christ à le suivre et à l'imiter, en vertu de l'étroite
communion de vie avec lui, opérée par le Saint Esprit (cf.Mt 8,
18-20; 10, 37-39; Mc 8, 34-38; 10, 17-21; Lc 9, 57-62). Cette même
exigence s'impose également aux prêtres, non seulement parce qu'ils
sont «dans» l'Église, mais aussi parce qu'ils sont «devant»
l'Église, en tant qu'ils sont configurés au Christ Tête et
Pasteur, consacrés et engagés dans le ministère ordonné,
animés par la charité pastorale. Or, dans le radicalisme évangélique
et pour le manifester, il y a toute une floraison de nombreuses vertus et
exigences morales qui sont décisives pour la vie pastorale et spirituelle
du prêtre. Citons par exemple la foi, l'humilité en face du mystère
de Dieu, la miséricorde, la prudence. Les différents «conseils
évangéliques» que Jésus propose dans le Discours sur
la Montagne sont l'expression privilégiée du radicalisme évangélique
(cf. Mt 5-7). Parmi ces conseils, intimement coordonnés entre eux, se
trouvent l'obéissance, la chasteté et la pauvreté(73). Le
prêtre est appelé à les vivre selon les modalités et,
plus encore, selon les finalités et le sens original qui découlent
de l'identité du prêtre et l'expriment.
28. «Parmi les qualités les plus indispensables pour le ministère
des prêtres, il faut mentionner la disponibilité intérieure
qui leur fait rechercher non pas leur propre volonté, mais la volonté
de celui qui les a envoyés (cf. Jn 4, 34; 5, 30; 6, 38)»(74). C'est
l'obéissance qui, dans le cas de la vie spirituelle du prêtre, présente
certaines caractéristiques particulières.
Celle-ci est avant tout une obéissance «apostolique», en ce
sens qu'elle reconnaît, aime et sert l'Église dans sa structure hiérarchique.
En effet, il n'y a pas de ministère sacerdotal en dehors de la communion
avec le Souverain Pontife et le collège épiscopal, en particulier
avec l'évêque du diocèse, à qui «le respect
filial et l'obéissance» promis à l'ordination doivent être
rendus. Cette «soumission» à ceux qui sont revêtus de
l'autorité ecclésiale n'a rien d'humiliant, mais elle résulte
de la liberté responsable du prêtre qui accueille les exigences de
la vie ecclésiale structurée et organisée. Il accueille
aussi la grâce du discernement et du sens de la responsabilité dans
les décisions ecclésiales. Cette grâce, Jésus en a
doté les Apôtres et leurs successeurs pour que le mystère de
l'Église soit gardé fidèlement et pour que la cohésion
de la communauté chrétienne soit maintenu sur le chemin unique qui
la conduit au salut.
L'obéissance chrétienne authentique, correctement motivée
et vécue sans servilité, aide le prêtre à exercer,
avec une transparence évangélique, l'autorité qu'il a pour
mission d'exercer auprès du peuple de Dieu: sans autoritarisme et sans
procédés démagogiques. Seul celui qui sait obéir
dans le Christ sait comment demander l'obéissance à autrui dans
l'esprit de l'Évangile.
L'obéissance du prêtre présente en outre une exigence «communautaire»:
ce n'est pas l'obéissance d'un individu isolé en rapport avec
l'autorité, mais au contraire cette obéissance est profondément
intégrée dans l'unité du presbyterium qui, comme tel, est
appelé à vivre en collaboration cordiale avec l'évêque
et, par lui, avec le successeur de Pierre.(75)
Cet aspect de l'obéissance sacerdotale demande une ascèse
considérable: d'une part, le prêtre s'habitue à ne pas trop
s'attacher à ses propres préférences ou à ses
propres points de vue; d'autre part, il laisse aux confrères l'espace
suffisant pour qu'ils mettent en valeur leurs talents et leurs capacités,
à l'exclusion de toute jalousie, envie et rivalité. L'obéissance
sacerdotale est une obéissance solidaire, qui repose sur l'appartenance
du prêtre à l'unique presbyterium et qui, toujours à l'intérieur
de celui-ci, et avec lui, exprime des orientations et des choix coresponsables.
Enfin, l'obéissance sacerdotale a un caractère particulier, le
caractère «pastoral». Cela veut dire que le prêtre vit
dans un climat de constante disponibilité pour se laisser saisir, ou pour
se laisser «manger» a-t-on pu dire, par les nécessités
et les exigences du troupeau qui doivent être raisonnables; elles devront
parfois faire l'objet d'un discernement et être soumises à vérification,
mais il est indéniable que la vie du prêtre est totalement remplie
par la faim d'Évangile, de foi, d'espérance et d'amour de Dieu et
de son mystère, laquelle, plus ou moins consciemment, est présente
dans le peuple de Dieu qui lui est confié.
29. Parmi les conseils évangéliques - écrit le Concile
-, «il y a en première place ce don précieux de grâce
fait par le Père à certains (cf. Mt 19, 11; 1 Co 7, 7) de se
consacrer plus facilement et avec un coeur sans partage à Dieu seul (cf.
1 Co 7, 32-34) dans la virginité ou le célibat. Cette continence
parfaite à cause du Règne de Dieu a toujours été
l'objet, de la part de l'Église, d'un honneur spécial, comme signe
et stimulant de la charité, et comme une source particulière de fécondité
spirituelle dans le monde»(76). Dans la virginité et le célibat,
la chasteté maintient sa signification fondamentale, c'est-à-dire
celle d'une sexualité humaine vécue comme authentique
manifestation et précieux service de l'amour de communion et de donation
interpersonnelle. Cette signification subsiste pleinement dans la virginité
qui, même dans le renoncement au mariage, réalise la «signification
sponsale» du corps, moyennant une communion et une donation personnelle à
Jésus Christ et à son Église; cette communion et cette
donation préfigurent et anticipent la communion et la donation parfaites
et définitives de l'au-delà: «Dans la virginité,
l'homme est en attente, même dans son corps, des noces eschatologiques du
Christ avec l'Église, et il se donne entièrement à l'Église
dans l'espérance que le Christ se donnera à elle dans la pleine vérité
de la vie éternelle».(77)
A cette lumière, on peut facilement comprendre et apprécier
les motifs du choix pluriséculaire que l'Église d'Occident a fait
et qu'elle a maintenu, malgré toutes les difficultés et les
objections soulevées au long des siècles, de ne conférer
l'ordination presbytérale qu'à des hommes qui attestent être
appelés par Dieu au don de la chasteté dans le célibat
absolu et perpétuel.
Les Pères synodaux ont exprimé avec clarté et avec
force leur pensée dans une importante proposition qui mérite d'être
rapportée intégralement et littéralement: «Restant
sauve la discipline des Églises orientales, le Synode, convaincu que la
chasteté parfaite dans le célibat sacerdotal est un charisme,
rappelle aux prêtres qu'elle constitue un don inestimable de Dieu à
l'Église et représente une valeur prophétique pour le monde
actuel. Ce Synode affirme, de nouveau et avec force, ce que l'Église
latine et certains rites orientaux demandent, à savoir que le sacerdoce
soit conféré seulement aux hommes qui ont reçu de Dieu le
don de la vocation à la chasteté dans le célibat (sans préjudice
pour la tradition de certaines Églises orientales et de cas particuliers
de clercs mariés provenant de conversions au catholicisme, pour lesquels
il est fait exception dans l'encyclique de Paul VI sur le célibat
sacerdotal) [n. 42]. Le Synode ne veut laisser aucun doute dans l'esprit de tous
sur la ferme volonté de l'Église de maintenir la loi qui exige le
célibat librement choisi et perpétuel pour les candidats à
l'ordination sacerdotale, dans le rite latin. Le Synode demande que le célibat
soit présenté et expliqué dans toute sa richesse biblique,
théologique et spirituelle comme don précieux fait par Dieu à
son Église et comme signe du Royaume qui n'est pas de ce monde, signe
aussi de l'amour de Dieu envers ce monde, ainsi que de l'amour sans partage du
prêtre envers Dieu et le peuple de Dieu, de sorte que le célibat
soit regardé comme un enrichissement positif du sacerdoce».(78)
Il est particulièrement important que le prêtre comprenne la
motivation théologique de la loi ecclésiastique sur le célibat.
En tant que loi, elle exprime la volonté de l'Église, même
avant que le sujet exprime sa volonté d'y être disponible. Mais la
volonté de l'Église trouve sa dernière motivation dans le
lien du célibat avec l'Ordination sacrée, qui configure le prêtre
à Jésus Christ Tête et Époux de l'Église. L'Église,
comme Épouse de Jésus Christ veut être aimée par le
prêtre de la manière totale et exclusive avec laquelle Jésus
Christ Tête et Époux l'a aimée. Le célibat sacerdotal
alors, est don de soi dans et avec le Christ à son Église, et il
exprime le service rendu par le prêtre à l'Église dans et
avec le Seigneur.
Pour une vie spirituelle authentique, le prêtre doit considérer
et vivre le célibat non comme un élément isolé ou
purement négatif, mais comme un des aspects d'une orientation positive,
spécifique et caractéristique de sa personne. Laissant son père
et sa mère, il suit Jésus le Bon Pasteur dans une communion
apostolique, au service du peuple de Dieu. Le célibat doit donc être
accueilli dans une décision libre et pleine d'amour, à renouveler
continuellement, comme un don inestimable de Dieu, comme un «stimulant de
la charité pastorale»(79), comme une participation particulière
à la paternité de Dieu et à la fécondité de
l'Église, comme un témoignage du Royaume eschatologique donné
au monde. Pour vivre toutes les exigences morales, pastorales et spirituelles du
célibat sacerdotal, la prière humble et confiante est absolument nécessaire,
comme nous en prévient le Concile: «Certes, il y a, dans le monde
actuel, bien des hommes qui déclarent impossible la continence parfaite:
c'est une raison de plus pour que les prêtres demandent avec humilité
et persévérance, en union avec l'Église, la grâce de
la fidélité, qui n'est jamais refusée à ceux qui la
demandent. Qu'ils emploient aussi les moyens naturels et surnaturels qui sont à
la disposition de tous»(80). Ce sera encore la prière unie aux
sacrements de l'Église et à l'effort ascétique qui donnera
l'espérance dans les difficultés, le pardon dans les fautes, la
confiance et le courage dans la reprise de la marche en avant.
30. De la pauvreté évangélique, les Pères
synodaux ont donné une description plus concise et plus profonde que
jamais, la présentant comme «soumission de tous les biens au Bien
suprême de Dieu et de son Royaume»(81). En réalité,
seul celui qui contemple et vit le mystère de Dieu comme Bien unique et
suprême, comme vraie et définitive richesse, peut comprendre et réaliser
la pauvreté. Elle n'est certainement pas mépris et refus des biens
matériels, mais elle est usage libre de ces biens, et en même temps
joyeux renoncement à ceux-ci dans une grande disponibilité intérieure,
pour Dieu et pour ses desseins.
La pauvreté du prêtre, en raison de sa configuration
sacramentelle au Christ Tête et Pasteur, revêt des connotations
pastorales précises. C'est à elles que les Pères synodaux
se sont arrêtés, reprenant et développant l'enseignement
conciliaire(82). Ils écrivent entre autres: «Les prêtres, à
l'exemple du Christ, qui, de riche qu'il était, s'est fait pauvre par
amour pour nous (cf. 2 Co 8, 9), doivent considérer les pauvres et les
plus faibles comme leur étant confiés d'une manière spéciale,
et doivent être capables de donner un témoignage de pauvreté
par une vie simple et austère, étant déjà habitués
à renoncer généreusement aux choses superflues (Optatam
totius, n. 9; C.I.C., can. 282)».(83)
Il est vrai que «l'ouvrier mérite son salaire» (Lc 10, 7),
et que «le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l'Évangile
de vivre de l'Évangile»(1 Co 9, 14); mais il est vrai aussi que ce
droit de l'apôtre ne peut être confondu avec une quelconque pré
tention de subordonner le service de l'Évangile et de l'Église aux
avantages et aux intérêts qui peuvent en dériver. Seule la
pauvreté assure au prêtre la disponibilité nécessaire
pour être envoyé là où son action est plus utile et
urgente, même au prix d'un sacrifice personnel. C'est la condition préalable
de la docilité de l'apôtre à l'Esprit, qui le rend prêt
à «aller» sans bagage et sans lien, suivant seulement la volonté
du Maître (cf. Lc 9, 57-62; Mc 10, 17-22).
Personnellement intégré dans la vie de la communauté
dont il est responsable, le prêtre doit présenter le témoignage
d'une totale «transparence» dans l'administration des biens de la
communauté. Il ne les traitera jamais comme s'ils étaient un
patrimoine personnel, mais comme ce dont il doit rendre compte à Dieu et à
ses frères, surtout aux pauvres. Et la conscience d'appartenir à
un presbyterium unique engagera le prêtre à favoriser soit une plus
équitable répartition des biens entre confrères, soit un
certain usage commun de ces biens (cf. Ac 2, 42-45).
La liberté intérieure, nourrie et conservée grâce
à la pauvreté évangélique, rend le prêtre
capable de se tenir du côté des plus faibles, de se faire solidaire
de leurs efforts pour l'instauration d'une société plus juste, d'être
plus sensible et plus capable de compréhension et de discernement des phénomènes
touchant l'aspect économique et social de la vie, ainsi que de promouvoir
le choix préférentiel des pauvres. Sans exclure personne de
l'annonce et du don du salut, le prêtre sait être attentif aux
petits, aux pécheurs, à tous les marginaux, selon le modèle
donné par Jésus dans le déroulement de son ministère
prophétique et sacerdotal (cf. Lc 4, 18).
On n'oubliera pas la signification prophétique de la pauvreté
sacerdotale, spécialement urgente dans les sociétés
d'opulence et de consommation: «Le prêtre vraiment pauvre est
certainement un signe concret de la séparation, du renoncement et non de
la soumission à la tyrannie du monde contemporain qui met toute sa
confiance dans l'argent et dans la sécurité matérielle».(84)
Sur la Croix, Jésus Christ porte à sa perfection sa charité
pastorale, dans un dépouillement extrême, extérieur et intérieur;
il est le modèle et la source des vertus d'obéissance, de chasteté
et de pauvreté que le prêtre est appelé à vivre comme
expression de son amour pastoral pour ses frères. Selon ce que Paul écrit
aux chrétiens de Philippes, le prêtre doit avoir les «mêmes
sentiments» que Jésus, se dépouillant de son propre «moi»
pour trouver dans la charité obéissante, chaste et pauvre, la voie
royale de l'union avec Dieu et de l'unité avec ses frères (cf. Ph
2, 5).
L'appartenance et le dévouement à l'Église
particulière
31. Comme toute vie spirituelle authentiquement chrétienne, celle du
prêtre possède aussi une dimension ecclésiale essentielle et
irremplaçable: elle est participation à la sainteté de l'Église
elle-même, Église dont nous professons dans le Credo qu'elle est «Communion
des Saints». La sainteté du chrétien découle de celle
de l'Église, l'exprime et en même temps l'enrichit. Cette dimension
ecclésiale revêt des modalités, des finalités et des
significations particulières dans la vie spirituelle du prêtre, à
cause du rapport spécifique de celui-ci avec l'Église, toujours à
partir de sa configuration au Christ Tête et Pasteur, de son ministère
ordonné et de sa charité pastorale.
Dans cette perspective, il faut considérer comme valeur spirituelle
du prêtre, son appartenance et son dévouement à l'Église
particulière. Ces réalités ne sont pas seulement motivées
par des raisons d'organisation et de discipline. Au contraire le rapport avec l'évêque
dans l'unité du presbyterium, le partage de sa sollicitude pour l'Église,
le dévouement pastoral au service du peuple de Dieu dans les conditions
historiques et sociales concrètes de l'Église particulière
sont des éléments qu'on ne peut pas négliger quand on veut
tracer le portrait du prêtre et de sa vie spirituelle. En ce sens, «l'incardination»
ne se réduit pas à un lien juridique, mais elle suppose aussi une
série d'attitudes et de choix spirituels pastoraux contribuant à
donner sa physionomie propre à la vocation du prêtre.
Il est nécessaire que le prêtre ait conscience que le fait d'être
dans une Église particulière constitue, de soi, un élément
déterminant pour vivre une spiritualité chrétienne. En ce
sens, le prêtre trouve précisément dans son appartenance et
dans son dévouement à l'Église particulière une
source de sens, de critères de discernement et d'action, qui modèlent
sa mission pastorale et sa vie spirituelle.
A la marche vers la perfection peuvent aider aussi des inspirations ou des références
à d'autres traditions de vie spirituelle, capables d'enrichir la vie
sacerdotale des personnes et d'animer le presbyterium par de précieux
dons spirituels. C'est le cas de beaucoup d'associations ecclésiales
anciennes et nouvelles qui accueillent aussi des prêtres dans leurs rangs,
depuis les sociétés de vie apostolique jusqu'aux instituts séculiers
de prêtres, depuis les formes variées de communion et de partage
spirituel jusqu'aux mouvements ecclésiaux. Les prêtres appartenant
aux ordres religieux et aux congrégations religieuses sont une richesse
spirituelle pour tout le presbyterium diocésain auquel ils apportent la
contribution de leurs charismes spécifiques et de leurs ministères
qualifiés; par leur présence, ils stimulent l'Église
particulière à vivre plus intensément son ouverture
universelle.(85)
L'appartenance du prêtre à l'Église particulière
et son dévouement à celle-ci jusqu'au don de sa vie, pour l'édification
de l'Église «en la personne» du Christ Tête et Pasteur,
au service de toute la communauté chrétienne, en cordiale et
filiale référence à l'évêque, doivent être
renforcés par tout charisme qui inspire directement ou indirectement la
vie d'un prêtre.(86)
Pour que les dons abondants de l'Esprit soient accueillis dans la joie et
qu'on les fasse fructifier pour la gloire de Dieu et pour le bien de toute l'Église,
il faut d'abord que tous connaissent et discernent leurs charismes personnels et
ceux d'autrui. Ensuite, l'exercice de ces charismes doit toujours être
accompagné d'humilité chrétienne, du courage de
l'autocritique, de l'intention, prévalant sur toute autre préoccupation,
d'aider à l'édification de toute la communauté, au service
de laquelle est placé tout charisme particulier. En outre, à tous
est demandé un effort sincère d'estime réciproque, de
respect mutuel et de valorisation coordonnée de toutes les diversités
positives et légitimes, présentes dans le presbyterium. Tout cela
aussi fait partie de la vie spirituelle et de l'ascèse continue du prêtre.
32. L'appartenance et le dévouement à l'Église
particulière ne limitent pas à cette dernière toute
l'activité et la vie du prêtre. Elles ne peuvent pas y être réduites
en raison de la nature même de l'Église particulière(87) et
de celle du ministère sacerdotal. Le Concile écrit à ce
sujet: «Le don spirituel que les prêtres ont reçu à
l'ordination les prépare, non pas à une mission limitée et
restreinte, mais à une mission de salut d'ampleur universelle, "jusqu'aux
extrémités de la terre" (Ac 1, 8); n'importe quel ministère
sacerdotal participe, en effet, aux dimensions universelles de la mission confiée
par le Christ aux Apôtres».(88)
Il en résulte que la vie spirituelle des prêtres doit être
profondément marquée par l'élan et le dynamisme
missionnaires. Il leur revient, dans l'exercice de leur ministère et dans
le témoignage de leur vie, de faire de la communauté qui leur est
confiée une communauté authentiquement missionnaire. Comme je l'ai
écrit dans l'encyclique Redemptoris missio, «tous les prêtres
doivent avoir un coeur et une mentalité missionnaires, être ouverts
aux besoins de l'Église et du monde, attentifs aux plus éloignés,
et surtout aux groupes non chrétiens de leur milieu. Dans la prière
et en particulier dans le sacrifice eucharistique, ils porteront la sollicitude
de toute l'Église pour l'ensemble de l'humanité».(89)
Si cet esprit missionnaire anime généreusement la vie des prêtres,
il sera plus facile de répondre à une situation toujours plus
grave aujourd'hui dans l'Église, celle qui provient de l'inégale
distribution du clergé. Sur ce point, le Concile a été on
ne peut plus clair et fort: «Les prêtres se souviendront donc qu'ils
doivent avoir au coeur le souci de toutes les Églises. Ainsi les prêtres
des diocèses plus riches en vocation se tiendront prêts à
partir volontiers,avec la permission de leur Ordinaire ou à son appel,
pour exercer leur ministère dans des pays, des missions ou des activités
qui souffrent du manque de prêtres».(90)
«Renouvelle en eux l'effusion de ton Esprit de sainteté»
33. «L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré
par l'onction. Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres»
(Lc 4, 18). Jésus fait retentir encore aujourd'hui dans notre coeur de prêtres
les paroles qu'il a prononcées dans la synagogue de Nazareth. Notre foi,
en effet, nous révèle la présence active de l'Esprit du
Christ dans notre être, notre agir et notre vie, de la même façon
que le sacrement de l'Ordre les a formés, habilités et modelés.
Oui, l'Esprit du Seigneur est le grand protagoniste de notre vie
spirituelle. Il crée le «coeur nouveau», l'anime, le guide avec
la «loi nouvelle» de la charité, de la charité
pastorale. La conscience que la grâce de l'Esprit Saint ne manque jamais
au prêtre comme don totalement gratuit et comme engagement à la
responsabilité, est décisive pour le développement de sa
vie spirituelle. La conscience de ce don pénètre et soutient l'inébranlable
confiance du prêtre au milieu des difficultés, des tentations, des
faiblesses qui jalonnent l'itinéraire spirituel.
Je propose de nouveau à tous les prêtres ce que j'ai dit à
beaucoup d'entre eux en une autre occasion: «La vocation sacerdotale est
essentiellement un appel à la sainteté dans la forme qui découle
du sacrement de l'Ordre. La sainteté est intimité avec Dieu, elle
est imitation du Christ pauvre, chaste et humble; elle est amour sans réserve
envers les âmes, et don de soi-même pour leur véritable bien;
elle est amour pour l'Église qui est sainte et nous veut saints, car
telle est la mission que le Christ lui a confiée. Chacun de vous doit
aussi être saint afin d'aider ses frères à réaliser
leur vocation à la sainteté.
«Comment ne pas réfléchir [...] sur le rôle
essentiel que l'Esprit Saint joue dans l'appel spécifique à la
sainteté propre au ministère sacerdotal ? Rappelons les paroles du
rite de l'Ordination sacerdotale, que l'on estime centrales dans la formule
sacramentelle: "Nous t'en prions, Père tout-puissant, donne à
tes serviteurs que voici d'entrer dans l'ordre des prêtres. Répands
une nouvelle fois au plus profond d'eux-mêmes l'Esprit de sainteté.
Qu'ils reçoivent de toi, Seigneur, la charge de seconder l'ordre épiscopal.
Qu'ils incitent à la pureté des moeurs par l'exemple de leur
conduite".
«Par l'Ordination, chers amis, vous avez reçu l'Esprit même
du Christ, qui vous rend semblables à lui afin que vous puissiez agir en
son nom et vivre en vous-mêmes ses propres sentiments. Tandis que cette
intime communion avec l'Esprit du Christ assure l'efficacité de l'action
sacramentelle que vous accomplissez «in persona Christi», elle
requiert également de s'exprimer dans la ferveur de la prière,
dans la cohérence de la vie, dans la charité pastorale d'un ministère
inlassablement orienté vers le salut des frères. En un mot elle
requiert votre sanctification personnelle».(91)
CHAPITRE IV
VENEZ ET VOYEZ La vocation sacerdotale dans la pastorale de l'Église
Chercher, suivre, demeurer
34. «Venez et voyez» (Jn 1, 39). C'est ainsi que Jésus répond
aux deux disciples de Jean Baptiste qui lui demandaient où il habitait.
Dans ces paroles, nous trouvons la signification de la vocation.
Voici comment l'Évangéliste raconte l'appel d'André et
de Pierre: «Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux
de ses disciples. Fixant les yeux sur Jésus qui passait, il dit: "Voici
l'agneau de Dieu". Les deux disciples, l'entendant ainsi parler, suivirent
Jésus. Jésus se retourna et vit qu'ils le suivaient. Il leur dit: "Que
voulez-vous?" Ils lui répondirent: "Rabbi (ce mot signifie Maître),
où demeures-tu?" Il leur dit: "Venez et voyez". Ils allèrent
donc et virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de
lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure.
«André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des
deux qui avaient entendu les paroles de Jean et suivi Jésus. Il rencontre
d'abord son frère Simon et lui dit: "Nous avons trouvé le
Messie" - ce qui veut dire Christ. Il l'amena à Jésus. Jésus
le regarda et dit: "Tu es Simon, le fils de Jean; tu t'appelleras Céphas"
- ce qui veut dire Pierre» (Jn 1, 35-42).
Cette page de l'Évangile est l'une des nombreuses pages où la
Sainte Écriture décrit le «mystère» de la
vocation; dans le cas présent, il s'agit du mystère de la vocation
des Apôtres de Jésus. La page de Jean, qui a aussi une
signification pour la vocation chrétienne comme telle, est d'une valeur
exemplaire pour la vocation sacerdotale. L'Église, en tant que communauté
des disciples de Jésus, est appelée à fixer son regard sur
cette scène, qui, en quelque manière, se renouvelle
continuellement dans l'histoire. Elle est invitée à approfondir le
sens original et personnel de l'appel à suivre le Christ, dans le ministère
sacerdotal, et l'inséparable lien entre la grâce divine et la
responsabilité humaine, lien contenu et révélé par
deux mots que nous trouvons plusieurs fois dans l'Évangile: viens et
suis-moi (cf. Mt 19, 21). Elle est appelée à expliquer et à
décrire le dynamisme propre de la vocation, son développement
graduel et concret selon les étapes suivantes: chercher Jésus, le
suivre, et demeurer avec lui.
L'Église trouve dans cet «Évangile de la vocation»
l'exemple, la force et l'élan nécessaires à sa pastorale
des vocations, c'est-à-dire la mission qui vise à s'occuper de la
naissance, du discernement et de l'accompagnement des vocations, en particulier
des vocations au sacerdoce. Parce que «le manque de prêtres est
certainement la tristesse de toute Église»(93), la pastorale des
vocations doit, aujourd'hui surtout, être entreprise avec une ardeur
nouvelle, vigoureuse et plus déterminée, par tous les membres de
l'Église. On doit être convaincu qu'elle n'est pas un élément
secondaire ou accessoire, ni un moment isolé ou limité, telle une
simple «partie», si importante soit-elle, de la pastorale d'ensemble
de l'Église; c'est plutôt, comme l'ont répété
les Pères synodaux, une activité intimement insérée
dans la pastorale générale de toute Église(94), une charge
qui doit être incorporée et pleinement identifiée à
ce qu'on appelle habituellement «charge d'âmes»(95), une
dimension connaturelle et essentielle à la pastorale de l'Église,
comme à sa vie et à sa mission(96).
Oui, le thème de la vocation est connaturel et essentiel à la
pastorale de l'Église. La raison en est que la vocation constitue, en un
sens, l'être profond de l'Église, avant même son action. Le
nom de l'Église, Ecclesia, indique que sa nature est liée en
profondeur à la vocation, parce que l'Église est vraiment «convocation»,
assemblée des appelés: «L'assemblée de ceux qui
regardent dans la foi vers Jésus, auteur du salut, principe d'unité
et de paix, Dieu l'a convoquée et il en a fait l'Église, pour
qu'elle soit aux yeux de tous et de chacun le sacrement visible de cette unité
salutaire»(97).
Une lecture proprement théologique de la vocation sacerdotale et de
la pastorale qui la concerne ne peut se faire qu'à partir du mystère
de l'Église, comme mysterium vocationis.
L'Église et le don de la vocation
35. Toute vocation chrétienne trouve son fondement dans l'élection
gratuite et prévenante de la part du Père «qui nous a bénis
par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le
Christ. C'est ainsi qu'Il nous a élus en Lui, dès avant la création
du monde, pour être saints et immaculés sous son regard, dans
l'amour, déterminant d'avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs
par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté» (Ep
1, 3-5).
Toute vocation chrétienne vient de Dieu, est don de Dieu; mais elle
n'est jamais donnée en dehors ou indépendamment de l'Église.
Elle passe toujours dans l'Église et par l'Église, parce que,
comme le rappelle le Concile Vatican II, «il a plu à Dieu que les
hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément
hors de tout lien mutuel; il a voulu au contraire en faire un peuple qui le
reconnaîtrait selon la vérité et le servirait dans la
sainteté»(98).
Non seulement l'Église accueille en elle toutes les vocations que
Dieu lui donne sur son chemin de salut, mais elle prend elle-même les
traits d'un mystère de vocation, lumineux et vivant reflet du mystère
de la sainte Trinité. En réalité, l'Église, «peuple
réuni par l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint»(99),
porte en elle le mystère du Père qui, sans être appelé
ou envoyé par personne (cf. Rm 11, 33-35), appelle tout le monde à
sanctifier son nom et à accomplir sa volonté; l'Église
garde en elle-même le mystère du Fils, qui est appelé et
envoyé par le Père pour annoncer à tous le Royaume de Dieu,
en les appelant tous à le suivre. L'Église enfin est dépositaire
du mystère de l'Esprit Saint qui consacre pour la mission ceux et celles
que le Père appelle par son Fils Jésus Christ.
L'Église qui, par nature, est «vocation», est génératrice
et éducatrice de vocations. Elle l'est dans son être de «sacrement»
en tant que «signe» et «instrument», dans lequel retentit et
s'accomplit la vocation de tout chrétien; elle l'est dans son action,
c'est-à-dire dans l'exercice de son ministère d'annonce de la
Parole, de célébration des sacrements, de service et de témoignage
de la charité.
On peut dès lors saisir à quel point la vocation chrétienne
a, par avance, une dimension ecclésiale. Non seulement la vocation dérive
«de» l'Église et de sa médiation; non seulement elle se
fait reconnaître et s'accomplit «dans» l'Église; mais -
dans le service fondamental qu'elle rend à Dieu - elle se présente
aussi et nécessairement comme rendant service «à» l'Église.
La vocation chrétienne, dans toutes ses formes, est un don destiné
à l'édification de l'Église, à la croissance du Règne
de Dieu dans le monde(100).
Ce que nous disons de toute vocation chrétienne trouve une réalisation
particulière dans la vocation sacerdotale. Cette vocation est un appel,
par le sacrement de l'Ordre reçu dans l'Église, à se mettre
au service du peuple de Dieu avec une appartenance spéciale et une
configuration à Jésus Christ, comportant l'autorité d'agir
«au nom et dans la personne » de celui qui est la Tête et le
Pasteur de l'Église.
Dans cette perspective, on comprend ce qu'écrivent les Pères
synodaux: «La vocation de chaque prêtre existe dans l'Église
et pour l'Église: c'est par elle que s'accomplit cette vocation. Il
s'ensuit que tout prêtre reçoit la vocation du Seigneur, par
l'intermédiaire de l'Église, comme un don gracieux, une grâce
gratis data (charisme). Il appartient à l'évêque ou au supérieur
compétent non seulement de soumettre à examen l'aptitude et la
vocation du candidat, mais aussi de la reconnaître. Une telle intervention
de l'Église fait partie de la vocation au ministère presbytéral
comme tel. Le candidat au presbytérat doit recevoir la vocation sans
imposer ses propres conditions personnelles, mais en acceptant aussi les normes
et les conditions posées par l'Église elle-même, selon sa
propre responsabilité»(101).
Le dialogue de la vocation: l'initiative de Dieu et la réponse
de l'homme
36. L'histoire de toute vocation sacerdotale, comme d'ailleurs de toute
vocation chrétienne, est l'histoire d'un ineffable dialogue entre Dieu et
l'homme, entre l'amour de Dieu qui appelle et la liberté de l'homme qui,
dans l'amour, répond à Dieu. Ces deux aspects indissociables de la
vocation, le don gratuit de Dieu et la liberté responsable de l'homme,
ressortent de manière très claire et particulièrement
puissante dans les paroles lapidaires par lesquelles l'évangéliste
Marc présente la vocation des Douze: Jésus «gravit la
montagne et il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à lui»
(3, 13). D'un côté, il y a la décision absolument libre de Jésus,
de l'autre, la «venue» des Douze, autrement dit, leur «suite de Jésus».
Tel est l'exemple constant, le donné indissociable de toute vocation:
celle des prophètes, des apôtres, des prêtres, des religieux,
des fidèles laïcs, de toute personne.
Mais ce qui est tout à fait prioritaire, et même primordial et
décisif, c'est l'intervention libre et gratuite de Dieu qui appelle. Il a
l'initiative d'appeler. Voici par exemple l'expérience du prophète
Jérémie: «La parole du Seigneur me fut adressée: "Avant
que tu ne sois formé dans le sein de ta mère, je te connaissais,
avant que tu ne sortes à la lumière, je t'avais consacré;
je t'ai établi prophète des nations"» (Jr 1, 4-5). La même
vérité est présentée par l'Apôtre Paul qui
enracine toute vocation dans l'éternelle élection du Christ, faite
«avant la création du monde» et «selon le bon plaisir de
sa volonté» (Ep 1, 5). Le primat absolu de la grâce dans la
vocation est affirmé avec la plus grande clarté dans la parole de
Jésus: «Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous
ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et
que votre fruit demeure» (Jn 15, 16).
Si la vocation sacerdotale témoigne indiscutablement du primat de la
grâce, la libre et souveraine décision de Dieu d'appeler l'homme
demande un respect absolu: elle ne peut nullement être forcée par
une quelconque prétention humaine, elle ne peut être remplacée
par aucune décision humaine. La vocation est un don de la grâce
divine, et jamais un droit de l'homme. C'est pourquoi «on ne peut jamais
considérer la vie sacerdotale comme une promotion simplement humaine, ni
la mission du ministre comme un simple projet personnel»(102). Par là
est radicalement exclue toute prétention ou présomption de la part
de ceux qui sont appelés (cf. He 5, 4). Tout l'espace spirituel du coeur
doit être rempli d'une gratitude pleine d'admiration et d'émotion,
et d'une espérance inébranlable, parce que les candidats savent
que leur appui ne réside pas dans leurs propres forces, mais seulement
dans la fidélité inconditionnée de Dieu qui appelle.
«Il appela ceux qu'il voulait et ils vinrent à lui» (Mc 3,
13). Cette «venue» qui s'identifie avec la «suite» de Jésus,
exprime la réponse libre des Douze à l'appel du Maître. Il
en a été ainsi de Pierre et d'André: «Il leur dit: "Suivez-moi,
je vous ferai pêcheurs d'hommes". Et eux, aussitôt, ayant laissé
leurs filets, le suivirent» (Mt 4, 19-20). Identique fut l'expérience
de Jacques et de Jean (cf. Mt 19, 21-22). C'est ainsi que toujours, dans la
vocation, brillent ensemble l'amour gratuit de Dieu et l'exaltation la plus
haute possible de la liberté humaine, celle de l'adhésion à
l'appel de Dieu et de la confiance en lui.
En réalité, grâce et liberté ne s'opposent pas.
Au contraire, la grâce anime et soutient la liberté humaine, la délivrant
de l'esclavage du péché (cf. Jn 8, 34-36), la guérissant et
l'élevant dans ses capacités d'ouverture et d'accueil du don de
Dieu. Et si on ne peut contester l'initiative absolument gratuite de Dieu qui
appelle, on ne peut davantage contester l'extrême sérieux avec
lequel la liberté de l'homme est mise au défi de répondre.
C'est ainsi qu'au «viens et suis-moi» de Jésus, le jeune homme
riche oppose un refus, signe - quoique négatif - de sa liberté: «Mais
lui, à ces mots, s'assombrit et il s'en alla contristé, car il
avait de grands biens» (Mc 10, 22).
La liberté, donc, est essentielle à la vocation, une liberté
qui, dans une réponse positive, prend le sens d'une adhésion
personnelle profonde, comme donation d'amour ou mieux comme restitution au
Donateur, qui est Dieu, auteur de l'appel, comme une oblation. «L'appel -
disait Paul VI - est proportionné à la réponse. Il ne peut
y avoir de vocations que libres, c'est-à-dire offertes spontanément
d'elles-mêmes, conscientes, généreuses, totales... Nous les
appelons offrandes: voilà, pratiquement, le véritable problème...
C'est la voix humble et pénétrante du Christ qui dit, aujourd'hui
comme hier, plus qu'hier: "Viens". La liberté est placée
devant sa plus haute épreuve: justement, celle de l'offrande, de la générosité,
du sacrifice»(103).
L'offrande libre, qui constitue le noyau le plus intime de la réponse
de l'homme à Dieu qui appelle, trouve son modèle incomparable,
mieux, sa racine vive, dans l'offrande très libre de Jésus Christ,
le premier des appelés, à la volonté du Père: «C'est
pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit: "Tu n'as voulu ni
sacrifice, ni oblation, mais tu m'as façonné un corps... Alors
j'ai dit: Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté"»
(He 10, 5-7).
En communion intime avec le Christ, Marie, la Vierge Mère, a été
la créature qui, plus que toutes, a vécu la pleine vérité
de la vocation, parce que personne n'a répondu comme elle par un amour si
grand à l'amour immense de Dieu(104).
37. «Mais lui, à ces mots, s'assombrit et s'en alla contristé,
car il avait de grands biens» (Mc 10, 22). Le jeune homme riche de l'Évangile
qui ne répond pas à l'appel de Jésus nous rappelle les
grands obstacles qui peuvent bloquer ou empêcher la réponse libre
de l'homme: non seulement les biens matériels peuvent fermer le coeur
humain aux valeurs de l'Esprit et aux exigences radicales du Règne de
Dieu, mais certaines conditions sociales et culturelles de notre temps peuvent
aussi créer de nombreuses menaces et imposer des visions déformées
et fausses de la vraie nature de la vocation, en rendant difficiles, sinon
impossibles, l'accueil et la compréhension elle-même.
Beaucoup ont de Dieu une idée tellement générale et
confuse qu'elle est voisine de formes de religiosité sans Dieu, dans
lesquelles la volonté de Dieu est conçue comme un destin immuable
et inéluctable auquel l'homme n'a qu'à s'adapter et se résigner
en pleine passivité. Mais ce n'est pas le visage de Dieu que Jésus
Christ a voulu nous révéler. En fait, Dieu est le Père qui,
avec un amour éternel et prévenant, appelle l'homme et noue avec
lui un dialogue merveilleux et permanent, l'invitant à partager, en fils,
sa vie divine elle-même. Il est certain qu'avec une vision erronée
de Dieu, l'homme ne peut même pas reconnaître ce qu'il est lui-même
en vérité, puisque la vocation ne peut être ni perçue,
ni vécue dans sa valeur authentique: elle peut seulement être
ressentie comme un fardeau imposé et insupportable.
De même, certaines idées fausses sur l'homme, souvent soutenues
par des arguments prétendument philosophiques ou «scientifiques»,
conduisent quelquefois l'homme à comprendre son existence et sa liberté
comme totalement déterminées et conditionnées par des
facteurs externes d'ordre éducatif, psychologique, culturel ou social.
D'autres fois, la liberté est entendue en termes d'autonomie absolue, prétendant
être la source unique et ultime des choix personnels, se définissant
comme affirmation de soi à tout prix. Mais, de cette manière, il
devient impossible de comprendre et de vivre la vocation comme un libre dialogue
d'amour qui naît de la communication de Dieu à l'homme et s'achève,
pour l'homme, dans le don sincère de lui-même.
Dans le contexte actuel, on trouve aussi la tendance à penser le
rapport de Dieu avec l'homme d'une façon qui relève de l'indi
vidualisme et de l'intimisme, comme si l'appel de Dieu était adressé
à chaque personne de manière directe, sans aucune médiation
communautaire, et comme s'il avait pour objectif un avantage, ou même le
salut de chaque candidat, et non pas le don total de lui-même fait à
Dieu pour le service de la communauté. Nous rencontrons également
une autre menace plus profonde, en même temps que subtile, qui empêche
de reconnaître et de recevoir avec joie la dimension ecclésiale
inscrite naturellement dans toute vocation chrétienne, et spécialement
dans la vocation sacerdotale. En effet, comme le rappelle le Concile, le
sacerdoce ministériel acquiert sa signification authentique et réalise
sa pleine vérité dans le service et la croissance de la communauté
chrétienne et du sacerdoce des fidèles(105).
Le contexte culturel que nous venons de rappeler, dont l'influence n'est pas
absente chez les chrétiens et spécialement les jeunes, aide à
comprendre l'ampleur de la crise des vocations sacerdotales elles-mêmes
qui, à leur origine et durant leur développement, ont affaire à
de bien plus graves crises de foi. Les Pères synodaux l'ont déclaré
explicitement, reconnaissant que la crise des vocations au presbytérat a
de profondes racines dans le milieu culturel, dans la mentalité et la
pratique des chrétiens(106).
Dès lors, il est urgent que la pastorale des vocations de l'Église
s'applique résolument et en priorité à reconstituer la «mentalité
chrétienne», engendrée et soutenue par la foi. Plus que
jamais, l'évangélisation consiste à présenter
inlassablement le vrai visage de Dieu comme Père qui, en Jésus
Christ, appelle chacun de nous, ainsi que l'authentique sens de la liberté
humaine, comme principe et force du don responsable de soi. C'est seulement
ainsi que seront posées les bases indispensables pour que toute vocation,
y compris celle des prêtres, puisse être perçue dans sa vérité,
aimée dans sa beauté, et vécue avec dévouement total
et joie profonde.
Contenu de la pastorale des vocations et moyens dont elle dispose
38. La vocation est certainement un mystère insondable qui implique
la relation que Dieu établit avec l'homme: unique et non renouvelable;
mystère perçu et ressenti comme un appel attendant une réponse
venue du fond de la conscience, «sanctuaire où l'homme est seul avec
Dieu et où sa voix se fait entendre»(107). Mais cela n'élimine
pas la dimension communautaire, et spécialement ecclé siale, de la
vocation; l'Église aussi est réellement présente et à
l'oeuvre dans la vocation de tout prêtre.
Pour servir la vocation sacerdotale et son itinéraire, c'est-à-dire
la naissance, le discernement et l'accompagnement de la vocation, l'Église
peut trouver un exemple dans André, l'un des deux premiers disciples qui
se mirent à la suite de Jésus. C'est lui-même qui se mit à
raconter à son frère ce qui lui était arrivé: «Nous
avons trouvé le Messie (c'est-à-dire le Christ)» (Jn 1, 41).
Et la narration de cette «découverte» ouvre la voie à la
rencontre: «Et il le conduisit à Jésus» (Jn 1, 42).
Aucun doute sur l'initiative absolument libre et sur la décision
souveraine de Jésus: c'est Jésus qui appelle Simon et lui donne un
nouveau nom: «Jésus le regarda et dit: "Tu es Simon, le fils de
Jean; tu t'appelleras Céphas" (ce qui veut dire Pierre)» (Jn 1,
42). Mais André avait eu sa part d'initiative: il avait sollicité
la rencontre de son frère avec Jésus.
«Et il le conduisit à Jésus». C'est ici, dans un
sens, que se trouve le coeur de toute la pastorale des vocations par laquelle l'Église
veille sur la naissance et la croissance des vocations, en se servant des dons
et des responsabilités, des charismes et du ministère reçus
du Christ et de son Esprit. L'Église, comme peuple sacerdotal, prophétique
et royal, est chargée de promouvoir et de servir la naissance et la
maturation des vocations sacerdotales, par la prière et la vie
sacramentelle, par l'annonce de la Parole et l'éducation de la foi, sous
l'influence et avec le témoignage de la charité.
L'Église, dans sa dignité et sa responsabilité de
peuple sacerdotal, indique comme moments essentiels et premiers de la pastorale
des vocations la prière et la célébration de la liturgie.
En effet, nourrie de la Parole de Dieu, la prière chrétienne crée
l'espace idéal pour que chacun puisse découvrir la vérité
de son être et l'identité du projet de vie, personnel et unique,
que le Père forme pour lui. Il est donc nécessaire d'éduquer
les enfants et les jeunes pour qu'ils soient fidèles à la prière
et à la méditation de la Parole de Dieu: dans le silence et dans
l'écoute, ils pourront percevoir l'appel du Seigneur au sacerdoce et le
suivre avec promptitude et générosité.
L'Église doit accueillir chaque jour l'invitation pressante et
insistante de Jésus, qui demande de «prier le Maître de la
moisson, d'envoyer des ouvriers à sa moisson» (Mt 9, 38). Obéissant
au commandement du Christ, l'Église accomplit, avant toute autre chose,
une humble profession de foi: priant pour les vocations dont elle ressent toute
l'urgence pour sa vie et pour sa mission, elle reconnaît que les vocations
sont un don de Dieu et que, comme telles, elles doivent être demandées
dans une supplication incessante et con- fiante. Cette prière, charnière
de toute la pastorale des vocations, doit être pratiquée non
seulement par chacun, mais par les communautés ecclésiales tout
entières. Personne ne doute de l'importance des initiatives particulières
de prière, des moments spéciaux réservés à
cette demande, à commencer par la Journée mondiale annuelle pour
les vocations, et de l'engagement explicite de personnes et de groupes particulièrement
sensibles au problème des vocations sacerdotales. Mais, aujourd'hui,
l'attente de nouvelles vocations dans la prière doit devenir toujours
plus une habitude constante et largement partagée par la communauté
chrétienne tout entière, et par toute réalité ecclésiale.
C'est ainsi que l'on pourra revivre l'expérience des Apôtres qui,
au Cénacle, unis à Marie, attendent en prière l'effusion de
l'Esprit (cf. Ac 1, 14), qui ne manquera pas de susciter encore dans le peuple
de Dieu «les prêtres dont le monde a besoin, pour le service de la
prière et de l'Eucharistie, et pour annoncer l'Évangile du Christ»(108).
Sommet et source de la vie de l'Église(109) et en particulier de
toute prière chrétienne, la liturgie a aussi un rôle
indispensable et une incidence privilégiée dans la pastorale des
vocations. En fait, elle constitue une expérience vivante du don de Dieu
et une grande école de la réponse à son appel. Comme telle,
toute célébration liturgique, et surtout celle de l'Eucharistie, a
de nombreux effets. Elle nous révèle le vrai visage de Dieu; elle
nous fait communier au mystère de la Pâque, c'est-à-dire à
l'«heure» pour laquelle Jésus est venu dans le monde et vers
laquelle il s'est librement et volontairement acheminé, par obéissance
à l'appel du Père (cf. Jn 13, 1); enfin, elle nous manifeste le
visage de l'Église, comme peuple de prêtres et communauté
bien soudée, dans la variété et la complémentarité
des charismes et des vocations. Le sacrifice rédempteur du Christ, que l'Église
célèbre dans le mystère, donne une valeur particulièrement
précieuse à la souffrance vécue en union avec le Seigneur Jésus.
Les Pères synodaux nous ont invités à ne jamais oublier que
«par l'offrande des souffrances, si fréquentes dans la vie des
hommes, le chrétien malade s'offre comme victime à Dieu, à
l'image du Christ qui s'est consacré lui-même pour nous tous (cf.
Jn 17, 19)» et que «l'offrande des souffrances à cette
intention est de grande utilité pour la promotion des vocations»(110).
39. Dans l'exercice de sa mission prophétique, l'Église sent
que, d'une façon inévitable, le devoir lui incombe d'annoncer et
de manifester le sens chrétien de la vocation, nous pourrions dire «l'Évangile
de la vocation». Elle perçoit aussi en ce domaine l'urgence des
paroles de l'Apôtre: «Malheur à moi si je n'évangélise
pas!» (1 Co 9,16). Cet avertissement résonne avant tout pour nous
pasteurs et regarde, en même temps que nous, tous les éducateurs
dans l'Église. La prédication et la catéchèse
doivent toujours mettre en évidence leurs rapports intimes aux vocations:
la Parole de Dieu donne aux croyants la lumière nécessaire pour
voir la vie comme une réponse à l'appel de Dieu et elle les
accompagne pour accepter, dans la foi, le don de la vocation personnelle.
Mais tout cela, bien qu'important et essentiel, ne suffit pas: il faut une «prédication
directe sur le mystère de la vocation dans l'Église, sur la valeur
du sacerdoce ministériel, sur son urgente nécessité pour le
peuple de Dieu»(111). Une catéchèse organique et offerte à
tous les membres de l'Église dissipe les doutes, combat les idées
unilatérales et déviées sur le ministère sacerdotal,
ouvre également les coeurs des croyants à l'attente du don et crée
des conditions favorables pour la naissance de nouvelles vocations. Le temps est
venu de parler courageusement de la vie sacerdotale, comme d'une valeur
inestimable et comme d'une forme splendide et privilégiée de vie
chrétienne. Les éducateurs et spécialement les prêtres
ne doivent pas craindre de proposer d'une façon explicite et forte la
vocation au presbytérat comme une possibilité réelle pour
les jeunes qui ont les dons et les qualités appropriés. Cela ne
conditionne pas ou ne limite pas leur liberté; au contraire, une
proposition précise, faite au bon moment, peut être décisive
pour provoquer chez les jeunes une réponse libre et authentique. Du
reste, l'histoire de l'Église et celle de tant de vocations sacerdotales,
écloses même dans un âge tendre, atteste abondamment le
caractère providentiel du voisinage et de la parole d'un prêtre:
non seulement de la parole, mais du voisinage, c'est-à-dire d'un témoignage
concret et joyeux, capable de faire surgir des interrogations et de conduire à
des décisions définitives.
40. En tant que peuple royal, l'Église se sent enracinée dans
la «loi de l'Esprit qui donne la vie» (Rm 8, 2), et animée par
elle. Or, cette loi est essentiellement la loi royale de la charité (cf.
Jc 2, 8) ou la loi parfaite de la liberté (cf. Jc 1, 25). C'est pourquoi
l'Église remplit sa mission quand elle amène tout fidèle à
découvrir et à vivre sa propre vocation dans la liberté, et
à la porter à son achèvement dans la charité.
Dans sa tâche éducative, l'Église vise avec une
attention privilégiée à susciter chez les enfants, chez les
adolescents et chez les jeunes le désir et la volonté de suivre Jésus
Christ en tout et de près. L'oeuvre éducative, tout en concernant
la communauté chrétienne comme telle, doit s'adresser à
chaque personne: Dieu, en effet, par son appel, rejoint le coeur de chaque
homme, et l'Esprit, qui demeure au dedans de chaque disciple (cf.1 Jn 3, 24), se
donne à chaque chrétien avec ses charismes divers et ses
manifestations particulières. Chacun doit donc être aidé à
recevoir le don qui lui est confié individuellement, comme à une
personne unique et irremplaçable, et être aidé à écouter
les paroles que l'Esprit de Dieu lui adresse.
Dans cette perspective, le souci des vocations au sacerdoce saura s'exprimer
aussi dans une proposition ferme et persuasive de direction spirituelle. Il est
nécessaire de redécouvrir la grande tradition de l'accompagnement
spirituel personnel, qui a toujours donné des fruits nombreux et précieux
dans la vie de l'Église, démarche qui peut être complétée,
dans des cas déterminés et des conditions précises, par des
formes d'analyse ou de secours psychologiques, mais non remplacée par
elles(112). Les enfants, les adolescents et les jeunes seront invités à
découvrir et à apprécier le don de la direction
spirituelle, à le rechercher, à en faire l'expérience, à
le demander avec une confiante insistance à leurs éducateurs dans
la foi. Les prêtres, de leur côté, doivent être les
premiers à consacrer du temps et de l'énergie à cette
oeuvre d'éducation et de soutien spirituel personnel: ils ne regretteront
jamais d'avoir négligé ou fait passer au second plan beaucoup
d'autres choses, même belles et utiles, si cela était inévitable
pour continuer à croire à leur ministère de collaborateurs
de l'Esprit afin d'éclairer et de conduire ceux qui sont appelés.
La fin de l'éducation du chrétien est d'atteindre, sous
l'influence de l'Esprit, la «pleine maturité du Christ» (Ep
4,13). Cela se réalise quand, en imitant et en partageant la charité
du Christ, on fait de toute sa vie un service d'amour (cf. Jn 13, 14-15), en
offrant à Dieu un culte spirituel qui lui soit agréable (cf. Rm
12, 1) et en se dévouant aux frères. Le service d'amour est le
sens fondamental de toute vocation, et cela se vérifie tout spécialement
dans la vocation du prêtre, qui, en effet, est appelé à
revivre de la façon la plus radicale possible la charité pastorale
de Jésus, c'est-à-dire l'amour du Bon Pasteur qui «offre sa
vie pour ses brebis» (Jn 10, 11).
C'est pourquoi une authentique pastorale des vocations ne se lassera jamais
d'éduquer les enfants, les adolescents et les jeunes au goût de
l'engagement, au sens du service gratuit, à la valeur du sacrifice, au
don de soi inconditionné. L'expérience du volontariat, pour lequel
grandit l'attrait de beaucoup de jeunes, est particulièrement utile, à
condition qu'il s'agisse d'un volontariat évangéliquement motivé,
capable d'éduquer au discernement des besoins, vécu chaque jour
avec dévouement et fidélité, ouvert à l'éventualité
d'un engagement définitif dans la vie consacrée, nourri de prière;
alors, il saura plus sûrement soutenir une vie d'engagement désintéressé
et gratuit, et rendra celui qui s'y adonne plus sensible à la voix de
Dieu qui peut l'appeler au sacerdoce. Au contraire du jeune homme riche, le bénévole
pourrait accepter l'invitation pleine d'amour que Jésus lui adresse (cf.
Mc 10, 21); et il pourrait l'accepter parce que ses biens consistent déjà
dans le don de lui-même aux autres et dans la «perte» de sa vie.
Tous, nous sommes responsables des vocations sacerdotales
41. La vocation sacerdotale est un don de Dieu, qui constitue certainement
un grand bien pour celui qui en est le premier destinataire. Mais c'est aussi un
don pour l'Église entière, un bien pour sa vie et pour sa mission.
L'Église, donc, est appelée à garder ce don, à
l'estimer, à l'aimer: elle est responsable de la naissance et de la
maturation des vocations sacerdotales. En conséquence, la pastorale des
vocations a comme sujet actif, comme protagoniste, la communauté ecclésiale
comme telle, dans ses diverses expressions: de l'Église universelle à
l'Église particulière et, analogiquement, de celle-ci à la
paroisse et à tous les membres du peuple de Dieu.
Il est plus que jamais urgent, aujourd'hui surtout, que se répande et
s'enracine la conviction que ce sont tous les membres de l'Église, sans
en exclure aucun, qui ont la grâce et la responsabilité du souci
des vocations. Le Concile Vatican II a été aussi explicite que
possible en affirmant que «le devoir de favoriser l'augmentation des
vocations sacerdotales appartient à toute la communauté chrétienne,
qui est tenue de s'acquitter de ce devoir avant tout par une vie pleinement chrétienne»(113).
C'est seulement sur la base de cette conviction que la pastorale des vocations
pourra manifester son visage vraiment ecclésial et développer une
action concertée, en se servant aussi d'organismes spéciaux et
d'instruments adaptés de communion et de coresponsabilité.
La première responsabilité de la pastorale orientée
vers les vocations sacerdotales, c'est celle de l'évêque(114), qui
est appelé à l'assumer personnellement, même s'il peut et
doit susciter de multiples collaborations. Il est un père et un ami dans
son presbyterium et il lui revient de «maintenir la continuité»
du charisme et du ministère sacerdotal, en lui associant de nouvelles
forces par l'imposition des mains. Il veillera à ce que la dimension des
vocations soit toujours présente dans l'ensemble de la pastorale
ordinaire, bien plus, à ce qu'elle s'intègre et s'identifie avec
elle. C'est à lui qu'il appartient de promouvoir et de coordonner les
diverses initiatives en faveur des vocations(115).
L'évêque sait qu'il peut compter avant tout sur la
collaboration de son presbyterium. Tous les prêtres sont, avec lui,
solidaires et coresponsables dans la recherche et dans la promotion des
vocations presbytérales. En effet, comme l'affirme le Concile, «il
appartient aux prêtres, comme éducateurs de la foi, de veiller à
ce que chaque chrétien parvienne, dans le Saint-Esprit, à l'épanouissement
de sa vocation personnelle»(116). Et c'est là «un devoir qui découle
de la mission sacerdotale elle-même, par laquelle le prêtre
participe au souci qu'a l'Église entière d'éviter toujours
ici-bas le manque d'ouvriers dans le peuple de Dieu»(117). La vie des prêtres,
leur dévouement absolu au peuple de Dieu, leur témoignage de
service d'amour pour le Seigneur et son Église - un témoignage
marqué du signe de la croix, acceptée dans l'espérance et
la joie pascale -, leur concorde fraternelle et leur zèle pour l'évangélisation
du monde sont les premiers et les plus convaincants des facteurs de la fécondité
des vocations(118).
Une responsabilité très particulière est confiée
à la famille chrétienne, qui, en vertu du sacrement de mariage,
participe d'une façon spéciale et originale à la mission éducatrice
de l'Église maîtresse et mère. Comme l'ont écrit les
Pères synodaux, «la famille chrétienne, qui est véritablement
comme une "Église domestique" (Lumen gentium, n. 11), a
toujours offert et continue à offrir les conditions favorables pour la
naissance des vocations. Parce que, aujourd'hui, l'image de la famille chrétienne
est en danger, il faut donner une grande importance à la pastorale
familiale. De cette façon les familles elles-même, accueillant généreusement
le don de la vie humaine, constitueront "comme le premier séminaire"
(Optatam totius, n. 2), dans lequel les enfants pourront acquérir, dès
le début, le sens de la piété, de la prière et de
l'amour envers l'Église»(119). En continuité et en harmonie
avec l'action des parents et de la famille, on doit placer l'école, qui
est appelée à vivre son identité de «communauté
éduca trice» avec aussi un projet culturel capable de faire la lumière
sur la dimen- sion de la vocation, comme valeur naturelle et fondamentale de la
personne humaine. En ce sens, une fois opportunément enrichie d'esprit
chrétien (soit par une présence religieuse explicite à l'école
d'État, selon les divers arrangements nationaux, soit surtout dans le cas
de l'école catholique), l'école peut faire pénétrer,
«dans l'esprit des enfants et des jeunes, le désir d'accomplir la
volonté de Dieu dans l'état de vie le plus adapté à
chacun, sans jamais exclure la vocation au ministère sacerdotal»(120).
Les fidèles laïcs, en particulier les catéchistes, les
enseignants, les éducateurs, les animateurs de la pastorale des jeunes,
chacun avec ses ressources et ses capacités propres, ont une grande
importance dans la pastorale des vocations sacerdotales. En effet, plus ils
approfondiront le sens de leur vocation et de leur mission dans l'Église,
plus ils pourront reconnaître la valeur et le caractère irremplaçable
de la vocation et de la mission sacerdotale.
Dans le cadre des communautés diocésaines et paroissiales, les
groupes de réflexion sur les vocations doivent être estimés
et encouragés. Leurs membres offrent leur contribution de prière
et de souffrances pour les vocations sacerdotales et religieuses, ainsi que leur
soutien moral et matériel.
Il faut rappeler ici également les nombreux groupes, mouvements et
associations de fidèles laïcs que l'Esprit Saint fait lever et croître
dans l'Église, en relation avec une présence chrétienne
plus missionnaire dans le monde. Ces diverses organisations de laïcs se révèlent
comme un milieu particulièrement riche en vocations consacrées,
comme des lieux véritablement adaptés à la proposition et à
la croissance des vocations. De nombreux jeunes, en effet, précisément
dans le cadre et à cause de ces associations, ont entendu l'appel du
Seigneur à le suivre sur la voie du sacerdoce ministériel et ont répondu
avec une réconfortante générosité(121). Il faut donc
les faire valoir afin qu'en communion avec toute l'Église et par leur
croissance, elles donnent leur contribution propre au développement de la
pastorale des vocations.
Les instances variées et les différents membres de l'Église
engagés dans la pastorale des vocations rendront leur action d'autant
plus efficace qu'ils feront davantage comprendre à la communauté
ecclésiale comme telle, à commencer par la paroisse, que le problème
des vocations sacerdotales ne peut absolument pas être délégué
à certains «spécialistes sur lesquels on se décharge»
(en général des prêtres et plus particulièrement des
prêtres des séminaires), mais que c'est «un problème
vital qui est au coeur même de l'Église»(122), et donc qu'il
doit se situer au centre de l'amour de tout chrétien pour l'Église.
CHAPITRE V
IL EN INSTITUA DOUZE POUR ÊTRE SES COMPAGNONS La formation
des candidats au sacerdoce
Vivre à la suite du Christ comme les Apôtres
42. «Il gravit la montagne et il appelle à lui ceux qu'il
voulait. Ils vinrent à lui, et il en institua Douze pour être ses
compagnons et pour les envoyer prêcher, avec le pouvoir de chasser les démons»
(Mc 3, 13-15).
«Pour être ses compagnons»: dans ces mots, il n'est pas
difficile de lire «l'accompagnement des vocations» des Apôtres,
de la part de Jésus. Après les avoir appelés et avant de
les envoyer, et même pour pouvoir les envoyer prêcher, Jésus
leur impose un temps de formation destiné à développer un
rapport de communion et d'amitié profonde avec lui. Il leur réserve
une catéchèse approfondie (cf. Mt 13, 11), et il veut en faire des
témoins de sa prière silencieuse à son Père (cf. Jn
17, 1-26; Lc 22, 39-45).
Dans le soin qu'elle apporte aux vocations sacerdotales, l'Église, de
tout temps, s'inspire de l'exemple du Christ. Il y a eu, et il y a encore
aujourd'hui dans l'Église, des modalités concrètes très
variées de pastorale des vocations, celle-ci étant destinée
non seulement à discerner, mais aussi à «accompagner»
les vocations au sacerdoce. Mais l'esprit qui doit les animer et les soutenir
est le même: mener jusqu'au sacerdoce seulement ceux qui y sont appelés
après les avoir adéquatement formés; elle les dispose ainsi
à donner une réponse consciente et libre engageant toute leur
personne à Jésus Christ, qui appelle à vivre dans son
intimité et dans le partage de sa mission de salut. En ce sens, le «séminaire»,
dans ses différentes formes, et, de façon analogue, la «maison
de formation» des prêtres religieux, avant d'être un lieu ou un
espace matériel, est un espace spirituel, un itinéraire de vie,
une atmosphère qui favorise et assure un processus de formation
permettant à celui qui est appelé par Dieu au sacerdoce de
devenir, par le sacrement de l'Ordre, une image vivante de Jésus Christ,
Tête et Pasteur de l'Église. Dans leur Message final, les Pères
synodaux ont exprimé clairement le sens original et spécifique de
la formation des candidats au sacerdoce: «Vivre au séminaire, école
d'Évangile, veut dire vivre à la suite du Christ comme les Apôtres,
se laisser initier par lui au service du Père et des hommes, sous la
conduite de l'Esprit Saint, et se laisser configurer au Christ Bon Pasteur pour
un meilleur service sacerdotal dans l'Église et dans le monde. Se former
au sacerdoce signifie s'entraîner à donner une réponse
personnelle à la question fondamentale du Christ: "M'aimes-tu?"
La réponse, pour le futur prêtre, ne peut être que le don
total de sa vie»(125).
Il s'agit de traduire en fonction des conditions sociales, psychologiques,
politiques et culturelles du monde actuel cet esprit, qui ne manquera jamais à
l'Église; ces conditions sont variées et complexes, comme en ont témoigné
les Pères synodaux, eu égard à la situation des différentes
Églises particulières. Avec des accents reflétant
d'angoissantes préoccupations mais aussi une grande espérance, les
Pères ont pu réfléchir longuement sur les efforts de
recherche et d'adaptation des méthodes de formation des candidats au
sacerdoce, en cours de réalisation dans leurs Églises.
La présente Exhortation n'a d'autre intention que de recueillir le
fruit des travaux synodaux. Elle veut préciser quelques points acquis, désigner
les objectifs auxquels on ne peut renoncer, mettre à la disposition de
tous la richesse des itinéraires de formation déjà expérimentés
d'une façon positive. Dans cette Exhortation, on fait la distinction
entre la formation «initiale» et la formation «permanente»,
sans jamais oublier cependant le lien profond qui les unit et qui fait des deux
un unique parcours de vie chrétienne et sacerdotale. L'Exhortation traite
des différentes dimensions de la formation humaine, spirituelle,
intellectuelle et pastorale, comme aussi des milieux et des sujets responsables
de la formation des candidats.
I. LES DIMENSIONS DE LA FORMATION SACERDOTALE
La formation humaine, fondement de toute la formation sacerdotale
43. «Sans une formation humaine adéquate, la formation
sacerdotale tout entière serait privée de son fondement nécessaire»(126).
Cette affirmation des Pères synodaux n'exprime pas seulement une donnée
toujours suggérée par la raison et confirmée par l'expérience:
c'est une exigence qui trouve son motif le plus profond et le plus spécifique
dans la nature même du prêtre et de son ministère. Le prêtre,
appelé à être «image vivante» de Jésus
Christ, Tête et Pasteur de l'Église, doit chercher à refléter
en lui-même, dans la mesure du possible, la perfection humaine, qui
resplendit dans le Fils de Dieu fait homme et qui transparaît avec une
singulière efficacité dans ses attitudes avec les autres, comme
les évangélistes les présentent. Le ministère du prêtre
est, certes, d'annoncer la Parole, de célébrer les sacrements, de
guider la communauté chrétienne «au nom et dans la personne
du Christ», mais cela, en s'adressant toujours à des hommes
concrets: «Tout grand prêtre, en effet, pris d'entre les hommes, est établi
pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu» (He 5,
1). C'est pourquoi la formation humaine du prêtre revêt une
importance particulière en raison de sa relation aux destinataires de sa
mission. En effet, pour que son ministère soit humainement plus crédible
et plus acceptable, il faut que le prêtre modèle sa personnalité
humaine de façon à en faire un «pont» et non un obstacle
pour les autres dans la rencontre avec Jésus Christ Rédempteur de
l'homme. Il est nécessaire qu'à l'exemple de Jésus qui «savait
ce qu'il y a dans l'homme» (Jn 2, 25; cf. 8, 3-11), le prêtre soit
capable de connaître en profondeur l'esprit humain, d'avoir l'intuition
des difficultés et des problèmes, de faciliter la rencontre et le
dialogue, d'obtenir confiance et collaboration, d'exprimer des jugements sereins
et objectifs.
Ce n'est donc pas seulement pour acquérir un nécessaire et
juste épanouissement et pour se réaliser eux-mêmes, mais
aussi pour la pratique de leur ministère, que les futurs prêtres
doivent cultiver un ensemble de qualités humaines, indispensables à
la construction de personnalités équilibrées, fortes et
libres: c'est pour être capables de porter le poids des responsabilités
pastorales. D'où la nécessité de l'éducation à
l'amour de la vérité, à la loyauté, au respect de
toute personne, au sens de la justice, à la fidélité à
la parole donnée, à la véritable compassion, à la
cohérence et en particulier à l'équilibre du jugement et du
comportement(127). Dans sa lettre aux Philippiens, l'Apôtre Paul propose
un programme simple et exigeant pour cette formation humaine : «Tout ce
qu'il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d'aimable, d'honorable, tout ce
qu'il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaines, voilà ce
qui doit vous préoccuper» (Ph 4, 8). Il est intéressant de
noter que Paul, précisément dans ces qualités profondément
humaines, se donne comme modèle à ses fidèles: «Ce que
vous avez appris - poursuit-il immédiatement -, reçu, entendu de
moi et constaté en moi, voilà ce que vous devez pratiquer»
(Ph 4, 9).
La relation avec les autres est d'une particulière importance. C'est
un élément vraiment essentiel pour celui qui est appelé à
être responsable d'une communauté et à être un «homme
de communion». Cela exige que le prêtre ne soit ni arrogant, ni
chicanier, mais qu'il soit affable, accueillant, sincère dans ses propos
et dans son coeur(128), prudent et discret, généreux et prêt
à rendre service, capable d'établir avec les autres et de susciter
chez tous des relations sincères et fraternelles, prompt à
comprendre, à pardonner et à consoler (cf. aussi 1 Tm 3, 1-5; Tt
1, 7-9). L'humanité actuelle, souvent condamnée à des
situations de massification et de solitude, surtout dans les grandes
concentrations urbaines, est de plus en plus sensible à la communion:
celle-ci est aujourd'hui l'un des signes les plus éloquents et l'une des
voies les plus efficaces du message évangélique.
La formation à la maturité affective du candidat au sacerdoce
s'inscrit dans ce contexte comme un élément important et décisif,
véritable aboutissement de l'éducation à l'amour vrai et
responsable.
44. La maturité affective suppose que l'on ait conscience de la place
centrale de l'amour dans l'existence humaine. En réalité, comme je
l'ai écrit dans l'encyclique Redemptor hominis, «l'homme ne peut
vivre sans amour. Il demeure pour lui-même un être incompréhensible,
sa vie est privée de sens s'il ne reçoit pas la révélation
de l'amour, s'il ne rencontre pas l'amour, s'il n'en fait pas l'expérience
et s'il ne le fait pas sien, s'il n'y participe pas fortement»(129).
Il s'agit d'un amour qui englobe la personne entière, dans ses
dimensions et ses composantes physiques, psychiques et spirituelles, et qui se
traduit dans la «signification nuptiale» du corps humain, grâce
auquel la personne se donne à l'autre et l'accueille. C'est à la
compréhension et à la réalisation de cette «vérité»
de l'amour humain que tend l'éducation sexuelle correctement comprise. On
note aujourd'hui une situation sociale et culturelle diffuse «qui "banalise"
en grande partie la sexualité humaine, en l'interprétant et en la
vivant de façon réductrice et appauvrie, en la reliant uniquement
au corps et au plaisir égoïste»(130). Les situations mêmes
des familles d'où proviennent les vocations sacerdotales présentent
souvent à cet égard des carences notables et parfois de graves déséquilibres.
Dans ce contexte, il devient plus difficile mais aussi plus urgent d'assurer
une éducation de la sexualité qui soit vraiment et pleinement
personnelle et qui ouvre à l'estime et à l'amour de la chasteté,
«vertu qui développe la maturité authentique de la personne,
en la rendant capable de respecter et de promouvoir la "signification
nuptiale" du corps»(131).
Or l'éducation à l'amour responsable et la maturation
affective de la personne sont absolument nécessaires à celui qui,
comme le prêtre, est appelé au célibat, c'est-à-dire à
offrir, avec la grâce de l'Esprit et par la libre réponse de sa
volonté propre, la totalité de son amour et de sa sollicitude à
Jésus Christ et à l'Église. En vue de l'engagement au célibat,
la maturité affective doit savoir inclure dans les rapports humains de
sereine amitié et de profonde fraternité un amour ardent, vif et
personnel pour Jésus Christ. Comme l'ont écrit les Pères
synodaux, «l'amour du Christ, prolongé par une offrande de soi
universelle, est de la plus haute importance pour susciter la maturité
affective. C'est ainsi que le candidat appelé au célibat trouvera
dans la maturité affective un ferme appui pour vivre la chasteté
dans la fidélité et la joie(132).
Le charisme du célibat, même authentique et éprouvé,
laisse intactes les inclinations de l'affectivité et les pulsions de
l'instinct: aussi les candidats au sacerdoce ont-ils besoin d'une maturité
affective, qui les rende capables de prudence, de renoncement à tout ce
qui peut la compromettre, de vigilance corporelle et spirituelle, d'estime et de
respect dans les relations interpersonnelles entre hommes et femmes. Une aide précieuse
peut être apportée par une éducation adaptée à
la véritable amitié, à l'image des liens de fraternelle
affection que le Christ lui-même a vécus pendant son existence (cf.
Jn 11, 5).
La maturité humaine et en particulier la maturité affective
exigent une formation limpide et forte à la liberté qui prend les
traits d'une obéissance convaincue et cordiale à la «vérité»
de son être propre, au «sens» de son existence, c'est-à-dire
au don sincère de soi, comme route et contenu fondamental de
l'authentique réalisation de soi(133). Ainsi comprise, la liberté
exige que la personne soit vraiment maîtresse d'elle-même, décidée
à combattre et à surmonter les diverses formes d'égoïsme
et d'individualisme qui menacent la vie de chacun, prompte à s'ouvrir aux
autres, généreuse dans le dévouement et le service du
prochain. Cela est important pour la réponse à donner à la
vocation, spécialement la vocation au sacerdoce, pour la fidélité
à celle-ci et aux engagements qui lui sont liés, surtout dans les
moments difficiles. La vie communautaire du séminaire peut apporter une
aide en vue de cette progression de l'éducation vers une liberté mûre
et responsable(134).
L'éducation de la conscience morale est intimement liée à
la formation à la liberté responsable. La conscience morale
sollicite, du plus profond du «moi», l'obéissance aux
obligations morales; en même temps, elle révèle la
signification profonde de cette obéissance, réponse consciente et
libre, donc motivée par l'amour, aux demandes de Dieu et de son amour. «La
maturité humaine du prêtre - écrivent les Pères
synodaux - doit inclure spécialement la formation de sa conscience. En
effet, pour que le candidat puisse fidèlement satisfaire à ses
obligations envers Dieu et l'Église et sagement guider la conscience des
fidèles, il doit s'habituer à écouter la voix de Dieu qui
lui parle au coeur et adhérer avec amour et fermeté à sa
volonté»(135).
La formation spirituelle: en communion avec Dieu et à la
recherche du Christ
45. Cette formation humaine, si elle est développée dans le
contexte d'une anthropologie qui admet l'entière vérité sur
l'homme, s'ouvre et se complète dans la formation spirituelle. Tout
homme, créé par Dieu et racheté par le sang du Christ, est
appelé à être régénéré «par
l'eau et par l'Esprit» (Jn 3, 5) et à devenir «fils dans le
Fils». C'est dans ce dessein efficace de Dieu que se trouve le fondement de
la dimension religieuse constitutive de l'être humain, laquelle d'ailleurs
est découverte et reconnue par la simple raison: l'homme est ouvert au
transcendant, à l'absolu; son coeur est inquiet jusqu'à ce qu'il
repose dans le Seigneur(136).
Le processus éducatif d'une vie spirituelle comprise comme relation
et communion avec Dieu prend sa source et se développe dans cette
fondamentale et indestructible exigence religieuse. Selon la Révélation
et l'expérience chrétienne, la formation spirituelle possède
une originalité unique qui provient de la nouveauté évangélique.
En effet «elle est oeuvre de l'Esprit et engage la personne dans sa totalité;
elle introduit dans la communion profonde avec Jésus Christ Bon Pasteur;
elle conduit à une soumission de toute la vie à l'Esprit, dans une
attitude filiale à l'égard du Père et dans un attachement
confiant à l'Église. Elle s'enracine dans l'expérience de
la croix, pour pouvoir introduire, dans une communion profonde, à la
totalité du mystère pascal»(137).
Comme on le voit, il s'agit d'une formation spirituelle qui est commune à
tous les fidèles, mais qui demande à être structurée
selon le sens et les connotations qui dérivent de l'identité du prêtre
et de son ministère. Or, pour tout fidèle, la formation
spirituelle doit être centrale et doit unifier son être et sa vie de
chrétien, c'est-à-dire de créature nouvelle dans le Christ,
qui progresse dans l'Esprit. De la même manière, pour tout prêtre,
la formation spirituelle constitue le «coeur» qui unifie et vivifie
son «être» et son «agir» de prêtre. En ce sens,
les Pères du Synode affirment que «sans la formation spirituelle, la
formation pastorale resterait sans fondement»(138), et que la formation
spirituelle constitue «l'élément le plus important dans l'éducation
sacerdotale»(139).
Le contenu essentiel de la formation spirituelle dans un cheminement déterminé
vers le sacerdoce est bien exprimé dans le décret conciliaire
Optatam totius: «La formation spirituelle [...] sera donnée de telle
façon que les séminaristes soient préparés à
vivre dans la communion continuelle et familière avec le Père, par
son Fils Jésus Christ, dans l'Esprit Saint. Destinés à être
conformés au Christ prêtre par la sainte ordination, ils
s'habitueront à lui être attachés comme des amis dans
l'intimité de toute leur vie. Qu'ils vivent son mystère pascal de
façon à savoir initier à ce mystère le peuple qui
leur sera confié. On leur apprendra à chercher le Christ dans une
méditation fidèle de la Parole de Dieu, dans une communion active
aux très saints mystères de l'Église, en premier lieu dans
l'Eucharistie et l'office divin. Il le chercheront dans l'évêque
qui les envoie et dans les hommes auxquels ils sont envoyés, surtout les
pauvres, les petits, les malades, les pécheurs et les incroyants. Avec
une confiance filiale, ils aimeront et honoreront la bienheureuse Vierge Marie,
que le Christ Jésus mourant sur la croix donna comme mère à
son disciple»(140).
46. Ce texte conciliaire mérite d'être médité
avec attention. On peut y discerner facilement quelques valeurs et exigences
fondamentales pour l'itinéraire spirituel proposé au candidat au
sacerdoce.
Ce qui s'impose avant tout, c'est la valeur et l'exigence d'une «vie
intimement unie» à Jésus Christ. L'union au Seigneur Jésus,
fondée sur le Baptême et alimentée par l'Eucharistie, se
traduit par un renouvellement radical, dans la vie de chaque jour. La communion
intime avec la Sainte Trinité, c'est-à-dire la vie nouvelle de la
grâce qui rend fils de Dieu, constitue la «nouveauté» du
croyant, une nouveauté qui s'étend à l'être et à
l'action. Elle constitue le mystère de l'existence chrétienne placée
sous le souffle de l'Esprit; elle doit, en conséquence, constituer l'«ethos»
de la vie du chrétien. Jésus nous a enseigné ce merveilleux
contenu de la vie chrétienne, qui est le coeur même de la vie
spirituelle, dans l'allégorie de la vigne et des sarments: "Je suis
la vigne véritable et mon Père est le vigneron... Demeurez en moi,
comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter
du fruit s'il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne
demeurez pas en moi. Je suis la vigne; vous, les sarments. Celui qui demeure en
moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit; car hors de moi
vous ne pouvez rien faire» (Jn 15, 1. 4-5).
Dans la culture actuelle, les valeurs spirituelles et religieuses ne
manquent pas, et l'homme, en dépit des apparences, reste constamment
affamé et assoiffé de Dieu. Mais souvent la religion chrétienne
risque d'être considérée comme une religion parmi les
autres, ou d'être réduite à une pure éthique sociale
au service de l'homme. Ainsi, sa bouleversante nouveauté dans l'histoire
ne ressort pas toujours: elle est «mystère», elle est l'événement
du Fils de Dieu qui s'est fait homme et qui donne à ceux qui
l'accueillent le «pouvoir de devenir enfants de Dieu» (Jn 1, 12);
elle est l'annonce et même le don d'une alliance personnelle d'amour et de
vie de Dieu avec l'homme. Les futurs prêtres ne pourront communiquer aux
autres cette nouvelle étonnante et source de bonheur (cf. 1 Jn 1, 1-4)
que s'ils ont acquis eux-mêmes une connaissance profonde et progressé
dans l'expérience de ce «mystère», grâce à
une formation spirituelle adaptée.
Le texte conciliaire, tout en soulignant la transcendance absolue du mystère
chrétien, présente la communion intime des futurs prêtres
avec Jésus en y ajoutant une nuance d'amitié. Il ne s'agit pas là
d'une absurde prétention de l'homme. C'est simplement un don inestimable
du Christ, qui a dit à ses Apôtres: «Je ne vous appelle plus
serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je
vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je
vous l'ai fait connaître» (Jn 15, 15).
Le texte conciliaire poursuit en indiquant une autre grande valeur
spirituelle: la recherche de Jésus. «On leur apprendra à
chercher le Christ». C'est là, avec le quærere Deum, un thème
classique de la spiritualité chrétienne illustré de manière
exemplaire par la vocation des Apôtres. En racontant comment les deux
premiers disciples ont suivi Jésus, Jean met en lumière la place
occupée par cette «recherche». C'est Jésus lui-même
qui pose la question: «Que cherchez-vous?» Et tous deux répondent:
«Maître, où demeures-tu?» L'évangéliste
poursuit: «Il leur dit: "Venez et voyez". Ils vinrent donc et
virent où il demeurait, et ils demeu rèrent auprès de lui
ce jour-là» (Jn 1, 37-39). En un sens, la vie spirituelle de celui
qui se prépare au sacerdoce est dominée par cette recherche:
chercher et «trouver» le Maître, le suivre et demeurer avec lui.
Dans le ministère et la vie du prêtre, il faudra continuer cette «recherche»,
car le mystère de l'imitation du Christ et de la participation à
sa vie est inépuisable. De même, il faudra continuer à «trouver»
le Maître en vue de le désigner aux autres, et mieux encore, en vue
de susciter chez les autres le désir de chercher le Maître. Mais
cela n'est vraiment possible que si l'on propose aux autres une «expérience»
de vie, une expérience qui mérite d'être partagée. Ce
fut la voie suivie par André pour conduire son frère Simon à
Jésus. André, écrit l'évangéliste Jean, «rencontre
au lever du jour son frère Simon et lui dit: "Nous avons trouvé
le Messie" - ce qui veut dire Christ. Il l'amena à Jésus».
Et ainsi, Simon lui aussi sera appelé comme Apôtre à suivre
le Messie: «Jésus le regarda et dit: "Tu es Simon, le fils de
Jean; tu t'appelleras Céphas" - ce qui veut dire Pierre» (Jn 1,
41-42).
Mais que signifie, dans la vie spirituelle, chercher le Christ? Où le
trouver? «Rabbi, où demeures-tu?» Le décret concilaire
Optatam totius semble indiquer un triple chemin à parcourir: la méditation
fidèle de la Parole de Dieu, la participation active aux saints mystères
de l'Église, le service de la charité à l'égard des «petits».
Ce sont là trois grandes valeurs et exigences qui définissent le
contenu de la formation spirituelle du candidat au sacerdoce.
47. La lecture méditée et priante de la Parole de Dieu (lectio
divina), en écoutant avec humilité et amour celui qui parle, est
un élément essentiel de la formation spirituelle. C'est en effet
dans la lumière et la force de la Parole de Dieu que chacun peut découvrir,
comprendre, aimer et suivre sa vocation, et accomplir sa mission; de telle sorte
que toute l'existence trouve sa signification plénière et radicale
dans le fait d'être le terme de la Parole de Dieu qui appelle l'homme et
le principe de la parole de l'homme qui répond à Dieu. La
familiarité avec la Parole de Dieu facilitera l'itinéraire de la
conversion, dans un double sens: non seulement renoncer au mal pour adhérer
au bien, mais aussi faire grandir dans le coeur les pensées de Dieu. La
foi, en tant que réponse à la Parole, devient alors le nouveau
critère de jugement et d'évaluation des hommes et des choses, des événements
et des problèmes.
Tout cela, à condition que la Parole de Dieu soit entendue et
accueillie selon sa vraie nature, car elle fait rencontrer Dieu lui-même,
Dieu qui parle à l'homme; elle fait rencontrer le Christ, le Verbe de
Dieu, la Vérité, qui est également le Chemin et la Vie (cf.
Jn 14, 6). Il s'agit de lire les «écritures», en écoutant
les «paroles», la «Parole» de Dieu, comme le rappelle le
Concile: «Les Saintes Écritures contiennent la Parole de Dieu et,
puisqu'elles sont inspirées, elles sont vraiment Parole de Dieu»(141).
Le Concile dit encore: «Dans cette révélation, le Dieu
invisible (cf. Col 1, 15; 1 Tm 1, 17) s'adresse aux hommes en son immense amour
comme à des amis (cf. Ex 33, 11; Jn 15, 14-15), il s'entretient avec eux
(cf. Ba 3, 38), pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie»(142).
La connaissance intime et pleine d'amour de la Parole de Dieu acquise dans
la prière revêt une importance toute spéciale pour le ministère
prophétique du prêtre; elle est une condition indispensable pour
qu'il l'exerce d'une manière adéquate, surtout dans le contexte de
la «nouvelle évangélisation» à laquelle l'Église
est appelée aujourd'hui. Comme le Concile y invite, «tous les
clercs, en premier lieu les prêtres du Christ, et tous ceux qui vaquent
normalement, comme diacres ou comme catéchistes, au ministère de
la parole, doivent, par une lecture spirituelle assidue et par une étude
approfondie, s'attacher aux Écritures, de peur que l'un d'eux ne devienne
"un vain prédicateur de la Parole de Dieu au dehors, lui qui ne l'écouterait
pas au-dedans de lui" (S. Augustin, Serm. 179, 1: PL 38, 966)»(143).
La réponse fondamentale à la Parole est la prière, qui
constitue sans aucun doute une valeur et une exigence primordiales de la
formation spirituelle. Cette dernière doit amener les candidats au
sacerdoce à connaître et à expérimenter le sens
authentique de la prière chrétienne: être une rencontre
vivante et personnelle avec le Père, par son Fils unique sous l'action de
l'Esprit, un dialogue qui devient participation au dialogue filial de Jésus
avec son Père. C'est d'ailleurs un aspect, et non des moindres, de la
mission du prêtre, que d'être «éducateur de prière».
Mais le prêtre ne pourra former les autres à l'école de Jésus
priant que s'il a lui-même été formé et s'il continue
à se former à cette école. C'est cela que les hommes
demandent au prêtre: «Le prêtre est l'homme de Dieu, celui qui
appartient à Dieu et fait penser à Dieu. Quand la Lettre aux Hébreux
parle du Christ, elle le présente comme un "grand prêtre miséricordieux
et fidèle dans les choses qui regardent Dieu" (He 2,17)... Les chrétiens
espèrent trouver dans le prêtre non seulement un homme qui les
accueille, qui les écoute volontiers et leur témoigne une certaine
sympathie, mais aussi et surtout un homme qui les aide à regarder Dieu, à
monter vers lui. Il faut donc que le prêtre soit formé à une
profonde intimité avec Dieu. Ceux qui se préparent au sacerdoce
doivent comprendre que toute la valeur de leur vie sacerdotale dépendra
du don qu'ils sauront faire d'eux-mêmes au Christ et, par le Christ, au Père»(144).
Dans le contexte d'agitation et de bruit qui est celui de notre société,
l'éducation au sens humain profond et à la valeur religieuse du
silence, atmosphère spirituelle indispensable pour percevoir la présence
de Dieu et se laisser conquérir par elle (cf. 1 R 19, 11-12), est une pédagogie
nécessaire de la prière.
48. Le sommet de la prière chrétienne, c'est l'Eucharistie,
qui se présente à son tour comme «sommet et source» des
sacrements et de la liturgie des heures. L'éducation liturgique, au sens
plénier d'une insertion vitale dans le mystère de Jésus
Christ, mort et ressuscité, présent et opérant dans les
sacrements de l'Église, est absolument nécessaire pour la
formation spirituelle de tout chrétien et en particulier de tout prêtre.
La communion avec Dieu, axe de la vie spirituelle entière, est un don et
un fruit des sacrements. En même temps, elle est un devoir et une
responsabilité que les sacrements confèrent à la liberté
du croyant, pour que cette communion inspire les décisions, les choix,
les attitudes et les actions de la vie quotidienne. En ce sens, la «grâce»
qui rend «nouvelle» la vie chrétienne est la grâce de Jésus
Christ, mort et ressuscité, qui continue à répandre dans
les sacrements son Esprit, saint et sanctificateur. De même, la «loi
nouvelle» qui doit guider et régler l'existence du chrétien
est inscrite par les sacrements dans le «coeur nouveau». C'est la loi
de charité envers Dieu et envers les frères, comme réponse
et prolongement de la charité de Dieu envers l'homme qui est signifiée
et communiquée par les sacrements. On peut ainsi comprendre la valeur
d'une participation «pleine, consciente et active»(145) aux célébrations
sacramentelles, pour accueillir et mettre en pratique le don de la «charité
pastorale» qui constitue l'âme du ministère sacerdotal.
Cela vaut surtout pour la participation à l'Eucharistie, mémorial
du sacrifice et de la mort du Christ et de sa glorieuse résurrection, «sacrement
de piété, signe d'unité, lien de charité»(146),
banquet pascal «où le Christ est reçu en nourriture, l'âme
est remplie de sa grâce, et la gloire à venir nous est déjà
donnée»(147). Or les prêtres, en qualité de ministres
des choses sacrées, sont surtout les ministres du Sacrifice de la
Messe(148): leur rôle est absolument indispensable, parce que, sans prêtre,
il ne peut y avoir d'offrande eucharistique.
Cela montre l'importance essentielle de l'Eucharistie pour la vie et le
ministère du prêtre, et donc dans la formation spirituelle des
candidats au sacerdoce. Avec une grande simplicité et pour être très
concret, je redis: «Il conviendra que les séminaristes participent
chaque jour à la célébration eucharistique, de façon
qu'ensuite ils prennent comme règle de leur vie sacerdotale cette célébration
quotidienne. On leur apprendra en outre à considérer la célébration
eucharistique comme le moment essentiel de leur journée. Ils y
participeront activement, sans jamais se contenter d'y assister par pure
habitude. Enfin, les candidats au sacerdoce seront formés aux
dispositions intimes que l'Eucharistie fait naître: la reconnaissance pour
les bienfaits reçus d'en haut, puisque que l'Eucharistie est une action
de grâce; l'attitude d'offrande, qui les pousse à unir l'offrande
d'eux-mêmes à l'offrande eucharistique du Christ; la charité,
nourrie par un sacrement qui est signe d'unité et de partage; le désir
de contemplation et d'adoration devant le Christ réellement présent
sous les espèces eucharistiques»(149).
Il est plus que jamais urgent de faire redécouvrir, à l'intérieur
de la formation spirituelle, la beauté et la joie du sacrement de pénitence.
Notre culture, en effet, avec le renouveau des formes les plus subtiles
d'autojustification, risque de faire perdre le «sens du péché»
et, en conséquence, la joie consolante de la demande de pardon (cf. Ps
51/50, 14) et de la rencontre avec Dieu «riche en miséricorde»
(Ep 2, 4). Aussi est-il nécessaire d'éduquer les futurs prêtres
à la vertu de pénitence que l'Église a la sagesse
d'inspirer dans ses célébrations et dans les temps forts de l'année
liturgique, et qui trouve sa plénitude dans le sacrement de la Réconciliation.
De là découlent le sens de l'ascèse et de la discipline intérieure,
l'esprit de sacrifice et de renoncement, l'acceptation de la peine et de la
croix. Ces éléments de la vie spirituelle présentent
souvent de grandes difficultés pour beaucoup de candidats au sacerdoce
qui ont grandi dans des conditions relativement aisées: ils sont moins
portés et moins sensibilisés à ces éléments
par les exemples et les idéaux véhiculés par les moyens de
communication sociale, même dans les pays où les conditions de vie
sont plus précaires et où la situation des jeunes est plus austère.
Pour cette raison, mais surtout pour réaliser, à l'exemple du
Christ Bon Pasteur, le «don radical de soi» requis du prêtre,
les Pères synodaux ont écrit: «Il est nécessaire
d'inculquer le sens de la croix, qui est au coeur du mystère pascal. Grâce
à cette identification au Christ crucifié, au Christ serviteur, le
monde peut retrouver la valeur de l'austérité, de la douleur et même
du martyre, au sein de la culture actuelle, imprégnée de sécularisme,
d'avidité et d'hédonisme»(150).
49. La formation spirituelle apprend aussi à chercher le Christ dans
les hommes. La vie spirituelle est certes vie intérieure, vie d'intimité
avec Dieu, vie de prière et de contemplation. Mais justement, la
rencontre avec Dieu et avec son amour de Père de tous les hommes entraîne
l'exigence inévitable de la rencontre avec le prochain, du don de soi aux
autres, dans le service humble et désintéressé que Jésus
a proposé à tous comme programme de vie en lavant les pieds de ses
Apôtres: «Je vous ai donné l'exemple, pour que vous fassiez,
vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous» (Jn 13, 15).
La formation au don généreux et gratuit de soi, favorisée
par la vie communautaire normalement requise dans la préparation au
sacerdoce, constitue une condition indispensable pour celui qui est appelé
à se faire transparence, épiphanie du Bon Pasteur qui donne la vie
(cf. Jn 10, 11. 15). Sous cet aspect, la formation spirituelle doit développer
sa dimension intrinsèque, pastorale ou caritative. Une juste, forte et
tendre dévotion au Coeur du Christ peut contribuer à cette
formation comme l'ont souligné les Pères du Synode: «Former
les futurs prêtres dans la spiritualité du Coeur du Seigneur, c'est
les conduire à une vie qui corresponde à l'amour et à
l'affection du Christ Prêtre et Bon Pasteur, à son amour pour le Père,
dans l'Esprit Saint, à son amour pour les hommes jusqu'à donner sa
vie en s'immolant»(151).
Le prêtre est donc l'homme de la charité; il est appelé à
apprendre aux autres à imiter le Christ et à vivre le commandement
nouveau de l'amour fraternel (cf. Jn 15, 12). Cela exige que lui-même se
laisse continuellement éduquer par l'Esprit Saint à la charité
du Christ. En ce sens, la préparation au sacerdoce implique nécessairement
une solide formation à la charité, en particulier à l'amour
préférentiel pour les «pauvres», dans lesquels la foi découvre
la présence de Jésus (cf. Mt 25, 40), et à l'amour miséricordieux
pour les pécheurs.
C'est dans la perspective de la charité, qui consiste dans le don de
soi par amour, que l'éducation à l'obéissance, au célibat
et à la pauvreté trouve sa place dans la formation spirituelle du
futur prêtre(152). L'invitation du Concile va aussi dans ce sens: «Les
séminaristes devront comprendre clairement qu'ils ne sont pas destinés
à la domination ni aux honneurs, mais qu'ils appartiennent tout entiers
au service de Dieu et au ministère pastoral. On cultivera en eux avec un
soin particulier l'obéissance sacerdotale, le goût d'une vie
pauvre, l'esprit d'abnégation, si bien qu'ils seront habitués à
renoncer rapidement même aux choses permises mais non opportunes, et à
se conformer au Christ crucifié»(153).
50. Dans la formation spirituelle de celui qui est appelé à
vivre le célibat, on doit être particulièrement attentif à
préparer le futur prêtre à connaître, estimer, aimer
et vivre le célibat dans sa vraie nature et dans ses vraies finalités,
donc dans ses motifs évangéliques, spirituels et pastoraux. Le présupposé
et le contenu de cette préparation est la vertu de chasteté, qui
qualifie toutes les relations humaines et qui conduit «à expérimenter
et à manifester... un amour sincère, humain, fraternel, personnel
et capable de sacrifice à l'exemple du Christ envers tous et envers
chacun»(154).
Le célibat des prêtres confère à la chasteté
certaines caractéristiques en vertu desquelles, «renonçant à
la vie conjugale pour le règne des cieux (cf. Mt 19, 12), ils peuvent adhérer
au Seigneur par un amour sans partage qui convient parfaitement à la
Nouvelle Alliance; ils donnent le témoignage de la résurrection du
monde à venir (cf. Lc 20, 36) et trouvent une aide particulièrement
apte à l'exercice continuel de cette charité parfaite qui leur
permet d'être tout à tous dans le ministère sacerdotal»(155).
En ce sens, le célibat sacerdotal n'est pas à considérer
comme une simple norme juridique ni comme une condition tout extérieure
pour être admis à l'ordination. Au contraire, le célibat est
une valeur profondément liée à l'Ordination. Il rend
conforme à Jésus Christ, Bon Pasteur et Époux de l'Église.
Il permet le choix d'un amour plus grand et sans partage pour le Christ et son Église,
dans une disponibilité pleine et joyeuse pour le ministère
pastoral. Il faut considérer le célibat comme une grâce spéciale,
comme un don que tous ne peuvent comprendre, mais seulement ceux à qui
c'est donné (cf. Mt 19, 11). Cette grâce exige, avec une force
singulière, la réponse consciente et libre de la part de celui qui
la reçoit. Ce charisme de l'Esprit Saint confère aussi la grâce
de la fidélité durant toute la vie et celle d'accomplir avec générosité
et joie les obligations qui y sont attachées. Dans la formation au célibat
sacerdotal, la conscience de ce «don précieux de Dieu»(156)
devra être solidement établie; et cela amènera à
prier et à veiller pour que ce don soit préservé de tout ce
qui peut le menacer.
Le célibat du prêtre, authentiquement vécu, favorisera
l'accomplissement de son ministère auprès du peuple de Dieu. En
particulier, en témoignant de la valeur évangélique de la
virginité, le prêtre pourra aider les époux chrétiens
à vivre en plénitude le «grand sacrement» de l'amour du
Christ Époux pour son Épouse l'Église et, par sa fidélité
dans le célibat, il sera une inspiration pour la fidélité
des époux(157).
L'importante et délicate préparation au célibat
sacerdotal, spécialement dans les situations sociales et culturelles
d'aujourd'hui, a conduit les Pères synodaux à une série de
requêtes, dont la valeur permanente est confirmée par la sagesse de
notre mère l'Église. Je les propose de nouveau avec autorité,
comme critères à suivre dans la formation à la chasteté
dans le célibat: «Les évêques, ainsi que les recteurs
et directeurs spirituels des séminaires, établiront des principes,
offriront des critères et donneront des aides pour le discernement en
cette matière. La sollicitude de l'évêque et la vie
fraternelle entre les prêtres est de la plus haute importance pour la
formation à la chasteté dans le célibat. Au séminaire,
c'est-à-dire pendant la période de formation, le célibat
doit être présenté avec clarté, sans aucune ambiguïté
et d'une façon positive. Le séminariste doit avoir un degré
suffisant de maturité psychique et sexuelle ainsi qu'une vie assidue de
prière, et doit se placer sous la direction d'un père spirituel.
Le directeur spirituel doit aider le séminariste à arriver à
une décision mûre et libre qui soit fondée sur l'estime de
l'amitié sacerdotale et de l'autodiscipline, comme aussi sur
l'acceptation de la solitude et sur un état personnel physique et
psychologique correct. A cet effet, les séminaristes connaîtront
bien la doctrine du Concile Vatican II, l'encyclique Sacerdotalis coelibatus et
l'Instruction pour la formation au célibat sacerdotal publiée par
la Congrégation pour l'Éducation catholique en 1974. Pour que le séminariste
puisse embrasser avec une décision libre le célibat sacerdotal
pour le Royaume des cieux, il est nécessaire qu'il connaisse la nature
chrétienne et vraiment humaine de la sexualité dans le mariage et
dans le célibat, ainsi que sa finalité. Il est également nécessaire
d'instruire et d'éduquer les fidèles laïcs sur les motifs évangéliques,
spirituels et pastoraux qui justifient le célibat sacerdotal, de façon
qu'ils aident les prêtres de leur amitié, de leur compréhension
et de leur collaboration»(158).
La formation intellectuelle: l'intelligence de la foi
51. La formation intellectuelle, bien qu'ayant ses exigences spécifiques,
est profondément liée à la formation humaine et
spirituelle, au point d'en constituer une dimension nécessaire: elle se
présente en fait comme une exigence de l'intelligence par laquelle
l'homme «participe à la lumière de l'intelligence divine»
et cherche à acquérir une sagesse qui, à son tour, porte à
connaître Dieu et à adhérer à lui(159).
La formation intellectuelle des candidats au sacerdoce trouve sa
justification spécifique dans la nature même du ministère
ordonné, et le défi de la «nouvelle évangélisation»
à laquelle le Seigneur appelle l'Église au seuil du troisième
millénaire la rend plus urgente aujourd'hui. «Si tout chrétien
- écrivent les Pères synodaux - doit être prêt à
défendre la foi et à rendre compte de l'espérance qui vit
en nous (cf. 1 P 3, 15), à plus forte raison les candidats au sacerdoce
et les prêtres doivent-ils apprécier la valeur de la formation
intellectuelle dans l'éducation et dans l'activité pastorales; en
effet, pour le salut de leurs frères et de leurs soeurs, ils doivent acquérir
une plus profonde connaissance des mystères divins»(160). La
situation actuelle est fortement marquée par l'indifférence
religieuse; elle l'est également par une défiance diffuse à
l'égard de la capacité réelle de la raison de rejoindre la
vérité objective et universelle; elle l'est encore par les
interrogations nouvelles suscitées par les découvertes
scientifiques et technologiques. Tout cela justifie la forte exigence d'un
excellent niveau de formation intellectuelle permettant aux prêtres
d'annoncer, dans un tel contexte, l'immuable Évangile du Christ et de le
rendre crédible face aux légitimes exigences de la raison humaine.
En outre, le phénomène du pluralisme est aujourd'hui considérablement
accentué non seulement dans la société humaine, mais aussi
dans la communauté ecclésiale. Cela demande une aptitude particulière
au discernement critique. Cette situation fait apparaître clairement la nécessité
d'une formation intellectuelle plus sérieuse que jamais.
Cette motivation «pastorale» de la formation intellectuelle
confirme ce qui a été dit plus haut au sujet de l'unité du
processus éducatif, compris dans ses différentes dimensions.
L'obligation de l'étude, qui occupe une partie notable de la vie du
candidat au sacerdoce, n'est pas un élément extérieur et
secondaire du développement humain, chrétien et spirituel de sa
vocation. En réalité, par l'étude, surtout de la théologie,
le futur prêtre adhère à la Parole de Dieu, grandit dans la
vie spirituelle et se dispose à accomplir le ministère pastoral.
Tel est le but à la fois un et multiple de l'étude de la théologie,
indiqué par le Concile(161) et repris dans l'Instrumentum laboris du
Synode: «Pour la rendre pastoralement plus efficace, la formation
intellectuelle sera intégrée dans un parcours spirituel marqué
par l'expérience personnelle de Dieu, de façon à dépasser
une science purement notionnelle et à parvenir à cette
intelligence du coeur qui sait "voir" d'abord et qui est en mesure
ensuite de communiquer le mystère de Dieu aux frères»(162).
52. L'étude de la philosophie, qui conduit à une compréhension
et à une interprétation plus profondes de la personne, de sa
liberté, de ses relations avec le monde et avec Dieu, est un élément
essentiel de la formation intellectuelle. Elle se révèle d'une
grande urgence, d'abord en raison du lien qui existe entre les problèmes
philosophiques et les mystères du salut, étudiés en théologie,
à la lumière de la foi(163), mais aussi en raison de la situation
culturelle, aujourd'hui si diffuse, où prévaut le subjectivisme
comme mesure et critère de la vérité. Seule une saine
philosophie peut alors aider les candidats au sacerdoce à développer
une conscience réfléchie du rapport constitutif qui existe entre
l'esprit humain et la vérité, vérité qui se révèle
pleinement à nous en Jésus Christ. On ne doit pas minimiser
l'importance de la philosophie, sous prétexte de garantir cette «certitude
de vérité» qui, seule, peut être à la base du
don total de la personne à Jésus et à l'Église. Il
n'est pas difficile de comprendre que certaines questions très concrètes,
comme l'identité du prêtre et son engagement apostolique et
missionnaire, sont profondément liées à la question,
nullement abstraite, de la vérité. Si l'on n'est pas certain de la
vérité, comment peut-on mettre en jeu sa vie entière, et
avoir la force d'interpeller sérieusement celle des autres?
La philosophie aide beaucoup le candidat à enrichir sa formation
intellectuelle du «culte de la vérité», c'est-à-dire
d'une sorte de vénération amoureuse de la vérité qui
conduit à reconnaître que la vérité elle-même
n'est pas créée ni mesurée par l'homme, mais qu'elle est
donnée à l'homme par la Vérité suprême, par
Dieu; que la raison humaine peut, bien que d'une façon limitée et
non sans difficulté parfois, atteindre la vérité objective
et universelle, celle même qui concerne Dieu et le sens radical de
l'existence; enfin, que la foi elle-même ne peut pas faire abstraction de
la raison ni dispenser de l'effort de «penser» ses contenus, comme en
témoignait le grand esprit qu'est saint Augustin: «J'ai désiré
sonder avec l'intelligence ce en quoi j'ai mis ma foi, et j'ai discuté
beaucoup et j'ai beaucoup peiné»(164).
Pour une compréhension plus profonde de l'homme et des phénomènes
sociaux, en vue d'un exercice aussi «incarné» que possible du
ministère pastoral, les sciences de l'homme, comme on les appelle, sont
d'une utilité certaine; ce sont la sociologie, la psychologie, la pédagogie,
les sciences de l'économie et de la politique, la science des
communications sociales. Dans le cadre précis des sciences positives ou
descriptives, ces sciences de l'homme aident le futur prêtre à
prolonger l'action du Christ qui s'est fait contemporain des hommes de son
temps: «Le Christ, disait Paul VI, s'est fait contemporain de certains
hommes et s'est exprimé dans leur langage. Lui être fidèle,
c'est faire en sorte qu'il continue à être notre contemporain»(165).
53. La formation intellectuelle du futur prêtre se fonde et se développe
surtout dans l'étude de la sacra doctrina, la théologie. La valeur
et l'authenticité de la formation théologique dépendent du
respect scrupuleux de la nature propre de la théologie, que les Pères
synodaux ont ainsi résumée: «La vraie théologie
provient de la foi et entend conduire à la foi»(166). C'est cela que
l'Église, et spécialement son Magistère, ont constamment
proposé. C'est cette ligne qu'ont suivie les grands théologiens
qui ont enrichi la pensée de l'Église au long des siècles.
Saint Thomas est on ne peut plus explicite quand il affirme que la foi est comme
l'habitus de la théologie, c'est-à-dire son principe d'opération
permanent(167), et que «toute la théologie est ordonnée à
nourrir la foi»(168).
Le théologien est donc avant tout un croyant, un homme de foi. Mais
c'est un croyant qui s'interroge sur sa propre foi (fides quærens
intellectum), qui s'interroge afin d'arriver à une compréhension
plus profonde de sa foi. Les deux aspects, la foi et la réflexion méthodique,
sont connexes et s'interpénètrent: c'est justement leur intime
coordination, leur interpénétration, qui caractérise la
vraie nature de la théologie, et, par suite, ses contenus, ses modalités
et l'esprit selon lesquels la doctrine sacrée sera élaborée
et étudiée.
Or la foi, point de départ et d'arrivée de la théologie,
crée une relation personnelle du croyant avec Jésus Christ dans l'Église.
Et c'est pourquoi la théologie possède, elle aussi, des
connotations intrinsèques, christologiques et ecclésiales que le
candidat au sacerdoce doit faire siennes consciemment, à cause des
implications non seulement pour sa vie personnelle, mais aussi pour son ministère
pastoral. Si la foi est accueil de la Parole de Dieu, elle s'achève dans
un «oui» radical du croyant à Jésus Christ, Parole plénière
et définitive de Dieu au monde (cf. He 1, 1-4). Il doit donc en être
de même de la réflexion théologique, qui trouve son centre
dans l'adhésion à Jésus Christ, Sagesse de Dieu: cette réflexion
doit se considérer comme une participation à la «pensée»
du Christ (cf. 1 Co 2, 16) sous l'aspect humain d'une science (scientia fidei).
En même temps, la foi introduit le croyant dans l'Église et le rend
participant de la vie de l'Église comme communauté de foi. En conséquence,
la théologie possède une dimension ecclésiale, parce
qu'elle est une réflexion sur la foi de l'Église, et cela de la
part d'un théologien qui est membre de l'Église(169).
Ces perspectives christologiques et ecclésiales, qui sont
connaturelles à la théologie, aident à développer
chez les candidats au sacerdoce, en même temps que la rigueur
scientifique, un grand et vif amour envers Jésus Christ et son Église.
Cet amour qui nourrit leur vie spirituelle, les oriente aussi vers le généreux
accomplissement de leur ministère. C'est précisément ce que
voulait le Concile Vatican II, quand il demandait la réorganisation des études
ecclésiastiques, en répartissant mieux les différentes
disciplines philosophiques et théologiques «pour les faire
contribuer de concert à ouvrir de plus en plus l'esprit des séminaristes
au mystère du Christ, qui, concernant l'histoire entière du genre
humain, ne cesse d'agir dans l'Église et d'opérer surtout par le
ministère sacerdotal»(170).
La formation intellectuelle théologique et la vie spirituelle, en
particulier la vie de prière, s'unissent et se renforcent mutuellement,
sans rien ôter ni au sérieux de la recherche ni à la saveur
spirituelle de la prière. Saint Bonaventure nous prévient: «Que
personne ne croie que suffisent la lecture sans l'onction, la spéculation
sans la dévotion, la recherche sans l'admiration, l'observation sans la
jubilation, l'activité sans la piété, la science sans la
charité, l'intelligence sans l'humilité, l'étude sans la grâce
divine, la connaissance de soi sans la sagesse infuse de Dieu»(171).
54. La formation théologique est une oeuvre complexe et laborieuse.
Elle doit aider le candidat au sacerdoce à posséder une conception
des vérités révélées par Dieu en Jésus
Christ, et de l'expérience de foi de l'Église, qui soit complète
et unifiée. De là découle une double exigence: connaître
«toutes» les vérités chrétiennes, sans opérer
de choix arbitraires, et les connaître d'une manière méthodique.
Cela exige que l'on aide l'étudiant à opérer une synthèse
qui soit le fruit des apports des différentes disciplines théologiques,
dont la spécificité n'acquiert de valeur authentique que dans leur
profonde coordination.
Dans sa réflexion sur la foi, la théologie va dans deux
directions. La première est celle de l'«étude de la Parole de
Dieu»: la parole écrite dans le Livre sacré, célébrée
et vécue dans la tradition vivante de l'Église, authentiquement
interprétée par le Magistère de l'Église. Cela
demande l'étude de la Sainte Écriture, «qui doit être
comme l'âme de toute la théologie»(172), l'étude des Pères
de l'Église, de la liturgie, de l'histoire de l'Église et des déclarations
du Magistère. La seconde direction est celle de l'homme interlocuteur de
Dieu: l'homme appelé à «croire», à «vivre»,
à «communiquer» aux autres la foi, et l'«ethos» chrétien.
Cela entraîne donc l'étude de la dogmatique, de la théologie
morale, de la théologie spirituelle, du droit canonique et de la théologie
pastorale.
La référence à l'homme croyant conduit la théologie
à être particulièrement attentive d'une part à
l'instance fondamentale et permanente du rapport foi-religion, et d'autre part à
certaines exigences davantage liées à la situation sociale et
culturelle de notre époque. Dans la première orientation, se situe
la théologie fondamentale, qui a pour objet le fait de la révélation
chrétienne et de sa transmission dans l'Église. Dans la seconde
orientation, se placent des disciplines qui ont connu et connaissent un développement
plus intense, comme réponses à des problèmes aujourd'hui
fortement perçus. C'est le cas de l'étude de la doctrine sociale
de l'Église qui «entre dans le domaine... de la théologie et
particulièrement de la théologie morale»(173) et qui est à
ranger parmi les «éléments essentiels» de la «nouvelle
évangélisation», dont elle constitue un instrument(174). Il
en est ainsi de l'étude de la missiologie, de l'oecuménisme, du
Judaïsme, de l'Islam, et des autres religions non chrétiennes.
55. La formation théologique actuelle doit prêter attention à
certains problèmes qui soulèvent souvent des difficultés,
créent des tensions et entretiennent des confusions dans la vie de l'Église.
Que l'on pense au rapport entre les déclarations du Magistère et
les discussions théologiques, qui ne se présente pas toujours de
manière souhaitable, c'est-à-dire en esprit de collaboration: «Tout
en ayant des charismes et des fonctions différentes, le Magistère
vivant de l'Église et la théologie ont en définitive un même
but: garder le peuple de Dieu dans la vérité qui libère et
en faire ainsi la "lumière des nations". Ce service de la
communauté ecclésiale met en relations réciproques le théologien
et le Magistère. Ce dernier enseigne authentiquement la doctrine des Apôtres
et, tirant profit du travail théologique, réfute les objections et
les déformations de la foi, proposant en outre, avec l'autorité reçue
de Jésus Christ, des approfondissements, des explicitations et des
applications nouvelles de la doctrine révélée. La théologie
au contraire acquiert, par la réflexion, une intelligence toujours plus
profonde de la Parole de Dieu, contenue dans l'Écriture et fidèlement
transmise par la Tradition vivante de l'Église, sous la conduite du
Magistère; elle cherche à éclairer l'enseignement de la Révélation
face aux instances de la raison, et lui donne enfin une forme organique et systématique»(175).
Quand, cependant, pour toute une série de motifs, cette collaboration
diminue, il ne faut pas se laisser égarer par des équivoques et
des confusions; il faut savoir faire soigneusement la distinction entre «la
doctrine commune de l'Église et les opinions des théologiens ainsi
que les tendances qui passent (les "modes")»(176). Il n'y a pas
de magistère «parallèle», parce que l'unique Magistère
est celui de Pierre et des Apôtres, du Pape et des évêques(177).
Un autre problème, qui se rencontre surtout là où la
formation intellectuelle des séminaristes est confiée à des
instituts académiques, concerne le rapport entre la rigueur scientifique
de la théologie et sa destination pastorale, et donc la nature pastorale
de la théologie. Il s'agit en réalité de deux caractéristiques
de la théologie et de son enseignement qui, non seulement ne s'opposent
pas, mais concourent, même sous des profils différents, à
une plus complète «intelligence de la foi». En fait, le caractère
pastoral de la théologie ne signifie pas que la théologie est
moins doctrinale ou privée de son caractère scientifique; elle
signifie au contraire que la théologie habilite les futurs prêtres à
annoncer le message évangélique en tenant compte des facteurs
culturels de leur temps et à comprendre l'action pastorale selon une
authentique vision théologique. Ainsi, d'un côté, une étude
respectueuse du caractère rigoureusement scientifique de chacune des
disciplines théologiques contribuera à la formation plus complète
et plus profonde du pasteur d'âmes, comme maître de la foi; d'un
autre côté, chez le futur prêtre, une sensibilité qui
correspond à l'orientation pastorale rendra vraiment formatrice pour lui
l'étude sérieuse et scientifique de la théologie.
L'exigence, aujourd'hui fortement ressentie, de l'évangélisation
des cultures et de l'inculturation du message de la foi soulève encore un
autre problème. C'est une question éminemment pastorale qui doit être
traitée largement et avec beaucoup d'attention au cours de la formation
des candidats au sacerdoce: «Dans les circonstances actuelles, en différentes
régions du monde, la religion chrétienne est considérée
comme quelque chose d'étranger aux cultures soit anciennes soit modernes,
il est donc d'une grande importance que, dans toute la formation intellectuelle
et humaine, on considère comme nécessaire et essentielle la
dimension de l'inculturation»(178). Cela exige au préalable une théologie
authentique, inspirée des principes catholiques concernant
l'inculturation. Ces principes sont liés au mystère de
l'Incarnation du Verbe de Dieu et à l'anthropologie chrétienne;
ils éclairent le sens authentique de l'inculturation. Celle-ci, face aux
cultures les plus diverses et parfois opposées présentes dans les
différentes parties du monde, veut être un acte d'obéissance
au commandement du Christ de prêcher l'Évangile à toutes les
nations et jusqu'aux confins de la terre. Cette obéissance ne signifie ni
syncrétisme, ni simple adaptation de l'annonce évangélique,
mais le fait que l'Évangile pénètre vitalement dans les
cultures, s'incarne en elles, dépassant leurs éléments
culturels incompatibles avec la foi et la vie chrétiennes et élevant
leurs valeurs jusqu'au mystère du salut qui provient du Christ(179). Le
problème de l'inculturation peut avoir un intérêt spécial
quand les candidats au sacerdoce proviennent eux-mêmes de cultures
autochtones: ils auront alors besoin de parcours de formation adaptés,
soit pour éviter le risque d'être moins exigeants et de se
contenter d'une éducation plus faible en valeurs humaines, chrétiennes
et sacerdotales, soit pour mettre en valeur les éléments bons et
authentiques de leurs cultures et de leurs traditions(180).
56. En suivant l'enseignement et les orientations du Concile Vatican II et
les normes pratiques de la Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis, un
vaste «aggiornamento» de l'enseignement des disciplines philosophiques
et surtout théologiques a été accompli dans les séminaires.
Si cet «aggiornamento» appelle encore dans certains cas des retouches
et des développements, il a contribué dans l'ensemble à améliorer
toujours plus l'éducation donnée dans le cadre de la formation
intellectuelle. A ce sujet, «les Pères synodaux ont de nouveau
affirmé fréquemment et avec clarté la nécessité
et même l'urgence que soit appliqué dans les séminaires et
les maisons de formation le programme fondamental des études, qu'il
s'agisse du programme universel ou de celui des divers pays ou Conférences
épiscopales»(181).
Il est nécessaire de combattre fermement la tendance à
abaisser le niveau et le sérieux des études, tendance qui se
manifeste dans certains secteurs de l'Église et qui est due en partie à
l'insuffisance et aux lacunes de la formation intellectuelle de base reçue
par les étudiants qui commencent le cycle philosophique et théologique.
C'est la situation contemporaine elle-même qui exige que les maîtres
soient toujours davantage à la hauteur de la complexité des temps
et soient en mesure d'affronter avec compétence, clarté et
profondeur d'argumentation les questions sur le sens posées par les
hommes d'aujourd'hui, questions auxquelles seul l'Évangile de Jésus
Christ apporte la réponse pleine et définitive.
La formation pastorale: communier à la charité de Jésus
Christ, Bon Pasteur
57. Toute la formation des candidats au sacerdoce est destinée à
les disposer d'une façon plus particulière à communier à
la charité du Christ Bon Pasteur. Cette formation doit donc, dans ses
divers aspects, avoir un caractère essentiellement pastoral. Le décret
conciliaire Optatam totius l'affirmait clairement en parlant des grands séminaires:
«L'éducation complète des élèves des grands séminaires
doit tendre à faire d'eux de véritables pasteurs d'âmes, à
l'exemple de notre Seigneur Jésus Christ, Maître, Prêtre et
Pasteur. Ils seront donc préparés au ministère de la
parole, afin qu'ils comprennent toujours mieux la parole révélée
de Dieu, qu'ils la possèdent par la méditation et qu'ils
l'expriment par leur voix et par leur vie; au ministère du culte et de la
sanctification, afin que, s'adonnant à la prière et aux célébrations
liturgiques, ils accomplissent l'oeuvre du salut par le sacrifice eucharistique
et les sacrements; au ministère de pasteur, afin qu'ils sachent rendre présent
aux hommes le Christ, qui "n'est pas venu pour être servi, mais pour
servir et donner sa vie en rançon pour les multitudes" (Mc 10, 45;
cf. Jn 13, 12-17), et pour que, devenus les serviteurs de tous, ils en gagnent
un plus grand nombre (cf. 1 Co 9, 19)»(182).
Le texte conciliaire insiste sur la profonde coordination qui existe entre
les divers aspects de la formation humaine, spirituelle et intellectuelle, et en
même temps sur leur finalité spécifiquement pastorale. En ce
sens, la finalité pastorale assure à la formation humaine,
spirituelle et intellectuelle des contenus déterminés et des
caractéristiques précises, pour unifier et spécifier toute
la formation des futurs prêtres.
Comme toute autre formation, la formation pastorale se réalise par
une mûre réflexion et des exercices pratiques; elle plonge ses
racines vivantes dans un esprit qui est le centre de tout et constitue une force
d'impulsion et de développement.
L'étude d'une véritable discipline théologique est donc
nécessaire: la théologie pastorale ou pratique, réflexion
scientifique sur l'Église qui se construit chaque jour, avec la force de
l'Esprit, au cours de l'histoire, donc sur l'Église comme «sacrement
universel de salut»(183), comme signe et instrument vivant du salut de Jésus
Christ dans la Parole, dans les sacrements et dans le service de la charité.
La pastorale n'est pas seulement un art, ni un ensemble d'exhortations, d'expériences,
de recettes; elle possède sa pleine dignité théologique,
parce qu'elle reçoit de la foi les principes de l'action pastorale de l'Église
dans l'histoire, d'une Église qui «engendre» tous les jours l'Église
elle-même, selon l'heureuse expression de saint Bède le Vénérable:
«Nam et Ecclesia quotidie gignit Ecclesiam»(184). Parmi ces principes
et ces critères, il y a celui, particulièrement important, du
discernement évangélique de la situation socio-culturelle et ecclésiale
dans laquelle se développe l'action pastorale.
L'étude de la théologie pastorale doit éclairer
l'action concrète à laquelle les candidats au sacerdoce doivent
s'adonner en faisant des stages de pastorale, de façon progressive et
toujours en harmonie avec les autres exigences de la formation. Ces «expériences»
pastorales constitueront éventuellement un vrai «noviciat pastoral»
qui pourra durer un certain temps et devra être évalué de
manière méthodique.
Mais l'étude et l'activité pastorales renvoient à une
source intérieure que la formation aura soin de préserver et de
mettre en valeur: la communion toujours plus profonde avec la charité
pastorale de Jésus. Comme elle a constitué l'origine et la force
de l'action salvifique de Jésus, de même elle doit aussi, grâce
à l'effusion de l'Esprit dans le sacrement de l'Ordre, constituer
l'origine et la force du ministère du prêtre. Il s'agit d'une
formation destinée non seulement à assurer une compétence
pastorale scientifique et une habileté pratique, mais aussi et surtout à
garantir la croissance d'une manière d'être en communion avec les
sentiments et les comportements mêmes du Christ Bon Pasteur: «Ayez
entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus»
(Ph 2, 5).
58. Ainsi entendue, la formation pastorale ne peut évidemment pas se
réduire à un simple apprentissage, destiné à se
familiariser avec des techniques pastorales. Le projet éducatif du séminaire
se propose d'apprendre aux étudiants à acquérir une
sensibilité pastorale, à assumer avec conscience et maturité
leurs propres responsabilités, à s'entraîner intérieurement
à évaluer des situations, à établir des priorités
et à trouver les moyens de les réaliser, le tout à la lumière
de la foi et selon les exigences théologiques de la pastorale elle-même.
Par cette expérience initiale et progressive du ministère, les
futurs prêtres pourront être introduits dans la tradition pastorale
vivante de leur Église particulière; ils apprendront à élargir
l'horizon de leur esprit et de leur coeur à la dimension missionnaire de
la vie ecclésiale; ils s'exerceront à certaines formes de
collaboration entre eux et avec les prêtres auprès desquels ils
seront envoyés. A ces derniers revient une responsabilité éducative
pastorale de grande importance, en liaison avec l'enseignement donné au séminaire.
Dans le choix des lieux et des services en vue des expériences
pastorales, on devra accorder une attention particulière à la
paroisse(185), cellule vitale des différentes expériences
pastorales, dans laquelle les stagiaires se trouveront en face des problèmes
particuliers de leur futur ministère. Les Pères synodaux ont
fourni une série d'exemples concrets, comme la visite aux malades, le
soin des émigrés, des exilés et des nomades, le zèle
de la charité qui se traduit en des oeuvres sociales diverses. Ils écrivent
en particulier: «Il est nécessaire que le prêtre soit témoin
de la charité du Christ lui-même, qui "est passé en
faisant le bien" (Ac 10, 38); le prêtre doit aussi être le
signe visible de la sollicitude de l'Église qui est Mère et Maîtresse.
Et, parce que l'homme d'aujourd'hui est frappé par tant d'épreuves,
spécialement l'homme qui est écrasé par une pauvreté
inhumaine, par la violence aveugle et par le pouvoir injuste, il est nécessaire
que l'homme de Dieu, bien préparé à toute oeuvre bonne (cf.
2 Tm 3, 17), revendique les droits et la dignité de l'homme. Qu'il se
garde, cependant, d'adhérer à de fausses idéologies, et,
alors qu'il veut promouvoir le progrès, d'oublier que le monde est racheté
par la seule croix du Christ»(186).
L'ensemble de ces activités et d'autres semblables éduque le
futur prêtre à vivre comme un «service» sa mission d'«autorité»
dans la communauté, en s'abstenant de toute attitude de supériorité
ou de l'exercice d'un pouvoir qui ne serait pas toujours et uniquement justifié
par la charité pastorale.
Pour une formation adaptée, il est nécessaire que les différentes
expériences des candidats au sacerdoce revêtent un caractère
«ministériel», restant intimement liées à toutes
les exigences qui sont propres à la préparation au presbytérat
et (sans que ce soit au détriment des études) en référence
au service de la Parole, du culte et de la présidence. Ces services
peuvent devenir la traduction concrète des ministères de Lectorat,
Acolytat et Diaconat.
59. Parce que l'action pastorale est destinée par sa nature à
animer l'Église qui est essentiellement «mystère», «communion»,
«mission», la formation pastorale devra tenir compte de ces dimensions
dans l'exercice du ministère.
Il est fondamental d'avoir conscience que l'Église est «mystère»,
c'est-à-dire oeuvre divine, fruit de l'Esprit du Christ, signe efficace
de la grâce, présence de la Trinité dans la communauté
chrétienne. Cette conscience, loin d'atténuer le sens de la
responsabilité propre au pasteur, le convaincra que la croissance de l'Église
est une oeuvre gratuite de l'Esprit et que son service - confié par grâce
divine à la libre responsabilité humaine - est celui du «serviteur
inutile» de l'Évangile (cf. Lc 17, 10).
De plus, la conscience que l'Église est «communion» préparera
le candidat au sacerdoce à pratiquer une pastorale communautaire en
cordiale collaboration avec les divers membres de l'Église: prêtres
et évêques, prêtres diocésains et religieux, prêtres
et laïcs. Mais une telle collaboration suppose d'abord la connaissance et
l'estime des différents dons et charismes, des diverses vocations et
responsabilités que l'Esprit offre et confie aux membres du corps du
Christ. Elle exige aussi un sens vif et précis de son identité et
de celle des autres dans l'Église. Elle réclame en outre confiance
mutuelle, patience, douceur, capacité de compréhension et d'écoute;
enfin et surtout, elle s'enracine dans un amour de l'Église plus grand
que l'amour que l'on a pour soi et pour les groupes auxquels on appartient. Il
est particulièrement important de préparer les futurs prêtres
à la collaboration avec les laïcs, pour qu'ils «soient prêts
- dit le Concile - à écouter l'avis des laïcs, en tenant
compte fraternellement de leurs aspirations et en s'aidant de leur expérience
et de leur compétence dans les différents domaines de l'activité
humaine, afin de pouvoir avec eux lire les signes des temps»(187). De même,
le récent Synode a insisté sur la sollicitude pastorale envers les
laïcs: «Il faut que le candidat au sacerdoce devienne capable d'intéresser
et d'initier les fidèles laïcs, surtout les jeunes, aux différentes
vocations (au mariage, aux services sociaux, à l'apostolat, aux ministères,
aux responsabilités d'ordre pastoral, à la vie consacrée,
aux charges de la vie politique et sociale, à la recherche scientifique, à
l'enseignement). Surtout, il est nécessaire d'éclairer et de
soutenir les laïcs dans leur vocation à s'engager dans le monde et à
le transformer à la lumière de l'Évangile, en reconnaissant
la valeur de cet engagement et en le respectant»(188).
Enfin, la conscience de l'Église comme communion «missionnaire»,
aidera le candidat au sacerdoce à aimer et à vivre la dimension
missionnaire essentielle de l'Église et des diverses activités
pastorales; à être ouvert et disponible à toutes les
possibilités offertes aujourd'hui d'annoncer l'Évangile, sans
oublier le service précieux que les moyens de communication sociale
peuvent et doivent rendre en cette matière(189); à se préparer
à un ministère qui, concrètement, pourra exiger de lui la
disponibilité, en réponse à l'Esprit-Saint et à l'évêque,
pour être envoyé prêcher l'Évangile au-delà des
frontières de son pays(190).
II. LES MILIEUX DE LA FORMATION SACERDOTALE
La communauté de formation du grand séminaire
60. La nécessité du grand séminaire - et de la maison
religieuse analogue - pour la formation des candidats au sacerdoce, affirmée
avec autorité par le Concile Vatican II(191), a été réaffirmée
par le Synode de la façon suivante: «Il faut affirmer de nouveau que
l'institution du grand séminaire, comme le meilleur lieu de formation,
est l'espace normal, même matériel, d'une vie communautaire et hiérarchique,
et aussi la maison appropriée à la formation des candidats au
sacerdoce, avec des supérieurs vraiment consacrés à ce
ministère. Cette institution a donné des fruits abondants au long
des siècles et continue à en donner dans le monde entier»(192).
Le séminaire se présente comme un temps et comme un lieu; mais
il se présente surtout comme une communauté éducative en
cheminement: c'est la communauté établie par l'évêque
pour offrir à celui qui est appelé par le Seigneur à servir
comme les Apôtres la possibilité de revivre l'expérience éducative
que le Seigneur a réservée aux Douze. En réalité,
une relation prolongée et intime de vie avec Jésus est présentée,
dans l'Évangile, comme préalable nécessaire au ministère
apostolique. Cette intimité oblige les Douze à réaliser,
d'une façon particulièrement claire et spécifique, le détachement,
proposé dans une certaine mesure à tous les disciples, à l'égard
du milieu d'origine, du travail habituel, des affections les plus chères
(cf. Mc 1, 16-20; 10, 28; Lc 9, 23. 57-62; 14, 25-27). Bien des fois, nous avons
rapporté la tradition de Marc qui souligne le lien profond unissant les
Apôtres avec le Christ et entre eux: avant d'être envoyés
pour prêcher et accomplir des guérisons, ils sont appelés à
«être ses compagnons» (Mc 3, 14).
La nature profonde du séminaire est d'être, à sa manière,
une continuation, dans l'Église, de la communauté apostolique
groupée autour de Jésus, à l'écoute de sa Parole, en
marche vers l'expérience de la Pâque, dans l'attente de l'Esprit
donné pour la mission. Tel est l'idéal auquel doit tendre tout séminaire.
Le séminaire, comme institution humaine, a connu dans l'histoire les
formes les plus diverses et de multiples vicissitudes. Son identité le
stimule toujours à trouver une réalisation concrète, fidèle
aux valeurs évangéliques dont il s'inspire, et capable de répondre
aux situations et aux nécessités des temps.
Le séminaire est en lui-même une expérience originale de
la vie de l'Église: en lui, l'évêque se rend présent
par le ministère que le recteur accomplit avec les autres éducateurs,
en esprit de coresponsabilité et de communion sous sa direction et son
animation, pour la croissance pastorale et apostolique des candidats. Les divers
membres de la communauté du séminaire, réunis par l'Esprit
Saint en une fraternité unique, collaborent, chacun selon son propre don,
à la croissance de tous dans la foi et la charité. C'est ainsi
qu'ils se préparent à devenir prêtres et donc à
prolonger, dans l'Église et dans l'histoire, la présence
salvifique de Jésus Christ, le Bon Pasteur.
Déjà, sur le plan humain, le grand séminaire doit
tendre à devenir «une communauté dont les membres sont liés
par une amitié et une charité profondes, pour constituer dans la
joie une vraie famille»(193). Sur le plan chrétien, le séminaire
doit se constituer - continuent les Pères synodaux - comme «communauté
ecclésiale», comme «communauté des disciples du
Seigneur, dans laquelle une même liturgie imprègne toute la vie
d'esprit de prière; elle est rassemblée par l'écoute et la
méditation quotidienne de la Parole de Dieu et par le sacrement de
l'Eucharistie; elle est unie dans l'exercice de la charité fraternelle et
de l'esprit de justice; dans cette communauté, l'Esprit du Christ et
l'amour de l'Église resplendissent, grâce au progrès de la
vie communautaire et de la vie spirituelle de chacun de ses membres»(194).
Confirmant et explicitant concrètement la dimension ecclésiale
essentielle du séminaire, les Pères synodaux continuent: «Comme
communauté ecclésiale, tant diocésaine qu'interdiocésaine
ou même religieuse, le séminaire doit nourrir le sens de la
communion ecclésiale des candidats avec leur évêque et avec
leur presbyterium, de sorte qu'ils participent à leur espérance et
à leurs angoisses et sachent étendre cette ouverture aux nécessités
de l'Église universelle»(195).
Il est essentiel, pour la formation des candidats au sacerdoce et au ministère
pastoral qui est ecclésiale par sa nature, que le séminaire soit
considéré, non d'une manière extérieure et
superficielle, c'est-à-dire comme un simple lieu d'habitation et d'étude,
mais d'une façon intérieure et profonde, comme une communauté
spécifiquement ecclésiale, une communauté qui revive l'expérience
des Douze unis à Jésus(196).
61. Le séminaire est donc une communauté ecclésiale éducative,
mieux, une communauté particulière qui éduque. Ce qui détermine
sa physionomie, c'est sa fin spécifique, c'est-à-dire
l'accompagnement de la vocation des futurs prêtres, et, par conséquent,
le discernement de cette vocation, l'aide pour y répondre et la préparation
à recevoir le sacrement de l'Ordre avec les grâces et les
responsabilités qu'il comporte et par lesquelles le prêtre est
configuré à Jésus Christ, Tête et Pasteur, et est
habilité et engagé à en partager la mission de salut dans
l'Église et dans le monde.
Le séminaire étant une communauté éducative,
toute la vie que l'on y mène, dans ses expressions les plus diverses, est
axée sur la formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale
des futurs prêtres: c'est une formation qui, bien qu'ayant de nombreux
points communs avec la formation humaine et chrétienne de tous les
membres de l'Église, présente des contenus, des modalités
et des caractéristiques qui découlent d'une façon particulière
de la fin poursuivie: préparer au sacerdoce.
Or les contenus et les formes de l'oeuvre éducative exigent que le séminaire
ait sa programmation précise, c'est-à-dire un programme de vie
ayant son unité organique en même temps qu'il s'harmonise en accord
avec la seule fin qui justifie l'existence du séminaire: la préparation
des futurs prêtres.
En ce sens, les Pères synodaux écrivent: «En tant que
communauté éducative, [le séminaire] doit suivre un
programme clairement défini qui ait comme note caractéristique
l'unité de la direction, représentée par le Recteur et ses
collaborateurs, par la cohérence dans l'ordonnancement de la vie et de
l'activité formatrice et par les exigences fondamentales de la vie
communautaire, laquelle comporte aussi des aspects essentiels relevant de la tâche
de formation. Ce programme doit être, sans hésitation ni
flottement, au service de la finalité spécifique qui seule
justifie l'existence du séminaire: la formation des futurs prêtres,
pasteurs de l'Église»(197). Et pour que ce programme soit vraiment
adapté et efficace, il faut que ses grandes lignes se traduisent plus
concrètement, en détail, par quelques normes particulières
destinées à ordonner la vie communautaire, en fixant des moyens et
des rythmes temporels précis.
Un autre aspect est à souligner ici. L'oeuvre éducative est
par nature l'accompagnement de personnes concrètes, qui vivent dans
l'histoire, qui marchent vers des choix et vers l'adhésion à
certains idéaux de vie. C'est précisément la raison pour
laquelle l'oeuvre éducative doit savoir concilier harmonieusement la
vision claire du but à atteindre, l'exigence d'une marche sérieuse
vers ce but, l'attention au «voyageur», c'est-à-dire au sujet
concret engagé dans l'aventure de la formation, et donc à une série
de situations, de problèmes, de difficultés, de rythmes de marche
et de croissance. Cela exige une sage souplesse, qui exclut tout compromis sur
les valeurs comme sur l'engagement conscient et libre, et qui signifie amour véritable
et respect sincère pour celui qui avance vers le sacerdoce dans ses
dimensions personnelles. Cela vaut non seulement pour chacune des personnes,
mais aussi pour les différents contextes sociaux et culturels dans
lesquels vivent les séminaires et les diverses formes de leur histoire.
En ce sens, l'oeuvre éducative exige un continuel renouvellement. Les Pères
l'ont souligné avec force, même en ce qui concerne la configuration
des séminaires: «Étant sauve la valeur des formes classiques
du séminaire, le Synode désire que le travail de consultation des
Conférences épiscopales sur les besoins actuels de la formation se
poursuive, comme cela a été prévu par le décret
Optatam totius (n. 1) et par le Synode de 1967. Les Rationes de chaque nation ou
rite seront revues opportunément, soit à l'occasion des demandes
faites par les Conférences épiscopales, soit dans les visites
apostoliques des séminaires des différentes nations, pour y
introduire les diverses modalités de formation, qui doivent répondre
aux besoins des peuples de culture dite autochtone, aux besoins des vocations
d'adultes, des vocations pour les missions etc.»(198).
62. La finalité et la structure éducative du grand séminaire
exigent que les candidats au sacerdoce y entrent après une certaine préparation.
Celle-ci ne posait pas de problème particulier, du moins jusqu'à
ces dernières décennies, lorsque les candidats au sacerdoce
provenaient habituellement des petits séminaires et que la vie chrétienne
des communautés ecclésiales offrait facilement à tous, sans
distinction, une bonne instruction et une bonne éducation chrétienne.
La situation a évolué en beaucoup d'endroits. Il y a un grand
contraste entre, d'un côté, le style de vie et la préparation
de base des enfants, des adolescents et des jeunes, même s'ils sont chrétiens
et parfois engagés dans la vie de l'Église, et, de l'autre, le
style de vie du séminaire et ses exigences de formation. Dans ce
contexte, en communion avec les Pères synodaux, je demande qu'il y ait
une période convenable de préparation précédant la
formation donnée au séminaire: «Il est utile qu'il y ait une
période de préparation humaine, chrétienne, intellectuelle
et spirituelle pour les candidats au grand séminaire. Ces candidats
doivent cependant présenter des qualités déterminées:
l'intention droite, un degré suffisant de maturité humaine et une
connaissance assez ample de la doctrine de la foi, une certaine initiation aux méthodes
de prière et à un style de vie conforme à la tradition chrétienne.
Qu'ils aient aussi les comportements qui expriment, selon les usages de leurs régions,
un effort de recherche de Dieu et de la foi (cf. Evangelii nuntiandi, n.
48)(199).
La «connaissance assez ample de la doctrine de la foi» dont
parlent les Pères synodaux est requise avant la théologie: on ne
peut pas développer l'«intelligence de la foi», si on ne connaît
pas la «foi» en son contenu. Une telle lacune pourra être plus
facilement comblée grâce au prochain Catéchisme universel.
Alors que la conviction de la nécessité de cette préparation
avant l'entrée au séminaire se généralise, les
opinions divergent sur ses contenus et ses caractéristiques, c'est-à-dire
sur son but premier: formation spirituelle pour le discernement de la vocation
ou formation intellectuelle et culturelle. D'autre part, on ne peut pas oublier
les nombreuses et profondes diversités qui existent non seulement chez
les différents candidats, mais aussi dans les régions ou les pays.
Cela invite à prolonger la phase actuelle d'étude et d'expérimentation
pour que l'on puisse définir d'une façon plus opportune et plus
significative les éléments de cette préparation ou «période
propédeutique»: temps, lieu, forme, thèmes de cette période,
qu'il faut par ailleurs coordonner avec les années suivantes de la
formation au séminaire.
En ce sens, je reprends moi-même et je propose à nouveau à
la Congrégation pour l'Éducation catholique la demande formulée
par les Pères synodaux: «Le Synode demande que la Congrégation
pour l'Éducation catholique recueille toutes les informations sur les
premières expériences de cette formation déjà faites
ou qui se déroulent en ce moment. En temps opportun, la Congrégation
communiquera aux Conférences épiscopales les informations sur ce
problème»(200).
Le petit séminaire et les autres formes d'accompagnement de
vocations
63. Comme l'atteste une longue expérience, la première
manifestation d'une vocation sacerdotale coïncide souvent avec les années
de la pré-adolescence ou avec les toutes premières années
de la jeunesse. Et même chez les sujets qui se décident plus tard à
entrer au séminaire, il n'est pas rare de constater la présence
d'un appel de Dieu dans des périodes bien plus anciennes. L'histoire de
l'Église témoigne sans cesse d'appels du Seigneur dans le jeune âge.
Saint Thomas, par exemple, explique la prédilection de Jésus pour
l'Apôtre Jean «en raison de son jeune âge» et en tire la
conclusion suivante: "Cela fait comprendre que Dieu aime de façon spéciale
ceux qui se donnent à son service dès leur première
jeunesse»(201).
L'Église prend soin de ces germes de vocation semés dans les
coeurs d'enfants; par les petits séminaires, elle réalise un
premier discernement et les accompagne avec attention. Dans différentes
parties du monde, ces séminaires continuent à faire une oeuvre éducative
précieuse, pour garder et développer les germes de la vocation
sacerdotale, afin que les élèves puissent plus facilement la
reconnaître et soient rendus plus capables d'y répondre. Le projet éducatif
de ces séminaires tend à favoriser, d'une manière adaptée
et par étapes, la formation humaine, culturelle et spirituelle qui
conduira le jeune à prendre le chemin du grand séminaire avec une
base appropriée et solide.
«Se préparer à suivre le Christ rédempteur avec générosité
d'esprit et pureté de coeur»: telle est le but du petit séminaire
indiqué dans le décret Optatam totius, qui en présente
ainsi le style éducatif: «Sous la conduite paternelle des supérieurs,
avec la coopération si utile de leurs parents, ils mèneront une
vie qui convienne à l'âge, à la mentalité et à
l'évolution d'adolescents, et qui réponde pleinement aux normes
d'une saine psychologie. On n'omettra pas de leur assurer une expérience
convenable des réalités humaines et des rapports normaux avec
leurs familles»(202).
Le petit séminaire pourra être dans le diocèse un point
de référence pour la pastorale des vocations, en proposant des
formes opportunes d'accueil et en offrant des occasions d'information pour les
adolescents qui sont en recherche de vocation ou qui, déjà déterminés
à la suivre, sont contraints de retarder leur entrée au séminaire
en raisons de diverses circonstances, familiales ou scolaires.
64. Là où le petit séminaire - «qui, en beaucoup
de régions, semble nécessaire et très utile» - ne peut
être établi, il faut faire en sorte de constituer d'autres «institutions»(203),
comme, par exemple, des groupes de vocations pour adolescents ou pour jeunes.
Bien que n'étant pas permanents, ces groupes pourront offrir, dans un
contexte communautaire, des conditions favorables à la confirmation et à
la croissance des vocations. Tout en vivant dans leur famille et en fréquentant
la communauté chrétienne qui les aide dans leur parcours de
formation, ces enfants et ces jeunes gens ne doivent pas être laissés
seuls. Ils ont besoin d'un groupe particulier ou d'une communauté de référence
sur laquelle ils puissent s'appuyer pour accomplir l'itinéraire de
vocation que le don de l'Esprit Saint a commencé en eux.
Comme cela s'est toujours produit au cours de l'histoire de l'Église,
on observe actuellement, avec une nouveauté et une fréquence réconfortantes,
le phénomène de vocations sacerdotales naissant à l'âge
adulte, après une plus ou moins longue expérience de vie laïque
et d'engagement professionnel. Il n'est pas toujours possible ni même
opportun bien souvent, d'inviter ces adultes à suivre l'itinéraire
éducatif du grand séminaire. On doit plutôt, après un
soigneux discernement de l'authenticité de ces vocations, présenter
quelque forme spécifique d'accompagnement et de formation, de manière
à assurer, moyennant les adaptations voulues, l'indispensable formation
spirituelle et intellectuelle(204). Un bon dosage de relations avec les autres
candidats au sacerdoce et de périodes de présence dans la
communauté du grand séminaire pourra garantir la pleine insertion
de ces vocations dans l'unique presbyterium et leur communion intime et cordiale
avec lui.
III.LES PROTAGONISTES DE LA FORMATION SACERDOTALE
L'Église et l'Évêque
65. Parce que la formation des candidats au sacerdoce fait partie de la
pastorale des vocations conduite par l'Église, on doit dire que l'Église,
comme telle, est le sujet communautaire qui a la grâce et la responsabilité
d'accompagner ceux que le Seigneur appelle à devenir ses ministres dans
le sacerdoce.
En ce sens, c'est la connaissance du mystère de l'Église qui
nous aide à mieux préciser la place et le devoir qu'ont ses différents
membres, soit comme personnes particulières, soit comme membres d'un
groupe, dans la formation des candidats au presbytérat.
Or l'Église est, par sa nature intime, «la mémoire»,
le «sacrement» de la présence et de l'action de Jésus
Christ au milieu de nous et pour nous. C'est à sa présence
salvifique que l'on doit l'appel au sacerdoce: non seulement l'appel, mais
l'accompagnement pour que l'appelé puisse reconnaître la grâce
du Seigneur et y répondre librement et avec amour. C'est l'Esprit de Jésus
qui fait la lumière et donne la force dans le discernement et dans le
parcours de la vocation. Il n'y a pas alors d'authentique oeuvre de formation au
sacerdoce sans le don de l'Esprit du Christ. Tout formateur humain doit en être
pleinement conscient. Comment ne pas y voir une «ressource» totalement
gratuite et radicalement efficace qui a son «poids» décisif
dans l'engagement en vue de la formation au sacerdoce? Et comment ne pas se réjouir
devant la dignité de tout formateur humain qui devient, en un sens, le
représentant visible du Christ pour le candidat au sacerdoce? Si la
formation au sacerdoce est essentiellement la préparation d'un futur «pasteur»
à l'image de Jésus Christ Bon Pasteur, qui, mieux que Jésus
lui-même par l'effusion de son Esprit, peut communiquer et porter à
maturité la charité pastorale qu'il a vécue jusqu'au don
total de lui-même (cf. Jn 15, 13; 10, 11) et dont il veut qu'elle soit revécue
par tous les prêtres?
Le premier représentant du Christ dans la formation sacerdotale est
l'évêque. On pourrait dire de l'évêque, de tout évêque,
ce que l'évangéliste Marc nous dit dans le texte cité déjà
plusieurs fois: «Il appelle à lui ceux qu'il voulait. Ils vinrent à
lui, et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer
prêcher...» (Mc 3, 13-14). En réalité, l'appel intérieur
de l'Esprit a besoin d'être confirmé par l'appel authentique de l'évêque.
Si tous peuvent «venir à l'évêque» parce qu'il est
le Père et le Pasteur de tous, ses prêtres le peuvent d'une manière
particulière, à cause de leur commune participation au même
sacerdoce et au même ministère: l'évêque, dit le
Concile, doit les considérer et les traiter comme «des frères
et des amis»(205). Et cela peut se dire d'une façon analogique de
ceux qui se préparent au sacerdoce. En ce qui concerne l'autre point: «être
ses compagnons», compagnons de l'évêque, la responsabilité
de ce dernier, comme formateur des candidats au sacerdoce, lui fait un devoir de
les visiter souvent et d'être en quelque manière «leur
compagnon».
La présence de l'évêque a une valeur particulière,
non seulement parce qu'elle aide la communauté du séminaire à
vivre son insertion dans l'Église particulière et sa communion
avec le Pasteur qui la guide, mais aussi parce qu'elle authentifie et sert la
finalité pastorale qui caractérise toute la formation des
candidats au sacerdoce. Surtout, en étant présent au milieu des
candidats au sacerdoce, et en leur faisant part de tout ce qui regarde la marche
pastorale de l'Église particulière, l'évêque apporte
un élément fondamental à leur formation au «sens de l'Église»,
qui est une valeur spirituelle et pastorale centrale dans l'exercice du ministère
sacerdotal.
La communauté éducative du séminaire
66. La communauté éducative du séminaire se construit
autour des différents formateurs: le recteur, le directeur ou père
spirituel, les supérieurs et les professeurs. Ceux-ci doivent se sentir
profondément unis à l'évêque, qu'ils représentent
à divers titres et de différentes manières; ils doivent
avoir entre eux une communion et une collaboration profondes et cordiales. Cette
unité des éducateurs rend possible une réalisation adéquate
du projet éducatif, et surtout elle donne aux candidats au sacerdoce un
exemple significatif et concret de la communion ecclésiale qui constitue
une valeur fondamentale de la vie chrétienne et du ministère
pastoral.
Il est évident qu'une grande partie de l'efficacité de la
formation dépend de la personnalité mûre et forte des
formateurs, du point de vue humain et évangélique. C'est pourquoi
il importe particulièrement de choisir avec soin les formateurs et de les
encourager vivement à se rendre toujours plus aptes à la charge
qui leur est confiée. Sachant bien que la préparation des
candidats au sacerdoce dépend du choix et de la formation des formateurs,
les Pères synodaux ont longuement précisé leurs qualités.
Ils ont écrit en particulier: «La charge de la formation des
candidats au sacerdoce exige non seulement une préparation spéciale
des formateurs, qui soit vraiment technique, pédagogique, spirituelle,
humaine et théologique, mais aussi un esprit d'union et de collaboration
afin de réaliser dans une très étroite unité le
programme de formation, de telle sorte que soit toujours sauvegardée
l'unité dans l'action pastorale du séminaire sous l'autorité
du recteur. Le groupe des formateurs donnera le témoignage d'une vie
vraiment évangélique et d'une consécration totale au
Seigneur. Il est opportun qu'il jouisse d'une certaine stabilité et qu'il
ait sa résidence habituelle dans la communauté du séminaire.
Il sera intimement uni à l'évêque, qui est le premier
responsable de la formation des prêtres»(206).
Les évêques doivent être les premiers à sentir
leur grave responsabilité pour la formation de ceux qui seront chargés
de l'éducation des futurs prêtres. Pour ce ministère, il
faut choisir des prêtres de vie exemplaire, possédant un ensemble
de qualités: «Maturité humaine et spirituelle, expérience
pastorale, compétence professionnelle, stabilité dans leur propre
vocation, préparation doctrinale dans les sciences humaines (spécialement
la psychologie) correspondant à leur charge, connaissance des méthodes
de travail en groupe»(207).
Etant sauves la distinction du for interne et du for externe, l'entière
liberté de choix des confesseurs ainsi que la prudence et la discrétion
qui conviennent au ministère de directeur spirituel, la communauté
presbytérale des éducateurs se sentira solidaire dans la
responsabilité d'éduquer les candidats au sacerdoce. C'est à
elle, toujours en référence à l'évaluation autorisée
de l'évêque et du recteur, qu'appartient en premier lieu le rôle
de promouvoir et de vérifier l'aptitude des candidats quant aux dons
spirituels, humains et intellectuels, surtout en ce qui concerne l'esprit de prière,
l'assimilation profonde de la doctrine de la foi, la capacité d'une
authentique fraternité et le charisme du célibat(208).
En tenant compte - comme les Pères synodaux l'ont rappelé -
des indications de l'Exhortation Christifideles laici et de la Lettre
apostolique Mulieris dignitatem(209), qui soulignent l'utilité d'une
saine influence de la spiritualité laïque et du charisme de la féminité
sur tout parcours éducatif, il est important de prévoir, sous des
formes prudentes et adaptées aux différents contextes culturels,
la collaboration de fidèles laïcs, hommes et femmes, dans l'oeuvre
de formation des futurs prêtres. Ils doivent être choisis avec soin,
dans le cadre des lois de l'Église, selon leur charisme particulier et
leurs compétences éprouvées. De leur collaboration bien
coordonnée et intégrée aux responsabilités éducatives
des formateurs de futurs prêtres, il est permis d'attendre des fruits
bienfaisants pour une croissance équilibrée du sens de l'Église
et pour une perception plus précise de l'identité sacerdotale, de
la part des candidats au presbytérat(210).
Les professeurs de théologie
67. Ceux qui introduisent et accompagnent les futurs prêtres dans la
doctrine sacrée par l'enseignement théologique ont une
responsabilité éducative particulière, qui, à l'expérience,
se révèle souvent plus décisive que celle des autres éducateurs
dans le développement de la personnalité du futur prêtre.
La responsabilité des enseignants de théologie, avant de
concerner les relations pédagogiques avec les candidats au sacerdoce,
porte sur la conception qu'ils doivent eux-mêmes avoir de la nature de la
théologie et du ministère sacerdotal, comme aussi sur l'esprit et
le style selon lesquels ils doivent exposer leur enseignement théologique.
En ce sens, les Pères synodaux ont affirmé à juste titre
que «le théologien doit bien avoir conscience que, dans son
enseignement, il ne tire pas son autorité de lui-même, mais qu'il
doit susciter et communiquer l'intelligence de la foi au nom du Seigneur et de
l'Église. De cette façon, le théologien, tout en utilisant
les nouvelles ressources de la science, exerce son ministère par mandat
de l'Église et collabore avec l'évêque dans son devoir
d'enseigner. Parce que les théologiens et les évêques sont
au service de la même Église dans la promotion de la foi, ils développeront
et cultiveront une confiance réciproque et, dans cet esprit, surmonteront
aussi les tensions et les conflits (cf. le développement dans
l'Instruction de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur "la
vocation ecclésiale du théologien")»(211).
Le professeur de théologie, comme tout autre éducateur, doit
rester en communion et collaborer cordialement avec toutes les autres personnes
engagées dans la formation des futurs prêtres et apporter avec une
rigueur scientifique, avec générosité, humilité et
passion, sa contribution originale et qualifiée; celle-ci n'est pas
seulement la communication d'une doctrine - même si c'est la sainte
doctrine -; elle est surtout la présentation de la perspective qui unifie
dans le dessein de Dieu tous les savoirs humains et les différentes
expressions de vie.
En particulier, la spécificité et l'efficacité
formatrice des enseignants de théologie se mesure à leur qualité
d'être avant tout «hommes de foi et pleins d'amour pour l'Église,
convaincus que le sujet adéquat de la connaissance du mystère chrétien
reste l'Église comme telle, persuadés, en conséquence, que
leur devoir d'enseigner est un authentique ministère d'Église, étant
assez riches de sens pastoral pour discerner dans l'exercice de ce ministère
non seulement les contenus mais aussi leur présentation adaptée.
Une totale fidélité au Magistère est requise des
enseignants: témoins de la foi, ils enseignent au nom de l'Église»(212).
Les communautés de provenance, les associations et mouvements
de jeunes
68. Les communautés d'où provient le candidat au sacerdoce
continuent, malgré le nécessaire détachement que comporte
le choix de la vocation, d'exercer une influence non négligeable sur la
formation du futur prêtre. Elles doivent alors être conscientes de
leur part spéciale de responsabilité.
Il faut nommer en premier lieu la famille: les parents chrétiens,
comme aussi les frères et soeurs et les autres membres du noyau familial,
ne devront jamais chercher à ramener le futur prêtre dans les étroites
limites d'une logique trop humaine, sinon mondaine, même s'ils s'inspirent
d'une sincère affection (cf. Mc 3, 20-21. 31-35). Animés eux-mêmes
de la volonté d'«accomplir la volonté de Dieu», ils
sauront, au contraire, accompagner le parcours formateur par la prière,
le respect, l'exemple des vertus familiales et l'aide spirituelle et matérielle,
surtout dans les moments difficiles. L'expérience enseigne que, dans
beaucoup de cas, cette aide multiforme s'est révélée décisive
pour le candidat au sacerdoce. Même dans le cas de parents et de familles
indifférents ou opposés au choix de la vocation, l'expression
sereine et claire de leur position et la stimulation qui en découle pour
le séminariste peuvent être d'un grand secours pour que la vocation
sacerdotale mûrisse d'une façon plus consciente et plus déterminée.
En lien profond avec la famille se trouve la communauté paroissiale;
l'une et l'autre s'unissent sur le plan de l'éducation à la foi.
De plus, la paroisse, grâce à une pastorale spéciale des
jeunes et des vocations, exerce un rôle de suppléance, par rapport à
la famille. Surtout, en tant que réalisation plus immédiate du
mystère de l'Église, la paroisse offre une contribution originale
et particulièrement précieuse à la formation du futur prêtre.
La communauté paroissiale doit continuer à considérer le
jeune en chemin vers le sacerdoce comme une partie vivante d'elle-même.
Elle doit l'accompagner par la prière, l'accueillir cordialement pendant
les périodes de vacances, respecter et favoriser la formation de son
identité sacerdotale, en lui offrant des occasions opportunes et des expériences
propres à éprouver sa vocation à la mission sacerdotale.
Même les associations et les mouvements de jeunes, signe et
confirmation de la vitalité que l'Esprit assure à l'Église,
peuvent et doivent contribuer à la formation des candidats au sacerdoce,
en particulier de ceux qui sont marqués par l'expérience chrétienne,
spirituelle et apostolique vécue dans ces communautés. Les jeunes
qui ont reçu leur formation de base dans de telles associations et qui
s'y réfèrent pour leur expérience d'Église ne
devront pas se sentir invités à se déraciner de leur passé
et à interrompre les relations avec le milieu qui a contribué à
les faire répondre à leur vocation. Ils ne devront pas effacer les
traits caractéristiques de la spiritualité qu'ils y ont reçue
et vécue, en tout ce qu'ils contiennent de bon, d'édifiant et
d'enrichissant(213). Pour eux aussi, ce milieu d'origine continue à être
source d'aide et de soutien sur le chemin de la formation au sacerdoce.
Les occasions d'éducation de la foi et de croissance chrétienne
et ecclésiale que l'Esprit offre à tant de jeunes, à
travers les multiples formes de groupes, de mouvements et d'associations
d'inspiration évangélique variée, doivent être considérées
et vécues comme le don d'une source nourrissante à l'intérieur
et au service de l'institution. En effet, un mouvement particulier ou une
spiritualité particulière «n'est pas une structure de
remplacement de l'institution. C'est au contraire la source d'une présence
qui en régénère continuellement l'authenticité
existentielle et historique. Le prêtre doit donc trouver, dans un
mouvement, la lumière et la chaleur qui le rendent capable de fidélité
à son évêque, qui le disposent à remplir les
obligations de l'institution et à être attentif à la
discipline ecclésiastique, en sorte que l'élan de sa foi et le goût
de sa fidélité soient plus intenses»(214).
Il est donc nécessaire que, dans la nouvelle communauté du séminaire
où ils sont réunis par l'évêque, les jeunes provenant
d'associations et de mouvements ecclésiaux apprennent «le respect
des autres voies spirituelles et l'esprit de dialogue et de coopération»,
qu'ils s'en tiennent avec rigueur et cordialité aux indications de
formation données par l'évêque et par les éducateurs
du séminaire, en suivant avec une confiance sincère leurs
consignes et leurs jugements(215). Cette attitude prépare, en effet, et
en quelque sorte anticipe le choix authentique du prêtre au service de
tout le peuple de Dieu, dans la communion fraternelle du presbyterium et en obéissance
à l'évêque.
La participation du séminariste et du prêtre diocésain à
des spiritualités particulières et à des groupes ecclésiaux
est certainement en soi un facteur bienfaisant de croissance et de fraternité
sacerdotale. Cependant, elle ne doit pas gêner, mais au contraire, aider
l'exercice du ministère et la vie spirituelle propres au prêtre
diocésain, qui «reste toujours le pasteur de l'ensemble. Il n'est
pas seulement le "permanent" disponible pour tous, mais il préside
à la rencontre de tous - il est en particulier à la tête des
paroisses -, afin que tous trouvent l'accueil qu'ils sont en droit d'attendre
dans la communauté et dans l'Eucharistie qui les réunit, quels que
soient leur sensibilité religieuse et leur engagement pastoral»(216).
Le candidat lui-même
69. On ne peut oublier enfin que le candidat au sacerdoce est lui-même
le protagoniste nécessaire et irremplaçable de sa formation: toute
formation, même sacerdotale, est finalement une auto-formation. Personne
en effet ne peut se substituer à la liberté responsable que chacun
possède comme personne unique.
Certes, le futur prêtre doit être le premier à acquérir
une conscience plus vive que le Protagoniste par excellence de sa formation,
c'est l'Esprit Saint qui, par le don du coeur nouveau, configure et identifie à
Jésus Christ Bon Pasteur: en ce sens, le candidat affermira de manière
radicale sa liberté d'accueillir l'action éducative de l'Esprit.
Mais accueillir cette action signifie aussi, de la part du candidat au
sacerdoce, accueillir les «médiations» humaines dont l'Esprit
se sert. C'est pourquoi l'action des différents éducateurs n'est
vraiment et pleinement efficace que si le futur prêtre y collabore de façon
personnelle, convaincue, et de bon coeur.
CHAPITRE VI
JE T'INVITE A RAVIVER LE DON QUE DIEU A DÉPOSÉ EN TOI La
formation permanente des prêtres
Les raisons théologiques de la formation permanente
70. «Je t'invite à raviver le don que Dieu a déposé
en toi» (2 Tm 1, 6).
Les paroles de l'Apôtre Paul à Timothée peuvent à
juste titre s'appliquer à cette formation permanente à laquelle
tous les prêtres sont appelés en vertu du «don de Dieu»
reçu à l'ordination. Ces paroles nous amènent à
saisir toute la vérité et l'originalité de la formation
permanente des prêtres. Un autre texte de Paul, où il écrit
au même Timothée, nous y aide également: «Ne néglige
pas le don spirituel qui est en toi, qui t'a été conféré
par une intervention prophétique accompagnée de l'imposition des
mains du collège des presbytres. Prends cela à coeur. Sois-y tout
entier, afin que tes progrès soient manifestes à tous. Veille sur
ta personne et sur ton enseignement; persévère en ces
dispositions. Agissant ainsi, tu te sauveras, toi et ceux qui t'écoutent»
(1 Tm 4, 14-16).
Comme on attise le feu sous la cendre, l'Apôtre demande à
Timothée de «raviver» le don divin, de l'accueillir et de le
vivre sans jamais perdre ou oublier cette «nouveauté permanente»
propre à chaque don de Dieu, Lui qui renouvelle toutes choses (cf. Ap 21,
5), et par conséquent de vivre ce don dans toute sa fraîcheur et sa
beauté première.
«Raviver» le don divin n'est pas seulement l'accomplissement d'un
devoir confié à la responsabilité personnelle de Timothée,
ou encore le résultat d'un effort de mémoire et de volonté.
C'est le fruit du dynamisme de grâce propre au don de Dieu. En effet,
c'est Dieu lui-même qui ravive son propre don, mieux encore qui libère
l'extraordinaire richesse de grâce et de responsabilité qu'il recèle.
Par l'effusion sacramentelle de l'Esprit Saint qui consacre et envoie, le prêtre
est configuré à Jésus Christ, Tête et Pasteur de l'Église,
et il est envoyé pour accomplir le ministère pastoral. Ainsi, pour
toujours et d'une façon indélébile, le prêtre est
marqué dans son être comme ministre de Jésus et de l'Église.
Il est intégré dans une condition de vie permanente et irréversible
et il est chargé d'un ministère pastoral qui, étant enraciné
dans son être et engageant toute son existence, est lui aussi permanent.
Le sacrement de l'Ordre confère au prêtre la grâce
sacramentelle qui le fait participer non seulement au «pouvoir» et au «ministère»
salvifique de Jésus, mais aussi à son «amour». En même
temps, cette grâce assure au prêtre toutes les grâces
actuelles qui lui seront données chaque fois que ce sera nécessaire
et utile pour bien accomplir le ministère qu'il a reçu.
La formation permanente trouve ainsi son fondement propre et sa motivation
originale dans le dynamisme du sacrement de l'Ordre.
Il ne manque certainement pas de raisons, même sur le plan humain,
pour inviter le prêtre à la formation permanente. Celle-ci est une
exigence de sa croissance humaine: chaque vie est un cheminement constant vers
la maturité qui exige une formation continue. C'est de plus une exigence
du ministère sacerdotal, si on le considère dans sa nature générale
commune aux autres professions comme service aux autres. Aujourd'hui, il n'y a
pas de profession, d'engagement ou de travail qui ne demande une mise à
jour continuelle pour demeurer efficace. L'exigence de «rester au pas»
avec le cheminement de l'histoire est une autre raison humaine qui justifie la
formation permanente.
Mais ces motifs et d'autres encore sont assumés et spécifiés
par les raisons théologiques rappelées ici et approfondies dans ce
qui suit.
Le sacrement de l'Ordre, par sa nature de «signe» qui est caractéristique
de tous les sacrements, peut être considéré, ce qu'il est réellement,
comme Parole de Dieu: il est Parole de Dieu qui appelle et envoie, et il est
l'expression la plus forte de la vocation et de la mission du prêtre. Par
le sacrement de l'Ordre, Dieu appelle en présence de l'Église le
candidat «au» sacerdoce. Le «viens et suis-moi» de Jésus
est proclamé totalement et de façon définitive dans la célébration
du sacrement de son Église; il se manifeste et se communique par la voix
de l'Église sur les lèvres de l'évêque qui prie et
impose les mains. Et le prêtre répond dans la foi à l'appel
de Jésus: «Je viens et je te suis». Commence alors cette réponse,
cette option fondamentale, qui doit être réexprimée et réaffirmée
au long des années par de si nombreuses autres réponses, toutes
enracinées et vivifiées par le «oui» de l'ordination.
En ce sens, il est donc possible de parler d'une vocation «dans»
le sacerdoce. En réalité, Dieu continue à appeler et à
envoyer quand il révèle son dessein de salut dans le déroulement
de la vie du prêtre, dans les événements de la vie de l'Église
et de la société. C'est dans cette perspective qu'apparaît
la signification de la formation permanente; elle est nécessaire pour
discerner et suivre cette constante vocation ou volonté de Dieu. C'est
ainsi que l'Apôtre Pierre est appelé à suivre Jésus même
après que le Ressuscité lui a confié son troupeau: «Jésus
lui dit: "Pais mes brebis. En vérité, en vérité,
je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta
ceinture, et tu allais où tu voulais; quand tu seras devenu vieux, tu étendras
les mains, un autre te nouera ta ceinture et te mènera où tu ne
voudrais pas". Il indiquait par là le genre de mort par lequel
Pierre devait glorifier Dieu. Ayant ainsi parlé, il lui dit: "Suis-moi"»
(Jn 21, 17-19). Il y a donc un «suis-moi» qui accompagne la vie et la
mission de l'apôtre. C'est un «suis-moi» qui confirme l'appel et
l'exigence de fidélité jusqu'à la mort (cf. Jn 21, 22), un «suis-moi»
pouvant signifier une suite du Christ par le don total de soi dans le martyre
(217).
Les Pères du Synode ont exprimé la raison qui montre la nécessité
de la formation permanente et qui en révèle la nature profonde
quand ils l'ont qualifiée de «fidélité» au ministère
sacerdotal et de «processus de conversion continue» (218). C'est
l'Esprit Saint, donné dans le sacrement, qui soutient le prêtre
dans cette fidélité, qui l'accompagne et le stimule dans ce
cheminement de conversion continue. Le don de l'Esprit ne remplace pas mais
sollicite la liberté du prêtre afin qu'il coopère d'une manière
responsable et assume sa formation permanente comme une tâche qui lui est
confiée. De cette façon, la formation permanente est à la
fois l'expression et la condition de cette fidélité du prêtre
à son ministère, plus encore à son être même.
Elle est donc amour de Jésus Christ et cohérence avec soi-même.
Mais elle est aussi un acte d'amour envers le peuple de Dieu dont le prêtre
est le serviteur. Il s'agit même d'un véritable acte de justice: le
prêtre doit en rendre compte, car il est appelé à reconnaître
et à promouvoir ce «droit» fondamental du peuple de Dieu comme
destinataire de la Parole de Dieu, des sacrements et du service de la charité
qui forment le contenu original et irréductible de son ministère
pastoral. La formation permanente est nécessaire afin que le prêtre
puisse répondre de façon appropriée à ce droit du
peuple de Dieu.
L'âme et la forme de la formation permanente du prêtre sont la
charité pastorale. L'Esprit Saint, qui donne la charité pastorale,
conduit et accompagne le prêtre dans une connaissance toujours plus
profonde du mystère du Christ dont la richesse est insondable (cf. Ep
3,14-19) et, d'un même mouvement, dans la connaissance du mystère
du sacerdoce chrétien. Cette même charité pastorale incite
le prêtre à se préoccuper toujours plus des attentes, des
besoins, des problèmes et des sentiments des destinataires de son ministère,
cela dans leurs situations concrètes, personnelles, familiales et
sociales.
Voilà donc l'objectif de la formation permanente: un projet libre et
conscient pour correspondre au dynamisme de la charité pastorale et de
l'Esprit Saint qui en est la source principale et le soutien constant. En ce
sens, la formation permanente est une exigence intrinsèque du don de
l'ordination et du ministère sacramentel ainsi reçu. Elle se révèle
toujours nécessaire, en tout temps. Aujourd'hui cependant, elle est
particulièrement urgente, non seulement à cause de la mutation
rapide des conditions sociales et culturelles des personnes et des peuples auprès
desquels s'exerce le ministère presbytéral, mais aussi pour cette «nouvelle
évangélisation» qui constitue la tâche urgente de l'Église
en cette fin du second millénaire.
Les diverses dimensions de la formation permanente
71. La formation permanente des prêtres, diocésains ou
religieux, est le prolongement naturel et tout à fait nécessaire
du processus de structuration de la personnalité sacerdotale commencé
et développé au séminaire ou dans la maison religieuse
durant la formation en vue de l'ordination.
Il est particulièrement important de percevoir et de respecter le
lien intrinsèque entre la formation précédant l'ordination
sacerdotale et celle qui vient ensuite. Car s'il y avait discontinuité ou
même divergence entre ces deux étapes de la formation, il en résulterait
immédiatement de graves conséquences pour l'activité
pastorale et la communion fraternelle entre les prêtres, surtout entre
ceux d'âges différents. La formation permanente n'est pas une répétition
de celle qui a été acquise au séminaire et qu'il s'agirait
simplement de revoir ou d'élargir par de nouvelles applications. Avec un
contenu et surtout selon des procédés relativement neufs, elle se
développe comme une réalité vitale et intégrée.
Tout en s'enracinant dans la formation reçue au séminaire, elle
exige adaptations, mises à jour et rectifications, sans pour autant opérer
des ruptures ou des solutions de continuité.
D'autre part, la formation permanente se prépare dès le temps
du séminaire. Il faut éveiller l'intérêt et le désir
des futurs prêtres en leur montrant la nécessité, les
avantages et l'esprit de la formation permanente, et en assurant les conditions
de sa mise en oeuvre.
Parce que la formation permanente prolonge celle du séminaire, elle
ne vise pas seulement une attitude pour ainsi dire professionnelle par
l'apprentissage de nouvelles techniques pastorales. Elle doit plutôt
garder vivant et complet tout un processus de maturation continue par
l'approfondissement de chacune des dimensions de la formation (humaine,
spirituelle, intellectuelle et pastorale) et de leur relation étroite et
spécifique dans la charité pastorale.
72. Un premier aspect de cet approfondissement concerne la dimension humaine
de la formation sacerdotale. Le prêtre doit grandir dans le contact
quotidien avec les autres et dans le partage de leur vie de chaque jour; il doit
approfondir la sensibilité humaine qui permet de comprendre les besoins
et d'accueillir les appels, de pressentir les demandes inexprimées, de
partager les espoirs et les attentes, les joies et les soucis de la vie commune,
d'être capable de rencontrer chacun et de dialoguer avec tous. Par-dessus
tout, en connaissant et en partageant, c'est-à-dire en faisant sienne
l'expérience humaine de la souffrance sous toutes ses formes, de
l'indigence à la maladie, de la marginalité à l'ignorance, à
la solitude et aux diverses pauvretés matérielles ou morales, le
prêtre enrichit son expérience humaine qu'il rend plus authentique
et transparente dans un amour croissant et ardent pour l'homme.
Pour l'épanouissement de sa formation humaine, le prêtre reçoit
l'aide de la grâce de Jésus Christ: la charité du Bon
Pasteur, en effet, s'est exprimée non seulement par le don du salut aux
humains mais aussi par le partage de leur vie; le Verbe qui s'est fait «chair»
(cf. Jn 1,14) a voulu connaître la joie et la souffrance, expérimenter
la fatigue, partager les émotions et soulager la peine. En vivant comme
un homme parmi les hommes et avec les hommes, Jésus Christ offre
l'expression la plus complète, la plus authentique et la plus parfaite de
ce qui est humain: nous le voyons prendre part à une fête aux noces
de Cana, fréquenter une famille d'amis, s'émouvoir pour la foule
affamée qui le suit, rendre à leurs parents des enfants malades ou
morts, pleurer la perte de Lazare...
Le peuple de Dieu doit pouvoir dire du prêtre, dont la sensibilité
humaine s'est enrichie d'une expérience de plus en plus grande, quelque
chose d'analogue à ce que l'auteur de la Lettre aux Hébreux dit de
Jésus: «Nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à
compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé
en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché»
(He 4, 15).
La dimension spirituelle de la formation du prêtre est une exigence de
la vie nouvelle et évangélique à laquelle il est appelé
d'une façon spécifique par l'Esprit Saint donné dans le
sacrement de l'Ordre. L'Esprit, en consacrant le prêtre et le configurant à
Jésus Christ Tête et Pasteur, crée un lien dans l'être
même du prêtre; ce lien doit être assumé et vécu
d'une manière personnelle, c'est-à-dire consciente et libre, par
une vie de communion et d'amour toujours plus riche et un partage toujours plus
grand et radical des sentiments et des attitudes de Jésus Christ. Dans ce
lien entre le Seigneur Jésus et le prêtre, lien ontologique et
psychologique, sacramentel et moral, résident le fondement en même
temps que la force nécessaire de cette «vie dans l'Esprit» et
de ce «radicalisme évangélique» auquel chaque prêtre
est appelé et que favorise la formation permanente sous son aspect
spirituel. Cette formation est également nécessaire pour le ministère
sacerdotal, pour son authenticité et sa fécondité
spirituelle. «Te consacres-tu au soin des âmes?», se demandait
saint Charles Borromée. Et il répondait ainsi dans un discours aux
prêtres: «Ne néglige pas pour cela le soin de toi-même
et ne te donne pas aux autres au point qu'il ne reste rien de toi et rien pour
toi. Tu dois sans doute te souvenir des âmes dont tu es le pasteur, mais
ne t'oublie pas toi-même. Comprenez, mes frères, que rien ne nous
est aussi nécessaire que la méditation qui précède,
accompagne et suit toutes nos actions: je chanterai, dit le prophète, et
je méditerai (cf. Ps 100,1). Si tu donnes les sacrements, mon frère,
médite ce que tu fais. Si tu célèbres la messe, médite
ce que tu offres. Si tu récites les psaumes au choeur, médite à
qui et de quoi tu parles. Si tu guides les âmes, médite sur le sang
qui les a purifiées. Et que tout soit fait entre vous dans la charité
(1 Co 16,14). Ainsi nous pourrons surmonter les difficultés que nous
rencontrons chaque jour, et elles sont nombreuses. Du reste, c'est ce qu'exige
la tâche qui nous est confiée. Si nous agissons ainsi, nous aurons
la force pour engendrer le Christ en nous et chez les autres»(219).
La vie de prière, en particulier, doit être en «réforme»
permanente chez le prêtre. En effet, l'expérience enseigne que,
dans le domaine de l'oraison, on ne peut vivre sur son acquis. Non seulement il
faut chaque jour reconquérir la fidélité extérieure
aux moments de prière, surtout ceux de la Liturgie des Heures et ceux qui
sont laissés au choix personnel sans le soutien du rythme liturgique,
mais encore faut-il spécialement rééduquer la recherche
persévérante d'une vraie rencontre personnelle avec Jésus,
un dialogue confiant avec le Père et une expérience profonde de
l'Esprit.
Ce que l'Apôtre Paul affirme au sujet de tous les croyants qui doivent
parvenir «à constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge,
qui réalise la plénitude du Christ» (Ep 4,13) peut être
appliqué d'une façon spécifique aux prêtres appelés
à la perfection de la charité et donc à la sainteté;
leur ministère pastoral lui-même exige qu'ils soient des modèles
vivants pour tous les fidèles.
La dimension intellectuelle de la formation demande aussi à être
poursuivie et approfondie durant toute la vie du prêtre, en particulier
par l'étude et un «aggiornamento» culturel sérieux et
appliqué. Participant à la mission prophétique de Jésus
et intégré dans le mystère de l'Église, maîtresse
de vérité, le prêtre est appelé à révéler
aux hommes à la fois le visage de Dieu et le vrai visage de l'homme en Jésus
Christ(220). Cela exige cependant que le prêtre lui-même recherche
ce visage et le contemple avec vénération et amour (cf. Ps
26,8; 41,2). Ainsi seulement pourra-t-il le faire connaître aux autres. En
particulier, la poursuite de l'étude de la théologie est
indispensable pour que le prêtre puisse remplir fidèlement le
ministère de la Parole, annonçant celle-ci sans confusion ni
ambiguïté, la distinguant des opinions simplement humaines, si
renommées et répandues soient-elles. Il pourra ainsi se mettre
vraiment au service du peuple de Dieu en l'aidant à rendre compte, à
tous ceux qui le réclament, de son espérance chrétienne (1
P 3,15). En outre, «en s'appliquant avec conscience et persévérance
à l'étude de la théologie, le prêtre est en mesure
d'assimiler sous une forme solide et personnelle l'authentique richesse de l'Église.
Il peut alors accomplir la mission qui lui fait un devoir de répondre aux
difficultés sur l'authentique doctrine catholique, de surmonter la
tendance - la sienne et celle d'autrui - à la désapprobation et à
l'attitude négative vis-à-vis du Magistère et de la
tradition»(221).
L'aspect pastoral de la formation permanente est bien exprimé par
l'Apôtre Pierre: «Chacun selon la grâce reçue,
mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d'une mul
tiple grâce de Dieu» (1 P 4, 10). Pour vivre chaque jour selon la grâce
reçue, le prêtre doit être toujours plus ouvert pour faire
sienne la charité pastorale de Jésus Christ donnée par son
Esprit dans le sacrement reçu. De même que toute l'action du
Seigneur a été le fruit et le signe de sa charité
pastorale, il doit en être de même pour l'activité ministérielle
du prêtre. Par ailleurs, la charité pastorale est un don et, en même
temps, un devoir, une grâce et une responsabilité réclamant
notre fidélité; il faut donc l'accueillir et en vivre le dynamisme
jusque dans ses exigences les plus radicales. Cette même charité
pastorale, comme il a été dit, incite et pousse le prêtre à
toujours mieux connaître la condition réelle de ceux et celles à
qui il est envoyé, à discerner les appels de l'Esprit dans les
circonstances historiques où il se trouve, à rechercher enfin les
méthodes les plus adaptées et les façons les plus utiles
d'exercer aujourd'hui son ministère. La charité pastorale anime
ainsi et soutient les efforts humains du prêtre afin que son activité
pastorale soit adaptée, crédible et efficace. Mais ceci exige une
formation pastorale permanente.
Le cheminement vers la maturité demande non seulement que le prêtre
approfondisse sans cesse toutes ces dimensions de sa formation, mais aussi et
surtout qu'il sache les intégrer avec harmonie au point d'en arriver peu à
peu à l'unité intérieure qui sera assurée par la
charité pastorale. En effet, celle-ci non seulement coordonne et unifie
ces divers aspects de la formation mais elle leur confère leur qualité
spécifique de formation du prêtre en tant que tel, c'est-à-dire
comme image transparente et vivante, comme sacrement de Jésus le Bon
Pasteur.
La formation permanente aide le prêtre à surmonter la tentation
de ramener son ministère à un activisme qui serait une fin en soi,
de l'occuper de façon impersonnelle à toutes sortes de choses, si
spirituelles ou sacrées soient-elles, ou encore de le réduire à
un fonctionnariat au service de l'organisation ecclésiastique. Seule la
formation permanente aide le «prêtre» à préserver
avec un amour vigilant le «mystère» qu'il porte en lui pour le
bien de l'Église et de l'humanité.
La signification profonde de la formation permanente
73. La diversité et la complémentarité des dimensions
de la formation permanente nous en font mieux saisir la signification profonde:
aider le prêtre pour que son être et son agir soient dans l'esprit
et selon le style de Jésus le Bon Pasteur.
La vérité est à faire! Saint Jacques nous en avertit: «Mettez
la Parole en pratique. Ne soyez pas seulement des auditeurs qui s'abusent eux-mêmes»
(Jc 1, 22). Les prêtres sont appelés à «faire la vérité»
de leur être, autrement dit à vivre «dans la charité»
(cf. Ep 4, 15) leur identité et leur ministère dans l'Église
et pour l'Église. Ils sont invités à une conscience
toujours plus vive du don de Dieu, à en faire mémoire sans cesse.
C'est bien l'exhortation de Paul à Timothée: «Garde le bon dépôt
avec l'aide de l'Esprit Saint qui habite en nous» (2 Tm 1, 14).
Dans le contexte ecclésiologique déjà évoqué
à plusieurs reprises, il est possible d'apprécier la signification
profonde de la formation permanente du prêtre en fonction de sa présence
et de son action dans l'Église mystère, communion et mission.
Dans l'Église «mystère», le prêtre est appelé,
au moyen de la formation permanente, à conserver et à développer
dans la foi la conscience de la vérité entière et étonnante
de son être: il est serviteur du Christ et intendant des mystères
de Dieu (cf. 1 Co 4, 1). Paul demande expressément aux chrétiens
de le considérer selon cette identité et lui-même, le
premier, vit conscient du don sublime reçu du Seigneur. Il doit en être
ainsi pour chaque prêtre s'il veut demeurer dans la vérité
de son être. Mais seule la foi, seul un regard avec les yeux du Christ
rendent cela possible.
En ce sens, peut-on dire, la formation permanente vise à ce que le prêtre
soit un croyant et le devienne toujours davantage, qu'il se voie toujours tel
qu'il est en vérité avec les yeux du Christ. Il doit préserver
cette vérité avec un amour reconnaissant et joyeux. Il doit
renouveler sa foi en exerçant le ministère sacerdotal, se savoir
serviteur de Jésus Christ et sacrement de l'amour de Dieu pour l'homme
chaque fois qu'il est intermédiaire et instrument vivant du don de la grâce
de Dieu aux hommes. Il doit reconnaître cette même vérité
dans ses confrères, car tel est le principe de son estime et de son amour
envers les autres prêtres.
74. Dans l'Église «communion», la formation permanente aide
le prêtre à développer cette conscience que son ministère
est ordonné en fin de compte à réunir la famille de Dieu
dans une fraternité animée par la charité et à la
conduire au Père par le Christ dans l'Esprit Saint(222).
Le prêtre doit croître dans la conscience de la profonde
communion qui le relie au peuple de Dieu; il n'est pas seulement «devant»
l'Église mais d'abord et avant tout «dans» l'Église. Il
est frère parmi ses frères. Revêtu par le baptême de
la dignité et de la liberté des enfants de Dieu dans le Fils
unique, le prêtre est membre du même et unique corps du Christ (cf.
Ep 4,16). La conscience de cette communion pousse à susciter et à
développer la coresponsabilité dans une même et unique
mission de salut en valorisant avec empressement et de bon coeur tous les
charismes et les fonctions que l'Esprit répartit aux croyants pour la
construction de l'Église. C'est d'abord et avant tout dans
l'accomplissement du ministère pastoral, ordonné par sa nature au
bien du peuple de Dieu, que le prêtre doit vivre et témoigner de sa
profonde communion avec tous. Comme l'écrivait Paul VI, «il faut se
faire les frères des hommes du fait même que nous voulons être
leurs pasteurs, leurs pères et leurs maîtres. Le climat du
dialogue, c'est l'amitié. Bien plus, c'est le service»(223).
De façon plus spécifique, le prêtre est appelé à
développer la conscience d'être membre de l'Église particulière
à laquelle il est incardiné, c'est-à-dire intégré
par un lien à la fois juridique, spirituel et pastoral. Une telle
conscience suppose et développe l'amour particulier pour sa propre Église.
En réalité, celle-ci est l'objet vivant et permanent de la charité
pastorale qui doit guider la vie du prêtre. La charité pastorale le
conduit, en effet, à partager l'histoire et l'expérience de vie de
son Église particulière, avec ses richesses et ses fragilités,
ses difficultés et ses espérances, et à travailler pour
elle en vue de sa croissance. Ayant beaucoup reçu de son Église
particulière et participant activement à son édification,
chaque prêtre, uni à ses confrères, prolonge l'activité
pastorale de ses prédécesseurs. C'est une exigence naturelle de la
charité pastorale à l'égard de son Église particulière
et de son avenir ministériel qui engage le prêtre à se
soucier de se trouver, en quelque sorte, un successeur dans le sacerdoce.
Le prêtre doit grandir aussi dans la conscience de la commu nion qui
subsiste entre les diverses Églises particulières, une communion
enracinée dans leur être même d'Églises qui vivent
localement l'unique et universelle Église du Christ. Une telle conscience
de la communion inter-ecclésiale favorisera «l'échange des
dons», en commençant par ces dons vivants et personnels que sont les
prêtres eux-mêmes. D'où la disponibilité, mieux encore
l'engagement généreux pour réaliser une distribution équitable
du clergé(224). Parmi ces Églises particulières, il faut
rappeler celles qui, «privées de la liberté, ne peuvent pas
avoir leurs propres vocations», comme aussi «les Églises récemment
sorties de la persécution et ces Églises pauvres qui, depuis
longtemps et de la part de plusieurs, ont reçu de l'aide dans un esprit
fraternel et en reçoivent encore»(225).
Au sein de la communion ecclésiale, le prêtre est appelé
en particulier à croître, par sa formation permanente, comme membre
du presbyterium uni à l'évêque. Le presbyterium en toute vérité
est un mystère; il est en effet une réalité surnaturelle,
car il s'enracine dans le sacrement de l'Ordre. Voilà sa source et son
origine, le «lieu» de sa naissance et de sa croissance. En effet, «les
prêtres par le sacrement de l'Ordre sont rattachés par un lien
personnel et indissoluble au Christ unique prêtre. L'ordination leur est
conférée comme individus, mais il sont insérés dans
la communion du presbyterium ensemble avec l'évêque (Lumen gentium,
n. 28; Presbyterorum ordinis, nn. 7-8)»(226).
Cette origine sacramentelle se reflète et se prolonge dans l'exercice
du ministère presbytéral: du mystère au ministère. «L'unité
des prêtres avec l'évêque et entre eux ne s'ajoute pas comme
de l'extérieur à la nature distincte de leur service, mais elle en
exprime l'essence, à savoir la mission du Christ prêtre à l'égard
du peuple rassemblé dans l'unité de la Sainte Trinité»(227).
Par cette unité presbytérale, vécue dans l'esprit de la
charité pastorale, les prêtres sont témoins de Jésus
Christ qui a prié le Père «pour que tous soient un» (Jn
17, 21).
La physionomie du presbyterium est donc celle d'une vraie famille et d'une
fraternité dont les liens ne sont ni de la chair ni du sang, mais de la
grâce de l'Ordre. Cette grâce assume et élève les
rapports humains, psychologiques, affectifs, amicaux et spirituels entre prêtres;
elle se manifeste partout et se révèle concrètement dans
les formes les plus variées d'entraide spiri tuelle et aussi matérielle.
La fraternité presbytérale n'exclut personne; elle peut et doit
avoir cependant ses préférences dans le sens de l'option évangélique
pour qui a le plus besoin d'aide ou d'encouragement. Une telle fraternité
«accorde une attention spéciale aux jeunes prêtres, entretient
un dialogue cordial et fraternel avec ceux d'âge moyen ou avancé
ainsi qu'avec ceux qui pour diverses raisons vivent des difficultés.
Quant aux prêtres qui ont quitté le ministère ou qui n'y
sont plus fidèles, non seulement elle ne les abandonne pas, mais elle les
suit avec une attention encore plus fraternelle»(228).
Les prêtres religieux résidant et travaillant dans une Église
particulière font aussi partie, à un titre différent, de
l'unique presbyterium. Leur présence constitue un enrichissement pour
tous les prêtres. Leurs divers charismes particuliers, tout en invitant
les prêtres à progresser dans la compréhension du sacerdoce,
contribuent à stimuler et à accompagner leur formation permanente.
Le don de la vie religieuse dans la communauté diocésaine, quand
il va de pair avec l'estime sincère et le respect de la particularité
de chaque Institut et de chaque tradition spirituelle, élargit l'horizon
du témoignage chrétien et contribue de diverses façons à
enrichir la spiritualité sacerdotale. Il joue surtout ce rôle en ce
qui touche le rapport adéquat et l'influence réciproque entre les
valeurs de l'Église particulière et celles de l'ensemble du peuple
de Dieu. De leur côté, les religieux seront attentifs à
maintenir un esprit de vraie communion ecclésiale, une participation
cordiale à la marche du diocèse et aux options pastorales de l'évêque,
en offrant volontiers leur propre charisme pour l'édification de tous
dans la charité(229).
Enfin, c'est dans le contexte de l'Église communion et du
presbyterium qu'on peut le mieux faire face au problème de la solitude du
prêtre qui a retenu l'attention des Pères synodaux. Il existe une
solitude qui fait partie de l'expérience de tous et qui est absolument
normale. Mais il existe aussi une solitude engendrée par toutes sortes de
difficultés et qui, à son tour, provoque d'autres problèmes.
En ce sens, «la participation active au presbyterium diocésain, les
contacts réguliers avec l'évêque et les autres prêtres,
la collaboration mutuelle, la vie commune ou fraternelle entre prêtres,
ainsi que l'amitié et les rapports cordiaux avec les laïcs engagés
activement dans les paroisses sont des moyens très utiles pour surmonter
les effets de la solitude que parfois le prêtre peut expérimenter»(230).
La solitude ne crée pas seulement des difficultés; elle présente
aussi des avantages pour la vie du prêtre. «Acceptée dans un
esprit d'oblation et de recherche dans l'intimité avec le Seigneur Jésus
Christ, la solitude peut favoriser l'oraison et l'étude, comme elle peut
aussi aider la sanctification et la croissance humaine»(231). Sans oublier
qu'une certaine forme de solitude est nécessaire pour la formation
permanente. Jésus savait souvent se retirer pour prier dans la solitude
(cf. Mt 14,23). La capacité de supporter une solitude bienfaisante est
une condition indispensable au maintien de la vie intérieure. Il s'agit
d'une solitude habitée par la présence du Seigneur qui, dans la
lumière de l'Esprit, nous met en contact avec le Père. En ce sens,
il est nécessaire de faire silence et de rechercher des espaces et des
temps de «désert» pour la formation permanente intellectuelle,
spirituelle et pastorale. En ce sens également, on peut affirmer que
celui qui ne sait pas bien vivre sa solitude n'est pas capable de communion
vraie et fraternelle.
75. La formation permanente est destinée à développer
chez le prêtre la conscience de sa participation à la mission
salvifique de l'Église. Dans l'Église «mission», la
formation permanente du prêtre est non seulement une condition nécessaire,
mais aussi un moyen indispensable pour raviver constamment le sens de la mission
et en garantir une réalisation fidèle et généreuse.
Une telle formation aide le prêtre à percevoir toute la gravité
et en même temps la grâce admirable d'une obligation qui ne peut le
laisser indifférent. Comme Paul, il doit pouvoir dire: «Prêcher
l'Évangile, en effet, n'est pas pour moi un titre de gloire; c'est une nécessité
qui m'incombe. Oui, malheur à moi si je ne prêchais pas l'Évangile!»
(1 Co 9,16). Cette formation aide à percevoir aussi l'intensité de
la quête, explicite ou non, menée par les hommes que Dieu appelle
au salut sans jamais se lasser.
Seule une formation permanente adéquate réussit à
soutenir le prêtre dans cette fidélité essentielle et décisive
pour son ministère. Comme l'écrit l'Apôtre Paul, «tout
ce qu'on demande à des intendants [des mystères de Dieu], c'est
que chacun soit trouvé fidèle» (1 Co 4,2). Quelles que soient
les difficultés rencon trées, même dans les conditions les
plus dures ou dans un état de fatigue compréhensible, le prêtre
doit être fidèle avec toute l'énergie dont il dispose, et
cela jusqu'à la fin de sa vie. Le témoignage de Paul doit être
un exemple et un stimulant pour tout prêtre. «Nous ne donnons à
personne aucun sujet de scandale - écrit-il aux chrétiens de
Corinthe -, pour que notre ministère ne soit pas décrié. Au
contraire, nous nous affirmons en tout comme des ministres de Dieu: par une
grande constance dans les tribulations, dans les détresses, dans les
angoisses, sous les coups, dans les prisons, dans les émeutes, dans les
fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes; par la pureté, par la
science, par la longanimité, par la bénignité, par un
esprit saint, par une charité sans feinte, par la parole de vérité,
par la puissance de Dieu; par les armes offensives et défensives de la
justice; dans l'honneur et l'humiliation, dans la mauvaise et la bonne réputation;
tenus pour imposteurs et pourtant véridiques; pour gens obscurs, nous
pourtant si connus; pour gens qui vont mourir, et nous voilà vivants;
pour gens qu'on châtie, mais sans les mettre à mort; pour affligés,
nous qui sommes toujours joyeux; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches;
pour gens qui n'ont rien, nous qui possédons tout» (2 Co 6, 3-10).
A tout âge et dans toute condition de vie
76. La formation permanente, précisément parce qu'elle est «permanente»,
doit toujours être présente dans la vie des prêtres, à
tout âge et dans toute condition de vie, quel que soit le niveau de
responsabilité ecclésiale. Elle le sera évidemment en
tenant compte des possibilités et des caractéristiques
correspondant à la variété des âges, des conditions
de vie et des fonctions assumées.
La formation permanente est un devoir, avant tout, pour les jeunes prêtres.
Selon une fréquence appropriée et un programme systématique
de rencontres prolongeant le sérieux et la solidité de la
formation reçue au séminaire, elle les conduit peu à peu à
comprendre et à vivre la richesse unique de ce «don» de Dieu
qu'est le sacerdoce. Elle leur permet aussi d'exprimer leurs aptitudes au ministère,
entre autres par une insertion toujours plus convaincue et responsable dans le
presbyterium, et par conséquent dans la communion et la coresponsabilité
avec tous leurs confrères.
Si un certain sentiment de «satiété» est compréhensible
chez le jeune prêtre à peine sorti du séminaire face à
de nouveaux temps d'étude et de rencontre, il faut écarter comme
absolument fausse et dangereuse l'idée que la formation sacerdotale se
termine en quittant le séminaire.
En participant aux rencontres de formation permanente, les jeunes prêtres
se donneront un appui réciproque par le partage d'expériences et
de réflexions sur la façon de traduire concrètement l'idéal
sacerdotal qu'ils ont fait leur durant les années de séminaire. En
même temps, leur participation active aux rencontres de formation du
presbyterium pourra être un exemple et un stimulant pour les autres prêtres
plus avancés en âge. En effet, ils témoigneront ainsi de
leur amour envers l'ensemble du presbyterium et de leur enthousiasme pour répondre
au besoin de l'Église particulière d'avoir des prêtres bien
formés.
Pour accompagner les jeunes prêtres dans cette première étape
si délicate de leur vie sacerdotale et de leur ministère, il est
plus que jamais opportun, sinon tout à fait nécessaire
aujourd'hui, de créer une structure spéciale de soutien avec des
conseillers et des maîtres appropriés. Les jeunes prêtres
pourront y trouver, sous un mode structuré et suivi, l'appui nécessaire
pour bien commencer leur service sacerdotal. Lors de rencontres régulières
suffisamment longues et fréquentes, éventuellement dans un cadre
de vie communautaire et en résidant ensemble, on leur donnera la
possibilité de moments précieux de repos, de prière, de réflexion
et d'échange fraternel. Il leur sera ainsi plus facile, dès le début,
d'assurer l'équilibre évangélique de leur vie sacerdotale.
Si les Églises particulières ne peuvent pas, à elles
seules, offrir ce service à leurs jeunes prêtres, il sera opportun
que les Églises voisines s'unissent pour dégager ensemble les
ressources nécessaires et élaborer des programmes adaptés.
77. La formation permanente constitue également un devoir pour les prêtres
d'âge moyen. En réalité, ils peuvent courir des risques
multiples en raison même de leur âge, par exemple un activisme exagéré
ou une certaine routine dans l'exercice du ministère. Ou encore la
tentation de présumer de soi comme si l'expérience per sonnelle désormais
éprouvée ne devait plus se confronter à rien d'autre ni à
personne. Il n'est pas rare que le prêtre souffre alors d'une sorte de
lassitude intérieure dangereuse, signe d'une désillusion résignée
face aux difficultés et aux échecs. La réponse à
cette situation est donnée par la formation permanente, par un examen
continu de son équilibre personnel et de son action, par la recherche
constante de motivations et de moyens pour sa mission. Le prêtre gardera
ainsi un esprit vigilant et disponible aux requêtes en vue du salut,
constamment renouvelées, que beaucoup adressent au prêtre, «homme
de Dieu».
La formation permanente doit intéresser aussi les prêtres d'âge
avancé, appelés les anciens, qui, dans certaines Églises,
forment le groupe le plus nombreux du presbyterium. Celui-ci doit leur témoigner
sa reconnaissance pour le service fidèle qu'ils ont rendu au Christ et à
l'Église, ainsi qu'une solidarité concrète qui tienne
compte de leur condition. Pour ces prêtres, la formation permanente sera
moins une question d'étude, de discussion et de mise à jour
culturelle qu'une confirmation sereine et apaisante du rôle qu'ils sont
encore appelés à jouer dans le presbyterium. Ce rôle sera défini
non seulement par la poursuite du ministère pastoral, éventuellement
sous des formes différentes, mais aussi par la possibilité que
leur donne l'expérience de la vie et de l'apostolat de devenir eux-mêmes
d'authentiques maîtres et formateurs des autres prêtres.
Même les prêtres qui, à cause de la fatigue ou de la
maladie, se trouvent dans une condition de fragilité physique ou de
lassitude morale peuvent être aidés par la formation permanente.
Celle-ci les encourage à continuer à servir l'Église d'une
façon sereine et courageuse, à ne pas s'isoler de la communauté
ni du presbyterium, à réduire leur activité extérieure
pour se consacrer aux activités de relation pastorale et de spiritualité
personnelle capables d'étayer les raisons d'être et la joie de leur
sacerdoce. La formation permanente les aidera en particulier à garder
vivante la conviction, qu'eux-mêmes ont inculquée aux fidèles,
d'être toujours des membres actifs dans l'édification de l'Église,
spécialement par la force de leur union à Jésus Christ
souffrant et à tant d'autres frères et soeurs qui dans l'Église
participent à la passion du Seigneur. Avec eux, ils revivent l'expérience
de Paul qui disait: «Je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure
pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves
du Christ pour son Corps, qui est l'Église» (Col 1, 24)(232).
Les responsables de la formation permanente
78. Les conditions actuelles du ministère des prêtres, souvent
et dans plusieurs endroits, ne facilitent pas un engagement sérieux de
formation permanente. La multiplication des tâches et des services à
rendre, la complexité de la vie humaine en général et de
celle des communautés chrétiennes en particulier, l'activisme et
l'essoufflement qui caractérisent divers milieux de notre société,
autant de facteurs qui privent souvent les prêtres du temps et de l'énergie
indispensables pour «veiller sur eux-mêmes» (cf. 1 Tm 4, 16).
Cela doit faire grandir la responsabilité de tous pour surmonter ces
difficultés, et même pour y voir le défi d'élaborer
et de réaliser une formation permanente répondant adéquatement
à la grandeur du don de Dieu et à la gravité des requêtes
et des exigences de notre temps.
Les responsables de la formation permanente des prêtres doivent
appartenir à l'Église «communion». En ce sens, c'est
toute l'Église particulière qui, sous la conduite de l'évêque,
est responsable d'animer et d'établir les diverses modalités de la
formation permanente des prêtres. Car ceux-ci ne sont pas prêtres
pour eux-mêmes, mais pour le peuple de Dieu. Aussi la formation
permanente, en assurant la maturité humaine, spirituelle, intellectuelle
et pastorale des prêtres, a-t-elle pour résultat un bien dont le
destinataire est le peuple de Dieu lui-même. Du reste, l'exercice même
du ministère pastoral mène à un échange réciproque,
constant et fécond, entre la vie de foi des prêtres et celle des
fidèles. Le partage de vie entre le prêtre et la communauté,
mené et mis à profit avec sagesse, constitue une contribution
fondamentale à la formation permanente. Cette contribution d'ailleurs ne
se réduit pas à une période limitée ou à une
initiative isolée, mais se déploie à travers tout le ministère
et la vie du prêtre.
En effet, l'expérience chrétienne des gens simples et humbles,
les élans spirituels des personnes éprises de Dieu, la mise en
pratique courageuse de la foi par les chrétiens engagés dans
diverses responsabilités sociales et civiles, tout cela est reçu
par le prêtre et, en y portant la lumière de son service
sacerdotal, il y trouve lui-même un aliment spirituel de grande valeur. Même
les doutes, les crises et les hésitations face aux situations
personnelles ou sociales de toutes sortes, ou encore les tentations de refus ou
de désespoir à l'heure de la souffrance, de la maladie, de la
mort, bref toutes les difficultés que rencontrent les hommes sur le
chemin de la foi sont vécues par le prêtre. Il les partage comme un
frère et en souffre sincèrement dans son coeur. En cherchant des réponses
pour les autres, il est sans cesse amené à en trouver d'abord pour
lui-même.
Ainsi le peuple de Dieu en entier, dans tous ses membres, peut et doit
apporter une aide appréciable à la formation permanente de ses prêtres.
En ce sens, il doit leur laisser du temps pour l'étude et la prière,
leur demander ce pourquoi ils ont été mandatés par le
Christ et rien d'autre, puis collaborer dans les divers secteurs de la mission
pastorale avec une attention spéciale pour ce qui se rapporte à la
promotion humaine et au service de la charité. Il doit entretenir avec
ses prêtres des contacts chaleureux et fraternels et susciter chez eux la
conscience qu'ils n'ont pas à «régenter la foi» mais
plutôt à «contribuer à la joie» de tous les fidèles
(cf. 2 Co 1, 24).
Cette responsabilité de l'Église particulière dans la
formation des prêtres s'exerce d'une façon concrète et spécifique
selon les différents membres qui la composent, à commencer par le
prêtre lui-même.
79. En un certain sens, c'est chaque prêtre qui est le premier
responsable de sa formation permanente dans l'Église. C'est à
chaque prêtre qu'incombe réellement ce devoir, enraciné dans
le sacrement de l'Ordre, d'être fidèle au don de Dieu et au
dynamisme de conversion quotidienne venant du don lui-même. Les règlements
ou les normes de l'autorité ecclésiastique à ce sujet,
comme aussi l'exemple des autres prêtres, ne suffisent pas à rendre
attrayante la formation permanente, si chacun n'est pas personnellement
convaincu de sa nécessité et n'est pas décidé à
valoriser les occasions, les temps et les modalités de cette formation.
La formation permanente maintient la «jeunesse» de l'esprit, ce que
personne ne peut imposer de l'extérieur, mais que chacun doit puiser
continuellement en lui-même. Celui-là seul qui garde toujours
vivant le désir d'apprendre et de grandir possède cette «jeunesse».
La responsabilité de l'évêque et, avec lui, du
presbyterium, est fondamentale. Cette responsabilité de l'évêque
se fonde sur le fait que les prêtres reçoivent par lui leur
sacerdoce et partagent avec lui sa sollicitude pastorale pour tout le peuple de
Dieu. Il est responsable de la formation permanente visant à ce que tous
ses prêtres soient généreux dans la fidélité
au don et au ministère reçu, comme les veut le peuple de Dieu et
comme il est en «droit» de les avoir. Cette responsabilité
conduit l'évêque, en union avec le presbyterium, à établir
et à organiser un programme de formation permanente qui n'en fasse pas
quelque chose de ponctuel, mais plutôt un projet bien élaboré
qui se déroule par étapes selon des modalités précises.
L'évêque exercera sa responsabilité non seulement en
assurant des lieux et des temps de formation permanente à ses prêtres,
mais aussi en y étant présent lui-même et en y participant
de façon convaincue et chaleureuse. Il sera souvent opportun, et même
nécessaire, que les évêques de diocèses voisins ou
d'une même région apostolique se concertent entre eux et unissent
leurs efforts pour pouvoir présenter de meilleures propositions, vraiment
profitables à la formation permanente, par exemple des recyclages
bibliques, théologiques et pastoraux, des semaines de vie communautaire,
des cycles de conférences, des temps de réflexion et d'évaluation
de l'orientation pastorale du presbyterium et de la communauté ecclésiale.
L'évêque exercera sa responsabilité en demandant aussi
la contribution que peuvent offrir les facultés et les instituts de théologie
et de pastorale, les séminaires, les organismes ou les associations de
personnes - prêtres, religieux et laïcs - engagées dans la
formation sacerdotale.
Dans l'Église particulière, une place importante revient aux
familles. Comme «Églises domestiques», elles sont en effet une
référence concrète pour la vie des communautés ecclésiales
animées et guidées par les prêtres. En particulier, il faut
souligner le rôle de la famille du prêtre lui-même. En
communion d'intention avec lui, elle peut offrir à sa mission une
contribution originale et précieuse. Elle fut le berceau de cette
vocation qu'elle a protégée et soutenue d'un appui indispensable
pour sa croissance et son développement. En se prêtant à
l'accomplissement du dessein de la Providence qui a voulu y faire germer une
vocation, la famille du prêtre, aide indispensable à sa croissance
et à son développement, doit toujours demeurer, dans le plus grand
respect de ce fils qui a fait le choix de se donner à Dieu et à
ses frères, comme un témoin fidèle qui l'encourage dans sa
mission, en la partageant et en restant à ses côtés avec dévouement
et avec discrétion.
Les moments, les formes et les moyens de la formation permanente
80. Si tout moment peut être un «temps favorable»(cf. 2 Co
6,2) où l'Esprit Saint conduit le prêtre à croître
dans la prière, l'étude et la conscience de ses responsabilités
pastorales, il y a cependant des moments «privilégiés»,
même s'ils sont habituels et prévus d'avance.
Il faut rappeler ici avant tout les rencontres de l'évêque avec
son presbyterium, qu'elles soient liturgiques (en particulier la concélébration
de la Messe chrismale du Jeudi saint) ou pastorales et culturelles pour un échange
de vues sur l'activité pastorale ou pour une étude de problèmes
théologiques déterminés.
Il y a aussi les rencontres de spiritualité sacerdotale, comme les
exercices spirituels, les journées de récollection et de
spiritualité, etc. Ce sont des occasions de croissance spirituelle et
pastorale, de prière plus calme et prolongée, de retour aux
racines de l'être sacerdotal, de fraîcheur nouvelle pour les
motivations inspirant la fidélité et l'élan pastoral.
Les rencontres d'étude et de réflexion en commun sont également
importantes. Elles préviennent l'appauvrissement culturel et
l'endurcissement sur des positions de facilité dans le domaine pastoral,
ce qui est le fruit de la paresse intellectuelle. Elles assurent une synthèse
plus réfléchie entre les divers éléments de la vie
spirituelle, culturelle et apostolique; elles ouvrent l'esprit et le coeur aux
nouveaux défis de l'histoire et aux nouveaux appels que l'Esprit lance à
l'Église.
81. Nombreux sont les types de collaboration et les moyens qui peuvent
servir afin que la formation permanente devienne une plus belle expérience
de vie pour les prêtres. Entre autres, rappelons les différentes
formes de vie commune entre prêtres, toujours présentes dans
l'histoire de l'Église, dans la diversité de leurs modalités
et de leur intensité. «Aujourd'hui, on ne peut pas ne pas les
recommander, surtout entre ceux qui vivent ou sont engagés pastoralement
dans un même lieu. Cette vie commune du clergé, utile à la
vie et à l'action pastorales, offre à tous, prêtres et laïcs,
un exemple éclairant de charité et d'unité»(233).
Une autre forme d'aide peut être donnée par les associations
sacerdotales, en particulier les instituts séculiers de prêtres qui
ont un caractère spécifiquement diocésain en vertu duquel
les prêtres s'unissent plus étroitement à l'évêque.
Ils constituent «un état de consécration dans lequel les prêtres,
par des voeux ou d'autres liens sacrés, s'engagent à mettre en
pratique dans leur vie les conseils évangéliques»(234).
Toutes les formes de «fraternité sacerdotale» approuvées
par l'Église sont utiles pour la vie spirituelle et aussi pour la vie
apostolique et pastorale.
La pratique de la direction spirituelle contribue aussi pour beaucoup à
la formation permanente des prêtres. C'est un moyen classique qui n'a
nullement perdu sa valeur, non seulement pour assurer la formation spirituelle,
mais aussi pour promouvoir et soutenir une fidélité et une générosité
constantes dans l'exercice du ministère sacerdotal. Comme l'écrivait
le futur pape Paul VI, «la direction spirituelle a une très belle
fonction et on peut dire qu'elle est indispensable pour l'éducation
morale et spirituelle de la jeunesse qui veut comprendre et suivre en toute
loyauté sa vocation, quelle qu'elle soit. Et elle conserve une importance
bénéfique à tout âge de la vie quand, aux lumières
et à la charité d'un conseiller pieux et prudent, nous demandons
la vérification de notre rectitude ainsi que le réconfort dans
l'accomplissement généreux de nos devoirs. C'est un moyen pédagogique
très délicat mais de très grande valeur. C'est un art pédagogique
et psychologique de grande responsabilité pour qui l'exerce; c'est un
exercice spirituel d'humilité et de confiance pour qui la reçoit».(235)
CONCLUSION
82. «Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur» (Jr 3,15).
Aujourd'hui encore, cette promesse de Dieu est vivante et à l'oeuvre
dans l'Église, consciente d'être, depuis toujours, l'heureuse
destinataire de ces paroles prophétiques. Elle en voit la réalisation
tous les jours et en de nombreuses parties de la terre; mieux encore, en de
nombreux coeurs humains, surtout de jeunes. Au seuil du troisième millénaire,
l'Église désire qu'en raison de ses besoins graves et urgents,
ainsi que de ceux du monde, cette divine promesse s'accomplisse d'une façon
renouvelée, plus ample, plus intense et plus efficace, en une
extraordinaire effusion de l'Esprit de la Pentecôte.
La promesse du Seigneur suscite dans le coeur de l'Église une prière,
une demande humble, ardente et confiante en l'amour du Père; comme il a
envoyé Jésus le Bon Pasteur, les Apôtres, leurs successeurs
et une foule innombrable de prêtres, de même il continue à
manifester aux hommes d'aujourd'hui sa fidélité et sa bonté.
L'Église est disposée à répondre à cette
grâce. Elle sait que le don de Dieu exige une réponse généreuse
et unanime: tout le peuple de Dieu doit inlassablement prier et travailler pour
les vocations sacerdotales. Les candidats au sacerdoce doivent se préparer
consciencieusement à recevoir et à vivre le don de Dieu, persuadés
que l'Église et le monde ont un très grand besoin d'eux. Ils
doivent se passionner pour le Christ Bon Pasteur, modeler leur coeur sur le sien
et, à son image, être prêts à parcourir les routes du
monde pour proclamer à tous le Christ Chemin, Vérité et
Vie.
J'adresse un appel particulier aux familles: que les parents, spécialement
les mères, soient généreux pour donner au Seigneur leurs
fils qu'il appelle au sacerdoce; qu'ils collaborent avec joie au cheminement de
leur vocation, sûrs que, de cette manière, ils rendront plus grande
et plus profonde leur fécondité chrétienne et ecclésiale
et qu'ils pourront connaître, en quelque sorte, le bonheur de la Vierge
Marie: «Tu es bénie entre les femmes, et béni le fruit de ton
sein» (Lc 1, 42).
Aux jeunes d'aujourd'hui, je veux dire ceci: soyez plus dociles à la
voix de l'Esprit, laissez retentir dans vos coeurs les grandes attentes de l'Église
et de l'humanité, ne craignez pas d'ouvrir votre esprit à l'appel
du Christ Seigneur, découvrez le regard d'amour de Jésus fixé
sur vous et répondez avec enthousiasme à sa proposition de le
suivre jusqu'au bout.
L'Église répond à la grâce par l'engagement que
prennent les prêtres de réaliser la formation permanente requise en
vertu de la dignité et de la responsabilité que leur a conférées
le sacrement de l'Ordre. Tous les prêtres sont appelés à
saisir l'urgence particulière de leur formation à l'heure présente:
la nouvelle évangélisation a besoin de nouveaux évangélisateurs,
de prêtres qui s'engagent à vivre leur sacerdoce comme un chemin de
sainteté.
La promesse de Dieu garantit à son Église non pas des pasteurs
quelconques mais des pasteurs «selon son coeur». Le «coeur»
de Dieu s'est révélé pleinement à nous dans le coeur
du Christ Bon Pasteur. Il a toujours compassion des foules et leur donne le pain
de la vérité, le pain de l'amour et de la vie (cf. Mc 6,30-44). Il
demande à battre en d'autres coeurs - ceux des prêtres -: «Donnez-leur
vous-mêmes à manger« (Mc 6,37). Les gens ont besoin de sortir
de l'anonymat et de la peur; ils ont besoin d'être connus et appelés
par leur nom, de marcher avec assurance sur les sentiers de la vie, d'être
retrouvés s'ils sont perdus, de recevoir le salut comme don suprême
de l'amour de Dieu; c'est ce que fait Jésus, le Bon Pasteur; c'est ce que
font les prêtres avec lui.
Au terme de cette exhortation, je tourne mon regard vers la multitude de séminaristes
et de prêtres qui, dans toutes les parties du monde, même dans les
conditions les plus difficiles et parfois dramatiques, mais toujours dans le
joyeux effort de la fidélité au Seigneur et de l'inlassable
service de son troupeau, offrent quotidiennement leur vie pour la croissance de
la foi, de l'espérance et de la charité dans les coeurs et dans la
vie des hommes et des femmes de notre temps.
Vous, très chers prêtres, vous le faites parce que c'est le
Seigneur qui, avec la force de son Esprit, vous a appelés, dans les vases
d'argile de votre humble vie, à rendre présent le trésor
inestimable de son amour de bon Pasteur.
En communion avec les Pères synodaux et au nom de tous les évêques
du monde et de la communauté ecclésiale entière, je veux
exprimer toute la reconnaissance que méritent votre fidélité
et votre service(236).
Je vous souhaite à tous la grâce de renouveler chaque jour le
don de Dieu reçu par l'imposition des mains (cf. 2 Tm 1,6), de connaître
le réconfort de la profonde amitié qui vous lie à Jésus
et vous unit entre vous, de goûter la joie de la croissance du troupeau de
Dieu vers un amour toujours plus grand envers Lui et envers tout homme,
d'entretenir la conviction sereine que celui qui a commencé en vous cette
oeuvre bonne la portera à son achèvement jusqu'au jour du Christ Jésus
(cf.Ph 1,6); en union avec tous et avec chacun de vous, j'adresse ma prière
à Marie, mère et éducatrice de notre sacerdoce.
Tous les aspects de la formation sacerdotale peuvent être rapportés
à Marie, comme à la personne humaine qui, plus que toute autre, a
répondu à l'appel de Dieu; elle s'est faite servante et disciple
de la Parole jusqu'à concevoir dans son coeur et en son sein le Verbe
fait homme pour le donner à l'humanité; elle a été
appelée à être l'éducatrice du prêtre unique et
éternel, qui s'était rendu docile et s'était soumis à
son autorité maternelle. Par son exemple et par son intercession, la
Vierge très sainte continue à veiller sur l'essor des vocations et
de la vie sacerdotale dans l'Église.
C'est pourquoi nous, prêtres, nous sommes appelés à
faire croître en nous une tendre et solide dévotion envers la
Vierge Marie, à la manifester en imitant ses vertus et en la priant fréquemment.
Marie, Mère de Jésus Christ et Mère des prêtres, reçois
ce titre que nous te donnons pour célébrer ta maternité et
contempler près de toi le Sacerdoce de ton Fils et de tes fils, Sainte
Mère de Dieu!
Mère du Christ, tu as donné au Messie Prêtre son
corps de chair par l'onction de l'Esprit Saint pour le salut des pauvres
et des hommes au coeur contrit, garde les prêtres dans ton coeur et
dans l'Église, Mère du Sauveur!
Mère de la foi, tu as accompagné au Temple le Fils de
l'homme, accomplissement des promesses faites à nos pères, confie
au Père, pour sa gloire, les prêtres de ton Fils, Arche de
l'Alliance!
Mère de l'Église, au Cénacle, parmi les Disciples, tu
priais l'Esprit pour le Peuple nouveau et ses Pasteurs, obtiens à
l'ordre des prêtres la plénitude des dons, Reine des Apôtres!
Mère de Jésus Christ, tu étais avec Lui au début
de sa vie et de sa mission, tu l'as cherché, Maître parmi la
foule, tu l'as assisté, élevé de terre, consommé
pour le sacrifice unique éternel, et tu avais près de toi
Jean, ton fils, accueille les appelés du Seigneur, lors de leurs
premiers pas sur leur chemin, protège leur croissance,accompagne dans
la vie et dans le ministère ceux qui sont tes fils, Mère
des prêtres !
Amen!
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 mars
1992, solennité de l'Annonciation du Seigneur, en la quatorzième
année de mon Pontificat.
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