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  CONGRÉGATION POUR LE CULTE DIVIN
ET LA DISCIPLINE DES SACREMENTS

ANNÉE DE L'EUCHARISTIE

SUGGESTIONS ET PROPOSITIONS


 

INTRODUCTION

A une année à peine de la conclusion de lÂ’Année du Rosaire, nous sommes en présence dÂ’une nouvelle initiative du Saint-Père: lÂ’Année de lÂ’Eucharistie (octobre 2004 – octobre 2005). Ces deux initiatives successives sont intimement liées. Elles entrent en effet dans le cadre de lÂ’orientation pastorale que le Pape a donnée à toute lÂ’Eglise avec la Lettre apostolique Novo Millennio ineunte,en mettant au centre de lÂ’engagement ecclésial la contemplation du visage du Christ, dans la continuité du Concile Vatican II et du Grand Jubilé (cf. Mane nobiscum Domine, chap. I).

En effet, avec la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, le Pape nous a invités à contempler le Christ avec le regard et le cÂœur de Marie. Est venue ensuite lÂ’Encyclique Ecclesia de Eucharistia, qui nous a conduits à ce qui est la “source” et le “sommet” de toute la vie chrétienne, en nous invitant à une ferveur renouvelée dans la célébration et dans lÂ’adoration de lÂ’Eucharistie. En lien avec lÂ’encyclique, lÂ’Instruction Redemptionis Sacramentum a rappelé le devoir de tous de célébrer une liturgie eucharistique qui soit digne dÂ’un si grand mystère.

Maintenant, lÂ’Année de lÂ’Eucharistie, introduite et orientée par la Lettre apostolique Mane nobiscum Domine (7 octobre 2004), nous offre une importante occasion pastorale pour que la communauté chrétienne tout entière soit sensibilisée à faire de cet admirable Sacrifice et Sacrement, le cÂœur de sa vie.

Pour le déroulement de cette Année, le Saint-Père a laissé lÂ’initiative aux Eglises particulières. Il a demandé toutefois à la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements dÂ’offrir des “suggestions et propositions” (cf. Mane nobiscum Domine, 29), qui puissent être utiles aux Pasteurs et aux agents pastoraux à tous les niveaux, qui seront appelés à apporter leur contribution. 

DÂ’où le caractère de ce document. Il ne prétend aucunement être exhaustif, mais il se limite à donner, dÂ’une façon succincte, des suggestions en vue des actions concrètes. Parfois, des domaines et des thèmes essentiels sont seulement évoqués. Il est souhaitable, en particulier, que la présentation des éléments de “ spiritualité Â” eucharistique soit utile, au moins pour tous ceux qui prendront des initiatives dans le cadre de la catéchèse et de la formation. En effet, il est important que lÂ’Eucharistie soit reçue, non seulement dans les célébrations, mais aussi comme projet de vie, constituant ainsi la base dÂ’une authentique “ spiritualité eucharistique Â”. 

Alors que nous remercions le Saint-Père pour cet autre “don”, nous confions la réussite de cette Année à lÂ’intercession de la Mère de Dieu. A son école de “femme eucharistique”, que se renouvelle notre ”étonnement” face au Mystère du Corps et du Sang du Christ, et que toute lÂ’Eglise en vive avec une plus grande ardeur. 

 

***

SOMMAIRE

 

1. Cadre général

La foi en lÂ’Eucharistie
La célébration de lÂ’Eucharistie et le culte eucharistique en dehors de la Messe
La spiritualité eucharistique
Marie: icône de lÂ’Eglise “eucharistique”
Les Saints, témoins de vie eucharistique

2. Contextes cultuels

Dimanche
Vigile pascale et communion pascale
Jeudi Saint
Solennité du Corps et du Sang du Christ
Célébration eucharistique et Liturgie des Heures
Adoration eucharistique
Processions eucharistiques
Congrès eucharistiques

3. Éléments de spiritualité eucharistique

Écoute de la Parole
Conversion
Mémoire
Sacrifice
Action de grâce
Présence du Christ
Communion et charité
Silence
Adoration
Joie
Mission

4. Initiatives et engagements pastoraux

Conférences Épiscopales
Diocèses
Paroisses
Sanctuaires
Monastères, Communautés religieuses et Instituts
Séminaires et maisons de formation
Associations, Mouvements, Confréries

5. Parcours culturels            

Recherche historique
Édifices, monuments, bibliothèques
Art, musique sacrée, littérature

Conclusion

 


Documents cités
et abréviations

Concile Oecuménique Vatican II
Constitution Sacrosanctum Concilium (= SC)
Constitution Lumen Gentium
Constitution Dei Verbum

Livres liturgiques
Missale Romanum, Institutio generalis Missalis Romani, Ed. typica tertia, Typis Vaticanis 2002 (= IGMR)
Missale Romanum, Ordo Lectionum Missae, Ed. typica altera, Libreria Ed.Vaticana 1981.
Rituale Romanum, De sacra communione et de cultu mysterii eucharistici extra Missam, Ed. typica, Typis Polyglottis Vaticanis, reimpressio emendata 1974(= De sacra communione).
Caeremoniale Episcoporum, Ed. typica, Libreria Editrice Vaticana 1984.
Rituale Romanum, De Benedictionibus, Ed. typica, Typis Polyglottis Vaticanis 1985.
Liturgia Horarum, Institutio generalis de Liturgia Horarum, Ed. typica altera, Libreria Ed. Vaticana 1985 (= IGLH)
Ordo initiationis christianae adultorum,
Ed. typica, Typis Polyglottis Vaticanis 1972.
Collectio Missarum de Beata Maria Virgine
, Ed. typica, Libreria Editrice Vaticana 1987.
Ordo coronandi imaginem B. Mariae Virginis
, Ed. typica, Typis Polyglottis Vaticanis 1981.

Documents de Jean-Paul II
Lettre Encyclique Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003)
Lettre Apostolique Mane nobiscum Domine (7 octobre 2004)
Lettre Apostolique Dies Domini (31 mai 1998)
Lettre Apostolique Novo Millennio ineunte (6 janvier 2001)
Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariae (16 octobre 2002)
Lettre Apostolique Spiritus et Sponsa (4 décembre 2003)
Chirographe pour le centenaire du Motu Proprio “Tra le sollecitudini” sur la musique sacrée
(22 novembre 2003)
Exhortation Apostolique post-synodale Vita consecrata (25 mars 1996)
Message pour la Journée Missionaire Mondiale 2004

Autres documents

Paul VI, Lettre Encyclique Mysterium fidei (3 septembre 1965)
Paul VI, Exhortation Apostolique Gaudete in Domino (9 mai 1975)
Codex Iuris Canonici
(= CIC)
Catéchisme de lÂ’Église Catholique
, Libreria Ed. Vaticana, 1992 (= CEC)
Congrégation des Rites, Instruction Eucharisticum mysterium (25 mai 1967)
Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Instruction Redemptionis Sacramentum (25 mars 2004)
Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Directoire sur la piété populaire et la Liturgie. Principes et orientations (13 mai 2002) (=Directoire piété populaire)
Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Lettre circulaire sur la préparation et la célébration des fêtes pascales (16 janvier 1988) (= Lettre fêtes pascales)
Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, Instruction Repartir du Christ. Un engagement renouvelé de la vie consacrée dans le troisième millénaire (19 mai 2002)
Congrégation pour lÂ’Éducation Catholique, Instruction sur la formation liturgique dans les Séminaires (3 juin 1979)

 

1. CADRE GÉNÉRAL

1. LÂ’horizon ouvert par lÂ’Année de lÂ’Eucharistie demande et favorise une activité de grande envergure, qui harmonise les différentes dimensions de la vie dans le Christ, au sein de lÂ’Église. LÂ’Eucharistie, en effet, nÂ’est pas un “ thème Â” parmi dÂ’autres, mais le coeur même de la vie chrétienne. “ La célébration de la Messe, en tant quÂ’action du Christ et du peuple de Dieu ordonné hiérarchiquement, constitue le centre de toute la vie chrétienne pour lÂ’Église universelle, pour lÂ’Église locale et pour chacun des fidèles. Dans la Messe, en effet, on trouve le sommet aussi bien de lÂ’action avec laquelle Dieu sanctifie le monde dans le Christ, que du culte que les hommes rendent au Père, en lÂ’adorant à travers le Christ, Fils de Dieu dans lÂ’Esprit Saint. En outre, lÂ’Église y commémore, au cours de lÂ’année, les mystères de la rédemption, de façon à les rendre, dÂ’une certaine façon présents. Toutes les autres actions sacrées et toute activité de la vie chrétienne sont en étroite relation avec la Messe, dérivent dÂ’elle et y sont ordonnées.” (Institutio generalis Missalis Romani = IGMR, 16).

LÂ’accent eucharistique qui marque cette année spéciale, se concrétise et se diversifie dans des activités fondamentales de la vie de lÂ’Eglise, considérée autant dans son ensemble que dans ses membres particuliers. Le Pape lui-même a insisté sur cette clé de lecture, en plaçant cette initiative à lÂ’intérieur du plan pastoral global,qui a été proposé à lÂ’Eglise, durant les années de préparation au Grand Jubilé, en des termes cristologico-trinitaires, et qui “rythme” progressivement les années suivantes à partir de la Lettre Apostolique Novo Millennio ineunte. “LÂ’Année de lÂ’Eucharistie sÂ’inscrit donc sur une toile de fond qui sÂ’est enrichie dÂ’année en année, tout en restant toujours parfaitement centrée sur le thème du Christ et de la contemplation de son Visage. En un sens, elle est proposée comme une année de synthèse, une sorte de sommet de tout le chemin parcouru” (Mane nobiscum Domine, 10). 

Sur cette base, la programmation dÂ’initiatives durant cette Année devrait tenir compte des différents domaines et offrir des motivations variées. Dans ce chapitre, nous nous proposons dÂ’évoquer, de façon très synthétique, quelques “perspectives” théologico-pastorales, qui ébauchent une sorte de “cadre général” pour les suggestions et les propositions qui en suivront.

La foi dans lÂ’Eucharistie

2. “Mystère de la foi” (cf. Ecclesia de Eucharistia, chap. I),lÂ’Eucharistie se comprend à la lumière de la Révélation Biblique et de la Tradition ecclésiale. En même temps, la référence à ces dernières est nécessaire pour que lÂ’Eucharistie puisse manifester sa caractéristique de “ mystère de lumière Â” (cf. Mane nobiscum Domine, chap. II), en nous faisant dÂ’une certaine façon re-parcourir le “chemin de foi” décrit dans le récit évangélique des deux “disciples dÂ’Emmaüs”, que le Saint-Père a choisi comme “icône” pour lÂ’Année de lÂ’Eucharistie. En effet, lÂ’Eucharistie est mystère de lumière aussi bien en tant quÂ’elle suppose et implique la lumière de la Parole de Dieu, que parce que la “fraction du pain” elle-même illumine le mystère de Dieu-Trinité : cÂ’est justement dans lÂ’événement pascal de la mort et de la résurrection du Christ, et par conséquent dans son “ mémorial Â” eucharistique que Dieu se révèle de façon éminente comme le Dieu-Amour.   

LÂ’Année de lÂ’Eucharistie, pour autant, se présente avant tout comme une période de catéchèse plus intense sur le thème de lÂ’Eucharistie, objet de la foi de lÂ’Eglise. Une telle catéchèse prendra en compte :

- les Saintes Ecritures, depuis les textes concernant la “préparation” du Mystère dans lÂ’Ancien Testament aux textes du Nouveau Testament qui regardent aussi bien lÂ’institution de lÂ’Eucharistie que ses différentes dimensions (cf. par exemple les textes indiqués dans le Lectionnaire pour la messe votive de la Très Sainte Eucharistie).

-la Tradition: depuis les Pères de lÂ’Eglise jusquÂ’au développement théologico-magistériel successif, avec une attention particulière au Concile de Trente, au Concile Vatican II et aux récents documents du magistère. Les itinéraires catéchétiques élaborés par les Eglises particulières trouveront, pour tout cela, un point de référence sûr etlumineux dans le Catéchisme de lÂ’Eglise Catholique ;

- la mystagogie, cÂ’est-à-dire lÂ’introduction approfondie au mystère célébré à travers lÂ’explication des rites et des prières de lÂ’Ordo Missae et du De sacra communione et de cultu mysterii eucharistici extra Missam;

- les richesses offertes par lÂ’histoire de la spiritualité, en mettant particulièrement en évidence comment lÂ’Eucharistie crue et célébrée a trouvé son expression dans la vie des Saints (cf. Ecclesia de Eucharistia, 62);

 -lÂ’art sacré comme témoignage de foi dans le mystère eucharistique.

La célébration de lÂ’Eucharistie et le culte eucharistique en dehors de la Messe

3. Reçue du Christ, qui lÂ’a instituée, lÂ’Eucharistie est célébrée par lÂ’Eglise dans la forme quÂ’elle a établie (cf. IGMR et Praenotanda allÂ’Ordo Lectionum Missae).Le culte eucharistique en dehors de la Messe est intimement lié à la célébration eucharistique, et est ordonné à cette dernière.

“Au cours de cette Année de lÂ’Eucharistie, dans chaque communauté paroissiale, un engagement concret pourrait consister à étudier de manière approfondie la Présentation générale du Missel romain. Enfin, la voie privilégiée pour entrer dans le mystère du salut, rendu présent à travers les signes “sacrés”, reste la voie qui consiste à suivre avec fidélité le déroulement de lÂ’Année liturgique” (Mane nobiscum Domine, 17).

A titre de simple indication “thématique”, pour les agents pastoraux, sont signalés ensuite les aspects autour desquels chacun est invité à “sÂ’interroger” cette Année, de façon particulière, pour parvenir à une célébration digne et une adoration plus fervente du Mystère Eucharistique. Avec les documents fondamentaux mentionnés ci-dessus, lÂ’Instruction Redemptionis Sacramentum pourra être dÂ’une grande aide.  

- les lieux de la célébration: église, autel, ambon, sièges...;
- lÂ’assemblée liturgique: sens et modalité de sa participation “pleine, consciente, active” (cf. SC 14);
- les différents rôles: le prêtre qui Âœuvre in persona Christi, les diacres, les autres ministères et services ; 
- la dynamique de la célébration: du pain de la Parole au Pain de lÂ’Eucharistie (cf. Ordo Lectionum Missae, 10);
- les temps de la célébration eucharistique: dimanche, jours fériés, année liturgique;
- le rapport de lÂ’Eucharistie avec les différents sacrements, sacramentaux, obsèquesÂ…
- la participation intérieure et extérieure: en particulier le respect des “moments” de silence;
- le chant et la musique;  
- lÂ’observance des normes liturgiques;
- la communion aux malades et le viatique (cf. De sacra communione);
- lÂ’adoration du Saint-Sacrement, la prière personnelle;
- les processions eucharistiques.

Une vérification de ces points serait particulièrement souhaitable durant lÂ’Année de lÂ’Eucharistie. Certainement, dans la vie pastorale des communautés particulières, il ne sera pas facile dÂ’atteindre les objectifs les plus élevés, mais il faut y tendre. “ Si le fruit de cette Année consistait seulement à raviver la célébration de la Messe dominicale dans toutes les communautés chrétiennes et à faire croître lÂ’adoration eucharistique en dehors de la Messe, cette Année de grâce aurait atteint un résultat significatif. Cependant, il est bon de viser vers le haut et de ne pas nous contenter de mesures médiocres, parce que nous savons pouvoir toujours compter sur lÂ’aide de Dieu. ” (Mane nobiscum Domine, 29).

La spiritualité eucharistique

4. Dans la Lettre apostolique Spiritus et Sponsa pour le 40ème anniversaire de la Constitution sur la Sainte Liturgie, le Pape a souhaité que se développe dans lÂ’Eglise une “spiritualité liturgique”. CÂ’est la perspective dÂ’une liturgie qui nourrit et oriente lÂ’existence, modèle la vie du croyant comme un authentique “culte spirituel” (cf. Rm 12, 1). Sans la culture dÂ’une “spiritualité liturgique”, la pratique liturgique se réduit facilement à un “ritualisme” et rend vaine la grâce qui provient de la célébration.

Cela vaut de façon spéciale pour lÂ’Eucharistie: “LÂ’Église vit de lÂ’Eucharistie”. En vérité, la célébration eucharistique a pour finalité la vie dans le Christ, dans lÂ’Église, par la puissance de lÂ’Esprit Saint. Il convient pour autant de prendre soin du mouvement qui va de lÂ’Eucharistie célébrée à lÂ’Eucharistie vécue : du mystère cru à la vie renouvelée. Pour cela, ce document offre aussi un ensemble dÂ’éléments de spiritualité eucharistique. Dans ce cadre général, il sera utile de mettre en évidence quelques points particulièrement significatifs:  

- lÂ’Eucharistie est culmen et fons de la vie spirituelle en tant que telle, au-delà des multiples chemins de spiritualité;

- lÂ’aliment eucharistique régulier soutient la correspondance à la grâce des vocations et des états de vie particuliers (ministres ordonnés; époux et parents; personne consacrées...) et éclaire les différentes situations de lÂ’existence (joies et douleurs, problèmes et projets, maladies et épreuves...);

- la charité, la concorde, lÂ’amour fraternel sont les fruits de lÂ’Eucharistie et rendent visible lÂ’union avec le Christ réalisée dans le sacrement; en même temps, lÂ’exercice de la charité en état de grâce est la condition pour que lÂ’on puisse célébrer lÂ’Eucharistie en plénitude: celle-ci est “source”, mais aussi “ épiphanie Â” de la communion (cf. Mane nobiscum Domine, chap. III);

- la compagnie du Christ en nous et parmi nous suscite le témoignage dans la vie quotidienne, accélère la construction de la cité terrestre: lÂ’Eucharistie est principe et projet de mission (cf. Mane nobiscum Domine, chap. IV).

Marie: icône de lÂ’Eglise “eucharistique”           

5. “ Si nous voulons redécouvrir dans toute sa richesse le rapport intime qui unit l'Église et l'Eucharistie, nous ne pouvons pas oublier Marie, Mère et modèle de l'Église. ” Ainsi commence le chapitre VI de la Lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia, dans laquelle Jean-Paul II rappellela profonde relation que Marie nourrit avec lÂ’Eucharistie et avec lÂ’Église qui vit du Sacrement de lÂ’autel. La rencontre avec le “Dieu avec nous et pour nous” inclut la Vierge Marie.

LÂ’Année de lÂ’Eucharistie constitue également une occasion favorable pour approfondir cet aspect du Mystère. Pour vivre profondément le sens de la célébration eucharistique, et faire en sorte quÂ’elle laisse une marque dans notre vie, il nÂ’y a pas mieux que de se laisser “ éduquer Â” par Marie, la “ femme eucharistique Â”. 

A cette fin, il est important de rappeler ce que le Pape a dit dans la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae n. 15, au sujet de la “conformation au Christ avec Marie”: elle “ nous fait entrer de manière naturelle dans la vie du Christ et pour ainsi dire “respirer” ses sentiments. ”  DÂ’autre part -  écrit encore le Pape dans Ecclesia de Eucharistia -  dans la célébration eucharistique, dÂ’une certaine façon, nous recevons toujours, avec le mémorial de la mort du Christ, le don de Marie, qui nous a été fait par le Crucifié en la personne de Jean (Voici ta Mère: Jn 19,27): “ Vivre dans l'Eucharistie le mémorial de la mort du Christ suppose aussi de recevoir continuellement ce don. Cela signifie prendre chez nous – à l'exemple de Jean – celle qui chaque fois nous est donnée comme Mère. Cela signifie en même temps nous engager à nous conformer au Christ, en nous mettant à l'école de sa Mère et en nous laissant accompagner par elle. Marie est présente, avec l'Église et comme Mère de l'Église, en chacune de nos célébrations eucharistiques. ” (Ecclesia de Eucharistia, 57).

Ce sont des thèmes qui, cette Année, méritent de faire lÂ’objet dÂ’une méditation spéciale. (cf. Mane nobiscum Domine, 31). 

Sur la célébration de lÂ’Eucharistie en communion avec Marie, en en prolongeant les attitudes de culte qui en elle ont été exemplaires, on pourra consulter la Collectio Missarum de Beata Maria Virgine, Praenotanda, 12-18.

Les Saints, témoins de vie eucharistique

6. Dans la Lettre apostolique Novo Millennio ineunte, n.30,  le Pape exhorte à mettre tout le cheminement pastoral de lÂ’Eglise dans la perspective de la “ sainteté Â”. Une telle invitation est valable dÂ’une façon particulière pour une Année toute centrée sur la spiritualité eucharistique.LÂ’Eucharistie nous rend saints, et il ne peut pas y avoir de sainteté qui ne soit fondée sur la vie eucharistique. “Celui qui me mange, lui aussi vivra par moi” (Jn 6, 57).

Cette vérité est témoignée par le “sensus fidei” de tout le peuple de Dieu. Toutefois, les Saints, chez qui resplendit le mystère pascal du Christ, en sont les témoins dÂ’une façon spéciale. Jean-Paul II écrit dans Ecclesia de Eucharistia, 62: “ Chers frères et sÂœurs, mettons-nous à l'école des saints, grands interprètes de la piété eucharistique authentique. En eux, la théologie de l'Eucharistie acquiert toute la splendeur du vécu, elle nous “ imprègne Â” et pour ainsi dire nous “ réchauffe Â”. ”Cela vaut pour tous les Saints.

Certains parmi eux ont vécu cette dimension avec une intensité particulière et des dons spéciaux de lÂ’Esprit Saint, communiquant aux frères leur amour pour lÂ’Eucharistie (cf. Mane nobiscum Domine, 31). Les exemples pourraient être innombrables: de saint Ignace dÂ’Antioche à saint Ambroise, de saint Bernard à saint Thomas dÂ’Aquin, de saint Pascal Baylón à saint Alphonse-Marie de Liguori, de sainte Catherine de Sienne à sainte Thérèse dÂ’Avila, de saint Pierre-Julien Eymard à saint Pio de Pietrelcina, jusquÂ’aux “ martyrs de lÂ’Eucharistie Â”, anciens et modernes, de saint Tarsicius à saint Nicolas Pieck et compagnons, à saint Pierre Maldonado.

LÂ’Année de lÂ’Eucharistie offrira une occasion pour redécouvrir ces “témoins”, autant les plus célèbres, au niveau de lÂ’Eglise universelle, que ceux dont le souvenir est le plus vif dans les Eglises particulières. Il est souhaitable que la recherche théologique elle-même sÂ’intéresse à eux, puisque la vie des Saints est un “locus theologicus” significatif : dans les Saints, “ Dieu nous parle Â” (cf. Lumen Gentium, 50)et leur expérience spirituelle (cf. Dei Verbum, 8),garantie par le discernement ecclésial, éclaire le Mystère. En cheminant à leur lumière et sur leurs pas, il sera plus facile de sÂ’assurer que cette Année de grâce soit vraiment féconde.  

 

2. CONTEXTES CULTUELS

7. En étant au coeur de lÂ’économie sacramentelle, en tant que sommet de lÂ’initiation chrétienne, lÂ’Eucharistie illumine les autres sacrements et est leur point de convergence. La forme rituelle elle-même prévoit ou prescrit – sauf pour la Pénitence – que les sacrements soient ou puissent être insérés dans la célébration de lÂ’Eucharistie. (cf. Praenotanda des différents Ordines; Redemptionis Sacramentum, 75-76).

La Liturgie des Heures peut être harmonisée avec la célébration eucharistique (cf. IGLH, 93-97).

Les sacramentaux eux aussi, comme la bénédiction abbatiale, la profession religieuse, la consécration des vierges, lÂ’octroides ministères institués ou extraordinaires, les obsèques, trouvent leur contexte normal durant la Messe. La dédicace de lÂ’église et celle de lÂ’autel se déroulent avec la célébration de lÂ’Eucharistie.     

Il y a aussi dÂ’autres bénédictions qui peuvent se faire durant la Messe (cf. Ordo coronandi imaginem B.M. Virginis; De Benedictionibus, 28).

SÂ’il est vrai que dÂ’autres bénédictions, actes de culte et pratiques de dévotion, ne doivent pas être insérés au sein de la Messe (cf. De Benedictionibus, 28; De sacra communione, 83; Redemptionis Sacramentum, 75-79; Directoire piété populaire, 13, 204), il est aussi vrai quÂ’il nÂ’existe pas de prière chrétienne sans référence à lÂ’Eucharistie, qui est la prière suprême de lÂ’Eglise, indispensable pour les chrétiens. Les multiples formes de prière privée, tout comme les différentes expressions de la piété populaire, acquièrent en effet leur sens véritable, quand ils disposent à la célébration de lÂ’Eucharistie, ou quand ils en prolongent les effets dans la vie quotidienne. 

À titre indicatif, rappelons quÂ’il existe certains jours, temps liturgiques et prières particulières qui font référence à lÂ’Eucharistie.

Dimanche

8. Le dimanche est “le jour de fête primordial”, “fondement et noyau de toute lÂ’année liturgique” (SC, 106). “ Prise dans toute sa signification et avec toutes ses implications, elle est en quelque sorte une synthèse de la vie chrétienne et une condition pour bien la vivre. Â” (Dies Domini, 81).

CÂ’est en effet le jour du Christ ressuscité, et il porte donc avec lui la mémoire de ce qui est le fondement même de la foi chrétienne (cf. 1 Cor 15, 14-19). “ Si le dimanche est le jour de la résurrection, il n'est pas seulement le souvenir d'un événement passé: il est la célébration de la présence vivante du Ressuscité au milieu des siens. Pour que cette présence soit annoncée et vécue comme il convient, il ne suffit pas que les disciples du Christ prient individuellement et fassent mémoire intérieurement, dans le secret de leur cÂœur, de la mort et de la résurrection du Christ. En effet, ceux qui ont reçu la grâce du baptême n'ont pas été sauvés seulement à titre individuel, mais comme membres du Corps mystique qui font partie du peuple de Dieu. Il est donc important qu'ils se réunissent pour exprimer pleinement l'identité même de l'Église, l'ekklesía, l'assemblée convoquée par le Seigneur ressuscité ” (Dies Domini, 31).La célébration eucharistique est ainsi le cÂœur du dimanche.

Le lien entre la manifestation du Ressuscité et lÂ’Eucharistie est particulièrement indiqué dans le récit des disciples dÂ’Emmaüs (cf. Lc 24,13-35), qui furent guidés par le Christ lui-même pour entrer intimement dans son mystère à travers lÂ’écoute de sa Parole et la communion au “ Pain rompu Â” (cf. Mane nobiscum Domine).Les gestes accomplis par Jésus: “il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna” (Lc 24,30),sont les mêmes que ceux quÂ’il accomplit durant la Dernière Cène et quÂ’il accomplit incessamment, à travers le prêtre, dans nos Eucharisties.

Le caractère particulier de la Messe dominicale et lÂ’importance que celle-ci revêt pour la vie chrétienne exigent quÂ’elle soit préparée avec une attention spéciale, de façon à ce quÂ’elle soit ressentie comme une épiphanie de lÂ’Eglise(cf. Dies Domini, 34-36; Ecclesia de Eucharistia, 41, Novo Millennio ineunte, 36)et se distingue comme une célébration joyeuse et chantante, qui invite à la participation. (cf. Dies Domini, 50-51).

Vivifier de nouveau la célébration eucharistique dominicale devrait être, dans toutes les communautés, le premier engagement de cette Année spéciale. Si lÂ’on réussit à faire au moins cela, avec un renouveau de lÂ’adoration eucharistique en dehors de la Messe, lÂ’Année de lÂ’Eucharistie aura déjà obtenu un résultat important (cf. Mane nobiscum Domine, 23 e 29).

Vigile et communion pascale

9. La Vigile pascale est le coeur de lÂ’année liturgique. En elle, la célébration de lÂ’Eucharistie est “ le sommet, étant en plénitude le sacrement de la Pâque, cÂ’est-à-dire le mémorial du sacrifice de la croix et présence du Christ ressuscité, achèvement de lÂ’initiation chrétienne, anticipation de la Pâque éternelle ” (Lettre fêtes pascales, 90).

En recommandant de ne pas célébrer de façon précipitée la liturgie eucharistique dans la Vigile pascale, mais de veiller à ce que tous les rites et les paroles atteignent leur plus grande force dÂ’expression, spécialement la communion eucharistique, moment de pleine participation au mystère célébré en cette nuit sainte, il est souhaitable – tout en remettant aux Ordinaires des lieux lÂ’évaluation de lÂ’opportunité et des circonstances, dans le plein respect des normes liturgiques: cf. Redemptionis Sacramentum, 100-107 Â– que soit atteinte la plénitude du signe eucharistique avec la communion de la Vigile pascale reçue sous les espèces du pain et du vin. (cf. Lettre fêtes pascales, 91 et 92).          

LÂ’octave pascale, comme les messes dominicales du temps pascal sont particulièrement significatives pour les néophytes (cf. Ordo initiationis christianae adultorum, 37-40 e 235-239). La tradition veut que les enfants fassent leur Première Communion au cours de la Messe de lÂ’un de ces dimanches (cf. Lettre fêtes pascales, 103). On recommande que, surtout dans lÂ’octave de Pâques, la sainte Communion soit apportée aux malades (Lettre fêtes pascales, 104).

Durant le temps pascal, il convient que les pasteurs rappellent la signification du précepte de lÂ’Eglise de recevoir en cette période de lÂ’année la sainte Communion (cf. CIC can. 920),en faisant en sorte quÂ’un tel précepte ne soit pas perçu de façon minimaliste, mais comme le point ferme et indispensable dÂ’une participation eucharistique qui doit engager toute la vie et sÂ’exprimer régulièrement au moins tous les dimanches. 

Jeudi Saint

10. La valeur de la Messe chrismale, qui selon la tradition se célèbre le Jeudi de la Semaine Sainte (pour des raisons pastorales on peut lÂ’anticiper à un autre jour, à condition quÂ’il soit proche du jour de Pâques : cf. Caeremoniale Episcoporum, 275)est bien connue. En plus dÂ’inviter les prêtres des différentes parties du diocèse à concélébrer avec lÂ’Évêque, il convient aussi dÂ’inviter les fidèles, avec insistance, à participer à cette Messe et à recevoir le sacrement de lÂ’Eucharistie durant la célébration (cf. Lettre fêtes pascales, 35).

Pour rappeler le mystère eucharistique du Jeudi Saint, surtout aux prêtres, le Saint-Père Jean-Paul II, depuis le début de son pontificat, a envoyé une Lettre aux prêtres (en 2003, ce fut la Lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia).

En raison de la signification si particulière que revêt ce jour, (cf. Caeremoniale Epicoporum, 97), toute lÂ’attention doit se tourner vers les mystères commémorés, principalement dans la Messe de la dernière Cène : lÂ’institution de lÂ’Eucharistie, lÂ’institution du sacerdoce ministériel et le commandement du Seigneur sur la charité fraternelle.

Des indications opportunes sur la pastorale et la célébration de la Messe du soir du Jeudi Saint, la procession eucharistique, qui la conclut, et lÂ’adoration au Saint-Sacrement sont disponibles dans la Lettre circulaire sur la préparation et la célébration des fêtes pascales, 44-57 et dans le Directoire sur la piété populaire et la Liturgie, 141.  

Solennité du Corps et du Sang du Christ

11. Cette fête, “ étendue à toute lÂ’Église par le pape Urbain IV, en 1264, constitua, dÂ’une part, une réponse de la foi et du culte aux doctrines hérétiques concernant le mystère de la présence réelle du Christ dans lÂ’Eucharistie, et, dÂ’autre part, elle représenta le couronnement dÂ’un mouvement de dévotion ardente envers lÂ’incomparable Sacrement de lÂ’autel ” (Directoire piété populaire, 160).

La fête du Corpus Domini (ou Fête-Dieu) inspira de nouvelles formes de piété eucharistique dans le peuple de Dieu, qui sont arrivées jusquÂ’à nous (cf. Directoire piété populaire, 160-163). Parmi elles, la procession de la Fête-Dieu est la forme typique des processions eucharistiques: elle prolonge la célébration de lÂ’Eucharistie pour permettre au peuple chrétien de rendre “un témoignage public de foi et de vénération envers le Saint-Sacrement ” (De sacra communione, 101; cf. CIC, can. 944).Pour autant “ En cette année, puissions-nous, dans la procession traditionnelle, vivre avec une ferveur particulière la solennité du Corpus Domini. Que la foi en Dieu qui, en sÂ’incarnant, sÂ’est fait notre compagnon de route soit proclamée en tout lieu et particulièrement dans les rues de nos cités et dans nos maisons, comme expression de notre amour plein de reconnaissance et comme source inépuisable de bénédictions! ” (Mane nobiscum Domine, 18).

Un accent eucharistique particulier pourra aussi être donné à la solennité du Sacré-CÂœur de Jésus.

Célébration eucharistique et Liturgie des Heures

12. “La Liturgie des Heures étend aux différents moments de la journée la louange et lÂ’action de grâce, de même que la commémoration des mystères du salut, la supplication, lÂ’avant-goût de la gloire céleste qui sont contenus dans le mystère eucharistique, “centre et sommet de toute la vie de la communauté chrétienne”.

La célébration eucharistique elle-même trouve dans la Liturgie des Heures une excellente préparation, car celle-ci éveille et nourrit comme il faut les dispositions nécessaires pour une célébration fructueuse de lÂ’Eucharistie, comme la foi, lÂ’espérance, la charité, la dévotion et lÂ’esprit de sacrifice” (IGLH, 12).

Dans la célébration communautaire, quand les circonstances le suggèrent, on peut unir de façon plus étroite la Messe avec une Heure de lÂ’Office - Laudes, Heure du milieu du jour, Vêpres -, selon les indications et les normes en vigueur (cf. IGLH, 93-97).

Adoration eucharistique

13. La réserve eucharistique du Corps du Christ pour la communion des malades a incité les fidèles à adopter lÂ’habitude méritoire de se recueillir en prière pour adorer le Christ réellement présent dans le Sacrement conservé dans le tabernacle. Recommandée par lÂ’Eglise aux Pasteurs et aux fidèles, lÂ’adoration du Saint-Sacrement exprime hautement le lien qui existe entre la célébration du Sacrifice du Seigneur et sa présence permanente dans lÂ’Hostie consacrée (cf. De sacra communione, 79-100; Ecclesia de Eucharistia, 25; Mysterium fidei Redemptionis Sacramentum, 129-141).

Rester en prière auprès du Seigneur Jésus, vivant et réellement présent dans le Saint-Sacrement, fait croître lÂ’union avec lui: cela dispose à la fructueuse célébration de lÂ’Eucharistie et prolonge les attitudes cultuelles et existentielles suscitées par lÂ’Eucharistie. 

Cette prière sÂ’exprime, selon la tradition de lÂ’Eglise, de différentes façons:

- la simple visite au Saint-Sacrement présent dans le tabernacle: brève rencontre avec le Christ suggérée par la foi en sa présence et caractérisée par la prière silencieuse ;

- LÂ’adoration devant le Saint-Sacrement exposé, selon les normes liturgiques, dans lÂ’ostensoir ou la pyxide, de façon prolongée ou brève ;

- lÂ’adoration perpétuelle, celle des Quarante Heures ou sous dÂ’autres formes, qui mobilisent une communauté religieuse tout entière, ou une association eucharistique, ou une communauté paroissiale, et qui sont des occasions pour mettre en valeur de nombreuses expressions de la piété eucharistique (cf. Directoire piété populaire, 165).

14. - Adoration et Saintes Écritures. “Pendant que le Saint-Sacrement demeure exposé, on organisera les prières, les chants, les lectures de telle sorte que les fidèles, appliqués à la prière, ne sÂ’occupent que du Christ Seigneur. Pour alimenter la prière profonde, on emploiera des lectures tirées de la Sainte Écriture et accompagnées dÂ’une homélie ou de brèves exhortations, qui engagent à une meilleure appréciation du mystère eucharistique. Il convient aussi que les fidèles répondent par le chant à la Parole de Dieu. Il est bon que lÂ’on garde un silence sacré” (De sacra communione, 95).

15. - Adoration et Liturgie des Heures. “Devant le Saint-Sacrement longuement exposé, on peut encore célébrer une partie, en particulier une heure principale, de la Liturgie des Heures. Celle-ci, en effet, étend aux diverses heures du jour les louanges et actions de grâce qui sont offertes à Dieu dans la célébration de lÂ’Eucharistie; les supplications de lÂ’Église sont adressées au Christ et par lui au Père, au nom du monde entier” (De sacra communione, 96).

16. - Adoration et Chapelet. La Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae nous a dernièrement aidé à dépasser une vision du Chapelet considérée comme une prière simplement mariale, en nous invitant à valoriser son caractère éminemment christologique: contempler les mystères du Christ avec les yeux et le cÂœur de Marie, en communion avec elle et à son exemple. 

SÂ’il reste vrai que durant lÂ’exposition du Saint-Sacrement, dÂ’autres pratiques de dévotion ne doivent pas être accomplis en lÂ’honneur de la Vierge Marie et des Saints (cf. Directoire piété populaire, 165), on comprend cependant que le Magistère nÂ’exclue pas la prière du Chapelet : cÂ’est, en effet, en raison de ce caractère quÂ’il convient de la favoriser et de la répandre. En vue de lÂ’Année de lÂ’Eucharistie, le Pape a justement écrit: “ Le Rosaire lui-même, entendu dans son sens le plus profond, biblique et christocentrique, que jÂ’ai recommandé dans la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, pourra être une voie particulièrement adaptée à la contemplation eucharistique, réalisée en compagnie de Marie et à son école. ” (Mane nobiscum Domine 18; cf. Redemptionis Sacramentum, 137; Directoire piété populaire, 165). Pour autant, les éléments offerts dans Rosarium Virginis Mariae au chapitre III doivent être redécouverts et divulgués. LÂ’écoute dÂ’un texte biblique, le silence méditatif, la clausule christologique après le nom de Jésus au centre du Je vous salue Marie, le Gloria chanté, une prière conclusive adaptée et adressée au Christ, y compris sous la forme des litanies, favorisent le caractère contemplatif qui valorise la prière devant le Saint-Sacrement présent dans le tabernacle ou exposé. Réciter le Chapelet avec précipitation, lÂ’absence dÂ’espace pour la méditation, lÂ’orientation christologique insuffisante nÂ’aident pas à la rencontre du Christ présent dans le Sacrement de lÂ’autel. 

Les litanies de la Vierge Marie, qui constituent un acte du culte non nécessairement lié en lui-même au Chapelet (cf. Directoire piété populaire, 203), peuvent être plus opportunément remplacées par des litanies adressées directement au Christ (par ex. les litanies du CÂœur de Jésus, du Sang du Christ).

17. - Bénédiction eucharistique. Les processions et les adorations eucharistiques se concluent ordinairement, quand le prêtre ou le diacre est présent, par la bénédiction du Saint-Sacrement. Les autres ministres ou personnes chargées de lÂ’exposition, à la fin de cette dernière, reportent le Saint-Sacrement dans le tabernacle (cf. De sacra communione, 91).

Puisque la bénédiction avec le Saint-Sacrement nÂ’est pas en soi une forme de piété eucharistique, elle doit être précédée par une brève exposition, comportant un temps convenable de prière et de silence. “ LÂ’exposition, quÂ’on ferait uniquement pour donner la bénédiction, est interdite ” (De sacra communione, 89).

Processions eucharistiques

18. La procession eucharistique sur les chemins de la cité terrestre aide les fidèles à prendre conscience quÂ’ils constituent le peuple de Dieu qui marche avec son Seigneur, en proclamant la foi dans le “Dieu avec nous et pour nous” (cf. Redemptionis Sacramentum, 142-144; Directoire piété populaire, 162-163). Cela vaut surtout pour la procession eucharistique par excellence, celle du Corpus Domini.

Il est nécessaire que dans les processions soient observées les normes qui garantissent la dignité et le respect envers le Saint-Sacrement et qui en réglementent le déroulement, de façon à ce que la décoration des rues, les hommages de fleurs, les chants et les prières soient une manifestation de foi et de louange envers lui. (cf. De sacra communione, 101-108)

Congrès eucharistiques

19. Les congrès eucharistiques “doivent être considérés comme une “station” à laquelle une communauté invite lÂ’ensemble de lÂ’Église locale; ou bien cÂ’est une Église locale qui invite les autres Églises de la région, de la nation ou même du monde entier, afin quÂ’ensemble elles prennent conscience plus profondément du mystère de lÂ’Eucharistie sous un certain aspect et lÂ’honorent publiquement en se montrant unies par le lien de la charité ” (De sacra communione, 109).

Pour la réussite fructueuse de tels congrès, on doit observer les indications données pour leur préparation et leur déroulement dans le Rituel De sacra communione, 110-112.


 

3. ÉLÉMENTS DE SPIRITUALITÉ EUCHARISTIQUE

20. Un exposé sur la spiritualité eucharistique exigerait beaucoup plus que ce que lÂ’on se propose dÂ’offrir dans ces pages. En effet, celles-ci se limitent à donner quelques idées, en laissant aux Églises particulières le soin dÂ’approfondir elles-mêmes ce sujet, tant du point de vue des motivations que du contenu, en vue de promouvoir des initiatives spécifiques dans les domaines de la catéchèse et de la formation. En effet, il est important que lÂ’Eucharistie soit accueillie non seulement dans sa célébration, mais aussi comme un projet de vie, et quÂ’elle soit à la base dÂ’une authentique “ spiritualité eucharistique Â”.     

LÂ’Année de lÂ’Eucharistie est un moment favorable pour porter le regard au-delà des aspects typiquement liturgiques. Justement parce quÂ’elle est le cÂœur de la vie chrétienne, lÂ’Eucharistie ne sÂ’achève pas entre les murs de lÂ’église, mais elle exige de se transmettre à la vie de celui qui y participe. Le sacrement du Corps du Christ se dilate en vue de lÂ’édification du Corps du Christ qui est lÂ’Église. Les attitudes eucharistiques, auxquelles nous sommes éduqués par la célébration, doivent être approfondies dans la vie spirituelle, en tenant compte de la vocation et de lÂ’état de vie de chacun. En vérité, lÂ’Eucharistie est lÂ’aliment essentiel pour tous ceux qui croient en Jésus Christ, sans distinction dÂ’âges et de conditions.        

Les considérations, que nous présentons ici, offrent quelques pistes de réflexion, en se basant sur des expressions de la liturgie elle-même, à partir du texte latin du Missel. Notre intention est donc de montrer comment se caractérise la spiritualité liturgique par son attachement aux signes, aux rites, aux mots de la célébration, et comment elle peut trouver en ces derniers une nourriture sûre et abondante.

21. Écoute de la Parole

Verbum Domini.

À la fin de la lecture des Saintes Écritures, lÂ’expression Verbum Domini - Parole de Dieu! -nous rappelle lÂ’importance de ce qui sort de la bouche de Dieu; nous écoutons cette Parole, non comme un texte “lointain”, même inspiré, mais comme une parole vivante par laquelle Dieu nous interpelle: nous sommes en présence dÂ’un vrai  “ dialogue de Dieu avec son peuple, dialogue où sont proclamées les merveilles du salut et continuellement proposées les exigences de l'Alliance. ” (Dies Domini, 41).

La liturgie de la Parole est une partie constitutive de lÂ’Eucharistie (cf. SC, 56; Dies Domini, 39-41). Nous nous recueillons dans lÂ’assemblée liturgique pour écouter ce que le Seigneur veut nous dire: à tous et à chacun. Il parle maintenant et ici, à nous qui lÂ’écoutons avec foi, et qui croyons que Lui seul a les paroles de la vie éternelle, que sa Parole est la lampe qui conduit nos pas.

Participer à lÂ’Eucharistie signifie écouter le Seigneur pour mettre en pratique ce quÂ’il nous manifeste, nous demande et désire que nous fassions dans notre vie. Le fruit de lÂ’écoute de Dieu, qui nous parle à travers la lecture des Saintes Écritures dans lÂ’église (cf. SC, 7) mûrit dans la vie quotidienne (cf. Mane nobiscum Domine, 13).

LÂ’attitude de lÂ’écoute est à la base de la vie spirituelle. Croire en Jésus Christ consiste à écouter sa parole et à la mettre en pratique; à être docile à la voix de lÂ’Esprit Saint, le Maître intérieur, qui nous guide à la vérité toute entière, non seulement la vérité, quÂ’il faut connaître mais aussi la vérité quÂ’il faut vivre.

Pour écouter vraiment le Seigneur dans la liturgie de la Parole, il faut être affiner lÂ’ouïe de notre cÂœur. La lecture personnelle des Saintes Écritures nous prépare à cette écoute; elle doit avoir lieu à des moments et à des occasions prévus à lÂ’avance, pour quÂ’elle nÂ’apparaisse pas comme une activité laissée à dÂ’éventuels surcroîts de temps. De plus, afin que ce qui a été entendu au cours de la célébration eucharistique ne sÂ’efface pas de lÂ’esprit et du coeur à la sortie de lÂ’église, il faut trouver de quelle manière on peut prolonger cette écoute de Dieu, Lui qui nous fait parvenir sa voix de mille façons différentes, dans les circonstances de la vie quotidienne. 

22. Conversion

Agnoscamus peccata nostra ut apti simus ad sacra mysteria celebranda.

Kyrie eleison, Christe eleison
Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris, qui tollis peccata mundi, miserere nobis
Agnus Dei qui tollis peccata mundi: miserere nobis
Domine non sum dignus ut intresÂ…

Comme on le voit dans les textes cités ci-dessus, la dimension pénitentielle est bien présente dans la célébration eucharistique. En effet, elle nÂ’est pas seulement présente au début de la Messe dans lÂ’acte pénitentiel, avec ses différentes formules qui invoquent la miséricorde de Dieu, mais aussi dans la supplication adressée au Christ dans le Gloria, dans le chant de lÂ’Agnus Dei durant la fraction du pain et dans la prière que nous adressons au Seigneur avant de participer au banquet eucharistique.

LÂ’Eucharistie encourage la conversion et purifie le cÂœur du pénitent, conscient de ses propres misères et désireux du pardon de Dieu, même si elle ne remplace pas la confession sacramentelle, qui est lÂ’unique manière ordinaire, pour les auteurs de péchés graves, de se réconcilier avec Dieu et lÂ’Église.

Une telle attitude de lÂ’esprit doit se prolonger au cours de nos journées; elle est soutenue par lÂ’examen de conscience, cÂ’est-à-dire, la confrontation de nos pensées, de nos paroles, de nos actes et de nos omissions avec lÂ’Évangile du Christ.

Voir avec transparence nos misères nous libère de lÂ’auto-complaisance, nous garde dans la vérité au yeux de Dieu, nous amène à  confesser la miséricorde du Père qui est dans les cieux, nous montre le chemin qui nous attend et nous conduit au sacrement de la Pénitence. Cette attitude nous conduit aussi à la louange et à lÂ’action de grâce. Enfin, elle nous aide à être bons envers le prochain, à avoir compassion de lui dans sa fragilité et à lui pardonner. LÂ’avertissement de Jésus de nous réconcilier avec notre frère, avant dÂ’apporter lÂ’offrande à lÂ’autel (cf. Mt 5,23–24), et lÂ’appel de saint Paul à vérifier notre conscience avant de participer à lÂ’Eucharistie (que chacun donc sÂ’éprouve soi-même, et quÂ’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe : 1 Cor. 11, 28) doivent être pris au sérieux. Sans cette attitude, lÂ’Eucharistie nÂ’est pas considérée dans lÂ’une de ses dimensions profondes.

23. Mémoire

Memores igitur, Domine, eiusdem Filii tui salutiferae passionis necnon mirabilis resurrectionis et ascensionis in caelum (Prière eucharistique III).

“ Si les chrétiens célèbrent lÂ’Eucharistie depuis les origines, et sous une forme qui, dans sa substance, nÂ’a pas changé à travers la grande diversité des âges et des liturgies, cÂ’est parce que nous nous savons liés par lÂ’ordre du Seigneur, donné la veille de sa Passion : Â“ Faites ceci en mémoire de moi Â” (1 Cor. 11, 24-25) (CEC, 1356).

LÂ’Eucharistie est au sens spécifique, “ mémorial Â” de la mort et résurrection de notre Seigneur. En célébrant lÂ’Eucharistie, lÂ’Église fait mémoire du Christ, de ce quÂ’il a fait et dit, de son incarnation, de sa mort, de sa résurrection, et de son ascension au ciel. En lui elle fait mémoire de lÂ’histoire du salut tout entière, préfigurée dans lÂ’ancienne alliance.

Elle fait mémoire de ce que Dieu– Père, Fils, et Esprit Saint – a fait et fait pour lÂ’humanité tout entière, de la création à la recréation en Jésus Christ, dans lÂ’attente de son retour à la fin des temps pour récapituler en lui toute chose.

Le “ mémorial Â” eucharistique, en passant de la célébration aux différentes attitudes de notre vie, nous incite à reconnaître tous les dons reçus de Dieu dans le Christ. Notre vie est donc marquée du sceau de la “gratitude”, du sens de la “ gratuité” et, en même temps, du sens de la “ responsabilité Â”.

En effet, le fait de se rappeler de ce que Dieu a fait et fait pour nous, nourrit notre chemin spirituel. La prière du Notre Père nous rappelle que nous sommes enfants du  Père qui est au ciel, frères de Jésus, marqués de lÂ’Esprit Saint qui a été répandu dans nos cÂœurs.

De même, faire mémoire des dons de la nature (la vie, la santé, la familleÂ…) vivifie notre action de grâce et notre engagement pour les mettre en valeur.

Enfin, faire mémoire des dons de la grâce (le baptême et les autres sacrements; les vertus chrétiennesÂ…) vivifie notre action de grâce, notre engagement à ne pas rendre vains ces “talents” et, au contraire, à les faire fructifier.

24. Sacrifice

Hoc est Corpus meum. Hic est calix Sanguinis mei novi et aeterni testamenti

Te igitur, clementissime Pater, per Iesum Christum, Filium tuum, Dominum nostrum, supplices rogamus ac petimus, uti accepta habeas et benedicas haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata.

Memento, Domine, Â…omnium circustantium, quorum tibi fides cognita est et nota devotio, pro quibus tibi offerimus: vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis.

Hanc igitur oblationem servitutis nostrae, sed et cunctae familiae tuae (Prière eucharistique I).

Offerimus tibi, gratias referentes, hoc sacrificium vivum et sanctum (Prière eucharistique III)

LÂ’Eucharistie est le sacrement du sacrifice pascal du Christ. Dès son incarnation dans le sein de la Vierge jusquÂ’à son dernier soupir sur la croix, la vie de Jésus est un holocauste continuel, une “remise de soi” persévérante aux desseins du Père. Son sommet est constitué par le sacrifice du Christ au Calvaire: “ Chaque fois que le sacrifice de la croix, par lequel “ le Christ, notre Pâque, a été immolé Â” (1 Cor. 5, 7), est célébré sur lÂ’autel, lÂ’Âœuvre de notre rédemption se réalise. Â” (Lumen Gentium, 3, CEC, 1364).

Cet unique et éternel sacrifice est rendu vraiment présent dans le sacrement de lÂ’autel. Vraiment, “  le sacrifice du Christ et le sacrifice de lÂ’Eucharistie sont un unique sacrifice Â” (CEC, 1367).

À ce sacrifice, lÂ’Église associe son propre sacrifice, pour devenir un seul corps et un seul esprit dans le Christ, dont la communion sacramentelle est le signe (cf. Ecclesia de Eucharistia, 11-16). Participer à lÂ’Eucharistie, obéir à lÂ’évangile que nous écoutons, manger le Corps et boire le Sang du Seigneur veut dire faire de notre vie un sacrifice agréable à Dieu : par Lui, avec Lui et en Lui.

Comme lÂ’action rituelle de lÂ’Eucharistie est fondée sur le sacrifice offert par le Christ une fois pour toute pendant son existence terrestre (cf He 5, 7-9) et quÂ’elle le représente sacramentellement, de même notre participation à la célébration doit apporter avec elle lÂ’offrande de notre existence. Dans lÂ’Eucharistie lÂ’Église offre le sacrifice du Christ en sÂ’offrant avec lui (cf. SC 48; IGMR, 79, f;  Ecclesia de Eucharistia, 13).

La dimension sacrificielle de lÂ’Eucharistie engage donc la vie. Cette considération constitue le fondement de la spiritualité du sacrifice, du don de soi, de la gratuité, de lÂ’oblation requise par la vie chrétienne.

Le pain et le vin que nous apportons à lÂ’autel représentent notre existence : la souffrance et lÂ’engagement de vivre comme le Christ et selon le commandement donné aux disciples.

La communion au Corps et au Sang du Christ représente notre “ Me voici ! Â” pour laisser le Christ penser, parler et Âœuvrer en nous.

La spiritualité eucharistique du sacrifice devrait donc imprégner toutes nos journées : le travail, les relations, les mille choses que nous faisons ; lÂ’engagement à pratiquer la vocation dÂ’époux, de parents, dÂ’enfants ; la consécration au ministère pour celui qui est évêque, prêtre, diacre ; le témoignage des personnes consacrées ; le sens “ chrétien Â” de la douleur physique et de la souffrance morale ; la responsabilité dÂ’édifier la cité terrestre, dans ses différentes dimensions, à la lumière des valeurs évangéliques.

25. Action de grâce

Vere dignum et iustum est, aequum et salutare,
nos semper et ubique gratias agere.

La veille de sa passion, le soir où il a institué le sacrement de son sacrifice pascal, Jésus prit le pain, rendit grâce, le rompit et le donna à ses disciplesÂ… lÂ’action de grâce de Jésus “re-vit” dans chacune de nos célébrations eucharistiques.

Le terme “ eucharistie Â”, dans la langue grecque, signifie de fait “action de grâce” (cf. CEC, 1328). Cette dimension émerge clairement dans le dialogue qui introduit la Prière eucharistique : à lÂ’invitation du prêtre “ Rendons grâce au Seigneur notre Dieu Â”, les fidèles répondent : “ Cela est juste et bon. Â” Le préambule de la Prière eucharistique est toujours caractérisé par une formule qui mentionne le sens de lÂ’assemblée de prière : “ vraiment il est juste et bon de te rendre gloire, de tÂ’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très saintÂ… Â”

Ces formules codifiées, tandis quÂ’elles disent ce quÂ’elles accomplissent dans la célébration, expriment une attitude qui ne devrait pas diminuer dans lÂ’esprit de ceux qui sont régénérés dans le Christ : le fait de remercier est propre à qui se sent gratuitement aimé, renouvelé, pardonné. CÂ’est une justice et un devoir de remercier Dieu toujours (temps) et en tout lieu (espace).

CÂ’est de là que vient la spiritualité de lÂ’action de grâce pour les dons reçus de Dieu (la vie, la santé, la famille, la vocation, le baptême, etc.).

Remercier Dieu, non seulement dans les grandes occasions, mais “ toujours Â” : les Saints ont remercié le Seigneur dans lÂ’épreuve, à lÂ’heure du martyre (saint Cyprien donna lÂ’ordre aux siens de donner 25 monnaies dÂ’or à son bourreau : Actes du martyre, 3-6, Office des lectures du 16 septembre), par la grâce de la croix Â… Pour qui vit lÂ’esprit eucharistique, toutes les circonstances de la vie sont une occasion appropriée pour remercier Dieu (cf. Mane nobiscum Domine, 26).

Remercier toujours et “ en tout lieu Â” : dans les milieux de la vie quotidienne, à la maison, sur les lieux de travail, dans les hôpitaux, les écolesÂ…

LÂ’Eucharistie nous enseigne aussi à nous unir à lÂ’action de grâce que les chrétiens répandus sur toute la terre, font monter vers Dieu en unissant notre remerciement à celui du Christ.

26. Présence du Christ

Dominus vobiscum
Gloria tibi, Domine.

Laus, tibi Christe.

Mortem tuam annuntiamus, Domine, et tuam resurrectionem confitemur, donec venias.

Ecce Agnus DeiÂ… Domine, non sum dignusÂ…

Dans la célébration de la Messe, les principaux modes de présence du Christ au sein de lÂ’Église sont graduellement mis en évidence. En premier lieu, il est présent dans lÂ’assemblée même des fidèles réunis en son nom; il est présent dans sa parole, quand on lit dans lÂ’église les Saintes Écritures et quÂ’on en fait le commentaire; il est présent dans la personne du ministre; il est présent enfin et surtout sous les espèces eucharistiques : cette présence-là est absolument unique, parce que, dans le sacrement de lÂ’Eucharistie, le Christ tout entier, Dieu et homme, est présent, substantiellement et dÂ’une manière continuelle. CÂ’est justement pour cela que la présence du Christ sous les espèces consacrées est appelée réelle : “ réelle non par exclusion, comme si les autres nÂ’étaient pas telles, mais par excellence Â” (Mysterium fidei, 39) Â” (De sacra communione, 6)

“ Il convient tout particulièrement, aussi bien dans la célébration de la Messe que dans le culte eucharistique hors de la Messe, de développer une vive conscience de la présence réelle du Christ, en prenant soin d'en témoigner par le ton de la voix, par les gestes, par les mouvements, par le comportement tout entier. Â” (Mane nobiscum Domine, 18).

Signe visible de réalités invisibles, le sacrement contient ce quÂ’il signifie. LÂ’Eucharistie est avant tout opus Dei : Le Seigneur parle, agit et prie, ici, pour nous, en vertu de la puissance de lÂ’Esprit Saint (cf. CEC, 1373). Nous exprimons la foi en sa présence réelle, par exemple, dans les dialogues personnels que nous adressons à notre Seigneur après avoir écouté la Parole : Louange à toi, Seigneur Jésus et avant de communier à son Corps et son Sang : Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir; mais dis seulement une parole et je serai guéri.

La célébration de lÂ’Eucharistie devrait nous amener à exclamer, comme les Apôtres après avoir rencontré le Ressuscité : “ Nous avons vu le Seigneur! Â” (Jn 20, 25) La communion au Corps et au Sang du Christ est communion avec le Ressuscité, remède dÂ’immortalité, gage de la gloire à venir.

La présence, la chaleur et la lumière de Dieu, qui est avec nous, doivent demeurer en nous et transparaître dans toute notre vie. Entrer en Communion avec le Christ nous aide à “ voir Â” les signes de la présence divine dans le monde et à “ les manifester Â” à ceux que nous rencontrons.

27. Communion et charité

Una voce dicentes.

Concede, ut, qui Corpore et Sanguine Filii tui reficimur, Spiritu eius Sancto repleti, unum corpus et unus spiritus inveniamur in Christo (Prière eucharistique III).

“ Populo congregato Â” : lÂ’Ordo Missae commence par ces paroles. Le signe de la croix, au début de la messe, montre que lÂ’Église est le peuple réuni au nom de la Sainte Trinité.

En nous rassemblant ensemble dans un même lieu, pour célébrer les saints mystères, nous répondons au Père céleste qui appelle ses enfants, pour les étreindre par le Christ, dans lÂ’amour du Saint-Esprit.

LÂ’Eucharistie nÂ’est pas une action privée, mais une action du Christ qui associe toujours lÂ’Église à lui-même par un lien sponsal indissoluble (cf. Mane nobiscum Domine, chap. III).

Dans la liturgie de la Parole, nous écoutons la Parole même de Dieu, source de communion pour tous ceux qui la mettent en pratique.

Dans la liturgie eucharistique, nous présentons, par le pain et le vin, lÂ’offrande de notre vie : Il sÂ’agit de lÂ’offrande commune de lÂ’Église qui se dispose, dans les saints mystères, à entrer en communion avec le Christ.

En vertu de lÂ’action de lÂ’Esprit Saint, le sacrifice du Christ est rendu présent dans lÂ’offrande de lÂ’Église (“ Regarde, Seigneur, le sacrifice de ton Église, et daigne y reconnaître celui de ton Fils qui nous a rétablis dans ton Alliance Â”) : une seule offrande spirituelle agréable au Père, par Lui, avec Lui et en Lui.

Cette union à “ lÂ’offrande vivante et sainte Â” est réalisée par la communion sacramentelle : “ quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis, de lÂ’Esprit Saint accorde-nous dÂ’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. Â” (Prière eucharistique III)

Telle est la source perpétuelle de la communion ecclésiale, illustrée dans saint Jean par la comparaison avec la vigne et les sarments, et dans saint Paul par celle du corps. LÂ’Eucharistie fait lÂ’Église (cf. Ecclesia de Eucharistia), en la comblant de lÂ’Amour de Dieu et en la stimulant à la charité. De même, le fait de présenter, avec lÂ’offrande du pain et du vin, des offrandes dÂ’argent et dÂ’autres dons pour les pauvres, nous rappelle que lÂ’Eucharistie est un engagement à la solidarité et au partage. À ce propos, le Saint-Père a lancé cet appel déchirant : “Pourquoi alors ne pas faire de cette Année de l'Eucharistie un temps au cours duquel les communautés diocésaines et paroissiales s'emploieraient de manière spéciale, par des actions fraternelles, à lutter contre telle ou telle forme des nombreuses pauvretés de notre monde? Â” (Mane nobiscum Domine, 28)

La prière liturgique, tout en engageant des personnes individuelles, est toujours formulée en utilisant le “ nous Â” : il sÂ’agit de la voix de lÂ’Époux qui loue et supplie, una voces dicentes.

Les attitudes elles-mêmes, qui sont adoptées par les participants, manifeste la communion entre les membres dÂ’un organisme unique. “ LÂ’attitude commune du corps, qui doit être observée par tous les participants, est un signe de lÂ’unité des membres de la communauté chrétienne réunie dans la sainte liturgie : en effet, elle manifeste et favorise lÂ’intention et les sentiments de lÂ’âme de ceux qui y participent. Â” (IGMR, 42)

LÂ’offrande dÂ’un signe de paix avant la Communion (ou avant de présenter les offrandes à lÂ’autel, comme dans le rite ambroisien) est lÂ’expression de la “ communion ecclésiale Â”, qui est requise pour pouvoir entrer en communion sacramentelle avec le Christ. Le fruit de la Communion est lÂ’édification de lÂ’Église, le reflet visible de la communion trinitaire. (cf. Ecclesia de Eucharistia, 34)

DÂ’où la spiritualité de communion (cf. Novo Millennio ineunte, 43-45): celle-ci est requise par lÂ’Eucharistie et produite par la célébration eucharistique (cf. Mane nobiscum Domine, 20-21).

La communion entre les époux est façonnée, purifiée et nourrie par la participation à lÂ’Eucharistie.

Le ministère des pasteurs de lÂ’Église et la docilité des fidèles à leur magistère sont vivifiés par lÂ’Eucharistie.

Les fidèles malades scellent leur communion aux souffrances du Christ par la participation à lÂ’Eucharistie.

La réconciliation sacramentelle, qui nous relève de nos “ égarements Â”, est couronnée par la communion eucharistique.

La communion entre les différents charismes, fonctions, services, groupes, mouvements au sein de lÂ’Église est assurée par le saint mystère de lÂ’Eucharistie.

La communion entre les personnes engagées dans les divers services, activités et associations paroissiales est manifestée par la participation à la même Eucharistie.

LÂ’établissement de relations de paix, dÂ’entente, de concorde, dans la cité terrestre, est soutenu par le Sacrement du “Dieu avec nous et pour nous”.

28. Silence

Quiesce in Domino et exspecta eum (Ps 37,7)

Dans le rythme de la célébration, le silence est nécessaire au recueillement, à lÂ’intériorisation, à la prière intérieure (cf. Mane nobiscum Domine, 18). Ce silence nÂ’est pas synonyme de vide, dÂ’absence, mais il signifie, au contraire, présence, réceptivité, réaction face à Dieu qui nous parle, ici et maintenant, qui agit en notre faveur, ici et maintenant. “ Sois calme devant le Seigneur Â”, rappelle le Psaume 37 (36), 7.

En vérité, la prière, sous ses différentes formes – louange, supplique, invocation, cri, lamentation, action de grâce – prends corps à partir du silence.

En outre, dans la célébration eucharistique, le silence revêt une particulière importance après lÂ’écoute de la Parole de Dieu (cf. Ordo Lectionum Missae, 28; IGMR 128, 130, 136) et surtout après la communion au Corps et au Sang du Christ (cf. IGMR ,164).

Ces temps de silence sont dÂ’une certaine manière prolongés, en dehors de la célébration, lorsquÂ’on reste recueilli en adoration, en prière, en contemplation devant le Saint-Sacrement.

Le silence même de la tradition monastique, celui des exercices spirituels, des journées de retraite, ne seraient-ils pas un prolongement de ces moments de silence, qui caractérisent la célébration eucharistique, afin que la présence du Seigneur puisse sÂ’établir en nous et porter du fruit?

Il convient de passer de lÂ’expérience liturgique du silence (cf. Lettre apostolique Spiritus et Sponsa, 13) à la spiritualité du silence, à la dimension contemplative de la vie. Si elle nÂ’est pas ancrée dans le silence, la parole peut sÂ’étioler, se transformer en bruit, et même étourdir.

29. Adoration

Procidebant ante sedentem in trono et adorabant viventem in saecula saeculorum (Ap 4,10)

Notre position durant la célébration eucharistique – debout, assis, à genoux – reflète les attitudes du cÂœur. Il sÂ’agit bien de lÂ’expression concrète dÂ’une gamme de vibrations de la communauté qui prie.

Se tenir debout révèle la liberté filiale, offerte par le Christ mort et ressuscité, qui nous relève de lÂ’esclavage du péché. Etre assis exprime la réceptivité bienveillante de Marie, qui, assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole. Etre à genoux ou profondément incliné montre notre petitesse devant le Très-Haut, devant le Seigneur (cf. Fil 2,10).

Faire une génuflexion devant lÂ’Eucharistie, comme le font les prêtres et les fidèles (cf. IGMR, 43), exprime la foi dans la présence réelle du Seigneur Jésus Christ dans le Saint-Sacrement de lÂ’autel (cf. CEC, 1387).

En reflétant ici-bas, par ces signes saints, la liturgie célébrée dans le sanctuaire du ciel, nous imitons les vieillards de lÂ’Apocalypse : “ ils se prosternent devant Celui qui siège sur le trône pour adorer Celui qui vit dans les siècles des siècles Â” (Ap. 4,10).

Si, dans la célébration eucharistique, nous adorons le “Dieu avec nous et pour nous”, une telle écoute de lÂ’esprit doit se prolonger et se voir dans tout ce que nous faisons, pensons, et accomplissons. Au milieu des affaires de ce monde, dont nous nous occupons avec empressement, il existe toujours la tentation insidieuse de nous prosterner devant des idoles, et non plus devant Dieu seul.

Les paroles par lesquelles Jésus, au désert, repousse les suggestions idolâtres du diable, doivent trouver un écho dans nos paroles, nos pensées et nos actions de chaque jour: “ CÂ’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à lui seul tu rendras un culte. Â” (Mt 4,10).

SÂ’agenouiller devant lÂ’Eucharistie, en adorant lÂ’Agneau qui nous accorde de participer à la Pâque avec lui, nous enseigne à ne pas nous prosterner devant des idoles construites de main dÂ’homme, et nous aide à obéir avec fidélité, docilité et vénération à celui que nous reconnaissons comme lÂ’unique Seigneur de lÂ’Église et du monde.

30. Joie

Et ideo, choris angelicis sociati,
te laudamus in gaudio confitentes: Sanctus.

Propter quod caelestia tibi atque terrestria
canticum novum concinunt adorandoÂ…
 (Préface II de la Sainte Eucharistie)

“ Par son essence, la joie chrétienne est une participation à la joie spirituelle, conjointement divine et humaine, qui est au cÂœur de Jésus Christ glorifié Â” (Gaudete in Domino, II), et cette participation à la joie du Seigneur “  ne peut être dissociée de la célébration du mystère eucharistique Â” (ibid., IV), particulièrement de lÂ’Eucharistie célébrée le “Dies Domini”.

“ Le caractère festif de l'Eucharistie dominicale exprime la joie que le Christ communique à son Église par le don de l'Esprit. La joie est précisément l'un des fruits de l'Esprit Saint (cf. Rm 14,17; Ga 5,22). Â” (Dies Domini, 56)

Différents éléments de la messe mettent en évidence la joie de la rencontre avec le Christ et avec les frères, que ce soit par des paroles (on pense au Gloria et à la Préface) ou par des gestes, et une atmosphère festive (lÂ’accueil, les ornements floraux et lÂ’utilisation adéquate dÂ’un accompagnement musical, quand le temps liturgique le permet).

On trouve, dans le chant, une expression de la joie du cÂœur, et non un embellissement extérieur de la célébration eucharistique (cf. IGMR, 39; Dies Domini, 50; Chirographe pour le centenaire du Motu Proprio “Parmi les sollicitudes” sur la musique sacrée).

LÂ’assemblée céleste, à laquelle sÂ’unit celle de la célébration eucharistique, qui célèbre les saints mystères, chante avec joie les louanges de lÂ’Agneau immolé, Celui qui vit pour lÂ’éternité, parce quÂ’il nÂ’y a plus en lui de deuil, ni de pleurs, ni de lamentation.

“ Chanter la messe Â”, et non pas seulement chanter quelques chants durant la Messe, nous permet de faire lÂ’expérience du Christ qui vient faire communion avec nous “ pour que sa joie soit en nous et dans sa plénitude Â” (cf. Jn 15,11; 16,24; 17,13). Tu nous combleras de joie, Seigneur, par ta présence!

Le dimanche, la joie de la célébration eucharistique sÂ’étend aux différents aspects de ce jour: elle nous enseigne à toujours nous réjouir dans le Christ, à trouver notre bonheur dans la rencontre fraternelle et de lÂ’amitié, à partager la joie, qui est reçue comme un don (cf. Dies Domini, 55-58).

Si celui qui participe à lÂ’Eucharistie se laissait envahir par la tristesse, ce serait un contresens. Toutefois, la joie chrétienne ne nie pas la souffrance, la préoccupation, la douleur : dans le cas contraire, on pourrait à juste titre se moquer dÂ’une telle ingénuité. De fait, les larmes de lÂ’ensemencement nous enseignent à percevoir la joie de la récolte. La souffrance du Vendredi Saint fait espérer la joie du matin de Pâques.

LÂ’Eucharistie éduque à se réjouir avec les autres, sans garder pour soi la joie reçue en don. Le “Dieu avec nous et pour nous” imprime le sceau de sa présence sur notre tristesse, sur nos douleurs, sur nous qui souffrons. En nous appelant à entrer en communion avec lui, Il nous console dans toutes nos tribulations, pour que nous puissions à notre tour consoler ceux qui se trouvent dans toutes sortes dÂ’afflictions (cf. 2 Co 1,4)

31. Mission

Oratio universalis

Vere Sanctus es, Domine,
Â…quia per Filium tuum,Â…
Spiritus Sancti operante virtute,
Â…populum tibi congregare non desinis,
ut a solis ortu usque ad occasum
oblatio munda offeratur nomini tuo
 (Prière eucharistique IIII).

Benedicat vos omnipotens DeusÂ… Ite, missa est.

Constituée par les croyants de toutes nations, langues et peuple, lÂ’Église est le fruit de la mission que Jésus a confiée aux Apôtres, et elle est continuellement investie du mandat missionnaire (cf. Mt 28, 16-20). “ De la perpétuation du sacrifice du Christ dans l'Eucharistie et de la communion à son corps et à son sang, l'Église reçoit les forces spirituelles nécessaires à l'accomplissement de sa mission. Ainsi, l'Eucharistie apparaît en même temps comme la source et le sommet de toute l'évangélisation, puisque son but est la communion de tous les hommes avec le Christ et en lui avec le Père et l'Esprit Saint” (Ecclesia de Eucharistia, 22).

Dans la prière universelle, dans la Prière eucharistique, dans les prières des messes célébrées pour les intentions et circonstances diverses, lÂ’intercession de lÂ’Église, qui célèbre les saints mystères, sÂ’étend au monde entier; elle embrasse donc  les joies et les tristesses de lÂ’humanité, les souffrances et le cri des pauvres, la recherche assidue de justice et de paix qui couvre la terre (cf. Mane nobiscum Domine, 27-28).

Le renvoi de lÂ’assemblée, par lequel se conclut la célébration eucharistique, nÂ’est pas la simple annonce de la fin de lÂ’action liturgique : la bénédiction, particulièrement avec les formules solennelles, qui précède le renvoi, nous rappelle que nous sortons de lÂ’église avec le commandement de témoigner, dans le monde, que nous sommes “ chrétiens Â”. Jean-Paul II le rappelle : “ Le renvoi à la fin de chaque Messe, constitue une consigne qui pousse le chrétien à sÂ’engager pour la diffusion de lÂ’Évangile et pour lÂ’animation chrétienne de la société.” (Mane nobiscum Domine, 24).  Le chapitre IV de la Lettre apostolique Mane nobiscum Domine parle justement de lÂ’Eucharistie en tant que principe et projet de la mission.

La rencontre avec le Christ nÂ’est pas un talent à ensevelir, mais à faire fructifier dans nos paroles et nos gestes. LÂ’évangélisation et le témoignage missionnaire partent donc comme des forces centrifuges du banquet eucharistique (cf. Dies Domini, 45). La mission consiste à apporter le Christ, de manière crédible, dans les milieux de vie, de travail, de fatigue, de souffrance, en faisant en sorte que lÂ’esprit de lÂ’Évangile soit le levain de lÂ’histoire et le “ projet Â” de relations humaines imprégnées de solidarité et de paix. “ LÂ’Eglise pourrait-elle réaliser sa propre vocation sans entretenir une relation constante avec lÂ’Eucharistie, sans se nourrir de cet aliment qui sanctifie, sans sÂ’appuyer sur ce soutien indispensable à son action missionnaire ? Pour évangéliser le monde, il faut des apôtres " experts " dans la célébration, lÂ’adoration et la contemplation de lÂ’Eucharistie. Â” (Jean-Paul II, Message de la journée des missions 2004, 3).

Comment annoncer le Christ sans revenir, régulièrement le contempler dans les saints mystères pour le connaître ?

Comment en témoigner sans se nourrir de Lui à la source de la communion eucharistique?

Comment participer à la mission de lÂ’Église, en évitant le risque de lÂ’individualisme, sans approfondir notre relation avec lÂ’Eucharistie, qui nous rend proche de chaque frère dans la foi et même, de chaque homme?

À juste titre, lÂ’Eucharistie peut être aussi appelée le Pain de la mission : une belle “ figure Â” de cette signification est cette nourriture donnée à Élie, pour que celui-ci puisse continuer à accomplir sa mission, sans renoncer devant les difficultés du chemin : “soutenu par cette nourriture il marcha quarante jours et quarante nuits jusquÂ’à la montagne de Dieu, lÂ’Horeb. Â” (1 R 19, 8)

 

4. INITIATIVES ET ENGAGEMENTS PASTORAUX

32. Les Évêques, les Conférences épiscopales, les Supérieurs religieux devront ne pas manquer de donner des indications pour que lÂ’Année de lÂ’Eucharistie se déroule de manière fructueuse (cf. Mane nobiscum Domine, 5 e 29).

Des suggestions et des propositions sont offertes dans le but dÂ’orienter leurs indications.

33. Conférences épiscopales

- Préparer des documents utiles – particulièrement là où les diocèses ne pourront le faire – qui mettent en relief lÂ’Année de lÂ’Eucharistie, favorise la réflexion des prêtres et des fidèles, en affrontant des problématiques doctrinales, y compris celles qui sont les plus urgentes et délicates selon les endroits (manque de prêtres, perte de la conscience de lÂ’importance de la Messe quotidienne chez certains prêtres, abandon de la Messe dominicale et du culte eucharistiqueÂ…)

- Examiner le type et la qualité des transmissions télévisées et radiophoniques de la célébration eucharistique (cf. Dies Domini, 54), particulièrement utiles pour ceux qui sont dans lÂ’impossibilité de participer à la Messe (la qualité de la retransmission et du commentaire, la beauté et la dignité de la célébration, dans le but dÂ’éviter la diffusion de pratiques liturgiques abusives, lÂ’attention excessive au spectaculaire, etc.)

-  Prêter aussi attention à dÂ’autres formes de prière radio-télévisées (favoriser lÂ’adoration des fidèles à lÂ’église, pour éviter quÂ’ils se contentent de lÂ’adoration retransmise par la télévision)

- Proposer des initiatives pour lÂ’ouverture et la clôture de lÂ’Année de lÂ’Eucharistie dans chaque diocèse.

- Inviter les universités, les facultés, les institutions scolaires, les séminaires, à approfondir ce thème de lÂ’Eucharistie.

- Promouvoir des congrès eucharistiques nationaux

- Susciter lÂ’intérêt et lÂ’engagement, dÂ’une manière particulière, des prêtres, par des initiatives diverses, y compris à lÂ’échelle nationale.

34. Diocèse

- Prendre soin dÂ’organiser une cérémonie pour lÂ’ouverture solennelle et la clôture officielle de lÂ’Année de lÂ’Eucharistie, dans les limites de temps fixées par lÂ’Église universelle, à des dates qui conviennent à chaque diocèse : une célébration “ stationnale Â” dans la cathédrale – ou un lieu adapté – présidée par lÂ’évêque, est conseillée; si cela sÂ’avère opportun, la célébration peut commencer dans une église ou à un endroit situé près du lieu de la célébration, dÂ’où on se rend en procession au chant des litanies des Saints (cf. par exemple, Caeremoniale Episcoporum, 261)

- Valoriser, à des dates et dans des circonstances fixées dans lÂ’année liturgique, la “ Messe stationnale Â” présidée par lÂ’Évêque, qui est un signe de communion eucharistique de lÂ’Église particulière (cf. Mane nobiscum Domine, 22).

- Inviter les bureaux et les commissions diocésaines des différents secteurs pastoraux (catéchétique, liturgique, artistique, musique liturgique, école, malades, questions sociales, famille, clergé, vie consacrée, jeunes, mouvementsÂ…) à prendre en charge au moins une initiative spécifique au cours de cette année.

- Promouvoir des congrès eucharistiques (temps de réflexion et de prière)

- Valoriser les rencontres avec le clergé (participation à la messe chrismale, retraite mensuelle, rencontre diocésaine ou au niveau du doyenné, exercices spirituels annuels, formation permanente) pour approfondir les thèmes eucharistiques, y compris au niveau pastoral et spirituel.

- Donner une dimension eucharistique à la Journée mondiale de prières pour la sanctification des prêtres, en la solennité du Sacré-CÂœur de Jésus.

- Promouvoir la connaissance des Saints et des Saintes, spécialement de ceux qui ont un lien particulier avec le diocèse, qui se sont distingués par leur amour envers lÂ’Eucharistie, en prêchant son Mystère, en écrivant à son sujet.

- Connaître le patrimoine artistique diocésain faisant référence à lÂ’Eucharistie – peinture, sculpture, iconographie, autels, tabernacles, vases sacrésÂ… – , conservé dans les différentes églises et dans les musées diocésains; organiser des expositions, des lectures guidées et faire des publications sur ce sujet.

- Favoriser le développement de lÂ’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement en choisissant à cette fin des églises et des chapelles adaptées. En rappeler la présence là ou elle existe déjà, en faisant en sorte quÂ’elle commence surtout aux heures les plus appropriées pour la majorité des personnes. (cf. Mane nobiscum Domine, 18).

- Encourager les jeunes à mettre le thème de la XXème Journée mondiale de la jeunesse: “  Nous sommes venus pour lÂ’adorer Â”, en rapport avec lÂ’Année de lÂ’Eucharistie (cf. Mane nobiscum Domine, 30). Il serait opportun de prévoir une rencontre des jeunes au niveau du diocèse, centrée sur lÂ’adoration eucharistique;

- Ouvrir des rubriques dans les journaux, les revues diocésaine, les sites Internet, les émissions radiotélévisées locales sur le thème de lÂ’Eucharistie.

35. Paroisses

Accueillir lÂ’invitation du Saint-Père à faire tout ce qui est possible, durant cette année, pour donner à lÂ’Eucharistie dominicale la place centrale qui lui revient dans la paroisse; cette dernière est, à juste titre, appelée “ communauté eucharistique Â” (cf. SC, 42; Mane nobiscum Domine, 23; Dies Domini, 35-36; Eucharisticum mysterium, 26).

Sur ce point particulier, quelques pistes sont suggérées:

- Là où il est nécessaire de le faire, réorganiser ou donner une assise stable aux lieux de la célébration (autel, ambon, sanctuaire) et à lÂ’endroit où lÂ’Eucharistie est conservée (tabernacle, chapelle de lÂ’adoration) ; acquérir les livres liturgiques nécessaires ; prendre soin de la vérité et de la beauté des signes (vêtements liturgiques, vases sacrés, mobilier liturgique).

- Accroissement ou constitution du groupe chargée de la liturgie dans la paroisse. Veiller à la qualité et à la formation des ministres institués et des ministres extraordinaires de la sainte Communion, des servants dÂ’autel ou enfants de chÂœur, de la Schola Cantorum etc.

-  À certaines périodes de lÂ’année – temps pascal, carême – , programmer des rencontres de formation spécifique sur lÂ’Eucharistie dans la vie de lÂ’Église et du chrétien; le temps de préparation à la Première Communion est  une occasion particulièrement propice, pour les adultes et les jeunes.

- Relire et faire connaître lÂ’Institutio generalis Missalis Romani (cf. Mane nobiscum Domine, 17) et les Praenotanda de lÂ’Ordo Lectionum Missae; Le Rituel De sacra communione et de cultu mysterii eucharistici extra Missam, la récente Encyclique Ecclesia de Eucharistia et lÂ’Instruction qui lÂ’a suivie Redemptionis Sacramentum.

- Éduquer les attitudes liturgiques dans lÂ’église: expliquer ce que lÂ’on doit faire lorsquÂ’on entre dans une église ; ce quÂ’est la génuflexion ou une profonde inclination devant le Saint-Sacrement, le climat de recueillement ; donner des indications pour aider à la participation intérieure durant la Messe, particulièrement à certains moments (temps de silence, prière personnelle après la Communion) et pour éduquer à la participation extérieure ( manière dÂ’acclamer ou de prononcer en chÂœur les parties communes) Pour la Communion sous les deux espèces, on devra sÂ’en tenir aux dispositions en vigueur (cf. SC, 55; IGMR, 281-287; Redemptionis Sacramentum, 100-107).

- Célébrer comme il convient lÂ’anniversaire de la consécration de sa propre église.

- Découvrir “ son Â” église paroissiale, en connaissant la signification des différents éléments que lÂ’on a lÂ’habitude de voir : ce quÂ’est lÂ’autel, lÂ’ambon, le tabernacle; découvrir lÂ’iconographie, les vitraux, le portail, etc. Les éléments visibles de lÂ’église favorisent la contemplation de lÂ’Invisible.

- Promouvoir – y compris en indiquant les modalités pratiques – le culte eucharistique et la prière personnelle et communautaire devant le Saint-Sacrement (cf. Mane nobiscum Domine, 18): visite, adoration du Saint-Sacrement et bénédiction eucharistique, Quarante Heures, procession eucharistique. Mettre en valeur comme il convient, après la Messe de la Cène du Seigneur le Jeudi Saint, lÂ’adoration eucharistique au reposoir (cf. Directoire piété populaire, 141)

- Dans des circonstances particulières, proposer des initiatives spécifiques (adoration nocturnes)

- Vérifier la régularité et la dignité dans la manière de porter et de donner la communion aux malades

- Faire connaître lÂ’enseignement de lÂ’Église concernant le Viatique.

- Accompagner dans la vie spirituelle ceux qui sont dans une situation irrégulière et qui participent à la Messe, mais ne peuvent pas recevoir la Communion eucharistique.

36. Sanctuaires

LÂ’année de lÂ’Eucharistie concerne aussi directement les sanctuaires; ce sont des lieux qui, en soi, sont déjà appelés à offrir en abondance aux fidèles les moyens du salut, en annonçant avec zèle la Parole de Dieu, en favorisant, comme il se doit, la vie liturgique, particulièrement lÂ’Eucharistie et la célébration de la Pénitence, tout en mettant en pratique et en encourageant les formes de la piété populaire légitimement approuvées (cf. CIC, can. 1234, § 1; Directoire piété populaire, 261-278).

Cette année, les fidèles et les pèlerins devront considérer, avec un intérêt particulier, les sanctuaires érigés sur le lieu dÂ’un prodige eucharistique favorisant la piété eucharistique.

- La célébration eucharistique étant le centre des multiples activités des sanctuaires (évangélisation, charité, culture), il sera utile :

- dÂ’amener les pèlerins – en partant de la dévotion propre au sanctuaire – à faire lÂ’expérience dÂ’une profonde rencontre avec le Christ;

- de prendre grand soin du bon déroulement de la célébration eucharistique;

- de favoriser la participation de divers groupes dans la même célébration eucharistique, en veillant à la coordination de lÂ’ensemble et, si nécessaire, en étant attentif à la diversité des langues, sans oublier de mettre en valeur le chant grégorien, en utilisant au moins les mélodies plus faciles, surtout celles de lÂ’Ordinaire de la Messe, en particulier le symbole de la foi et la prière du Seigneur (cf. Directoire piété populaire, 268).

- Offrir la possibilité de prier devant le Saint-Sacrement, en veillant au recueillement et en organisant des moments dÂ’adoration communautaire. Faciliter par une signalisation adéquate lÂ’endroit où se trouve le tabernacle (cf. IGMR, 314-317; Redemptionis Sacramentum, 130).

- Encourager la pratique du sacrement de la Pénitence, en prévoyant, selon les possibilités, la présence de confesseurs disponibles durant des horaires utiles aux fidèles (cf. Directoire piété populaire, 267)

37. Monastères, Communautés religieuses et Instituts

Étant donné le lien étroit existant entre lÂ’Eucharistie et la vie consacrée (cf. Vita consecrata, 95; Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, Repartir du Christ, 26), lÂ’année de lÂ’Eucharistie doit constituer une excellente occasion pour sÂ’ancrer au cÂœur de sa vocation et de sa mission personnelle et communautaire.

Dans toutes les Règles et Constitutions, la Messe quotidienne et la dévotion à lÂ’Eucharistie est prescrite et recommandée.

- LÂ’année de lÂ’Eucharistie est une occasion pour programmer des temps de réflexions dans le but de vérifier :

- la qualité de la sainte Messe célébrée en communauté;
- la fidélité aux normes liturgiques;
- lÂ’héritage eucharistique dans la tradition de son propre Institut, et la situation présente;
- la dévotion eucharistique personnelle.

- Redécouvrir dans la vie et les écrits du propre fondateur – de la propre fondatrice - la piété eucharistique quÂ’il - ou quÂ’elle - a pratiquée et enseignée.

- SÂ’interroger : quel témoignage de vie eucharistique les personnes de vie consacrée offrent-elles en Âœuvrant dans les paroisses, les hôpitaux, les maisons de repos, les institutions scolaires, les lieux de détention, les centres de spiritualité, les maisons dÂ’accueil, les sanctuaires, les monastères?

- Vérifier si lÂ’on suit lÂ’orientation, suggérée de manière répétée par le Magistère, de participer à la Messe dominicale de la paroisse, en sÂ’insérant dans la pastorale de lÂ’Église où lÂ’on réside.

38. Séminaires et maisons de formations

Cette année consacrée spécialement à lÂ’Eucharistie concerne les communautés et les maisons de formation, où se préparent les futurs prêtres diocésains et religieux, sans parler des diacres (cf. Mane nobiscum Domine, 30).

La participation à la table de la Parole et de lÂ’Eucharistie fait mûrir la réponse de celui que Dieu appelle, et elle lÂ’ouvre à la mission spécifique que le Seigneur confie à ceux que lui-même choisit comme pasteurs de son peuple (cf. Congrégation pour lÂ’Éducation Catholique, Instruction sur la formation liturgique dans les Séminaire, 8-27 et Appendice 30-41).

LÂ’Eucharistie, non seulement soutient les séminaristes sur le chemin quotidien de leur formation, mais encore elle leur révèle où se situe le cÂœur de leur ministère à venir.

Quelques points sont à considérer :

- Approfondir le lien entre la formation théologique et lÂ’expérience spirituelle du mystère eucharistique pour parvenir à une plus profonde intériorisation.

- Soigner la participation intérieure et extérieure à la célébration de la Messe.

- Connaître la théologie liturgique à partir des rites et des textes de la célébration eucharistique.

- Connaître aussi concrètement le rite de la Messe et surtout la manière adéquate de la célébrer : le rôle de lÂ’espace consacré à la célébration; le genre des différents textes et des manières de les prononcer, le déroulement des rites, les parties du Missel, les normes qui régissent la célébration eucharistique chaque jour de lÂ’année, les choix possibles et légitimes des formules et des formulaires.

- Se convaincre de lÂ’utilité de se familiariser avec la langue latine et le chant grégorien, de façon à pouvoir prier et chanter en latin, quand il le faut, en sÂ’ancrant ainsi dans la tradition de lÂ’Église qui prie.

- Accroître lÂ’adoration, personnelle ou communautaire, sous ses différentes formes, y compris lÂ’exposition du Saint-Sacrement.

- Placer le tabernacle de manière à favoriser la prière privée.

39. Associations, Mouvements, Confréries

LÂ’esprit de communion, de fraternité, de partage qui caractérise lÂ’appartenance à une association est naturellement lié au mystère eucharistique.

Il existe des confréries et des associations explicitement dédiées à lÂ’Eucharistie, au Saint-Sacrement, à la dévotion eucharistique.

LÂ’insertion des associations, groupes et mouvements au sein de lÂ’Église, à la vitalité de laquelle ils contribuent, selon leur charisme, se manifeste normalement par leur participation aux messes dominicales de la paroisse (cf. Mane nobiscum Domine, 23;  Dies Domini, 36).

LÂ’Année de lÂ’Eucharistie :

- est un appel à réfléchir, vérifier, intérioriser et éventuellement mettre à jour les statuts traditionnels de ces associations, mouvements et confréries.

- est lÂ’occasion dÂ’un approfondissement catéchético-mystagogique de lÂ’Eucharistie.

- est un encouragement à consacrer plus de temps à lÂ’adoration eucharistique, et aussi dÂ’y inviter dÂ’autres personnes dans le cadre dÂ’une sorte d’“ apostolat Â” eucharistique.

- est une invitation à unir la prière avec lÂ’engagement dans la charité.


 

5. PARCOURS CULTURELS

40. Bien que ce chapitre soit volontairement schématique, il nÂ’en est pas moins très important. La raison du caractère essentiel de cette partie est surtout due au fait quÂ’en abordant le domaine culturel, nous trouvons inévitablement les situations variées des nombreuses Eglises particulières répandues dans le monde; chacune dÂ’entre elles sÂ’insère dans un contexte déterminé, avec ses richesses, ses particularités et son histoire. Il revient aux Eglises particulières de donner corps à ce qui est rappelé ici par de simples mentions thématiques. Toutefois, il nÂ’est pas difficile de comprendre combien il est important de saisir lÂ’occasion, qui sÂ’offre en cette Année de lÂ’Eucharistie, de découvrir à quel point lÂ’Eucharistie a été, et est capable, dÂ’avoir une influence profonde sur la culture humaine.

41. Recherche historique

Des domaines de recherche sÂ’ouvrent pour les facultés théologiques, pour les universités catholiques et les instituts dÂ’études supérieures. Aux facultés théologiques, en particulier, on suggère, comme piste significative, de conjuguer lÂ’approfondissement des fondements bibliques et doctrinaux sur lÂ’Eucharistie avec lÂ’approfondissement de la vie chrétienne, illustrée par la vie des Saints.

42. Édifices, monuments, bibliothèques

Des cathédrales, des monastères, des sanctuaires, et aussi de nombreuses églises entrent dans la catégorie des “biens culturels Â”, et donc ils sont souvent des centres de rayonnement de la culture. Dans cette perspective, lÂ’Année de lÂ’Eucharistie peut offrir lÂ’encouragement nécessaire pour  mettre en lumière le thème de lÂ’Eucharistie à partir du patrimoine culturel et artistique, dans le but de méditer sur ce sujet et de le faire connaître.

Les expositions, les sessions dÂ’études, et les publications de diverses sortes peuvent se faire en recourant à la collaboration dÂ’institutions et de sociétés ecclésiastiques ou non (universités, facultés, centres dÂ’études, cercles culturels, maisons dÂ’éditions).

43. Arts, musique sacrée, littérature

Si, dÂ’un côté, lÂ’art sacré comportant une thématique eucharistique est un témoignage de foi, dÂ’un autre côté, il constitue un moyen de transmission de cette même thématique au peuple de Dieu. On pourrait multiplier les exemples à ce sujet: depuis les fresques qui ornent les catacombes romaines jusquÂ’aux nombreuses Âœuvres réalisées sur ce thème de lÂ’Eucharistie, tant en Orient quÂ’en Occident au cours des siècles.

La connaissance de la tradition permet de mieux cerner les accents “eucharistiques” qui ont inspiré la production artistique tout au long des siècles, qui nous ont précédés, et de les comparer  avec la production contemporaine.

Nous évoquerons seulement quelques thèmes généraux :

Dans le domaine de lÂ’art sacré :

- autels, tabernacles, chapelles
- fresques, mosaïques, miniatures, peintures, sculptures, tapisseries, marqueteries
- vases sacrés : calices, patènes, ostensoirs
- ornements : vêtements liturgiques, garnitures dÂ’autel, baldaquins, étendards
- objets et dais pour les processions eucharistiques
- mobilier liturgique particulier pour le reposoir du Jeudi Saint

Dans le domaine de la musique :

- messes
- hymnes
- séquences
- motets

Dans les domaines de la littérature, du théâtre, du cinéma

- poésie
- contes
- romans
- pièces de théâtre
- films
- documentaires

44. Dans tous ces domaines, les personnes compétentes sauront trouver facilement la juste voie. Ce serait une grande réussite de lÂ’Année de lÂ’Eucharistie si les recherches accomplies pouvaient aboutir à une connaissance plus profonde et un partage plus important des trésors, qui appartiennent à lÂ’héritage commun du christianisme dans chaque continent.

Ce que dit le Pape dans Mane nobiscum Domine va dans ce sens; en nous en incitant à nous engager plus profondément pour témoigner de la “présence de Dieu dans le monde”, il se réfère aussi à lÂ’Eucharistie. Face à des orientations culturelles, qui tendent à marginaliser les multiples apports du christianisme, au point dÂ’effacer de la mémoire des peuples sa contribution historique dans les terres traditionnellement chrétiennes, le Pape écrit : “ N'ayons pas peur de parler de Dieu et de porter la tête haute les signes de la foi. La “culture de l'Eucharistie” promeut une culture du dialogue et donne à cette dernière force et nourriture. On se trompe lorsqu'on pense que la référence publique à la foi peut porter atteinte à la juste autonomie de l'État et des institutions civiles, ou bien que cela puisse même encourager des attitudes d'intolérance. Si historiquement des erreurs en la matière n'ont pas manqué, même chez les croyants, comme j'ai eu l'occasion de le reconnaître lors du Jubilé, cela ne doit pas être porté au compte des “racines chrétiennes”, mais à l'incohérence des chrétiens en ce qui a trait à leurs racines. Â” (Mane nobiscum Domine, 26).


 

CONCLUSION

Une année de grâce, de ferveur, de mystagogie

45. Pour conclure, après tant de suggestions et de propositions, il convient de revenir sur ce qui est plus essentiel, en se rappelant que le Saint-Père, dans sa lettre Mane nobiscum Domine, a parlé dÂ’une “ Année de grâce Â”. En effet, toutes les initiatives que nous pourrons lancer nÂ’auront de sens que si elles sont prises dans la perspective du don de Dieu. Les initiatives ne seront que des chemins ouverts, pour que la grâce, toujours offerte par lÂ’Esprit de Dieu, soit répandue en abondance, et accueillie par chaque personne et chaque communauté. Le “ Me voici Â” de la Sainte Vierge devra encore une fois donner le ton du “ Me voici Â” de toute lÂ’Église, qui reçoit continuellement, par le Corps et le Sang du Christ, le don de la maternité de Marie : “ Voici ta Mère! Â” (cf. Ecclesia de Eucharistia, 57)

La réussite de cette Année dépendra sans aucun doute de la profondeur de notre prière. Nous sommes invités à célébrer lÂ’Eucharistie, à la recevoir et à lÂ’adorer avec la foi des Saints. Comment oublier en ce jour où la liturgie fait mémoire de Sainte Thérèse dÂ’Avila, la ferveur de la grande mystique espagnole, docteur de lÂ’Église? Au sujet de la communion eucharistique, elle écrit : “ On nÂ’a pas besoin dÂ’aller bien loin pour trouver le Seigneur. Tant que la chaleur naturelle nÂ’a pas consumé les espèces du pain, le bon Jésus est en nous : approchons nous de Lui! Â” (Chemin de perfection, 8).

Cette année spéciale devra justement nous aider à rencontrer Jésus dans lÂ’Eucharistie et à vivre de lui. CÂ’est vers cela aussi que devra tendre la catéchèse “ mystagogique Â”, que le Pape demande aux Pasteurs dÂ’accomplir avec un effort particulier  (cf. Mane nobiscum Domine, 17). En faisant écho à son appel, nous aimerions conclure en citant un extrait typique de la mystagogie occidentale, tiré du De Mysteriis (no 54) de S. Ambroise :

Notre Seigneur Jésus lui-même proclame : “ Ceci est mon corps. Â” Avant la bénédiction des paroles célestes, cette expression indique un élément particulier. Après la consécration, elle désigne le corps et le sang du Christ. Lui-même lÂ’appelle son sang. Avant la consécration, on lÂ’appelle dÂ’un autre nom. Après la consécration, il est dit sang. Et tu dis “ Amen Â”, cÂ’est-à-dire, ainsi soit-il. Ce que prononce la bouche, que lÂ’esprit lÂ’affirme. Ce quÂ’énonce la parole, que le cÂœur le sente.

Du siège de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 15 octobre 2004, en la mémoire de Sainte Thérèse de Jésus, vierge et docteur de lÂ’Église.

Francis Card. Arinze
Préfet

Domenico Sorrentino
Archevêque Secrétaire


 

 

   

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