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SYNODE DES ÉVÊQUES

  XIIIème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE

LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION
POUR LA TRANSMISSION DE LA FOI CHRÉTIENNE

INSTRUMENTUM LABORIS

 

CITÉ DU VATICAN

2012


TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos

Introduction

Points de référence
Ce que l'on attend du Synode
Le thème de l'Assemblée synodale
Du Concile Vatican II à la nouvelle évangélisation
Structure de l’Instrumentum laboris

Chapitre I
Jésus-Christ, Évangile de Dieu pour l'homme

Jésus-Christ, l'évangélisateur
L'Église, évangélisée et évangélisatrice
L'Évangile, un don fait à chaque homme
Le devoir d'évangéliser
Évangélisation et renouvellement de l'Église

Chapitre II
Le temps d'une nouvelle évangélisation

L'exigence d'une nouvelle évangélisation
Les scènes d'une nouvelle évangélisation
Les nouvelles frontières de la communication
Les mutations de la scène religieuse
En tant que chrétiens dans ces situations
Missio ad gentes
, charge pastorale, nouvelle évangélisation
Transformations de la paroisse et nouvelle évangélisation
Une définition et sa signification

Chapitre III
Transmettre la foi

La primauté de la foi
L'Église transmet la foi qu'elle vit elle-même
La pédagogie de la foi
Les sujets de la transmission de la foi
La famille, lieu exemplaire d'évangélisation
Appelés pour évangéliser
Rendre raison de sa propre foi
Les fruits de la foi

Chapitre IV
Raviver l’action pastorale

L’initiation chrétienne, processus évangélisateur
L’exigence de la première annonce
Transmettre la foi, éduquer l’homme
Foi et connaissance
Fondement de toute pastorale évangélisatrice
Centralité des vocations

Conclusion

Jésus-Christ, Évangile qui apporte l'espérance
La joie d'évangéliser



AVANT-PROPOS

« Augmente en nous la foi ! » (Lc 17, 5). Telle est la prière des Apôtres au Seigneur Jésus en comprenant que seule la foi, don de Dieu, pouvait faire s'instaurer un rapport stable avec Lui, pour être à la hauteur de la vocation de disciples. La raison de cette requête résidait dans l'expérience qu'ils avaient de leurs limites. Ils percevaient qu'ils n'étaient pas suffisamment forts pour pardonner à leurs frères. La foi est indispensable aussi pour accomplir les signes de la présence du Royaume de Dieu dans le monde. L'image du figuier séché jusqu'aux racines sert à Jésus pour encourager ses disciples : « Ayez foi en Dieu ! En vérité je vous le dis : si quelqu'un dit à cette montagne : ‘Soulève-toi et jette-toi dans la mer’, et s'il n'hésite pas dans son cœur, mais croit que ce qu'il a dit va arriver, cela lui sera accordé. C'est pourquoi je vous dis : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez déjà reçu, et cela vous sera accordé» (Mc 11, 22-24). L'évangéliste Matthieu aussi souligne l'importance de la foi pour accomplir de grandes œuvres. «En vérité je vous le dis, si vous avez une foi qui n'hésite point, non seulement vous ferez ce que je viens de faire au figuier, mais même si vous dites à cette montagne : ‘Soulève-toi et jette-toi dans la mer’, cela se fera» (Mt 21, 21).

Il arrive que le Seigneur Jésus reproche aux « Douze » leur manque de foi. Lorsque ceux-ci lui demandent pourquoi ils n'avaient pas réussi à chasser le démon, le Maître répond : « Parce que vous avez peu de foi »(Δια την όλιγοπιστίαν ύμών) (Mt 17, 20) Au lac de Tibériade, avant de calmer la tempête, Jésus reprend ses disciples : « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? » (όλιγόπιστοι) (Mt 8, 26). Ils doivent avoir confiance en Dieu et dans la Providence, et ne pas se soucier des biens matériels. « Que si Dieu habille de la sorte l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ? » (Mt 6, 30 ; cf. Lc 12, 28). Une telle attitude se répète avant la multiplication des pains. Les disciples ayant constaté qu'ils avaient oublié de prendre le pain avant de passer sur l'autre rive, le Seigneur Jésus dit : « Gens de peu de foi, pourquoi faire en vous-mêmes cette réflexion, que vous n'avez pas de pains ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous ne vous rappelez pas les cinq pains pour les cinq mille hommes, et le nombre de corbeilles que vous en avez retirées ?» (Mt 16, 8-9).

Dans l'Évangile de Matthieu, une attention particulière est portée sur la description de Jésus marchant sur les eaux et rejoignant les apôtres dans la barque. Après avoir dissipé leur peur, il accueille la demande que lui fait Pierre, sous une condition : « Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir à toi sur les eaux » (Mt 14, 28). Dans un premier moment, Pierre avançait aisément sur les eaux, se dirigeant vers Jésus. « Mais voyant le vent, il prit peur et, commençant à couler, il s'écria : ‘Seigneur, sauve-moi !’ ». Aussitôt Jésus tendit la main et le saisit, en lui disant : « ‘Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?’ » (Mt 14, 30-31). Jésus et Pierre montent dans la barque et le vent tombe. Les disciples, témoins de cette grande manifestation, se prosternent devant le Seigneur en faisant leur profession de foi : « Vraiment tu es Fils de Dieu ! » (Mt 14, 33).

Dans la personne de Pierre, on peut facilement reconnaître l'attitude de nombreux fidèles, mais aussi d'entières communautés chrétiennes, en particulier dans les pays d'ancienne évangélisation. En effet, beaucoup d'Églises particulières connaissent un éloignement des fidèles - dû à l'insuffisance de leur foi – de la vie sacramentelle et de la pratique chrétienne, dont certains pourraient même être insérés dans la catégorie des non-croyants (άπιστοι ; cf. Mt 17, 17 ; 13, 58). En même temps, nombreuses sont les Églises qui, après un premier enthousiasme, expérimentent la lassitude, la peur face à des situations très difficiles dans le monde d'aujourd'hui. Tout comme Pierre, elles craignent le climat hostile, les tentations de différents types, les défis qui dépassent leurs forces humaines. Pour Pierre tout comme pour les fidèles, pris en tant que personnes individuellement ou en tant que membres de la communauté ecclésiale, le salut ne peut venir que du Seigneur Jésus. Lui seul peut tendre la main et guider vers le lieu sûr, sur le chemin de la foi.

Les brèves réflexions sur la foi dans les Évangiles nous aident à illustrer le thème de la XIIIème Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques : « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ». L’importance de la foi dans ce contexte apparaît renforcée par la décision du Saint-Père Benoît XVI de proclamer l’Année de la Foi à partir du 11 octobre 2012, dans le souvenir du 50ème anniversaire de l'ouverture du Concile Œcuménique Vatican II et du 20ème de la publication du Catéchisme de l'Église Catholique. Les deux événements seront inaugurés lors de la célébration des Assises synodales. Une nouvelle fois, on verra vérifiés les mots que le Seigneur Jésus adresse à l'Apôtre Pierre, la pierre sur laquelle le Seigneur a construit son Église (cf. Mt 16, 19) : « j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 32). À nouveau, « la porte de la foi » s'ouvrira devant nous tous (Ac 14, 27).

Comme toujours, aujourd'hui encore l'évangélisation a pour but de transmettre la foi chrétienne. Elle ressort en premier lieu de la communauté des disciples de Jésus-Christ, organisés en Églises particulières, diocèses et éparchies, dont les fidèles se rassemblent régulièrement pour les célébrations liturgiques, écoutent la Parole de Dieu et célèbrent les sacrements, en particulier l'Eucharistie, en ayant à cœur de transmettre le trésor de la foi aux membres de leurs familles, de leurs communautés et de leurs paroisses. Ils le font en proposant la vie chrétienne et en témoignant, à travers aussi le catéchuménat, la catéchèse et les œuvres de charité. Il s'agit d'évangélisation au sens général, en tant qu'activité régulière de l'Église. Avec l'aide de l'Esprit Saint, cette évangélisation – ordinaire, pour ainsi dire – doit être animée d'une nouvelle ardeur. Il faut rechercher de nouvelles méthodes et de nouvelles formes d'expression permettant de transmettre à l'homme d'aujourd'hui l'éternelle vérité de Jésus-Christ, toujours nouveau, source de toutes les nouveautés. Seule une foi solide et robuste, caractéristique des martyrs, peut motiver un grand nombre de projets pastoraux – d'un rayonnement plus ou moins grand -, revitaliser les structures déjà existantes, et susciter la créativité pastorale à la hauteur des besoins de l'homme contemporain et des attentes des sociétés actuelles.

Le dynamisme renouvelé des communautés chrétiennes donnera un nouvel élan aussi à l'activité missionnaire (missio ad gentes), aujourd'hui plus urgente que jamais, si l'on considère le nombre important de personnes qui ne connaissent pas Jésus-Christ non seulement dans les terres lointaines, mais aussi dans les pays d'ancienne évangélisation.

En se laissant vivifier par l'Esprit Saint, les chrétiens seront aussi sensibles à de nombreux frères et sœurs qui, bien qu'étant baptisés, se sont éloignés de l'Église et de la pratique chrétienne. C'est plus particulièrement à eux qu'ils veulent s'adresser avec la nouvelle évangélisation pour leur faire découvrir une nouvelle fois la beauté de la foi chrétienne et la joie de la rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus, au sein de l'Église, communauté des fidèles.

L'Instrumentum laboris qui est publié ici se déroule sur ces thématiques. Ordre du jour des prochaines Assises synodales, il est le résultat de la synthèse des réponses aux Lineamenta qui ont été envoyées par les Synodes des Évêques des Églises orientales catholiques sui iuris, par les Conférences épiscopales, les Dicastères de la Curie romaine et l'Union des Supérieurs généraux, ainsi que par d'autres institutions, des communautés et des fidèles, qui ont voulu participer à la réflexion ecclésiale sur l'argument synodal. Avec l'aide du Conseil ordinaire, et à partir aussi de l'apport d'éminents experts, le Secrétariat général du Synode des Évêques a rédigé le présent Document qui rassemble de nombreux aspects prometteurs de l'activité évangélisatrice de l'Église sur les cinq continents. Le texte indique en même temps différents thèmes devant être approfondis pour que l'Église puisse continuer à assurer adéquatement son œuvre évangélisatrice, en tenant compte des nombreux défis et difficultés du moment présent. Forts de la parole du Seigneur : « Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jn 14, 1) et sous la présidence éclairante du Saint-Père Benoît XVI, les Pères synodaux se préparent à réfléchir dans une atmosphère de prière, d'écoute et de communion affective et effective. Ils ne seront pas seuls en cela, mais accompagnés de nombreuses personnes qui continuent de prier pour les travaux du Synode. Le regard tourné aussi vers la communion de l'Église glorifiée, les membres de la XIIIème Assemblée générale ordinaire mettent leur espérance dans l'intercession de tous les saints et, en particulier, de la Vierge Marie, bienheureuse parce qu'elle « a cru dans l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! » (Lc 1, 45).

Dieu, bon et miséricordieux, tend constamment sa main à l'homme et à l'Église, toujours prêt à rendre rapidement justice à ses élus. Toutefois, ceux-ci sont invités à saisir Sa main et à Lui demander, avec foi, de les aider. Une condition qui n'est pas escomptée, comme on peut le percevoir à partir de la grave question que pose Jésus : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). C'est pourquoi, aujourd'hui encore, l'Église et les chrétiens doivent répéter assidûment la supplique : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » (Mc 9, 24).

Afin que les Assises synodales puissent correspondre à ces attentes et à ces besoins de l'Église de notre temps, invoquons la grâce de l'Esprit Saint, que Dieu « a répandu sur nous à profusion, par Jésus-Christ notre Sauveur » (Tt 3 ,6), en suppliant encore une fois le Seigneur Jésus : « Augmente en nous la foi ! » (Lc 17, 5).

+ Nikola Eterović
Archevêque titulaire de Cibale
Secrétaire Général du Synode des Évêques

Du Vatican, le 27 mai 2012
En la solennité de la Pentecôte


INTRODUCTION

1. La prochaine Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, qui se tiendra du 7 au 28 octobre 2012, a pour thème : « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », conformément à l'annonce faite par le Saint-Père Benoît XVI à la fin des travaux de l'Assemblée Spéciale pour le Moyen-Orient du Synode des Évêques. Des Lineamenta avaient été élaborés afin de faciliter la préparation spécifique de cet événement et les Conférences épiscopales, les Synodes des Évêques des Églises catholiques orientales sui iuris, les Dicastères de la Curie romaine et l'Union des Supérieurs Généraux ont répondu à ces Lineamenta et aux questionnaires qui les accompagnaient. Des observations ont également été envoyées individuellement par des évêques, des prêtres, des membres d'Instituts de vie consacrée, des laïcs, des associations et des mouvements ecclésiaux. Une préparation fortement partagée, qui confirme combien les chrétiens et l'Église d'aujourd'hui ont à cœur le thème choisi par le Saint-Père. Toutes les opinions et les réflexions parvenues à la Secrétairerie Générale du Synode ont été rassemblées et synthétisées dans le présent Instrumentum laboris.

POINTS DE RÉFÉRENCE

2. La prochaine Assemblée synodale est convoquée à un moment particulièrement significatif pour l'Église catholique. En effet, le temps de son déroulement verra la célébration du cinquantième anniversaire de l'ouverture du Concile Œcuménique Vatican II et le vingtième anniversaire de la publication du Catéchisme de l'Église catholique, mais aussi l'ouverture de l'Année de la Foi proclamée par le Pape Benoît XVI.[1]Le Synode sera donc une occasion propice pour mettre en relief la demande de conversion et l'exigence de sainteté suscitées par tous ces anniversaires ; le Synode sera le lieu où il sera possible de prendre à cœur et de relancer cette invitation à redécouvrir la foi : invitation qui, après avoir germé dans le Concile Vatican II et été reprise une première fois dans l'Année de la Foi proclamée par Paul VI, nous est reproposée aujourd'hui par le Saint-Père Benoît XVI. Tel est le cadre dans lequel le Synode travaillera sur le thème de la nouvelle évangélisation.

3. L’arc de temps qui s'est ainsi créé est constellé d'autres points de référence qui se sont révélés essentiels pour ce moment de préparation mais aussi pour la réflexion synodale successive. En plus de la référence directe et explicite au magistère du Concile Vatican II, il est impossible, par exemple, de réfléchir sur l'évangélisation aujourd'hui sans tenir compte de ce qui a été dit à ce propos par Paul VI dans son Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, et par Jean-Paul II dans l’Encyclique Redemptoris missio et la Lettre Apostolique Novo millennio ineunte. C'est de façon chorale qu'un grand nombre de réponses parvenues à la Secrétairerie Générale du Synode ont repris ces textes comme points de confrontation et de vérification.

CE QUE L'ON ATTEND DU SYNODE

4. Beaucoup de réponses ont souligné l'urgence de se réunir tous ensemble pour une évaluation de la façon dont l'Église vit aujourd'hui sa vocation évangélisatrice des origines, face aux défis qu'elle est appelée à affronter, afin d'éviter le risque de la dispersion et de la fragmentation. De nombreuses Églises particulières (diocèses, éparchies, Églises sui iuris) ainsi que différentes Conférences épiscopales et divers Synodes des Églises orientales se sont déjà engagés depuis plusieurs années dans l'élaboration d'une vérification de leurs pratiques d'annonce et de témoignage de la foi. Sur ce point, les réponses ont fourni une liste tout à fait impressionnante d'initiatives mises en œuvre par les différentes réalités ecclésiales : au nom de l'évangélisation, et pour la relancer au cours de ces décennies dans les diverses Églises particulières, des documents ont été rédigés, des projets pastoraux pensés, des initiatives (diocésaines, nationales et continentales) de sensibilisation et de soutien imaginées, et des lieux de formation créés à l'intention des chrétiens appelés à s'engager dans ces projets.

5. Devant une telle richesse d'initiatives, rapportée dans un ton de clair-obscur du fait qu'elles n'ont pas toutes obtenu le résultat espéré, la convocation synodale a été vue comme l'occasion favorable pour créer un moment unitaire et catholique d'écoute, de discernement et, surtout, pour apporter unité aux choix qui devront être faits. On espère que la prochaine Assemblée synodale constituera un événement capable d'insuffler énergie aux communautés chrétiennes et qu'elle puisse en même temps aussi fournir des réponses concrètes aux nombreuses questions qui émergent aujourd'hui dans l'Église quant à sa capacité d'évangéliser. On en attend un encouragement, mais aussi une confrontation et un partage des instruments d'analyse et des exemples d'action.

LE THÈME DE L'ASSEMBLÉE SYNODALE

6. En annonçant la convocation de la XIIIème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, le Saint-Père Benoît XVI entendait rappeler les communautés chrétiennes à la priorité du devoir de l'Église en ce début du nouveau millénaire. Dans le sillage de son prédécesseur le bienheureux Jean-Paul II, qui avait vu dans le Jubilé de l'an 2000 – célébré trente-cinq ans après le Concile Vatican II – un encouragement pour l'Église à relancer sa mission évangélisatrice, le Pape Benoît XVI met ultérieurement l'accent sur cette mission, en soulignant son caractère de nouveauté. La mission donnée aux apôtres d'aller et de faire des disciples dans toutes les nations, en les baptisant et en les formant au témoignage (cf. Mt 28,19-20) ; la mission qu'a assumée l'Église et à laquelle elle est restée fidèle pendant des siècles, cette mission est appelée à se mesurer aujourd'hui aux transformations sociales et culturelles qui modifient profondément la perception que l'homme a de soi et du monde, en entraînant des conséquences aussi sur sa façon de croire en Dieu.

7. Le résultat de toutes ces transformations est que se diffuse une désorientation qui se traduit dans des formes de méfiance à l'égard de tout ce qui nous a été transmis à propos du sens de la vie, et une disponibilité moindre à adhérer en totalité et sans condition à ce qui nous a été offert comme étant la révélation de la vérité profonde de notre être. C'est le phénomène du détachement de la foi, qui s'est manifesté progressivement dans les sociétés et les cultures qui apparaissaient depuis des années comme étant imprégnées de l'Évangile. Considérée comme un élément à rapporter toujours plus à la sphère intime et individuelle de la personne, la foi est devenue une condition première pour de nombreux chrétiens aussi, qui ont continué de se soucier des justes conséquences sociales, culturelles et politiques de la prédication de l'Évangile, mais qui ne se sont pas suffisamment attachés à entretenir leur foi et celle de leurs communautés, une foi qui, comme une flamme invisible, par sa charité alimentait et donnait énergie à toutes les autres actions de la vie. Le risque que, ce faisant, la foi s'affaiblisse, et avec elle la capacité de témoigner de l'Évangile, est devenu une réalité dans plus d'une nation où la foi chrétienne a contribué, au cours des siècles, à la construction de la culture et de la société.

8. Dès le début de son pontificat, le Pape Benoît XVI s'est donné comme impératif de réagir à cette situation, comme il a eu l'occasion de l'affirmer : « L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude ».[2]L'Église perçoit comme son devoir de réussir à imaginer de nouveaux instruments et de nouveaux mots pour que la parole de la foi, qui nous a fait renaître à la vie, à la vraie vie, en Dieu, puisse être entendue et comprise dans les nouveaux déserts du monde également.

9. La convocation du Synode sur la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi se situe au cœur de cette volonté de relancer la ferveur de la foi et du témoignage des chrétiens et de leurs communautés. La décision de concentrer la réflexion synodale sur ce thème est en effet un élément devant être lu dans le cadre d'un dessein unitaire, dont les étapes les plus récentes sont la création d'un Dicastère pour la promotion de la nouvelle évangélisation et la proclamation de l'Année de la Foi. Ce qui est attendu de la célébration du Synode, c'est donc que l'Église multiplie le courage et les énergies en faveur d'une nouvelle évangélisation conduisant à redécouvrir la joie de croire et aide à retrouver l'enthousiasme de communiquer la foi. Il ne s'agit pas d'imaginer seulement quelque chose de nouveau, ou de lancer des initiatives inédites pour la diffusion de l'Évangile, mais de vivre la foi dans une dimension d'annonce de Dieu : « la mission […] renouvelle l'Église, renforce la foi et l'identité chrétienne, donne un regain d'enthousiasme et des motivations nouvelles. La foi s'affermit lorsqu'on la donne ! ».[3]

DU CONCILE VATICAN II À LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

10. Si le dessein d'une relance de l'action évangélisatrice de l'Église a ses expressions dernières dans les décisions du Saint-Père Benoît XVI que nous venons d'évoquer, ses origines sont plus profondes et enracinées : en effet, ce dessein a animé le magistère et le ministère apostolique des Papes Paul VI et Jean-Paul II. Plus encore, l'origine de ce dessein dans sa totalité doit être retrouvée dans le Concile Vatican II, et dans sa volonté de donner des réponses à la désorientation qu'éprouvaient les chrétiens face aux fortes transformations et lacérations que le monde connaissait à cette époque ; des réponses non pas marquées par le pessimisme ou la renonciation,[4]mais caractérisées par la nouvelle force créatrice de l'appel universel au salut[5]que Dieu a voulu pour tous les hommes.

11. C'est ainsi que ce Concile Œcuménique a inséré l'action évangélisatrice parmi ses thèmes centraux : dans le Christ, lumière des peuples,[6]l'humanité tout entière retrouve son identité originelle et authentique[7]que le péché a contribué à obscurcir ; et c'est à l'Église – sur le visage de laquelle se reflète cette lumière – qu'il revient de continuer la mission évangélisatrice de Jésus-Christ,[8]en la rendant présente et actuelle dans les conditions du monde d'aujourd'hui. Dans cette perspective, l'évangélisation devient l'une des principales demandes avancées par le Concile, qui avait prôné une nouvelle relance et une nouvelle ferveur de cette mission. Pour les ministres ordonnés : l'évangélisation est le devoir des évêques[9]et des prêtres.[10]Plus encore, cette mission fondamentale de l'Église est le devoir de tout chrétien baptisé;[11]et l'évangélisation en tant que contenu essentiel de la mission de l'Église a été clairement explicitée dans tout le décret Ad gentes, qui met en évidence comment, avec l'évangélisation, s'édifie le corps des Églises particulières et, plus généralement, toute communauté chrétienne. Ainsi comprise, l'évangélisation ne se réduit pas à une simple action parmi tant d'autres mais, dans le dynamisme ecclésial, elle est l'énergie qui permet à l'Église de vivre son objectif : répondre à l'appel universel à la sainteté.[12]

12. Dans le sillage du Concile, le Pape Paul VI observait avec clairvoyance que l'engagement de l'évangélisation devait être relancé de toute urgence et avec force, au vu de la déchristianisation de tant de personnes qui, bien qu'étant baptisées, vivent en-dehors de la vie chrétienne : des gens simples, qui ont une certaine foi mais qui ne connaissent pas suffisamment les fondements. Toujours plus de personnes sentent le besoin de connaître Jésus-Christ sous une lumière autre que celle de l'enseignement de leur enfance.[13] Et, fidèle à l'enseignement conciliaire,[14] il ajoutait que l'action évangélisatrice de l'Église « doit chercher constamment les moyens et le langage adéquats pour leur proposer ou leur reproposer la révélation de Dieu et la foi en Jésus-Christ ».[15]

13. Le Pape Jean-Paul II a fait de cet engagement l'un des pivots principaux de son vaste Magistère, en synthétisant dans le concept de nouvelle évangélisation – qu'il approfondit de façon systématique dans de nombreuses interventions – le devoir qui attend l'Église aujourd'hui, en particulier dans les régions de vieille tradition chrétienne. Ce programme concerne directement son rapport avec l'extérieur mais suppose, avant toute chose, un renouvellement constant en son sein, un passage permanent, pour ainsi dire, du statut d'évangélisée à celui d'évangélisatrice. Il suffit de rappeler quelques-unes de ses déclarations : « des pays et des nations entières où la religion et la vie chrétienne étaient autrefois on ne peut plus florissantes et capables de faire naître des communautés de foi vivante et active sont maintenant mises à dure épreuve et parfois sont même radicalement transformées, par la diffusion incessante de l'indifférence religieuse, de la sécularisation et de l'athéisme. Il s'agit en particulier des pays et des nations de ce qu'on appelle le Premier Monde, où le bien-être économique et la course à la consommation, même s'ils côtoient des situations effrayantes de pauvreté et de misère, inspirent et alimentent une vie vécue ‘comme si Dieu n'existait pas’ [...] En d'autres pays ou nations, au contraire, on conserve encore beaucoup de traditions très vivantes de piété et de sentiment chrétien; mais ce patrimoine moral et spirituel risque aussi de disparaître sous la poussée de nombreuses influences, surtout celles de la sécularisation et de la diffusion des sectes. Seule une nouvelle évangélisation peut garantir la croissance d'une foi claire et profonde, capable de faire de ces traditions une force de réelle liberté. Assurément il est urgent partout de refaire le tissu chrétien de la société humaine. Mais la condition est que se refasse le tissu chrétien des communautés ecclésiales elles-mêmes qui vivent dans ces pays et ces nations ».[16]

14. Le Concile Vatican II et la nouvelle évangélisation sont des thèmes récurrents aussi dans le magistère de Benoît XVI. Dans son discours de présentation des vœux de Noël à la Curie romaine en 2005 – en coïncidence avec le quarantième anniversaire de la clôture du Concile –, il a souligné, face à une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture », l’importance de l’« ‘herméneutique de la réforme’, du renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Église que le Seigneur nous a donné ; c'est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l'unique sujet du Peuple de Dieu en marche ».[17] En proclamant l'Année de la Foi, le Saint-Père a formulé le souhait que l'événement « peut être une occasion propice pour comprendre que les textes laissés en héritage par les Pères conciliaires, selon les paroles du bienheureux Jean-Paul II, ‘ne perdent rien de leur valeur ni de leur éclat’ ». Et il affirmait encore : « Moi aussi j’entends redire avec force tout ce que j’ai eu à dire à propos du Concile quelques mois après mon élection comme Successeur de Pierre : ‘Si nous le lisons et le recevons guidés par une juste herméneutique, il peut être et devenir toujours davantage une grande force pour le renouveau, toujours nécessaire, de l’Église’ ».[18] Aussi, comme l'ont relevé certaines réponses aux Lineamenta, les orientations de Benoît XVI précédemment mentionnées – en ligne avec ses prédécesseurs – sont un guide sûr pour affronter le thème de la transmission de la foi dans la nouvelle évangélisation, dans une Église attentive aux défis du monde actuel, mais solidement ancrée dans sa tradition vivante, dont fait aussi partie le Concile Vatican II.

LA STRUCTURE DE L'INSTRUMENTUM LABORIS

15. Aussi attend-on de la réflexion synodale un développement et un approfondissement sur ce que l'Église a réalisé pendant ces décennies. L'importante quantité d'initiatives et de documents déjà produits au nom de l'évangélisation et de sa relance a fait dire à nombre d'Églises particulières que l'attente ne porte pas principalement sur ce qui doit être fait, mais sur la possibilité de disposer d'un lieu permettant de comprendre tout ce qui a été fait jusqu'ici et de quelle manière. Plus d'une réponse fait savoir que la simple annonce du thème et le travail sur les Lineamenta ont déjà permis aux communautés chrétiennes de percevoir toujours plus intensément et de façon plus contraignante le caractère d'urgence qu'assume aujourd'hui l'impératif de la nouvelle évangélisation ; et de jouir – comme ultérieur bénéfice – d'un climat de communion qui permet d'affronter les défis du présent avec un esprit différent.

16. Dans de nombreuses réponses, on ne cache pas le problème que l'Église est appelée à affronter le défi de la nouvelle évangélisation en étant consciente que les transformations, non seulement intéressent le monde et la culture, mais qu'elle-même se trouve concernée en premier lieu, avec ses communautés, ses actions et son identité. Le discernement est vu alors comme l'instrument nécessaire, l'encouragement pour affronter la situation actuelle avec davantage d'ardeur et de responsabilité. En se situant dans cette ligne, l'actuel Instrumentum laboris est élaboré suivant quatre chapitres, qui entendent fournir les contenus fondamentaux et les instruments facilitant cette réflexion et ce discernement.

17. Ainsi, un premier chapitre est consacré à redécouvrir le cœur de l'évangélisation, c'est-à-dire à faire l'expérience de la foi chrétienne : la rencontre avec Jésus-Christ, Évangile de Dieu qui est Père pour l'homme, nous transforme, nous rassemble et, grâce au don de l'Esprit, nous fait entrer dans une vie nouvelle, que nous expérimentons déjà dans le présent, justement lorsque nous avons le sentiment d'être réunis dans l'Église. De cette rencontre nous nous sentons poussés, dans l'allégresse, sur les routes du monde, dans l'attente que s'accomplisse le Royaume de Dieu, en tant que témoins et annonciateurs joyeux du don que nous avons reçu. Le texte du chapitre successif, le deuxième, développe la réflexion sur le discernement de percevoir clairement les transformations qui interpellent notre façon de vivre la foi et influencent nos communautés chrétiennes. On y trouve analysées les raisons pour lesquelles se diffuse le concept de nouvelle évangélisation, et les diverses façons qu'ont les différentes Églises particulières de se reconnaître en lui. Dans le troisième chapitre, sont analysés les lieux fondamentaux, les instruments, les sujets et les actions permettant la transmission de la foi chrétienne : la liturgie, la catéchèse et la charité, en transmettant la foi qui doit être professée, célébrée, vécue et priée. Enfin, dans cette même ligne, le quatrième et dernier chapitre présente une discussion sur les secteurs de l'action pastorale spécialement consacrés à l'annonce de l'Évangile et à la transmission de la foi. Il s'agit de ceux qui sont classiques ; nous approfondirons les plus récents, nés pour répondre aux encouragements et aux sollicitations que la réflexion sur la nouvelle évangélisation pose aujourd'hui aux communautés chrétiennes et à leurs façons de vivre la foi.

 

CHAPITRE I
JÉSUS-CHRIST, ÉVANGILE DE DIEU POUR L'HOMME

 

« Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche :
repentez-vous et croyez à l'Évangile »
(Mc 1, 15)

18. La foi chrétienne n'est pas seulement une doctrine, un savoir, un ensemble de règles morales, une tradition. La foi chrétienne est une rencontre réelle, un rapport avec Jésus-Christ. Transmettre la foi signifie créer en tout lieu et en tout temps les conditions pour qu'advienne cette rencontre entre les hommes et Jésus-Christ. Toute évangélisation a pour objectif de réaliser cette rencontre, à la fois intime et personnelle, publique et communautaire. Comme l'a affirmé le Pape Benoît XVI : « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive [...] Comme Dieu nous a aimés le premier (cf. 1 Jn 4, 10), l’amour n’est plus seulement un commandement, mais il est la réponse au don de l'amour par lequel Dieu vient à notre rencontre ».[19] Dans la sphère de la foi chrétienne, la rencontre avec le Christ et le rapport avec lui ont lieu « selon les Écritures » (1 Co 15, 3.4). L'Église elle-même prend forme justement à partir de la grâce de ce rapport.

19. Cette rencontre avec Jésus grâce à son Esprit est le grand don que le Père a fait aux hommes. C'est une rencontre à laquelle nous sommes préparés par l'action de sa grâce en nous. C'est une rencontre dans laquelle nous nous sentons attirés et qui nous transfigure lorsqu'elle nous attire, en nous introduisant dans des dimensions nouvelles de notre identité, et en nous faisant participer à la vie divine (cf. 2 P 1, 4). C'est une rencontre qui ne laisse plus rien comme avant, mais qui assume la forme de la « metanoia », de la conversion, comme Jésus lui-même le demande avec force (cf. Mc 1, 15). La foi en tant que rencontre avec la personne du Christ a la forme du rapport avec Lui, de sa mémoire, en particulier dans l'Eucharistie et dans la Parole de Dieu, et crée en nous la mentalité du Christ, dans la grâce de l'Esprit ; une mentalité qui fait que nous nous reconnaissons frères, rassemblés par l'Esprit dans son Église, pour être à notre tour les témoins et les annonciateurs de cet Évangile. C'est une rencontre qui nous donne la capacité de faire de nouvelles choses et de témoigner de la transformation de notre vie, grâce aux œuvres de conversion annoncées par les Prophètes (cf. Jr 3, 6 ss ; Ez 36, 24-36).

20. Dans ce premier chapitre, une attention particulière est accordée à cette dimension fondamentale de l'évangélisation, du fait que les réponses aux Lineamenta ont signalé le besoin d'insister sur le noyau central de la foi chrétienne, ignoré par nombre de chrétiens. Aussi est-il nécessaire que le fondement théologique de la nouvelle évangélisation ne soit pas négligé mais, au contraire, proclamé dans toute sa force et son authenticité afin d'insuffler à l'action évangélisatrice de l'Église une énergie et une juste structuration. Avant toute chose, la nouvelle évangélisation doit être assumée comme l'occasion de mesurer la fidélité des chrétiens à ce mandat conféré par Jésus-Christ : la nouvelle évangélisation est l'occasion propice (cf. 2 Co 6, 2) pour qu'en tant que chrétiens et que communauté, nous revenions nous abreuver à la source de notre foi, et pour être ainsi plus disponibles à l'évangélisation et au témoignage. En effet, avant de se transformer en actions, l'évangélisation et le témoignage sont deux attitudes qui, en tant que fruit d'une foi qui les purifie et les convertit en permanence, jaillissent dans nos vies à partir de cette rencontre avec Jésus-Christ, Évangile de Dieu pour l'homme.

JÉSUS-CHRIST, L'ÉVANGÉLISATEUR

21. « Jésus lui-même, Évangile de Dieu, a été le tout premier et le plus grand évangélisateur ».[20] Il s'est présenté comme étant envoyé pour proclamer l'accomplissement de l'Évangile de Dieu, précédemment annoncé dans l'histoire d'Israël, principalement par les prophètes, et dans les Écritures. L'Évangéliste Marc commence la narration en établissant un lien entre le « commencement de l'Évangile de Jésus-Christ » (Mc 1, 1) et la correspondance avec les Saintes Écritures : « Selon qu'il est écrit dans Isaïe le prophète » (Mc 1, 2). Dans l'Évangile de Luc, Jésus lui-même se présente, dans la synagogue de Nazareth, comme étant le lecteur des Écritures, capable de les réaliser en vertu de sa présence même : « Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture » (Lc 4, 21). L'Évangile de Matthieu a élaboré un véritable système présentant des citations de cet accomplissement, destiné à faire réfléchir sur la réalité profonde de Jésus, à partir de ce qui avait été dit à travers les prophètes (cf. Mt 1, 22 ; 2, 15.17.23 ; 4, 14 ; 8, 17 ; 12, 17 ; 13, 35 ; 21, 4). Au moment de son arrestation, Jésus lui-même récapitule : « Tout ceci advint pour que s'accomplissent les Écritures des prophètes » (Mt 26, 56). Dans l'Évangile de Jean, les disciples eux aussi attestent de cette correspondance ; après la première rencontre, Philippe affirme : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les Prophètes, nous l'avons trouvé » (Jn 1, 45). Au cours de son ministère, Jésus lui-même revendique à plusieurs reprises son rapport avec les Écritures et le témoignage qui en découle : « Vous scrutez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage » (Jn 5, 39) ; « si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est de moi qu'il a écrit » (Jn 5, 46).

22. Le témoignage choral des Évangélistes atteste que l'Évangile de Jésus est la reprise radicale, la continuation et l'accomplissement total de l'annonce des Écritures. C'est justement en vertu de cette continuité que la nouveauté de Jésus apparaît en même temps évidente et compréhensible. En effet, son action évangélisatrice est la reprise d'une histoire commencée précédemment. Ses gestes et ses paroles devront être compris à la lumière des Écritures. Dans la dernière apparition rapportée par Luc, le Ressuscité résume cette perspective en affirmant : « Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes » (Lc 24, 44). Le don suprême qu'il fera aux disciples sera justement d'ouvrir leur esprit « à l'intelligence des Écritures » (Lc 24, 45). Si l'on considère la profondeur de ce rapport avec les Écritures se trouvant dans le cœur des hommes, Jésus se présente comme l'évangélisateur qui rend la Loi, les Prophètes et le Savoir d'Israël nouveaux et absolus.

23. Pour Jésus, l'évangélisation a pour objectif d'attirer les hommes au cœur de son lien intime avec le Père et l'Esprit. Tel est le sens ultime de sa prédication et de ses miracles : annoncer le salut qui, bien que se manifestant à travers des actions concrètes de guérison, ne peut pas être vu comme une volonté de transformation sociale ou culturelle, mais qui est l'expérience profonde accordée à chaque homme de se sentir aimé de Dieu et d'apprendre à Le reconnaître dans le visage d'un Père aimant et compatissant (cf. Lc 15). La révélation contenue dans ses paroles et dans ses actions est liée aux paroles des prophètes. Dans ce sens, le récit des signes qu'accomplit Jésus en présence des envoyés de Jean le Baptiste est emblématique. Ce sont des signes révélateurs de l'identité de Jésus parce qu'étroitement liés aux grandes annonces prophétiques. L’évangéliste Luc écrit : « À cette heure-là, il guérit beaucoup de gens affligés de maladies, d'infirmités, d'esprits mauvais, et rendit la vue à beaucoup d'aveugles. Puis il répondit aux envoyés : ‘Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres’ » (Lc 7, 21-22). Les mots de Jésus manifestent tout le sens de ses gestes dans le rapport des signes accomplis avec d'innombrables prophéties bibliques (cf. en particulier Is 29, 18 ; 35, 5.6 ; 42, 18 ; 26, 19 ; 61, 1).

L'art même de Jésus de traiter avec les hommes doit être considéré comme un élément essentiel de sa méthode évangélisatrice. Il était capable de les accueillir tous, sans discrimination ni exclusion : en premier lieu les pauvres, ensuite les riches comme Zachée et Joseph d'Arimathie, ou encore les étrangers comme le centurion et la femme syro-phénicienne ; les hommes justes comme Nathanaël, ou bien les prostituées, ou les pécheurs publics dont il a aussi partagé la table. Jésus savait comment aller au plus profond de l'homme et le faire renaître à la foi en Dieu, qui aime le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19), dont l'amour nous précède toujours et ne dépend jamais de nos mérites car il est son essence même : « Dieu est Amour » (1 Jn 4, 8.16). De sorte qu'il devient un enseignement pour l'Église évangélisatrice, en lui indiquant le cœur de la foi chrétienne : croire à l'amour à travers le visage et la voix de cet amour, c'est-à-dire à travers Jésus-Christ.

24. L’évangélisation de Jésus conduit tout naturellement l'homme à expérimenter la conversion : chaque homme est invité à se convertir et à croire en l'amour miséricordieux que Dieu a pour lui. Le Royaume grandira dans la mesure où chaque homme apprendra à s'adresser à Dieu comme à un Père dans l'intimité de la prière (cf. Lc 11, 2; Mt 23, 9) et, à l'exemple de Jésus-Christ, à reconnaître en toute liberté que le bien de sa vie est l'accomplissement de sa volonté (cf. Mt 7, 21). L'évangélisation, l'appel à la sainteté et la conversion se lient les uns aux autres comme s'ils n'étaient qu'une seule et même chose pour introduire - ici et maintenant - à l'expérience du Royaume de Dieu en Jésus, tous ceux qui deviennent à leur tour des fils de Dieu. L'évangélisation, l'appel à la sainteté et la conversion : le devoir qui revient à la réflexion synodale est de lire de quelle façon ces trois réalités sont présentes et nourrissent de leur enchevêtrement fécond la vie de nos communautés aujourd'hui.

L'ÉGLISE, ÉVANGÉLISÉE ET ÉVANGÉLISATRICE

25. Ceux qui accueillent l'Évangile avec sincérité, en vertu justement du don reçu et des fruits qu'il produit en eux, se réunissent au nom de Jésus pour garder et alimenter la foi reçue et partagée, et pour poursuivre l'expérience vécue, en la multipliant. Comme le rapportent les Évangiles (cf. Mc 3, 13-15), après avoir été avec Jésus, avoir vécu avec Lui, avoir été introduit par Lui dans une nouvelle expérience de vie et avoir participé à sa vie divine, les disciples sont à leur tour envoyés pour continuer cette action évangélisatrice : « Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les maladies pour les guérir […] Étant partis, ils passaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons » (Lc 9, 1.6).

26. Même après la mort et la résurrection de Jésus, le mandat missionnaire que les disciples avaient reçu de Lui (cf. Mc 16, 15) renferme une référence explicite à la proclamation de l'Évangile à tous les hommes, en leur enseignant à observer tout ce qu'Il a commandé (cf. Mt 28, 20). L’apôtre Paul se présente comme l' « apôtre […] mis à part pour annoncer l'Évangile de Dieu » (Rm 1, 1). Il revient donc à l'Église de réaliser la traditio Evangelii, l’annonce et la transmission de l'Évangile, qui est « force de Dieu pour le salut pour tout homme qui croit » (Rm 1, 16) et qui, en dernière instance, s'identifie en Jésus-Christ (cf. 1 Co 1, 24). Nous savons désormais que lorsque nous parlons de l'Évangile à annoncer, nous devons penser à une Parole vivante et efficace, qui réalise ce qu'elle dit (cf. He 4, 12 ; Is 55, 10), c'est une personne : Jésus-Christ, Parole définitive de Dieu, faite homme.[21]

Comme pour Jésus, pour l'Église aussi cette mission évangélisatrice est l'œuvre de Dieu, et plus exactement de l'Esprit Saint. L’expérience du don de l'Esprit – la Pentecôte – fait des apôtres des témoins et des prophètes, les confirmant en tout ce qu'ils avaient partagé avec Jésus et appris de Lui (cf. Ac 1, 8 ; 2, 17) qui a inculqué en eux une audace tranquille en les poussant à transmettre à autrui leur expérience de Jésus et l'espérance qui les anime. L'Esprit leur donne la capacité de témoigner de Jésus avec « parrhesia » (cf. Ac 2, 29), en élargissant leur action de Jérusalem à toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux frontières extrêmes de la terre.

27. Et ce que l'Église a vécu depuis son origine, elle continue de le vivre aujourd'hui. En relançant ces certitudes, le Pape Paul VI en rappelait l'actualité : « L’ordre donné aux Douze –‘Allez, proclamez la Bonne Nouvelle’ – vaut aussi, quoique d’une façon différente, pour tous les chrétiens. […] L'Église le sait. […] Évangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Église, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser, c’est-à-dire pour prêcher et enseigner, être le canal du don de la grâce, réconcilier les pécheurs avec Dieu, perpétuer le sacrifice du Christ dans la Sainte Messe, qui est le mémorial de sa mort et de sa résurrection glorieuse ».[22] L'Église reste dans le monde pour poursuivre la mission évangélisatrice de Jésus, tout en sachant que, ce faisant, elle continue de participer à la condition divine parce que, poussée par l'Esprit à annoncer l'Évangile, elle revit en elle-même la présence du Christ ressuscité qui la met en communion avec Dieu le Père. La vie de l'Église, quelle que soit l'action qu'elle accomplisse, n'est jamais refermée sur elle-même ; c'est toujours une action évangélisatrice et, comme telle, une action qui manifeste le visage trinitaire de notre Dieu. Comme il est écrit dans les Actes des Apôtres, la vie la plus intime aussi – la prière, l'écoute de la Parole et de l'enseignement des Apôtres, la charité fraternelle vécue, le pain rompu (cf. Ac 2, 42-46) – acquiert tout son sens uniquement lorsqu'elle devient témoignage, qu'elle provoque l'admiration et la conversion, qu'elle se fait prédication et annonce de l'Évangile et ce de la part de toute l'Église et de chaque baptisé.

L'ÉVANGILE, UN DON FAIT À CHAQUE HOMME

28. L'Évangile de l'amour de Dieu pour nous, l'appel à prendre part à la vie du Père, en Jésus et dans l'Esprit est un don destiné à tous les hommes. C'est ce que nous annonce Jésus lui-même lorsqu'il nous appelle tous à la conversion en vue du Royaume de Dieu. Pour souligner cet aspect, Jésus s'est fait proche surtout de ceux qui se trouvaient en marge de la société, leur accordant la préférence lorsqu'il annonçait l'Évangile. Au début de son ministère, il proclame qu'il a été envoyé pour annoncer aux pauvres la bonne nouvelle (cf. Lc 4, 18). À toutes les victimes du refus et du mépris, il déclare : « Heureux, vous les pauvres » (Lc 6, 20) ; en outre, en vivant au milieu d'eux il fait déjà vivre à ces marginalisés une expérience de libération (cf. Lc 5, 30; 15, 2) en mangeant avec eux, en les traitant comme ses égaux et ses amis (cf. Lc 7, 34), en les aidant à se sentir aimés de Dieu et en révélant ainsi son immense tendresse à l'égard de ceux qui vivent dans le besoin et dans le péché.

29. La libération et le salut qu'apporte le Royaume de Dieu atteignent la personne humaine dans ses dimensions physiques, mais aussi spirituelles. Deux gestes accompagnent l'action évangélisatrice de Jésus : la guérison et le pardon. Les nombreuses guérisons prouvent bien sa grande compassion envers les misères humaines, et elles signifient aussi qu'il n'y aura plus ni maladies ni souffrances dans le Royaume, et que, depuis le début, sa mission entend en libérer les personnes (cf. Ap 21, 4). Dans la perspective de Jésus, les guérisons sont aussi les signes du salut spirituel, c'est-à-dire de la libération du péché. En accomplissant des gestes de guérison, Jésus invite à la foi, à la conversion, au désir de pardon (cf. Lc 5, 24). Après que la foi ait été reçue, la guérison introduit au salut (cf. Lc18, 42). Les gestes de libération de la possession du démon, mal suprême et symbole du péché et de la rébellion contre Dieu, témoignent de ce que « le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous » (Mt 12, 28), qu'en nous apportant le salut, l'Évangile – don qui s'adresse à chaque homme – nous introduit dans un processus de transfiguration et de participation à la vie de Dieu, qui nous renouvelle dès à présent.

30. « De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ le Nazôréen, marche ! » (Ac 3, 6). Comme nous le montre l'apôtre Pierre, l'Église aussi continue à annoncer fidèlement l'Évangile, qui est un bien pour chaque homme. À l'estropié qui lui demande quelque chose pour vivre, Pierre répond en lui offrant le don de l'Évangile qui le guérit, en lui ouvrant la voie du salut. Ainsi, tout au long du temps, grâce à son action évangélisatrice, l'Église donne corps et visibilité à la prophétie de l'Apocalypse : « Voici, je fais l'univers nouveau » (Ap 21, 5), en transformant du dedans l'humanité et son histoire, afin que la foi du Christ et la vie de l'Église ne soient plus étrangères à la société dans lesquelles ils vivent, mais qu'ils puissent la pénétrer et la transformer.[23]

31. Évangéliser, c'est justement offrir l'Évangile qui transfigure l'homme, son monde et son histoire. L'Église évangélise lorsque, grâce à la puissance de l'Évangile qu'elle annonce (cf. Rm 1, 16), elle fait renaître – à travers l'expérience de la mort et de la résurrection de Jésus – chaque expérience humaine (cf. Rm 6, 4), en la replongeant dans la nouveauté du baptême et de la vie selon l'Évangile, dans le rapport du Fils avec son Père, pour percevoir la force de l'Esprit. La transmission de la foi : tel est l'objectif de l'évangélisation dans le dessein consistant à conduire l'homme au Père, à travers le Christ et dans l'Esprit (cf. Ep 2, 18). Telle est l'expérience de la nouveauté de l'Évangile qui transforme tout homme. Et, aujourd'hui, nous pouvons soutenir notre certitude avec davantage de conviction encore, du fait que nous venons d'une histoire riche en œuvres extraordinaires de courage, de dévouement, d'audace, d'intuition et de raison, de la part de l'Église qui a vécu ce devoir de donner l'Évangile à chaque homme ; des gestes de sainteté qui, sur chaque continent, assument des visages connus et denses de signification. Chaque Église particulière peut s'enorgueillir de figures de sainteté lumineuses qui, par leur action mais surtout par leur témoignage, ont su redonner élan et énergie à l'œuvre d'évangélisation. Des saints exemplaires, mais aussi prophétiques et lucides en ce qu'ils ont imaginé des voies nouvelles pour vivre ce devoir, qui nous ont laissé des échos et des traces dans des textes, des prières, des modèles et des méthodes pédagogiques, des itinéraires spirituels, des chemins d'initiation à la foi, des œuvres et des institutions d'éducation.

32. Tout en rapportant avec conviction la force de ces exemples de sainteté, certaines réponses mentionnent aussi les difficultés à rendre ces expériences encore actuelles et communicables. On a parfois l'impression que ces œuvres de notre histoire non seulement appartiennent au passé mais qu'elles en sont presque prisonnières, qu'elles ne parviennent plus à communiquer la qualité évangélique de leur témoignage dans notre présent. Ce qui est alors demandé à la réflexion synodale, c'est d'enquêter sur ces difficultés, de s'interroger pour découvrir les raisons profondes des limites des différentes institutions ecclésiales à faire preuve de crédibilité dans leurs actions et dans leur témoignage, dans leurs déclarations et dans leurs essais de se faire entendre en tant que porteurs de l'Évangile de Dieu.

LE DEVOIR D'ÉVANGÉLISER

33. Chaque personne a le droit d'entendre l'Évangile de Dieu pour l'homme, qu'est Jésus-Christ. Tout comme la Samaritaine au puits, l'humanité d'aujourd'hui aussi a besoin d'entendre les paroles de Jésus : « Si tu savais le don de Dieu » (Jn 4, 10), pour que ces mots fassent émerger le désir profond de salut qui habite tout homme : « Seigneur, donne-moi cette eau afin que je n'aie plus soif » (Jn 4, 15). Ce droit de chaque homme à entendre l'Évangile, l'apôtre Paul en a une conscience claire. Prédicateur infatigable, c'est justement parce qu'il avait perçu la portée universelle de l'Évangile qu'il se fait un devoir de l'annoncer : « Annoncer l'Évangile en effet n'est pas pour moi un titre de gloire ; c'est une nécessité qui m'incombe. Oui, malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile ! » (1 Co 9, 16). Tout homme, toute femme doit pouvoir dire, comme lui, que le « Christ (nous) a aimé et s'est livré pour vous » (Ep 5, 2). Et plus encore : tout homme et toute femme doit pouvoir se sentir attiré dans le rapport intime et transfigurant que l'Évangile crée entre nous et le Christ : « Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi» (Ga 2, 20).[24] Et pour pouvoir accéder à une telle expérience, il faut que quelqu'un soit envoyé pour l'annoncer : « Et comment croire sans d'abord l'entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? » (Rm 10, 14, reprenant Is 52, 1).

34. On comprend alors comment chaque activité de l'Église comporte une note évangélisatrice essentielle et ne doive jamais être séparée de l'engagement à aider les hommes à rencontrer le Christ dans la foi ; ce qui est le premier objectif de l'évangélisation. Là où, en tant qu'Église, « nous apportons aux hommes uniquement des connaissances, des savoir-faire, des capacités techniques et des instruments, nous apportons trop peu ».[25] Le moteur originel de l'évangélisation est l'amour du Christ pour le salut éternel des hommes. Ce que veulent les évangélisateurs authentiques, c'est seulement donner gratuitement ce qu'eux-mêmes ont reçu gratuitement : « Aux origines de l’Église, ce n’est pas par la contrainte ni par des habilités indignes de l’Évangile que les disciples du Christ s’employèrent à amener les hommes à confesser le Christ comme Seigneur, mais avant tout par la puissance de la Parole de Dieu ».[26]

35. La mission des Apôtres et sa continuation dans la mission de l'Église des origines restent le modèle fondamental de l'évangélisation pour tous les temps : une mission souvent caractérisée par le martyre, ainsi que le montre le début de l'histoire du christianisme, mais aussi celle du siècle qui vient juste de se terminer, l'histoire de notre époque. C'est justement le martyre qui donne aux témoins leur crédibilité, eux qui ne recherchent ni pouvoir ni bénéfice, mais qui donnent leur vie pour le Christ. Ils manifestent au monde la force désarmée et faite toute d'amour pour les hommes, qui est donné à ceux qui suivent le Christ jusqu'au don total de leur vie, comme Jésus l'avait annoncé : « S'ils m'ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront » (Jn 15, 20).

Hélas, il existe cependant de fausses convictions qui limitent l'obligation d'annoncer la Bonne Nouvelle. En effet, «on note de nos jours une confusion sans cesse grandissante, qui induit beaucoup de personnes à ne pas écouter et à laisser sans suite le commandement missionnaire du Seigneur (cf. Mt 28, 19). Toute tentative de convaincre d’autres personnes sur des questions religieuses est souvent perçue comme une entrave à la liberté. Il serait seulement licite d’exposer ses idées et d’inviter les personnes à agir selon leur conscience, sans favoriser leur conversion au Christ et à la foi catholique : on affirme qu’il suffit d’aider les hommes à être plus hommes, ou plus fidèles à leur religion, ou encore qu’il suffit de former des communautés capables d’œuvrer pour la justice, la liberté, la paix, la solidarité. En outre, certains soutiennent qu’on ne devrait pas annoncer le Christ à celui qui ne le connaît pas, ni favoriser son adhésion à l’Église, puisqu’il serait possible d’être sauvé même sans une connaissance explicite du Christ et sans une incorporation formelle à l’Église ».[27]

36. Bien que les non-chrétiens puissent se sauver par l'intermédiaire de la grâce que Dieu donne, suivant des voies connues de Lui seul,[28] l'Église ne peut ignorer que chaque homme attend de connaître le vrai visage de Dieu et de vivre dès aujourd'hui l'amitié avec Jésus-Christ, Dieu avec nous. L'adhésion totale au Christ – qui est la vérité – et l'entrée dans son église ne diminuent pas, mais exaltent la liberté humaine et concourent à son accomplissement, dans un amour gratuit et attentionné pour le bien de tous les hommes. C'est un don inestimable que de vivre dans l'étreinte universelle des amis de Dieu, qui vient de la communion avec la chair et le sang vivifiants de son Fils, de recevoir de Lui la certitude du pardon des péchés et de vivre dans la charité qui naît de la foi. L'Église désire que tous puissent participer à ces biens, pour qu'ils aient ainsi la plénitude de la vérité et des instruments de salut « pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8, 21). L'Église qui annonce et transmet la foi agit comme Dieu Lui-même qui se communique à l'humanité en donnant son Fils, qui répand l'Esprit Saint sur les hommes pour les régénérer en tant qu'enfants de Dieu.

ÉVANGÉLISATION ET RENOUVELLEMENT DE L'ÉGLISE

37. Évangélisatrice, l'Église vit la mission qui est la sienne en recommençant chaque fois à s'évangéliser elle-même. « Communauté de croyants, communauté de l’espérance vécue et communiquée, communauté d’amour fraternel, elle a besoin d’écouter sans cesse ce qu’elle doit croire, ses raisons d’espérer, le commandement nouveau de l’amour. Peuple de Dieu immergé dans le monde, et souvent tenté par les idoles, elle a toujours besoin d’entendre proclamer les grandes œuvres de Dieu qui l’ont convertie au Seigneur, d’être à nouveau convoquée par lui et réunie. Cela veut dire, en un mot, qu’elle a toujours besoin d’être évangélisée, si elle veut garder fraîcheur, élan et force pour annoncer l’Évangile ».[29] Le Concile Vatican II a repris fortement ce thème de l'Église qui s'évangélise à travers une conversion et un renouvellement constant, afin d'évangéliser le monde de façon crédible.[30] Les mots du Pape Paul VI résonnent encore actuelles, alors qu'affirmant à nouveau la priorité de l'évangélisation, il rappelait à tous les fidèles : « Il se serait pas inutile que chaque chrétien et chaque évangélisateur approfondisse dans la prière cette pensée : les hommes pourront se sauver aussi par d’autres chemins, grâce à la miséricorde de Dieu, même si nous ne leur annonçons pas l’Évangile ; mais nous, pouvons-nous nous sauver si par négligence, par peur, par honte – ce que saint Paul appelait ‘rougir de l’Évangile’ – ou par suite d’idées fausses nous omettons de l’annoncer ? ».[31] Plus d'une réponse aux Lineamenta a avancé l'idée que cette question devienne l'objet explicite de la réflexion synodale.

38. Dès son origine, l'Église a dû affronter de semblables difficultés, en expérimentant le péché de ses membres. L'histoire des disciples d'Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35) est emblématique de la possibilité d'une connaissance du Christ vouée à l'échec. Les deux disciples parlaient d'un mort (cf. Lc 24, 21-24), de leur frustration et de leur espérance perdue. Ils représentent, pour l'Église de toujours, la possibilité d'apporter une annonce qui n'est pas source de vie, mais qui garde enfermés dans la mort le Christ annoncé, les annonceurs et, en conséquence, les destinataires aussi de l'annonce. Il en est de même à propos de l'épisode rapporté par l'évangéliste Jean (cf. Jn 21, 1-14), celui des disciples qui, séparés du Christ, sont en train de pêcher mais vivent leurs actions sans profit. Et, comme pour les disciples d'Emmaüs, ce n'est que lorsque le Ressuscité se manifeste, qu'ils retrouvent la confiance, la joie de l'annonce, le fruit de leur action évangélisatrice. C'est uniquement en se rapportant avec force au Christ que celui qui avait été désigné pour être un « pêcheur d'hommes » (Lc 5, 10), Pierre, peut à nouveau jeter ses filets avec succès, en se fiant à la parole de son Seigneur.

39. Ce qui est décrit avec autant de détails à l'origine, l'Église l'a vécu à plusieurs reprises au cours de son histoire. Il est arrivé maintes fois que le lien avec le Christ s'étant relâché, la qualité de la foi vécue se soit trouvée affaiblie et l'expérience de participation à la vie trinitaire intrinsèque à ce lien moins fortement ressentie. C'est pour cette raison qu'il ne faut pas oublier que l'annonce de l'Évangile est une question spirituelle avant tout. L'exigence de transmettre la foi – qui n'est pas une action individualiste ni solitaire, mais un événement communautaire, ecclésial – ne doit pas provoquer la recherche de stratégies efficaces de communication, ni une sélection des destinataires – par exemple, les jeunes –, mais elle doit concerner le sujet chargé de cette opération spirituelle. Elle doit devenir une question de l'Église sur elle-même. Ce qui permet de poser le problème d'une façon non extrinsèque, et met en cause l'Église dans tout son être et toute sa vie. Plus d'une Église particulière demande au Synode de vérifier si l'infécondité de l'évangélisation aujourd'hui, de la catéchèse des temps modernes, est avant tout un problème ecclésiologique et spirituel. La réflexion porte sur la capacité de l'Église à se structurer en communauté réelle, en fraternité authentique, en tant que corps et non comme une entreprise.

40. C'est justement pour que l'évangélisation sache conserver intacte sa qualité spirituelle originelle, que l'Église doit se laisser modeler par l'action de l'Esprit et se faire semblable au Christ crucifié, lui qui révèle au monde le visage de l'amour et de la communion de Dieu. Elle peut ainsi découvrir à nouveau sa vocation d'Ecclesia mater qui engendre des fils au Seigneur, en transmettant la foi, et en enseignant l'amour qui nourrit les fils. De cette façon, elle vit son devoir d'annonciatrice et de témoin de cette Révélation de Dieu, en rassemblant son peuple dispersé, afin que puisse se réaliser la prophétie d'Isaïe que les Pères de l'Église ont lues comme s'adressant à elle-même : « Élargis l'espace de ta tente, déploie sans lésiner les toiles qui t'abritent, allonge tes cordages, renforce tes piquets, car à droite et à gauche tu vas éclater, ta race va déposséder des nations et repeupler les villes abandonnées » (Is 54, 2-3).


CHAPITRE II
LE TEMPS D'UNE NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

 

« Allez dans le monde entier
proclamer l'Évangile à toute la création »
(Mc 16, 15)

41. Le mandat missionnaire que l'Église a reçu du Seigneur ressuscité (cf. Mc 16, 15) a, dans le temps, assumé des formes et des modalités toujours nouvelles selon les lieux, les situations et les moments de l'histoire. De nos jours, l'annonce de l'Évangile apparaît comme plus complexe que dans le passé, mais la tâche confiée à l'Église reste la même que celle de ses débuts. La mission étant inchangée, il est juste de considérer que nous pouvons, aujourd'hui encore, faire nôtres l'enthousiasme et le courage qui motivèrent les Apôtres et les premiers disciples : l'Esprit Saint qui les poussa à ouvrir les portes du Cénacle, faisant d'eux des évangélisateurs (cf. Ac 2, 1-4), est le même Esprit qui guide l'Église aujourd'hui et la pousse à une nouvelle annonce de l'espérance aux hommes de notre époque.

42. Le Concile Vatican II rappelle que « les groupes humains au sein desquels l’Église existe, (peuvent être) complètement transformés pour des raisons diverses ; des situations nouvelles peuvent en résulter ».[32]Avec clairvoyance, les Pères conciliaires ont perçu à l'horizon le changement culturel qui peut être aisément vérifiable aujourd'hui. C'est justement cette situation transformée – qui, pour les croyants, a créé une condition inattendue – qui demande une attention spécifique pour annoncer l'Évangile, pour rendre raison de notre foi dans une situation qui, par rapport au passé, présente de nombreuses caractéristiques de nouveautés et de difficultés.

43. Les transformations sociales auxquelles nous avons assisté au cours des dernières décennies ont des origines complexes, enracinées dans un passé éloigné, et ont profondément modifié la perception de notre monde. Le côté positif de ces transformations est sous le regard de tous, et considéré comme un bien inestimable, qui a permis le développement de la culture et la croissance de l'homme dans de nombreux domaines du savoir. Cependant, ces transformations ont aussi amorcé un grand nombre de processus de révision et de critique des valeurs et de certains fondements de la vie en commun, qui ont profondément entamé la foi des personnes. Comme le rappelle le Saint-Père Benoît XVI, « si, d’un côté, l’humanité a tiré des bénéfices incomparables de ces transformations et l’Église a reçu des encouragements supplémentaires pour rendre raison de l’espérance qu’elle porte (cf. 1 P 3, 15), de l’autre, est apparue une perte préoccupante du sens du sacré, arrivant jusqu’à remettre en question les fondements qui apparaissent indiscutables, comme la foi dans un Dieu Créateur et providentiel, la révélation de Jésus-Christ unique sauveur, et la compréhension commune des expériences fondamentales de l’homme comme la naissance, la mort, la vie au sein d’une famille, la référence à une loi morale naturelle. Si tout cela a été salué par certains comme une libération, on s’est très tôt rendu compte du désert intérieur qui naît là où l’homme, voulant devenir l’unique créateur de sa propre nature et de son propre destin, se trouve privé de ce qui constitue le fondement de toutes les choses ».[33]

44. Il est nécessaire de fournir une réponse à ce moment particulier de crise, dans la vie chrétienne également ; en ce moment historique particulier, l'Église doit savoir trouver comme un ultérieur encouragement pour rendre raison de l'espérance qu'elle porte (cf. 1 P 3, 15). Le terme «nouvelle évangélisation» rappelle l'exigence de renouveler la modalité de l'annonce, en particulier à ceux qui vivent dans un contexte – comme celui d'aujourd'hui – où les développements de la sécularisation ont laissé de lourdes traces aussi dans les pays de tradition chrétienne. Ainsi comprise, l'idée de la nouvelle évangélisation a mûri dans le contexte ecclésial et a été concrétisée dans des formes même très différentes, dans la recherche, encore en cours, de sa signification. Elle a été considérée avant tout comme une exigence, puis comme une opération de discernement et comme un encouragement à l'Église d'aujourd'hui.

L'EXIGENCE D'UNE « NOUVELLE ÉVANGÉLISATION »

45. Qu'est-ce que la «nouvelle évangélisation» ? Dans le premier discours qui allait donner notoriété et retentissement au terme, le bienheureux Pape Jean-Paul II, s'adressant aux évêques de l'Amérique latine, la définit comme suit : « La commémoration du demi millénaire d'évangélisation aura sa signification totale si elle est votre engagement comme évêques, unis à vos prêtres et fidèles; engagement non de ré-évangélisation mais d'une nouvelle évangélisation. Nouvelle par son ardeur, par ses méthodes, dans son expression ».[34] Les interlocuteurs changent, les temps aussi et le Pape s'adresse à l'Église en Europe, lui lançant un appel semblable : « [dans le Synode de 1991] étaient apparues l'urgence et la nécessité de la ‘nouvelle évangélisation’, dans la certitude que l'Europe ne doit pas purement et simplement en appeler aujourd'hui à son héritage chrétien antérieur: il lui faut trouver la capacité de décider à nouveau de son avenir dans la rencontre avec la personne et le message de Jésus-Christ ».[35]

46. À son début, la nouvelle évangélisation répond à une question que l'Église doit avoir le courage de se poser, pour oser relancer sa vocation spirituelle et missionnaire. Il faut que les communautés chrétiennes, marquées par les importantes mutations sociales et culturelles qui sont à l'œuvre en elles, trouvent les énergies et les voies pour s'enraciner à nouveau solidement à la présence du Ressuscité qui les anime de l'intérieur. Il faut qu'elles se laissent guider par son Esprit : que, d'une manière renouvelée, elles puissent goûter le don de la communion avec le Père qu'elles vivent en Jésus, et qu'à nouveau, elles puissent offrir aux hommes leur nouvelle expérience comme le don le plus précieux dont elles disposent.

47. Les réponses parvenues au texte des Lineamenta ont pleinement coïncidé avec ce diagnostic du Pape Jean-Paul II. En réponse à la question spécifique « qu'est-ce que la nouvelle évangélisation ? », nombre des réflexions parvenues se trouvent d'accord pour indiquer que la nouvelle évangélisation est la capacité de l'Église à vivre de façon renouvelée son expérience communautaire de foi et d'annonce au sein des nouvelles situations culturelles qui se sont créées au cours des dernières décennies. Le phénomène décrit est le même au Nord qu'au Sud du monde, en Occident et en Orient, dans les pays où l'expérience chrétienne a des racines millénaires et dans les pays évangélisés depuis quelques centaines d'années seulement. Après qu'aient conflué divers facteurs sociaux et culturels – conventionnellement désignés par le terme « mondialisation » –, ont été entamés des processus d'affaiblissement des traditions et des institutions, qui ont attaqué rapidement les liens sociaux et culturels, ainsi que leurs capacités de communiquer les valeurs et de répondre aux questions à propos de la signification et de la vérité. Il en a résulté une perte considérable d'unité dans la culture et de sa capacité d'adhérer à la foi et de vivre suivant les valeurs qu'elle inspire.

48. Toutes les réponses décrivent de façon très similaire les signes de ce climat sur l'expérience de foi et sur les formes de vie ecclésiale : faiblesse de la vie de foi des communautés chrétiennes, diminution de la reconnaissance de compétence du magistère, privatisation de l'appartenance à l'Église, amoindrissement de la pratique religieuse, désengagement dans la transmission de la foi aux nouvelles générations. Décrits de façon quasiment unanime par les différents épiscopats, ces signaux montrent que c'est toute l'Église qui doit se mesurer avec ce climat culturel.

49. Dans ce tableau, la nouvelle évangélisation veut résonner comme un appel, une interpellation que l'Église se lance à elle-même dans le but de rassembler ses propres énergies spirituelles et de s'engager, dans ce nouveau climat culturel, à offrir des propositions : en reconnaissant le bien existant au sein de ces nouvelles situations, en donnant une nouvelle vie à sa propre foi et à son engagement évangélisateur. L’adjectif «nouvelle» se réfère au contexte culturel modifié et renvoie à la nécessité, pour l'Église, de retrouver énergie, volonté, fraîcheur et talent dans sa façon de vivre la foi et de la transmettre. Les réponses parvenues ont indiqué que cet appel a été reçu de façon différente dans les diverses réalités ecclésiales, mais le ton général indique une préoccupation. On a l'impression qu'un grand nombre de communautés chrétiennes n'a pas encore perçu pleinement la portée du défi et l'entité de la crise engendrée par ce climat culturel au sein de l'Église même. À ce propos, on attend du débat synodal qu'il aide à prendre conscience, de façon mature et profonde, de la gravité de ce défi auquel nous nous mesurons. Et plus profondément, on en attend qu'il poursuive la réflexion synodale sur le phénomène de la sécularisation, sur les influences positives[36]et celles négatives exercées sur le christianisme, et sur les défis que cela pose à la foi chrétienne.

50. En effet, tous les signaux ne sont pas négatifs. Pour beaucoup d'Églises particulières, la présence de forces de renouvellement constitue un signe d'espérance. Il s'agit de communautés chrétiennes, le plus souvent de groupes religieux et de mouvements et dans certains cas d'institutions théologiques et culturelles, qui, par leur action, montrent qu'il est vraiment possible de vivre la foi chrétienne avec son annonce au sein aussi de cette culture. Les Églises particulières sont attentives et reconnaissantes pour ces expériences, pour ces nombreux jeunes qui les animent de leur fraîcheur et de leur enthousiasme. Elles sont prêtes à reconnaître leur don, en pressant pour que celui-ci devienne le patrimoine du reste du peuple chrétien tout aussi bien. Elles suivent attentivement la croissance d'expériences dont le point fort réside dans leur jeunesse relative mais qui connaissent aussi certaines limites.

LES SCÈNES DE LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

51. Acceptée comme étant une exigence, la nouvelle évangélisation a poussé l'Église à examiner la façon dont, au présent, les communautés chrétiennes vivent leur foi et en témoignent. De la sorte, elle s'est faite discernement, c'est-à-dire capacité de lire et de déchiffrer les nouvelles scènes qui, au cours des récentes décennies, se sont venues à créer dans l'histoire des hommes, pour les transformer en lieux d'annonce de l'Évangile et d'expérience ecclésiale. Encore une fois, le magistère de Jean-Paul II a servi de guide, avec une première description de ces scènes,[37] à laquelle s'est référé le texte des Lineamenta, description partagée et confirmée dans les réponses reçues. Ce sont des scènes culturelles, sociales, économiques, politiques et religieuses.

52. En tout premier lieu, au vu de l'importance qui est la sienne, c'est la scène culturelle de fond qui a été indiquée. Déjà décrit dans ses grandes lignes dans le paragraphe précédent, les différentes réponses ont mis fortement l'accent sur la dynamique sécularisatrice qui anime cette scène. Enracinée plus particulièrement dans le monde occidental, la sécularisation est le fruit d'épisodes et de mouvements sociaux et de pensée qui en ont marqué profondément l'histoire et l'identité. Elle se présente aujourd'hui dans nos cultures sous l'image positive de la libération, de la possibilité d'imaginer la vie du monde et de l'humanité sans se référer à la transcendance. En ces dernières années, elle n'a plus autant la forme publique des discours directs et forts contre Dieu, la religion et le christianisme, même si, dans certains cas, ces tons anti-chrétiens, anti-religieux et anti-cléricaux ont encore résonné récemment. Comme en témoignent de nombreuses réponses, elle a plutôt adopté un ton faible qui a permis à cette forme culturelle d'envahir la vie quotidienne des personnes et de développer une mentalité dont Dieu est en fait absent, en totalité ou en partie, et son existence même dépend de la conscience humaine.

53. Ce ton humble, et donc plus attirant et séduisant, a permis à la sécularisation d'entrer aussi dans la vie des chrétiens et des communautés ecclésiales, devenant désormais non plus seulement une menace extérieure pour les croyants, mais aussi un terrain de confrontation quotidienne. La façon dont une vision sécularisatrice entend la vie marque le comportement habituel de nombreux chrétiens. La «mort de Dieu» annoncée au cours des décennies passées par nombre d'intellectuels a laissé la place à une mentalité hédoniste et consumériste stérile, qui pousse vers des façons très superficielles d'affronter la vie et les responsabilités. Le risque de perdre aussi les éléments fondamentaux de la foi est bien réel. L’influence de ce climat sécularisé dans la vie de tous les jours fait qu'il est toujours plus difficile d'affirmer l'existence d'une vérité. La question de Dieu est pratiquement rejetée des interrogations que l'homme se pose. Les réponses au besoin de religion assument la forme de spiritualité individualiste, ou encore de néo-paganisme, jusqu'à l'imposition d'un climat général de relativisme.

54. Toutefois, ce risque ne doit pas faire perdre de vue tout le positif que le christianisme a appris de la confrontation avec la sécularisation. Le saeculum dans lequel vivent les croyants et les non-croyants a quelque chose qui les rapproche : l'humain. Et c'est justement cet élément de l'humain, point naturel d'intersection de la foi, qui peut devenir le lieu privilégié de l'évangélisation. Il réside dans la pleine humanité de Jésus de Nazareth, habité par la plénitude de la divinité (cf. Col 2, 9). En purifiant l'humain à partir de l'humanité de Jésus de Nazareth, les chrétiens peuvent rencontrer les hommes sécularisés qui, toutefois, continuent de s'interroger à propos de ce qui est grave et authentique au plan humain. La confrontation avec ces personnes qui cherchent la vérité aide les chrétiens à purifier leur foi et à la faire mûrir. La lutte intérieure de ces chercheurs de vérité – et bien qu'ils n'aient pas encore le don de croire – est un encouragement certain à ce qu'ils s'engagent dans le témoignage et dans la vie de foi, afin que la vraie image de Dieu devienne accessible à tous les hommes. À ce sujet, les réponses reçues mettent en évidence l'intérêt profond suscité par l'initiative du «Parvis des gentils».

55. À côté de cette première scène culturelle, une seconde, plus sociale, a été indiquée : le grand phénomène migratoire, qui pousse toujours plus les personnes à quitter leur pays d'origine et à vivre dans des contextes urbanisés. Il s'en suit une rencontre et un mélange des cultures. On voit se produire des formes de désagrégations des références fondamentales de la vie, des valeurs et des liens mêmes à travers lesquels les individus structurent leur identité et accèdent au sens de la vie. Relié à la diffusion de la sécularisation, l'aboutissement culturel de ces processus est un climat extrêmement fluide, au sein duquel il y a toujours moins d'espace pour les grandes traditions, y compris celles religieuses. À cette scène sociale est lié le phénomène connu sous le nom de mondialisation, une réalité difficile à déchiffrer et qui demande aux chrétiens un important effort de discernement. Cette réalité peut être lue comme phénomène négatif si ce qui prévaut en elle est une interprétation déterministe, liée uniquement à la dimension économique et productive. Elle peut cependant être lue comme un moment de croissance, au cours duquel l'humanité apprend à développer de nouvelles formes de solidarité et de nouvelles voies pour partager le développement de tous au bien.

56. Au scénario migratoire, les réponses aux Lineamenta ont associé étroitement une troisième scène qui est en train de marquer nos sociétés de façon toujours plus déterminante : la scène économique. Responsable en grande partie du phénomène des migrations, elle a été mise en évidence par les tensions et les formes de violence inhérentes, à la suite des inégalités qu'il provoque non seulement à l'intérieur des nations mais aussi entre elles. De nombreuses réponses, ne provenant pas uniquement des Pays en voie de développement, ont dénoncé une augmentation claire et nette du fossé entre les riches et les pauvres. À maintes reprises, le Magistère des Souverains Pontifes a dénoncé les déséquilibres croissants entre le Nord et le Sud du monde pour ce qui est de l'accès et de la distribution des ressources, ainsi que les dommages infligés à la création. La crise économique persistante que nous connaissons actuellement révèle le problème de l'utilisation des ressources, naturelles mais aussi humaines. On attend encore beaucoup en termes de sensibilisation et d'action concrète, de la part des Églises, invitées à vivre l'idéal évangélique de la pauvreté, même si elles ne trouvent pas suffisamment d'espace dans les médias.

57. Une quatrième scène indiquée est celle de la politique. Depuis le Concile Vatican II jusqu'à aujourd'hui, les mutations survenues dans ce cadre peuvent, avec raison, être définies comme « historiques ». Avec la crise de l'idéologie communiste, la division du monde occidental en deux blocs a pris fin. Pour les Églises historique, cela a favorisé la liberté religieuse ainsi que la possibilité de se réorganiser. L’apparition, sur la scène mondiale, de nouveaux acteurs économiques, politiques et religieux – comme le monde islamique, le monde asiatique – a donné naissance à une situation inédite et totalement inconnue, aux riches potentialités, mais où abondent aussi les risques et de nouvelles tentations de domination et de pouvoir. Dans ce tableau, les différentes réponses ont souligné diverses urgences : l'engagement pour la paix, le développement et la libération des peuples ; une meilleure règlementation internationale et interaction des gouvernements nationaux ; la recherche de formes possibles d'écoute, de vie en commun, de dialogue et de collaboration entre les différentes cultures et religions ; la défense des droits de l'homme et des peuples, surtout des minorités ; la promotion des plus faibles ; la sauvegarde de la création et l'engagement pour l'avenir de notre planète. Ce sont là des thèmes que les différentes Églises particulières ont appris à considérer comme leurs, et qui, comme tels, doivent être conservés et promus dans le vécu quotidien de nos communautés.

58. Une cinquième scène est celle de la recherche scientifique et technologique. Nous vivons à une époque qui s'émerveille encore face aux résultats continuels que la recherche dans ces domaines a su dépasser. Dans la vie quotidienne, nous pouvons tous expérimenter les bénéfices apportés par ces progrès. Nous en dépendons toujours plus. Face à un grand nombre d'aspects positifs, il existe aussi les dangers d'espoirs excessifs et de manipulations. De sorte que la science et la technologie courent le risque de devenir de nouvelles idoles du présent. Dans un contexte numérique et mondialisé, il est facile de faire de la science « notre nouvelle religion ». Nous nous trouvons devant la naissance de nouvelles formes de gnoses, qui assument la technique en tant que forme de sagesse, en vue d'une organisation magique de la vie qui fonctionne comme un savoir et comme une signification. Nous voyons de nouveaux cultes s'affirmer. Ceux-ci instrumentalisent de manière thérapeutique les pratiques religieuses que les hommes sont disposés à vivre, en se structurant en tant que religions de la prospérité et de la gratification instantanée.

LES NOUVELLES FRONTIÈRES DE LA COMMUNICATION

59. C'est de façon chorale que les réponses aux Lineamenta ont examiné une autre scène, celle des communications, qui offre aujourd'hui de vastes possibilités et représente l'un des grands défis pour l'Église. Au début, elle était caractéristique uniquement du monde industrialisé ; aujourd'hui la scène d'un univers mondialisé peut influencer aussi de vastes secteurs des pays en voie de développement. Il n'existe au monde aucun endroit qui ne puisse être atteint, et donc sujet à l'influence de la culture médiatique et numérique qui s'impose toujours plus comme le «lieu» de la vie publique et de l'expérience sociale. Il suffit de penser à l'usage toujours plus répandu du réseau informatique.

60. Les réponses rapportent la conviction répandue que, désormais, les nouvelles technologies numériques ont donné naissance à un véritable nouvel espace social, dont les liens peuvent avoir une influence sur la société et sur la culture. En agissant sur la vie des personnes, les processus médiatiques rendus possibles par ces technologies parviennent à transformer la réalité elle-même. Ils interviennent de façon incisive dans l'expérience des personnes et permettent un élargissement des potentialités humaines. La perception que nous avons de nous-mêmes, des autres et du monde dépend de l'influence qu'ils exercent. Aussi, ces technologies et l'espace des communications qu'elles engendrent doivent-ils être vus de façon positive, sans préjugé aucun, comme étant des ressources, même si c'est de manière critique et que l'emploi qui en est fait soit sage et responsable.

61. L'Église a su pénétrer ces espaces et adopter ces moyens dès le début, en tant qu'instruments utiles pour l'annonce de l'Évangile. Aujourd'hui, parallèlement aux moyens de communication plus traditionnels, par exemple surtout comme la presse et la radio qui – selon les réponses – ont connu un développement important ces dernières années, les nouveaux médias sont toujours plus employés dans la pastorale évangélisatrice de l'Église, en rendant possibles des interactions à différents niveaux : local, national, continental et mondial. On perçoit les potentialités de ces moyens de communication anciens et nouveaux, on se rend compte qu'il est nécessaire d'utiliser un nouvel espace social qui s'est ainsi crée, avec les langages et les formes de la tradition chrétienne. Le besoin est ressenti d'effectuer un discernement attentif et partagé pour comprendre le mieux possible les potentialités que cet espace offre en vue d'annoncer l'Évangile, mais aussi pour en saisir correctement les risques et les dangers.

62. En effet, la diffusion de cette culture porte en soi des bénéfices certains : davantage d'accès aux informations, plus de possibilités de connaissances, d'échanges, de nouvelles formes de solidarité, de capacité de promouvoir une culture toujours plus de dimension mondiale, en faisant des valeurs et des meilleurs développements de la pensée et de l'activité humaine le patrimoine de tous les hommes. Toutefois, ces potentialités n'éliminent nullement les risques déjà engendrés par la diffusion excessive d'une telle culture. On voit se manifester une attention égocentrique profonde uniquement aux besoins individuels, et s'affirmer une exaltation émotive des rapports et des liens sociaux ; on constate l'affaiblissement et la perte de valeur objective d'expériences profondément humaines comme la réflexion et le silence ; on assiste à un excès dans l'affirmation de la pensée individuelle. L'éthique et la politique se réduisent progressivement à des instruments de spectacle. L'aboutissement possible de ces risques est ce qui est appelé culture de l'éphémère, de l'immédiat, de l'apparence, c'est-à-dire une société incapable d'avoir une mémoire et un futur. Dans un tel contexte, il est demandé aux chrétiens d'avoir l'audace de fréquenter des «nouveaux aréopages», en apprenant à en donner une évaluation évangélique, en trouvant les instruments et les méthodes pouvant faire entendre dans ces lieux aussi aujourd'hui le patrimoine éducatif et de savoir, préservé dans la tradition chrétienne.

LES MUTATIONS DE LA SCÈNE RELIGIEUSE

63. Les mutations des scènes que nous avons analysées jusqu'ici ne peuvent pas ne pas influencer aussi les façons qu'ont les hommes d'exprimer leur sens religieux. Les réponses aux Lineamenta suggèrent d'en ajouter une septième : la scène religieuse. Ce qui permet également de comprendre de manière plus approfondie le retour du sens religieux et l'exigence multiforme de spiritualité qui marque nombre de cultures, et en particulier les générations les plus jeunes. En effet, s'il est vrai que le processus sécularisateur en cours engendre, chez beaucoup de personnes, une atrophie de l'esprit et un vide du cœur, il est aussi possible d'observer dans de nombreuses régions du monde les signes d'une renaissance religieuse importante. L'Église catholique elle-même est touchée par ce phénomène, qui offre des ressources et des occasions d'évangélisation inespérées il y a seulement quelques dizaines d'années.

64. Les réponses aux Lineamenta affrontent le phénomène et le lisent de façon scrupuleuse dans toute sa complexité. Elles en reconnaissent les éléments positifs incontestables. En effet, le phénomène permet de retrouver un élément constitutif de l'identité humaine, l'élément religieux, en surmontant ainsi toutes les limites et tous les appauvrissements de la conception qu'en a l'homme, limitée à la seule dimension horizontale. Ce phénomène favorise l'expérience religieuse, en lui redonnant un caractère central dans la façon de penser les hommes, l'histoire, le sens même de la vie, la recherche de la vérité.

65. Dans nombre de réponses, on retrouve clairement exprimé le souci lié au caractère – en partie ingénu et émotif – de ce retour du sens religieux. Plus que la maturation lente et difficile des personnes dans la recherche de la vérité, ce retour du sens religieux a connu plus d'une fois les caractéristiques d'une expérience religieuse peu libératrice. Les aspects positifs de la redécouverte de Dieu et du sacré se sont ainsi vu appauvris et obscurcis par des phénomènes de fondamentalisme qui manipule souvent la religion pour justifier la violence et, dans des cas heureusement extrêmes et limités, jusqu'au terrorisme.

66. C'est dans ce cadre que de nombreuses réponses ont situé le problème urgent de la prolifération des nouveaux groupes religieux qui assument la forme de sectes. On trouve confirmé et proposé une nouvelle fois ce qui est déclaré dans les Lineamenta à ce sujet (leur dominante émotive et psychologique, la promotion d'une religion du succès et de prospérité). De plus, certaines réponses demandent de veiller sur ce que les communautés chrétiennes ne se laissent pas influencer par ces nouvelles formes d'expérience religieuse, en confondant le style chrétien de l'annonce avec la tentation d'imiter les tons agressifs et prosélytistes de ces groupes. En présence de ces groupes religieux, il faut, par ailleurs, comme l'affirment toujours les réponses, que les communautés chrétiennes renforcent l’annonce et l’attention pour leur propre foi. En effet, ce contact pourrait contribuer à rendre la foi moins «tiède» et davantage disponible à donner un sens à la vie des individus.

67. Dans ce contexte, la rencontre et le dialogue avec les grandes religions que l'Église a cultivés pendant les dernières décennies – et qu'elle continue d'intensifier – assument encore un sens plus important. Cette rencontre se présente comme une occasion prometteuse pour approfondir la connaissance de la complexité des formes et des langages de la religiosité humaine telle qu'elle se présente dans d'autres expériences religieuses. Une telle rencontre et un tel dialogue permettent au catholicisme de comprendre plus en profondeur les modalités suivant lesquelles la foi chrétienne exprime la religiosité de l'âme humaine. En même temps, ils enrichissent le patrimoine religieux de l'humanité, avec la singularité de la foi chrétienne.

EN TANT QUE CHRÉTIENS DANS CES SITUATIONS

68. Les scènes ont été lues pour ce qu'elles sont : les signes d'une mutation en cours, reconnue comme étant le contexte où se développent nos expériences ecclésiales. C'est justement pour cette raison que, dans un processus de discernement, celui-ci doit être pris et purifié, à partir de la rencontre et de la confrontation avec la foi chrétienne. Si l'on examine ces tableaux, il est possible de faire une lecture critique des styles de vie, de la pensée et des langages qu'ils proposent. Cette lecture sert aussi en tant qu'autocritique, que le christianisme est invité à réaliser sur lui, pour vérifier la façon dont le style de vie et l'action pastorale de ses communautés chrétiennes sont véritablement à la hauteur de leur tâche, en évitant l'immobilisme à travers une clairvoyance diligente. La réflexion synodale pourra poursuivre utilement ces exercices de discernement, ainsi que nombre d'Églises particulières ont déclaré s'y attendre.

69. Diverses réponses aux Lineamenta ont essayé d'identifier les raisons pour lesquelles beaucoup de fidèles se détachent de la pratique chrétienne, dans une véritable «apostasie silencieuse», dans le fait que l'Église n'aurait pas donné une réponse adéquate et convaincante aux défis des scènes qui ont été décrites. En outre, ont été constatés l'affaiblissement de la foi des croyants, le manque de la participation personnelle et expérientielle dans la transmission de la foi, ainsi que l'insuffisance de l'accompagnement spirituel des fidèles pendant leur parcours formatif, intellectuel et professionnel. Une bureaucratisation excessive des structures ecclésiastiques a été déplorée, celles-ci étant perçues comme éloignées de l'homme commun et de ses préoccupations existentielles. Tout cela a entraîné la diminution du dynamisme des communautés ecclésiales, la perte de l'enthousiasme des origines, l'affaiblissement de l'élan missionnaire. Et il ne manque pas de personnes qui ont regretté des célébrations liturgiques formelles et des rites répétés presque par habitude, dénués de toute expérience spirituelle profonde, qui éloignent les personnes au lieu de les attirer. Outre le contre-témoignage de certains de ses membres (infidélité à la vocation, scandales, sensibilité moindre pour les problèmes de l'homme d'aujourd'hui et du monde actuel), il ne faut pas sous-estimer toutefois le « mysterium iniquitatis » (2 Ts 2, 7), la lutte du Dragon contre le reste de la descendance de la Femme, « contre [...] ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus » (Ap 12, 17). Pour une évaluation objective, il faut toujours avoir à l'esprit le mystère de la liberté humaine, don de Dieu que l'homme peut utiliser aussi erronément, en se rebellant contre Dieu et en se retournant contre Son Église.

La nouvelle évangélisation devrait s'efforcer d'orienter la liberté des personnes, hommes et femmes, vers Dieu, source de la bonté, de la vérité et de la beauté. Le renouvellement de la foi devrait faire dépasser les obstacles cités plus haut, qui constituent une entrave à une vie chrétienne authentique, selon la volonté de Dieu, exprimée dans le commandement de l'amour pour Dieu et pour le prochain (cf. Mc 12, 33).

70. Outre à ces dénonciations, les réponses aux Lineamenta ont su aussi éclairer efficacement les succès indubitables que l'avènement de ces scènes a entraînés pour l'expérience chrétienne. Ainsi, plus d'une réponse a fait noter comme étant une conséquence positive du processus migratoire en cours la rencontre et l'échange de dons entre les Églises particulières, avec la possibilité de recevoir énergie et vitalité de foi des communautés chrétiennes émigrées. Dans le contact avec les non-chrétiens, les communautés chrétiennes ont ensuite pu apprendre que, de nos jours, la mission n'est plus un mouvement Nord-Sud, ou encore Ouest-Est, car il est devenu nécessaire de se dégager des frontières géographiques. La mission se trouve aujourd'hui sur les cinq continents. Force est de reconnaître que dans les pays d'ancienne évangélisation aussi, il existe des secteurs et des milieux qui sont étrangers à la foi, du fait que les hommes ne les y ont jamais rencontrés, et pas seulement parce qu'ils s'en sont éloignés. Se libérer des frontières signifie avoir les énergies nécessaires pour poser la question de Dieu dans tous les processus de rencontre, de mélange, de reconstruction des rapports sociaux qui sont en cours en tous lieux. L’Assemblée synodale pourrait être le lieu ad hoc pour un échange fécond sur ces expériences.

71. Avec ses changements, la scène économique aussi a été reconnue comme étant un lieu propice pour témoigner de notre foi. De nombreuses réponses ont décrit l'action des communautés chrétiennes en faveur des pauvres, action qui se targue de racines très anciennes et connaît des fruits encore prometteurs. En cette période de crise économique grave et répandue, nombreux ont été ceux qui ont signalé le développement de cette action de la part des communautés chrétiennes, avec la naissance d'ultérieures institutions consacrées au soutien des pauvres et, dans ce domaine, l'augmentation d'une plus grande sensibilité au sein de l'Église particulière. Plusieurs réponses ont demandé que davantage d'importance soit accordée à la charité en tant qu'instrument de nouvelle évangélisation : le dévouement et la solidarité envers les pauvres vécue par de nombreuses communautés, leur charité, leur style sobre de vie dans un monde qui, au contraire, exalte la consommation et l'avoir, sont vraiment un instrument valable pour annoncer l'Évangile et témoigner de notre foi.

72. La scène religieuse a obtenu une résonnance particulière. En premier lieu, elle touche le dialogue œcuménique. Les réponses aux Lineamenta soulignent à maintes reprises la façon dont les différents contextes ont favorisé le développement d'une plus grande confrontation œcuménique. Bien que de manière très réaliste, en rapportant aussi les moments difficiles et les situations de tension que l'on s'efforce de dénouer avec patience et détermination, la nouveauté des cadres dans lesquels nous sommes appelés, en tant que chrétiens, à vivre notre foi et à annoncer l'Évangile, a mis encore davantage en lumière la nécessité d'une unité réelle entre les chrétiens. Celle-ci ne doit pas être confondue avec la simple cordialité des rapports ou avec la coopération sur tel ou tel projet commun, mais plutôt comme l'aspiration à se laisser transformer par l'Esprit pour pouvoir être toujours plus conforme à l'image du Christ. Cette unité, spirituelle avant tout, doit être demandée dans la prière avant encore d'être réalisée dans les œuvres. La conversion et le renouvellement de l'Église auxquels nous sommes appelés par la crise actuelle ne peuvent pas ne pas avoir ce contenu œcuménique : ce qui signifie qu'il faut soutenir avec conviction l'effort de voir tous les chrétiens unis pour montrer au monde la force prophétique et transformatrice du message évangélique. La tâche est considérable et nous ne pourrons y parvenir que grâce à des efforts communs, sous le guide de l'Esprit de Jésus-Christ ressuscité. Du reste, le Seigneur nous a laissé un mandat : sa prière, « afin que tous soient un » (Jn 17, 21).

73. La scène religieuse – en second lieu – concerne le dialogue interreligieux qui s'impose aujourd'hui, bien que de diverses manières, dans le monde entier. Il a favorisé des incitations positives: les pays de vieille tradition chrétienne lisent l'expansion de la présence de grandes religions – en particulier celle de l'islam – comme un encouragement à développer de nouvelles formes de présence, de visibilité et de proposition de la foi chrétienne ; plus généralement, le contexte interreligieux et la confrontation avec les grandes religions de l'Orient sont accueillis favorablement comme une occasion donnée à nos communautés chrétiennes pour approfondir la compréhension de notre foi, grâce aux questions qu'une telle confrontation suscite en nous, à celles sur le chemin de l'histoire humaine et à la présence de Dieu sur ce chemin. C'est une occasion d'affiner les instruments du dialogue et les espaces à l'intérieur desquels se réaliser une collaboration au développement d'expériences de paix pour une société toujours plus humaine.

74. La situation des Églises qui se trouvent en minorité est bien différente : là où existe la liberté de professer sa foi et de vivre sa religion, la condition de minorité est considérée comme une forme intéressante permettant au christianisme de connaître de multiples aspects et différentes façons d'être présents dans le monde et d'agir pour sa transformation. Là, au contraire, où le contexte de persécution s'ajoute à l'expérience de minorité, l'expérience d'évangélisation est associée à celle de Jésus, à sa fidélité jusqu'à la croix. et dans la situation vécue, est reconnu le don de rappeler à toute l'Église le lien entre l'évangélisation et la croix qui, aux yeux de ces Églises, ne doit pas courir le risque de ne pas être suffisamment pris en considération. Ces Églises nous rappellent légitimement qu'il n'est pas exhaustif de mesurer l'évangélisation suivant les paramètres quantitatifs du succès.

75. Dans cette tâche de renouvellement à laquelle nous sommes appelés, nous sommes beaucoup aidés par les Églises catholiques orientales sui iuris et toutes les communautés chrétiennes qui, dans leur passé ont vécu, ou vivent encore, l'expérience de la clandestinité, de la marginalisation, de l'intolérance de nature ethnique, idéologique ou religieuse. Leur témoignage de foi, leur ténacité, leur capacité de résistance, la solidité de leur espérance, l'intuition de certaines de leurs pratiques pastorales constituent un don à partager avec les communautés chrétiennes qui, bien qu'ayant derrière elles des passés glorieux, vivent un présent fait de difficultés et de dispersion. Pour les Églises qui ne sont guère habituées à vivre leur foi dans une situation de minorité, pouvoir écouter des expériences qui leur communiquent cette confiance indispensable à l'élan qu'exige la nouvelle évangélisation, constitue certainement un don. Et c'est un don encore plus éminemment spirituel que d'accueillir ceux qui ont été obligés de quitter leur terre en raison de persécutions, et portent dans leur esprit la richesse incalculable des signes du martyre vécu personnellement.

MISSIO AD GENTES, CHARGE PASTORALE, NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

76. Le discernement que la nouvelle évangélisation a inspiré nous montre que la tâche évangélisatrice de l'Église se transforme en profondeur. Les figures traditionnelles et consolidées – qui par convention sont indiquées par les termes «pays de vieille tradition chrétienne» et «terres de mission» – montrent désormais leurs limites. Elles sont trop simples et se réfèrent à un contexte désormais dépassé, pour pouvoir offrir des modèles utiles aux communautés chrétiennes d'aujourd'hui. Comme le Pape Jean-Paul II l'affirmait avec lucidité, «les frontières de la charge pastorale des fidèles, de la nouvelle évangélisation et de l'activité missionnaire spécifique ne sont pas nettement définissables et on ne saurait créer entre elles des barrières ou une compartimentation rigide. [...] Les Églises de vieille tradition chrétienne, par exemple, aux prises avec la lourde tâche de la nouvelle évangélisation, comprennent mieux qu'elles ne peuvent être missionnaires à l'égard des non-chrétiens d'autres pays ou d'autres continents si elles ne se préoccupent pas sérieusement des non-chrétiens de leurs pays: l'esprit missionnaire ad intra est un signe très sûr et un stimulant pour l'esprit missionnaire ad extra, et réciproquement».[38]

77. Même si avec des accentuations et des différences liées à la diversité de culture et d'histoire, les réponses aux Lineamenta montrent que ce caractère différent de la nouvelle évangélisation a été bien compris : il ne s'agit pas d'un nouveau modèle d'action pastorale, qui se substitue simplement à d'autres formes d'action (la première évangélisation, la charge pastorale), mais plutôt d'un processus de relance de la mission fondamentale de l'Église. Celle-ci, en s'interrogeant sur la façon de vivre l'évangélisation aujourd'hui, n'exclut pas de se vérifier elle-même et de vérifier la qualité de l'évangélisation de ses communautés. La nouvelle évangélisation engage tous les sujets ecclésiaux (individus, communautés, paroisses, diocèses, Conférences épiscopales, mouvements, groupes et autres réalités ecclésiales, religieux et personnes consacrées) à une vérification de la vie ecclésiale et de l'action pastorale, en assumant comme point d'analyse la qualité de sa propre vie de foi, et sa capacité d'être un instrument d'annonce, suivant l'Évangile.

78. En intégrant les différentes réponses, nous pourrions dire que cette vérification s'est concrétisée dans trois exigences : la capacité de discerner, c'est-à-dire la capacité que l'on a de se situer dans le présent convaincus qu'aussi dans ce temps il est possible d'annoncer l'Évangile et de vivre la foi chrétienne ; la capacité de vivre des formes d'adhésion radicale et authentique à la foi chrétienne, qui savent témoigner déjà par le simple fait d'exister la force transformatrice de Dieu dans notre histoire; un lien clair et explicite avec l'Église, en mesure d'en rendre visible le caractère missionnaire et apostolique. Ces questions sont remises à l'Assemblée synodale pour qu'en y travaillant elle puisse aider l'Église à vivre ce chemin de conversion auquel la nouvelle évangélisation l'appelle aujourd'hui.

79. Au moment de recevoir le texte des Lineamenta, nombre d'Églises particulières étaient déjà engagées dans une opération de vérification et de relance de leur propre pastorale à partir de ces exigences. Certaines d'entre elles ont désigné cette opération par le terme de renouveau missionnaire, d'autres par celui de conversion pastorale. La conviction unanime est que c'est là que réside le cœur de la nouvelle évangélisation, vue comme un acte d'assomption renouvelée de la part de l'Église du mandat missionnaire du Seigneur Jésus-Christ qui l'a voulue et l'a envoyée dans le monde, pour qu'elle se laisse guider par l'Esprit Saint dans le témoignage du salut reçu et dans l'annonce du visage de Dieu le Père, premier artisan de cette œuvre salvifique.

TRANSFORMATIONS DE LA PAROISSE ET NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

80. Un grand nombre de réponses parvenues décrivent une Église engagée dans un important travail de transformation de sa présence parmi les gens et à l'intérieur de la société. Les Églises plus jeunes travaillent pour créer des paroisses souvent très vastes, en les animant du dedans par l'instrument qui, suivant les contextes géographiques et ecclésiaux, assume le nom de «communautés ecclésiales de base» ou de «petites communautés chrétiennes». Elles déclarent leur volonté de favoriser des lieux de vie chrétienne capables de mieux soutenir la foi de ceux qui en font partie et d'irradier l'espace social par leur témoignage, surtout dans la dispersion des grandes métropoles. Les Églises dont les racines sont plus anciennes travaillent à la révision de leurs programmes paroissiaux, dont la gestion est toujours plus difficile à cause de la diminution du clergé et de la pratique chrétienne. L'intention déclarée est d'éviter que de telles opérations se transforment en procédures administratives et bureaucratiques et aient un effet induit non voulu : qu'à la fin les Églises particulières se referment sur elles-mêmes, déjà trop occupées par ces problèmes de gestion. À cet égard, nombreuses sont les expériences qui se réfèrent à la figure des «unités pastorales», comme à un instrument pour conjuguer la révision du programme paroissial et la construction d'une coopération pour une Église particulière plus communautaire.

81. La nouvelle évangélisation est le rappel de l'Église à son objectif missionnaire originaire. De telles opérations peuvent donc, comme l'affirment de nombreuses réponses, assumer la nouvelle évangélisation pour conférer aux réformes en cours une direction moins repliée vers l'intérieur des communautés chrétiennes, et plus engagée dans l'annonce de la foi à tous. Dans cette ligne, on attend beaucoup des paroisses, vues comme la porte d'entrée la plus capillaire à la foi chrétienne et à l'expérience ecclésiale. Outre à être le lieu de la pastorale ordinaire, des célébrations liturgiques, de l'administration des sacrements, de la catéchèse et du catéchuménat, elles sont engagées à devenir des véritables centres de rayonnement et de témoignage de l'expérience chrétienne, des sentinelles capables d'écouter les personnes et leurs besoins. Elles sont des lieux où l'on éduque à la recherche de la vérité, où la foi de chacun est nourrie et renforcée, des points de communication du message chrétien, du dessein de Dieu sur l'homme et sur le monde, les premières communautés où l'on expérimente la joie d'être réunis par l'Esprit et préparés à vivre son propre mandat missionnaire.

82. Les énergies à employer dans cette opération ne manquent pas : toutes les réponses indiquent comme la première grande ressource le nombre de laïcs baptisés qui se sont engagés et poursuivent avec décision leur service volontaire dans cette œuvre d'animation des communautés paroissiales. Dans la floraison de cette vocation laïque, nombreux sont ceux qui reconnaissent un des fruits du Concile Vatican II, avec aussi d'autres ressources : les communautés de vie consacrée ; la présence de groupes et de mouvements qui, avec leur ferveur, leurs énergies et surtout leur foi confèrent un grand élan à la vie nouvelle dans les lieux ecclésiaux ; les sanctuaires qui avec la dévotion sont des points d'attraction pour la foi dans les Églises particulières.

83. Avec ces indications précises et riches en espérance, les réponses aux Lineamenta montrent que la ligne assumée est celle d'un travail de révision de la façon d'être Église parmi les gens, lent mais efficace, qui évite les écueils du sectarisme et de la «religion civile», et permette de maintenir la forme d'une Église missionnaire. Autrement dit, l'Église a besoin de ne pas perdre le visage d'Église «domestique, populaire». Même si dans des contextes minoritaires ou discriminatoires, l'Église ne doit pas perdre sa prérogative de rester proche de la vie quotidienne des personnes, pour annoncer de ce lieu le message vivifiant de l'Évangile. Comme l'affirmait Jean-Paul II, nouvelle évangélisation signifie refaire le tissu chrétien de la société humaine, refaisant le tissu des communautés chrétiennes elles-mêmes ; elle signifie aider l'Église à continuer d'être présente «au milieu des maisons de ses fils et de ses filles»,[39] pour en animer la vie et l'adresser vers le Royaume qui vient.

84. Une considération à part mérite la question du manque de prêtres : tous les textes dénoncent l'insuffisance numérique du clergé qui, par conséquent, ne réussit pas à assumer de façon sereine et efficace la gestion de cette transformation de la façon d'être Église. Certaines réponses développent une analyse détaillée du problème, en lisant cette crise de façon parallèle à celle analogue du mariage et des familles chrétiennes. Dans nombre d'entre elles la nécessité y est affirmée d'imaginer une organisation locale de l'Église où dans l'animation des communautés, soient toujours plus intégrées, des figures de laïcs à côté de celles des prêtres. Sur de telles problématiques, un grand nombre de réponses attendent du débat synodal des paroles clarificatrices et des perspectives pour l'avenir. Enfin, presque toutes les réponses contiennent une invitation à entreprendre dans toute l'Église une pastorale vocationnelle forte, prenant le départ de la prière, impliquant tous les prêtres et les consacrés en les sollicitant à un style qui sache témoigner de la fascination de l'appel reçu et déterminer les formes pour parler aux jeunes. Cela concerne aussi les vocations à la vie consacrée, en particulier celles des femmes.

Certaines réponses ont aussi souligné l'importance d'une formation adéquate dans les séminaires et les noviciats, ainsi que dans les centres académiques, en vue de la nouvelle évangélisation.

UNE DÉFINITION ET SA SIGNIFICATION

85. La convocation de l'Assemblée synodale et, immédiatement après, la création du Conseil Pontifical pour la promotion de la Nouvelle Évangélisation, constituent une étape ultérieure dans le processus d'affinement de la signification attribuée à ce terme. S'adressant à ce Conseil Pontifical, le Pape Benoît XVI précise le contenu du terme «nouvelle évangélisation» : «faisant donc mienne la préoccupation de mes vénérés prédécesseurs, je considère opportun d’offrir des réponses adéquates afin que l’Église tout entière, se laissant régénérer par la force de l’Esprit Saint, se présente au monde contemporain avec un élan missionnaire en mesure de promouvoir une nouvelle évangélisation. Celle-ci se réfère en particulier aux Églises d’antique fondation […] : il n’est pas difficile de percevoir que ce dont ont besoin toutes les Églises qui vivent dans des territoires traditionnellement chrétiens est un élan missionnaire renouvelé, expression d’une nouvelle ouverture généreuse au don de la grâce».[40] Entretemps, dans le sillage de Redemptoris missio,[41] la Congrégation pour la Doctrine de la Foi était intervenue elle-aussi en précisant le sens du concept de nouvelle évangélisation, avec une définition – «Au sens propre, c’est la missio ad gentes vers ceux qui ne connaissent pas le Christ. On parle au sens large d’‘évangélisation’ pour l’aspect ordinaire de la pastorale et de ‘nouvelle évangélisation’ vis-à vis de ceux qui n’observent plus la pratique chrétienne»–[42] reprise ensuite par l'Exhortation Apostolique Post-synodale Africae munus.[43]

86. On déduit de ces textes que, sans être exclusif, l'espace géographique à l'intérieur duquel se développe la nouvelle évangélisation concerne principalement l'Occident chrétien. De même, les destinataires de la nouvelle évangélisation semblent suffisamment identifiés : il s'agit de ces baptisés de nos communautés qui vivent une nouvelle situation existentielle et culturelle, dans laquelle, de fait, leur foi et leur témoignage sont compromis. La nouvelle évangélisation consiste à imaginer des situations, des lieux de vie, des actions pastorales qui permettent à ces personnes de sortir de leur «désert intérieur», une image utilisée par le Pape Benoît XVI pour représenter la condition humaine actuelle, prisonnière d'un monde qui a pratiquement supprimé la question de Dieu de son horizon. Avoir le courage de ramener la question sur Dieu dans ce monde ; avoir le courage de redonner une qualité et des motifs à la foi de nombre de nos Églises de vieille tradition, telle est la tâche spécifique de la nouvelle évangélisation.

87. Une telle définition a toutefois une valeur d'exemplarité, plus que d'exhaustivité. Elle assume l'Occident comme lieu exemplaire, plutôt que comme objectif unique de toute l'activité de la nouvelle évangélisation. Elle sert à nous aider à comprendre la tâche profonde de la nouvelle évangélisation, qui ne peut pas être réduite à un simple exercice de mise à jour de certaines pratiques pastorales, mais exige, par contre, le développement d'une compréhension très sérieuse et profonde des causes qui ont amené l'Occident chrétien dans une telle situation.

Mais l'urgence de la nouvelle évangélisation ne peut pas être réduite à ces situations. Comme l'affirme le Pape Benoît XVI, «en Afrique aussi, les situations qui requièrent une nouvelle présentation de l’Évangile, ‘nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes et dans ses expressions’, ne sont pas rares […] La nouvelle évangélisation est une tâche urgente pour les chrétiens en Afrique, car eux aussi doivent ranimer leur enthousiasme d’appartenir à l’Église. Sous l’inspiration de l’Esprit du Seigneur ressuscité, ils sont appelés à vivre, au niveau personnel, familial et social, la Bonne Nouvelle et à l’annoncer avec un zèle renouvelé aux personnes proches et lointaines, en employant pour sa diffusion les nouvelles méthodes que la Providence divine met à notre disposition».[44] De telles affirmations sont valables, naturellement si elles sont appliquées suivant les situations particulières, pour les chrétiens en Amérique, en Asie, en Europe et en Océanie, continents où l'Église est depuis longtemps engagée dans la promotion de la nouvelle évangélisation.

88. La nouvelle évangélisation est le nom qui a été donné à cette relance spirituelle, à ce départ d'un mouvement de conversion que l'Église demande à elle-même, à toutes ses communautés, à tous ses baptisés. Il s'agit donc d'une réalité qui ne concerne pas seulement des régions déterminées bien définies, mais qui est la voie permettant d'expliquer et de traduire dans la pratique l'héritage apostolique pour notre temps. Avec la nouvelle évangélisation, l'Église veut introduire dans le monde d'aujourd'hui et dans la discussion actuelle sa thématique plus originaire et spécifique : être le lieu où déjà maintenant l'on fait l'expérience de Dieu, où, guidés par l'Esprit du Ressuscité, nous nous laissons transfigurer par le don de la foi. L'Évangile est toujours une nouvelle annonce du salut opéré par le Christ afin que l'humanité participe au mystère de Dieu et de sa vie d'amour et qu'elle s'ouvre à un avenir d'espérance fiable et forte. Souligner qu'en ce moment de l'histoire l'Église est appelée à réaliser une nouvelle évangélisation, veut dire intensifier l'action missionnaire pour correspondre pleinement au mandat du Seigneur.

89. Il n'existe pas de situation ecclésiale qui puisse se sentir exclue d'un tel programme : les Églises chrétiennes de vieille tradition, tout d'abord, avec le problème de l'abandon pratique de la foi de la part de beaucoup. Ce phénomène, même si dans une moindre mesure, est constatée aussi auprès des nouvelles Églises, surtout dans les grandes villes et dans certains secteurs qui ont une influence culturelle et sociale déterminante. En tant que grand défi social et culturel, les nouvelles métropoles qui surgissent et s'étendent avec une grande rapidité surtout dans les pays en voie de développement constituent certainement un terrain propice pour la nouvelle évangélisation. La nouvelle évangélisation concerne donc aussi le jeunes Églises, engagées dans des expériences d'inculturation exigeant des vérifications continues pour arriver à introduire l'Évangile – qui purifie et élève ces cultures – et surtout à les ouvrir à sa nouveauté. Plus généralement, toutes les communautés chrétiennes ont besoin d'une nouvelle évangélisation, car elles sont engagées dans l'exercice d'une charge pastorale dont la gestion apparaît toujours plus difficile et qui court le risque de se transformer en une activité répétitive peu capable de communiquer les raisons pour lesquelles elle est née.


CHAPITRE III
TRANSMETTRE LA FOI

 

«Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. [...] Jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux
qui seraient sauvés»
(Ac 2, 42. 46-47)

90. Comme l'indique le thème des Assises synodales, le but de la nouvelle évangélisation est la transmission de la foi. Les paroles du Concile Vatican II nous rappellent qu'il s'agit d'une dynamique très complexe, qui implique entièrement la foi des chrétiens et la vie de l'Église dans l'expérience de la révélation de Dieu : «Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, a pris des dispositions pour qu’elle demeure toujours en son intégrité et qu’elle soit transmise à toutes les générations»;[45] «la sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église ; en s’attachant à lui, le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières (cf. Ac 2, 42 grec), si bien que, pour le maintien, la pratique et la profession de la foi transmise, s’établit, entre pasteurs et fidèles, un remarquable accord».[46]

91. Comme nous le lisons dans les Actes des Apôtres, on ne peut pas transmettre ce à quoi on ne croît pas et que l'on ne vit pas. On ne peut pas transmettre l'Évangile sans avoir comme base une vie qui est modelée par cet Évangile, qui dans cet Évangile trouve son sens, sa vérité, son avenir. Comme pour les Apôtres, pour nous aussi aujourd'hui c'est la communion vécue avec le Père, en Jésus-Christ, grâce à son Esprit qui nous transfigure et nous rend capables d'irradier la foi que nous vivons et susciter la réponse en ceux que l'Esprit a déjà préparés par sa visite et son action (cf. Ac 16, 14). Pour proclamer de façon féconde la Parole de l'Évangile, une profonde communion entre les fils de Dieu est nécessaire, signe distinctif et en même temps annonce, comme nous le rappelle l'apôtre Jean : «Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres» (Jn 13, 34-35).

92. Une telle tâche d'annonce et de proclamation n'est pas réservée seulement à quelques-uns, à un petit nombre d'élus.C'est un don fait à tout homme qui répond à l'appel de la foi. La transmission de la foi n'est pas une action réservée à quelques individus spécialement désignés. C'est la tâche de tout chrétien et de toute l'Église, qui dans cette action redécouvre continuellement son identité de peuple réuni par l'appel de l'Esprit, pour vivre la présence du Christ parmi nous, et découvrir ainsi le visage véritable de Dieu, qui est notre Père.

Action fondamentale de l'Église, la transmission de la foi amène les communautés chrétiennes à articuler de façon stricte les œuvres fondamentales de la vie de foi : charité, témoignage, annonce, célébration, écoute, partage. Il faut concevoir l'évangélisation comme le processus à travers lequel l'Église, mue par l'Esprit, annonce et répand l'Évangile dans le monde entier ; poussée par la charité, elle imprègne et transforme tout l'ordre temporel, en assumant les cultures et en les renouvelant. Elle proclame explicitement l'Évangile, en appelant à la conversion. À travers la catéchèse et les sacrements d'initiation, elle accompagne ceux qui se convertissent à Jésus-Christ, ou ceux qui reprennent le chemin de son imitation, en incorporant les uns et en ramenant les autres à la communauté chrétienne. Elle alimente constamment le don de la communion chez les fidèles à travers la doctrine de la foi, les sacrements et l'exercice de la charité. Elle promeut continuellement la mission, en envoyant tous les disciples du Christ à annoncer l'Évangile, par les paroles et les œuvres, dans le monde entier. Dans son œuvre de discernement, nécessaire dans la nouvelle évangélisation, l'Église découvre que dans nombre de communautés la transmission de la foi a besoin d'une renaissance.

LA PRIMAUTÉ DE LA FOI

93. En proclamant l'Année de la Foi, le Pape Benoît XVI rappelle la décision semblable prise par Paul VI en 1967, en assumant les motivations de l'époque. Le but de cette initiative était d'encourager dans toute l'Église un élan authentique dans la profession du Credo. Une profession qui fut «individuelle et collective, libre et consciente, intérieure et extérieure, humble et franche».[47] Bien conscient des graves difficultés de l'époque, surtout eu égard à la profession de la foi véritable et à sa juste interprétation, le Pape Paul VI pensait que de cette façon l'Église aurait pu recevoir un fort élan vers un renouvellement profond, intérieur et missionnaire.

94. Le Pape Benoît XVI suit cette même perspective quand il demande que l'Année de la Foi serve à attester que les contenus essentiels qui, depuis des siècles, constituent le patrimoine de tous les croyants ont besoin d'être confirmés et approfondis d'une façon toujours nouvelle, afin d'en témoigner de façon cohérente dans des conditions historiques qui diffèrent du passé. Le risque existe que la foi, qui introduit à la vie de communion avec Dieu et permet l'entrée dans son Église, ne soit plus comprise dans sa signification profonde, ne soit pas assumée et vécue par les chrétiens comme l'instrument qui transforme la vie, avec le grand don de la filiation de Dieu dans la communion ecclésiale.

95. Les réponses aux Lineamenta confirment combien ce risque est grave et dénoncent les lacunes de nombre de communautés dans l'éducation à une foi adulte. Malgré les efforts réalisés au cours de ces décennies, plus d'une réponse donne l'impression que cette œuvre d'éducation à une foi adulte en est seulement à ses débuts. Les obstacles principaux à la transmission de la foi sont semblables un peu partout. Il s'agit d'obstacles intérieurs à l'Église, à la vie chrétienne : une foi vécue de façon privée et passive ; ne pas ressentir le besoin d'une éducation de sa propre foi ; une séparation entre la foi et la vie. Les réponses parvenues permettent en outre de rédiger une liste des obstacles qui, de l'extérieur de la vie chrétienne, en particulier de la culture, rendent précaire et difficile la vie de foi et sa transmission : le consumérisme et l'hédonisme ; le nihilisme culturel ; la fermeture à la transcendance qui éteint toute aspiration au salut. La réflexion synodale pourra revenir sur ce diagnostic, pour aider les communautés chrétiennes à trouver les justes remèdes à ces maux.

96. On perçoit toutefois les signes d'un avenir meilleur, qui permet d'entrevoir une renaissance de la foi. L'existence dans les Églises particulières d'initiatives de sensibilisation et de formation, tout comme l'exemple de communautés de vie consacrée et de groupes et mouvements sont décrits dans les réponses comme la voie permettant de redonner à la foi la primauté qui lui revient.

Le premier effet bénéfique de cette transformation est une augmentation de la qualité de la vie chrétienne de la communauté elle-même ainsi qu'une maturation des individus qui en sont membres. Considérer sa propre foi comme l'expérience de Dieu et le centre de sa propre vie est l'objectif que de nombreuses Églises particulières lient à la célébration du Synode sur la nouvelle évangélisation pour la transformation de la vie quotidienne.

L'ÉGLISE TRANSMET LA FOI QU'ELLE VIT ELLE-MÊME

97. Le meilleur lieu de la transmission de la foi est une communauté nourrie et transformée par la vie liturgique et par la prière. Il existe un rapport intrinsèque entre foi et liturgie «lex orandi lex credendi». «Sans la liturgie et les sacrements, la profession de foi n’aurait pas d’efficacité, parce qu’elle manquerait de la grâce qui soutient le témoignage des chrétiens».[48] «La liturgie, par laquelle, surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, s’exerce l’œuvre de notre rédemption, contribue au plus haut point à ce que les fidèles, en la vivant, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église. [...] C’est pourquoi, de même que le Christ a été envoyé par le Père, ainsi lui-même envoya ses Apôtres, remplis de l’Esprit Saint, non seulement pour que, proclamant l’Évangile à toute créature, ils annoncent que le Fils de Dieu, par sa mort et sa résurrection, nous a délivrés du pouvoir de Satan ainsi que de la mort, et nous a transférés dans le Royaume du Père, mais aussi afin qu’ils exercent cette œuvre de salut qu’ils annonçaient».[49]

Les réponses aux Lineamenta à cet égard montrent tous les efforts réalisés pour aider les communautés chrétiennes à vivre la nature profonde de la liturgie. Dans les communautés chrétiennes, la liturgie et la vie de prière transforment un simple groupe humain en une communauté qui célèbre et transmet la foi trinitaire en Dieu Père et Fils et Esprit Saint.

Les deux Assemblées Générales Ordinaires précédentes, qui avaient comme thème l'Eucharistie et la Parole de Dieu dans la vie de l'Église, ont été vécues comme une aide précieuse pour continuer fructueusement la réception et le développement de la réforme liturgique commencée avec le Concile Vatican II. Elles ont rappelé le caractère central du Mystère Eucharistique et de la Parole de Dieu pour la vie de l'Église.

Dans ce cadre, différentes réponses reviennent sur l'importance de la lectio divina. La lectio divina (personnelle et communautaire) se présente de façon naturelle comme un lieu d'évangélisation : c'est une prière qui laisse un grand espace à l'écoute de la Parole de Dieu en ramenant ainsi la vie de foi et de prière à sa source intarissable, Dieu qui parle, appelle, interpelle, oriente, illumine, juge. Si «la foi vient de l'écoute» (Rm 10, 17), l'écoute de la Parole de Dieu est pour l'individu croyant et pour l'Église dans son ensemble un instrument d'évangélisation et de renouvellement dans la grâce de Dieu aussi puissant que simple.

98. En tout cas, les réponses révèlent l'existence de communautés chrétiennes qui ont réussi à découvrir la valeur profonde de l'action liturgique, qui est en même temps culte divin, annonce de l'Évangile et charité en action.

Dans nombre de réponses l'attention s'est focalisée surtout sur le sacrement de la réconciliation, qui a presque disparu de la vie de tant de chrétiens. Un grand nombre de réponses ont considéré de façon très positive la célébration de ce sacrement au cours de moments extraordinaires : dans les Journées Mondiales de la Jeunesse, dans les pèlerinages auprès des sanctuaires, même si ces gestes n'arrivent pas, eux non plus, à influer positivement sur la pratique de la réconciliation sacramentelle.

99. Dans les réponses aux Lineamenta le thème de la prière a été lui aussi un objet de réflexion, pour souligner d'une part les éléments positifs enregistrés : une assez bonne diffusion de la célébration de la liturgie des heures (dans les communautés chrétiennes, mais aussi priée personnellement) ; la redécouverte de l'Adoration eucharistique comme source de la prière personnelle ; la diffusion des groupes d'écoute et de prière sur la Parole de Dieu ; la diffusion spontanée de groupes de prière mariale, charismatique ou dévotionnelle. Plus complexe est par contre le jugement que les réponses aux Lineamenta ont exprimé sur le lien entre célébration de la foi chrétienne et les formes de la piété populaire : on reconnaît certaines bénéfices dérivant de ce lien, on dénonce le danger du syncrétisme et d'un avilissement de la foi.

LA PÉDAGOGIE DE LA FOI

100. Fidèle au Seigneur, dès les débuts de son histoire, l'Église a assumé la vérité des récits bibliques et l'a expérimentée dans les rites, réunie dans la synthèse et dans la règle de la foi qui est le Symbole, traduite dans les orientations de vie, vécue dans un rapport filial avec Dieu. Le Pape Benoît XVI a rappelé tout cela dans la lettre par laquelle il proclame l'Année de la Foi, quand, en citant la Constitution Apostolique qui a promulgué le Catéchisme de l'Église Catholique, il affirme que pour pouvoir être transmise la foi doit être «professée, célébrée, vécue et priée».[50]

C'est ainsi qu'à partir du fondement des Écritures, la tradition ecclésiale a créé une pédagogie de la transmission de la foi, qu'elle a développée dans les quatre grands titres du Catéchisme Romain : le Credo, les sacrements, les commandements et la prière du Notre Père. D'un côté, les mystères de la foi en Dieu Un et Trin comme ils sont confessés (Symbole) et célébrés (sacrements) ; de l'autre, la vie humaine conforme à une telle foi (à une foi qui se fait agissante à travers l'amour) qui se concrétise dans la façon de vivre chrétienne (Décalogue) et dans la prière filiale (le Notre Père). Ces mêmes titres forment aujourd'hui le schéma général du Catéchisme de l'Église Catholique.[51]

101. Le Catéchisme de l'Église Catholique nous est remis comme l'instrument d'une double action : il porte les contenus fondamentaux de la foi et en même temps indique la pédagogie de sa transmission. Le but est de faire vivre à chaque croyant la foi dans son entièreté, qui est à la fois offrande de vérité et adhésion à celle-ci. La foi est essentiellement un don de Dieu qui provoque l'abandon de soi au Seigneur Jésus. C'est ainsi que l'adhésion au contenu de la foi devient attitude, décision de suivre Jésus et de conformer sa propre vie sur la sienne, comme l'explique bien l'apôtre Paul, qui nous permet d'entrer à l'intérieur de cette structure pédagogique profonde de la foi: «Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut» (Rm 10, 10). «Il existe une unité profonde entre l’acte par lequel on croit et les contenus auxquels nous donnons notre assentiment [...] La connaissance des contenus à croire n’est pas suffisante si ensuite le cœur [...] n’est pas ouvert par la grâce qui permet d’avoir des yeux pour regarder en profondeur et comprendre que ce qui a été annoncé est la Parole de Dieu».[52]

Ce rappel attentif à la structure et à la signification profonde du Catéchisme de l'Église Catholique, dont on célèbre le vingtième anniversaire de la publication, sert à fournir à la réflexion synodale des instruments pour opérer un discernement sur le grand engagement de l'Église en ces dernières décennies pour le renouvellement de sa catéchèse. À un niveau descriptif, les réponses aux Lineamenta mettent en relief les pas importants faits pour revoir et structurer toujours mieux la catéchèse et les parcours d'éducation à la foi. On y mentionne les projets élaborés, les textes édités, les initiatives mises en œuvre pour former les catéchistes non seulement à l'utilisation des nouveaux instruments mais aussi à la maturation d'une compréhension plus complexe de leur mission.

102. Les jugements exprimés sont généralement positifs : il s'agit d'un effort important, réalisé par l'Église à plusieurs niveaux (Synodes des Évêques des Églises Orientales Catholiques sui iuris, Conférences épiscopales, centres diocésains ou éparchiaux, communautés paroissiales, catéchistes, instituts de théologie et de pastorale), dont le résultat est la maturation de tout son corps vers une foi plus consciente et participée. Les réponses montrent que l'Église dispose des moyens nécessaires pour transmettre la foi, dont l'utilisation active mais aussi critique et vigilante est facilitée par la publication du Catéchisme de l'Église Catholique. Sa publication a été utile aux Églises Orientales Catholiques sui iuris et aux Conférences épiscopales pour avoir un point de référence pouvant conférer unité et clarté d'orientation à l'action catéchétique de l'Église.

103. Les réponses contiennent aussi une évaluation de tout l'effort accompli pour rendre raison de notre foi aujourd'hui. On s'aperçoit que, malgré l'engagement prodigué, la transmission de la foi connaît plus d'un obstacle, surtout dans le changement très rapide de la part de la culture, qui est devenue plus agressive envers la foi chrétienne. Sont cités en outre les nombreux fronts ouverts par le développement du savoir et de la technologie. On insiste sur le fait que la catéchèse est encore perçue comme préparation aux différentes étapes sacramentelles, plus qu'éducation permanente de la foi des chrétiens.

104. Le processus de sécularisation de la culture a aussi mis en lumière que les différentes méthodes de catéchèse sont un signe de vitalité, mais qu'elles n'ont pas toujours permis une maturation pleine pour transmettre la foi. La réflexion synodale devra donc poursuivre la tâche qui a été celle du Synode sur la catéchèse, celle de la double fidélité à Dieu et à l'homme, dans une même attitude d'amour.[53] Le Synode s'interrogera sur la façon de réaliser une catéchèse qui soit intégrale, organique, qui transmette le noyau de la foi de façon intacte, et qui en même temps sache parler aux hommes d'aujourd'hui, à l'intérieur de leurs cultures, en écoutant leurs questions, en animant leur recherche de la vérité, du bien et du beau.

LES SUJETS DE LA TRANSMISSION DE LA FOI

105. Le sujet de la transmission de la foi est l'Église tout entière, qui se manifeste dans les Églises particulières, les éparchies et les diocèses. L'annonce, la transmission et l'expérience vécue de l'Évangile se réalisent dans celles-ci. De plus, le Églises particulières elles-mêmes, outre à en être le sujet, sont aussi le fruit de cette action d'annonce de l'Évangile et de transmission de la foi, comme nous le rappelle l'expérience des premières communautés chrétiennes (cf. Ac 2, 42-47): l'Esprit réunit les croyants autour des communautés qui vivent leur foi de façon fervente, se nourrissant de l'écoute de la parole des Apôtres et de l'Eucharistie, et dépensant leur vie dans l'annonce du Royaume de Dieu. Le Concile Vatican II accueille cette description comme fondement de l'identité de toute communauté chrétienne, quand il affirme que «l'Église du Christ est vraiment présente en toutes les légitimes assemblées locales de fidèles qui, unies à leurs pasteurs, reçoivent, dans le Nouveau Testament, eux aussi, le nom d’Églises. Elles sont, en effet, chacune à sa place, le peuple nouveau appelé par Dieu dans l’Esprit Saint et dans une grande assurance (cf. 1 Th 1, 5). En elles, les fidèles sont rassemblés par la prédication de l’Évangile du Christ, le Mystère de la Cène du Seigneur est célébré pour que, par le moyen de la Chair et du Sang du Seigneur, se resserre, en un seul Corps, toute la fraternité».[54]

106. La vie concrète de nos Églises a pu constater dans le domaine de la transmission de la foi, et plus généralement de l'annonce de l'Évangile, une réalisation concrète et souvent exemplaire de cette affirmation du Concile. Les réponses ont amplement souligné le fait que le nombre de chrétiens qui, au cours des dernières décennies se sont engagés de façon spontanée et gratuite dans cette tâche, a été tout à fait remarquable et a marqué la vie des communautés comme un véritable don de l'Esprit. Les actions pastorales liées à la transmission de la foi ont permis à l'Église de se structurer au sein des différents contextes sociaux locaux, en manifestant la richesse et la variété des ministères qui la composent et en animent la vie quotidienne. On a pu ainsi comprendre de façon nouvelle la participation, autour de l'Évêque, des communautés chrétiennes et des différents sujets impliqués (prêtres, parents, religieux, catéchistes), chacun avec sa propre tâche et sa propre compétence.

107. Comme nous avons déjà eu l'occasion de le souligner, l'annonce de l'Évangile et la transmission de la foi peuvent devenir un aiguillon positif pour les transformations qui intéressent actuellement de près les communautés paroissiales. Les réponses demandent de mettre au centre de la nouvelle évangélisation la paroisse, communauté de communautés, pas seulement administratrice de services religieux, mais espace de rencontre pour les familles, promotrice de groupes de lecture de la Parole et d'engagement laïc renouvelé, un lieu où est vécue la véritable expérience d'Église grâce à une action sacramentelle vécue dans sa signification la plus authentique. Les Pères synodaux devraient approfondir cette vocation de la paroisse, point de référence et de coordination d'une vaste gamme de réalités et d'initiatives pastorales.

108. Outre le rôle irremplaçable de la communauté chrétienne dans son ensemble, la tâche de transmission de la foi et d'éducation à la vie chrétienne met en cause nombre de sujets chrétiens. Les réponses font appel tout d'abord aux catéchistes. On reconnaît le don reçu : celui de tant de chrétiens qui, de façon gratuite et à partir de leur foi, ont donné une contribution singulière et irremplaçable à l'annonce de l'Évangile et à la transmission de la foi, surtout dans les Églises évangélisées depuis peu de siècles. Comme le soulignent certaines réponses, la nouvelle évangélisation leur demande, ainsi qu'à leur Église envers eux, un plus grand engagement. Les catéchistes sont des témoins directs, des évangélisateurs irremplaçables, qui représentent la force de base des communautés chrétiennes. Ils ont besoin que l'Église réfléchisse plus en profondeur sur leur tâche, leur conférant une plus grande stabilité, une visibilité ministérielle et une formation. À partir de ces prémisses, il est demandé qu'assumant la réflexion déjà entreprise en ces décennies, l'Assemblée synodale s'interroge sur la possibilité de configurer pour le catéchiste un ministère stable et institué au sein de l'Église. En ce moment de grande relance de l'action d'annonce et de transmission de la foi, une décision dans ce sens serait perçue comme une ressource et un soutien très fort à la nouvelle évangélisation à laquelle l'Église tout entière est appelée.

109. Plusieurs réponses mettent relief le rôle important des diacres et de tant de femmes qui se consacrent à la catéchèse. Dans plusieurs réponses, ces constatations positives sont accompagnées aussi d'observations qui expriment une préoccupation. Ces dernières années, à la suite de la diminution du nombre de prêtres et de leur engagement à suivre plus d'une communauté chrétienne, on constate que la catéchèse est toujours plus confiée aux laïcs. Les réponses expriment le souhait que la réflexion synodale puisse aider à la compréhension des changements en cours dans la façon de vivre l'identité presbytérale aujourd'hui. On pourra ainsi orienter ces changements, en sauvegardant l'identité spécifique et irremplaçable du ministère sacerdotal dans le domaine de l'évangélisation et de la transmission de la foi. Plus généralement, il sera utile que la réflexion synodale aide les communautés chrétiennes à donner un nouveau sens missionnaire au ministère des prêtres, des diacres, des catéchistes présents et agissants en leur sein.

LA FAMILLE, LIEU EXEMPLAIRE D'ÉVANGÉLISATION

110. Parmi les sujets de la transmission de la foi, les réponses s'étendent en particulier sur la figure de la famille. D'un côté, le message chrétien sur le mariage et la famille est un grand don qui fait de la famille un lieu exemplaire de témoignage de la foi, pour sa capacité prophétique de vivre les valeurs fondamentales de l'expérience chrétienne : dignité et complémentarité de l'homme et de la femme, créés à l'image de Dieu (cf. Gn 1, 27), ouverture à la vie, partage et communion, dévouement aux plus faibles, attention à l'éducation, confiance en Dieu comme source de l'amour dont découle l'union. Nombre d'Églises particulières insistent sur la pastorale familiale et y investissent des énergies, justement dans une perspective de mission et de témoignage.

111. D'autre part, pour l'Église la famille a le rôle d'éduquer et de transmettre la foi chrétienne dès le début de la vie humaine. C'est de là que naît le lien profond entre Église et famille avec l'aide que l'Église entend donner à la famille et l'aide qu'elle attend de la famille. Souvent les familles sont soumises à des fortes tensions, à cause des rythmes de vie, du travail qui devient incertain, de la précarité croissante, de la fatigue qu'implique une tâche éducative toujours plus ardue. Les familles mêmes qui ont pris conscience de leurs difficultés ressentent le besoin du soutien de la communauté, de l'accueil, de l'écoute et de l'annonce de l'Évangile, de l'accompagnement dans leur tâche éducative. L'objectif commun est une famille avec un rôle toujours plus actif dans le processus de transmission de la foi.

112. Les réponses reflètent les difficultés et les besoins qui se manifestent dans tant de familles actuelles, aussi dans celles chrétiennes : le besoin de soutien manifesté de façon toujours plus évidente dans les nombreuses situations de douleur et d'échec dans l'éducation à la foi, en particulier des enfants. Différentes réponses traitent de la constitution de groupes de familles (locaux ou liés à des expériences et des mouvements ecclésiaux) animés par la foi chrétienne, qui a permis à tant d'époux de mieux affronter les difficultés qu'ils ont rencontrées, témoignant ainsi aussi clairement de leur foi chrétienne.

113. Ce sont justement ces unions de familles qui, d'après beaucoup de réponses, sont un exemple des fruits que l'annonce de la foi engendre dans nos communautés chrétiennes. Les réponses sur ce point expriment un certain optimisme sur la capacité de tant de communautés chrétiennes de garder, même confrontées à des situations provisoires et précaires, la fidélité dans la célébration commune de leur foi, la disponibilité de ressources, même limitée, pour accueillir les pauvres et vivre un témoignage évangélique simple et quotidien.

APPELÉS POUR ÉVANGÉLISER

114. Les réponses parlent de la vie consacrée comme d'un don devant être accueilli avec gratitude. On reconnaît l'importance, aux fins de la transmission de la foi et de l'annonce de l'Évangile, des grands ordres religieux et des diverses formes de vie consacrée, en particulier des ordres mendiants, des instituts apostoliques et des instituts séculiers, avec leur charisme prophétique et évangélisateur même dans les moments de difficulté et de révision de leur style de vie. Leur présence, même cachée, est toutefois vécue dans une optique de foi comme source de nombreux fruit spirituels en faveur du mandat missionnaire que l'Église est appelée à vivre aussi dans le présent. Beaucoup d'Églises locales reconnaissent l'importance de ce témoignage prophétique de l'Évangile, source d'où jaillit la grande énergie nécessaire à la vie de foi des communautés chrétiennes et de tant de baptisés.

Nombreuses sont les réponses qui expriment le souhait que la vie consacrée fournisse un apport essentiel à la nouvelle évangélisation, en particulier dans les domaines de l'éducation, de la santé, de la charge pastorale, surtout envers les pauvres et les personnes qui ont le plus besoin d'aide spirituelle et matérielle.

C'est dans ce cadre que l'on reconnaît aussi le soutien précieux à la nouvelle évangélisation qui provient de la vie contemplative, surtout dans les monastères. Comme le démontre l'histoire, le rapport entre monachisme, contemplation et évangélisation est solide et porteur de fruits. Cette expérience est le cœur de la vie de l'Église qui garde vivante l'essence de l'Évangile, la primauté de la foi, la célébration de la liturgie, en donnant un sens au silence et à toute autre activité pour la gloire de Dieu.

115. La floraison au cours de ces décennies, souvent de façon gratuite et charismatique, de groupes et de mouvements se consacrant de façon prioritaire à l'annonce de l'Évangile est un autre don de la Providence à l'Église. C'est en regardant à ceux-ci que différentes réponses trouvent les éléments essentiels du style que les communautés et les chrétiens individuellement devraient assumer aujourd'hui pour rendre raison de leur foi. Il s'agit des qualités de ceux que nous pourrions définir les «nouveaux évangélisateurs» : capacité de vivre et de motiver leurs propres choix de vie et leurs valeurs ; désir de professer publiquement leur foi, sans crainte ni fausse pudeur ; recherche active de moments de communion vécue dans la prière et l'échange fraternel ; prédilection spontanée pour les pauvres et les exclus ; passion pour l'éducation des jeunes générations.

116. Cette référence incisive au thème des charismes, vu comme une ressource importante pour la nouvelle évangélisation, exige que la réflexion synodale approfondisse mieux la problématique, ne s'arrêtant pas à la seule constatation de ces ressources, mais en se posant le problème de l'intégration de leur action dans la vie de l'Église missionnaire. Il a été demandé que l'Assemblée synodale s'intéresse à la relation entre charisme et institution, entre dons charismatiques et dons hiérarchiques[55] dans la vie concrète des diocèses, dans leur tension missionnaire. On pourrait de la sorte supprimer les obstacles dénoncés par certaines réponses, et qui ne permettent pas d'intégrer pleinement les charismes afin de soutenir la nouvelle évangélisation. On pourrait développer le thème d'une «co-essentialité» – comme le suggèrent les réponses – de ces dons de l'Esprit à la vie et à la mission de l'Église, dans la perspective d'une nouvelle évangélisation.[56] On pourrait ensuite tirer d'une telle réflexion les instruments pastoraux plus incisifs qui valorisent mieux les ressources charismatiques.

117. Dans les réponses, la naissance de ces nouvelles expériences et formes d'évangélisation est lue en continuité avec l'expérience des grands mouvements, des institutions et des associations d'évangélisation, comme par exemple l'Action Catholique, qui ont surgi le long de l'histoire du christianisme. Les traits qui permettent ces œuvres sont vus dans le radicalisme évangélique qui anime ces types d'expérience et dans leur vocation prophétique dans l'annonce de l'Évangile. C'est de la fascination qu'ils savent exercer et du caractère joyeux de leur vie que découle le don des vocations. Il a été rapporté, plus d'une fois, que certaines formes historiques de vie consacrée et ces nouveaux mouvements ont entrepris un échange réciproque de dons.

RENDRE RAISON DE SA PROPRE FOI

118. Le contexte auquel nous sommes confrontés exige que l'on rende explicite et active la tâche d'annonce et de transmission de la foi qui revient à tout chrétien. Dans plus d'une réponse, il est affirmé que la première urgence de l'Église aujourd'hui est le devoir d'éveiller l'identité baptismale de chacun afin qu'il sache être un témoin authentique de l'Évangile, et qu'il sache rendre raison de sa propre foi. Tous les fidèles, en vertu du sacerdoce commun[57] et de leur participation à l'office prophétique[58] du Christ, sont pleinement engagés dans cette tâche de l'Église. Il revient en particulier aux fidèles laïcs de témoigner comment la foi chrétienne constitue une réponse aux problèmes existentiels que la vie pose à toute époque et dans toute culture et qui intéresse donc tout homme, même agnostique et non croyant. Ceci sera possible si l'on surmontera la fracture entre l'Évangile et la vie, recomposant dans l'activité quotidienne en famille, dans le travail et dans la société, l'unité d'une vie qui trouve dans l'Évangile l'inspiration et la force pour se réaliser en plénitude.[59]

119. Il faut que tout chrétien se sente interpellé par cette tâche que l'identité baptismale lui confie, qu'il se laisse guider par l'Esprit dans sa réponse, suivant sa propre vocation. En un moment où le choix de la foi et de l'imitation du Christ résulte moins facile et peu compréhensible au monde, sinon même contrastée et contestée, augmente la tâche de la communauté et des chrétiens individuellement, à savoir d'être les témoins intrépides de l'Évangile. La logique d'un tel comportement est suggérée par l'apôtre Pierre, quand il nous invite à rendre raison, à répondre à quiconque nous demande raison de l'espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15). Une nouvelle saison pour le témoignage de notre foi, des nouvelles formes de réponse (apologie) à qui nous demande le logos, la raison de notre foi, sont les chemins que l'Esprit indique à nos communautés chrétiennes. Ceci sert pour nous renouveler nous-mêmes, pour rendre présents, de façon plus incisive dans le monde où nous vivons, l'espérance et le salut que Jésus-Christ nous a donnés. Il s'agit d'apprendre un nouveau style, de répondre «avec respect et douceur, en possession d'une bonne conscience» (1 P 3, 16). C'est une invitation à vivre avec cette force paisible qui nous vient de notre identité d'enfants de Dieu, de l'union avec le Christ dans l'Esprit, de la nouveauté que cette union a engendré en nous, et avec la détermination de celui qui sait que son but est la rencontre avec Dieu le Père, dans son Royaume.

120. Ce style doit être un style intégral, embrassant la pensée et l'action, les comportements personnels et le témoignage public, la vie intérieure de nos communautés et leur élan missionnaire. C'est ainsi que se confirment l'attention éducative et le dévouement attentionné envers les pauvres, la capacité de tout chrétien de prendre la parole dans les milieux où il vit et travaille pour communiquer le don chrétien de l'espérance. Ce style doit faire sienne l'ardeur, la confiance et la liberté de parole (la parousie) qui se manifestaient dans la prédication des apôtres (cf. Ac 4, 31 ; 9, 27-28). C'est là le style que le monde doit trouver dans l'Église et dans tout chrétien, suivant la logique de notre foi. Ce style met en jeu chacun de nous personnellement, comme nous le rappelle Paul VI : «à côté de cette proclamation de l’Évangile sous forme générale, l’autre forme de sa transmission, de personne à personne, reste valide et importante. [...] Il ne faudrait pas que l’urgence d’annoncer la Bonne Nouvelle aux masses d’hommes fasse oublier cette forme d’annonce par laquelle la conscience personnelle d’un homme est atteinte, touchée par une parole tout à fait extraordinaire qu’il reçoit d’un autre».[60]

121. Dans cette perspective, l'invitation qui nous est adressée dans l'Année de la Foi à une conversion authentique et renouvelée au Seigneur, l'unique Sauveur du monde, est une occasion à exploiter au mieux, afin que toute communauté chrétienne, tout baptisé puissent être le sarment qui, en portant du fruit, est émondé «pour qu'il en porte encore plus» (Jn 15, 2) ; et qu'il puisse ainsi enrichir le monde et la vie des hommes avec les dons de la vie nouvelle modelé sur la nouveauté radicale de la résurrection. Dans la mesure de la libre disponibilité de l'homme, ses pensées et les êtres qui lui sont chers, sa mentalité et son comportement sont lentement purifiés et transformés, dans un chemin jamais vraiment achevé ici-bas. La «foi opérant par la charité» (Ga 5, 6) devient un nouveau critère d'intelligence et d'action qui change toute la vie de l'homme (cf. Ep 4, 20-29), portant des nouveaux fruits.

LES FRUITS DE LA FOI

122. Les fruits que cette transformation, rendue possible par la vie de foi, engendre au sein de l'Église comme signe de la force vivifiante de l'Évangile, prennent forme dans la confrontation avec les défis de notre temps. Les réponses indiquent ces fruits ainsi : des familles qui sont un signe véritable d'amour, de partage et d'espérance ouverte à la vie ; des communautés empreintes d'un esprit œcuménique véritable ; le courage de soutenir les initiatives de justice sociale et de solidarité; la joie de donner sa propre vie suivant une vocation ou une consécration. L'Église qui transmet sa foi dans la nouvelle évangélisation dans tous ces domaines montre l'Esprit qui la guide et qui transfigure son histoire.

123. Tout comme la foi se manifeste dans la charité, de même sans la foi, la charité ne serait que philanthropie. Chez le chrétien, foi et charité s'exigent réciproquement, de sorte que l'une soutient l'autre. Dans nombre de réponses il a été souligné la valeur testimoniale de tant de chrétiens qui, avec amour, consacrent leur vie à ceux qui sont seuls, marginalisés ou exclus, car c'est justement dans ces personnes que se reflète le visage même du Christ. Grâce à la foi nous pouvons reconnaître le visage du Seigneur ressuscité en ceux qui demandent notre amour : «Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait» (Mt 25, 40). C'est la foi qui permet de reconnaître le Christ ; et c'est son amour même qui pousse à le secourir chaque fois qu'il se fait notre prochain dans le chemin de la vie.

124. Soutenus par la foi, nous regardons avec espérance à notre engagement dans le monde, dans l'attente de «nouveaux cieux et d'une terre nouvelle […] où la justice habitera» (2 P 3, 13). Comme l'affirmait Paul VI, c'est le même engagement évangélisateur qui nous demande «d’atteindre et comme de bouleverser par la force de l’Évangile les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie de l’humanité, qui sont en contraste avec la Parole de Dieu et le dessein du salut».[61] Un grand nombre de réponses demandent d'encourager tous les baptisés à vivre avec plus de dévouement la tâche spécifique d'évangéliser aussi à travers la Doctrine sociale de l'Église, en vivant leur foi dans le monde à la recherche du véritable bien de tous, dans le respect et dans la promotion de la dignité de chaque personne, en arrivant à intervenir directement – en particulier les fidèles laïcs – dans l'action sociale et politique.

La charité est le langage qui, dans la nouvelle évangélisation, plus que par les paroles, s'exprime dans les œuvres de fraternité, de proximité et d'aide aux personnes dans le besoin, aussi bien spirituel que matériel.

125. Un engagement œcuménique renouvelé est le fruit ultérieur d'une Église qui se laisse transfigurer par l'Évangile de Jésus, par sa présence. Comme le rappelle le Concile Vatican II, la division entre les chrétiens est un contre-témoignage : «une telle division s’oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Évangile à toute créature».[62] Aller outre les divisions est la condition indispensable pour que l'imitation du Christ soit pleinement crédible. Ce qui unit les chrétiens est beaucoup plus fort de ce qui les divise. Nous devons donc nous encourager réciproquement dans la recherche d'une vie fidèle à notre témoignage de l'Évangile, en apprenant à grandir dans l'unité. Dans ce sens, comme le sollicitent beaucoup d'Églises particulières, la cause de l'œcuménisme est certainement l'un des fruits que nous devons attendre de la nouvelle évangélisation, car ces deux actions entendent promouvoir la communion dans le corps visible de l'Église, pour le salut de tous.

126. La tension de l'homme vers la vérité est elle aussi l'un des fruits que nombre de réponses s'attendent de l'élan de la nouvelle évangélisation. On constate que plusieurs secteurs de la vie actuelle manifestent une sorte d'impatience envers tout ce qui est affirmé comme vérité, en opposition au concept moderne de liberté comprise comme autonomie absolue, qui trouve dans le relativisme la seule forme de pensée possible pour la cohabitation entre les diversités culturelles et religieuses. À cet égard, de nombreuses réponses recommandent que nos communautés et les chrétiens individuellement – justement au nom de cette vérité qui nous fait libres (cf. Jn 8, 32) – sachent accompagner les hommes vers la vérité, la paix et la défense de la dignité de tout homme, contre tout forme de violence et de suppression des droits.

127. Le banc d'essai de ces chemins est sans aucun doute le dialogue interreligieux, qui ne peut pas avoir comme condition de renoncer au thème de la vérité, une valeur qui est par contre propre à l'expérience religieuse : la recherche de Dieu est l'acte qui qualifie de façon suprême la liberté de l'homme. Mais cette recherche n'est véritablement libre que si elle est ouverte à la vérité, qui ne s'impose pas par la violence, mais grâce à la force attractive de la vérité elle-même.[63] Comme l'affirme le Concile Vatican II : «La vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, par le moyen de l’enseignement ou de l’éducation, de l’échange et du dialogue grâce auxquels les hommes exposent les uns aux autres la vérité qu’ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée, afin de s’aider mutuellement dans la quête de la vérité ; la vérité une fois connue, c’est par un assentiment personnel qu’il faut y adhérer fermement».[64] On s'attend à ce que le Synode relise le thème de l'évangélisation, de la transmission de la foi, à la lumière du principe que le binôme vérité-liberté met en relief.[65]

128. Enfin, de cette logique de la reconnaissance des fruits fait partie aussi le courage de dénoncer les infidélités et les scandales qui existent dans les communautés chrétiennes, comme signe et conséquence d'une chute de tension dans cette tâche d'annonce. Le courage de reconnaître les fautes est nécessaire, tandis qu'on continue à témoigner Jésus-Christ et le besoin constant d'être sauvés. Comme nous l'enseigne l'apôtre Paul, nous pouvons prendre acte de nos faiblesses car c'est ainsi que nous reconnaissons la puissance du Christ qui nous sauve (cf. 2 Co 12, 9; Rm 7, 14 ss). L'exercice de la pénitence comme conversion conduit à la purification et à la réparation des conséquences des erreurs dans la confiance que l'espérance qui nous a été donnée «ne déçoit point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné» (Rm 5, 5). Ces attitudes sont le fruit de la transmission de la foi et de l'annonce de l'Évangile, qui en premier lieu ne cesse de renouveler les chrétiens, leurs communautés et, en même temps, porte au monde le témoignage de la foi chrétienne.

 

CHAPITRE IV
RAVIVER L'ACTION PASTORALE

 

«Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit» (Mt 28, 19-20)

129. Aux différentes époques de l'histoire de l'Église, le commandement de faire des disciples de toutes les nations et de les baptiser a été à l'origine de pratiques pastorales dictées par la volonté de transmettre la foi et par la nécessité d'annoncer l'Évangile avec le langage des hommes, enracinés dans leurs cultures et parmi eux.[66] Il s'agit là d'une loi exprimée clairement par le Concile Vatican II: l'Église «dès les débuts de son histoire, a appris à exprimer le message du Christ en se servant des concepts et des langues des divers peuples et, de plus, elle s’est efforcée de le mettre en valeur par la sagesse des philosophes : ceci afin d’adapter l’Évangile, dans les limites convenables, et à la compréhension de tous et aux exigences des sages. À vrai dire, cette manière appropriée de proclamer la parole révélée doit demeurer la loi de toute évangélisation. […] Il revient à tout le Peuple de Dieu, notamment aux pasteurs et aux théologiens, avec l’aide de l’Esprit Saint, de scruter, de discerner et d’interpréter les multiples langages de notre temps et de les juger à la lumière de la parole divine, pour que la vérité révélée puisse être sans cesse mieux perçue, mieux comprise et présentée sous une forme plus adaptée».[67]

130. Une compréhension toujours plus claire des formes de transmission de la foi, ainsi que des mutations sociales et culturelles qui se posent face au christianisme d'aujourd'hui comme un défi, ont engendré au sein de l'Église un processus diffus de réflexion et de révision de ses pratiques pastorales, en particulier de celles spécifiquement consacrées à l'introduction à la foi, à l'éducation à celle-ci et à l'annonce du message chrétien. En effet «comme elle possède une structure sociale visible, signe de son unité dans le Christ, l’Église peut aussi être enrichie, et elle l’est effectivement, par le déroulement de la vie sociale : non pas comme s’il manquait quelque chose dans la constitution que le Christ lui a donnée, mais pour l’approfondir, la mieux exprimer et l’accommoder d’une manière plus heureuse à notre époque».[68] Reprenant les affirmations de Paul VI dans Evangelii nuntiandi,[69] Benoît XVI confirme comment l'évangélisation «ne serait pas complète si elle ne tenait pas compte des rapports concrets et permanents qui existent entre l’Évangile et la vie personnelle et sociale de l’homme. […] Le témoignage de la charité du Christ à travers des œuvres de justice, de paix et de développement fait partie de l’évangélisation car, pour Jésus-Christ, qui nous aime, l’homme tout entier est important. C’est sur ces enseignements importants que se fonde l’aspect missionnaire de la doctrine sociale de l’Église en tant que composante essentielle de l’évangélisation. La doctrine sociale de l’Église est annonce et témoignage de foi. C’est un instrument et un lieu indispensable de l’éducation de la foi».[70] Ce sont des thèmes à approfondir dans la nouvelle évangélisation. Elle concerne aussi «le service de l'Église en vue de la réconciliation, de la justice et de la paix».[71]

L’INITIATION CHRÉTIENNE, PROCESSUS ÉVANGÉLISATEUR

131. Le texte des Lineamenta affirmait que c'est de la façon dont l'Église saura gérer la révision en cours de ses pratiques baptismales que dépendront le visage futur du christianisme dans le monde, surtout en Occident, et la capacité de la foi chrétienne de parler à la culture actuelle. Les réponses parvenues montrent une Église très engagée dans cet examen, qui a acquis certaines certitudes, mais qui, sur différentes questions, montre encore les signes d'un travail non conclu, d'un itinéraire pas bien agencé jusqu'au bout.

132. La première certitude réside dans la forme habituelle d'entrée dans la vie chrétienne: le baptême que les enfants reçoivent, très souvent dans la période qui suit immédiatement la naissance. La grande majorité des réponses reporte cette donnée comme le résultat d'un travail d'observation mais aussi comme le fruit d'un choix conscient. Aussi les Églises les plus jeunes voient dans le baptême administré aux enfants un objectif indiquant un haut niveau d'inculturation du christianisme aussi dans leurs territoires. D'autre part, différentes réponses révèlent une forte préoccupation pour la constatation des choix de la part de parents baptisés de différer le baptême de leur enfant, pour des motivations diverses, dont la plus fréquente est liée à la possibilité d'un libre choix du sujet, une fois devenu adulte.

133. Une deuxième certitude consiste dans la présence désormais stable de demandes de baptême de la part d'adultes et d'adolescents. Le phénomène, certainement moins important au niveau numérique que le premier, est toutefois lu comme un don permettant aux communautés chrétiennes de saisir le contenu profond du baptême : le chemin préparatoire, la célébration des scrutins pré-baptismaux, la célébration du sacrement, sont des moments qui alimentent tant la foi du catéchumène que celle de la communauté.

134. En outre, il apparaît certain que la structure du catéchuménat, avec référence à l’Ordo initiationis christianae adultorum,[72] est l'instrument adéquat pour opérer une réforme du parcours d'entrée à la foi des plus petits. Toutes les Églises ont travaillé au cours de ces décennies pour conférer à l'introduction et à l'éducation à la foi un caractère plus testimonial et ecclésial. On a ainsi réussi à réserver au sacrement du baptême une célébration plus consciente, en vue d'une future meilleure participation des baptisés à la vie chrétienne. On a fait des efforts pour donner une forme aux itinéraires d'initiation chrétienne, en cherchant à lier unitairement les sacrements (baptême, confirmation et eucharistie) et à impliquer de façon toujours plus active les parents et les parrains. Un grand nombre d'Églises ont, de fait, instauré une sorte de «catéchuménat post-baptismal», pour réformer les pratiques d'adhésion à la foi et surmonter la fracture entre liturgie et vie, afin que l'Église soit réellement une mère qui engendre ses enfants à la foi.[73]

135. Dans nombre de réponses, la nouvelle évangélisation est vue comme l'appel à consolider les efforts faits et les réformes introduites pour fortifier la foi : tout d'abord des catéchumènes, de leurs familles, de la communauté qui les soutient et les accompagne. La pastorale baptismale est assumée comme un des lieux prioritaires de la nouvelle évangélisation.

136. Quant aux itinéraires d'initiation chrétienne, les réponses nous indiquent deux données : une grande variété et la coexistence pacifique de fortes diversités. L'admission à la première communion se fait généralement au moment de la scolarisation primaire, précédée d'un itinéraire de préparation. Il existe aussi des expériences de mystagogie, d'accompagnement successif. La position chronologique du sacrement de la confirmation est beaucoup plus diversifiée, en des temps très différents même entre diocèses limitrophes.

S'appuyant sur ce qui avait été affirmé dans le Synode sur l'Eucharistie,[74] que la différenciation des pratiques n'est pas d'ordre dogmatique mais pastoral, les sujets impliqués ne semblent pas avoir l'intention de travailler à une révision. Au contraire, on considère la situation actuelle comme une richesse devant être maintenue. Cette présence contemporaine de pratiques différentes ne suscite pas de réflexions pouvant faire prendre en considération la différence de pratique concernant l'initiation chrétienne dans les Églises Catholiques Orientales sui iuris.

137. À cet égard, le travail que le Synode est appelé à effectuer est vaste. Il ne s'agit pas seulement d'orienter une pratique diversifiée pour éviter la dispersion ; il s'agit aussi, plus profondément, de réaliser ce qui avait été demandé par le Synode sur l'Eucharistie, en atteignant «l'efficacité des parcours actuels d'initiation, afin que, par l'action éducative de nos communautés, le chrétien soit aidé à mûrir toujours davantage, en parvenant à donner à sa vie une authentique assise eucharistique, de sorte qu'il soit en mesure de rendre raison de son espérance d'une manière adaptée à notre temps (cf. 1 P 3, 15)».[75] Il faut mieux comprendre, d'un point de vue théologique, la séquence des sacrements de l'initiation chrétienne qui culmine dans l'Eucharistie, et réfléchir sur les modèles pour traduire dans la pratique l'approfondissement souhaité.

L’EXIGENCE DE LA PREMIÈRE ANNONCE

138. À plusieurs reprises, les réponses ont signalé l'exigence d'aider les communautés chrétiennes locales, à commencer par les paroisses, à adopter un style plus missionnaire dans leur présence au sein du tissu social. L'appel recourant est que, dans l'annonce de l'Évangile, nos communautés sachent susciter l'attention des adultes d'aujourd'hui, interprétant leurs questions et leur soif de bonheur. Dans une société qui a expulsé beaucoup de formes du discours sur Dieu, le besoin que nos institutions assument sans crainte aussi une attitude apologétique, qu'elles vivent avec sérénité des formes d'affirmation publique de leur propre foi, est ressenti comme une claire urgence pastorale.

139. C'est à cette situation que regarde l'instrument de la première annonce dont parlait le texte des Lineamenta. Comprise comme un instrument de proposition explicite, ou mieux encore de proclamation, du contenu fondamental de notre foi, la première annonce s'adresse en premier lieu à ceux qui ne connaissent pas encore Jésus-Christ, aux non-croyants et à ceux qui, de fait, vivent dans l'indifférence religieuse. Elle appelle à la conversion et doit être intégrée dans les autres formes d'annonce et d'initiation à la foi. Tandis que ces formes visent l'accompagnement, la maturation d'une foi qui existe déjà, la première annonce a comme objectif spécifique la conversion, qui reste ainsi une constante dans la vie chrétienne.

140. La distinction entre ces différentes formes d'annonce n'est toutefois pas simple à faire, et ne doit pas nécessairement être affirmée de façon nette. Il s'agit d'une double attention qui fait partie de la même action pastorale. L'instrument de la première annonce pousse les communautés chrétiennes à donner de l'espace à la foi des personnes, aussi bien de celles qui appartiennent à la communauté que de celles qui lui sont étrangères. Sa tâche est de la raviver ou de la susciter, pour maintenir la communauté et les baptisés dans une tension constante et fidèle envers l'annonce et le témoignage public de la foi qu'ils professent.

141. La première annonce a donc besoin de formes, de lieux, d'initiatives, d'évènements qui permettent de porter dans la société l'annonce de la foi chrétienne. Et, en effet, les réponses montrent que les formes générales de première annonce ne manquent pas. Différentes Conférences Épiscopales ont organisé des évènements ecclésiaux nationaux. Toujours dans cette ligne, nombre de réponses louent les évènements internationaux comme les Journées Mondiales de la Jeunesse, vues comme des véritables formes de première annonce à l'échelle mondiale. Les voyages apostoliques du Pape sont lus eux aussi dans cette perspective, tout comme la célébration de la béatification ou de la canonisation d'un fils ou d'une fille d'une Église déterminée.

142. Par contre, de nombreuses réponses expriment la préoccupation pour l'insuffisance de première annonce dans la vie quotidienne, qui se réalise dans les quartiers, dans le monde du travail. L'impression la plus répandue est, pour ce faire, qu'il faudra beaucoup travailler pour sensibiliser les communautés paroissiales à une action missionnaire urgente. L'Assemblée synodale peut déduire de ces réponses une indication ultérieure pour la confrontation et la réflexion. Plusieurs réponses soulignent que la première annonce peut déjà trouver sa place dans des pratiques pastorales bien présentes dans la vie ordinaire de nos communautés chrétiennes. Les actions indiquées sont trois : la prédication, le sacrement de réconciliation et la piété populaire avec ses dévotions.

143. Quant à la prédication, les instruments privilégiés de la première annonce sont tout d'abord l'homélie dominicale, mais aussi les nombreuses formes de prédication extraordinaire (missions populaires, neuvaines, homélies à l'occasion de funérailles, baptêmes, mariages, fêtes). Pour cette raison, et comme l'a demandé la précédente Assemblée Générale Ordinaire, celles-ci doivent être préparées avec soin, en prêtant beaucoup d'attention au cœur du message que l'on veut transmettre, au caractère christologique qu'elles doivent avoir, à l'utilisation d'un langage qui suscite l'écoute et ait comme objectif la conversion de l'assemblée.[76]

144. Le sacrement de la Réconciliation trouve sa signification originaire dans l'expérience actuelle du visage de miséricorde de Dieu le Père pour la conversion et la croissance de chaque pénitent individuellement et de la communauté qui célèbre ce sacrement. Pour que ce sacrement favorise l'évangélisation, en suscitant le sens du péché, il suffirait de suivre de façon ordinaire et habituelle ce qui est prévu par le Rite, c'est-à-dire que celui-ci commence par la proclamation d'un extrait biblique à la lumière duquel on puisse examiner sa propre conscience, et discerner sa propre distance de la volonté de Dieu et de l'Évangile.[77] On reproduirait ainsi l'itinéraire bien connu des Actes des Apôtres : de la proclamation de Parole au repentir pour la rémission des péchés (cf. Ac 2, 14-47).

145. Enfin, la piété populaire avec ses dévotions qui s'adressent à Marie, en particulier, et aux saints, dans les lieux sacrés, les sanctuaires, pour vivre des itinéraires de pénitence et de spiritualité, se révèle toujours plus comme une voie très actuelle et originale. C'est par la voie de l'expérience que l'on est introduit, dans les pèlerinages et dans les dévotions, à la foi et aux grandes questions existentielles qui touchent aussi à la conversion de sa propre vie. C'est une expérience de foi que l'on vit, et qui ouvre des nouvelles visions du monde et de la vie. Travailler pour que la richesse de la prière chrétienne soit bien gardée dans ces lieux de conversion constitue certainement un défi qu'il faut confier à la nouvelle évangélisation.

En particulier, pour le culte marial la nouvelle évangélisation ne peut que faire siennes les paroles du Concile Vatican II : «Cette doctrine catholique, le saint Concile l’enseigne formellement. Il invite en même temps les fils de l’Église à apporter un concours généreux au culte, surtout liturgique, envers la bienheureuse Vierge, à faire grand cas des pratiques et exercices de piété envers elle, que le magistère a recommandés au cours des siècles et à conserver religieusement toutes les règles portées dans le passé au sujet du culte des images du Christ, de la bienheureuse Vierge et des saints. […] Que les fidèles se souviennent en outre qu’une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité ; la vraie dévotion procède de la vraie foi, qui nous conduit à reconnaître la dignité éminente de la Mère de Dieu, et nous pousse à aimer cette Mère d’un amour filial, et à poursuivre l’imitation de ses vertus».[78]

146. Les réponses mentionnent d'autres pratiques méritant d'être portées à l'attention du débat synodal, comme instruments en mesure de donner une forme à l'exigence de la première annonce. La référence est faite, en premier lieu, aux missions populaires, organisées par le passé à des échéances régulières dans les paroisses, comme forme d'éveil spirituel des chrétiens du lieu. Relancer et donner une forme aujourd'hui à un tel instrument est une demande contenue dans plus d'une réponse, intégrant les missions populaires dans les pratiques communautaires d'écoute et d'annonce de la Parole de Dieu répandues actuellement dans les communautés chrétiennes. De même, sont considérées d'excellentes occasions de première annonce toutes les actions pastorales qui ont comme objet la préparation au sacrement du mariage. Elles ne sont pas considérées comme une préparation simple et directe à ce sacrement spécifique, mais deviennent de plus en plus de véritables itinéraires de réappropriation et de maturation de la foi chrétienne. On demande enfin d'inclure dans l'action de première annonce aussi le soin et l'attention que les communautés chrétiennes prêtent au moment de la souffrance et de la maladie.

TRANSMETTRE LA FOI, ÉDUQUER L'HOMME

147. Les Lineamenta ont proposé un lien entre initiation à la foi et éducation, qui a été saisi en profondeur. On ne peut pas évangéliser sans en même temps éduquer l'homme à être véritablement soi-même : l'évangélisation l'exige comme lien direct. En rencontrant le Christ, le mystère de l'homme trouve sa véritable lumière, comme l'affirme le Concile Vatican II.[79] L'Église possède à cet égard une tradition de ressources pédagogiques, de réflexion et de recherche, d'institutions, de personnes – consacrées ou non, réunies dans des ordres religieux, des congrégations et des instituts – en mesure d'offrir une présence significative dans le monde de l'école et de l'éducation.

148. Avec des différences significatives résultant de la géographie de la société et de l'histoire du catholicisme dans les différentes nations, il est patent que l'Église a prodigué et continue de prodiguer d'importantes ressources dans la tâche éducative. Les écoles et les universités catholiques sont présentes dans les Églises particulières. À cet égard, les réponses offrent des descriptions détaillées du travail éducatif réalisé et des fruits qu'un tel travail a engendrés et continue d'engendrer à maints endroits. Le développement passé et présent de certaines nations est redevable à l'Église pour son effort éducatif.

149. Cette tâche éducative se déroule aujourd'hui dans un contexte culturel où toute forme d'action éducative apparaît plus difficile et critique, au point que le Pape Benoît lui-même a parlé d'«urgence éducative»,[80] voulant par là faire allusion à l'urgence spéciale de transmettre aux nouvelles générations les valeurs de base de l'existence et du comportement correct. C'est pourquoi, un peu partout, la demande d'une éducation authentique et d'éducateurs qui soient vraiment tels ne cesse d'augmenter. Une telle demande réunit les parents préoccupés pour l'avenir de leurs enfants, les enseignants qui vivent la triste expérience de la dégradation de l'école, tout comme la société qui assiste à l'ébranlement des bases mêmes de la cohabitation.

150. Dans un tel contexte, l'engagement de l'Église pour éduquer à la foi, à l'imitation et au témoignage de l'Évangile assume aussi la valeur d'une contribution pour faire sortir la société de la crise éducative qui l'afflige. Pour ce qui est du domaine de l'éducation, les réponses décrivent une Église qui a beaucoup à donner, à savoir l'idée qu'elle a su répandre dans le monde, avec la primauté de la personne et de sa formation, et la volonté de fournir une éducation authentique, ouverte à la vérité, dont font partie aussi la rencontre avec Dieu et l'expérience de la foi.

151. Allant encore plus en profondeur, certaines réponses accordent un intérêt et une valeur ultérieurs à cet engagement éducatif de la part de l'Église, car il s'agit d'un instrument faisant ressortir la racine anthropologique et métaphysique du défi actuel autour de l'éducation. Les racines de l'urgence éducative actuelle peuvent en effet être retrouvées dans l'imposition d'une anthropologie caractérisée par l'individualisme, et d'un double relativisme réduisant la réalité à une simple matière manipulable et la révélation chrétienne à un simple processus historique sans aucun caractère surnaturel.

152. Le Pape Benoît XVI décrit ainsi ces racines: «Une racine essentielle consiste – me semble-t-il – en un faux concept d'autonomie de l'homme: l'homme devrait se développer seulement de par lui-même, sans impositions de la part d'autrui ; les autres pourraient assister à cet auto-développement, mais ne pas entrer dans ce développement […] J'aperçois l'autre racine de l'urgence éducative dans le scepticisme et dans le relativisme ou, plus simplement et plus clairement, dans l'exclusion des deux sources qui orientent le chemin humain. La première source devrait être la nature, la deuxième la Révélation. […] Il est donc fondamental de retrouver un concept véritable de nature comme création de Dieu qui nous parle ; le Créateur, à travers le livre de la création, nous parle et nous montre les valeurs véritables. Et ainsi retrouver ensuite aussi la Révélation : reconnaître que le livre de la création, dans lequel Dieu nous donne les orientations fondamentales, est déchiffré dans la Révélation».[81]

FOI ET CONNAISSANCE

153. On peut constater le même type de lien existant entre foi et éducation aussi entre foi et connaissance. Le texte des Lineamenta explicitait ce lien à travers le concept forgé par le Pape Benoît XVI d'«écologie de la personne humaine».[82] En indiquant les conséquences d'une crise qui pourrait miner la tenue de la société dans son ensemble, le Pape Benoît XVI indique, comme possible, la voie de fuite d'un tel risque dans le développement d'une écologie de l'homme, comprise au juste sens, c'est-à-dire d'une façon d'établir la compréhension du monde et le développement de la science qui tienne compte de toutes les exigences de l'homme, y compris l'ouverture à la vérité et la relation originaire avec Dieu.

154. La foi chrétienne soutient l'intelligence dans la compréhension de l'équilibre profond qui régit la structure de l'existence et de son histoire. Elle réalise cette opération non pas de façon générique ou de l'extérieur, mais en partageant avec la raison la soif de savoir, la soif de recherche, en l'orientant vers le bien de l'homme et du cosmos. La foi chrétienne contribue à la compréhension du contenu profond des expériences fondamentales de l'homme. C'est une tâche – celle de cette confrontation critique et d'adresse – que le catholicisme réalise depuis longtemps, comme nombre de réponses l'ont affirmé en indiquant les institutions, les centres de recherche, les universités, fruits de l'intuition ou du charisme de certains ou de l'attention éducative des Églises particulières, qui ont fait de cette confrontation l'un de leurs objectifs principaux.

155. Il y a toutefois un motif de préoccupation : le fait de constater qu'il n'est pas facile d'entrer dans l'espace commun de la recherche et du développement de la connaissance dans les différentes cultures. On a en effet l'impression que la raison chrétienne trouve difficilement des interlocuteurs dans les milieux qui, de nos jours, sont les détenteurs des énergies et du pouvoir dans le monde de la recherche, surtout dans le domaine technologique et économique. Cette situation doit donc être lue comme un défi pour l'Église et, partant, un domaine d'attention particulière pour la nouvelle évangélisation.

156. En continuité avec la Tradition de l'Église, dans le sillage de l'Encyclique du bienheureux Jean-Paul II Fides et ratio, le Pape Benoît XVI a souvent réaffirmé la complémentarité entre la foi et la raison. La foi élargit les horizons de la raison et la raison préserve la foi de possibles dérives irrationnelles, ou des abus de la religion. Toujours attentive à la dimension intellectuelle de l'éducation, dont témoignent de nombreuses universités et de nombreux instituts d'études supérieures, l'Église est engagée dans la pastorale universitaire pour favoriser le dialogue avec les hommes de science. Dans ce domaine une place particulière revient aux hommes de science chrétiens : ce sont eux, en effet, qui doivent témoigner, avec leur activité et surtout avec leur vie, que la raison et la foi sont deux ailes qui conduisent à Dieu,[83] que la foi chrétienne et la science, si elles sont comprises correctement, peuvent s'enrichir réciproquement pour le bien de l'humanité. La seule limite possible du progrès scientifique c'est la sauvegarde de la dignité de la personne humaine créée à l'image de Dieu, qui ne doit pas être l'objet mais le sujet de la recherche scientifique et technologique.

157. C'est dans ce chapitre consacré au rapport entre foi et connaissance qu'il faut situer aussi le rappel contenu dans les réponses à l'art et à la beauté comme lieu de la transmission de la foi. Les raisons qui permettent de soutenir ce rappel sont expliquées de façon articulée, surtout par ces Églises qui, en force de leur tradition, comme les Églises Catholiques Orientales sui iuris, ont su garder une relation très étroite du binôme foi et beauté. Dans ces traditions, le rapport de foi et beauté n'est pas une simple aspiration esthétique. Il est vu au contraire comme une ressource fondamentale pour témoigner de la foi et pour développer un savoir qui soit véritablement un service «intégral» au service à la totalité de l'être homme.

Cette connaissance apportée par la beauté permet, comme dans la liturgie, d'assumer la réalité visible dans son rôle originaire de manifestation de la communion universelle à laquelle l'homme est appelé par Dieu. Il est donc nécessaire que le savoir humain soit à nouveau conjugué avec la sagesse divine, c'est-à-dire avec la vision de la création de Dieu le Père et qui, à travers l'Esprit et le Fils, se trouve dans la création.

Dans le christianisme, il est urgent de sauvegarder ce rôle originaire du beau. La nouvelle évangélisation, à cet égard, a un rôle important à jouer. L'Église reconnaît que l'être humain ne vit pas sans beauté. Pour le chrétien la beauté est à l'intérieur du Mystère pascal, dans la transparence de la réalité du Christ.

FONDEMENT DE TOUTE PASTORALE ÉVANGÉLISATRICE

158. Le texte des Lineamenta concluait le chapitre consacré à l'analyse des pratiques pastorales par l'intuition de fond de Paul VI : pour évangéliser, l'Église n'a pas besoin seulement de renouveler ses stratégies, mais plutôt d'accroître la qualité de son témoignage ; le problème de l'évangélisation n'est pas une question principalement d'organisation ou de stratégie, mais plutôt spirituelle. «L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres –disions-Nous récemment à un groupe de laïcs –ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins [...] C’est donc par sa conduite, par sa vie, que l’Église évangélisera tout d’abord le monde, c’est-à-dire par son témoignage vécu de fidélité au Seigneur Jésus, de pauvreté et détachement, de liberté face aux pouvoirs de ce monde, en un mot, de sainteté».[84] Un grand nombre d'Églises particulières se sont reconnues dans ces paroles, qui se réfèrent au besoin d'avoir des témoins qui sachent évangéliser en premier lieu par leur vie et leur exemple. Elles partagent la certitude qu'à la fin le secret ultime de la nouvelle évangélisation c'est la réponse à l'appel à la sainteté de tout chrétien. Peut évangéliser seulement celui s'est laissé et se laisse évangéliser, qui est capable de se laisser renouveler spirituellement par la rencontre et par la communion vécue avec Jésus-Christ. Le témoignage chrétien est un entrelacs de gestes et de paroles.[85] Il constitue le fondement de toute pratique d'évangélisation parce qu'il créé la relation entre annonce et liberté : «Nous devenons témoins lorsque, par nos actions, nos paroles et nos comportements, un Autre transparaît et se communique. On peut dire que le témoignage est le moyen par lequel la vérité de l'amour de Dieu rejoint l'homme dans l'histoire, l'invitant à accueillir librement cette nouveauté radicale. Dans le témoignage, Dieu s'expose, pour ainsi dire, au risque de la liberté de l'homme».[86]

CENTRALITÉ DES VOCATIONS

159. Dans cette perspective on s'attend à ce que le prochain rendez-vous synodal propose de façon explicite le thème de la centralité de la question vocationnelle pour l'Église d'aujourd'hui. On espère que le Synode sur la nouvelle évangélisation aide tous les baptisés à prendre conscience de leur engagement missionnaire et évangélisateur. Face aux scènes de la nouvelle évangélisation, pour être crédibles, les témoins doivent savoir parler les langages de leur temps, annonçant ainsi de l'intérieur les raisons de l'espérance qui les anime. On s'attend à ce que tout le chemin de préparation et de réception du travail synodal serve à remotiver et à accroître l'élan et le dévouement de tant de chrétiens qui œuvrent déjà pour l'annonce et la transmission de la foi ; que ce soit un moment de soutien et de confirmation pour les familles et pour le rôle qu'elles remplissent. Plus spécifiquement, il devra prêter une attention particulière au ministère presbytéral et à la vie consacrée, en espérant que le Synode porte à l'Église le fruit de nouvelles vocations sacerdotales, en relançant l'engagement d'une pastorale vocationnelle claire et décidée.

160. À cet égard, plus d'une réponse a indiqué comment l'un des signes plus évidents de l'affaiblissement de l'expérience chrétienne est justement l'affaiblissement vocationnel, qui concerne aussi bien la diminution que la défection des vocations de consécration spéciale dans le sacerdoce ministériel et dans la vie consacrée, ainsi que la faiblesse répandue quant à la fidélité aux grandes décision existentielles, comme par exemple dans le mariage. Ces réponses attendent de la réflexion synodale qu'elle reprenne la problématique qui concerne de près la nouvelle évangélisation, non seulement pour constater la crise, et non seulement pour renforcer une pastorale vocationnelle qui se fait déjà, mais plutôt, et plus profondément, pour promouvoir une culture de la vie comprise comme vocation.

161. Dans la transmission de la foi, il faut obligatoirement tenir compte de l'éducation à se concevoir soi-même en rapport avec Dieu qui appelle. Les paroles du Pape Benoît XVI vont dans ce sens : «le Synode, en soulignant l’exigence intrinsèque de la foi d’approfondir la relation avec le Christ, Parole de Dieu parmi nous, a voulu aussi mettre en évidence le fait que cette Parole appelle chacun en termes personnels, révélant ainsi que la vie elle-même est vocation par rapport à Dieu. Cela veut dire que plus nous approfondissons notre relation avec le Seigneur Jésus, plus nous nous apercevons qu’Il nous appelle à la sainteté, au moyen de choix définitifs, par lesquels notre vie répond à son amour, assumant des tâches et des ministères pour édifier l’Église. Dans cette perspective se comprennent les invitations faites par le Synode à tous les chrétiens d’approfondir leur relation avec la Parole de Dieu en tant que baptisés, mais aussi en tant qu’appelés à vivre selon les divers états de vie».[87]L'un des signes de l'efficacité de la nouvelle évangélisation sera la redécouverte de la vie comme vocation et la naissance de vocations à suivre le Christ de façon radicale.

 

Conclusion

 

«Vous allez recevoir une force,
celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous»
(Ac 1, 8)

162. Par sa venue parmi nous, Jésus-Christ nous a communiqué la vie divine qui transfigure la face de la terre, et fait l'univers nouveau (cf. Ap 21, 5). Sa Révélation nous a impliqués non seulement en tant que destinataires du salut qui nous a été donné, mais aussi comme ses annonciateurs et témoins. L'Esprit du Ressuscité habilite ainsi notre vie à annoncer efficacement l'Évangile dans le monde entier. C'est l'expérience de la première communauté chrétienne, qui voyait la Parole se diffuser à travers la prédication et le témoignage (cf. Ac 6, 7).

163. Chronologiquement, la première évangélisation a commencé le jour de la Pentecôte lorsque, réunis tous ensemble dans le même lieu de prière avec la Mère du Christ, les Apôtres reçurent l'Esprit Saint (cf. Ac 1, 14; 2, 1-3). Celle qui, selon les paroles de l'Archange est «pleine de grâce» (Lc 1, 28), se trouve ainsi sur la voie de l'évangélisation apostolique, et sur toutes les chemins que les successeurs des Apôtres ont parcourus pour annoncer l'Évangile.

164. Nouvelle évangélisation ne signifie pas un «nouvel Évangile», car «Jésus-Christ est le même hier et aujourd'hui, il le sera à jamais» (He 13, 8). Nouvelle évangélisation veut dire une réponse adéquate aux signes des temps, aux besoins des hommes et des peuples d'aujourd'hui, aux nouvelles scènes qui montrent la culture à travers laquelle nous exprimons notre identité et cherchons le sens de nos existences. Nouvelle évangélisation signifie donc promotion d'une culture plus profondément enracinée dans l'Évangile. C'est découvrir «l'homme nouveau» (Ep 4, 24) qui est en nous grâce à l'Esprit qui nous a été donné par Jésus-Christ et par le Père. Puisse la célébration de la prochaine Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques être comme un nouveau Cénacle, où les successeurs des Apôtres, réunis en prière avec la Mère du Christ, invoquée comme «l'Étoile de la Nouvelle Évangélisation»,[88]préparent les voies de la nouvelle évangélisation.

165. Laissons que ce soit encore une fois Jean-Paul II, qui a tant fait pour la réaliser, qui nous explique la parole : nouvelle évangélisation signifie «raviver en nous l'élan des origines, en nous laissant pénétrer de l'ardeur de la prédication apostolique qui a suivi la Pentecôte. Nous devons revivre en nous le sentiment enflammé de Paul qui s'exclamait: ‘Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile!’ (1 Co 9, 16). Cette passion ne manquera pas de susciter dans l'Église un nouvel esprit missionnaire, qui ne saurait être réservé à un groupe de ‘spécialistes’ mais qui devra engager la responsabilité de tous les membres du peuple de Dieu. Celui qui a vraiment rencontré le Christ ne peut le garder pour lui-même, il doit l'annoncer. Il faut un nouvel élan apostolique qui soit vécu comme un engagement quotidien des communautés et des groupes chrétiens».[89]

JÉSUS-CHRIST, ÉVANGILE QUI APPORTE L'ESPÉRANCE

166. Nous ressentons aujourd'hui le besoin d'un principe qui nous apporte l'espérance, qui nous permette de regarder vers l'avenir avec les yeux de la foi, sans les larmes du désespoir. Comme Église, nous avons ce principe, cette source d'espérance : Jésus-Christ, mort et ressuscité, présent parmi nous avec son Esprit, qui nous donne l'espérance de Dieu. Toutefois, nous avons souvent l'impression de ne pas réussir à concrétiser cette espérance, à la «faire nôtre», à en faire une parole vivante pour nous et pour nos contemporains, à ne pas l'assumer comme fondement de nos actions pastorales et de notre vie ecclésiale.

À cet égard, nous avons un mot d'ordre clair pour une pastorale présente et future : nouvelle évangélisation, c'est-à-dire nouvelle proclamation du message de Jésus, qui apporte la joie et nous libère. Ce mot d'ordre alimente l'espérance dont nous ressentons la nécessité : la contemplation de l'Église née pour évangéliser connaît la source profonde des énergies pour l'annonce.

«Notre Dieu nous a accordé de prêcher en toute hardiesse devant vous l'Évangile de Dieu, au milieu d'une lutte pénible» (1 Th 2, 2). La nouvelle évangélisation nous encourage à un témoignage de la foi qui assume souvent la forme du combat et de la lutte. La nouvelle évangélisation rend toujours plus solide le rapport avec le Christ Seigneur, car c'est en Lui seulement que se trouve la certitude de pouvoir envisager l'avenir, et la garantie d'un amour authentique et durable.

LA JOIE D'ÉVANGÉLISER

167. Nouvelle évangélisation veut dire rendre raison de notre foi, en communiquant le Logos de l'espérance au monde qui aspire au salut. Les hommes ont besoin de l'espérance pour pouvoir vivre leur présent. C'est pourquoi l'Église est missionnaire dans son essence et offre la Révélation du visage de Dieu qui, en Jésus-Christ, a pris un visage humain et nous a aimés jusqu'à la fin. Les paroles de vie éternelle qui nous sont données dans la rencontre avec Jésus-Christ sont destinées à tous et à chacun. Qu'elle le sache ou non, chaque personne de notre époque a besoin de cette annonce.

168. C'est bien l'absence de cette conscience qui engendre la solitude et le découragement. Parmi les obstacles à la nouvelle évangélisation il y a justement le manque de joie et d'espérance que de telles situations créent et répandent parmi les hommes de notre temps. Souvent, ce manque de joie et d'espérance est si fort qu'il entame le tissu même de nos communautés chrétiennes. Dans ces contextes aussi, la nouvelle évangélisation se propose comme un remède pour donner joie et vie contre toute crainte. Et dans ces contextes, il est impératif aussi de revigorer notre foi, comme nous le demande le Pape Benoît XVI : «engagée à saisir les signes des temps dans l’aujourd’hui de l’histoire, la foi incite chacun de nous à devenir signe vivant de la présence du Ressuscité dans le monde. Ce dont le monde aujourd’hui a particulièrement besoin, c’est du témoignage crédible de tous ceux qui, éclairés dans l’esprit et dans le cœur par la Parole du Seigneur, sont capables d’ouvrir le cœur et l’esprit de beaucoup au désir de Dieu et de la vraie vie, celle qui n’a pas de fin».[90]

169. Affrontons donc la nouvelle évangélisation avec enthousiasme. Apprenons la joie douce et réconfortante de l'évangélisation, même quand l'annonce semble être des semailles dans les larmes (cf. Ps 126, 6). Puisse le monde qui cherche des réponses aux grandes questions sur le sens de la vie et la vérité vivre avec un étonnement renouvelé la joie de rencontrer des témoins de l'Évangile qui, avec la simplicité et la crédibilité de leur vie, savent montrer la puissance transfiguratrice de la foi chrétienne. Comme l'affirmait Paul VI : «Que ce soit la grande joie de nos vies données. Et que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux, mais de ministres de l’Évangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçus en eux la joie du Christ, et qui acceptent de jouer leur vie pour que le Royaume soit annoncé et l’Église implantée au cœur du monde».[91] «Soyez sans crainte!»: c'est la parole du Seigneur (cf. Mt 14, 27) et de l'ange (cf. Mt 28, 5), qui soutient la foi des annonciateurs, leur conférant la force et l'enthousiasme. Puisse-t-elle être aussi celle des annonciateurs, qui soutiennent et alimentent le chemin de tout homme vers la rencontre avec Dieu. Que «Soyez sans crainte!» puisse être la parole de la nouvelle évangélisation, avec laquelle l'Église, animée par l'Esprit Saint, annonce «jusqu'aux extrémités de la terre» (Ac 1, 8) Jésus-Christ, Évangile de Dieu, pour la foi des hommes.


[1] Cf. Benoît XVI, Porta Fidei, Lettre Apostolique en forme de motu proprio pour proclamer l'Année de la Foi (11.10.2011): AAS 103 (2011) 723-734.

[2] Benoît XVI, Homélie à la messe inaugurale du Pontificat de l'évêque de Rome (24.04.2005) : AAS 97 (2005) 710.

[3] Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio (07.12.1990), 2: AAS 83 (1991) 251.

[4] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 1. 4.

[5] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, 2.

[6] Cf. ibid., 1.

[7] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 22.

[8] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, 17. 35.

[9] Cf. ibid., 23; Concile Œcuménique Vatican II, Décret sur la mission pastorale des Évêques dans l'Église Christus Dominus, 2.

[10] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, 28 ; Id., Décret sur le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis, 2. 4.

[11] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, 31 ; Id., Décret sur l’apostolat des laïcs Apostolicam actuositatem, 2. 6.

[12] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, 39-40.

[13] Cf. Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 52 : AAS 68 (1976) 40-41.

[14] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l'Église Ad gentes, 6.

[15] Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 56 : AAS 68 (1976) 46.

[16] Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Christifideles laici (30.12.1988), 34 : AAS 81 (1989) 454-455.

[17] Benoît XVI, Discours à la Curie Romaine à l'occasion de la présentation des vœux de Noël (22.12.2005) : AAS 98 (2006), 46.

[18] Benoît XVI, Porta Fidei. Lettre Apostolique en forme de motu proprio pour proclamer l'Année de la Foi (11.10.2011), 5 : AAS 103 (2011) 725 ; Cf. Discours à la Curie Romaine à l'occasion de la présentation des vœux de Noël (22.12.2005) : AAS 98 (2006) 52.

[19] Benoît XVI, Lettre Encyclique Deus caritas est (25.12.2005), 1 : AAS 98 (2006) 217-218.

[20] Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 7 : AAS 68 (1976) 9.

[21] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur la Révélation Divine Dei Verbum, 4.

[22] Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 13-14 : AAS 68 (1976) 12-13.

[23] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l'Église Ad gentes, 21.

[24] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale sur certains aspects de l'évangélisation (03.12.2007), 2 : AAS 100 (2008) 490.

[25] Benoît XVI, Homélie (Munich, 10.09.2006) : L’Osservatore Romano 11-12.09.2006, p. 9.

[26] Concile ŒcuméniqueVatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, 11.

[27] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale sur certains aspects de l'évangélisation (03.12.2007), 3 : AAS 100 (2008) 491.

[28] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l'Église Ad gentes, 7.

[29] Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 15 : AAS 68 (1976) 14-15.

[30] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l'Église Ad gentes, 5. 11. 12.

[31] Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 80: AAS 68 (1976) 74.

[32] Concile Œcuménique Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l'Église Ad gentes, 6.

[33] Benoît XVI, Lettre Apostolique en forme de motu proprio Ubicumque et semper (21.09.2010) : AAS 102 (2010) 789.

[34] Jean-Paul II, Discours à la XIXème Assemblée du CELAM (Port-au-Prince, 09.03.1983), 3 : AAS 75 I (1983) 778.

[35] Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Europa (28.06.2003), 2.45: AAS 95 (2003) 650; 677. Toutes les Assemblées synodales continentales célébrées en préparation du Jubilé de l'An 2000 s'étaient intéressées à la nouvelle évangélisation : cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa (14.09.1995), 57.63: AAS 85 (1996) 35-36, 39-40; Id., Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in America (22.01.1999), 6.66: AAS 91 (1999) 10-11, 56; Id., Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Asia (06.11.1999), 2: AAS 92 (2000) 450-451; Id., Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Oceania (22.11.2001), 18: AAS 94 (2002) 386-389.

[36] « En un certain sens, l’histoire vient en aide à l’Église à travers les diverses périodes de sécularisation, qui ont contribué de façon essentielle à sa purification et à sa réforme intérieure » : Benoît XVI, Discours durant la rencontre avec les catholiques engagés dans l'Église et dans la société (Freiburg, 25.09.2011): AAS 103 (2011) 677.

[37] Cf. Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio (07.12.1990), 37: AAS 83 (1991) 282-286.

[38] Ibid., 34 : AAS 83 (1991) 279-280.

[39] Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Christifideles laici (30.12.1988), 26: AAS 81 (1989) 438. Cf. aussi le n° 34: AAS 81 (1989) 455.

[40] Benoît XVI,Lettre Apostolique sous forme de motu proprio Ubicumque et semper (21.09.2010): AAS 102 (2010) 790-791.

[41] Cf. Jean-Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio (07.12.1990), 33: AAS 83 (1991) 278-279.

[42] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale sur certains aspects de l'évangélisation (03.12.2007), 12: AAS 100 (2008) 501.

[43] Cf. Benoît XVI, Exhortation Apostolique Post-synodale Africae munus (19.11.2011), 160, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2011, p. 125.

[44] Ibid., 165. 171, pp. 128-129; 132.

[45] Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur la Révélation Divine Dei Verbum, 7.

[46] Ibid., 10.

[47] Paul VI, Exhortation Apostolique Petrum et Paulum Apostolos, dans le XIXème centenaire du martyre des Saints Apôtres Pierre et Paul (22.02.1967):AAS 59 (1967)196 ; cité in : Benoît XVI, Porta Fidei. Lettre Apostolique en forme de motu proprio par laquelle est promulguée l’Année de la Foi (11.10.2011), 4 : AAS 103 (2011) 725.

[48] Benoît XVI, Porta Fidei. Lettre Apostolique en forme de motu proprio par laquelle est promulguée l’Année de la Foi (11.10.2011), 11: AAS 103 (2011) 731.

[49] Concile Œcuménique Vatican II, Constitution sur la Liturgie Sacrée Sacrosanctum concilium, 2et 6.

[50] Benoît XVI, Porta Fidei. Lettre Apostolique en forme de motu proprio par laquelle est promulguée l’Année de la Foi (11.10.2011), 9 : AAS 103 (2011) 728.

[51] Cf. Jean-Paul II, Constitution Apostolique Fidei depositum (11.10.1992): AAS 86 (1994) 116.

[52] Benoît XVI, Porta Fidei. Lettre Apostolique en forme de motu proprio par laquelle est promulguée l’Année de la Foi (11.10.2011), 10 : AAS 103 (2011) 728-729.

[53] Cf. Jean-Paul II,Exhortation Apostolique Catechesi tradendae (16.10.1979), 55 : AAS 71 (1979) 1322.1323..

[54] Concile ŒcuméniqueVatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, 26.

[55] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, 4.

[56] Cf. Jean-Paul II, Message aux participants au Congrès mondial des mouvements ecclésiaux promu par le Conseil Pontifical pour les laïcs (27.05.1998) : Insegnamenti di Giovanni Paolo II, XXI, I (1998), 5, p. 1065.

[57] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, 10 et 11.

[58] Cf. ibid., 12, 31, 35.

[59] Cf. Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Christifideles laici (30.12.1988), 33-34: AAS 81 (1989) 453-457.

[60] Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 46: AAS 68 (1976) 36.

[61] Ibid., 19: AAS 68 (1976) 18.

[62] Concile ŒcuméniqueVatican II, Décret sur l’œcuménisme Unitatis redintegratio, 1.

[63] Cf. Benoît XVI, Message pour la célébration de la XLIVème Journée Mondiale de la Paix « Liberté religieuse, voie pour la paix »(08.12.2010): AAS 103 (2011) 46-58.

[64] Concile ŒcuméniqueVatican II, Déclaration sur la sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, 3.

[65] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale sur certains aspects de l'évangélisation (03.12.2007), 4-8: AAS 100 (2008) 491-496.

[66] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Décret sur l'activité missionnaire de l'Église Ad gentes, 15. 19.

[67] Concile ŒcuméniqueVatican II, Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 44.

[68] Ibid., 44.

[69] Cf. Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 29:AAS 68 (1976) 25.

[70] Benoît XVI,Lettre Encyclique Caritas in veritate (29.06.2009), 15: AAS 101 (2009) 651-652.

[71] Benoît XVI,Exhortation Apostolique Post-synodale Africae munus (19.11.2011), 169, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2011, p. 131.

[72] Cf. Ordo initiationis christianae adultorum, Editio typica, 1972.

[73] «De par sa nature même, le Baptême des enfants exige un catéchuménat postbaptismal. Il ne s’agit pas seulement du besoin d’une instruction postérieure au baptême, mais de l’épanouissement nécessaire de la grâce baptismale dans la croissance de la personne. C’est le lieu propre du catéchisme »: Catéchisme de l'Église Catholique, 1231.

[74] Cf. Benoît XVI, Exhortation Apostolique Post-synodaleSacramentum caritatis (22.02.2007), 18: AAS 99 (2007) 119.

[75] Ibid, 18: AAS 99 (2007) 119.

[76] Cf. Benoît XVI, Exhortation Apostolique Post-synodale Verbum Domini (30.09.2010), 59: AAS 102 (2010) 738-739.

[77] Cf. Ordo paenitentiae. Rituale romanum, Editio typica, 1974, 17.

[78] Concile ŒcuméniqueVatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, 67.

[79] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église dans le monde d'aujourd'hui Gaudium et spes, 22.

[80] Benoît XVI, Discours à l'ouverture du Congrès du Diocèse de Rome (Rome, 11.06.2007) : AAS 99 (2007) 680.

[81] Benoît XVI, Discours aux participants de la 61ème Assemblée Générale de la Conférence épiscopale italienne (27.05.2010), dans Insegnamenti di Benedetto XVI, VI, 1 (2010), p. 788-789.

[82] Benoît XVI, Lettre Encyclique Caritas in veritate (29.06.2009), 51: AAS 101 (2009) 687.

[83] Cf. Jean-Paul II, Lettre Encyclique Fides et ratio (14.09.1998): AAS 91 (1999) 5.

[84] Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 41:AAS 68 (1976) 31-32.

[85] Cf. ibid., 22: AAS 68 (1976) 20; Benoît XVI, Exhortation Apostolique Post-synodale Verbum Domini(30.09.2010), 97s.: AAS 102 (2010) 767-769.

[86] Benoît XVI, Exhortation Apostolique Post-synodale Sacramentum caritatis (22.02.2007), 85: AAS99 (2007) 170.

[87] Benoît XVI, Exhortation Apostolique Post-synodale Verbum Domini (30.09.2010), 77: AAS 102 (2010) 750.

[88] Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in America (22.01.1999), 11:AAS91 (1999)747; ID., Lettre Apostolique Novo millennio ineunte (06.01.2001), 58:AAS93 (2001) 309.

[89] Jean-Paul II, Lettre Apostolique Novo millennio ineunte (06.01.2001), 40: AAS 93 (2001) 294.

[90] Benoît XVI, Porta Fidei. Lettre Apostolique en forme de motu proprio par laquelle est promulguée l'Année de la Foi (11.10.2011), 15: AAS 103 (2011) 734.

[91] Paul VI, Exhortation Apostolique Evangelii nuntiandi (08.12.1975), 80: AAS 68 (1976) 75.

 

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