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PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

L’histoire de Caïn et Abel

Lundi 13 février 2017

(L'Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n°008 du 23 février 2017)

C’est pour un missionnaire spécial, qui partira mercredi pour l’Orient, que le Pape François a voulu offrir la Messe. «Une pensée familiale», parce que le missionnaire est le père Adolfo Nicolás Pachón, ancien préposé général de la Compagnie de Jésus. «Que le Seigneur rende tout le bien fait et l’accompagne dans sa nouvelle mission: merci, père Nicolás», a dit François en s’adressant au religieux qui a concélébré avec lui. Se référant ensuite à la première lecture, tirée du livre de la Genèse (4, 1-15,25), le Pape a souligné dans son homélie que «c’est la première fois que dans la Bible, est prononcé le mot frère». L’histoire de Caïn et Abel «est l’histoire d’une fraternité qui devait grandir, être belle» mais qui au contraire «finit détruite». «L’histoire a commencé par une petite jalousie. Quand Caïn vit que son sacrifice n’avait pas été accepté, il fut très irrité et commença à nourrir ce sentiment». «Le Seigneur lui dit: «Pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage est-il abattu? Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête? Mais si tu n’es pas bien disposé, le péché n’est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer?» A la fin, «Caïn préféra l’instinct. Ce péché qu’il commettra ensuite, qui est tapi derrière le sentiment, grandit». Précisément ainsi grandissent les inimitiés entre nous: elles commencent par une petite chose, puis cela grandit et nous voyons la vie uniquement de cette perspective». Au point qu’ensuite, «notre vie tourne autour de cela, et cela détruit le lien de fraternité, détruit la fraternité». Ce qui «est arrivé au début peut nous arriver à tous». C’est pourquoi il s’agit d’un «processus» qui doit être arrêté immédiatement, au début. «Dans nos presbyterium aussi, dans nos collèges épiscopaux, combien de fissures commencent ainsi!». De cette manière, «avec des petites choses, des fissures, se détruit la fraternité». Devant cette attitude de l’homme, «que fait le Seigneur?». Le passage de la Genèse suggère que, comme à Caïn, «il nous demande: “Où est Abel, ton frère?”». Pour le Pape, «la réponse de Caïn est ironique: “Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère?”». Mais on a envie de lui répondre: «Oui, tu es le gardien de ton frère». Pour sa part, «Caïn aurait pu répondre: “Oui, je sais où est Abel, mais je ne sais pas où est mon frère, parce qu’Abel n’est pas mon frère: j’ai détruit cette fraternité”». Sur ce point, continue la Genèse, «le Seigneur est fort: “Ecoute le sang de ton frère crier vers moi du sol!”». C’est vrai que chacun de nous peut dire: «“Père, je n’ai jamais tué personne, personne, jamais!”». Toutefois, «pensons à l’Evangile d’hier: si tu as un mauvais sentiment envers ton frère, tu l’as tué; si tu insultes ton frère, tu l’as tué dans ton cœur». Parce que «le meurtre est un processus qui commence dans le plus profond du cœur, comme ici». «Aujourd’hui aussi, la voix de Dieu, demande non seulement à chacun de nous, mais à toute l’humanité: “Où est ton frère, où est ta sœur?”». Et notre réponse est: «Je sais où sont ceux qui sont bombardés là, qui sont chassés de là, mais eux ne sont pas mes frères, j’ai détruit le lien». De la même façon, «combien de puissants de la terre peuvent dire: “Ce territoire, ce morceau de terre, cette autre chose m’intéresse, si la bombe tombe et tue deux cents enfants ce n’est pas ma faute; il n’y a que le territoire qui m’intéresse”». Donc, «tout commence par ce sentiment qui te conduit à te détacher, à dire à l’autre: “Celui-ci est untel, celui-ci est comme ceci, mais ce n’est pas un frère”». Et «cela finit dans la guerre qui tue». Mais, «tu as tué au début. Cela est le processus du sang et aujourd’hui, le sang de tant de personnes dans le monde crie vers Dieu du sol». Et «tout est lié: ce sang-là a une relation — sans doute une petite goutte de sang — que, avec mon envie, ma jalousie, j’ai fait sortir quand j’ai détruit une fraternité: ce n’est pas le nombre qui détruit la fraternité, c’est ce qui sort du cœur de chacun de nous». Que le Seigneur nous aide aujourd’hui à répéter sa parole: “Où est ton frère?”». Et que «chacun de nous» pense «à tous ceux dont nous nous sommes détachés». Et «pensons aussi à tous ceux qui, dans le monde, sont traités comme des choses et non comme des frères».

 



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