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 DISCOURS DU PAPE JEAN XXIII
À UN PÈLERINAGE NATIONAL FRANÇAIS

4 novembre 1959

 

Éminence, Chers fils de France,

Cette journée est pleine de consolations pour Nous : votre visite est venue l'embellir encore et en accroître le charme. À l'entrée de cette seconde année du service que la bonne Providence a voulu confier à Nos soins de Pasteur et de Père, Nous prenons part à la joie universelle de tous les enfants de l'Église catholique qui, sans regarder à Notre peu de mérite, Nous soutiennent dans Notre tâche de gouvernement spirituel et de magistère évangélique.

Beaucoup d'entre vous auront sûrement été émus ce matin par la solennité du rite qui s'est déroulé sous les voûtes de la Basilique Vaticane in primo anniversario Coronationis. La soirée de ce jour est, elle aussi, toute pénétrée de la richesse d'un même sentiment, dont la parole cherche en vain à exprimer la plénitude et la suavité. Oui, vraiment, quam bonum et quam iucundum habitare fratres in unum ! Comme il est bon et doux pour des frères d'habiter ensemble ! Nous avons goûté ce bonheur et cette joie, chers frères et fils, pendant les huit années où Nous partageâmes avec vous une même vie religieuse en terre de France. Dieu a voulu que durant ces douze premiers mois de pontificat romain, Notre cœur s'élargît aux dimensions du monde entier, visible et invisible, mais croyez-Nous lorsque Nous vous disons que les fils de France occupent toujours dans Notre esprit une place d'honneur et de privilège : toute circonstance ramène volontiers vers eux Notre souvenir, Notre prière, Notre bénédiction. Nous Nous souvenons encore de la joie que Nous éprouvâmes il y a trois ans — en avril 1956 — lorsqu'il Nous fut donné de recevoir la visite à Venise de votre vénéré Cardinal Archevêque de Paris ; c'était à l'occasion de la fête du Patron du diocèse, Saint Marc. Comme il sut bien associer, dans son beau discours, la figure et les titres de vénération de l'Évangéliste aux deux grands saints et anciens patriarches de Venise : saint Laurent Justinien et saint Pie X. Et voici qu'après un intervalle de temps si bref, nous sommes de nouveau réunis. Non plus à Paris, ni à Venise, mais à Rome, en une évocation inattendue mais combien significative, combien riche de rappels et d'échanges entre la terre et le ciel, entre des âmes glorieuses, resplendissantes de la lumière de l'au-delà, et des âmes qui croient à la parole, à la promesse, à la grâce, au testament du Christ, Sauveur du monde, Roi glorieux et immortel des siècles.

Chers fils du clergé français, et vous, représentants de l'élite du laïcat catholique, héritiers et continuateurs, les uns comme les autres, du grand apostolat de culture chrétienne, d'activité religieuse et sociale de votre pays, qui fait que votre exemple est un sujet d'édification pour le monde entier, soyez les bienvenus ; avete, avete. Nous sommes heureux de vous accueillir en cette vénérable demeure apostolique, chers amis, chers frères, chers fils ; de vous accueillir ici comme à une fête de famille, où vous est toujours réservée une place d'honneur et de prédilection. Exactement un an a passé, depuis le jour où, du balcon de cette Salle de la Bénédiction, qui regarde sur le monde, l'ancien Nonce en France, élevé au degré le plus haut de la Hiérarchie apostolique, chantait pour la première fois l'hymne de la Bénédiction sur la foule innombrable, représentant toutes les nations de la terre. Paroles saintes et de bon augure que celles-là ! Nous pensons que rien ne vous sera plus agréable que de les entendre à nouveau, chers frères, pour votre joie intérieure, pour votre encouragement, comme un souvenir heureux de cette visite ad limina Apostolorum et enfin comme un soutien divin pour vous et vos familles, tout au long du chemin de la vie. Paroles bénies, qui dévoilent à vos yeux et à vos cœurs comme une grande vision de lumière, de sécurité et de paix. Écoutez. Écoutez ! De ce grand livre ouvert, elles retentissent à vos oreilles avec leur mystère et leurs vœux qui sont à la fois prière, avertissement et souhait. Benedictio Summi Pontificis coram populo. Bénédiction du Souverain Pontife au peuple assemblé. Sancti Apostoli Petrus et Paulus, de quorum potestate confidimus, ipsi intercedant pro nobis ad Dominum. Que les saints Apôtres Pierre et Paul, dans le pouvoir et l'autorité desquels Nous Nous confions, intercèdent pour Nous auprès du Seigneur. Évocation sacrée et solennelle que celle-là ! D'abord le rappel du pouvoir et de l'autorité des saints Apôtres, de la pleine confiance qu'ils méritent de notre part et que nous leur donnons. Qu'il s'agisse pour saint Pierre des affirmations de Jésus : Prince de l'apostolat et pierre fondamentale de l'Église; ou des paroles mystérieuses venues du ciel à la gloire de saint Paul : Docteur des Nations, vase d'élection destiné à porter le nom du Christ jusqu'aux extrémités de la terre ; ces déclarations confèrent une sécurité absolue à l'abandon spirituel de tout bon fidèle catholique — prêtre ou laïque — vis à vis du pouvoir et de l'autorité apostolique des Successeurs de saint Pierre et de ceux qui participent, comme Paul, à la lumière, à la grâce et à la dignité de leur magistère. Elles méritent vraiment toute confiance, de la part de tout bon chrétien. In omnem terram exivit sonus eorum : et in fines orbis terrae verba eorum. « Leur voix a retenti par toute la terre, leurs paroles ont atteint les extrémités du monde ». C'est sur ces deux fondements — saint Pierre et saint Paul — que repose l'Église du Christ ; et les forces de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Vingt siècles d'histoire ont montré la solidité de cette potestas et auctoritas de l'Église de Rome. Bien des tentatives furent faites pour l'abattre ou pour l'affaiblir : elles n'y ont pas réussi. Croyez-vous qu'elles y réussiront dans l'avenir ? Le Christ a dit : Confidite : ego vici mundum. « Ayez confiance : j'ai vaincu le monde ». La recherche des biens matériels, l'esprit de domination, la soif immodérée des jouissances de la chair furent souvent des tentations puissantes. Là où elles triomphèrent, ce ne fut que ruine et massacre. Chaque nation a connu ses tempêtes, et les différentes époques de l'histoire furent jalonnées d'adversités. La France le sait, elle aussi, et elle s'en souvient. Mais la foi chrétienne — là où elle résista — fut signe de gloire et de victoire. Chers frères et fils, continuez à avoir confiance en saint Pierre et en saint Paul ! Ayez confiance dans l'apostolat de l'Église.

On raconte du Pape Léon XIII qu'en des temps d'incertitude, recevant un groupe de personnes qui semblaient hésiter sur quelques points de doctrine et de discipline, il leur dit : « Comment, chers fils ! Vous n'avez pas confiance dans le Pape ? ». Au bas de certains documents anciens, qui contenaient de graves avertissements de discipline ecclésiastique ou des décisions importantes en matière de morale et de droit, on lisait une formule impressionnante : une invitation à se garder d'encourir l'indignation des saints Pierre et Paul. Ces expressions ne sont plus en usage aujourd'hui : les deux plus grands princes de l'Église n'usent que de bonté pour encourager à suivre de bonne grâce les préceptes du Seigneur et les sages enseignements de la Sainte Église. Le texte de la Bénédiction Papale, où est implicite la prière pour l'obtention des grâces célestes et aussi des biens d'ici-bas, recourt, à titre d'intercession, aux mérites et aux prières de la Bienheureuse Marie, Mère de Jésus et la nôtre, de l'Archange Michel, de saint Jean-Baptiste, à nouveau des saints Apôtres Pierre et Paul, et de tous les saints de la terre et du ciel. Quelle vision de paradis ! Quel cortège splendide ! Comment ne pas évoquer ici les grands sanctuaires de Marie érigés en terre de France — depuis la cathédrale de Chartres jusqu'aux basiliques de Lourdes — et d'où émane un charme si grand de religion, de piété et d'art, qui s'étend sur tout le pays. Et les saints, et les saints de France, depuis saint Martin jusqu'au Curé d'Ars ! de sainte Jeanne d'Arc à saint Vincent de Paul et à sainte Louise de Marillac ! Légion fulgurante d'âmes d'élite, qui entourent la France d'une auréole de perfection chrétienne et de splendeur céleste, où 1'âme se réjouit d'évoquer surtout ces héros du sacerdoce et de la charité française dont l'année 1960 ramènera le troisième centenaire ! Le texte de la Bénédiction apostolique prend ensuite un ton de supplication pour souhaiter que se répandent du ciel sur la terre les véritables richesses spirituelles, grâces précieuses pour la vie présente, certitude de paix, de pardon, de sanctification et de gloire pour la vie éternelle. Tout bon chrétien sait le prix de ces trésors, les recherche et les conserve : la miséricorde du Seigneur tout-puissant et ce qui nous achemine à la vie éternelle : 1'indulgence, l'absolution et la rémission de tous les péchés ; un délai de vraie et fructueuse pénitence ; un cœur rempli de l'esprit de componction et soucieux d'une vie toujours plus pure ; la grâce et la consolation du Saint Esprit ; la persévérance finale dans l'exercice des bonnes œuvres, et enfin la grande bénédiction du Dieu tout-puissant, Un et Trine : Père, Fils et Saint-Esprit. Nos chers Frères et Fils du clergé et du laïcat de France, Nous vous avons dit peu de choses parmi toutes celles que le cœur Nous pousse à vous dire. Mais vous Nous comprenez : vous sentez la tendresse du Père. Vous en porterez le témoignage à tous Nos fils bien-aimés de France, de la France pieuse, généreuse et glorieuse. Recevez la Bénédiction apostolique pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers. Le Pape vous aime tant et Il va vous bénir solennellement. Veuillez toujours demander dans votre prière que Dieu réalise dans sa vie le mot de saint Léon le Grand : dabit virtutem qui contulit dignitatem « Veuille Celui qui lui a conféré la dignité, lui en accorder la vertu » (Senno IX, 123).

 



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