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MESSAGE-RADIO DU PAPE PIE XII
POUR LE VINGT-CINQUIÈME ANNIVERSAIRE DE LA
JEUNESSE OUVRIÈRE CHRÉTIENNE - J.O.C.*

Dimanche 3 septembre 1950

Beminde Kajotters en Kajotsters, Beminde Oudkaiotters en Oudkajotsters,

W ij weten dat gij zeer talrijk zijt op dit Jubelcongres! En daarom willen wij in uw eigen taal U eerst grœten, danken en zegenen! Wij zegenen U, kajotters en kajotsters; U, vaders en mœders met uwe talrijke kinderen; U priesters en kloosterlingen; U allen die reeds de rijkste vrucht zijt der kajottersbeweging.

Chers fils et chères filles
de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne,

Il y a plus d'un an, Nous vous écrivions Notre joie à la pensée de la coïncidence providentielle de vos fêtes jubilaires avec l'Année Sainte. Aujourd'hui, en cette rencontre internationale qui groupe, sur le sol de Belgique — berceau du jocisme —, des milliers de délégués venus de tous les continents, Nous voulons vous exprimer de vive voix les sentiments qui emplissent Notre cœur paternel à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de votre mouvement.

Si Nous Nous tournons vers le passé, un réconfortant spectacle s'offre à Nos regards. Tant de prêtres, de religieux et de religieuses issus de vos rangs et donnés à l'Église ; des milliers de foyers ouvriers chrétiens avec leur couronne d'enfants ; des chefs, formés selon votre esprit, à la tête de puissantes organisations ouvrières et jusque parmi les hommes de gouvernement ; une jeunesse enfin, prête à renouveler son engagement d'apostolat au service de ses frères et sœurs de travail. Quelle magnifique réponse à l'appel de Notre vénéré Prédécesseur et à Notre propre attente, quelle garantie pour la rechristianisation de la classe ouvrière dans le monde, pour la prospérité de vos patries, pour l'avenir de l'Église !

Oui, dans la J. O. C., s'exécute heureusement le mot d'ordre donné depuis longtemps par l'Église : celui de l'apostolat de l'ouvrier par l'ouvrier. Aujourd'hui que votre Congrès offre dans une vue d'ensemble le beau tableau du passé et la vision d'un avenir plein d'espérance, Nous désirons, le regard fixé à la fois sur votre haut idéal et sur les conditions actuelles du monde des ouvriers dans ses rapports avec les autres classes du peuple, recommander à vos méditations les deux considérations suivantes.

I. La pensée qui a suscité votre mouvement et la fin qui le règle sont aujourd'hui, à certains égards, passés dans le courant des idées, même en dehors des sphères catholiques, à savoir qu'il s'agit de l'âme des travailleurs, de son orientation, de son progrès. Et les matérialistes eux-mêmes, qui se flattaient naguère de satisfaire ses aspirations, en préconisant la lutte des classes, en viennent maintenant à vouloir donner à l'ouvrier une valeur culturelle.

De là, le devoir pour la J. O. C., d'une attentive vigilance, de là également l'occasion très favorable de son succès.

Devoir de vigilance pour ce motif que certains milieux où l'on s'occupe du monde ouvrier, du point de vue de la culture, sont les représentants de la conception d'une vie purement terrestre, étrangère à la religion et à l'Église. Il en résulte pour vous la nécessité de veiller à maintenir inviolable la juste ligne de démarcation.

Cette situation est aussi, disions-Nous, une occasion des plus favorables au succès. Prétendre fournir à l'ouvrier des valeurs spirituelles comme une denrée importée du dehors, sera toujours une tâche vaine et décevante. Un seul trait d'union joint intérieurement l'ouvrier au monde de l'esprit, c'est son fonds religieux, l'étincelle divine qui sommeille au plus intime de son être : l'éveiller, l'attiser est le seul moyen de le soulever au-dessus du matérialisme vulgaire et de l'utilitarisme. Telle est la tâche que le Seigneur vous confie et dont il vous offre en ce moment l'heureuse opportunité. Profitez-en, ne laissez point passer stérile la grâce de votre vocation !

2. Il est nécessaire d'intégrer avec sagesse et discernement l'apostolat des ouvriers dans l'économie générale de l'apostolat de l'homme moderne. Et cela Nous amène à vous mettre en garde contre une méprise trop courante malheureusement, même parmi les catholiques, c'est-à-dire contre la classification des âmes en catégories. Non, il n'y a pas deux sortes d'hommes, les ouvriers et les non-ouvriers. Penser ainsi, c'est se leurrer sur l'aspect actuel de la question sociale, c'est faire preuve d'une myopie intellectuelle indigne d'un catholique ; c'est se bercer de la fâcheuse illusion que l'Église ne gagnera les ouvriers qu'à la condition de se plier à toutes les exigences, fussent-elles les plus irréalisables.

Or, l'Église ne peut s'écarter de la droite ligne de la justice et de la charité, de l'ordre naturel et surnaturel. L'Église ne peut se dissimuler que ce qui éloigne d'elle une portion notable du monde ouvrier est cela même qui lui aliène aussi bien des esprits dans les autres classes de l'humanité moderne, et cela c'est le dépérissement des âmes exsangues, vidées de toute sève spirituelle et religieuse, victimes d'une épidémie qui sévit sur tant d'hommes d'aujourd'hui. Fantômes d'hommes qui, jamais las de fréquenter cinémas et champs de sports, jour et nuit gavés de nouvelles futiles, d'illustrations pimentées, de musique légère, sont intérieurement trop vides pour prendre intérêt à s'occuper d'eux-mêmes. Peut-on dire de ceux-là qu'ils vivent au milieu du monde, mais supérieurs au monde ? eux que le courant du monde emporte à la dérive, passifs comme des cadavres au fil de l'eau ? Il se peut que le grand nombre d'entre eux ne soient pas foncièrement hostiles à la religion ; mais — et c'est presque pire — ils sont incapables de la comprendre. Quelle différence avec les chrétiens qui, comme tels et conscients de vivre entre les mains de Dieu, dominent la vie, leur propre vie ! Eux, au contraire, la supportent et, suivant l'expression du poète, « passent comme un troupeau les yeux fixés à terre » (Musset, Poésies nouvelles, L'espoir en Dieu).

Quant à vous, jocistes, dès l'origine vous avez vu dans l'ouvrier un tout vivant et indivisible. Aussi avons-Nous confiance en vous, en votre apostolat, spécialisé, mais inséré à sa place dans l'apostolat total de l'Église d'aujourd'hui. En un geste de filiale piété dont Nous Nous sommes particulièrement réjoui, vous avez tenu à inaugurer ce congrès par la consécration du jocisme international et de la jeunesse ouvrière au Cœur Immaculé de Marie. Comment pourrions-nous douter des fruits de grâces qu'un tel acte de foi et d'amour ne saurait manquer de répandre sur vos personnes, sur votre travail et votre action ?

Nous prions Dieu, par l'intercession de la Très Sainte Vierge, de bénir votre mouvement et sa croissante extension ; que, par chacun de ses membres, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne porte à travers les pays son vivant témoignage de la présence du Christ et de l'Église dans les milieux ouvriers ; qu'elle y répande son esprit de fraternité chrétienne entre tous les jeunes travailleurs, quelle que soit leur race ou leur couleur; qu'elle y crée un esprit de collaboration entre les professions et entre les classes sociales; qu'elle s'offre enfin à notre monde troublé comme un ferment de charité et de paix !

C'est à toutes ces intentions, chers jocistes et chers aumôniers, que de tout cœur, en gage de Nos encouragements et de Notre affection, Nous vous donnons Notre paternelle Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XII,
 Douzième année de Pontificat, 2 mars 1950 - 1er mars 1951, pp. 187-190
Typographie Polyglotte Vaticane

A.A.S., vol. XXXXII (1950), n. 11, pp. 639 - 642.



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