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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS D'ÉTUDE ET À L'ASSEMBLÉE DE L'INSTITUT INTERNATIONAL DES CLASSES MOYENNES*

Jeudi 25 octobre 1956

 

En accueillant aujourd'hui les membres de l'Institut International des Classes Moyennes, Nous sommes heureux de combler un désir que l'état de Notre santé n'avait pas permis de satisfaire il y a deux ans, lors d'une précédente réunion.

L'Institut qui vous rassemble, Messieurs, a déjà traversé les vicissitudes d'un demi-siècle agité et déchiré par deux guerres mondiales, dont les répercussions furent particulièrement lourdes pour vos milieux. Vous représentez les grandes organisations nationales et internationales de classes moyennes, c'est à dire cette « nombreuse et très importante fraction de l'humanité », dont l'encyclique Quadragesimo anno (Acta Ap. Sedis, a. 1931, vol. 23, p. 210) signalait la situation particulière dans l'exposé des « profonds changements subis depuis Léon XIII par le régime économique » (ibid., p. 209). Non pas que les classes moyennes constituent un élément nouveau dans la société, bien au contraire ; mais parce que le développement chi grand capitalisme d'une part, et du salariat de l'autre, ont provoqué un ensemble de réglementations et d'institutions, qui laissaient trop souvent de côté une partie essentielle des citoyens de chaque pays, ceux qui, en général, participent à la production par leur travail et leurs capitaux personnels, les artisans, les commerçants autonomes, les petits et moyens industriels, la majorité des agriculteurs, les professions libérales, certaines catégories de fonctionnaires et de cadres, la plupart des rentiers. Une enquête de vaste envergure vient de vous apporter les derniers renseignements sur la notion même de classes moyennes et sur la situation de celles-ci dans les pays européens. Vous êtes préoccupés particulièrement par les conséquences des mesures fiscales appliquées tant aux petites et moyennes entreprises, qu'aux artisans, aux cadres, aux professions libérales dans les différents pays examinés. Votre désir est de jouer pour les catégories, qui vous intéressent, le rôle que le Bureau International du Travail joue pour la classe ouvrière, d'être un centre de recherches et d'études pour l'ensemble des classes moyennes, car vos problèmes sont particuliers, comme votre rôle même dans la société.

La situation intermédiaire que vous occupez, la place numérique considérable que vous tenez dans la population, les vertus propres à vos milieux, font de vous un élément de modération et d'équilibre, qui risque d'être étouffé, si les charges dont il est grevé dépassent ses ressources réelles. La part de responsabilité personnelle que vous avez normalement dans vos activités à l'échelle le plus souvent familiale de vos entreprises, entretiennent et développent chez vous un sens du travail bien fait, de l'épargne et de la prévoyance, heureux fruits de l'autonomie relative, dont vous considérez à juste titre qu'elle fait partie essentielle de votre condition sociale. On a constaté que les pays où les classes moyennes étaient trop réduites et trop faibles, se trouvaient exposés aux excès politiques les plus graves et les plus violents. Vous êtes traditionnellement en faveur de la stabilité et des arbitrages basés sur la justice distributive. Ce rôle social vous caractérise et vous devez le remplir avec un sens élevé du bien général. L'existence d'Instituts nationaux et internationaux des classes moyennes permet précisément de dégager, en fonction de données aussi vastes et aussi complètes que possible, la part de libertés et la part de servitudes légitimes, qu'il convient respectivement d'accorder et d'imposer dans chaque pays, pour qu'un équilibre national et international se trouve paisiblement assuré.

Vous devez être aussi un facteur de santé morale, car vous avez, avec l'amour de la juste liberté, une haute idée de la dignité personnelle et le respect d'autrui, sans lesquels la vie sociale tourne à la lutte des passions égoïstes et aveugles. Puissiez-vous aussi guider vos réflexions et vos démarches d'après les maximes de la sagesse enseignée par l'Évangile. L'heureux équilibre de la société n'a-t-il pas son fondement le plus solide dans un ordre moral, qui s'inspire non pas d'une logique froide et calculatrice, soucieuse avant tout d'une répartition équitable des biens matériels, mais de la justice et de la charité généreuse, à l'exemple du Christ, c'est-à-dire de l'amour désintéressé qui comporte l'oubli de soi, le renoncement et le sacrifice, et voit dans cette route austère, mais tracée par Dieu lui-même, l'unique moyen de faire régner, autant qu'il est possible en ce monde, plus de fraternité et de joie.

En souhaitant à votre rencontre romaine les plus fructueux résultats, Nous demandons à Celui qui est pour tous les hommes la Voie, la Vérité et la Vie, de vous accorder sa lumière et sa force. Et, comme signe de Notre bienveillance paternelle, Nous vous accordons à tous ici présents, à vos familles et à vos amis Notre Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
 Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 603 - 605
 Typographie Polyglotte Vaticane

 



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