VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
EN ALGÉRIE, AU CAMEROUN, EN ANGOLA ET EN GUINÉE ÉQUATORIALE
(13-23 AVRIL 2026)
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE
Esplanade de Saurimo
Lundi 20 avril 2026
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Chers frères et sœurs,
Partout dans le monde, l’Église vit comme un peuple qui marche à la suite du Christ, notre frère et Rédempteur : Lui, le Ressuscité, nous éclaire la route vers le Père et, par la force de l’Esprit, il nous sanctifie afin que nous transformions notre mode de vie selon son amour. Telle est la Bonne Nouvelle, l’Évangile qui coule comme le sang dans nos veines, en nous soutenant tout au long de la route. Une route qui m’a conduit ici aujourd’hui, parmi vous ! Dans la joie et la beauté de notre assemblée réunie au nom de Jésus, écoutons avec un cœur ouvert sa Parole de salut, car elle nous fait réfléchir sur la raison et sur la fin pour lesquelles nous suivons le Seigneur.
En effet, lorsque le Fils de Dieu s’incarne, il pose des gestes éloquents pour manifester la volonté du Père : il éclaire les ténèbres en rendant la vue aux aveugles, il donne la parole aux opprimés en déliant la langue des muets, il rassasie notre faim de justice en multipliant le pain pour les pauvres et les faibles. Quiconque entend parler de ces œuvres se met à la recherche de Jésus. En même temps, le Seigneur voit dans notre cœur et nous demande si nous le cherchons par gratitude ou par intérêt, par calcul ou par amour. Il dit en effet à ceux qui le suivaient : « Vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés » (Jn 6, 26). Ses paroles révèlent les intentions de ceux qui ne souhaitent pas rencontrer une personne, mais seulement consommer des objets. La foule voit Jésus comme un instrument au service d’autre chose, un prestataire de services. S’il ne leur donnait pas à manger, ses gestes et ses enseignements ne les intéresseraient pas.
Cela se produit lorsque la foi authentique est remplacée par un échange superstitieux, dans lequel Dieu devient une idole que l’on recherche seulement lorsque l’on en a besoin, et tant que l’on en a besoin. Même les plus beaux dons du Seigneur, qui prend toujours soin de son peuple, deviennent dès lors une exigence, une récompense ou un moyen de chantage, et sont mal interprétés par ceux-là mêmes qui les reçoivent. Le récit évangélique nous fait donc comprendre qu’il existe de mauvaises raisons de rechercher le Christ, surtout lorsqu’il est considéré comme un gourou ou un porte-bonheur. Même la fin que cette foule se propose est inadéquate : en effet, elle ne cherche pas un maître à aimer, mais un chef à vénérer pour son propre intérêt.
L’attitude de Jésus à notre égard est bien différente : en effet, il ne rejette pas cette recherche peu sincère, mais l’encourage à se convertir. Il ne chasse pas la foule, mais invite chacun à examiner ce qui bat dans son cœur. Le Christ nous appelle à la liberté : il ne veut ni serviteurs ni clients, mais il cherche des frères et sœurs auxquels se dévouer de tout son être. Pour répondre avec foi à cet amour, il ne suffit pas d’entendre parler de Jésus : il faut accueillir le sens de ses paroles. Il ne suffit pas non plus de voir ce que Jésus fait : il faut suivre et imiter son initiative. Lorsque, dans le signe du pain partagé, nous voyons la volonté du Sauveur qui se donne lui-même pour nous, alors nous nous approchons de la véritable rencontre avec Jésus qui devient sequela, mission et vie.
L’avertissement que le Seigneur adresse à la foule se transforme ainsi en une invitation : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » (Jn 6, 27). Par ces mots, le Christ nous révèle son véritable don : il ne nous appelle pas à nous désintéresser du pain quotidien, qu’il multiplie au contraire en abondance et nous enseigne à demander dans la prière. Il nous enseigne la bonne manière de rechercher le pain de vie, cette nourriture qui nous soutient pour toujours. Le désir de la foule trouve ainsi une réponse encore plus grande et surprenante : Jésus ne nous donne pas une nourriture qui s’épuise, mais un pain qui ne nous fait pas périr, parce qu’il est aliment de vie éternelle.
Son don éclaire notre présent : aujourd’hui, en effet, nous voyons que de nombreux désirs des gens sont frustrés par les violents, exploités par ceux qui veulent s’imposer sur les autres à tout prix, et trompés par la richesse. Lorsque l’injustice corrompt les cœurs, le pain de tous devient la possession de quelques-uns. Face à ces maux, le Christ écoute le cri des peuples et renouvelle notre histoire : de chaque chute, il nous relève ; dans chaque souffrance, il nous réconforte ; dans la mission, il nous encourage. À l'image du pain vivant qu'il nous donne sans cesse, l'Eucharistie, ainsi son histoire ne connaît pas de fin, et c'est pourquoi elle enlève la fin de notre histoire, à savoir la mort, que le Ressuscité ouvre par la force de son Esprit. Le Christ vit ! Il est notre Rédempteur. Tel est l’Évangile que nous partageons, faisant de tous les peuples de la terre des frères. Telle est l’annonce qui transforme le péché en pardon. Telle est la foi qui sauve la vie !
Le témoignage pascal concerne donc certes le Christ, le Crucifié qui est ressuscité, mais c’est précisément pour cette raison qu’il nous concerne aussi : c’est en Lui que s’exprime l’annonce de notre résurrection. Nous ne sommes pas venus au monde pour mourir. Nous ne sommes pas nés pour devenir esclaves de la corruption de la chair, ni de celle de l’âme : toute forme d’oppression, de violence, d’exploitation et de mensonge nie la résurrection du Christ, don suprême de notre liberté. Cette libération du mal et de la mort, en effet, ne se produit pas seulement à la fin des temps, mais dans l’histoire de chaque jour. Que devons-nous faire pour accueillir ce don ? L’Évangile lui-même nous l’enseigne : « L’œuvre de Dieu : c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29). Oui, nous croyons ! Aujourd’hui, ensemble, nous le disons avec force et avec gratitude envers Toi, Seigneur Jésus. Nous voulons Te suivre et Te servir en notre prochain : ta parole est pour nous règle de vie, critère de vérité.
« Heureux celui qui marche selon la loi du Seigneur » (cf. Ps 119/118,1) : ainsi avons-nous chanté dans le psaume. Très chers amis, c’est le Seigneur qui trace la voie de ce chemin, et non nos urgences, ni les modes du moment. C’est pourquoi, à la suite de Jésus, le cheminement ecclésial est toujours un « Synode de la résurrection et de l’espérance » (Exhort. ap. Ecclesia in Africa, n. 13), comme l’affirmait saint Jean-Paul II dans son Exhortation apostolique consacrée à l’Afrique : poursuivons dans cette sage direction ! Avec l’Évangile dans le cœur, vous aurez du courage face aux difficultés et aux déceptions : la route que Dieu a ouverte pour nous ne peut jamais décevoir. Le Seigneur, en effet, marche toujours à notre rythme, afin que nous puissions poursuivre sur sa route : le Christ lui-même donne orientation et force à cheminement, un cheminement que nous voulons apprendre à vivre toujours davantage comme il doit l’être, c’est-à-dire synodal.
En particulier, « l’Église annonce la Bonne Nouvelle non seulement par la proclamation de la parole qu’elle a reçue du Seigneur, mais aussi par le témoignage de vie, grâce auquel les disciples du Christ rendent compte de la foi, de l’espérance et de l’amour qui les habitent » (ibid., n. 55). En partageant l’Eucharistie, pain de vie éternelle, nous sommes appelés à servir notre peuple avec un dévouement qui relève de toute chute, qui reconstruit ce que la violence détruit et qui partage avec joie les liens fraternels. À travers nous, l’initiative de la grâce divine porte de bons fruits surtout dans l’adversité, comme le montre l’exemple du protomartyr Étienne (cf. Ac 6, 8-15).
Très chers amis, le témoignage des martyrs et des saints nous encourage et nous incite à suivre un chemin d’espérance, de réconciliation et de paix, sur lequel le don de Dieu devient l’engagement de l’homme au sein de la famille, de la communauté chrétienne et de la société civile. En le parcourant ensemble, à la lumière de l’Évangile, l’Église en Angola grandit à la mesure de cette fécondité spirituelle qui commence par l’Eucharistie et se poursuit dans la prise en charge complète de chaque personne et de tout le peuple. En particulier, la vitalité des vocations que vous vivez est signe de la réponse au don du Seigneur, toujours abondant pour celui qui l’accueille avec un cœur pur. Grâce au Pain de vie nouvelle que nous partageons aujourd’hui nous pouvons poursuivre le chemin de l’Église tout entière, ayant pour but le Royaume de Dieu, pour lumière la foi et pour âme la charité.
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Remerciement final
Chers frères et sœurs,
cet après-midi, nous vivrons notre dernière rencontre avec la communauté catholique d’Angola, mais en ce moment, je tiens à vous adresser à tous mes salutations pleines de gratitude.
Je remercie les évêques, ainsi que les prêtres et les diacres, de même que les personnes consacrées et les fidèles laïcs, d’avoir préparé ma visite.
J’exprime ma profonde gratitude aux Autorités civiles angolaises pour leur immense travail d’organisation.
Angola, reste fidèle à tes racines chrétiennes ! Ainsi, tu pourras continuer à apporter toujours mieux ta contribution à l’édification de la justice et de la paix en Afrique et dans le monde entier. Merci beaucoup!
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