DISCOURS DU PAPE LÉON XIV
À LA 82e ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE ITALIENNE
Salle du Synode
Jeudi 28 mai 2026
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Très chers frères dans l’épiscopat, bonjour!
Merci, Éminence, pour les paroles que vous m’avez adressées. Je salue chaleureusement tous ceux qui ont été élus pour exercer un service au sein de la Conférence épiscopale, en particulier le vice-président, ainsi que chacun d’entre vous. Par votre intermédiaire, je désire exprimer mon affection à toutes les Églises d’Italie, aux prêtres, aux diacres, aux personnes consacrées, aux familles, aux catéchistes, aux éducateurs, aux jeunes, aux personnes âgées, aux pauvres, aux malades, à ceux qui vivent leur foi dans la simplicité de la vie quotidienne et à ceux qui, peut-être sans le savoir, portent dans leur cœur une soif de Dieu.
C’est ce que nous avons la grâce de constater de diverses manières, même à une époque comme la nôtre, marquée par la complexité. J’en ai fait l’expérience directe lors de mes récentes visites à Pompéi, à Naples et à Acerra. De nombreux signes nous parlent de lassitude, de fragmentation, de solitude. Dans nos communautés, nous pouvons parfois ressentir la fatigue de transmettre la foi, la difficulté d’impliquer les nouvelles générations. Mais l’Évangile nous réveille. Quand Jésus regarde les foules, il ne voit pas un problème à résoudre, il voit une moisson, il voit le champ de Dieu: «La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux! Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson!» (Lc 10, 2). Semeur infatigable, Dieu sort chaque jour dans le monde et répand généreusement dans les cœurs le désir de l’infini, d’une vie pleine, d’un salut qui libère. Oui, grâce à Dieu, la moisson est abondante. Voici notre première tâche: faire nôtre le regard du Seigneur. Ne pas nous contenter de nous plaindre des sols durcis ni de nous arrêter simplement aux données statistiques, mais savoir voir, avec les yeux du Ressuscité, la moisson que Dieu lui-même nous prépare.
Très chers frères, que le Saint-Esprit nous donne des cœurs enflammés de l’élan du Christ; et qu’il suscite de nombreux et saints ouvriers pour travailler à nos côtés.
Dans cette perspective, la priorité revient à l’Évangile: c’est ce que nous dit saint François d’Assise, huit cents ans après sa montée au Ciel; c’est ce que nous rappellent Evangelii nuntiandi de saint Paul VI et Evangelii gaudium du Pape François. Car c’est de l’Évangile que naît la foi, en tant que rencontre vivante avec le Christ, mort et ressuscité, présent dans son Église. Aujourd’hui, dans le contexte où nous sommes appelés à agir, confrontés à d’autres perspectives de vie et à des défis anthropologiques inédits, remettre l’Évangile au centre est le don qui donne de l’enthousiasme à notre vie d’évêques et l’urgence qui nous anime.
Nous sommes donc appelés à nous demander: quel visage de Dieu laissons-nous transparaître dans la prédication, la catéchèse, la liturgie, la charité, la vie de nos communautés? Comment favorisons-nous la rencontre avec le Christ et que signifie aujourd’hui, pour nous et pour nos Églises, initier d’autres personnes à la vie chrétienne? Voilà des questions que, en tant que pasteurs, nous devons toujours nous poser, sans jamais les tenir pour acquises.
Voici donc le regain d’intérêt pour l’initiation chrétienne, qui ne peut être envisagée uniquement comme une préparation aux sacrements. Elle est le «sein» dans lequel une communauté fait naître à la foi et introduit à la vie pascale, à la communion avec le Seigneur, à la fraternité ecclésiale. Il s’agit de redécouvrir le baptême comme une réalité vivante et existentielle; et «il n’est pas possible de comprendre pleinement le baptême si ce n’est à l’intérieur de l’initiation chrétienne, c’est-à-dire du parcours par lequel le Seigneur, à travers le ministère de l’Église et le don de l’Esprit, nous introduit dans la foi pascale et nous insère dans la communion trinitaire et ecclésiale» (Document final de la XVIe Assemblée du Synode des évêques, 24). C’est une mise en évidence très importante, celle de la dernière Assemblée du Synode des évêques, car elle situe le chemin qui s’ouvre avec le baptême au sein d’une Église qui croit, célèbre, accompagne, engendre. Une Église qui, tout en se réjouissant avec émerveillement devant les catéchumènes jeunes et adultes, est ensuite capable de soutenir leur persévérance après l’élan initial.
La foi se transmet et grandit là où existent des communautés vivantes et accueillantes, capables de prier et d’écouter; des communautés où la Parole de Dieu n’est pas reléguée à la marge, mais éclaire les choix, où l’Eucharistie est véritablement source et sommet, où les pauvres ne sont pas de simples bénéficiaires d’un service, mais des frères et sœurs à travers lesquels le Seigneur nous parle; où les jeunes sont des visages, des voix et des histoires avec lesquels dialogue; où les familles ne sont pas laissées seules; où les blessures ne sont pas cachées, mais présentées au Seigneur avec humilité; où la foi devient un engagement concret dans la société, la politique et la culture.
C’est justement pour cela que nous, évêques, sommes appelés à une écoute profonde: écouter la Parole de Dieu, écouter le Peuple de Dieu, et donc écouter les signes des temps, écouter aussi ce qui remet en question nos habitudes pastorales. Là où l’écoute est authentique, la communauté ne se replie pas sur elle-même mais devient un lieu de discernement et de mission et, à cette fin, sait se renouveler.
Tel est le sens du Chemin synodal que vous avez mené à bien et qui, comme vous l’avez souligné, doit désormais devenir un mode de vie permanent. Le Concile Vatican II nous a rappelé que Dieu a voulu sanctifier et sauver les hommes non pas séparément et sans aucun lien entre eux, mais en les faisant d’eux un peuple qui le reconnaisse dans la vérité et le serve dans la sainteté (cf. Const. dogm. Lumen gentium, n. 9). L’Église synodale est celle où chacun, selon sa vocation, peut offrir le don reçu de l’Esprit pour l’édification commune. La participation n’est donc pas une concession: c’est une exigence de la communion et de la mission et, par conséquent, elle doit devenir méthode, responsabilité, vérification, dans l’implication des différents charismes et ministères et dans le respect de la tâche propre de l’évêque. Le Document de synthèse du Chemin synodal des Églises en Italie rappelle la valeur des organismes de participation, en tant que lieux où le discernement des communautés peut prendre corps. Il ne suffit toutefois pas que ces instruments existent, il faut vérifier qu’ils fonctionnent réellement.
Dans ce processus, les différentes structures de la CEI sont appelées à continuer d’exercer leur service de communion, de coordination, de discernement et de soutien aux Églises présentes en Italie. C’est précisément parce qu’elle joue ce rôle que l’organisation de la Conférence épiscopale doit être repensée à la lumière des exigences de la mission et de l’évolution du contexte historique. Il ne s’agit pas d’imiter des schémas organisationnels extérieurs, ni de tout réduire à l’efficacité administrative, mais de se demander quelle organisation aide aujourd’hui les pasteurs et les Églises locales à mieux annoncer l’Évangile, à marcher ensemble, à rendre possible une participation effective, ordonnée et féconde. Lorsqu’elle est vécue dans l’Esprit, cette vérification n’affaiblit pas la communion mais la purifie.
Chers frères, le Seigneur ne nous demande pas de mesurer la fécondité de l’Église en termes de nombre, de visibilité ou d’influence. «Quand nous regardons avec les yeux de Dieu, nous découvrons qu’Il a choisi la voie de la petitesse pour descendre parmi nous. […] Cette logique de la petitesse est la vraie force de l’Église. En effet, celle-ci ne réside pas dans ses ressources et ses structures, et les fruits de sa mission ne découlent pas d’un consensus numérique, d’une puissance économique ou d’une importance sociale. L’Église, au contraire, vit de la lumière de l’Agneau et, rassemblée autour de Lui, elle est poussée sur les chemins du monde par la puissance de l’Esprit Saint» (Discours lors de la Rencontre de prière, Istanbul, 28 novembre 2025).
Ayons le courage de l’essentiel! Le courage de communautés moins soucieuses de tout conserver et plus libres d’annoncer le Christ. Le courage d’une catéchèse qui soit un chemin d’initiation et de formation permanente à la vie chrétienne. Le courage de paroisses accueillantes et missionnaires, où les familles se retrouvent et se renouvellent grâce à la sève de l’Évangile. Le courage d’organismes de participation vivants. Le courage d’écouter les jeunes sans domestiquer leurs questions. Le courage de nous laisser évangéliser par les pauvres. Le courage d’une structure nationale toujours plus au service de la communion missionnaire des Églises en Italie. Un peuple est engendré par des mères et des pères dans la foi, par des communautés qui savent dire, par leur vie avant même que par leurs paroles: «Nous avons trouvé le Messie» (Jn 1, 41). L’Italie a besoin de ce témoignage.
Je confie votre démarche à la Vierge Marie, Mère de l’Église. Elle a accueilli le don, elle a gardé la Parole, elle a cheminé avec les disciples, elle a attendu l’Esprit au Cénacle. Qu’elle vous aide à être «enracinés et fondés en lui, fermes dans la foi» (Col 2, 7), à garder l’essentiel, à engendrer dans la foi, à marcher avec le Peuple de Dieu, à reconnaître la voix du Seigneur qui continue d’appeler, de consoler et d’envoyer.
Je vous accompagne de ma bénédiction. Merci !
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L'Osservatore Romano
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