Lumen Fidei - page 35

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refroidit, devient impersonnelle et opprime la vie
concrète de la personne. La vérité que nous cher-
chons, celle qui donne sens à nos pas, nous illu-
mine quand nous sommes touchés par l’amour.
Celui qui aime comprend que l’amour est une ex-
périence de vérité, qu’il ouvre lui-même nos yeux
pour voir toute la réalité de manière nouvelle, en
union avec la personne aimée. En ce sens, saint
Grégoire le Grand a écrit que « 
amor ipse noti-
tia est
 », l’amour même est une connaissance, il
porte en soi une logique nouvelle.
20
Il s’agit d’une
manière relationnelle de regarder le monde, qui
devient connaissance partagée, vision dans la vi-
sion de l’autre et vision commune sur toutes les
choses. Guillaume de Saint Thierry, au Moyen-
âge, suit cette tradition quand il commente un
verset du Cantique des Cantiques où le bien-aimé
dit à la bien-aimée : Tes yeux sont des yeux de co-
lombes (cf.
Ct
1, 15).
21
Ces yeux de la bien-aimée,
explique Guillaume, sont la raison croyante et
l’amour, qui deviennent un seul œil pour parve-
nir à la contemplation de Dieu, quand l’intellect
se fait « intellect d’un amour illuminé ».
22
28. Cette découverte de l’amour comme source
de connaissance, qui appartient à l’expérience
originelle de tout homme, trouve une
expression
importante dans la conception biblique de la foi.
20
Homiliae in Evangelia
, II, 27, 4 :
PL
76, 1207.
21
 Cf.
Expositio super Cantica Canticorum
, XVIII, 88 :
CCL
,
Continuatio Medieavalis
87, 67.
22
Ibid
., XIX, 90 :
CCL
,
Continuatio Mediaevalis
87, 69.
1...,25,26,27,28,29,30,31,32,33,34 36,37,38,39,40,41,42,43,44,45,...88
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