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DICASTÈRE POUR LA DOCTRINE DE LA FOI
VENITE AD ME
Considérations sur la transmission de la foi à l’aube d’une nouvelle ère
Table des matières
Introduction
Chapitre I
L’annonce de l’amour du Père
Chapitre II
La lumière de la foi
Les formes de transmission de la foi
La famille
La communauté ecclésiale
Chapitre III
Le changement d’époque
La crise de la transmission de la foi
Une nouvelle culture généralisée
Les technologies digitales
Les nouvelles
frontières de l’évangélisation
Chapitre IV
La place centrale du kérygme
Susciter une expérience de foi
La question du langage
La formation chrétienne
Chapitre V
La transmission de la foi dans les communautés
Liturgie
Le rôle du témoignage
Art et beauté
Les étapes de la vie
Chapitre VI
Foi et culture
Chapitre VII
Quelques points spécifiques
Chapitre VIII
Témoignages
De l’abîme de la dépendance à la liberté de la rencontre avec le Christ
Le « renouveau » du kérygme : rôle de la famille et de la prière
Le témoignage de la charité, de la culture et de la beauté
Conclusion
1. [Venez à moi] « Venez à moi, vous tous qui
peinez sous le poids du fardeau, et je vous soulagerai » (Mt 11, 28). Le
Seigneur Jésus-Christ se présente comme une source de profond réconfort face aux
peines et aux épreuves du cœur humain. Dans cette perspective, la transmission
de la foi apparaît comme une rencontre au cours de laquelle le Christ se fait
proche de chaque personne, dans la réalité concrète de sa vie, en lui offrant
cette paix véritable que l’on ne peut trouver qu’en Lui.
Introduction
2. Jésus est la vraie lumière du monde ; celui qui croit en Lui, le Ressuscité
vivant, triomphe des ténèbres de la mort et vit de la lumière de la vie (cf.
Jn 1, 6-9 ; 8, 12). Telle est la foi de l’Église, la foi que chaque croyant
est appelé à annoncer jusqu’aux extrémités de la terre. Cet engagement – celui
de la transmission de la foi, adapté aux conditions socio-culturelles actuelles,
– est au cœur des présentes Considérations.
3. Cette responsabilité de chaque croyant dans le Christ, véritable lumière du
monde, constitue un sujet d’une grande actualité pour la vie et la mission de
l’Église. Sollicité à maintes reprises par le pape François pour proposer une
réflexion à ce sujet, le Dicastère avait initié la procédure ordinaire visant à
la rédaction des présentes Considérations. Les événements récents,
notamment l’élection du pape Léon XIV, la célébration du Jubilé, ainsi que la
perspective du prochain Jubilé de la Rédemption en 2033, constituent une
incitation supplémentaire à hâter la rédaction dudit document.
4. Les présentes Considérations réitèrent, à l’intention de toute la
communauté ecclésiale, l’invitation que le Saint-Père Léon XIV a adressée aux
évêques italiens lors de leur rencontre de juin 2025 : « Tout d’abord, il faut un nouvel élan pour l’annonce et la transmission de la
foi. Il s’agit de placer Jésus-Christ au centre et, sur la voie tracée par
Evangelii gaudium, d’aider les personnes à vivre une relation personnelle avec Lui, pour découvrir
la joie de l’Évangile. En un temps de grande fragmentation, il est nécessaire de
revenir aux fondements de notre foi, au kérygme. C’est le premier grand engagement qui motive tous les
autres ».[1] Dans cette ligne, comme le fait encore remarquer le Saint-Père, « l’évangélisation doit se mesurer aujourd’hui, de façon particulière, également à
travers des changements dans les dynamiques et conditions dans la transmission
de la foi de génération en génération. Dans certaines régions du monde, cette
transmission s’est pratiquement interrompue, et cela requiert la capacité de
réaliser soi-même de nouveaux défis ».[2] La finalité spécifique de ce
document-ci est d’offrir autant une réflexion ciblée que des suggestions
de pistes concrètes pour l’annonce du kérygme à l’aube de la nouvelle ère
que nous traversons.
5. Cette forme d’annonce peut certainement réveiller la foi chez ceux qui ne la
pratiquent plus depuis longtemps (que l’on pense, en particulier, au monde des
adultes et des nouvelles générations) ou favoriser une expérience de foi (fides
qua) chez ceux qui n’ont pas encore connu le Christ. Sans entrer dans le
cadre spécifique de la catéchèse et de la formation des croyants, ces deux
modalités d’enseignement sontappelées à offrir également une introduction
ordonnée et progressive à la doctrine de l’Église (fides quae). Les
analyses des présentes Considérations sur la fides qua précèdent
la question de la transmission du depositum fidei, que ce document ne
prétend pas aborder de manière exhaustive.
6. Lors de la rédaction de ces Considérations, la contribution de
nombreuses Conférences épiscopales nationales a été fort précieuse. Celles-ci
ont répondu avec beaucoup d'empressement à la demande du Dicastère de lui faire
parvenir des documents relatifs au thème de la transmission de la foi.
7. Sont particulièrement pertinents les témoignages transmis par les évêques à
propos de ceux qui ont découvert ou redécouvert le Seigneur Jésus et son
Évangile, dès leur jeunesse ou à l’âge adulte. Bon nombre de ces témoignages
sont rapportés dans le dernier chapitre des présentes Considérations.
8. Une dernière précision concerne la nature de ce document, qui est celle de
Considérations et non d'une Note doctrinale. Sa visée, en effet, est
principalement de stimuler la réflexion ecclésiale et l’engagement pastoral à
propos de la transmission de la foi. C’est pourquoi le texte examine une
pluralité de points de vue, sans toutefois prétendre clore la question qui
demeure ouverte à des analyses et à des approfondissements ultérieurs. Cela
signifie que ces Considérations ne se caractérisent pas, à l’instar
d’autres textes du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, par la précision du
langage et le caractère systématique de son exposé, mais adoptent un style plus
discursif, comme cela ressort notamment dans la section susmentionnée dédiée aux
témoignages.[3]
Chapitre I
L’annonce de l’amour du Père
9. En parlant de la mission du Baptiste, saint Jean l’Évangéliste le décrit
comme le témoin de la lumière, celui qui doit rendre témoignage à la vraie
lumière, laquelle a seule le pouvoir d’éclairer tout être humain (cf. Jn
1, 6-9). Cette vraie lumière porte le nom de Jésus, le Christ, le Fils de Dieu
fait homme pour le salut du monde. Il est, en définitive, la « vraie lumière du
monde », et quiconque suit ses pas ne se perdra jamais dans les ténèbres, mais
trouvera toujours en lui-même la pleine lumière de la vie (cf. Jn 8, 12).
C’est là le cœur même de tout le christianisme et c’est aussi ce qui pousse les
croyants à transmettre en tout temps – y compris à notre époque – la foi qu’ils
vivent.
10. Jésus est véritablement la vraie lumière qui éclaire tout homme, car ce que
personne n’avait jamais vu ni pu voir, Lui l’a révélé : l’amour
inconditionnel qui habite le cœur de Dieu-Trinité. Telle est la bonne
nouvelle de l’Évangile du Fils : Dieu est amour pour toujours et pour tous
(cf. 1 Jn 4, 8). Il est Père, Fils et Saint-Esprit. Cette bonne
nouvelle, inconnue jusqu’à Jésus, est désormais en mesure de nous conduire à la
plénitude du salut et du bonheur ; en même temps, par la grâce du Saint-Esprit,
elle permet de mettre en lumière et de purifier tout ce qui peut faire obstacle
à la vie nouvelle qu’elle nous ouvre.
11. Plus radicalement encore, Jésus annonce la vérité selon laquelle, grâce à
cet amour du Père, il n’existe aucun espace humain marqué par l’échec ou le
péché qui ne puisse être rétabli dans sa vocation originelle. Au contraire,
grâce à l’action continue du Saint-Esprit qui agit de manières à lui propres,[4]
la lumière et la puissance de cet amour sont toujours à la disposition de tous,
en tout temps et en tout lieu. Celui qui accueille cette révélation renonce pour
toujours au royaume des ténèbres, en s’ouvrant enfin à la lumière de la vie et à
une vie de lumière.
12. C’est précisément pour cette raison que toute l’existence de Jésus est
traversée par le désir d’éclairer chaque être humain par la Bonne Nouvelle d’un
Dieu qui est amour pour toujours. Le Christ va ainsi, le cœur ouvert et libre, à
la rencontre des autres et il se laisse toucher par eux. Il marche sur les
traces des hommes et des femmes de son temps et se laisse rencontrer par eux.
Celui qui le cherche le trouve, et s’il le cherche, c’est parce qu’il a déjà été
rejoint par le Seigneur (cf. Ph 3, 12). Jésus ne dresse aucun obstacle
entre les gens et Lui. Il est toujours attentif, toujours présent, n’est jamais
distrait. Sa parole n’est jamais abstraite. Il veut sans cesse orienter le cœur
et l’esprit de tous vers la vraie lumière de l’amour et de la miséricorde du
Père, qui sont un amour et une miséricorde au service du bonheur de tous. Nul
n’est exclu. La vie de chacun mérite d’être vécue pleinement.
13. Ainsi, les personnes qui s’ouvrent à la lumière de la révélation de l’amour
de Dieu, reçoivent de Jésus une parole de pardon, une parole de libération, une
parole d’amour, une parole de liberté, une parole de vie, une parole d’espérance
(cf. Lc 4, 18-19). Chez tous ceux qui viennent à sa rencontre et
s’ouvrent à lui d’un cœur sincère, Jésus suscite un élan d’intérêt et d’amour
renouvelés pour la vie : pour leur propre vie, pour celle des autres et pour la
vie de tout ce qui existe (cf. Jn 14, 6). L’amour de Dieu ramène chaque
homme et chaque femme aux raisons profondes de leur existence dans le monde.
14. Avec cette conviction dans l'esprit et dans le cœur, le Jésus dont parlent
les évangélistes est toujours en chemin. Il n’attend pas. Il ne se crée nison
propre sanctuaire ni sa propreson école. Il se déplace, il voyage. Il entre dans
les villages et les villes de son peuple et de son époque. Il s’adresse aux gens
simples, mais aussi à ceux qui occupent des postes de pouvoir au niveau public,
religieux ou politique. Par ces gestes et ces paroles, Jésus mène à son
accomplissement la révélation confiée au peuple d’Israël (cf. Mt 4, 12-17
; Mc 1, 14-15 ; Lc 3, 21-22).
15. Ce qui frappe particulièrement, c’est la manière dont Jésus proclame
l’Évangile du Dieu qui est amour pour toujours et pour tous. Dans sa
prédication, les références à la vie quotidienne des gens, au règne des animaux
et au monde des arbres, des plantes et des fleurs sont nombreuses, tout comme
abondent aussi les allusions aux métiers de son époque, à la préparation des
repas et aux jeux des enfants. Jésus fait également preuve d’une connaissance
remarquable de l’utilisation des nombres et il renvoie fréquemment à la
construction des bâtiments ou aux phénomènes météorologiques ; il connaît les
monnaies de son temps et il a une grande familiarité avec les différents groupes
religieux présents à cette époque et liés au judaïsme de diverses manières.
C’est véritablement un homme qui « observe » avec attention et qui invite
constamment chacun à « regarder » avec le même regard la trame de la création et
de l’histoire humaine. Telle est, en vérité, sa certitude inébranlable : lorsque
le cœur est débarrassé de tout égoïsme et de toute inquiétude inutile, on peut
reconnaître les traces de l’amour de Dieu même dans l’événement le plus petit et
apparemment insignifiant (cf. Lc 12, 22-34) ; c’est précisément cet
amour-là qui l’amène à s’exprimer à travers le langage de la vie quotidienne du
peuple.
16. Il n’est donc pas surprenant qu’une telle prédication, tout en suscitant la
pleine adhésion des cœurs de gens simples qui la trouvent si proche et familière
ait déconcerté et, dans une certaine mesure, inquiété ceux qui détenaient le
pouvoir politique et religieux de l’époque. Elle est comme une lumière capable
de révéler tous les usages et les abus possibles de ce pouvoir : « Vous savez
que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands les
oppriment et leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi
vous » (Mt 20, 25-26) ; « malheur aussi à vous, docteurs de la Loi, parce
que vous chargez les gens de fardeaux impossibles » (Lc 11, 46).
17. Dans l’accomplissement de sa mission, Jésus ne se contente pas d’annoncer
l’amour inconditionnel de Dieu. Il en témoigne de manière concrète par une
prédilection pour tous ceux qui n’attendent presque plus rien de personne : ni
de leurs proches, ni de leurs amis, ni de leurs compatriotes, ni de leurs
coreligionnaires, ni peut-être même du Dieu de l’Alliance des Pères. Du fait de
leur souffrance, due à des maladies incurables ou à de tragiques revers de
fortune, ces personnes sont souvent considérées comme « les derniers » de la
société. Pourtant, ce sont précisément elles qui deviennent « les premiers »
dans le cœur du Seigneur Jésus (cf. Mt 20, 16). Ce sont en effet ces
« derniers/premiers » que Jésus invite, plus que tous les autres, à s’approcher
de la lumière qui illumine chaque homme et chaque femme, c’est-à-dire de la
lumière de l’amour du Père. C’est ainsi que, par sa proximité, par ses paroles
et par ses miracles, Jésus ravive en eux l’espoir de pouvoir encore espérer, la
confiance de pouvoir encore avoir confiance, la possibilité de pouvoir encore
avoir des possibilités. Il accomplit en eux le prodige de pouvoir encore
croire à un miracle pour leur propre existence.
18. Au cours de sa prédication, Jésus entre alors presque inévitablement en
conflit avec une société religieuse et politique qui faisait de la Loi de Moïse
son fondement structurel, mais dont l’application concrète était souvent marquée
par des attitudes de division et d’exclusion. Alors que son Père qui est aux
cieux fait lever le soleil sur les uns et sur les autres (cf. Mt 5, 45)
et fait également tomber la pluie sur les uns et sur les autres, la
discrimination et la séparation des personnes constituaient un trait fort
répandu dans le milieu politique et religieux de son époque, tout comme c'est le
cas dans le nôtre. En apportant la lumière d’un amour divin qui veut reconnecter
chacun à son existence, même tourmentée, et aux autres personnes de son
entourage et, en fin de compte, à Dieu lui-même, en vue d’une fraternité de
justice et de paix, Jésus ne peut qu’entrer en conflit avec les pouvoirs de son
temps, étant donné que son message fait autorité (cf. Mc 1, 27). En
annonçant le visage d’amour de Dieu, Jésus prive de tout fondement l’exercice
despotique du pouvoir religieux et politique de son époque, qui a oublié sa
nature même de service et d’unité. Dieu ne bénit pas la division, et encore
moins la discrimination. Il est Père et aime tout être vivant (cf. Sg 1,
13-14). Aucune loi ni aucune autorité humaine ou religieuse ne pourra jamais
déclarer quiconque indigne de son amour ni de celui des autres êtres
humains.
19. La tension entre les paroles et les gestes de Jésus, sans oublier les
malentendus avec le pouvoir de son époque, atteint son paroxysme lorsque les
autorités religieuses et politiques décident de le condamner à mort. Sa
prédication, accompagnée de signes extraordinaires, doit être interrompue et
réduite au silence pour toujours. C’est ainsi que l’on décide de sa mort sur la
croix, à laquelle le pouvoir romain apporte son aval.
20. Mais cette condamnation à mort n’a pas le pouvoir d’éteindre la « vraie
lumière du monde ». Ce gibet injuste devient, dans l’économie du salut, le trône
le plus élevé d’où résonne avec une clarté absolue le message évangélique et où
la puissance illuminatrice de l’Évangile du Fils se manifeste au monde entier.
Et cet Évangile est le suivant : Dieu est amour pour tous, Dieu est
miséricorde pour tous. Il l’est vraiment pour tous, et c’est pourquoi il
l’est aussi pour ceux qui condamnent et mettent à mort le Fils. Le « oui » que
Dieu, en Jésus, adresse à l’être humain et qui maintient ardemment allumée la
vraie lumière du monde qu’est son Fils, ne peut jamais se transformer en un
« non ». L’amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit pour l’humanité est sans
réserve, sans limites, sans mesure et, en définitive, sans frontières (cf. 1
Jn 4, 7-8).
21. Dans les derniers instants de la vie terrestre de Jésus, les paroles
merveilleuses de l’ancien et magnifique livre du Cantique des Cantiques
trouvent leur plein accomplissement : « Les grandes eaux ne pourront éteindre
l’amour, ni les fleuves le submerger » (Ct 8, 7). L’incompréhension et
l’acharnement qui ont conduit les chefs du peuple à condamner Jésus, avec la
pleine complicité des autorités romaines, n’ont pas réussi à éteindre son désir
de faire sortir l’humanité des ténèbres et d’y faire jaillir la lumière de la
vie. Au contraire, la bonne et grande nouvelle du christianisme est précisément
celle-ci : même le pouvoir de la mort n’a pas pu éteindre la vraie lumière du
monde.
22. Il y a donc une certitude fondamentale pour les chrétiens, sans laquelle,
comme le dit l’apôtre Paul, tout serait vain : « Si le Christ n’est pas
ressuscité, notre prédication est vaine, et votre foi aussi est vaine » (1 Co
15, 14). Cette même prise de conscience a également été exprimée à l’occasion du
Synode sur les jeunes : « Il vit, le Christ, notre espérance, et il est la plus belle jeunesse de ce
monde. Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie ».[5] C’est ce que les disciples du
Seigneur, à toutes les époques, croient, annoncent et témoignent par leur vie :
le Christ est vivant et veut que chaque être humain vive. Il est toujours avec
nous et ne nous abandonne pas (cf. Mt 28, 20). Même si une personne
s’éloigne de Lui, Jésus ne s’éloignera jamais d’elle. À travers son Église, le
Ressuscité demeure en tout temps aux côtés de chacun, prêt à éclairer son
existence de l’amour divin, en la comblant de vie, de force et d’espérance. La
communion ecclésiale est aujourd’hui le lieu privilégié où le Christ continue de
se révéler à travers des hommes et des femmes, progressivement transformés par
sa propre vie.
23. Pour rendre possible sa mission d’être la lumière du monde, l’Église célèbre
avec joie l’accomplissement de la grande promesse du Christ : « Le Paraclet,
l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, Lui vous enseignera tout et vous
rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26) ; « Il me rendra
témoignage. Mais vous aussi, vous témoignerez » (Jn 15, 26-27). Sans
l'action du Paraclet dans l’intimité des cœurs, il devient impossible de
transmettre la véritable lumière du Christ, comme nous le rappelle également la
Séquence de la Pentecôte : « Viens en nous, père des pauvres […]. Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme ». C’est en Lui que nous mettons notre confiance, disposés à rechercher les
différentes manières de coopérer avec sa grâce à l’évangélisation de notre
temps. C’est à Lui que nous demandons la ferveur et la joie nécessaires pour
répondre fidèlement à cet appel.
Chapitre II
La lumière de la foi
24. À la lumière de ce qui a été dit, on comprend mieux le fondement du
christianisme tel qu’il a été exprimé par Benoît XVI : « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une
grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à
la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ».[6] Cet horizon nouveau et
cette orientation décisive sont ceux de la joie, comme le rappelle le pape
François au début d’Evangelii gaudium : « La joie de l’Évangile remplit
le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent
sauver par Lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de
l’isolement. Avec Jésus-Christ la joie naît et renaît toujours ».[7]
25. C’est donc là le cœur de l’expérience chrétienne : la rencontre avec le
Seigneur Jésus, qui nous met en contact avec la vraie lumière de l’amour divin,
nous empêche d’errer dans les ténèbres et nous conduit à la vie. C’est
précisément en ce sens que l’on peut parler de lumière de la foi, comme
l’affirme le pape François dans sa première lettre encyclique du même nom, un
document dont Benoît XVI avait également contribué à la rédaction , : « La lumière de la foi : par cette expression, la tradition de l’Église a désigné
le grand don apporté par Jésus, qui, dans l’Évangile de Jean, se présente
ainsi : “ Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en
moi ne demeure pas dans les ténèbres” (Jn 12, 46). Saint Paul aussi
s’exprime en ces termes : “Le Dieu qui a dit ‘Que des ténèbres resplendisse la
lumière’, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs” (2 Co 4, 6). Dans le
monde païen, épris de lumière, s’était développé le culte au dieu Soleil, le Sol
invictus, invoqué en son lever. Même si le soleil renaissait chaque jour, on
comprenait bien qu’il était incapable d’irradier sa lumière sur l’existence de
l’homme tout entière. En effet, le soleil n’éclaire pas tout le réel ; son rayon
est incapable d’arriver jusqu’à l’ombre de la mort, là où l’œil humain se ferme
à sa lumière. “S’est-il trouvé un seul homme qui voulût mourir en témoignage de
sa foi au soleil ?”, demande le martyr saint Justin.
Conscients du grand horizon que la foi leur ouvrait, les chrétiens appelèrent le
Christ le vrai soleil, “dont les rayons donnent la vie”. À Marthe qui pleure la
mort de son frère Lazare, Jésus dit : “Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu
verras la gloire de Dieu ?” (Jn 11, 40). Celui qui croit, voit ; il voit
avec une lumière qui illumine tout le parcours de la route, parce qu’elle nous
vient du Christ ressuscité, étoile du matin qui ne se couche pas ».[8]
26. L’expérience de la foi peut ainsi être conçue comme la rencontre vitale et
décisive avec ce « vrai soleil » qu’est le Christ, Lui qui libère des ténèbres
et comble de lumière l’existence humaine. Cette expérience de lumière, de par sa
nature, rayonne vers d’autres existences pour les irradier de la même lumière ;
celles-ci, resplendissant à leur tour, élargiront le rayon de propagation de la
lumière originelle : la vraie lumière du monde qu’est le Christ. À ce propos,
comment ne pas rappeler les paroles adressées par Jésus lui-même à ses disciples
: « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14) ?
27. C’est précisément à cette dynamique qu'il faut se référer lorsque nous
réfléchissons au thème délicat de la transmission de la foi dans le contexte
contemporain, évoqué ici comme une époque de changement. Le texte de
Lumen fidei le confirme avec une extrême précision : « Celui qui s’est ouvert à l’amour de Dieu, qui a écouté sa voix et reçu sa
lumière, ne peut garder ce don pour lui. Puisque la foi est écoute et vision,
elle se transmet aussi comme parole et comme lumière. S’adressant aux
Corinthiens, l’Apôtre Paul utilise justement ces deux images. D’une part il dit
: “Possédant ce même esprit de foi, selon ce qui est écrit : J’ai cru, c’est
pourquoi j’ai parlé, nous aussi nous croyons, et c’est pourquoi nous
parlons” (2 Co 4, 13). La parole reçue se fait réponse, confession, et de
cette manière résonne pour les autres, les invitant à croire. D’autre part saint
Paul se réfère aussi à la lumière : “Nous qui, le visage découvert,
réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés
en cette même image” (2 Co 3, 18). Il s’agit d’une lumière qui se reflète
de visage en visage, de même que Moïse portait sur lui le reflet de la gloire de
Dieu après lui avoir parlé : “[Dieu] a resplendi dans nos cœurs pour faire
briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ ” (2
Co 4, 6). La lumière de Jésus brille, comme dans un miroir, sur le visage
des chrétiens, et ainsi elle se répand et arrive jusqu’à nous, pour que nous
puissions, nous aussi, participer à cette vision et réfléchir sur les autres
cette lumière, comme dans la liturgie de Pâques la lumière du cierge allume
beaucoup d’autres cierges. La foi se transmet, pour ainsi dire, par contact, de
personne à personne, comme une flamme s’allume à une autre flamme. Les
chrétiens, dans leur pauvreté, sèment une graine si féconde qu’elle devient un
grand arbre et est capable de remplir le monde de fruits ».[9]
28. Dans le paragraphe suivant, le même document rappelle que « la transmission de la foi, qui brille pour tous les hommes et en tout lieu,
traverse aussi l’axe du temps, de génération en génération. Puisque la foi naît
d’une rencontre qui se produit dans l’histoire et éclaire notre cheminement dans
le temps, elle doit se transmettre au long des siècles ».[10] Si d’une part, la
transmission de la foi s’apparente à l’allumage d’une flamme par une autre, dans
un contact que l’on pourrait qualifier de personnel, d’autre part, la communauté
des disciples s’est toujours sentie appelée à créer des occasions où la foi
puisse être transmise : ce sont des circonstances où il est possible à tous
d’entrer en contact avec la vraie lumière de la vie, celle qui libère de toutes
ténèbres et que l’on rencontre dans le Seigneur Jésus. Les disciples ont donc
ressenti le devoir de transmettre la foi, un devoir qui doit être préservé et
honoré de génération en génération.
29. La transmission de la foi trouve son fondement ultime dans l’initiative de
Dieu qui, dans le Christ, a révélé son visage et a confié aux Apôtres la tâche
d’annoncer l’Évangile à toutes les nations. Toutefois, cette mission ne s’est
pas achevée avec la prédication apostolique ; elle se poursuit dans l’histoire à
travers l’Église. Le Concile Vatican II affirme, en effet, que « l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à
chaque génération, tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit ».[11] Ainsi, l’Église est le
sujet historique et vivant au sein duquel l’Évangile est écouté, préservé,
célébré et sans cesse réactualisé sous l’action du Saint-Esprit. Pour cette
raison, la foi ne se transmet pas d’abord comme un ensemble de contenus
doctrinaux ou d’informations religieuses, mais comme une forme de vie ecclésiale
dans laquelle le croyant est progressivement introduit. Le sujet principal de la
transmission de la foi est donc l’Église tout entière,[12]
qui, tout en recevant sans cesse le don de la Parole divine, le communique et en
témoigne par la prédication, la liturgie, la charité et l’expérience concrète de
la communion. On peut donc affirmer à juste titre que l’Église « est une Mère
qui nous enseigne à parler le langage de la foi ».[13]
Formes de transmission de la foi
30. Il convient d’affirmer clairement que la force la plus authentique de la
mission évangélisatrice de la communauté des disciples du Seigneur reste
toujours celle de l’attraction, comme le rappelait Benoît XVI dans
l’homélie de la messe inaugurale de la Ve Conférence générale de
l’épiscopat d’Amérique latine et des Caraïbes : « La mission du Christ s’est accomplie dans l’amour. Il a allumé dans le monde le
feu de la charité de Dieu (cf. Lc 12, 49). C’est l’Amour qui donne la
vie : c’est pourquoi l’Église est envoyée pour répandre dans le monde la charité
du Christ, pour que les hommes et les peuples “aient la vie et qu’ils l’aient
surabondante” (Jn 10, 10). […] L’Église se sent disciple et
missionnaire de cet Amour : missionnaire uniquement en tant que disciple,
c’est-à-dire capable de se laisser toujours attirer avec un émerveillement
renouvelé par Dieu qui nous a aimés et nous aime le premier (cf. 1 Jn 4,
10). L’Église ne fait pas de prosélytisme. Elle se développe plutôt par
“attraction”: comme le Christ “attire chacun à lui” par la force de son
amour, qui a culminé dans le sacrifice de la Croix, de même, l’Église accomplit
sa mission dans la mesure où, associée au Christ, elle accomplit chacune de ses
œuvres en conformité spirituelle et concrète avec la charité de son Seigneur ».[14] Cette réflexion a également été reprise par le pape Léon XIV : « Je la
reprends aujourd’hui avec joie et la partage avec vous. Et je vous invite à
prêter attention avec moi à ce que le Pape Benoît XVI désignait comme la “force”
qui préside à ce mouvement d’attraction : cette force est la Charis, c’est
l’Agapè, c’est l’Amour de Dieu qui s’est incarné en Jésus-Christ et qui, dans
l’Esprit Saint, est donné à l’Église et sanctifie chacune de ses actions. En
effet, ce n’est pas l’Église qui attire, mais le Christ, et si un chrétien ou
une communauté ecclésiale attire, c’est parce qu’à travers ce “canal” passe la
sève vitale de la Charité qui jaillit du Cœur du Sauveur ».[15]
La famille
31. Parmi les domaines dans lesquels l’Église est appelée à communiquer et à
faire resplendir la lumière du Christ, la famille constitue le premier et le
plus essentiel lieu de transmission de la foi. Déjà dans le Nouveau Testament,
le rôle des membres de la famille dans la transmission de la foi apparaît
clairement. À Timothée, par exemple, l’apôtre Paul s’adresse en ces termes :
« J’évoque le souvenir de la foi sans détours qui est en toi, foi qui, d’abord,
résida dans le cœur de ta grand-mère Loïs et de ta mère Eunice et qui, j’en suis
convaincu, réside également en toi » (2 Tm 1, 5). Cet aspect a également
été souligné par le pape Léon XIV : « Dans la famille, la foi se transmet avec la vie, de génération en génération :
elle est partagée comme la nourriture sur la table et les affections du cœur.
Cela en fait un lieu privilégié pour rencontrer Jésus, qui nous aime et veut
notre bien, toujours ».[16]
32. Au fil des décennies, avec la constitution et la consolidation des
communautés chrétiennes, le rôle actif de la famille dans la transmission de la
foi s’est également affirmé. En particulier, avec la diffusion de la pratique du
baptême des enfants, les communautés et les familles se sentent unies dans la
responsabilité commune d’introduire les plus petits à la rencontre avec le
Seigneur Jésus. On a pris conscience que, si les enfants reçoivent la vie de
leurs parents, c’est dans le baptême qu’ils acquièrent « le sens pour la vivre :
la foi. Lorsque nous savons qu’un bien est essentiel, nous le recherchons
aussitôt pour ceux que nous aimons. En effet, qui d’entre nous laisserait des
nouveau-nés sans vêtements ni nourriture, en attendant qu’ils choisissent, une
fois grands, comment s’habiller et quoi manger ? Chers amis, si la nourriture et
les vêtements sont nécessaires pour vivre, la foi est plus que nécessaire, car
avec Dieu la vie trouve le salut ».[17]
33. En tout état de cause, une profonde collaboration entre l’Église et la
famille, comme le rappelle clairement
Lumen fidei : la « structure du Baptême met en évidence l’importance de la synergie entre l’Église
et la famille dans la transmission de la foi. Les parents sont appelés, selon
une parole de saint Augustin, non seulement à engendrer les enfants à la vie,
mais aussi à les conduire à Dieu, afin que, par le Baptême, ils soient régénérés
comme enfants de Dieu et reçoivent le don de la foi. Ainsi, avec la vie, leur
sont données l’orientation fondamentale de leur existence et l’assurance d’un
avenir conforme au bien, orientation qui sera corroborée ultérieurement dans le
sacrement de la Confirmation par le sceau de l’Esprit Saint ».[18] Sous cet angle, il est intéressant de noter le lien que l’on peut
entrevoir dans l’Église latine entre la liturgie de l’allumage du cierge pascal,
prélude à la grande célébration de Pâques, centre et sommet de la foi
chrétienne, et la célébration du baptême, porte de cette même foi, surtout en ce
qui concerne la référence au Christ-Lumière, qui doit être accueilli dans
l’existence de chaque croyant.
34. Dans cette perspective, ce que le même document magistériel affirme plus
loin revêt une importance particulière : « En famille, la foi accompagne tous les âges de la vie, à commencer par l’enfance
: les enfants apprennent à se confier à l’amour de leurs parents. C’est
pourquoi, il est important que les parents cultivent en famille des pratiques
communes de foi, qu’ils accompagnent la maturation de la foi de leurs enfants.
Traversant une période de la vie si complexe, riche et importante pour la foi,
les jeunes surtout doivent ressentir la proximité et l’attention de leur famille
et de la communauté ecclésiale dans leur processus de croissance dans la foi ».[19]
35. On peut rappeler ici une page émouvante d’Aimé Duval, jésuite, où se laisse
entrevoir l’œuvre silencieuse et presque naturelle du témoignage chrétien vécu
par les parents envers leurs enfants. Dans le cadre du récit de son parcours
humain et religieux mouvementé, le père Duval écrit : « J’étais le cinquième
d’une famille de neuf enfants. Avant moi : Lucie, Marie, Hélène, Marcel ; et
après René, Raymond, Suzanne et André. Dans cette famille, on ne m’a pas appris
la piété expansive et démonstrative. Il n’y avait quotidiennement que la prière
du soir, récitée en commun. Mais alors, de cela, je me souviens et me
souviendrai jusqu’à mes yeux fermés. Ma sœur. - Ma sœur Hélène récitait
les prières, longues pour des enfants (un quart d’heure). Elle accélérait, elle
bafouillait, elle prenait des raccourcis, jusqu’au moment où mon père lui disait
en patois “ Reprend... Recommence... ”. J’ai donc appris, à ce moment-là, qu’il
fallait causer au Bon Dieu avec lenteur et sérieux et gentillesse patiente.
Mon père. Ce qui m’émeut aujourd’hui, c’est de me souvenir de l’attitude de
mon père. Lui qui était toujours fatigué par ses travaux de campagne ou de
transport de bois, lui qui montrait sans honte qu’il était fatigué à son retour
de travail, voilà, qu’après chaque repas du soir, il se mettait à genoux, les
coudes appuyés sur le siège d’une chaise, le front dans les mains, sans un
regard pour ses enfants autour de lui, sans un mouvement, sans tousser, sans
s’impatienter. Et moi, je pensais “Mon père qui est si fort, qui commande sa
maison, ses deux gros bœufs, qui est fier devant les mauvais coups du sort et si
peu timide devant le maire et les riches et les malins, voilà qu’il se fait tout
petit devant le Bon Dieu. Vraiment, ça le change de causer au Bon Dieu.
Vraiment, le Bon Dieu doit être quelqu’un de bien grand pour que mon père
s’agenouille, et de bien familier aussi pour qu’il lui cause avec ses habits de
travail... ”. Ma mère. Quant à ma mère, je ne l’ai jamais vue à genoux.
Trop fatiguée, elle s’asseyait au milieu de la chambre, le dernier-né dans les
bras, la robe noire jusqu’aux talons, ses beaux cheveux châtains déroulés sur
son cou et tous les gosses autour d’elle, appuyés contre elle. Elle suivait, des
lèvres, les prières d’un bout à l’autre, elle ne voulait pas en perdre une
miette, elle les disait pour son compte. Le plus curieux, c’est qu’elle ne
s’arrêtait pas de nous regarder, chacun sous son regard. Un regard plus long
pour les petits. Elle nous regardait, mais elle ne disait jamais rien. Même pas
quand les petits remuaient et chuchotaient, même pas quand le tonnerre claquait
sur la maison, même pas quand le chat renversait une casserole. Et moi, je
pensais : “Vraiment, le Bon Dieu est bien gentil pour qu’on puisse lui causer
avec un enfant dans les bras, avec son tablier de travail. Vraiment, le
Bon Dieu est quelqu’un d’important pour que le chat ou le tonnerre n’ait plus
d’importance”. Les mains de mon père, les lèvres de ma mère, elles m’ont appris
sur le Bon Dieu bien plus que mon catéchisme. Il est Quelqu’un, Il est Quelqu’un
de proche. On ne lui cause bien que lorsqu’on a travaillé ».[20]
36. Ce récit émouvant d’une initiation simple et joyeuse des plus petits au
mystère de Dieu, rendue possible par le témoignage des parents, confirme
pleinement l’intuition maintes fois évoquée par le pape François : la foi doit
être transmise, au sein de la famille, “en dialecte”. À l’occasion de la fête du
Baptême du Seigneur, le 7 janvier 2018, il s’adressait ainsi aux parents qui
avaient amené leurs enfants au baptême : « Je voudrais vous dire seulement une chose, qui vous concerne : la transmission
de la foi ne peut se faire qu’“en dialecte”, dans le dialecte de la famille,
dans le dialecte du père et de la mère, du grand-père et de la grand-mère.
Ensuite viendront les catéchistes qui développeront cette première transmission,
avec des idées, avec des explications... Mais n’oubliez pas cela : elle se fait
“en dialecte”, et s’il manque le dialecte, si à la maison, on ne parle pas cette
langue de l’amour entre les parents, la transmission n’est pas si facile, elle
ne pourra pas se faire. N’oubliez pas. Votre devoir est de transmettre la foi,
mais de le faire avec le dialecte de l’amour de votre maison, de la famille ».[21]
Ce point a également été réaffirmé par le pape Léon XIV : « Les premiers
catéchistes sont nos parents, ceux qui nous ont parlé les premiers et nous ont
appris à parler. Tout comme nous avons appris notre langue maternelle, de la
même manière l’annonce de la foi ne peut être déléguée à d’autres, mais se fait
là où nous vivons. Tout d’abord dans nos foyers, autour de la table : lorsqu’il
y a une voix, un geste, un visage qui conduit au Christ, la famille fait
l’expérience de la beauté de l’Évangile».[22]
37. La transmission de la foi a ainsi trouvé, jusqu’à une époque récente,
précisément dans le cadre familial, le canal principal de passage entre les
générations. Ce sont surtout les parents qui constituent ce premier “tabernacle”
dans lequel les enfants peuvent entrevoir toute la beauté et la force d’être
disciples du Seigneur Jésus. Ce témoignage prend corps dans un tissu de gestes
simples et quotidiens : la prière personnelle et en couple, la lecture de
l’Évangile, le souvenir des paroles et des gestes de Jésus, la mémoire des
saints patrons, l’invocation constante de la protection maternelle de la Vierge
Marie, la participation à la messe dominicale, la visite des sanctuaires et les
différentes formes de piété populaire, l’attention portée aux plus pauvres et
aux défavorisés, mais aussi à travers la prière d’action de grâce avant les
repas, la bénédiction du Seigneur à l’occasion des anniversaires d’un membre de
la famille et la préparation pieuse de la crèche à l’occasion des fêtes de Noël.
38. Il faut toutefois constater que cette situation favorable tend
progressivement à disparaître. En effet, comme on le verra en détail plus loin
dans le texte, l’une des caractéristiques de notre époque est que, tout en
conservant son importance dans certaines régions d’Afrique et d’Asie, la
transmission de la foi dans le cadre familial s’est interrompue dans de
nombreuses parties du monde.[23]
Par conséquent, la transmission de l’expérience de la foi chrétienne aux
nouvelles générations ne se fait plus de manière, pour ainsi dire,
“automatique”.
La communauté ecclésiale
39. Ce n’est qu’à ce stade, et dans un deuxième temps, que la communauté
ecclésiale intervient dans le processus de transmission de la foi. Ce qu’une
personne a reçu de ses parents – le témoignage de foi en Jésus qui a pleinement
révélé le visage de l’amour infini de Dieu, libérant les êtres humains des
ténèbres et les ouvrant à la vraie lumière de la vie – trouve dans l’Église les
moyens et les occasions de devenir le principe fondamental de sa propre vision
du monde. À travers la catéchèse, la célébration des sacrements, les différents
espaces favorisant une participation active à la vie communautaire – comme le
propose le chemin synodal actuel -, l’engagement en faveur des plus démunis et
le rassemblement le dimanche dans la maison du Seigneur, on parvient à cette
maturité de la foi qui consiste, en dernière analyse, à regarder toute chose
“avec les yeux de Jésus”.
40. En effet, grâce à l’action coordonnée entre les parents et la communauté
ecclésiale, chacun apprend que « dans la foi, le Christ n’est pas seulement celui en qui nous croyons, la
manifestation la plus grande de l’amour de Dieu, mais aussi celui auquel nous
nous unissons pour pouvoir croire. La foi non seulement regarde vers Jésus, mais
regarde du point de vue de Jésus, avec ses yeux : elle est une participation à
sa façon de voir ».[24] Tel est l’aboutissement
plénier et total du processus que nous appelons ici transmission de la foi :
permettre à chacun d’atteindre une telle intimité avec le Seigneur Jésus qu’il
puisse enfin se regarder lui-même, regarder les autres, le monde et le mystère
de Dieu avec les yeux mêmes de Jésus. On perçoit ainsi que l’accompagnement de
la communauté est essentiel non seulement pour accueillir l’Évangile, mais aussi
pour rester fidèle au don reçu, car il est très difficile de persévérer seul.
41. Il faut également constater que, dans les pays de tradition chrétienne
ancienne, un tel contexte de transmission de la foi semble aujourd’hui
compromis, car il est de plus en plus caractérisé par la présence de « “personnes baptisées qui pourtant ne vivent pas les exigences du baptême”, qui n’ont pas une appartenance du cœur à l’Église et ne font plus
l’expérience de la consolation de la foi. L’Église, telle une mère toujours
attentive, s’engage pour qu’elles vivent une conversion qui leur restitue la
joie de la foi et le désir de s’engager avec l’Évangile ».[25]
De plus, le nombre de ceux qui ne connaissent ni Jésus ni l’Évangile ne cesse
d’augmenter, surtout parmi les jeunes.
42. C’est justement pour cette raison que la transmission de la foi exige
aujourd’hui tout particulièrement l’évangélisation des adultes et le dépassement
d’une action pastorale centrée uniquement sur la catéchèse des enfants et des
adolescents.
Chapitre III
Le changement d’époque
43. Le contexte de la transmission de la foi, objet des présentes
Considérations, mérite une attention particulière ; il est exprimé par la
notion de « changement d’époque ». Comme on le sait, c’est le pape François qui
a rendu célèbre cette expression dans son Discours à la Curie romaine à
l’occasion de l’échange des vœux de Noël, le 21 décembre 2019, en affirmant : « Ce temps que nous vivons n’est pas seulement une époque de changements, mais un
véritable changement d’époque. Nous sommes donc dans l’un de ces moments où les
changements ne sont plus linéaires, mais d’époque ; ils constituent des choix
qui transforment rapidement notre mode de vivre, de tisser des relations, de
communiquer et de penser, de se comporter entre générations humaines et de
comprendre et vivre la foi et la science».[26]
Comme le rappelait déjà, plus de dix ans auparavant, le Document final
de la Ve Conférence générale de l’épiscopat d’Amérique latine et des
Caraïbes, qui s’est tenue en mai 2007 à Aparecida (Brésil), le « niveau
le plus profond est le culturel. On dissout la conception intégrale de l’être
humain, sa relation avec le monde et avec Dieu ».[27]
44. Une telle situation est fondamentalement liée à la crise du modèle culturel
de la modernité, qui touche tout particulièrement le contexte européen. On peut
donc se demander si parler de “changement d’époque”, au singulier, rend
pleinement compte des processus auxquels les Églises sont confrontées partout
dans le monde. La réponse à cette question est sans aucun doute affirmative, du
moins si l’on s’en tient à un niveau général, en raison du phénomène bien connu
de la mondialisation, qui a favorisé la diffusion effective de l’influence de la
culture occidentale dans toutes les régions de la planète. Du reste, il est
indéniable que certaines expériences, comme la tragédie de la pandémie de
Covid-19, ont renforcé la prise de conscience généralisée d’appartenir à une
seule et même famille, même si les tendances allant dans le sens contraire ne
manquent pas.[28]
45. L’urgence de répondre aux questions soulevées par ce changement d’époque a
également été soulignée par le pape Léon XIV dans sa première lettre encyclique
Magnifica humanitas : « Nous vivons une phase de transition rapide, un “tournant historique”, où –
tandis que certains se disputent l’avenir des nouvelles technologies et que
d’autres s’attachent à y réfléchir – la plupart des personnes restent dans
l’expectative, observent de loin et espèrent simplement que tout ira pour le
mieux. C’est précisément pour cette raison que des questions décisives
s’imposent à notre conscience, questions auxquelles on ne peut plus échapper :
où allons-nous ? Vers quel but souhaitons-nous nous orienter ? Quelle direction
choisir en tant que communauté humaine et en tant que peuples ? ».[29] Les grandes lignes de ce
changement ont été mises en évidence par le Saint-Père : « L’intelligence artificielle et d’autres innovations remodèlent notre
compréhension du travail et des relations, et soulèvent même des questions sur
l’identité humaine. La dégradation écologique menace notre maison commune. Les
systèmes politiques ne parviennent souvent pas à répondre aux cris des pauvres.
Le populisme et la polarisation idéologique approfondissent les divisions au
sein des nations et entre elles. Plusieurs sont touchés par le consumérisme,
l’individualisme et l’indifférence ».[30] À cela s’ajoute également
le fossé économique grandissant, qui conduit souvent à la déstabilisation de
régions entières. Il s’agit là de facteurs mondiaux qui entraînent de profonds
changements sociaux. Ces transformations touchent pratiquement tous les
contextes culturels et n’épargnent pas non plus l’Église, car celle-ci est
incarnée dans l’histoire et participe à la vie des peuples.
46. En effet, l’attrait exercé par un mode de vie économiquement aisé et
l’aspiration légitime à de meilleures conditions d’existence, favorisée
également par le développement technologique susmentionné, contribuent d’une
part à la diffusion de mentalités matérialistes et individualistes sur tous les
continents. Ce phénomène, conjugué à d’autres facteurs, alimente à l’échelle
mondiale les migrations, souvent marquées par des aspects dramatiques. D’autre
part, ces processus, même dans les pays de vieille évangélisation, ont favorisé
l’émergence de contextes multiculturels dans lesquels, parallèlement à la
sécularisation, coexistent des réalités culturelles propres à différents
peuples, confrontés au défi d’une coexistence pacifique. Il convient donc de
reconnaître que ces dynamiques ne sont pas vécues de manière uniforme dans les
différentes régions de la planète. De même, il est à souligner que le rapport à
la modernité occidentale – qui caractérise surtout un profil particulier
d’Église – se décline de manière différenciée selon les cultures auxquelles
appartiennent les différentes communautés chrétiennes. Cette réalité est
reconnue par le pape Léon XIV : « Le peuple de Dieu n’est pas seulement constitué de nombreux peuples, mais qu’il
est tissé en son sein de fonctions, de vocations, de cultures et de traditions
diverses, appelées à se soutenir et à s’enrichir mutuellement. […] La tension
féconde entre l’universalité de la mission et l’enracinement local appartient
intimement à la vie de l’Église : celle-ci porte en son sein l’horizon du monde
entier, mais elle assume les questions de chaque contexte comme lieu réel où
l’Évangile prend corps ».[31] On peut donc conclure que
l’un des aspects les plus marquants de ce changement d’époque concerne
l’instauration d’une nouvelle relation entre la foi – et donc sa transmission –
et les cultures.
La crise de la transmission de la foi
47. Un aspect caractéristique du changement d’époque qui touche, pour
différentes raisons, surtout l’Occident – c’est-à-dire ces pays où la foi
chrétienne a également eu une importance sociologique majoritaire – concerne
la crise de la transmission intergénérationnelle de la foi chrétienne. C’est
ce qu’avait déjà souligné
Evangelii gaudium : « Nous ne pouvons pas non plus ignorer que, au cours des dernières
décennies, une rupture s’est produite dans la transmission de la foi chrétienne
entre les générations dans le peuple catholique. Il est incontestable que
beaucoup se sentent déçus et cessent de s’identifier avec la tradition
catholique, que le nombre des parents qui ne baptisent pas leurs enfants et ne
leur apprennent pas à prier augmente, et qu’il y a un certain exode vers
d’autres communautés de foi ».[32]
48. Ce phénomène, étroitement lié à un stade avancé de la sécularisation,
notamment en Europe, aux États-Unis d’Amérique et au Canada, mais aussi en
Australie et en Nouvelle-Zélande, a conduit à une crise importante du
christianisme vécu au sein de la famille. En vérité, les parents s’acquittent de
moins en moins de la tâche de mettre leurs enfants en contact avec la lumière
vivante du message évangélique. De ces contextes familiaux, provient précisément
cette majorité de jeunes, hommes et femmes, qui, bien qu’ayant fréquenté les
milieux catholiques de la paroisse, en viennent ensuite à vivre le passage à
l’âge adulte dans une attitude d’indifférence religieuse profonde. Pour ces
personnes baptisées qui, bien qu’ayant reçu le baptême, ont perdu le sens
chrétien de la vie, Jésus, son message d’amour, cette lumière qu’il est venu
répandre dans l’histoire humaine, ne représente plus ni un élément essentiel de
leur identité, ni une ressource fiable pour discerner ce qu’il convient de faire
en vue d’une vie humainement digne.
49. Cette situation, toutefois, ne concerne pas uniquement ce qu’on appelle les
pays développés de l’Occident. Par exemple en Europe de l’Est, qui a connu la
dure épreuve des régimes totalitaires communistes et, en conséquence,
l’instauration d’une société fondée sur l’athéisme d’État, dont les effets n’ont
toutefois pas été les mêmes partout, c’est la génération des parents
d’aujourd’hui qui a subi l’interruption de la transmission de la foi. En
témoignent notamment les évêques des territoires de l’ex-Union soviétique, qui
ont pu constater « que la foi était passée des grands-mères […] aux
petits-enfants, mais sans l’implication directe de la génération
intermédiaire. En conséquence, la génération des “petits-enfants” n’a pas trouvé
chez leurs parents une foi vécue au quotidien ».[33]
Des témoignages similaires sont également rapportés par les évêques d’Albanie.[34]
Dans la même ligne, les évêques de l’Église grecque-catholique de Hongrie
concluent d’ailleurs : « Nous ne pouvons plus tenir pour acquis que les parents
transmettent automatiquement la foi à leurs enfants. Ce qui s’avérait efficace
par le passé ne produit plus les mêmes fruits dans la situation actuelle ».[35]
50. Cette rupture dans la transmission de la foi au sein de la famille s’observe
également en Amérique latine et dans les Caraïbes où elle se manifeste surtout
par une interruption de la continuité organique entre la famille et la société.
En effet, comme le font remarquer les évêques du Chili : « Pendant des
décennies, on a tenu pour acquis qu’il existait une continuité entre la famille,
l’école, la culture et la communauté ecclésiale. Dans ce contexte, la foi
pouvait être décrite comme quelque chose qui se transmettait de manière
relativement organique d’une génération à l’autre ».[36]
À cet égard, les évêques des Antilles constatent un affaiblissement de la
continuité générationnelle,[37]
notamment en ce qui concerne la catéchèse et la pratique sacramentelle. Dans un
autre contexte, comme celui du Panama, où la foi reste très présente dans les
manifestations populaires et les moments importants de la vie, on perçoit
qu’elle « ne se transmet plus naturellement au sein des familles ».[38]
En Colombie, comme dans d’autres régions du monde, ce sont les grands-parents
qui pallient les lacunes de la catéchèse familiale, en parallèle à celle
dispensée en paroisse ;[39] dans
d’autres régions, en revanche, pour des raisons liées à la culture locale, on en
vient même à reporter à un âge plus avancé le baptême des enfants, comme c’est
le cas en Amazonie péruvienne.[40]
En définitive, tous ces témoignages montrent qu’une sorte d’“automatisme” dans
la transmission de la foi a disparu.
51. Un problème analogue concerne également la plupart des Églises d’Asie,
surtout dans les régions les plus avancées sur le plan technologique. Toutefois,
il s’agit dans ces contextes d’un christianisme qui a toujours été minoritaire
sur le plan social, et qui ne connait que depuis peu certaines difficultés dans
la transmission de la foi au sein de la famille. En Corée, par exemple, les
évêques observent qu’en raison de la préoccupation des parents, surtout pour les
études universitaires et la carrière professionnelle de leurs enfants, la tâche
de la catéchèse des plus jeunes est principalement assumée par les
grands-parents.[41] Les évêques de
Malaisie, de Singapour et de Brunei dénoncent eux aussi la priorité accordée aux
exigences de la carrière, tandis que la formation spirituelle est
progressivement réduite à l’usage personnel des moyens de communication
modernes.[42] Une situation
analogue s’observe au Bangladesh, aggravée encore par un contexte social à
majorité musulmane.[43] Au Japon,
en revanche, on rencontre des difficultés qui, à certains égards, ressemblent à
celles du monde occidental, notamment en ce qui concerne la catéchèse
paroissiale et la forte diffusion des mariages entre les personnes de traditions
religieuses différentes qui, d’une certaine manière, entravent la transmission
de la foi au sein même des foyers.[44]
Ce phénomène s’observe également dans les pays d’Asie Centrale, autrefois
membres du bloc soviétique, où l’Église est toutefois restée une réalité
minoritaire et vit des conditions analogues à celles des communautés d’Europe de
l’Est, où, pendant plusieurs décennies, une “Église du silence”[45]
a survécu sous des régimes totalitaires.
52. Malgré la grande diversité des contextes, l’Afrique n’est pas non plus à
l’abri des dynamiques de rupture dans la transmission intergénérationnelle de la
foi. Cela tient avant tout à une certaine sécularisation des mœurs induite par
l’influence d’un mode de vie occidental, adopté surtout par les jeunes
générations. Il existe toutefois d’autres facteurs, liés principalement au
rapport avec les cultures locales. On constate notamment qu’un travail
d’inculturation de l’Évangile qui n’est pas pleinement réalisé conduit à une foi
superficielle, dépourvue de racines et davantage exposée aux influences
extérieures, malgré les manifestations publiques de la religion encore très
présentes dans la vie sociale. C’est ce dont témoignent, par exemple, les
évêques d’Afrique du Sud : « Bien que le christianisme soit largement répandu,
il reste souvent à un niveau superficiel, ayant besoin d’une incarnation plus
profonde de l’Évangile dans la spiritualité africaine ».[46]
Ainsi, l’un des principaux défis pour la transmission de la foi, qui caractérise
de manière transversale le continent africain, concerne la concurrence
croissante, de plus en plus agressive, exercée par des mouvements religieux
d’origines diverses, ainsi que le retour aux pratiques religieuses
traditionnelles, même après avoir reçu le baptême.[47]
53. Sans entrer dans la complexité des causes qui sont à l’origine de ces
transformations, c’est dans ce contexte de véritable réécriture des conditions
fondamentales de l’existence humaine qu’il faut situer la crise de la
transmission intergénérationnelle de la foi ainsi que le défi qu’elle représente
pour l’Église. Par le passé, ces conditions étaient interprétées avant tout à la
lumière du christianisme, tant dans l’ensemble de la société qu’au sein de
chaque communauté. Plus généralement, il faut constater que ce n’est pas
seulement la transmission de la foi qui est en crise, mais aussi une certaine
vision de l’être humain et de ses valeurs fondatrices et fondamentales qui avait
trouvé son accomplissement précisément dans l’Évangile. La crise de la
modernité, marque distinctive de ce changement d’époque, a ainsi contribué à la
naissance d’une nouvelle culture, qui entre en concurrence avec les structures
traditionnelles de transmission de la foi. Cela a conduit, à son tour, à la
crise du modèle dit de la chrétienté, accompagnée du sentiment largement
répandu, dans diverses régions du monde, que la tâche des prêtres se limite
souvent à la "maintenance" des structures existantes, alors que le monde qui les
entoure a radicalement changé.
Une nouvelle culture généralisée
54. Partant de cette situation,
Evangelii gaudium invite à prendre acte
de ce qui suit : « De nouvelles cultures continuent à naître dans ces énormes
géographies humaines où le chrétien n’a plus l’habitude d’être promoteur ou
générateur de sens, mais reçoit d’elles d’autres langages, symboles, messages et
paradigmes qui offrent de nouvelles orientations de vie, souvent en opposition
avec l’Évangile de Jésus. Une culture inédite palpite et se projette dans la
ville. Le Synode [de 2012 sur la nouvelle évangélisation] a relevé
qu’aujourd’hui, les transformations de ces grandes aires et la culture qu’elles
expriment sont un lieu privilégié de la nouvelle évangélisation. Cela demande
d’imaginer des espaces de prière et de communion avec des caractéristiques
innovantes, plus attirantes et significatives pour les populations urbaines. Les
milieux ruraux, à cause de l’influence des moyens de communications de masse, ne
sont pas étrangers à ces transformations culturelles qui opèrent aussi des
mutations significatives dans leurs manières de vivre ».[48]
55. Il s’agit donc de repenser la question de la transmission de la foi dans le
contexte de cette culture inédite qui, aujourd’hui, s’étend du cœur des villes
vers les périphéries et touche également les milieux ruraux. C’est une culture
omniprésente et profondément influente, comme le soulignent les évêques des
États-Unis d’Amérique : aujourd’hui, les fidèles « ont tendance à être davantage
absorbés par la culture que par la foi. La culture, à travers les réseaux
sociaux et le discours public, façonne la manière de penser des catholiques
[...] plus que ne le font la foi, la tradition et la dévotion ».[49]
Le même phénomène s’observe dans de nombreux autres contextes, surtout ceux qui
sont le plus marqués par la culture occidentale et par un mode de vie urbain.
Comme le dénoncent les évêques de Roumanie, la sécularisation rapide de ces
sociétés fait que « l’absence de pratique religieuse n’est plus perçue
socialement comme une absence à justifier ».[50]
Pour les pays de vieille évangélisation, on peut donc désormais parler de
sociétéspostchrétiennes.
56. La tendance de cette culture inédite semble résider dans l’exaltation de la
“souveraineté du moi”, qui prétend se sentir autonome et libre de gérer chaque
aspect de sa propre existence, en soumettant à ses propres exigences les autres
êtres humains ainsi que la réalité même qui l’entoure. Il s’agit de la diffusion
d’un individualisme de plus en plus marqué qui engendre séparation, division,
envie, jalousie, abus de pouvoir, narcissisme, égocentrisme. Les paroles fortes
de l’encyclique
Fratelli tutti viennent ici à l’esprit :
« L’individualisme ne nous rend pas plus libres, plus égaux, plus frères. La
simple somme des intérêts individuels n’est pas capable de créer un monde
meilleur pour toute l’humanité. Elle ne peut même pas nous préserver de tant de
maux qui prennent de plus en plus une envergure mondiale. Mais l’individualisme
radical est le virus le plus difficile à vaincre. Il nous trompe. Il nous fait
croire que tout consiste à donner libre cours aux ambitions personnelles, comme
si en accumulant les ambitions et les sécurités individuelles nous pouvions
construire le bien commun ».[51]
57. Cet individualisme généralisé est peut-être l’un des effets les plus
manifestes de ce long processus de sécularisation qui a envahi la conscience
humaine contemporaine, en particulier dans les contextes occidentaux, la privant
du souffle et de l’horizon de la transcendance. Comme l’affirme
Evangelii gaudium : « Le processus de sécularisation tend à réduire la foi et l’Église
au domaine privé et intime. De plus, avec la négation de toute transcendance, il
a produit une déformation éthique croissante, un affaiblissement du sens du
péché personnel et social, et une augmentation progressive du relativisme, qui
donnent lieu à une désorientation généralisée, spécialement dans la phase de
l’adolescence et de la jeunesse, très vulnérable aux changements ».[52]
58. Tout cela a naturellement des répercussions sur le processus de transmission
de la foi. Parmi les phénomènes signalés par les évêques, outre les difficultés
déjà mentionnées concernant la famille, figure la séparation substantielle entre
l’individu et la communauté ; comme l’ont noté les évêques espagnols :
« L’individu et la famille subissent les conséquences de la crise culturelle et
sociale qui accompagne ce processus et, à leur tour, en deviennent la cause, en
raison de l’affaiblissement de la transmission de la foi et de la rupture qui en
résulte des liens indispensables à la vie en société ».[53]
Cela signifie que l’individu peine à s’inscrire dans une tradition qui le
précède, dans un “nous” qui façonne non seulement sa pensée et ses sentiments,
mais aussi sa foi. Il en résulte que surtout les plus jeunes restent à la merci
des modes du moment, comme le font remarquer les évêques du Brésil : « La perte
progressive du sentiment d’appartenance à l’Église, associée à la diffusion de
formes subjectives de religiosité, a affaibli les processus traditionnels
d’initiation chrétienne. Dans ce contexte, on ne peut plus tenir pour acquis que
le baptême conduise automatiquement à une foi mûre et intégrée dans la vie de la
communauté ».[54] En conséquence,
dans ces contextes, la foi est perçue avant tout comme une affaire privée, comme
le soulignent les évêques autrichiens : « La religion est de plus en plus
privatisée dans notre société, avec une tendance à la rejeter de l’espace
public. [...] Il n’est pas possible d’enfouir, pour ainsi dire, l’expérience
chrétienne au fond du cœur sans que cela ait des répercussions sur la réalité du
monde et de la société ».[55] Tout
cela est encore aggravé dans certains pays, comme la France et le Canada, où la
laïcité s’exprime également sur le plan législatif, limitant la liberté de
manifester sa foi dans les lieux publics.
Les technologies digitales
59. L’un des signes les plus évidents du changement d’époque que nous vivons est
sans aucun doute la diffusion des technologies digitales. Celles-ci, comme le
fait remarquer le pape Léon XIV dans
Magnifica humanitas, ont conduit à
l’émergence d’« une situation nouvelle, où la puissance et l’omniprésence des
technologies émergentes s’inscrivent dans le tissu de la vie quotidienne,
façonnent les processus décisionnels et marquent profondément l’imaginaire
collectif ».[56] En particulier,
poursuit le document, « l’omniprésence des médias numériques engendre une
culture de l’immédiateté et de l’hyperstimulation, qui alimente la fatigue,
l’ennui et l’apathie face à l’effort nécessaire pour rechercher la vérité ».[57]
Comme le notait déjà le Synode sur la synodalité dans le Rapport de synthèse
de la première session de 2023, « la culture numérique constitue un changement
fondamental dans la manière dont nous concevons la réalité et dont nous sommes
en relation avec nous-mêmes, entre nous, avec notre environnement, et même avec
Dieu ».[58] Chez les nouvelles
générations en particulier, cette culture se caractérise non seulement, comme on
le souligne souvent, par un accès plus large à la connaissance, mais aussi par
une transformation des catégories mêmes de la pensée et, en dernière analyse, de
la manière d’entrer en relation avec la réalité. Par ailleurs, si l’on considère
les perspectives ouvertes par l’irruption de l’intelligence artificielle, le
risque se profile de manière de plus en plus concrète, comme l’a rappelé le
Saint-Père, qu’une telle culture conduise à « modifier radicalement certains des
piliers fondamentaux de la civilisation humaine, que nous tenons parfois pour
acquis. Les voix et les visages humains, la sagesse et la connaissance, la
conscience et la responsabilité, l’empathie et l’amitié étant simulés par des
systèmes connus sous le nom d’intelligence artificielle, ceux-ci interfèrent non
seulement dans les écosystèmes informationnels, mais envahissent également le
niveau le plus profond de la communication, celui des relations entre les
personnes humaines. Le défi n’est donc pas technologique, mais
anthropologique ».[59] Cela a des
conséquences importantes pour l’inculturation de la foi.
60. La diffusion des technologies numériques et les progrès de l’intelligence
artificielle touchent naturellement aussi la foi et la religion. Si, d’une part,
le monde numérique offre de nombreuses occasions de partager des témoignages de
vie et des expériences spirituelles, tout en permettant une diffusion plus large
des contenus de la catéchèse par rapport aux moyens disponibles par le passé,
les nouvelles technologies offrent sans aucun doute des possibilités inédites
d’évangélisation. D’autre part, dans certains contextes, la proposition de foi
risque d’être désincarnée, déconnectée de la vie concrète ou liée à des
idéologies promues par des minorités bruyantes. Cela peut conduire à des
déformations de la foi elle-même ou de la conscience, ou inciter les personnes à
se construire une soi-disant foi “à la carte”, façonnée selon leurs goûts et
leurs préférences, plutôt que selon l’enseignement de l’Église.
61. De plus, on a observé que la culture numérique tend à remodeler certaines
catégories fondamentales de la pensée telles que l’espace, le temps et
l’autorité, qui constituent des éléments essentiels du concept même de
tradition. Par conséquent, en modifiant la manière de concevoir cette dernière,
la transmission de la foi ne peut qu’en être transformée jusque dans ses
fondements. En ce qui concerne l’espace, comme déjà évoqué, le sentiment
d’appartenance à un contexte local et concret s’atténuerait, sans pour autant
disparaître, puisque les personnes sont en même temps intégrées dans un réseau
mondial, au sein duquel les distances physiques semblent relativisées, voire
dépassées. Quant au temps, c’est en revanche la signification même de la mémoire
qui changerait. Le fait que tous les contenus mis en ligne y demeurent
indéfiniment, associé à la rapidité qui caractérise les échanges entre les
personnes, contribue à faire perdre un sens authentique de l’histoire et du
passé, puisque tout est aplati en une sorte d’éternel présent. Cette situation
rend les internautes particulièrement sensibles aux modes du moment.
62. En ce qui concerne l’autorité, il convient de prêter une attention
particulière à la mise en garde du pape Léon XIV dans sa première encyclique
Magnifica humanitas : « Des outils qui pourraient favoriser le débat et la
participation sont souvent utilisés pour construire des récits déformés et
brouiller les frontières entre le vrai et le faux, en mélangeant données et
opinions. La désinformation n’est pas née avec l’IA, mais elle trouve
aujourd’hui en elle un puissant multiplicateur. La possibilité de manipuler des
contenus, des images et des vidéos expose les citoyens à des perspectives
partielles ou trompeuses. Le problème touche à la dimension culturelle et
morale, car la qualité de la communication publique dépend directement de la
confiance sociale et a une incidence sur celle-ci. Une information véridique, en
effet, ne naît pas d’un contrôle centralisé ou automatisé. Dans le discours
public, la vérité des faits possède une dimension rationnelle car elle exige la
vérification, le recoupement des sources et la responsabilité argumentative ;
mais la vérité est encore plus relationnelle, elle se construit à travers des
liens de confiance et des pratiques partagées, dans une confrontation honnête
avec les autres et avec le monde ».[60]
Par conséquent, l’accès généralisé à de multiples sources de connaissance et,
simultanément, la présence d’un grand nombre de voix toutes placées sur un pied
d’égalité, où le seul critère de distinction réside dans l’efficacité de la
communication, mettent gravement en crise la crédibilité des institutions
traditionnelles. En effet, pour beaucoup, il n’est plus évident de savoir qui
est véritablement en mesure de faire autorité sur les questions fondamentales de
la vie humaine.
Nouvelles frontières de l’évangélisation
63. Un regard réaliste sur cette situation ne doit toutefois pas conduire au
désespoir pour l’avenir de l’Église. Parmi les opportunités que l’Esprit Saint
offre dans le contexte actuel de changement d’époque, il y a en effet celle
d’une adhésion à la foi plus consciente et plus convaincue, comme l’affirment
les évêques belges : il s’agit d’« une occasion positive de permettre aux
personnes de choisir consciemment d’approfondir leur foi ».[61]
Une telle attitude se retrouve également dans un contexte géographiquement
éloigné, comme celui du Chili, dont les évêques observent que « la foi ne peut
plus être considérée comme un héritage culturel stable, ni comme une adhésion
spontanée à un univers symbolique partagé. Il s’agit plutôt d’une proposition
qui doit être accueillie librement, accompagnée dans ses différents parcours et
vérifiée sur le plan existentiel ».[62]
En outre, il ne faut pas oublier un phénomène qui touche les régions les plus
sécularisées d’Europe et d’Amérique, à savoir le nombre croissant de conversions
et de retours à l’Église, surtout de la part de jeunes et de jeunes adultes. Le
cas de la France est particulièrement significatif : face à une baisse générale
des baptêmes d’enfants et de la pratique religieuse, on observe une croissance
exceptionnelle et constante des demandes de recevoir le sacrement du baptême de
la part de jeunes et d’adultes. D’après les résultats d’une enquête menée pour
le compte de la Conférence épiscopale de France, il apparaît que, par rapport à
l’année précédente, le nombre d’adultes ayant reçu le baptême en 2026 a augmenté
de 28%, au point d’avoir plus que triplé par rapport au chiffre de 2016. Comme
déjà mentionné, ce phénomène concerne surtout les nouvelles générations : la
grande majorité a moins de 40 ans et, parmi celle-ci, environ la moitié se situe
dans la tranche d’âge comprise entre 18 et 25 ans. D’après les témoignages
recueillis, parmi les motivations qui poussent à demander ce sacrement, figurent
la découverte de la foi à la suite d’un moment de crise (par exemple, un deuil
ou une maladie), le fait d’avoir vécu des expériences spirituelles et de beauté,
ou encore le contact avec d’autres croyants, tant au niveau personnel que sur
les réseaux sociaux.[63]
64. D’un point de vue statistique général, ce phénomène ne concerne encore qu’un
pourcentage relativement limité de la population totale ; toutefois, cela
n’enlève rien au fait qu’il s’agit néanmoins d’événements non négligeables et
toujours source de joie. Il convient pourtant de souligner qu’un regard plus
large sur la situation suggère d’adopter une attitude prudente dans l’évaluation
de cette réalité. En effet, si l’on constate, d’une part, une augmentation
effective des demandes des sacrements d’initiation chrétienne dans ces zones
fortement sécularisées, d’autre part, on observe une difficulté parallèle quant
à la persévérance des néophytes : peu de temps après avoir reçu le baptême, ils
retombent dans un état d’indifférence pratique. C’est pourquoi, tout en évitant
d’avoir une attitude triomphaliste à cet égard, on ne peut nier que ces
phénomènes constituent des signes concrets d’espoir et de vitalité évangélique.
Parallèlement, la situation décrite invite à redécouvrir l’importance de la
communauté dans l’accueil et l’accompagnement des nouveaux fidèles.
65. On constate que, dans ces cas, l’annonce de l’Évangile, réalisée selon des
modalités très variées – du bouche-à-oreille à l’invitation à un pèlerinage, en
passant par une présence active sur les nouveaux moyens de communication –,
permet d’accueillir une authentique quête de sens qui renaît au milieu de
l’asphyxie de l’immanence. Une telle quête peut se présenter sous de nombreuses
formes, qu’il ne faut pas déprécier : la recherche d’une plus grande ouverture
du cœur, le besoin de paix et d’harmonie avec le monde, le désir de consolation
et de guérison, les expériences de rupture et de confrontation qui poussent à
tout recommencer, de nouvelles formes de beauté, une certaine redécouverte de
l’ancien et des traditions, sans oublier bien d’autres exemples que l’on
pourrait multiplier. Il s’agit là de réalités à considérer avec gratitude, en y
reconnaissant l’œuvre du Saint-Esprit, qui continue d’agir dans le cœur des
personnes.
66. Pour l’essentiel, s’impose à nouveau la nécessité de transmettre la foi à
partir du kérygme. Cela vaut tant pour les pays sécularisés de vieille
tradition chrétienne que pour ceux où l’Église constitue généralement une
minorité, comme en Asie. En effet, de nombreux pays asiatiques sont eux aussi
touchés par la sécularisation et l’individualisme, surtout dans les régions
connaissant une croissance économique rapide. Toutefois, l’impact de ces
influences culturelles sur les communautés de fidèles diffère de celui que l’on
observe dans les sociétés de tradition chrétienne. C’est précisément le fait
d’être souvent minoritaires au sein de la société (à l’exception notable des
Philippines et du Timor Est) qui a conduit les Églises d’Asie à se développer en
tant que communautés bien définies sur le plan sociologique ; cela a favorisé la
consolidation d’une identité forte, leur permettant de traverser l’histoire
malgré des contextes parfois hostiles ou marqués par de véritables persécutions.
Dans le contexte actuel du changement d’époque, ce fait entraîne, du point de
vue de la transmission de la foi, des conséquences de deux ordres. D’une part,
les communautés chrétiennes ne sont pas à l’abri de la culture sécularisée
généralisée décrite ci-dessus, ce qui provoque une érosion de la pratique
religieuse, surtout chez les nouvelles générations. D’autre part, elles sont
appelées à dépasser une adhésion au christianisme fondée sur la simple inertie
de l’appartenance sociale,[64] pour
parvenir à un choix personnel et conscient, capable d’orienter les propres choix
de vie. Cela vaut tout particulièrement pour les régions qui se distinguent par
la présence de cultures très anciennes, comme l’Inde ou la Chine, où l’effort
visant à incarner l’annonce évangélique dans la vie des personnes doit se
confronter à la manière particulière dont une culture donnée aborde des notions
telles que la vérité, le bien et la beauté. À cela s’ajoute la nécessité de
repenser la manière même d’annoncer l’Évangile, en privilégiant les formes
narratives plutôt que la simple transmission de concepts abstraits. Cet effort
est indispensable pour préparer le terrain du cœur de chaque être humain (cf.
Mt 13, 3-8) à une rencontre authentique avec la Bonne Nouvelle.
67. Malgré la diversité des situations qui caractérisent ce vaste continent,
l’Afrique est, elle aussi, confrontée au problème de la sécularisation et de
l’individualisme d’origine occidentale, qui touchent surtout les milieux urbains
et les nouvelles générations. Dans les Églises d’Afrique, cependant, la réponse
à ces influences culturelles sur la transmission de la foi s’inscrit dans le
cadre de deux défis, tout aussi exigeants, auxquels il a déjà été fait
référence : l’inculturation de l’Évangile dans les cultures locales, ainsi que
la “concurrence” du prosélytisme exercé par d’autres religions. L’importance du
premier aspect est soulignée par les évêques du Nigéria : « La présence
significative d’un clergé autochtone a facilité la transmission de la foi au
sein des cultures locales, car ces prêtres servent de modèles auxquels on peut
s’identifier et de guides spirituels, comblant ainsi efficacement le fossé entre
les valeurs traditionnelles nigérianes et les enseignements catholiques ».[65]
Une autre initiative précieuse est celle des « Petites communautés chrétiennes »
(Small Christian Communities) qui, comme le rapportent les évêques de la
Tanzanie, « constituent les unités de base pour la prière, la catéchèse et la
vie communautaire. La foi est souvent transmise à travers une approche qui
considère la communauté comme une famille ».[66]
68. Comme nous l’avons déjà mentionné, la transmission de la foi en Afrique
(mais aussi ailleurs) souffre de l’activité antagoniste de groupes religieux qui
proposent un “Évangile de la prospérité”, en jouant sur les besoins matériels
immédiats. Dans des régions comme la Côte d’Ivoire, par exemple, on assiste,
d’une part, à la recherche de mouvements promettant le bien-être et le bonheur,
tandis que, d’autre part, on observe le retour de nombreux baptisés vers des
pratiques traditionnelles et ésotériques.[67]
69. Il faut reconnaître que, souvent, l’attrait d’une telle proposition découle
de certaines lacunes objectives dans les modalités d’annonce de l’Évangile, qui
ne parviennent pas toujours à prendre en compte de manière adéquate les besoins
réels et concrets des familles. Cela implique que les communautés chrétiennes
sont appelées à rechercher des moyens sains de présenter l’Évangile comme une
réponse efficace même par rapport aux besoins les plus tangibles, à l’exemple de
Jésus qui parcourait le pays d’Israël « en faisant du bien et en guérissant tout
le monde » (Ac 10, 38), montrant ainsi qu’il savait répondre non
seulement aux questions ultimes, mais aussi à celles “avant-dernières”. En
effet, ces désirs ne sont pas toujours motivés par l’égoïsme (tels le souci du
bien-être des enfants, la protection de la santé, le désir de rétablir les liens
familiaux, etc.). Découvrir que l’Église peut offrir une aide spirituelle
concrète face à ces préoccupations dispose le cœur à accueillir l’annonce
kérygmatique avec une vigueur renouvelée.
70. Dans d’autres contextes africains, en revanche, comme en République
démocratique du Congo, outre les pressions exercées par des groupes
fondamentalistes, les communautés chrétiennes subissent également la menace
d’une expansion agressive de mouvements islamistes.[68]
Tous ces facteurs influencent de nombreux fidèles qui n’ont pas reçu une solide
formation dans la foi ou n’ont pas fait l’expérience personnelle de l’effet
transformateur du kérygme dans leur vie.
71. Enfin, nous ne pouvons passer sous silence le fait que, dans de nombreuses
régions du monde, les croyants en Jésus sont encore victimes de véritables
persécutions de la part de groupes religieux extrémistes. À cet égard, il est
urgent de réaffirmer que toute forme de violence exercée en raison de la
croyance professée constitue une violation inadmissible de la dignité humaine,
car « ceux qui utilisent le nom de Dieu pour légitimer le terrorisme, la
violence ou la guerre en trahissent le visage : combattre au nom de la religion
revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même ».[69]
Il s’agit là de perversions du message religieux qui doivent être ouvertement
dénoncées et que toute autorité politique est appelée à réprimer sans
hésitation.
Chapitre IV
La place centrale du kérygme
72. Face à la situation décrite plus haut, il semble tout à fait naturel
que les croyants prennent un nouveau départ en s’engageant dans une grande
période d’annonce de l’Évangile, donnant suite pour finir à ce que demandait le
pape François dans
Evangelii gaudium au sujet de l’urgence pour toute
l’Église de donner vie à une nouvelle étape de l’évangélisation. Cet appel a été
relancé par le pape Léon XIV, qui reconnaît la nécessité d’« une mission
christocentrique et kérygmatique qui naît d’une rencontre avec le Christ capable
de transformer la vie et qui se diffuse par attraction plus que par conquête. Il
s’agit d’une mission intégrale, qui allie annonce explicite, témoignage,
engagement et dialogue, sans céder à la tentation du prosélytisme ni à une
logique de simple conservation ou expansion institutionnelle ».[70]
Nous ne le faisons pas d’abord pour répondre à un nouveau défi historique, mais
par fidélité à l’identité chrétienne elle-même qui ne peut manquer d’inclure le
don de soi dans la transmission de la lumière du Christ. Dans cette perspective,
il convient de réfléchir au thème de l’annonce du kérygme et à la manière
dont celui-ci réoriente la vie et la mission de l’Église.
73. La révélation divine, comme l’enseigne le Concile Vatican II, n’est
pas une simple transmission de vérités doctrinales ni une “instruction” de Dieu
à l’humanité, mais un dialogue d’alliance : « Dieu invisible s’adresse aux
hommes en son surabondant amour comme à des amis, il s’entretient avec eux pour
les inviter et les admettre à partager sa propre vie ».[71]
De ce fait, le kérygme, l’annonce fondamentale de la foi, exige de celui
qui l’accueille une réponse qui ne se limite pas au niveau intellectuel,
mais qui engage toute l’existence à répondre à l’appel que Dieu adresse à la
personne pour qu’elle partage Sa propre vie. Précisément parce qu’elle ne se
limite pas au seul domaine cognitif, mais qu’elle revêt, pour ainsi dire, une
portée existentielle (cf. Jn 17, 3), cette réponse est, par nature, un
événement de salut : « Si tu confesses de ta bouche que “Jésus est le
Seigneur !” et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les
morts, tu seras sauvé » (Rm 10, 9).
74. La vérité évangélique est donc salvatrice, elle est vivante, mieux
encore, elle est une personne : le Christ lui-même (cf. Jn 14, 6). Cela
se reflète dans la structure de l’acte de foi, qui se caractérise à la fois par
“l’abandon total”[72] au Christ de
chaque être humain éclairé par sa grâce (fides qua), et par les “choses
crues” (fides quae), qui précisent le contenu de cet acte d’abandon.[73]
L’exactitude de l’exposé de la foi et la quête humaine de sens, qui n’est jamais
pleinement épuisée (cf. 1 Co 15, 28), vont de pair.
Susciter une expérience de foi
75. À cet égard, ce que nous pouvons lire dans
Evangelii gaudium
reste donc valable : « Dans la catéchèse, la première annonce ou “kérygme” a un
rôle fondamental, qui doit être au centre de l’activité évangélisatrice et de
tout objectif de renouveau ecclésial. Le kérygme est trinitaire. C’est le feu de
l’Esprit qui se donne sous forme de langues et nous fait croire en Jésus-Christ,
qui par sa mort et sa résurrection nous révèle et nous communique l’infinie
miséricorde du Père. Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première
annonce : “Jésus-Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant
il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour
te libérer”. Quand nous disons que cette annonce est “la première”, cela ne veut
pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée
par d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif,
parce qu’elle est l’annonce principale, celle que l’on doit toujours
écouter de nouveau de différentes façons et que l’on doit toujours annoncer de
nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et
ses moments ».[74]
76. La première réflexion suggérée par la citation précédente est que
l’annonce de la vérité fondatrice et fondamentale du christianisme –
Jésus-Christ, vivant, t’aime et a donné sa vie pour te sauver – doit se
dérouler de manière à susciter une expérience de foi, capable d’ouvrir un
processus de formation de l’identité chrétienne de chacun. Se dessine ainsi un
triple parcours qui doit caractériser une transmission de la foi recentrée sur
le kérygme : tout d’abord, l’annonce centrale de la présence et de
l’amour du Christ ressuscité ; ensuite, l’expérience intérieure de sa présence
et de son amour, suscitée par cette annonce ; enfin, le début d’un cheminement
de connaissance et d’amour du Christ, rendu possible par l’accueil de l’annonce
par qui la reçoit avec un cœur libre et sincère.
77. Il ne s’agit donc pas d’une simple transmission de contenus, aussi
importants soient-ils, même s’ils concernent le salut de chaque être humain. Il
doit s’agir d’une annonce “performante”, capable de toucher véritablement le
cœur de ceux qui la reçoivent et de les pousser à marcher vers le cœur du
Seigneur Jésus, où il est possible de contempler et d’entrer en contact avec ce
feu d’amour qu’il est venu jeter sur la terre (cf. Lc 12, 49). L’annonce
du kérygme doit embraser les cœurs de ceux à qui elle s’adresse,
selon le modèle sublime que Jésus lui-même met en œuvre auprès des disciples
d’Emmaüs : « Et ils se dirent l’un à l’autre : “Notre cœur ne brûlait-il pas en
nous tandis qu’il nous parlait en chemin, lorsqu’il nous expliquait les
Écritures ?” » (Lc 24, 32).
78. Le lien entre kérygme et catéchèse, dans le contexte du
changement d’époque, est très étroit, au point que la seconde « ne peut pas
toujours être distinguée de la première annonce », raison pour laquelle elle « appelle à la foi ».[75]
À cet égard précisément, il peut être utile de rappeler une situation désormais
fréquente. Comme on l’a déjà observé, il arrive de plus en plus souvent que les
parents chrétiens ne parviennent plus à transmettre la foi à leurs enfants ;
pourtant, le simple fait de demander le baptême pour leurs enfants ou de les
accompagner à la catéchèse manifeste déjà une certaine présence de la foi et un
témoignage fragile, mais authentique, à ne pas sous-estimer. Dans ces cas-là, il
est même possible que les enfants ou les adolescents qui arrivent à la catéchèse
n’aient pas encore reçu une première annonce explicite de l’Évangile. C’est
précisément pour cette raison que la catéchèse devient le lieu où cette annonce
peut être proposée à nouveau, ce qui confirme la nécessité d’un profond
renouveau kérygmatique de la catéchèse elle-même, car il n’est pas rare qu’elle
ne parvienne pas à susciter une expérience intense de rencontre avec le Christ,
capable de durer dans le temps.[76]
79. D’autre part, le fait que de nombreux enfants et adolescents
s’éloignent de l’Église et des sacrements immédiatement après avoir achevé leur
parcours d’initiation chrétienne ou leur scolarité dans une école catholique
indique que la catéchèse peine encore à trouver les voies les plus appropriées
pour susciter une rencontre personnelle solide et durable avec le Christ.
La question du langage
80. Dans le contexte d’une époque en mutation, le véritable défi pour
l’Église est que la parole de l’Évangile soit considérée « comme un critère
vivant pour orienter des choix concrets, inspirer des chemins de conversion
personnelle et communautaire, promouvoir des réformes des structures et soutenir
de nouvelles formes de témoignage évangélique dans la vie publique ».[77]
En ce sens, étant donné la richesse des nombreux documents et supports élaborés
par le Dicastère pour l’Évangélisation,[78]
il apparaît aujourd’hui plus urgent que jamais d’analyser avec sagesse les modes
courants d’organisation de la catéchèse, afin que la transmission de la foi ne
reste pas confinée à des langages que l’on pourrait qualifier de “scolaires”,
“dogmatiques” ou “moralistes”. En effet, une communication répétitive et
autoréférentielle du message évangélique risque trop souvent de ne pas toucher
le cœur des fidèles. C’est pourquoi le langage de la foi ne doit pas se limiter
à une froide exposition de concepts ; il doit certes posséder cette clarté qui
facilite la compréhension, mais il doit surtout se caractériser comme un appel
du cœur, en rappelant que « le Seigneur nous sauve en parlant à notre cœur à
partir de son Sacré-Cœur »[79] et
que « le programme du chrétien [...] est “un cœur qui voit” ».[80]
Ainsi seulement il constituera un langage qui fera véritablement bouger les
choses dans la vie des gens, car il sera l’expression de la voix même du
Seigneur, le seul qui puisse véritablement toucher leur cœur : « Parle à mon
cœur avec vérité. Toi seul sais le faire ».[81]
81. En résumé, pour que la transmission de la foi soit réellement
efficace, elle doit prendre la forme d’une relation interpersonnelle engageante.
À cette fin, « il faut privilégier le langage de la proximité, la langue de
l’amour désintéressé, relationnel et existentiel qui touche le cœur, atteint la
vie, éveille l’espérance et les désirs ».[82]
Cette communication ne prétend pas prendre la parole en premier, mais naît avant
tout de l’écoute, rendant possible un véritable échange de dons entre celui qui
annonce et celui qui accueille l’annonce, facilitant ainsi la rencontre avec le
Christ qui marche avec nous.
82. Cela signifie que la transmission de la foi peut s’accomplir là où le
langage se fait témoignage, devenant lui-même un événement de l’Esprit. Comme
nous le dit saint Alberto Hurtado, cité dans l’Exhortation apostolique
Christus vivit : « Être apôtre, ce n’est pas porter une torche à la main,
posséder la lumière, mais être la lumière […]. L’Évangile, […] plus qu’un
enseignement, est un exemple. Le message changé en vie vécue ».[83]
Ainsi, l’Église pourra offrir aujourd’hui encore une parole qui soit à la fois
mémoire et prophétie, capable de faire brûler à nouveau sur le chemin le cœur
des disciples accompagnés par le Maître, permettant à la grâce de susciter cette
adhésion mystique à la foi,[84] à
propos de laquelle les paroles du prophète Jérémie restent d’actualité: « Il y
avait dans mon cœur comme un feu ardent, enfermé dans mes os ; je m’efforçais de
le retenir, mais je ne le pouvais pas » (Jr 20, 9).
La formation chrétienne
83. Il découle de ce qui précède que les communautés de croyants sont
vivement appelées à promouvoir, à temps et à contretemps, un renouveau de
l’annonce du kérygme. D’ailleurs,
Evangelii gaudium soulignait un
autre aspect tout aussi important : « On ne doit pas penser que, dans la
catéchèse, le kérygme soit abandonné en faveur d’une formation qui prétendrait
être plus “solide”. Il n’y a rien de plus solide, de plus profond, de plus sûr,
de plus consistant et de plus sage que cette annonce. Toute la formation
chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair
toujours plus et toujours mieux, qui n’omet jamais d’éclairer l’engagement
catéchétique, et qui permet de comprendre convenablement la signification de
n’importe quel thème que l’on développe dans la catéchèse. C’est l’annonce qui
correspond à la soif d’infini présente dans chaque cœur humain. La centralité du
kérygme demande certaines caractéristiques de l’annonce qui aujourd’hui sont
nécessaires en tout lieu : qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable
à l’obligation morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle
fasse appel à la liberté, qu’elle possède certaines notes de joie,
d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse qui ne réduise pas la
prédication à quelques doctrines parfois plus philosophiques qu’évangéliques ».[85]
84. On retrouve ici le grand enseignement du Concile Vatican II concernant
la hiérarchie des vérités parmi les mystères chrétiens. En effet,
Unitatis redintegratio (n. 11) affirme que « dans le dialogue œcuménique, les
théologiens catholiques, fidèles à la doctrine de l’Église, en conduisant ensemble avec les frères séparés leurs recherches sur les divins
mystères, doivent procéder avec amour de la vérité, charité et humilité. En
comparant les doctrines entre elles, ils se rappelleront qu’il y a un ordre ou
une “hiérarchie”des vérités de la doctrine catholique, en raison de leur rapport
différent avec le fondement de la foi chrétienne ».[86].Cette
perspective a été élargie par
Evangelii gaudium au domaine de l’annonce
de l’Évangile, de la théologie et de la proposition morale.[87]
C’est pourquoi, dans le changement d’époque que nous vivons, il ne semble pas
opportun, pour transmettre la foi aux nouvelles générations, aux catéchumènes
adultes et à ceux que l’on appelle les “recommençants”, de se disperser dans de
nombreux domaines de la doctrine catholique, aussi importants soient-ils, au
risque de perdre de vue ce qu’il y a en elle « de plus solide, de plus profond,
de plus sûr, de plus consistant » :[88]
l’amour de Dieu, qui est comme une flamme capable de redonner vie, joie,
espérance et confiance à toute existence humaine. C’est grâce à l’action de
l’Esprit que l’on accède à cette flamme par la rencontre – avec foi et dans la
foi – avec le Seigneur Jésus.
85. C’est précisément en annonçant le kérygme d’une manière
renouvelée et régénératrice, passionnée et passionnante, que la communauté des
croyants pourra s’acquitter de la tâche de transmettre, de génération en
génération, la lumière que Jésus est venu apporter sur terre.
86. Concrètement, pour qu’elle puisse véritablement susciter une
expérience de foi, l’annonce du kérygme devra adopter un style, un
langage et un ton capables d’atteindre les personnes là où elles se trouvent,
avec leurs désirs et leurs rêves, avec leurs peines et leurs tourments. Elle
devra donc être capable de présenter la bonne nouvelle de l’amour et de la
miséricorde de Dieu, de telle sorte que ceux qui la reçoivent puissent
véritablement comprendre que cet amour et cette miséricorde s’adressent
précisément à eux. C’est là le style qui caractérise les paraboles du Seigneur
Jésus, lesquelles, aujourd’hui encore, touchent le cœur de ceux qui les
écoutent.
Chapitre V
La transmission de la foi dans les communautés
87. À partir de cette réflexion générale sur le caractère central du
kérygme, on peut formuler quelques observations plus spécifiques. La
première, et la plus essentielle, concerne la qualité de la vie
communautaire des disciples du Seigneur. Elle doit refléter un amour sincère
entre les frères, une prise en charge mutuelle, une disponibilité généreuse
envers tous, en particulier les plus défavorisés ; en outre, elle manifestera un
climat de joie et de fête, cette vie d’un seul cœur et d’une seule âme (cf. Ac 4,
32) qui est propre à une communauté accueillante et hospitalière, capable, même
en cette période de changement d’époque, d’attirer l’attention de chacun et de
l’amener à l’expérience de la foi chrétienne. Dans un monde toujours plus
fragmenté, où les seuls liens entre les êtres humains à avoir droit de cité
semblent ceux instaurés par les infrastructures numériques, un besoin et un
désir d’appartenance apparaissent de plus en plus évidents chez de nombreuses
personnes. Nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes, et les réseaux sociaux ne
comblent pas notre nature originelle d’“animaux sociaux”. En tant que croyants,
nous devons garder le cœur et les portes ouverts à ces nouvelles situations des
personnes. D’ailleurs, la première forme d’évangélisation se fait toujours “de
personne à personne”.[89]
88. Dans cette optique, il apparaît particulièrement urgent, surtout dans
les pays de vieille évangélisation, d’insister sur l’importance de promouvoir,
au sein de chaque communauté ecclésiale, des groupes d’écoute, de méditation, de
partage et de prière autour de la Parole, auxquels seront consacrés des moments
spécifiques et fixes, qui s’ajoutent à la célébration de l’Eucharistie
dominicale. Que les paroles du pape François soient pour nous une source
d’inspiration : « La fréquentation constante de l’Écriture Sainte et la
célébration de l’Eucharistie rendent possible la reconnaissance entre personnes
qui s’appartiennent. En tant que chrétiens, nous sommes un seul peuple qui
marche dans l’histoire, fort de la présence du Seigneur parmi nous qui nous
parle et nous nourrit. […] Nous avons un besoin urgent de devenir familiers et
intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité, qui ne cesse de rompre la Parole
et le Pain dans la communauté des croyants. C’est pourquoi nous avons besoin
d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera
froid et les yeux resteront fermés, frappés comme par d’innombrables formes de
cécité ».[90] Ces groupes bibliques
pourront aisément adopter la pratique ancienne de la lectio divina et les
méthodologies exégétiques modernes, afin de faciliter cette familiarité des
croyants avec l’Écriture sainte.
89. Malgré tous ces changements historiques, les principaux canaux de
transmission de la foi restent les rencontres “de personne à personne”. C’est
pourquoi, parmi les contextes dans lesquels la foi est transmise, l’amitié revêt
une importance particulière, comme en témoignent également les cas de conversion
les plus récents. La tradition de l’Église a toujours reconnu la valeur
éducative des relations fraternelles authentiques,[91]
comme n’a pas manqué de le souligner le Magistère récent, notamment à propos du
cheminement de foi des jeunes générations, ainsi que l’affirme, par exemple, le
pape François : « L’amitié est un cadeau de la vie, un don de Dieu. Le Seigneur
nous polit et nous fait mûrir à travers les amis ».[92]
L’amitié constitue, en effet, un espace privilégié où le témoignage personnel,
l’entraide et le partage des joies et des difficultés de la vie rendent possible
un partage de la foi capable d’engager toute l’existence. Tout comme la famille,
une saine amitié représente le cadre par excellence des relations authentiques
et peut, elle aussi, être considérée comme une école d’humanité,[93]
où les croyants peuvent s’accompagner et se soutenir mutuellement dans la suite
du Christ.
Liturgie
90. La deuxième réflexion liée à la redécouverte du caractère central de
l’annonce du kérygme concerne la liturgie. Si le cœur de l’annonce
chrétienne est la rencontre avec l’amour salvifique de Dieu dans le Christ, la
liturgie constitue le lieu privilégié où ce mystère est célébré et communiqué de
manière sacramentelle. Précisément pour cette raison, elle occupe un rôle
central dans la transmission de la foi, se présentant comme le cœur battant de
la vie ecclésiale, où la communauté se nourrit de la Parole de Dieu et du Pain
de vie éternelle. À ce propos, il faut dépasser une vision réductrice qui la
considérerait comme un simple cadre rituel de la vie ecclésiale. Avant d’être un
enseignement, la liturgie est d’abord une expérience de la foi, en tant qu’elle
permet au fidèle de prendre part à des gestes, des paroles, des silences et des
symboles, faisant ainsi l’expérience vivante du mystère du Christ. Comme
l’affirme
Evangelii gaudium, « l’Église évangélise et s’évangélise
elle-même par la beauté de la liturgie » :[94]
c’est précisément grâce à sa force symbolique et à sa capacité d’impliquer
intégralement la personne que la liturgie devient un lieu authentique d’annonce
et de rencontre avec le Seigneur. Par l’action liturgique, et en particulier au
cœur de l’Eucharistie, on est introduit toujours plus profondément dans le
mystère pascal, tandis que se manifeste le caractère sacramentel de l’Église,
appelée à être signe de l’amour de Dieu pour l’humanité. Dans cet événement
sacramentel, la rencontre avec le Ressuscité devient un geste partagé et vital
qui forme le croyant non seulement en l’“informant”, mais en le façonnant de
l’intérieur, afin qu’il devienne participant au mystère célébré. C’est pourquoi,
dans la liturgie, la foi est transmise de manière performative : on ne se
contente pas de parler de Dieu, mais on entre en relation avec Lui. La liturgie
est mémoire et tradition vivante qui engendre et façonne des chrétiens capables
de témoigner du salut qu’ils ont rencontré : en participant à la prière
liturgique, on entre dans une histoire, dans une mémoire partagée qui traverse
les siècles. Célébrer signifie donc avant tout recevoir une foi qui a été crue,
vécue et priée par d’autres avant nous.
91. Cette dynamique met aussi en lumière la dimension éminemment
communautaire de la liturgie. En effet, la foi ne se transmet pas seulement par
l’annonce ou l’enseignement individuel, mais aussi au sein d’un peuple qui
célèbre. Dans la liturgie le croyant n’est jamais isolé, mais il est intégré
dans un “nous” qui le précède, l’accompagne et le dépasse. Cette dimension
communautaire constitue un puissant antidote à l’attrait d’un mode de vie
égoïste et individualiste, aujourd’hui si répandu dans de nombreux contextes,
comme nous avons déjà pu le constater. Précisément parce qu’elle est une
expérience ecclésiale et populaire, la célébration de la foi est étroitement
liée aux processus d’inculturation, c’est-à-dire à l’effort visant à « mieux
communiquer la vérité de l’Évangile dans un contexte déterminé, sans renoncer à
la vérité, au bien et à la lumière qu’il peut apporter quand la perfection n’est
pas possible ».[95] Appliquée à la
liturgie, cette perspective exige de préserver la richesse de la tradition
symbolique de l’Église, tout en la rendant accessible et significative pour les
hommes et les femmes de notre temps, dans une tension salutaire et féconde entre
fidélité à la tradition et intelligibilité du message célébré.
92. Du point de vue de la transmission de la foi, la liturgie revêt donc
une importance cruciale conformément à l’adage ancien lex orandi, lex
credendi.[96] Il s’ensuit que
la célébration liturgique ne peut se réduire à une simple exécution formelle,
mais doit être une action dans laquelle les signes parlent réellement à l’esprit
et au cœur des fidèles, exprimant de manière vivante et concrète la foi unique
de l’Église et renforçant chez chaque croyant la conscience d’être membre du
Corps du Christ. C’est seulement par une participation pleinement consciente,
qui suppose une éducation adéquate au langage liturgique, que la foi peut être
transmise non pas comme une doctrine abstraite, mais comme une vie nouvelle qui
se communique “par attraction” dans la vie quotidienne. Le jeune Augustin fut
lui aussi témoin de cette efficacité de la liturgie ; des années après cette
expérience, il put écrire : « Combien de larmes j’ai versées en écoutant les
accents de tes hymnes et de tes cantiques, qui résonnaient doucement dans ton
église ! Une émotion violente : ces accents coulaient dans mes oreilles et
distillaient la vérité dans mon cœur, y suscitant un sentiment chaleureux de
piété. Les larmes qui coulaient me faisaient du bien ».[97]
Par la beauté des signes et la force de la Parole, l’action liturgique devient
donc la source génératrice de la mission ecclésiale, permettant à la communauté
de rendre compte de l’espérance qui l’habite à travers la crédibilité d’une vie
transfigurée par la grâce. C’est pourquoi il est nécessaire d’accorder une
attention particulière aux célébrations et d’offrir un accompagnement
mystagogique aux nouvelles générations, afin qu’elles puissent comprendre et
vivre pleinement ce qu’elles célèbrent dans la liturgie.
93. De plus, la liturgie peut être vécue de différentes manières. Il
existe en effet, au sein même de la piété populaire, une façon propre de
manifester une sensibilité liturgique, qui se décline sous différentes formes
selon les cultures. Pour comprendre ce phénomène, on peut citer un beau récit de
Romano Guardini, dans lequel il raconte son voyage en Sicile : « Aujourd’hui,
j’ai vu quelque chose de grandiose : Monreale. […] Lorsque nous y sommes arrivés
– c’était le Jeudi Saint –, la messe solennelle avait déjà dépassé la
consécration. […] Que pourrais-je dire de la splendeur de ce lieu ? […] La foule
était assise et regardait. […] Presque personne ne lisait. Tous vivaient dans le
regard, tous étaient tendus vers la contemplation. Alors il m’apparaît
clairement quel est le fondement d’une véritable piété liturgique : la capacité
à saisir le “saint” dans l’image et dans son dynamisme. Monreale, samedi saint.
[…] De temps à autre, un rayon de soleil pénétrait dans la voûte, et alors un
sourire doré envahissait l’espace au-dessus de nos têtes. […] Mais le plus beau,
c’était le peuple. […] La cérémonie sacrée s’est prolongée pendant plus de
quatre heures, et pourtant la participation est restée vive tout au long. Il
existe différentes manières de participer à la prière. L’une s’exprime en
écoutant, en parlant, en gesticulant. L’autre, en revanche, se déroule en
regardant. La première est bonne, et nous, en Europe du Nord, n’en connaissons
pas d’autre. Mais nous avons perdu quelque chose qui existait encore à Monreale
: la capacité de vivre-dans-le-regard, de demeurer dans la vision, d’accueillir
le sacré à travers la forme et l’événement, en contemplant ».[98]
94. Il faudra veiller tout particulièrement à permettre, dans chaque
diocèse, aux fidèles et à ceux qui s’approchent ou se rapprochent de la
communauté des croyants d’entrer en contact avec les différentes sensibilités
liturgiques présentes dans la tradition de l’Église catholique. Dans le respect
des normes liturgiques en vigueur, les pasteurs sont appelés à mettre en valeur
la richesse du patrimoine liturgique catholique – pensons, par exemple, à la
variété des styles musicaux qui le caractérisent – de manière à pouvoir entrer
en contact avec les différentes sensibilités de leurs contemporains. Une
attention particulière devra en outre être accordée à l’accompagnement, par des
prières, des étapes marquantes de la vie humaine. En Occident surtout, on
assiste à une perte progressive de la mémoire collective des rites et des
pratiques rituelles, au profit d’un individualisme très radical, mais cela ne
supprime pas le besoin anthropologique de ritualité auquel l’être humain a
toujours su répondre de différentes manières. La communauté chrétienne grandit
et s’édifie à travers les pratiques rituelles, et le riche patrimoine spirituel
de l’Église représente en ce sens une ressource précieuse inépuisable.
Le rôle du témoignage
95. La troisième considération essentielle concerne le témoignage des
croyants. Celui-ci s’articule autour de trois dimensions fondamentales : le
témoignage de la sainteté, celui de la proximité et celui de l’option
préférentielle pour les pauvres. À chaque époque, quiconque a rencontré le
témoignage d’un chrétien exemplaire a toujours été incité à découvrir le secret
de cette vie si particulière et si différente de celle de la plupart de ses
semblables. Un croyant qui vit pleinement les exigences du message chrétien est
en soi un renvoi constant à la véritable lumière du monde qu’est Jésus-Christ.
Comme l’affirme le pape François, « la sainteté est véritablement le plus beau
visage de l’Église ».[99] Il
suffirait ici de rappeler les figures de saint François d’Assise et de Mère
Teresa de Calcutta. Il faut en effet reconnaître que rienne rend l’Église plus
crédible dans l’annonce et la transmission de la foi que la sainteté de ses
membres. C’est pourquoi, faisant écho au message sur la sainteté du Concile
Vatican II,[100] le pape François
a tenu à réaffirmer avec insistance que l’appel à la sainteté est l’appel
ordinaire de chaque chrétien : « Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être
évêque, prêtre, religieuse ou religieux. Bien des fois, nous sommes tentés de
penser que la sainteté n’est réservée qu’à ceux qui ont la possibilité de
prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer
beaucoup de temps à la prière. Il n’en est pas ainsi. Nous sommes tous appelés à
être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans
nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un
consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois
saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le
Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en
accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes
frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant
avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en
luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels ».[101]
96. Outre la vie de sainteté, les croyants sont appelés à offrir, dans la
trame quotidienne de leur existence, le témoignage d’une proximité envers tous.
Il s’agit d’une proximité bâtie avec les pierres de l’hospitalité, de la
gentillesse, de l’écoute, de la douceur et de la tendresse. Comme le disait
jadis un auteur latin, Térence – « Homo sum, humani nil a me alienum puto »[102]
– rien de véritablement humain ne devrait être étranger aux croyants. Chaque
chrétien est appelé à aider les personnes à relire leur propre histoire au sein
de la grande histoire du salut, en découvrant que leur vie même fait partie du
récit de Dieu. Cette proximité devient témoignage lorsqu’elle s’exerce à l’égard
de personnes qui vivent dans des situations de grande souffrance, physique ou
mentale. Dans ces cas, un geste d’écoute et de tendresse, associé à une parole
de foi, peut ouvrir de grands espaces à l’accueil de cette vraie lumière du
Christ qui a le pouvoir de libérer des ténèbres ceux qui y sont enveloppés. Le
pape Léon rappelle en effet que « la finitude, lorsqu’elle est acceptée dans la
vérité, n’appauvrit pas l’être humain, mais l’ouvre à la reconnaissance du
visage de Dieu et de l’autre ».[103]
97. Nous en arrivons ainsi à ce témoignage concret de l’amour de Dieu que
les croyants rendent en prenant soin, de manière préférentielle, des pauvres,
des défavorisés et des exclus. Comme l’a rappelé le pape Léon XIV, dans le
sillage de son prédécesseur, les croyants ne devraient jamais oublier « le lien
fort qui existe entre l’amour du Christ et son appel à nous faire proches des
pauvres ».[104] En vérité, « le
chrétien ne peut pas considérer les pauvres seulement comme un problème social :
ils sont une “question de famille” ; ils sont “des nôtres”. La relation avec eux
ne peut pas être réduite à une activité ou à une fonction de l’Église ».[105]
Dans cette proximité active et concrète avec les frères et sœurs qui vivent dans
la pauvreté, l’Église fait resplendir de manière éminente cette flamme de
l’amour de Dieu pour tous que Jésus est venu jeter sur la terre et qui parvient
encore aujourd’hui à toucher, souvent en silence, le cœur de tant de personnes.
Un témoignage particulièrement précieux à cet égard nous vient des évêques du
Myanmar, recueilli à l'occasion de leur visite ad limina auprès de ce
Dicastère le 2 juin 2026 : dans ce pays, marqué par les blessures de multiples
conflits, l’Église manifeste sa proximité aux plus pauvres, ne serait-ce que par
le silence de l’écoute, sans aucune distinction d’appartenance religieuse – il
s’agit en effet d’une nation majoritairement bouddhiste. C’est précisément cette
proximité qui suscite chez ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne le désir
d’approfondir les raisons de cette manière d’aborder la souffrance, offrant
ainsi aux fidèles l’occasion de parler explicitement de leur expérience de
Jésus. C’est donc dans cette unité entre la charité et l’annonce évangélique que
ressort encore plus clairement la beauté intégrale de la proposition chrétienne.
Art et beauté
98. Une quatrième remarque spécifique concerne ensuite la nécessité de
faire une place – dans le discours sur la transmission de la foi – aux multiples
expressions de la créativité humaine, à travers lesquelles on a cherché à donner
forme à cette aspiration à la beauté, à l’amour et à la transcendance qui
habite, souvent de manière tourmentée, le cœur humain. Comment ne pas penser, à
cet égard, aux nombreuses œuvres littéraires et poétiques capables de susciter
un enchantement sublime, aptes à captiver même les esprits les plus distraits
par les technologies modernes de communication ? C’est précisément sur
l’importance de s’ouvrir à la beauté qu’a particulièrement insisté Hans Urs von
Balthasar : « Dans la forme lumineuse du beau, l’être du beau devient visible
comme nulle part ailleurs. C’est pourquoi toute connaissance ou tendance
spirituelle doit s’accompagner d’un moment esthétique ».[106]
99. Dans cette perspective, il convient d’accorder une attention
particulière à la musique qui, en tant qu’expression privilégiée de la via
pulchritudinis, constitue un langage essentiel pour la transmission de la
foi, capable de toucher les cordes les plus profondes du cœur humain et de
communiquer la vérité de l’Évangile à travers la beauté.[107]
Il ne s’agit pas d’un simple ornement esthétique des célébrations, mais d’un
instrument missionnaire qui agit par attraction, rendant perceptible la gloire
du Ressuscité surtout là où les mots peinent à parvenir. En effet, comme l’a
observé le pape Léon XIV, « la musique est comme un pont qui nous conduit à
Dieu. Elle est capable de transmettre des sentiments, des émotions, jusqu’aux
mouvements les plus profonds de l’âme, les élevant, les transformant en un
escalier idéal qui relie la terre et le ciel ».[108]
À travers la musique, la foi trouve des voies d’expression particulières qu’une
annonce purement verbale, à elle seule, ne parvient pas toujours à atteindre.
Ces considérations nous poussent à exhorter les artistes et les écrivains
croyants à redoubler d’efforts créatifs afin de manifester la beauté de la foi
et de l’expérience spirituelle chrétienne.
Les étapes de la vie
100. Une dernière remarque concerne les différentes étapes de l’existence de
chaque être humain (enfance, adolescence, jeunesse, âge adulte, vieillesse).
Elles constituent, en effet, une sorte de “réappropriation” continue du don de
la propre naissance au monde et, à l’instar de celle-ci, sont des expériences à
la fois surprenantes et stimulantes. La communauté ecclésiale devra donc
développer une annonce de l’Évangile plus attentive aux différents âges de la
vie, en tenant dûment compte des différentes situations de croissance et de
renouveau que comporte chacun d’entre eux. Dans le même temps, il convient de
rappeler que de nombreuses personnes ne s’approchent de l’Église qu’à l’occasion
des célébrations qui accompagnent certains moments fondamentaux de la vie :
baptêmes, mariages et obsèques. Il est donc indispensable de reconnaître que ces
circonstancesoffrent une précieuse occasion d’atteindre ces personnes par une
annonce du kérygme capable de toucher leur cœur, en évitant les paroles
qui ne parviennent pas à susciter de rencontre.
101. La question, déjà abordée, de la rupture générationnelle dans la
transmission de la foi revêt une importance particulière. À cet égard, la
communauté des croyants trouve dans la pastorale des adultes – qui sont aussi
les parents des nouvelles générations – un terrain nouveau et un contexte riche
en défis particulièrement complexes. En effet, si, par le passé, du moins
dans les pays de vieille tradition chrétienne, l’annonce du kérygme
s’adressait presque exclusivement aux plus jeunes, il apparaît aujourd’hui de
plus en plus urgent d’accompagner des personnes, même baptisées dès leur plus
jeune âge, qui vivent éloignées de la communauté ecclésiale et qui, tout en
ressentant un appel intérieur à une vie évangélique, éprouvent des difficultés à
comprendre et à s’approprier le langage de l’Église. Dans ces cas, la
transmission de la foi aux nouvelles générations passe par une évangélisation
des adultes. En effet, comment les adultes pourraient-ils transmettre la foi aux
nouvelles générations s’ils ne la vivent pas eux-mêmes au niveau personnel ?
D’autres difficultés peuvent ensuite surgir de situations marquées par diverses
formes de pauvreté existentielle, surtout dans les contextes urbains
caractérisés par une fragmentation marquée ou dans les zones rurales isolées.
Tout cela interpelle l’Église dans son ensemble, la poussant à devenir toujours
plus synodale et missionnaire, notamment par la mise en valeur des charismes que
l’Esprit Saint suscite au sein du peuple de Dieu.
Chapitre VI
Foi et culture
102. En élargissant désormais le champ de la réflexion sur la transmission
de la foi au-delà de la dimension proprement ecclésiale, il est nécessaire
d’aborder la question de la relation entre foi et culture. Une première remarque
concerne le fait que de nombreux chercheurs soulignent qu’à notre époque, une
crise plus générale de la transmission du savoir et des valeurs est en cours ;
elle englobe également ce qui constitue l’objet spécifique des présentes
Considérations. Une deuxième remarque peut être tirée de certaines paroles
de saint Jean Paul II qui soulignent l’importance, en vue de la transmission de
la foi, d’opérer une synthèse entre foi et culture : « La synthèse entre culture
et foi n’est pas seulement une exigence de la culture, mais aussi de la foi.
Comme l’a enseigné mon prédécesseur Paul VI, “il importe d’évangéliser — non pas
de façon décorative, comme par un vernis superficiel, mais de façon vitale, en
profondeur et jusque dans leurs racines — la culture et les cultures de l’homme…
partant toujours de la personne et revenant toujours aux rapports des personnes
entre elles et avec Dieu”. En effet, s’il est vrai que la foi ne s’identifie à
aucune culture […] il n’en est pas moins vrai que, précisément pour cette
raison, la foi est appelée à inspirer, à imprégner chaque culture. C’est l’homme
tout entier, dans la réalité concrète de son existence quotidienne, qui est
sauvé en Christ et c’est donc l’homme tout entier qui doit s’épanouir en Christ.
Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n’est pas pleinement
accueillie, pas entièrement pensée, pas fidèlement vécue ».[109]
103. Ce qui précède nous amène à reconnaître que l’œuvre de transmission de
la foi est en quelque sorte indissociable de son inculturation dans un contexte
donné ; le terme “culture” s’entend ici tant dans son sens anthropologique le
plus large, comme ensemble de modes de vie, de croyances, de valeurs et
d’institutions qui caractérisent une société donnée, que dans son sens le plus
restreint, comme ensemble de connaissances intellectuelles développées
principalement dans le milieu universitaire.
104. Dans le sens de la première acception du terme “culture”, il convient
de rappeler que l’inculturation de la foi constitue une étape nécessaire à sa
transmission, puisque le message évangélique doit être rendu compréhensible à
des personnes qui partagent des valeurs et des catégories ne coïncidant pas
parfaitement avec celles, hellénistico-sémitiques, dans lesquelles le texte
biblique a été initialement formulé. Dans le contexte de la transmission de la
foi, l’inculturation signifie « l’incarnation de l’Évangile dans les cultures
autochtones, et en même temps l’introduction de celles-ci dans la vie de
l’Église » :[110] dans ce cas,
l’inculturation de la foi devient une véritable évangélisation, même si elle
n’est pas réalisée de manière achevée et parfaite, puisqu’il s’agit d’un
« processus lent, qui embrasse toute l’étendue de la vie missionnaire et met en
cause les divers agents de la mission ad gentes, les communautés
chrétiennes au fur et à mesure qu’elles se développent, les Pasteurs qui ont la
responsabilité de discernement et d’encouragement dans sa mise en œuvre ».[111]
Il en résulte que la culture elle-même devient, à son tour, un moyen de
transmission de la foi, car « quand un peuple a inculturé l’Évangile, dans son
processus de transmission culturelle, il transmet aussi la foi de manières
toujours nouvelles ; d’où l’importance de l’évangélisation comprise comme
inculturation ».[112]
105. Il faut toutefois rappeler qu’on n’évangélise pas un “lieu”, mais
toujours des personnes ; celles-ci ne doivent pas être isolées de leur
contexte : « Il s’agit d’apporter l’Évangile aux personnes avec lesquelles
chacun a à faire, tant les plus proches que celles qui sont inconnues ».[113]
À cela s’ajoute la tâche des fidèles, nécessaire même dans les pays de vieille
chrétienne, de traduire la Bonne Nouvelle dans les diverses formes culturelles
particulières qui caractérisent les sociétés modernes ou qui émergent dans
certains secteurs sociaux, comme le monde des jeunes ou celui des pauvres. Cela
exige sans aucun doute une mise en valeur des charismes présents au sein du
peuple de Dieu dans un esprit authentique de synodalité, car, en dernière
analyse, ils sont l’œuvre du Saint-Esprit. Dans ce processus, l’apport de la
piété populaire peut certainement s’avérer précieux.
106. La présencede différents groupes sociaux, dotés de cultures et de
langues spécifiques et souvent autonomes, dans nos villes exige un effort
particulier d’inculturation de la foi. Il est donc urgent que l’annonce de
l’Évangile soit diffusée de manière capillaire : on ne peut se contenter de
s’adresser uniquement à la culture de certains groupes majoritaires, mais il
faut apprendre à dialoguer avec les situations et les conditions de vie les plus
diverses aujourd’hui existantes. Il s’agit donc d’atteindre ce qu’on désigne
souvent, dans un langage technique, comme le domaine des sous-cultures (par
exemple les jeunes des banlieues, les différentes communautés de migrants, les
travailleurs saisonniers, les habitants des petits villages, etc.). À cet égard,
il convient de rappeler que la Commission théologique internationale consacrera
une partie de ses travaux au cours des cinq prochaines années aux formes
culturelles de transmission de la foi et apportera de précieuses contributions
au travail que nous n’avons ici que brièvement évoqué.
107. En résumé, il faut réaffirmer l’importance décisive de l’inculturation
de la foi aujourd’hui. En effet, lorsque la foi touche aux racines et aux
expressions culturelles d’un peuple, sa transmission devient plus aisée et plus
féconde.
108. Sur la culture au sens académique et intellectuel, on peut rappeler les
paroles du pape François : « L’annonce à la culture implique aussi une annonce
aux cultures professionnelles, scientifiques et académiques. Il s’agit de la
rencontre entre la foi, la raison et les sciences qui vise à développer un
nouveau discours sur la crédibilité, une apologétique originale qui aide à créer
les dispositions pour que l’Évangile soit écouté par tous »[114].
Il est vrai que ce qu’opère la recherche intellectuelle est, tout au plus, une
préparation qui initie à la foi, à l’instar de ce que l’on a
traditionnellement appelé les praeambula fidei, et non une transmission
de celle-ci au sens propre. Cependant, il est clair qu’une présentation
raisonnable des contenus de la foi et de ses exigences constitue une aide
indéniable à l’annonce du kérygme, dans la mesure où elle contribue
notamment à éveiller les grandes questions dans l’esprit et le cœur des
personnes.[115]
109. La doctrine sociale de l’Église constitue sans aucun doute un exemple
particulièrement significatif à prendre en compte pour élaborer une telle
présentation raisonnable de la foi ; grâce à elle, les croyants entament un
dialogue ouvert avec la société et même avec les non-croyants. Tout en restant
dans le cadre de la théologie, la doctrine sociale de l’Église s’appuie
largement sur les catégories propres aux sciences politiques, économiques et
sociales, parvenant souvent à montrer toute la pertinence de la proposition
chrétienne pour la construction d’une société plus juste et plus fraternelle. En
ce sens, le magistère de l’Église au plan social peut, lui aussi, remplir une
fonction analogue à celle des praeambula fidei. En effet, la doctrine
sociale de l’Église « se fonde sur l’Écriture Sainte et sur la Tradition. Ainsi
en dialogue avec les sciences, elle nous aide à analyser avec lucidité les défis
du présent, en identifiant des voies appropriées pour vivre un témoignage
chrétien authentique, dans la joie et au service du monde ».[116]
Chapitre VII
Quelques points spécifiques
110. Une communauté qui s’engage profondément à transmettre, de génération
en génération, la lumière et le feu de l’amour de Dieu que Jésus a voulu
apporter au milieu de l’humanité et qui est parvenue jusqu’à nos jours devra,
outre ce qui a été exposé jusqu’ici, accorder une attention particulière à
certains aspects liés au thème des présentes Considérations. Ce qui suit
est une liste d’exemples, qui pourra être élargie et réorganisée ultérieurement
selon un ordre de priorité différent.
111. Le premier de ces points concerne la culture de la piété populaire.
Dans ce domaine, comme on le sait, certains aspects nécessitent encore un
processus de maturation et d’enrichissement ; toutefois, la grande force dont
dispose cette ressource de la tradition catholique reste évidente. Personne ne
pourra jamais nier que la piété populaire est encore aujourd’hui un moyen
important de transmission de la foi. C’est pourquoi il est nécessaire de
promouvoir à son égard un engagement renouvelé, tant par l’intelligence que par
le cœur. D’ailleurs, sa grande souplesse lui permet toujours de se renouveler et
d’adopter des formes très variées au fil des siècles, réussissant même à
survivre aux attaques que la culture – et parfois aussi les membres de l’Église
eux-mêmes – lui ont souvent lancées.
112. En ce qui concerne la force évangélisatrice de la piété populaire et,
par conséquent, son rôle important dans la transmission de la foi, les
indications figurant aux numéros 122 à 126 d’Evangelii gaudium sont
précieuses. On y lit, en effet, que « dans la piété populaire, on peut
comprendre comment la foi reçue s’est incarnée dans une culture et continue à se
transmettre ».[117] En vérité,
toute inculturation authentique de la foi engendre toujours une forme
d’expression populaire de celle-ci. L’être humain vit de paroles et de gestes
qui constituent l’horizon au sein duquel il peut s’épanouir et créer les
conditions de la rencontre avec l’autre. Chaque culture se traduit par des
pratiques concrètes, s’y reflète et s’y transmet. La même considération vaut
également pour l’expérience de la foi. Toute inculturation de la foi crée des
pratiques religieuses spécifiques qui la reflètent et lui permettent de se
transmettre de génération en génération. C’est pourquoi « dans la piété
populaire, puisqu’elle est fruit de l’Évangile inculturé, se trouve une force
activement évangélisatrice que nous ne pouvons pas sous-estimer : ce serait
comme méconnaître l’œuvre de l’Esprit Saint. Nous sommes plutôt appelés à
l’encourager et à la fortifier pour approfondir le processus d’inculturation qui
est une réalité jamais achevée. Les expressions de la piété populaire ont
beaucoup à nous apprendre, et, pour qui sait les lire, elles sont un lieu
théologique auquel nous devons prêter attention, en particulier au moment où
nous pensons à la nouvelle évangélisation »[118]
et à la question de la transmission de la foi.
113. Dans ce contexte, il est utile de rappeler la force d’attraction que
suscitent les pèlerinages anciens ou récents auprès des nouvelles générations ,
ainsi que le désir d’appartenir à une confrérie, comme c’est le cas depuis peu
en Espagne.[119] Pour de nombreux
jeunes, surtout dans les contextes occidentaux, la recherche d’un sens dans un
monde de plus en plus replié sur lui-même et la recherche d’une appartenance
religieuse capable de donner une certaine forme à leur besoin d’identité, dans
un monde de plus en plus individualisé, représentent des besoins très importants
qui trouvent leur expression précisément dans la participation aux pèlerinages
et dans la demande d’adhésion à une confrérie. Dans le cadre du thème principal
des présentes Considérations, il devient urgent de se demander comment
“tirer parti” au mieux de ces requêtes et de ces exigences de nos plus jeunes
contemporains, afin qu’ils deviennent un canal par lequel la lumière du Christ
puisse inonder leurs existences souvent tourmentées.
114. Deuxièmement, une attention particulière doit être accordée à
l’homélie. Le pape François lui a consacré une large place dans l’exhortation
apostolique
Evangelii gaudium,[120]
témoignant ainsi de son importance pour l’annonce et la transmission de la foi ;
nous renvoyons à ce texte pour un approfondissement. Une homélie bien préparée
peut jouer un rôle décisif dans la présentation des contenus de la foi sous une
forme narrative, capable de relire la Parole de Dieu à la lumière de la vie
concrète du peuple, et susciter ainsi une expérience vivante de rencontre avec
le Christ. Jésus lui-même apparaît dans les Évangiles avant tout comme un grand
conteur. Il commence rarement ses discours par des concepts abstraits : il
recourt plutôt à des images, des métaphores, des paraboles ; il fait souvent
référence à la vie quotidienne des gens, proposant des récits capables d’ouvrir
l’imagination de ceux qui l’écoutent, avant même de toucher leur intelligence.
Les paraboles, en effet, ne se limitent pas à informer : elles sont capables de
former et de transformer leurs auditeurs. Les histoires racontées par Jésus ne
servent pas simplement à rendre le discours plus intéressant, mais constituent
la clé herméneutique par laquelle l’auditeur est introduit dans le mystère du
Royaume. À cet égard, la grande tradition homilétique des Pères de l’Église,
tant d’Orient que d’Occident, peut offrir une contribution précieuse aux
pasteurs.
115. Une troisième préoccupation découle du désir d’engagement que beaucoup,
en particulier parmi les plus jeunes, manifestent à travers des activités de
bénévolat. La recherche concrète d’un tel engagement est souvent l’occasion de
se rapprocher de la réalité de l’Église. Ces personnes ressentent le besoin
sincère et profond de donner quelque chose aux autres ; elles ressentent donc
l’urgence de sortir de leur cocon individuel et de la logique de la possession
comme critère ultime du bonheur. Il est évident que cela n’implique pas
immédiatement un intérêt pour la foi, mais cela représente une bonne occasion
d’annoncer et de proposer l’amitié avec le Seigneur Jésus, qui offre des
motivations encore plus profondes à cet engagement. Toute la communauté des
croyants est appelée à accueillir ces “bons samaritains” de notre temps et à les
accompagner avec bienveillance et passion vers cette rencontre avec le feu de
l’amour de Dieu qu’elle garde comme un trésor précieux de son cheminement au
milieu du monde.
116. Un quatrième point concerne la nécessité d’élargir les espaces de
présence des femmes dans la conduite des processus ecclésiaux. Dans l’Église
catholique, en général, les fidèles les plus présents et les plus actifs dans la
vie des communautés sont en grande partie des femmes. Ces dernières années,
cependant, la nécessité de permettre aux femmes d’accéder aux instances où sont
prises les décisions importantes pour la vie de la communauté s’est fait sentir
avec plus de clarté. Il s’agit d’un sujet que le Dicastère a longuement étudié
et dont les conclusions ont été transmises, par l’intermédiaire du Secrétariat
du Synode, au Saint-Père.
117. Un autre aspect spécifique de notre époque mérite une attention
particulière. En effet, il ne faut pas sous-estimer le besoin, exprimé
aujourd’hui par un très grand nombre de personnes, de participer à de grands
événements (festivals de musique et autres). Cela met également en évidence
qu’une utilisation intensive des technologies numériques ne suffit pas à combler
tous les besoins de l’être humain. Il ressort donc, même à notre époque, le
besoin d’être en compagnie, la nécessité et le désir de partager. Tout en
sachant que la foi se transmet de manière privilégiée d’un “tu” à un “tu”, il
faudrait saisir cette caractéristique de notre époque comme une bonne occasion
pour l’annonce de l’Évangile, en essayant d’imaginer des occasions de
rassemblement entre les personnes, en écho aux grands thèmes d’actualité comme,
par exemple, celui de la paix.
118. L’étude de l’histoire de l’Église offre d’autres pistes de réflexion,
en particulier quand il s’agit des moments où elle a su répondre positivement
aux changements d’époque rencontrés au cours de son parcours historique. Parmi
ceux-ci, on peut citer la crise qui a suivi l’effondrement des institutions
romaines en Europe occidentale, avec pour conséquence l’abandon des villes, où
le christianisme était le plus profondément enraciné. Dans ce contexte,
l’émergence du monachisme irlandais, qui s’est épanoui dans la seconde moitié du
premier millénaire chrétien, s’est avérée décisive : non seulement elle a
préservé et approfondi la compréhension de la foi, mais elle a également donné
naissance à de nouvelles formes d’évangélisation et, parallèlement, contribué à
des évolutions significatives dans la pratique sacramentelle, comme la diffusion
de la confession auriculaire. Un deuxième exemple est fourni par la crise
doctrinale et pastorale provoquée par la diffusion de la secte cathare et des
divers mouvements paupéristes, souvent opposés à l’Église, au cours des siècles
médiévaux. En réponse à cette situation, les ordres mendiants, parmi lesquels
figurent ceux qui avaient été fondés par saint Dominique et saint François, ont
incarné une vitalité évangélique renouvelée à travers la pauvreté radicale, la
prédication itinérante et l’enseignement théologique exercé en pleine communion
avec l’Église. Un autre exemple est celui de l’élan en faveur d’une réforme
catholique de grande envergure, suscité par la profonde rupture ecclésiale
provoquée par la Réforme protestante, qui a vu s’illustrer des figures telles
que sainte Thérèse d’Ávila et saint Ignace de Loyola. Ce renouveau a coïncidé
avec l’expansion missionnaire de l’Église vers des terres récemment découvertes
et ouvertes à l’annonce de l’Évangile, contribuant ainsi à lui donner un nouvel
élan. Enfin, il convient de rappeler la réponse apportée par l’Église, au XIXe
siècle, aux profonds changements provoqués par la question ouvrière et par les
conséquences de la révolution industrielle, qui l’ont amenée à réélaborer sa
doctrine sociale de manière systématique. Dans chacun de ces cas, un moment de
crise est devenu l’occasion d’initiatives créatives qui se sont révélées
décisives pour l’évangélisation et ont également coïncidé avec une transition
plus large entre deux époques historiques.
119. À l’heure actuelle, il est nécessaire de mener une étude spécifique sur
le déclin soudain du catholicisme dans les pays où il était profondément
enraciné, afin d’en comprendre les causes et d’élaborer une réponse pastorale
adaptée.
120. Une attention particulière et décisive doit être accordée au monde des
écoles et des universités catholiques, ainsi qu’à celui des autres institutions
catholiques, en particulier celles qui se consacrent à la charité. Comme en
témoignent les évêques du Ghana : « La transmission de la foi catholique est
considérablement renforcée par l’enseignement catholique, qui constitue un
vecteur important pour la formation continue des enfants, des jeunes et même des
adultes ».[121] Dans d’autres
pays, comme le Vénézuela, le programme d’éducation religieuse prévoit une
intégration entre l’activité scolaire et l’activité paroissiale, confirmant
ainsi la valeur pastorale des écoles catholiques[122].
Surtout, dans les pays où le catholicisme représente une minorité – parfois
extrêmement réduite –, ces institutions constituent souvent le seul point de
contact d’une grande partie de la population avec l’Église catholique.
Toutefois, il convient de signaler que, dans différentes régions, des
restrictions s’appliquent à l’enseignement de la religion dans les écoles, ce
qui, dans ces cas, force les paroisses à assumer toute la charge de la
catéchèse.
121. S’agissant des lieux traditionnels de l’action pastorale, les écoles
offrent un contact plus institutionnel et presque professionnel, mais qui n’en
est pas moins capable de transmettre au moins une petite étincelle de ce feu
d’amour qui a traversé les siècles et qui, depuis Jésus, est parvenu jusqu’à nos
jours. On y trouve, en effet, un témoignage presque transparent de la charité
intellectuelle et matérielle, capable d’orienter spontanément vers la beauté de
l’Évangile et sa force d’humanisation. C’est ce qu’attestent également les
évêques de France : « L’enseignement catholique est un lieu fondamental pour la
première annonce auprès des enfants, des jeunes et des familles, qui peut
conduire les jeunes, mais aussi leurs parents, à demander l’initiation
chrétienne ».[123] Dans une
perspective plus large, les croyants sont donc invités à toujours défendre le
rôle central de l’école, en tant que lieu « où les nouvelles générations peuvent
apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la
vie et sur la dignité de chaque personne».[124]
122. Enfin, une dernière remarque concerne l’engagement œcuménique qui
constitue une dimension intrinsèque de la mission évangélisatrice de l’Église
et, par conséquent, de la transmission de la foi. En effet, comme le souligne le
décret
Unitatis redintegratio du Concile Vatican II, la division entre
les chrétiens « s’oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le
monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes :
la prédication de l’Évangile à toute créature».[125]
Loin de représenter une alternative à l’annonce, le dialogue œcuménique en
constitue une modalité propre, dans laquelle la recherche commune de la vérité,
l’écoute réciproque et le témoignage de la charité rendent plus crédible la
proclamation du kérygme face à un monde de plus en plus sécularisé et
pluraliste. Comme le rappelle saint Jean Paul II, en effet, « les efforts
déployés en vue de l’unité constituent un signe de l’œuvre de réconciliation que
Dieu accomplit au milieu de nous »,[126]
manifestant concrètement que le Père est amour, pour toujours et pour tous. Cela
invite la communauté des croyants à faire sien l’appel confiant du pape
François : « Si vraiment nous croyons en la libre et généreuse action de
l’Esprit, nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! Il ne
s’agit pas seulement de recevoir des informations sur les autres afin de mieux
les connaître, mais de recueillir ce que l’Esprit a semé en eux comme don aussi
pour nous »,[127] afin de
« marcher résolument vers des expressions communes de l’annonce, du service et
du témoignage ».[128]
123. Dans cette même perspective, il faut reconnaître que certains membres
d’autres religions et mouvements religieux s’efforcent de témoigner de leur foi
en Dieu dans un contexte culturel qui tend à se refermer sur une immanence vide
de sens. De même, certains membres d’autres Églises chrétiennes et communautés
ecclésiales cherchent de nouvelles voies pour annoncer l’Évangile et l’amour du
Christ à notre époque. Il est possible de tirer des enseignements de leurs
expériences positives et de leurs efforts créatifs, afin que notre engagement à
transmettre toute la richesse du trésor de la foi, reçu en don, soit toujours
fécond.
Chapitre VIII
Témoignages
124. À ce stade, comme annoncé dans l’introduction aux présentes
Considérations, nous présentons quelques témoignages exemplaires de
personnes qui ont pu faire l’expérience, dans leur vie, de la rencontre avec le
Christ ou de la redécouverte d’une relation vivante avec lui. Pour des raisons
de confidentialité, leurs noms ne seront pas mentionnés, mais seulement leur
provenance, en garantissant qu’il s’agit de témoignages authentiques,
sincèrement partagés pour l’édification de l’Église universelle. Le Dicastère
pour la Doctrine de la Foi adresse sa sincère gratitude à ceux qui ont proposé
leur récit, ainsi qu’aux Conférences épiscopales qui ont transmis ces documents.
Dans de nombreux cas, il ne s’agit pas de récits de grandes entreprises ou
d’événements prodigieux, mais de simples faits dans lesquels se manifeste
l’action de la grâce au cœur de la vie quotidienne, permettant à chacun d’y
reconnaître quelque chose de sa propre existence. Ils montrent comment chaque
circonstance, même la plus petite et apparemment insignifiante, peut devenir une
occasion de rencontre avec l’Éternel et une étape de cette histoire du salut que
Dieu construit avec nous et pour nous. Pour des raisons d’espace, il n’est pas
possible de reproduire tous les témoignages reçus ; il a donc fallu opérer une
sélection en fonction des thèmes du document et de la nécessité d’éviter les
répétitions. Chacune d’entre elles représente toutefois un trésor de grâce qui
témoigne que le Seigneur, même en cette période de changement, ne cesse
d’assister et d’accompagner son Église. Les pages qui suivent ont pour but de
traduire dans le langage de la vie certains des aspects développés dans les
chapitres précédents.
De l’abîme de la dépendance à la liberté de la rencontre avec le Christ
125. Le premier témoignage[129]
nous vient de Colombie et montre comment, même dans les situations de
dégradation morale et existentielle les plus profondes, Dieu ne cesse d’appeler
la personne par la voix de la conscience et de lui offrir son salut à travers
l’œuvre de ses frères : « Vers l’âge de 13 ou 14 ans, j’ai commencé à consommer
de la drogue, je me suis enfoncé dans l’impureté et j’ai rejoint des gangs ; je
traînais avec eux, je participais à des bagarres, je maniais des armes, je
pratiquais l’extorsion, je volais, je vendais de la drogue. C’était ça, ma vie.
Ma famille en a eu assez de moi, jusqu’à ce que je finisse par vivre dans la
rue. Je disais à ma mère : “Maman, je veux changer”. Elle me répondait : “Non,
tu es malade, tu dois d’abord guérir”. Et je lui répondais : “Mais qu’est-ce que
tu racontes ? Je suis capable de m’en sortir tout
seul”. Mais j’avais besoin d’aide ; ma fierté, mon orgueil ne me le permettaient
pas. Et je ressentais au plus profond de mon cœur un désir intense de quelque
chose de plus, de quelque chose de merveilleux, de quelque chose de bon,
d’aimer, de me sentir aimé. Je n’avais nulle part où vivre, où me laver, où
manger, rien. Par la grâce et la miséricorde de Dieu [grâce à ma famille, j’ai
trouvé un centre de réadaptation géré par une fondation chrétienne] ; là-bas, on
ne pratique ni thérapies de choc ni traitement médicamenteux ; ce qu’on y vit,
c’est la prière : le Saint Rosaire, la lectio divina, la Sainte
Eucharistie… C’est là que mon cheminement de conversion a commencé. C’est à cet
endroit que le Seigneur a commencé à transformer profondément ma vie, car j’ai
commencé à voir toutes les blessures et tous les vides qui se trouvaient dans
mon cœur, ainsi que mon immense besoin d’amour, de pardon et de la miséricorde
de Dieu. Je suis ensuite parti en mission pendant deux ans et demi, en me
formant, en participant à des retraites et en organisant des rencontres. Après
quoi, je suis retourné à la fondation où j’avais séjourné. J’y suis resté un an
à accompagner les jeunes en tant qu’éducateur, en partageant avec eux un peu de
ce que le Seigneur avait accompli en moi. Aujourd’hui, j’ai mon emploi et je
fais partie d’une communauté qui se consacre à la prière, à la mission et à
l’évangélisation. Dieu a transformé ma vie, mon cœur, et a fait de moi un homme
nouveau ».
126. D’autres témoignages montrent que, parfois, une circonstance très
simple, comme le fait de faire défiler les messages d’un réseau social, peut
suffire pour que la grâce rende possible une rencontre capable de transformer
une vie, comme le raconte un jeune Belge : « Vers l’âge de 17 ans, je voulais me
faire baptiser, mais je ne savais pas où aller. J’ai connu des peines de cœur,
une dépendance à l’alcool, j’ai versé des larmes. Un jour, en parcourant TikTok,
je suis tombé sur une prière. Ça a été comme un électrochoc et un réconfort.
J’étais non croyant et je vivais tout cela sereinement. Si je me présente
aujourd’hui, c’est en réponse à l’appel le plus significatif de ma vie. Il ne
s’agit pas d’une réflexion intellectuelle, mais d’une rencontre personnelle au
cours de laquelle Jésus m’a parlé. Je me suis rapproché de l’Église sans y
croire vraiment, surtout par respect pour mes grands-parents et par désir de
préserver les traditions. Depuis que j’ai la foi, j’ai vraiment une autre vision
du monde. Je sens que tout va bien, alors que ma vie, avant ma rencontre avec le
Christ, était compliquée ».
127. Toujours sur le thème de la rédemption et de la libération, le récit
d’un aumônier exerçant son ministère dans les prisons d’un diocèse canadien
offre un témoignage significatif de l’efficacité libératrice du kérygme :
« Le milieu carcéral est souvent un lieu de crise et de remise en question de la
vie. La privation de liberté favorise une confrontation avec soi-même, avec ses
propres actes et avec le sens de sa propre existence. Dans ce contexte, la
demande de baptême apparaît souvent comme la recherche d’un nouveau départ,
voire d’une rédemption. Les personnes rencontrées expriment souvent une quête de
sens, au-delà des contextes antérieurs de leur vie. Les échanges catéchétiques
ouvrent un espace où les grandes questions – souffrance, culpabilité, pardon,
espérance – peuvent être abordées de manière structurée. Il apparaît clairement
que la conversion ne découle pas uniquement d’un contenu doctrinal, mais aussi
d’une relation de confiance et d’écoute. L’accompagnement pastoral, vécu dans la
durée, constitue une médiation essentielle à travers laquelle la foi devient
concevable et accessible. Un élément central des conversions observées est la
rencontre avec l’image d’un Dieu qui pardonne et relève. Cela revêt une
importance particulière dans un contexte marqué par la culpabilité et la
condamnation. On observe ainsi un regain d’intérêt pour la dimension spirituelle
et existentielle de la foi. La conversion apparaît souvent comme une expérience
personnelle forte.
Le « renouveau » du kérygme : le rôle de la famille et de la prière
128. Au sein des familles, non seulement les changements d’époque, mais
aussi les événements tragiques peuvent mettre à rude épreuve la foi personnelle.
Cependant, même dans ces situations, le Seigneur n’abandonne pas ses enfants,
comme en témoigne ce récit venu du Chili : « Ma foi s’était affaiblie à tel
point que j’en étais arrivé à me déclarer athée. Au milieu de ce désert, un coup
dévastateur m’a frappé : la mort de ma mère. Pendant cinq ans, j’ai porté un
chagrin inconsolable ; je la pleurais chaque jour sans trouver de réponses.
C’est alors que Dieu s’est servi du prétexte le plus simple : le catéchisme de
ma plus jeune fille. Je participais aux réunions uniquement par devoir. C’est au
cours de ce processus que l’inattendu s’est produit : à travers l’Eucharistie,
j’ai fait l’expérience d’une rencontre – ou plutôt d’une re-rencontre –
personnelle avec Jésus-Christ. Il a pris ma douleur, a séché mes larmes pour ma
mère et m’a donné une paix que le monde ne peut donner ».
129. Un autre témoignage, concernant les obstacles à la transmission de la
foi au sein de la famille, nous vient d’une femme, mère de famille, originaire
de Slovaquie : « Mon père était alcoolique. Il nous a détruites, ma mère et moi,
pendant mon enfance… Quand il buvait, il était agressif, il lançait des jurons,
blasphémait, cassait les meubles de la maison… tout ce qui lui tombait sous la
main ; souvent, nous devions nous enfuir de chez nous. Au fil des années, un
sentiment de manque de pardon, voire de haine à son égard, s’était accumulé en
moi. Ce n’est qu’au sein de la communauté, grâce à la Parole de Dieu et à la
formation, que j’ai compris que je jugeais mon père pour ce qu’il était, et que
je jugeais aussi Dieu de m’avoir donné un tel père. Lorsque j’ai trouvé le
courage, à la lumière de la Parole de Dieu, je suis allée voir mon père et je
lui ai demandé pardon. Ce fut une expérience très forte pour moi et, même si mon
père n’a pas bien compris ce que je lui disais, j’ai vu que j’avais enfin trouvé
la paix intérieure et que notre relation s’était également améliorée. Bien que
mon père ne menât en aucune façon une vie religieuse, il est parti pour
l’éternité après s’être confessé et s’être réconcilié avec moi et avec ma mère,.
[Aujourd’hui], avec mon époux, nous nous engageons à transmettre la foi à nos
quatre enfants. Nous les formons également en leur racontant notre expérience,
sans faire de moralisme (au sens où il faudrait qu’ils voient ou agissent eux
aussi de cette manière). Nous leur disons que Dieu agira d’une manière
particulière dans leur vie aussi, qu’il est important d’accueillir tout ce que
l’Église leur offre comme aide, afin qu’ils puissent mener une vie qui ait un
sens.
130. Il arrive aussi que ce soit le partenaire croyant d’un couple à
entraîner l’autre dans un cheminement de foi, comme en témoigne cette expérience
venue des États-Unis d’Amérique : « Mon cheminement vers l’Église catholique a
commencé grâce à ma fiancée. Elle a été élevée dans la foi catholique et sa foi
a toujours été importante pour elle. Alors que nous nous préparions au mariage,
elle a exprimé le souhait d’avoir un mariage catholique. Voulant mieux
comprendre ce qui comptait tant pour elle, j’ai décidé de m’intéresser à la foi.
J’ai découvert une communauté accueillante et un groupe d’enseignants dévoués
qui ont rendu ce processus d’apprentissage captivant et enrichissant. J’ai été
impressionné par la communauté paroissiale et par le bien qu’elle accomplit au
sein de la communauté locale. Les personnes que j’y ai rencontrées m’ont
transmis la valeur non seulement d’avoir la foi, mais aussi de la vivre. Alors
que j’attends de recevoir le baptême et la confirmation lors de la veillée
pascale, je le fais avec gratitude et impatience ».
131. Un témoignage venu du Japon va dans le même sens : « Un homme est entré
en contact avec l’Église en épousant une femme catholique. Au début, il a suivi
les cours de préparation au mariage simplement pour se préparer aux noces, mais
peu à peu, il s’est senti attiré par l’accueil chaleureux de la communauté
paroissiale et par la sérénité de la liturgie. Après la naissance de son fils,
il s’est demandé ce qu’il souhaitait lui transmettre dans la vie et, après
s’être plongé dans une étude plus approfondie de la foi, il a été baptisé
quelques années plus tard. Pour lui, l’Église vers laquelle il s’était
initialement tourné pour le bien de sa famille est devenue le lieu où son propre
mode de vie a été remis en question ».
132. Le sacrement du mariage peut lui aussi devenir une occasion de
redécouvrir la foi, comme en témoigne une expérience rapportée par les évêques
d’Angola : « Un couple de fiancés : elle, catholique, issue d’une famille où la
foi se transmet de génération en génération avec beaucoup de vivacité ; lui,
indifférent à Dieu et à la religion. Elle lui fit savoir que l’évolution de leur
relation devrait avoir pour condition sine qua non le mariage catholique.
[Lors d’une réunion de famille], un prêtre, parent de la famille du fiancé, a
interpellé la fiancée catholique au sujet de son intention de s’unir à un homme
qui n’était disposé qu’à lui offrir le plaisir de la cérémonie de mariage
catholique, tout en méprisant la valeur intrinsèque de ce mariage. [Le prêtre]
s’en est pris de la même manière au fiancé, qui ne s’intéressait qu’à l’aspect
charnel et méprisait tout autre aspect de la valeur du mariage. Revenant à lui,
le fiancé a eu honte de ses contradictions… sans la moindre culture chrétienne,
celle qui désormais commençait à prendre tout son sens pour lui. Cette
expérience dérangeante a éveillé en lui la curiosité pour la foi catholique ; il
a commencé à suivre des cours de catéchèse, a reçu le baptême, a suivi le cours
de préparation au mariage, s’est marié à l’église et est devenu assidu à la
liturgie et actif dans la vie pastorale de la paroisse ».
133. D’autres fois, le renouveau de la foi naît d’expériences de prière et
de partage, comme dans le cas d’une laïque polonaise qui raconte avoir
redécouvert une foi vivante grâce à une initiative lancée par le mouvement
charismatique catholique : « Tout a commencé par la décision de participer à une
retraite de plusieurs semaines, organisée par le Séminaire de renouveau de la
foi. À l’époque, j’avais l’impression d’avoir une vie assez agréable, normale et
bien rangée. Mais de plus en plus souvent, au plus profond de mon cœur, je
sentais que ce sur quoi je construisais ma vie n’était pas durable. Le vide qui
apparaissait de plus en plus souvent dans mon cœur ne pouvait être comblé par
rien. J’ai vu que la foi que j’avais était morte. Ce n’était que
l’accomplissement de certains devoirs et pratiques religieuses qui m’avaient été
enseignés. Au cours du Séminaire, j’ai découvert un Dieu qui aime gratuitement,
qui est Père, qui prend soin de nous, qui attend, qui cherche ceux qui sont
perdus pour leur offrir amour, bonheur et joie. Ce fut ma rencontre personnelle
avec Jésus, qui a “touché” concrètement mon cœur pour me sortir des ténèbres
dans lesquelles je vivais depuis des années. Après ces larmes purificatrices
sont venues une grande joie, la liberté, la force et l’espérance, qui ont comblé
tout mon cœur et tout mon être. Ma foi a cessé d’être un appendice à ma vie,
elle est devenue le sens unique de mon existence. Elle a cessé d’être morte et
est devenue vivante. Je me suis enfin sentie en sécurité, libre et sereine. Les
paroles de saint Augustin : “Le cœur de l’homme est inquiet tant qu’il ne repose
en Dieu”, se sont réalisées à 100% dans ma vie ».
134. Un autre témoignage particulièrement fort à cet égard nous vient d’une
étudiante française : « Née d’un père libanais chiite devenu athée et d’une mère
française catholique non pratiquante, j’ai grandi dans une certaine errance
spirituelle. Mes parents souhaitaient nous laisser libres dans notre choix
religieux, mais ce silence a longtemps été un manque. Cependant, dès l’âge de 8
ans, j’ai trouvé une Bible… Ce premier élan a été nourri par mes années d’école
à Chartres où je trouvais refuge et paix sous les piliers de la cathédrale après
les cours. Le véritable tournant s’est produit en 2004, pendant mes cours
propédeutiques [à l’université]. Seule, loin de ma famille et écrasée par la
pression des concours, j’ai vécu une véritable révélation. Un soir, devant mon
bureau, l’évidence s’est imposée : Dieu existait, il était là, juste à côté de
moi, avec une présence presque palpable. Cet immense soulagement a transformé ma
solitude en un cheminement en sa compagnie. Le Seigneur a ensuite mis des
témoins sur mon chemin… [dont] un chrétien maronite, [qui] portait en lui une
foi rayonnante. Un jour, en voyant une image du Sacré-Cœur de Jésus qu’il
gardait dans son portefeuille, j’ai compris : c’était Lui, Jésus, qui m’avait
rendu visite ce soir-là dans ma chambre d’étudiante. Malgré tout… le rythme
effréné de mon travail m’a conduite au burn-out en 2019. Dans cette
période de crise, seul Jésus m’a sauvée. J’ai alors entrepris un pèlerinage de
guérison… j’ai radicalement changé de vie. Aujourd’hui, ma vie est stable et
heureuse, je sens qu’il est enfin temps de tenir ma promesse. En recevant les
sacrements de l’initiation chrétienne, je souhaite sceller pour l’éternité mon
alliance avec le Christ, qui ne m’a jamais abandonnée ».
135. D’autres fois, c’est la force de la prière et des sacrements qui
soutient dans les situations de crise, comme en témoigne l’expérience d’une
femme originaire de la Jamaïque : « Je suis catholique “depuis le berceau”,
élevée par une mère qui était une fidèle catholique. Enfant, dans une toute
petite ville de Jamaïque, je lisais et je servais même à l’autel, car de
nombreux paroissiens étaient peu instruits et beaucoup ne savaient pas lire. Je
donnais à Dieu ce que j’avais envie de lui donner. Il y avait des moments où je
donnais 90%, et d’autres où ce n’était que 20%. Il y a environ 15 ans, bien que
je prie avec ferveur pour sortir d’une [certaine] situation, il semblait que
Dieu ne répondait pas. J’en suis arrivée à un point où j’avais l’impression que
Dieu n’écoutait tout simplement pas… J’en ai conclu que cela ne servait à rien
de prier. J’ai complètement cessé de prier… S’en est suivie une grande crise de
foi. J’ai commencé à tout remettre en question et à tout remettre en doute. Je
me sentais vraiment comme un imposteur. En vérité, j’enseignais le catéchisme
aux enfants, alors que je n’étais même pas sûre de croire à ce que j’enseignais.
[Mais] Dieu sait toujours où nous trouver et comment nous atteindre. Mon esprit
a commencé à comprendre la véritable puissance des sacrements… et, surtout, de
l’Eucharistie : Jésus est bel et bien là. Les difficultés auxquelles je faisais
face et qui ont provoqué ma crise de foi existent toujours, mais ce qui a changé
c’est ma façon de prier. Le but de mes prières n’est plus ce que Dieu peut me
donner. Au contraire, je demande ce que je peux donner à Dieu ».
Le témoignage de la charité, de la culture et de la beauté
136. Comme nous l’avons déjà évoqué, la beauté (via pulchritudinis)
constitue une voie importante d’accès à la foi, cette beauté qui, comme
l’enseignaient les docteurs du Moyen Âge, est la synthèse de la vérité et de la
bonté. En un mot, c’est la beauté de l’amour qui se manifeste sous une multitude
de formes. C’est précisément à partir du thème de la beauté, capable d’allier la
rigueur intellectuelle à l’expérience esthétique, que s’inscrit le témoignage
d’un étudiant en neurobiologie originaire de Suisse : « J’ai grandi dans une
famille athée ; chez nous, “cartésien” était le mot d’ordre, souvent présenté
comme une antithèse évidente de la foi. La présence de Dieu dans ma vie s’est
manifestée comme un souffle de vent venu de loin. La première fois que j’ai
éprouvé ce sentiment de plénitude, c’était en assistant à une exécution
extraordinaire d’un morceau de Chopin. Puis il y a eu cette soirée où, du sommet
d’une montagne de Crimée, j’ai contemplé l’immensité de la mer Noire et les
montagnes qui s’étendaient à mes pieds. Je pensais ressentir cette paix parce
que je contemplais la beauté de l’humanité. [Puis] un jour, j’ai franchi le
seuil de la cathédrale de Chartres. La question ne se posait plus : la source
était là, sous mes yeux. Je ne sais pas quand mon cheminement avec Dieu a
commencé, mais je suis certain de l’avoir accueilli la première fois que je me
suis agenouillé pour prier. Ce fut un bain de paix, un baume pour l’âme. Lorsque
j’ai pris conscience de la voie que j’empruntais, j’ai décidé de rester à
l’écart. Dans les milieux scientifiques, toute allusion à ce sujet s’accompagne
de longs débats, de critiques dénigrantes et même de véritables blasphèmes. J’ai
vécu mes premières prières, mes premiers chapelets, mes premières messes tout
seul. Je pensais rejoindre la communauté une fois que j’aurais acquis
suffisamment de connaissances. À ma grande surprise, c’est la communauté qui m’a
accueilli. J’avais eu la chance d’être baptisé grâce à l’insistance de mes
grands-parents maternels. Je pense que le moment est venu de clore ce chapitre
de découverte et d’avancer pleinement dans ma vie de catholique. J’ai donc
entamé mon parcours vers la confirmation ».
137. D’autres fois, c’est la simplicité de la charité, se manifestant par la
gentillesse et l’accueil, qui ouvre les portes de la foi, comme en témoigne ce
catéchumène vietnamien, dont les propos ont été relayés par les évêques de
Malaisie : « Je suis né dans une famille bouddhiste. J’ai grandi sans prêter
beaucoup d’attention à la religion. Je suis venu en Malaisie, parce que je
voulais étudier l’anglais. Au Vietnam, ces cours sont chers, mais j’ai trouvé un
cours d’anglais gratuit dispensé par des chrétiens philippins. J’ai été
accueilli chaleureusement par tout le monde. Ils enseignaient avec sincérité et
nous offraient même à manger et à boire. J’ai pu constater leur gentillesse et
leur générosité. Ils traitaient tout le monde de la même manière. Au cours d’une
des leçons, on a projeté une vidéo sur la passion et la résurrection de Jésus,
qui se terminait par une simple question : “Où est Dieu ?” Mais j’ai ressenti
quelque chose. C’était une petite émotion, mais elle est restée en moi. Des
années plus tard, j’ai fait la connaissance d’un [chrétien] malaisien par le
biais de mon travail et j’ai commencé à participer à la messe avec lui. À
l’église, les gens étaient aimables et les homélies m’ont touché. Mais la
vieille question est revenue : qui est Dieu ? Avec l’aide de mon ami, je me suis
inscrit aux cours de catéchuménat et je serai baptisé cette année. Je me sens
plus fort, moins effrayé par les défis de la vie. Je suis non seulement prêt à
devenir catholique, mais aussi prêt à faire partie du miracle de Dieu ».
Conclusion
138. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a reçu du pape François, vers
la fin de sa vie, la mission de proposer à l’Église une réflexion sur la
transmission de la foi ; cette demande a ensuite été réitérée par le pape
Léon XIV. Le Dicastère a accueilli cette mission dans l’esprit du renouveau
missionnaire demandé à tout le peuple de Dieu, y compris aux institutions
curiales. En effet, son service ne se limite pas à la garde d’un dépôt de
doctrines à croire (credere Deum), mais comprend également la promotion
de tout ce qui favorise l’engagement personnel et actif dans l’accueil de la
lumière de la foi (credere Deo et credere in Deum). Cela concerne
en particulier la Section doctrinale du Dicastère, qui est appelée à favoriser
« les études visant à faire grandir la compréhension et la transmission de la
foi au service de l’évangélisation, afin que sa lumière soit un critère pour
comprendre le sens de l’existence ».[130]
La question de la transmission de la foi ne nous éloigne donc pas du
depositum fidei, ni n’implique de réduire le débat à la seule dimension
subjective de la fides qua. Il s’agit simplement d’un appel lancé aux
fidèles pour qu’ils reviennent au cœur du patrimoine de la foi chrétienne : le
kérygme en est, en effet, le contenu central, qui parcourt comme un fil
d’or la hiérarchie harmonieuse des « vérités de la doctrine catholique »[131]
et éclaire tous les éléments du depositum fidei, en attirant vers
l’expérience d’une rencontre personnelle et communautaire avec le Christ vivant.
139. Au cours de la réflexion développée dans le présent document, le
Dicastère pour la Doctrine de la Foi a accueilli avec joie la réponse généreuse
de nombreuses Conférences épiscopales, qui ont fait part de leur sincère
préoccupation concernant ce thème. La richesse des contributions reçues dépasse
les limites d’un seul document ; par conséquent, la question abordée dans les
présentes Considérations reste ouverte à des approfondissements
ultérieurs et à de nouveaux développements. Ce Dicastère reconnaît que ce
domaine relève de la compétence d’un autre Dicastère, le Dicastère pour
l’Évangélisation – Section pour les questions fondamentales de l’Évangélisation
dans le monde –, qui s’est engagé depuis longtemps dans un parcours de recherche
et de dialogue non seulement sur la transmission de la foi, mais aussi sur
d’autres thèmes qui lui sont liés : le catéchuménat, les différentes formes de
catéchèse, la formation des fidèles, les contextes communautaires d’accueil et
de croissance des nouveaux croyants, etc.
140. Nous souhaiterions maintenant conclure ces Considérations sur la
transmission de la foi dans le contexte d’un changement d’époque par une image
très chère à chaque fidèle, capable de représenter un symbole d’espérance pour
l’avenir. Il s’agit de l’image de la liturgie de l’allumage du cierge pascal et
de sa mise en place sur l’autel, après la procession le long de la nef de
l’église, au cours de la veillée pascale solennelle célébrée selon le rite
latin. Comme on le sait, la procession commence après l’allumage du cierge : à
l’exception du diacre qui porte le cierge, tous avancent en tenant dans leurs
mains des cierges éteints. Ensuite, le célébrant d’abord, puis les autres
participants reçoivent du cierge pascal, ou de cierges allumés à lui, la flamme
avec laquelle ils allument leur propre cierge et, à leur tour, peuvent la
transmettre à d’autres.
141. À trois reprises, en prononçant l’invocation « la Lumière du Christ »
(ou, dans certains pays, une formule alternative), le diacre annonce au monde la
présence de la lumière du Christ, qui se manifeste par l’allumage progressif des
cierges. Ainsi, à partir de la flamme unique du cierge pascal, tous les cierges
des fidèles sont allumés lentement et dans l’ordre, et, à la fin de la
procession, les lumières de l’église sont également allumées.
142. C’est ainsi que nous aimerions imaginer l’élan que ces
Considérations souhaitent offrir à l’Église en cette période de changement
d’époque. Elles veulent rappeler avec force que le Christ est la vraie
lumière : il illumine, parce qu’il libère des ténèbres et introduit dans la
plénitude de la vie, accomplissement de l’accueil de l’amour inconditionnel de
Dieu dans les cœurs. À nous, croyants, il a déjà été donné de rencontrer la
lumière et de laisser notre vie être éclairée par la « vraie lumière » du monde
(cf. Jn 1, 9). Il nous appartient désormais de transmettre ce même don
aux hommes et aux femmes de notre temps, qui, peut-être sans toujours en avoir
conscience, attendent eux aussi de pouvoir faire rayonner leur existence à cette
même source de toute grâce, lumière qui resplendit dans le monde.
143. Enfin, on ne peut passer sous silence le témoignage de tant de laïcs
évangélisateurs qui, ces derniers temps, ont atteint la sainteté. De nombreux
jeunes ont admiré la passion pour l’évangélisation chez saint Carlo Acutis, tout
comme l’exemple admirable de sainte María Antonia de Paz y Figueroa, connue sous
le nom de Mama Antula, au cours de son long pèlerinage d’évangélisation. De
nombreux laïcs ont, par ailleurs, donné leur vie pour porter la lumière du
Christ : saint Sebastiano, saint Paolo Chông Hasang, saint Peter to Rot. À leurs
côtés, les contemplatifs et les contemplatives entretiennent la flamme de la foi
par la prière et l’intercession car, sans l’action du Saint-Esprit, tous nos
efforts sont vains. Nous invitons donc toutes les communautés à promouvoir en
leur sein des moments de prière et d’intercession qui soutiennent la
transmission de la lumière de la foi.
144. Marie, qui s’est rendue présente au milieu des différents peuples à
travers les formes les plus variées de leur foi et de leur dévotion, rendant
ainsi plus perceptible sa proximité maternelle, porte toujours en elle la
lumière et l’amour du Seigneur. L’Évangile raconte qu’elle a agi ainsi dès le
début, lorsqu’elle a porté Jésus chez Élisabeth (cf. Lc 1, 39-45). La
Vierge continue de le faire aujourd’hui encore, en offrant la beauté de
l’Évangile. En effet, elle a médité attentivement et gardé dans son cœur tout ce
que le Christ a fait et dit (cf. Lc 2, 19.51). Elle a été le grand témoin
de l’Incarnation et de la naissance du Seigneur jusqu’à sa mort sur la croix et
à sa résurrection, l’accompagnant tout au long de sa vie terrestre. C’est
pourquoi, devant le visage de Marie, le peuple fidèle reconnaît « dans cette
image maternelle tous les mystères de l’Évangile ».[132]
Celui qui considère la foi mariale des simples avec une attitude exclusivement
intellectuelle risque de ne pas comprendre que, bien souvent, l’Évangile du
Christ se transmet de manière mystagogique, à travers des symboles, des
expériences, la confiance et l’affection. À Marie, Maîtresse de la transmission
de la foi, nous demandons d’intercéder pour nous dans notre engagement renouvelé
à porter la lumière du Christ aux nouvelles générations.
Le Souverain Pontife Léon XIV, lors de l’audience accordée au soussigné Préfet,
ainsi qu’au Secrétaire de la Section doctrinale du Dicastère pour la Doctrine de
la Foi, le 21 août 2026, Mémoire liturgique de saint Pie X, pape, a approuvé le
présent document, adopté lors de la Session Ordinaire de ce Dicastère le
24 juin 2026, solennité de la Nativité de saint Jean-Baptiste, et en a ordonné
la publication.
Donné à Rome, au siège du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le 22 octobre
2026, mémoire
liturgique de saint Jean-Paul II.
Víctor Manuel Card. Fernández
Préfet
Mgr Armando Matteo
Secrétaire
de la Section doctrinale
Ex Audientia Die: 21 Augusti 2026
Leo PP. XIV
[1] Léon XIV,
Discours aux évêques de la Conférence épiscopale italienne (17 juin
2025) : L’Osservatore Romano (17 juin 2025), 2.
[2] Léon XIV,
Discours aux participants à la session plénière du Dicastère pour
l’Évangélisation – Section pour les questions fondamentales de l’Évangélisation
dans le monde (28 mai 2026) : L’Osservatore Romano (28 mai 2026), 2.
[3] Pour aider le lecteur à s’orienter tout au long des présentes
Considérations
qui s’articulent en plusieurs chapitres, il peut être utile de donner dès à
présent un aperçu synthétique de leur parcours thématique. Les
chapitres I et II
en posent les fondements théologiques, en partant de l’annonce de l’amour du
Père manifesté dans la personne et les œuvres de Jésus de Nazareth, pour aboutir
à ses principaux contextes de transmission au sein de l’Église, à savoir la
famille et la communauté. Le chapitre III s’attarde sur les défis liés au
changement d’époque, caractérisé par une difficulté sans précédent à perpétuer
les formes traditionnelles de transmission de la foi, ce à quoi le chapitre IV
répond en mettant en avant le cœur battant de cette œuvre, à savoir l’annonce du
kérygme. Le chapitre V expose diverses réflexions pratiques sur la
transmission de la foi dans la vie des communautés sous ses différents aspects,
tandis que les chapitres VI et
VII approfondissent respectivement la relation
entre foi et culture et indiquent certaines sollicitudes pastorales spécifiques.
Le chapitre VIII, enfin, rassemble quelques témoignages concrets qui illustrent
la transmission de la foi dans le contexte de la vie quotidienne des personnes.
[4] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past.
Gaudium et spes (7 décembre 1965), n. 22 : AAS 58 (1966), 1043.
[5] François, Exhort. ap.
Christus vivit (25 mars 2019), n. 1 : AAS 111 (2019),
391.
[6] Benoît XVI, Lett. enc.
Deus caritas est (25 décembre 2005), n. 1 : AAS 98
(2006), 217.
[7] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 1 : AAS
105 (2013), 2019.
[8] François, Lett. enc.
Lumen fidei (29 juin 2013), n. 1 : AAS 105 (2013), 555-556.
[9] François, Lett. enc.
Lumen fidei (29 juin 2013), n. 37 : AAS 105 (2013),
580.
[10] François, Lett. enc.
Lumen fidei (29 juin 2013), n. 38 : AAS 105 (2013), 580.
[11] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm.
Dei Verbum
(18 novembre
1965), n. 8 : AAS 58 (1966), 821.
[12] Cf. XIIIe Assemblée ordinaire du Synode des Évêques,
Instrumentum laboris (2012), n. 105.
[13] François, Lett. enc.
Lumen fidei (29 juin 2013), n. 38 : AAS 105 (2013), 581.
[14] Benoît XVI,
Homélie pour la messe d’inauguration de la Ve Conférence
générale de l’épiscopat d’Amérique latine et des Caraïbes (13 mai 2007) :
Insegnamenti III, 1 (2007), 848-849.
[15] Léon XIV,
Discours lors du consistoire extraordinaire (7 janvier 2026) :
L’Osservatore Romano (8 janvier 2026), 2.
[16] Léon XIV,
Homélie à l’occasion du Jubilé des familles, des grands-parents et des
personnes âgées (1er juin 2025) : L’Osservatore Romano (2
juin 2025), 2.
[17] Léon XIV,
Homélie lors de la fête du Baptême du Seigneur (11 janvier 2026) :
L’Osservatore Romano (11 janvier 2026), 4.
[18] François, Lett. enc.
Lumen fidei (29 juin 2013), n. 43 : AAS 105 (2013),
584.
[19] François, Lett. enc.
Lumen fidei (29 juin 2013), n. 53 : AAS 105 (2013),
591.
[20] Témoignage du père Duval disponible sur le site
http://pierre.aime.duval.free.fr/priere.htm.
[21] François,
Homélie à l’occasion de la fête du Baptême du Seigneur - Célébration du
baptême d’enfants (7 janvier 2018) : L’Osservatore Romano (8-9
janvier 2018), 8.
[22] Léon XIV,
Homélie à l’occasion du Jubilé des catéchistes (28 septembre 2025) :
L’Osservatore Romano (29 septembre 2025), 2.
[23] Cf. François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 70 : AAS
105 (2013), 1049-1050.
[24] François, Lett. enc.
Lumen fidei (29 juin 2013), n. 18 : AAS 105 (2013),
565.
[25] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 14 : AAS
105 (2013), 1025, qui cite Benoît XVI,
Homélie de la messe de conclusion
à la XIIIe Assemblée générale Ordinaire du Synode des Evêques (28
octobre 2012) : AAS 104 (2012), 890, en italiques dans le texte original.
[26] François,
Discours à la Curie romaine à l’occasion des vœux de Noël (21 décembre 2019) :
AAS 112 (2020), 43. Pour être précis,
l’expression « changement d’époque » n’est pas apparue pour la première fois
dans ce discours, mais a été introduite par le pape François à l’occasion de son
entretien du 29 juin 2014, dans le quotidien italien Il Messaggero.
[27] Conseil Épiscopal Latino-américain et des Caraïbes Celam,
Document final de la Ve Conférence de l’épiscopat d’Amérique
latine et des Caraïbes (13-31 mai 2007), n. 44.
[28] Cf. François, Lett. enc.
Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 30 : AAS 112
(2020), 979-980.
[29] Léon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 6.
[30] Léon XIV,
Discours aux Supérieurs majeurs de la Compagnie de Jésus (24 octobre
2025) : L’Osservatore Romano (24 octobre 2025), 5.
[31] Léon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 26.
[32] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 70 : AAS
105 (2013), 1049.
[33] Conférence des Évêques catholiques de la Fédération Russe,
Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza
episcopale (30 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[34] Cf. Conférence Épiscopale d’Albanie,
Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio
della Conferenza episcopale (19 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[35] Église Métropolitaine Grecque-Catholique Hongroise,
Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Chiesa sui iuris (7 avril 2026), Archives du Dicastère pour
la Doctrine de la Foi.
[36] Conférence Épiscopale du Chili, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede
nel territorio della Conferenza episcopale (11 avril 2026), Archives du
Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[37] Cf. Conférence Épiscopale des Antilles, Lettre pastorale A Mandate for the Kingdom: Mission and Evangelization in the Caribbean (9 janvier 2018), n. 30.
[38] Conférence Épiscopale du Panama, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (14 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[39] Conférence Épiscopale de la Colombie, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (16 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[40] Cf. Conférence Épiscopale du Pérou, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (30 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[41] Cf. Conférence des Évêques catholiques de Corée, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza
episcopale (31 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[42] Cf. Conférence des Évêques catholiques de Malaisie, Singapour et Brunei, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (3 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[43] Cf. Conférence des Évêques catholiques du Bangladesh, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza
episcopale (15 mai 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[44] Cf. Conférence des Évêques catholiques du Japon, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (20 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[45] Cf. Conférence des Évêques catholiques de l’Asie Centrale, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (3 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[46] Conférence des Évêques catholiques de l’Afrique du Sud, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (4 mai 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[47]Cf. Conférence des Évêques catholiques de Zambie, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (10 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[48] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 73 : AAS
105 (2013), 1050-1051.
[49] Conférence des Évêques catholiques des États-Unis, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (30 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[50] Conférence Épiscopale de Roumanie, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza
episcopale (14 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[51] François, Lett. enc.
Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 105 : AAS 112
(2020), 1005.
[52] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 64 : AAS
105 (2013), 1047.
[53] Conférence Épiscopale espagnole, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (14 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[54] Conférence nationale des Évêques du Brésil, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza
episcopale (31 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[55] Conférence Épiscopale d’Autriche, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (31 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[56] Léon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 4.
[57] Léon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 139.
[58] XVIe Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques,
Rapport de synthèse de la première session (28 octobre 2023), n. 17a). Cf. Léon
XIV, Discours aux participants à la conférence « Artificial
Intelligence and Care of Our Common Home » (5 décembre 2025) :
L’Osservatore Romano (5 décembre 2025), 2.
[59] Léon XIV,
Message pour la LXe Journée mondiale des communications sociales
(24 janvier 2026) : L’Osservatore Romano (24 janvier 2026), 2.
[60] Léon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 132.
[61] Conférence Épiscopale de Belgique, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (3 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[62] Conférence Épiscopale du Chili, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (11 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[63]Pour plus de
détails sur cette étude, consulter le site
https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/les-sacrements/le-bapteme/baptemes-adultes/.
[64] Cf. Patriarcat Maronite d’Antioche,
Relazione e testimonianze relative alla
trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (1er
avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[65] Conférence des Évêques catholiques du Nigéria, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza
episcopale (6 mai 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[66] Conférence Épiscopale de la Tanzanie, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza
episcopale (26 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[67] Cf. Conférence Épiscopale de Côte d’Ivoire, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza
episcopale (15 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[68] Cf. Conférence Épiscopale Nationale du Congo, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel
territorio della Conferenza episcopale (30 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[69] Léon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 223.
[70] Léon XIV,
Lettre aux Cardinaux (14 avril 2026): L’Osservatore Romano
(14 avril 2026,) 7 ; cf. Id.,
Discours à l'occasion du Jubilé des missionnaires numériques et des influenceurs (29 juillet 2025): L’Osservatore Romano (29 juillet 2025), 2.
[71] Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm.
Dei Verbum (18 novembre 1965), n. 2 : AAS
58 (1966), 818.
[72] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Const. dogm.
Dei Verbum (18 novembre 1965), n. 5 : AAS
58 (1966), 819.
[73] Cf. Commission Théologique Internationale,
De l’interprétation des
dogmes (1989), 2.1.1.
[74] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 164 : AAS 105
(2013), 1088-1089.
[75] Conseil Pontifical pour la Promotion de la nouvelle évangélisation, Directoire pour la catéchèse
(2020), n. 57.
[76] Cf. Conseil Pontifical pour la Promotion de la nouvelle évangélisation,
Directoire pour la catéchèse (2020), n. 56-57.
[77] Léon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 22.
[78] Cf.
https://www.evangelizatio.va/content/pcpne/it/attivita/catechesi.html.
[79] François, Lett. enc.
Dilexit nos (24 octobre 2024), n. 26 : AAS 116
(2024), 1377.
[80] Benoît XVI, Lett. enc.
Deus caritas est (25 décembre 2005), n. 31 : AAS 98
(2006), 245.
[81] Augustin, Confessionum libri tredecim, XII, 16, 23 :
PL 32, 834.
[82] François, Exhort. ap.
Christus vivit (25 mars 2019), n. 211 : AAS 111
(2019), 450.
[83] A. Hurtado, « Ustedes son la luz del mundo », discours à El Cerro San
Cristóbal, Chili (1940), tel que le cite François, Exhort. ap.
Christus vivit
(25 mars 2019), n. 175 : AAS 111 (2019), 440.
[84] Cf. François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013),
n. 70 : AAS 105 (2013), 1050.
[85] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 165 : AAS 105
(2013), 1089.
[86] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm.
Unitatis redintegratio (21 novembre 1964), n. 11 : AAS 57
(1965), 99.
[87] Cf. François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), nn. 36-37 :
AAS 105 (2013), 1035.
[88] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013),
n. 165 : AAS 105 (2013), 1089.
[89] Cf. François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), nn. 127-129 :
AAS 105 (2013), 1073.
[90] François, Lett. ap.
Aperuit illis (30 septembre 2019), n. 8 : AAS 111 (2019), 1500.
[91] Cf. Aelred de Rievaulx,
De spiritali amicitia : CCCM 1,
279-350.
[92] François, Exhort. ap.
Christus vivit (25 mars 2019), n. 151 : AAS 111
(2019), 432.
[93] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past.
Gaudium et spes (7 décembre 1965), n. 52 :
AAS 58 (1966), 1073.
[94] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 24 : AAS 105
(2013), 1030.
[95] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 45 : AAS 105 (2013), 1039.
[96] Cf. Prosper d’Aquitaine,
Indiculus, c. 8 : PL 51, 209.
[97] Augustin d’Hippone,
Confessionum libri tredecim, IX, 6, 14: PL 32,
769-770.
[98] R. Guardini, Spiegel und Gleichnis. Bilder und Gedanken, Mainz-Paderborn
1990, 158-161.
[99] François, Exhort. ap.
Gaudete et exsultate (19 mars 2018), n. 9 : AAS 110
(2018), 1113.
[100] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm.
Lumen gentium (21 novembre 1964), n. 11: AAS 57 (1965), 15-16.
[101] François, Exhort. ap.
Gaudete et exsultate (19 mars 2018), n. 14 : AAS 110
(2018), 1115.
[102] Térence,
Heautontimoroumenos, I, 1, 25.
[103] Leon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 122.
[104] Léon XIV, Exhort. ap.
Dilexi te (4 octobre 2025), n. 3 : AAS 117 (2025),
1240.
[105] Léon XIV, Exhort. ap.
Dilexi te (4 octobre 2025), n. 104 : AAS 117 (2025),
1280-1281.
[106] H.U. von Balthasar,
La Gloire et la Croix : les aspects
esthétiques de la Révélation, vol. 1, Paris 1981, p. 128. On peut y
ajouter : « Si le verum est dépourvu de cette splendor qui, pour
Thomas, constitue la marque du beau, alors la connaissance de la vérité reste à
la fois pragmatique et formaliste. […] Et si le bonum est dépourvu de
cette voluptas qui, pour Augustin, est le signe de sa beauté, alors le
rapport au bien reste utilitariste et hédoniste » (ibid.).
[107] Cf. François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013),
n. 167 : AAS 105 (2013), 1090.
[108] Leon XIV,
Discours aux participants au “Concert avec les pauvres” (6 décembre
2025) : L’Osservatore Romano, 9 décembre 2025, 4.
[109] Jean Paul II,
Discours aux participants au Congrès National du Mouvement Ecclésial pour
l’engagement culturel (16 janvier 1982), n. 2 : Insegnamenti V, 1
(1982), 131, qui cite Paul VI, Exhort. ap.
Evangelii nuntiandi (8
décembre 1975), n. 20 : AAS 68 (1976), 18 ; cf. Conseil pontifical de la Culture,
Pour une pastorale de la culture (23 mai 1999).
[110] Jean Paul II, Lett. enc.
Slavorum apostoli (2 juin 1985), n. 21: AAS 77 (1985),
802.
[111] Jean Paul II, Lett. enc.
Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 52 : AAS 83
(1991), 300.
[112] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 122 : AAS 105
(2013), 1071.
[113] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 127 : AAS 105 (2013), 1073.
[114] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 132 : AAS
105 (2013), 1075.
[115] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past.
Gaudium et spes (7 décembre 1965), chap. I :
AAS 58 (1966), 1034-1044.
[116] Léon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 3.
[117] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 123 : AAS 105 (2013), 1071.
[118] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 126 : AAS
105 (2013), 1073.
[119] Il s’agit d’un phénomène qui, depuis quelques années, se traduit par une
implication croissante des jeunes dans des confréries religieuses ou dans des
groupes de jeunes liés au monde catholique. Outre la participation à la vie des
confréries elles-mêmes qui culmine, au niveau public, avec les processions
traditionnelles organisées à l’occasion des principales solennités, on note
également des rassemblements nationaux qui attirent un nombre croissant de
participants, comme l’avait déjà signalé en 2016 le magazine en ligne de
l’archidiocèse de Madrid : cf.
https://alfayomega.es/las-cofradias-se-han-convertido-en-puerta-de-entrada-a-la-iglesia-para-muchos-jovenes/.
[120] Cf. François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), nn. 135-144 : AAS 105 (2013), 1076-1080.
[121] Conférence des Évêques du Ghana,
Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza
episcopale (27 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[122] Cf. Conférence Épiscopale du Vénézuela,
Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio
della Conferenza episcopale (2 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[123] Conférence des Évêques de France,
Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio
della Conferenza episcopale (5 juin 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.
[124] Léon XIV, Lett. enc.
Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 143.
[125] Conc. Œcum. Vat. II, Decr.
Unitatis redintegratio (21 novembre 1964), n. 1 :
AAS 57
(1965), 90 ; cf. Id., Decr. Ad gentes (7 décembre 1965), n. 6 :
AAS 58 (1966), 954-955.
[126] Jean Paul II, Lett. enc.
Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 50 :
AAS 83
(1991), 297.
[127] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 246 : AAS 105
(2013), 1119.
[128]
Ibid.
[129] Les comptes rendus qui suivent sont des résumés rédigés à partir
d’extraits tirés des textes originaux des témoignages. Pour faciliter la
lecture, les omissions ne sont pas signalées. Les éventuels ajouts apportés au
résumé sont indiqués entre crochets.
[130] François, Lett. ap. en forme de “Motu proprio”
Fidem servare (11 février 2022),
n. 2 : AAS 114 (2022), 288.
[131] Conc. Œcum. Vat. II, Decr.
Unitatis redintegratio (21 novembre 1964), n. 11: AAS 57
(1965), 99.
[132] François, Exhort. ap.
Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 285 : AAS 105
(2013), 1135 ; cf. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Note doctr.
Mater populi fidelis (4 novembre 2025), n. 77.
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