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DICASTÈRE POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

VENITE AD ME

Considérations sur la transmission de la foi à l’aube d’une nouvelle ère

 

Table des matières

Introduction

Chapitre I
L’annonce de l’amour du Père

Chapitre II
La lumière de la foi

Les formes de transmission de la foi
La famille
La communauté ecclésiale

Chapitre III
Le changement d’époque

La crise de la transmission de la foi
Une nouvelle culture généralisée
Les technologies digitales
Les nouvelles frontières de l’évangélisation

Chapitre IV
La place centrale du kérygme

Susciter une expérience de foi
La question du langage
La formation chrétienne

Chapitre V
La transmission de la foi dans les communautés

Liturgie
Le rôle du témoignage
Art et beauté
Les étapes de la vie

Chapitre VI
Foi et culture

Chapitre VII
Quelques points spécifiques

Chapitre VIII
Témoignages

De l’abîme de la dépendance à la liberté de la rencontre avec le Christ
Le « renouveau » du kérygme : rôle de la famille et de la prière
Le témoignage de la charité, de la culture et de la beauté

Conclusion


 

1. [Venez à moi] « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous soulagerai » (Mt 11, 28). Le Seigneur Jésus-Christ se présente comme une source de profond réconfort face aux peines et aux épreuves du cœur humain. Dans cette perspective, la transmission de la foi apparaît comme une rencontre au cours de laquelle le Christ se fait proche de chaque personne, dans la réalité concrète de sa vie, en lui offrant cette paix véritable que l’on ne peut trouver qu’en Lui.

Introduction

2. Jésus est la vraie lumière du monde ; celui qui croit en Lui, le Ressuscité vivant, triomphe des ténèbres de la mort et vit de la lumière de la vie (cf. Jn 1, 6-9 ; 8, 12). Telle est la foi de l’Église, la foi que chaque croyant est appelé à annoncer jusqu’aux extrémités de la terre. Cet engagement – celui de la transmission de la foi, adapté aux conditions socio-culturelles actuelles, – est au cœur des présentes Considérations.

3. Cette responsabilité de chaque croyant dans le Christ, véritable lumière du monde, constitue un sujet d’une grande actualité pour la vie et la mission de l’Église. Sollicité à maintes reprises par le pape François pour proposer une réflexion à ce sujet, le Dicastère avait initié la procédure ordinaire visant à la rédaction des présentes Considérations. Les événements récents, notamment l’élection du pape Léon XIV, la célébration du Jubilé, ainsi que la perspective du prochain Jubilé de la Rédemption en 2033, constituent une incitation supplémentaire à hâter la rédaction dudit document.

4. Les présentes Considérations réitèrent, à l’intention de toute la communauté ecclésiale, l’invitation que le Saint-Père Léon XIV a adressée aux évêques italiens lors de leur rencontre de juin 2025 : « Tout d’abord, il faut un nouvel élan pour l’annonce et la transmission de la foi. Il s’agit de placer Jésus-Christ au centre et, sur la voie tracée par Evangelii gaudium, d’aider les personnes à vivre une relation personnelle avec Lui, pour découvrir la joie de l’Évangile. En un temps de grande fragmentation, il est nécessaire de revenir aux fondements de notre foi, au kérygme. C’est le premier grand engagement qui motive tous les autres ».[1] Dans cette ligne, comme le fait encore remarquer le Saint-Père, « l’évangélisation doit se mesurer aujourd’hui, de façon particulière, également à travers des changements dans les dynamiques et conditions dans la transmission de la foi de génération en génération. Dans certaines régions du monde, cette transmission s’est pratiquement interrompue, et cela requiert la capacité de réaliser soi-même de nouveaux défis ».[2] La finalité spécifique de ce document-ci est d’offrir autant une réflexion ciblée que des suggestions de pistes concrètes pour l’annonce du kérygme à l’aube de la nouvelle ère que nous traversons.

5. Cette forme d’annonce peut certainement réveiller la foi chez ceux qui ne la pratiquent plus depuis longtemps (que l’on pense, en particulier, au monde des adultes et des nouvelles générations) ou favoriser une expérience de foi (fides qua) chez ceux qui n’ont pas encore connu le Christ. Sans entrer dans le cadre spécifique de la catéchèse et de la formation des croyants, ces deux modalités d’enseignement sontappelées à offrir également une introduction ordonnée et progressive à la doctrine de l’Église (fides quae). Les analyses des présentes Considérations sur la fides qua précèdent la question de la transmission du depositum fidei, que ce document ne prétend pas aborder de manière exhaustive.

6. Lors de la rédaction de ces Considérations, la contribution de nombreuses Conférences épiscopales nationales a été fort précieuse. Celles-ci ont répondu avec beaucoup d'empressement à la demande du Dicastère de lui faire parvenir des documents relatifs au thème de la transmission de la foi.

7. Sont particulièrement pertinents les témoignages transmis par les évêques à propos de ceux qui ont découvert ou redécouvert le Seigneur Jésus et son Évangile, dès leur jeunesse ou à l’âge adulte. Bon nombre de ces témoignages sont rapportés dans le dernier chapitre des présentes Considérations.

8. Une dernière précision concerne la nature de ce document, qui est celle de Considérations et non d'une Note doctrinale. Sa visée, en effet, est principalement de stimuler la réflexion ecclésiale et l’engagement pastoral à propos de la transmission de la foi. C’est pourquoi le texte examine une pluralité de points de vue, sans toutefois prétendre clore la question qui demeure ouverte à des analyses et à des approfondissements ultérieurs. Cela signifie que ces Considérations ne se caractérisent pas, à l’instar d’autres textes du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, par la précision du langage et le caractère systématique de son exposé, mais adoptent un style plus discursif, comme cela ressort notamment dans la section susmentionnée dédiée aux témoignages.[3]

Chapitre I

L’annonce de l’amour du Père

9. En parlant de la mission du Baptiste, saint Jean l’Évangéliste le décrit comme le témoin de la lumière, celui qui doit rendre témoignage à la vraie lumière, laquelle a seule le pouvoir d’éclairer tout être humain (cf. Jn 1, 6-9). Cette vraie lumière porte le nom de Jésus, le Christ, le Fils de Dieu fait homme pour le salut du monde. Il est, en définitive, la « vraie lumière du monde », et quiconque suit ses pas ne se perdra jamais dans les ténèbres, mais trouvera toujours en lui-même la pleine lumière de la vie (cf. Jn 8, 12). C’est là le cœur même de tout le christianisme et c’est aussi ce qui pousse les croyants à transmettre en tout temps – y compris à notre époque – la foi qu’ils vivent.

10. Jésus est véritablement la vraie lumière qui éclaire tout homme, car ce que personne n’avait jamais vu ni pu voir, Lui l’a révélé : l’amour inconditionnel qui habite le cœur de Dieu-Trinité. Telle est la bonne nouvelle de l’Évangile du Fils : Dieu est amour pour toujours et pour tous (cf. 1 Jn 4, 8). Il est Père, Fils et Saint-Esprit. Cette bonne nouvelle, inconnue jusqu’à Jésus, est désormais en mesure de nous conduire à la plénitude du salut et du bonheur ; en même temps, par la grâce du Saint-Esprit, elle permet de mettre en lumière et de purifier tout ce qui peut faire obstacle à la vie nouvelle qu’elle nous ouvre.

11. Plus radicalement encore, Jésus annonce la vérité selon laquelle, grâce à cet amour du Père, il n’existe aucun espace humain marqué par l’échec ou le péché qui ne puisse être rétabli dans sa vocation originelle. Au contraire, grâce à l’action continue du Saint-Esprit qui agit de manières à lui propres,[4] la lumière et la puissance de cet amour sont toujours à la disposition de tous, en tout temps et en tout lieu. Celui qui accueille cette révélation renonce pour toujours au royaume des ténèbres, en s’ouvrant enfin à la lumière de la vie et à une vie de lumière.

12. C’est précisément pour cette raison que toute l’existence de Jésus est traversée par le désir d’éclairer chaque être humain par la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui est amour pour toujours. Le Christ va ainsi, le cœur ouvert et libre, à la rencontre des autres et il se laisse toucher par eux. Il marche sur les traces des hommes et des femmes de son temps et se laisse rencontrer par eux. Celui qui le cherche le trouve, et s’il le cherche, c’est parce qu’il a déjà été rejoint par le Seigneur (cf. Ph 3, 12). Jésus ne dresse aucun obstacle entre les gens et Lui. Il est toujours attentif, toujours présent, n’est jamais distrait. Sa parole n’est jamais abstraite. Il veut sans cesse orienter le cœur et l’esprit de tous vers la vraie lumière de l’amour et de la miséricorde du Père, qui sont un amour et une miséricorde au service du bonheur de tous. Nul n’est exclu. La vie de chacun mérite d’être vécue pleinement.

13. Ainsi, les personnes qui s’ouvrent à la lumière de la révélation de l’amour de Dieu, reçoivent de Jésus une parole de pardon, une parole de libération, une parole d’amour, une parole de liberté, une parole de vie, une parole d’espérance (cf. Lc 4, 18-19). Chez tous ceux qui viennent à sa rencontre et s’ouvrent à lui d’un cœur sincère, Jésus suscite un élan d’intérêt et d’amour renouvelés pour la vie : pour leur propre vie, pour celle des autres et pour la vie de tout ce qui existe (cf. Jn 14, 6). L’amour de Dieu ramène chaque homme et chaque femme aux raisons profondes de leur existence dans le monde.

14. Avec cette conviction dans l'esprit et dans le cœur, le Jésus dont parlent les évangélistes est toujours en chemin. Il n’attend pas. Il ne se crée nison propre sanctuaire ni sa propreson école. Il se déplace, il voyage. Il entre dans les villages et les villes de son peuple et de son époque. Il s’adresse aux gens simples, mais aussi à ceux qui occupent des postes de pouvoir au niveau public, religieux ou politique. Par ces gestes et ces paroles, Jésus mène à son accomplissement la révélation confiée au peuple d’Israël (cf. Mt 4, 12-17 ; Mc 1, 14-15 ; Lc 3, 21-22).

15. Ce qui frappe particulièrement, c’est la manière dont Jésus proclame l’Évangile du Dieu qui est amour pour toujours et pour tous. Dans sa prédication, les références à la vie quotidienne des gens, au règne des animaux et au monde des arbres, des plantes et des fleurs sont nombreuses, tout comme abondent aussi les allusions aux métiers de son époque, à la préparation des repas et aux jeux des enfants. Jésus fait également preuve d’une connaissance remarquable de l’utilisation des nombres et il renvoie fréquemment à la construction des bâtiments ou aux phénomènes météorologiques ; il connaît les monnaies de son temps et il a une grande familiarité avec les différents groupes religieux présents à cette époque et liés au judaïsme de diverses manières. C’est véritablement un homme qui « observe » avec attention et qui invite constamment chacun à « regarder » avec le même regard la trame de la création et de l’histoire humaine. Telle est, en vérité, sa certitude inébranlable : lorsque le cœur est débarrassé de tout égoïsme et de toute inquiétude inutile, on peut reconnaître les traces de l’amour de Dieu même dans l’événement le plus petit et apparemment insignifiant (cf. Lc 12, 22-34) ; c’est précisément cet amour-là qui l’amène à s’exprimer à travers le langage de la vie quotidienne du peuple.

16. Il n’est donc pas surprenant qu’une telle prédication, tout en suscitant la pleine adhésion des cœurs de gens simples qui la trouvent si proche et familière ait déconcerté et, dans une certaine mesure, inquiété ceux qui détenaient le pouvoir politique et religieux de l’époque. Elle est comme une lumière capable de révéler tous les usages et les abus possibles de ce pouvoir : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands les oppriment et leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous » (Mt 20, 25-26) ; « malheur aussi à vous, docteurs de la Loi, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles » (Lc 11, 46).

17. Dans l’accomplissement de sa mission, Jésus ne se contente pas d’annoncer l’amour inconditionnel de Dieu. Il en témoigne de manière concrète par une prédilection pour tous ceux qui n’attendent presque plus rien de personne : ni de leurs proches, ni de leurs amis, ni de leurs compatriotes, ni de leurs coreligionnaires, ni peut-être même du Dieu de l’Alliance des Pères. Du fait de leur souffrance, due à des maladies incurables ou à de tragiques revers de fortune, ces personnes sont souvent considérées comme « les derniers » de la société. Pourtant, ce sont précisément elles qui deviennent « les premiers » dans le cœur du Seigneur Jésus (cf. Mt 20, 16). Ce sont en effet ces « derniers/premiers » que Jésus invite, plus que tous les autres, à s’approcher de la lumière qui illumine chaque homme et chaque femme, c’est-à-dire de la lumière de l’amour du Père. C’est ainsi que, par sa proximité, par ses paroles et par ses miracles, Jésus ravive en eux l’espoir de pouvoir encore espérer, la confiance de pouvoir encore avoir confiance, la possibilité de pouvoir encore avoir des possibilités. Il accomplit en eux le prodige de pouvoir encore croire à un miracle pour leur propre existence.

18. Au cours de sa prédication, Jésus entre alors presque inévitablement en conflit avec une société religieuse et politique qui faisait de la Loi de Moïse son fondement structurel, mais dont l’application concrète était souvent marquée par des attitudes de division et d’exclusion. Alors que son Père qui est aux cieux fait lever le soleil sur les uns et sur les autres (cf. Mt 5, 45) et fait également tomber la pluie sur les uns et sur les autres, la discrimination et la séparation des personnes constituaient un trait fort répandu dans le milieu politique et religieux de son époque, tout comme c'est le cas dans le nôtre. En apportant la lumière d’un amour divin qui veut reconnecter chacun à son existence, même tourmentée, et aux autres personnes de son entourage et, en fin de compte, à Dieu lui-même, en vue d’une fraternité de justice et de paix, Jésus ne peut qu’entrer en conflit avec les pouvoirs de son temps, étant donné que son message fait autorité (cf. Mc 1, 27). En annonçant le visage d’amour de Dieu, Jésus prive de tout fondement l’exercice despotique du pouvoir religieux et politique de son époque, qui a oublié sa nature même de service et d’unité. Dieu ne bénit pas la division, et encore moins la discrimination. Il est Père et aime tout être vivant (cf. Sg 1, 13-14). Aucune loi ni aucune autorité humaine ou religieuse ne pourra jamais déclarer quiconque indigne de son amour ni de celui des autres êtres humains.

19. La tension entre les paroles et les gestes de Jésus, sans oublier les malentendus avec le pouvoir de son époque, atteint son paroxysme lorsque les autorités religieuses et politiques décident de le condamner à mort. Sa prédication, accompagnée de signes extraordinaires, doit être interrompue et réduite au silence pour toujours. C’est ainsi que l’on décide de sa mort sur la croix, à laquelle le pouvoir romain apporte son aval.

20. Mais cette condamnation à mort n’a pas le pouvoir d’éteindre la « vraie lumière du monde ». Ce gibet injuste devient, dans l’économie du salut, le trône le plus élevé d’où résonne avec une clarté absolue le message évangélique et où la puissance illuminatrice de l’Évangile du Fils se manifeste au monde entier. Et cet Évangile est le suivant : Dieu est amour pour tous, Dieu est miséricorde pour tous. Il l’est vraiment pour tous, et c’est pourquoi il l’est aussi pour ceux qui condamnent et mettent à mort le Fils. Le « oui » que Dieu, en Jésus, adresse à l’être humain et qui maintient ardemment allumée la vraie lumière du monde qu’est son Fils, ne peut jamais se transformer en un « non ». L’amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit pour l’humanité est sans réserve, sans limites, sans mesure et, en définitive, sans frontières (cf. 1 Jn 4, 7-8).

21. Dans les derniers instants de la vie terrestre de Jésus, les paroles merveilleuses de l’ancien et magnifique livre du Cantique des Cantiques trouvent leur plein accomplissement : « Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves le submerger » (Ct 8, 7). L’incompréhension et l’acharnement qui ont conduit les chefs du peuple à condamner Jésus, avec la pleine complicité des autorités romaines, n’ont pas réussi à éteindre son désir de faire sortir l’humanité des ténèbres et d’y faire jaillir la lumière de la vie. Au contraire, la bonne et grande nouvelle du christianisme est précisément celle-ci : même le pouvoir de la mort n’a pas pu éteindre la vraie lumière du monde.

22. Il y a donc une certitude fondamentale pour les chrétiens, sans laquelle, comme le dit l’apôtre Paul, tout serait vain : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et votre foi aussi est vaine » (1 Co 15, 14). Cette même prise de conscience a également été exprimée à l’occasion du Synode sur les jeunes : « Il vit, le Christ, notre espérance, et il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie ».[5] C’est ce que les disciples du Seigneur, à toutes les époques, croient, annoncent et témoignent par leur vie : le Christ est vivant et veut que chaque être humain vive. Il est toujours avec nous et ne nous abandonne pas (cf. Mt 28, 20). Même si une personne s’éloigne de Lui, Jésus ne s’éloignera jamais d’elle. À travers son Église, le Ressuscité demeure en tout temps aux côtés de chacun, prêt à éclairer son existence de l’amour divin, en la comblant de vie, de force et d’espérance. La communion ecclésiale est aujourd’hui le lieu privilégié où le Christ continue de se révéler à travers des hommes et des femmes, progressivement transformés par sa propre vie.

23. Pour rendre possible sa mission d’être la lumière du monde, l’Église célèbre avec joie l’accomplissement de la grande promesse du Christ : « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, Lui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26) ; « Il me rendra témoignage. Mais vous aussi, vous témoignerez » (Jn 15, 26-27). Sans l'action du Paraclet dans l’intimité des cœurs, il devient impossible de transmettre la véritable lumière du Christ, comme nous le rappelle également la Séquence de la Pentecôte : « Viens en nous, père des pauvres […]. Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme ». C’est en Lui que nous mettons notre confiance, disposés à rechercher les différentes manières de coopérer avec sa grâce à l’évangélisation de notre temps. C’est à Lui que nous demandons la ferveur et la joie nécessaires pour répondre fidèlement à cet appel.

Chapitre II

La lumière de la foi

24. À la lumière de ce qui a été dit, on comprend mieux le fondement du christianisme tel qu’il a été exprimé par Benoît XVI : « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ».[6] Cet horizon nouveau et cette orientation décisive sont ceux de la joie, comme le rappelle le pape François au début d’Evangelii gaudium : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par Lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus-Christ la joie naît et renaît toujours ».[7]

25. C’est donc là le cœur de l’expérience chrétienne : la rencontre avec le Seigneur Jésus, qui nous met en contact avec la vraie lumière de l’amour divin, nous empêche d’errer dans les ténèbres et nous conduit à la vie. C’est précisément en ce sens que l’on peut parler de lumière de la foi, comme l’affirme le pape François dans sa première lettre encyclique du même nom, un document dont Benoît XVI avait également contribué à la rédaction , : « La lumière de la foi : par cette expression, la tradition de l’Église a désigné le grand don apporté par Jésus, qui, dans l’Évangile de Jean, se présente ainsi : “ Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres” (Jn 12, 46). Saint Paul aussi s’exprime en ces termes : “Le Dieu qui a dit ‘Que des ténèbres resplendisse la lumière’, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs” (2 Co 4, 6). Dans le monde païen, épris de lumière, s’était développé le culte au dieu Soleil, le Sol invictus, invoqué en son lever. Même si le soleil renaissait chaque jour, on comprenait bien qu’il était incapable d’irradier sa lumière sur l’existence de l’homme tout entière. En effet, le soleil n’éclaire pas tout le réel ; son rayon est incapable d’arriver jusqu’à l’ombre de la mort, là où l’œil humain se ferme à sa lumière. “S’est-il trouvé un seul homme qui voulût mourir en témoignage de sa foi au soleil ?”, demande le martyr saint Justin. Conscients du grand horizon que la foi leur ouvrait, les chrétiens appelèrent le Christ le vrai soleil, “dont les rayons donnent la vie”. À Marthe qui pleure la mort de son frère Lazare, Jésus dit : “Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ?” (Jn 11, 40). Celui qui croit, voit ; il voit avec une lumière qui illumine tout le parcours de la route, parce qu’elle nous vient du Christ ressuscité, étoile du matin qui ne se couche pas ».[8]

26. L’expérience de la foi peut ainsi être conçue comme la rencontre vitale et décisive avec ce « vrai soleil » qu’est le Christ, Lui qui libère des ténèbres et comble de lumière l’existence humaine. Cette expérience de lumière, de par sa nature, rayonne vers d’autres existences pour les irradier de la même lumière ; celles-ci, resplendissant à leur tour, élargiront le rayon de propagation de la lumière originelle : la vraie lumière du monde qu’est le Christ. À ce propos, comment ne pas rappeler les paroles adressées par Jésus lui-même à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14) ?

27. C’est précisément à cette dynamique qu'il faut se référer lorsque nous réfléchissons au thème délicat de la transmission de la foi dans le contexte contemporain, évoqué ici comme une époque de changement. Le texte de Lumen fidei le confirme avec une extrême précision : « Celui qui s’est ouvert à l’amour de Dieu, qui a écouté sa voix et reçu sa lumière, ne peut garder ce don pour lui. Puisque la foi est écoute et vision, elle se transmet aussi comme parole et comme lumière. S’adressant aux Corinthiens, l’Apôtre Paul utilise justement ces deux images. D’une part il dit : “Possédant ce même esprit de foi, selon ce qui est écrit : J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé, nous aussi nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons” (2 Co 4, 13). La parole reçue se fait réponse, confession, et de cette manière résonne pour les autres, les invitant à croire. D’autre part saint Paul se réfère aussi à la lumière : “Nous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image” (2 Co 3, 18). Il s’agit d’une lumière qui se reflète de visage en visage, de même que Moïse portait sur lui le reflet de la gloire de Dieu après lui avoir parlé : “[Dieu] a resplendi dans nos cœurs pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ ” (2 Co 4, 6). La lumière de Jésus brille, comme dans un miroir, sur le visage des chrétiens, et ainsi elle se répand et arrive jusqu’à nous, pour que nous puissions, nous aussi, participer à cette vision et réfléchir sur les autres cette lumière, comme dans la liturgie de Pâques la lumière du cierge allume beaucoup d’autres cierges. La foi se transmet, pour ainsi dire, par contact, de personne à personne, comme une flamme s’allume à une autre flamme. Les chrétiens, dans leur pauvreté, sèment une graine si féconde qu’elle devient un grand arbre et est capable de remplir le monde de fruits ».[9]

28. Dans le paragraphe suivant, le même document rappelle que « la transmission de la foi, qui brille pour tous les hommes et en tout lieu, traverse aussi l’axe du temps, de génération en génération. Puisque la foi naît d’une rencontre qui se produit dans l’histoire et éclaire notre cheminement dans le temps, elle doit se transmettre au long des siècles ».[10] Si d’une part, la transmission de la foi s’apparente à l’allumage d’une flamme par une autre, dans un contact que l’on pourrait qualifier de personnel, d’autre part, la communauté des disciples s’est toujours sentie appelée à créer des occasions où la foi puisse être transmise : ce sont des circonstances où il est possible à tous d’entrer en contact avec la vraie lumière de la vie, celle qui libère de toutes ténèbres et que l’on rencontre dans le Seigneur Jésus. Les disciples ont donc ressenti le devoir de transmettre la foi, un devoir qui doit être préservé et honoré de génération en génération.

29. La transmission de la foi trouve son fondement ultime dans l’initiative de Dieu qui, dans le Christ, a révélé son visage et a confié aux Apôtres la tâche d’annoncer l’Évangile à toutes les nations. Toutefois, cette mission ne s’est pas achevée avec la prédication apostolique ; elle se poursuit dans l’histoire à travers l’Église. Le Concile Vatican II affirme, en effet, que « l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération, tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit ».[11] Ainsi, l’Église est le sujet historique et vivant au sein duquel l’Évangile est écouté, préservé, célébré et sans cesse réactualisé sous l’action du Saint-Esprit. Pour cette raison, la foi ne se transmet pas d’abord comme un ensemble de contenus doctrinaux ou d’informations religieuses, mais comme une forme de vie ecclésiale dans laquelle le croyant est progressivement introduit. Le sujet principal de la transmission de la foi est donc l’Église tout entière,[12] qui, tout en recevant sans cesse le don de la Parole divine, le communique et en témoigne par la prédication, la liturgie, la charité et l’expérience concrète de la communion. On peut donc affirmer à juste titre que l’Église « est une Mère qui nous enseigne à parler le langage de la foi ».[13]

Formes de transmission de la foi

30. Il convient d’affirmer clairement que la force la plus authentique de la mission évangélisatrice de la communauté des disciples du Seigneur reste toujours celle de l’attraction, comme le rappelait Benoît XVI dans l’homélie de la messe inaugurale de la Ve Conférence générale de l’épiscopat d’Amérique latine et des Caraïbes : « La mission du Christ s’est accomplie dans l’amour. Il a allumé dans le monde le feu de la charité de Dieu (cf. Lc 12, 49). C’est l’Amour qui donne la vie : c’est pourquoi l’Église est envoyée pour répandre dans le monde la charité du Christ, pour que les hommes et les peuples “aient la vie et qu’ils l’aient surabondante” (Jn 10, 10). […] L’Église se sent disciple et missionnaire de cet Amour : missionnaire uniquement en tant que disciple, c’est-à-dire capable de se laisser toujours attirer avec un émerveillement renouvelé par Dieu qui nous a aimés et nous aime le premier (cf. 1 Jn 4, 10). L’Église ne fait pas de prosélytisme. Elle se développe plutôt par “attraction”: comme le Christ “attire chacun à lui” par la force de son amour, qui a culminé dans le sacrifice de la Croix, de même, l’Église accomplit sa mission dans la mesure où, associée au Christ, elle accomplit chacune de ses œuvres en conformité spirituelle et concrète avec la charité de son Seigneur ».[14] Cette réflexion a également été reprise par le pape Léon XIV : « Je la reprends aujourd’hui avec joie et la partage avec vous. Et je vous invite à prêter attention avec moi à ce que le Pape Benoît XVI désignait comme la “force” qui préside à ce mouvement d’attraction : cette force est la Charis, c’est l’Agapè, c’est l’Amour de Dieu qui s’est incarné en Jésus-Christ et qui, dans l’Esprit Saint, est donné à l’Église et sanctifie chacune de ses actions. En effet, ce n’est pas l’Église qui attire, mais le Christ, et si un chrétien ou une communauté ecclésiale attire, c’est parce qu’à travers ce “canal” passe la sève vitale de la Charité qui jaillit du Cœur du Sauveur ».[15]

La famille

31. Parmi les domaines dans lesquels l’Église est appelée à communiquer et à faire resplendir la lumière du Christ, la famille constitue le premier et le plus essentiel lieu de transmission de la foi. Déjà dans le Nouveau Testament, le rôle des membres de la famille dans la transmission de la foi apparaît clairement. À Timothée, par exemple, l’apôtre Paul s’adresse en ces termes : « J’évoque le souvenir de la foi sans détours qui est en toi, foi qui, d’abord, résida dans le cœur de ta grand-mère Loïs et de ta mère Eunice et qui, j’en suis convaincu, réside également en toi » (2 Tm 1, 5). Cet aspect a également été souligné par le pape Léon XIV : « Dans la famille, la foi se transmet avec la vie, de génération en génération : elle est partagée comme la nourriture sur la table et les affections du cœur. Cela en fait un lieu privilégié pour rencontrer Jésus, qui nous aime et veut notre bien, toujours ».[16]

32. Au fil des décennies, avec la constitution et la consolidation des communautés chrétiennes, le rôle actif de la famille dans la transmission de la foi s’est également affirmé. En particulier, avec la diffusion de la pratique du baptême des enfants, les communautés et les familles se sentent unies dans la responsabilité commune d’introduire les plus petits à la rencontre avec le Seigneur Jésus. On a pris conscience que, si les enfants reçoivent la vie de leurs parents, c’est dans le baptême qu’ils acquièrent « le sens pour la vivre : la foi. Lorsque nous savons qu’un bien est essentiel, nous le recherchons aussitôt pour ceux que nous aimons. En effet, qui d’entre nous laisserait des nouveau-nés sans vêtements ni nourriture, en attendant qu’ils choisissent, une fois grands, comment s’habiller et quoi manger ? Chers amis, si la nourriture et les vêtements sont nécessaires pour vivre, la foi est plus que nécessaire, car avec Dieu la vie trouve le salut ».[17]

33. En tout état de cause, une profonde collaboration entre l’Église et la famille, comme le rappelle clairement Lumen fidei : la « structure du Baptême met en évidence l’importance de la synergie entre l’Église et la famille dans la transmission de la foi. Les parents sont appelés, selon une parole de saint Augustin, non seulement à engendrer les enfants à la vie, mais aussi à les conduire à Dieu, afin que, par le Baptême, ils soient régénérés comme enfants de Dieu et reçoivent le don de la foi. Ainsi, avec la vie, leur sont données l’orientation fondamentale de leur existence et l’assurance d’un avenir conforme au bien, orientation qui sera corroborée ultérieurement dans le sacrement de la Confirmation par le sceau de l’Esprit Saint ».[18] Sous cet angle, il est intéressant de noter le lien que l’on peut entrevoir dans l’Église latine entre la liturgie de l’allumage du cierge pascal, prélude à la grande célébration de Pâques, centre et sommet de la foi chrétienne, et la célébration du baptême, porte de cette même foi, surtout en ce qui concerne la référence au Christ-Lumière, qui doit être accueilli dans l’existence de chaque croyant.

34. Dans cette perspective, ce que le même document magistériel affirme plus loin revêt une importance particulière : « En famille, la foi accompagne tous les âges de la vie, à commencer par l’enfance : les enfants apprennent à se confier à l’amour de leurs parents. C’est pourquoi, il est important que les parents cultivent en famille des pratiques communes de foi, qu’ils accompagnent la maturation de la foi de leurs enfants. Traversant une période de la vie si complexe, riche et importante pour la foi, les jeunes surtout doivent ressentir la proximité et l’attention de leur famille et de la communauté ecclésiale dans leur processus de croissance dans la foi ».[19]

35. On peut rappeler ici une page émouvante d’Aimé Duval, jésuite, où se laisse entrevoir l’œuvre silencieuse et presque naturelle du témoignage chrétien vécu par les parents envers leurs enfants. Dans le cadre du récit de son parcours humain et religieux mouvementé, le père Duval écrit : « J’étais le cinquième d’une famille de neuf enfants. Avant moi : Lucie, Marie, Hélène, Marcel ; et après René, Raymond, Suzanne et André. Dans cette famille, on ne m’a pas appris la piété expansive et démonstrative. Il n’y avait quotidiennement que la prière du soir, récitée en commun. Mais alors, de cela, je me souviens et me souviendrai jusqu’à mes yeux fermés. Ma sœur. - Ma sœur Hélène récitait les prières, longues pour des enfants (un quart d’heure). Elle accélérait, elle bafouillait, elle prenait des raccourcis, jusqu’au moment où mon père lui disait en patois “ Reprend... Recommence... ”. J’ai donc appris, à ce moment-là, qu’il fallait causer au Bon Dieu avec lenteur et sérieux et gentillesse patiente. Mon père. Ce qui m’émeut aujourd’hui, c’est de me souvenir de l’attitude de mon père. Lui qui était toujours fatigué par ses travaux de campagne ou de transport de bois, lui qui montrait sans honte qu’il était fatigué à son retour de travail, voilà, qu’après chaque repas du soir, il se mettait à genoux, les coudes appuyés sur le siège d’une chaise, le front dans les mains, sans un regard pour ses enfants autour de lui, sans un mouvement, sans tousser, sans s’impatienter. Et moi, je pensais “Mon père qui est si fort, qui commande sa maison, ses deux gros bœufs, qui est fier devant les mauvais coups du sort et si peu timide devant le maire et les riches et les malins, voilà qu’il se fait tout petit devant le Bon Dieu. Vraiment, ça le change de causer au Bon Dieu. Vraiment, le Bon Dieu doit être quelqu’un de bien grand pour que mon père s’agenouille, et de bien familier aussi pour qu’il lui cause avec ses habits de travail... ”. Ma mère. Quant à ma mère, je ne l’ai jamais vue à genoux. Trop fatiguée, elle s’asseyait au milieu de la chambre, le dernier-né dans les bras, la robe noire jusqu’aux talons, ses beaux cheveux châtains déroulés sur son cou et tous les gosses autour d’elle, appuyés contre elle. Elle suivait, des lèvres, les prières d’un bout à l’autre, elle ne voulait pas en perdre une miette, elle les disait pour son compte. Le plus curieux, c’est qu’elle ne s’arrêtait pas de nous regarder, chacun sous son regard. Un regard plus long pour les petits. Elle nous regardait, mais elle ne disait jamais rien. Même pas quand les petits remuaient et chuchotaient, même pas quand le tonnerre claquait sur la maison, même pas quand le chat renversait une casserole. Et moi, je pensais : “Vraiment, le Bon Dieu est bien gentil pour qu’on puisse lui causer avec un enfant dans les bras, avec son tablier de travail. Vraiment, le Bon Dieu est quelqu’un d’important pour que le chat ou le tonnerre n’ait plus d’importance”. Les mains de mon père, les lèvres de ma mère, elles m’ont appris sur le Bon Dieu bien plus que mon catéchisme. Il est Quelqu’un, Il est Quelqu’un de proche. On ne lui cause bien que lorsqu’on a travaillé ».[20]

36. Ce récit émouvant d’une initiation simple et joyeuse des plus petits au mystère de Dieu, rendue possible par le témoignage des parents, confirme pleinement l’intuition maintes fois évoquée par le pape François : la foi doit être transmise, au sein de la famille, “en dialecte”. À l’occasion de la fête du Baptême du Seigneur, le 7 janvier 2018, il s’adressait ainsi aux parents qui avaient amené leurs enfants au baptême : « Je voudrais vous dire seulement une chose, qui vous concerne : la transmission de la foi ne peut se faire qu’“en dialecte”, dans le dialecte de la famille, dans le dialecte du père et de la mère, du grand-père et de la grand-mère. Ensuite viendront les catéchistes qui développeront cette première transmission, avec des idées, avec des explications... Mais n’oubliez pas cela : elle se fait “en dialecte”, et s’il manque le dialecte, si à la maison, on ne parle pas cette langue de l’amour entre les parents, la transmission n’est pas si facile, elle ne pourra pas se faire. N’oubliez pas. Votre devoir est de transmettre la foi, mais de le faire avec le dialecte de l’amour de votre maison, de la famille ».[21] Ce point a également été réaffirmé par le pape Léon XIV : « Les premiers catéchistes sont nos parents, ceux qui nous ont parlé les premiers et nous ont appris à parler. Tout comme nous avons appris notre langue maternelle, de la même manière l’annonce de la foi ne peut être déléguée à d’autres, mais se fait là où nous vivons. Tout d’abord dans nos foyers, autour de la table : lorsqu’il y a une voix, un geste, un visage qui conduit au Christ, la famille fait l’expérience de la beauté de l’Évangile».[22]

37. La transmission de la foi a ainsi trouvé, jusqu’à une époque récente, précisément dans le cadre familial, le canal principal de passage entre les générations. Ce sont surtout les parents qui constituent ce premier “tabernacle” dans lequel les enfants peuvent entrevoir toute la beauté et la force d’être disciples du Seigneur Jésus. Ce témoignage prend corps dans un tissu de gestes simples et quotidiens : la prière personnelle et en couple, la lecture de l’Évangile, le souvenir des paroles et des gestes de Jésus, la mémoire des saints patrons, l’invocation constante de la protection maternelle de la Vierge Marie, la participation à la messe dominicale, la visite des sanctuaires et les différentes formes de piété populaire, l’attention portée aux plus pauvres et aux défavorisés, mais aussi à travers la prière d’action de grâce avant les repas, la bénédiction du Seigneur à l’occasion des anniversaires d’un membre de la famille et la préparation pieuse de la crèche à l’occasion des fêtes de Noël.

38. Il faut toutefois constater que cette situation favorable tend progressivement à disparaître. En effet, comme on le verra en détail plus loin dans le texte, l’une des caractéristiques de notre époque est que, tout en conservant son importance dans certaines régions d’Afrique et d’Asie, la transmission de la foi dans le cadre familial s’est interrompue dans de nombreuses parties du monde.[23] Par conséquent, la transmission de l’expérience de la foi chrétienne aux nouvelles générations ne se fait plus de manière, pour ainsi dire, “automatique”.

La communauté ecclésiale

39. Ce n’est qu’à ce stade, et dans un deuxième temps, que la communauté ecclésiale intervient dans le processus de transmission de la foi. Ce qu’une personne a reçu de ses parents – le témoignage de foi en Jésus qui a pleinement révélé le visage de l’amour infini de Dieu, libérant les êtres humains des ténèbres et les ouvrant à la vraie lumière de la vie – trouve dans l’Église les moyens et les occasions de devenir le principe fondamental de sa propre vision du monde. À travers la catéchèse, la célébration des sacrements, les différents espaces favorisant une participation active à la vie communautaire – comme le propose le chemin synodal actuel -, l’engagement en faveur des plus démunis et le rassemblement le dimanche dans la maison du Seigneur, on parvient à cette maturité de la foi qui consiste, en dernière analyse, à regarder toute chose “avec les yeux de Jésus”.

40. En effet, grâce à l’action coordonnée entre les parents et la communauté ecclésiale, chacun apprend que « dans la foi, le Christ n’est pas seulement celui en qui nous croyons, la manifestation la plus grande de l’amour de Dieu, mais aussi celui auquel nous nous unissons pour pouvoir croire. La foi non seulement regarde vers Jésus, mais regarde du point de vue de Jésus, avec ses yeux : elle est une participation à sa façon de voir ».[24] Tel est l’aboutissement plénier et total du processus que nous appelons ici transmission de la foi : permettre à chacun d’atteindre une telle intimité avec le Seigneur Jésus qu’il puisse enfin se regarder lui-même, regarder les autres, le monde et le mystère de Dieu avec les yeux mêmes de Jésus. On perçoit ainsi que l’accompagnement de la communauté est essentiel non seulement pour accueillir l’Évangile, mais aussi pour rester fidèle au don reçu, car il est très difficile de persévérer seul.

41. Il faut également constater que, dans les pays de tradition chrétienne ancienne, un tel contexte de transmission de la foi semble aujourd’hui compromis, car il est de plus en plus caractérisé par la présence de « “personnes baptisées qui pourtant ne vivent pas les exigences du baptême”, qui n’ont pas une appartenance du cœur à l’Église et ne font plus l’expérience de la consolation de la foi. L’Église, telle une mère toujours attentive, s’engage pour qu’elles vivent une conversion qui leur restitue la joie de la foi et le désir de s’engager avec l’Évangile ».[25] De plus, le nombre de ceux qui ne connaissent ni Jésus ni l’Évangile ne cesse d’augmenter, surtout parmi les jeunes.

42. C’est justement pour cette raison que la transmission de la foi exige aujourd’hui tout particulièrement l’évangélisation des adultes et le dépassement d’une action pastorale centrée uniquement sur la catéchèse des enfants et des adolescents.

Chapitre III

Le changement d’époque

43. Le contexte de la transmission de la foi, objet des présentes Considérations, mérite une attention particulière ; il est exprimé par la notion de « changement d’époque ». Comme on le sait, c’est le pape François qui a rendu célèbre cette expression dans son Discours à la Curie romaine à l’occasion de l’échange des vœux de Noël, le 21 décembre 2019, en affirmant : « Ce temps que nous vivons n’est pas seulement une époque de changements, mais un véritable changement d’époque. Nous sommes donc dans l’un de ces moments où les changements ne sont plus linéaires, mais d’époque ; ils constituent des choix qui transforment rapidement notre mode de vivre, de tisser des relations, de communiquer et de penser, de se comporter entre générations humaines et de comprendre et vivre la foi et la science».[26] Comme le rappelait déjà, plus de dix ans auparavant, le Document final de la Ve Conférence générale de l’épiscopat d’Amérique latine et des Caraïbes, qui s’est tenue en mai 2007 à Aparecida (Brésil), le « niveau le plus profond est le culturel. On dissout la conception intégrale de l’être humain, sa relation avec le monde et avec Dieu ».[27]

44. Une telle situation est fondamentalement liée à la crise du modèle culturel de la modernité, qui touche tout particulièrement le contexte européen. On peut donc se demander si parler de “changement d’époque”, au singulier, rend pleinement compte des processus auxquels les Églises sont confrontées partout dans le monde. La réponse à cette question est sans aucun doute affirmative, du moins si l’on s’en tient à un niveau général, en raison du phénomène bien connu de la mondialisation, qui a favorisé la diffusion effective de l’influence de la culture occidentale dans toutes les régions de la planète. Du reste, il est indéniable que certaines expériences, comme la tragédie de la pandémie de Covid-19, ont renforcé la prise de conscience généralisée d’appartenir à une seule et même famille, même si les tendances allant dans le sens contraire ne manquent pas.[28]

45. L’urgence de répondre aux questions soulevées par ce changement d’époque a également été soulignée par le pape Léon XIV dans sa première lettre encyclique Magnifica humanitas : « Nous vivons une phase de transition rapide, un “tournant historique”, où – tandis que certains se disputent l’avenir des nouvelles technologies et que d’autres s’attachent à y réfléchir – la plupart des personnes restent dans l’expectative, observent de loin et espèrent simplement que tout ira pour le mieux. C’est précisément pour cette raison que des questions décisives s’imposent à notre conscience, questions auxquelles on ne peut plus échapper : où allons-nous ? Vers quel but souhaitons-nous nous orienter ? Quelle direction choisir en tant que communauté humaine et en tant que peuples ? ».[29] Les grandes lignes de ce changement ont été mises en évidence par le Saint-Père : « L’intelligence artificielle et d’autres innovations remodèlent notre compréhension du travail et des relations, et soulèvent même des questions sur l’identité humaine. La dégradation écologique menace notre maison commune. Les systèmes politiques ne parviennent souvent pas à répondre aux cris des pauvres. Le populisme et la polarisation idéologique approfondissent les divisions au sein des nations et entre elles. Plusieurs sont touchés par le consumérisme, l’individualisme et l’indifférence ».[30] À cela s’ajoute également le fossé économique grandissant, qui conduit souvent à la déstabilisation de régions entières. Il s’agit là de facteurs mondiaux qui entraînent de profonds changements sociaux. Ces transformations touchent pratiquement tous les contextes culturels et n’épargnent pas non plus l’Église, car celle-ci est incarnée dans l’histoire et participe à la vie des peuples.

46. En effet, l’attrait exercé par un mode de vie économiquement aisé et l’aspiration légitime à de meilleures conditions d’existence, favorisée également par le développement technologique susmentionné, contribuent d’une part à la diffusion de mentalités matérialistes et individualistes sur tous les continents. Ce phénomène, conjugué à d’autres facteurs, alimente à l’échelle mondiale les migrations, souvent marquées par des aspects dramatiques. D’autre part, ces processus, même dans les pays de vieille évangélisation, ont favorisé l’émergence de contextes multiculturels dans lesquels, parallèlement à la sécularisation, coexistent des réalités culturelles propres à différents peuples, confrontés au défi d’une coexistence pacifique. Il convient donc de reconnaître que ces dynamiques ne sont pas vécues de manière uniforme dans les différentes régions de la planète. De même, il est à souligner que le rapport à la modernité occidentale – qui caractérise surtout un profil particulier d’Église – se décline de manière différenciée selon les cultures auxquelles appartiennent les différentes communautés chrétiennes. Cette réalité est reconnue par le pape Léon XIV : « Le peuple de Dieu n’est pas seulement constitué de nombreux peuples, mais qu’il est tissé en son sein de fonctions, de vocations, de cultures et de traditions diverses, appelées à se soutenir et à s’enrichir mutuellement. […] La tension féconde entre l’universalité de la mission et l’enracinement local appartient intimement à la vie de l’Église : celle-ci porte en son sein l’horizon du monde entier, mais elle assume les questions de chaque contexte comme lieu réel où l’Évangile prend corps ».[31] On peut donc conclure que l’un des aspects les plus marquants de ce changement d’époque concerne l’instauration d’une nouvelle relation entre la foi – et donc sa transmission – et les cultures.

La crise de la transmission de la foi

47. Un aspect caractéristique du changement d’époque qui touche, pour différentes raisons, surtout l’Occident – c’est-à-dire ces pays où la foi chrétienne a également eu une importance sociologique majoritaire – concerne la crise de la transmission intergénérationnelle de la foi chrétienne. C’est ce qu’avait déjà souligné Evangelii gaudium : « Nous ne pouvons pas non plus ignorer que, au cours des dernières décennies, une rupture s’est produite dans la transmission de la foi chrétienne entre les générations dans le peuple catholique. Il est incontestable que beaucoup se sentent déçus et cessent de s’identifier avec la tradition catholique, que le nombre des parents qui ne baptisent pas leurs enfants et ne leur apprennent pas à prier augmente, et qu’il y a un certain exode vers d’autres communautés de foi ».[32]

48. Ce phénomène, étroitement lié à un stade avancé de la sécularisation, notamment en Europe, aux États-Unis d’Amérique et au Canada, mais aussi en Australie et en Nouvelle-Zélande, a conduit à une crise importante du christianisme vécu au sein de la famille. En vérité, les parents s’acquittent de moins en moins de la tâche de mettre leurs enfants en contact avec la lumière vivante du message évangélique. De ces contextes familiaux, provient précisément cette majorité de jeunes, hommes et femmes, qui, bien qu’ayant fréquenté les milieux catholiques de la paroisse, en viennent ensuite à vivre le passage à l’âge adulte dans une attitude d’indifférence religieuse profonde. Pour ces personnes baptisées qui, bien qu’ayant reçu le baptême, ont perdu le sens chrétien de la vie, Jésus, son message d’amour, cette lumière qu’il est venu répandre dans l’histoire humaine, ne représente plus ni un élément essentiel de leur identité, ni une ressource fiable pour discerner ce qu’il convient de faire en vue d’une vie humainement digne.

49. Cette situation, toutefois, ne concerne pas uniquement ce qu’on appelle les pays développés de l’Occident. Par exemple en Europe de l’Est, qui a connu la dure épreuve des régimes totalitaires communistes et, en conséquence, l’instauration d’une société fondée sur l’athéisme d’État, dont les effets n’ont toutefois pas été les mêmes partout, c’est la génération des parents d’aujourd’hui qui a subi l’interruption de la transmission de la foi. En témoignent notamment les évêques des territoires de l’ex-Union soviétique, qui ont pu constater « que la foi était passée des grands-mères […] aux petits-enfants, mais sans l’implication directe de la génération intermédiaire. En conséquence, la génération des “petits-enfants” n’a pas trouvé chez leurs parents une foi vécue au quotidien ».[33] Des témoignages similaires sont également rapportés par les évêques d’Albanie.[34] Dans la même ligne, les évêques de l’Église grecque-catholique de Hongrie concluent d’ailleurs : « Nous ne pouvons plus tenir pour acquis que les parents transmettent automatiquement la foi à leurs enfants. Ce qui s’avérait efficace par le passé ne produit plus les mêmes fruits dans la situation actuelle ».[35]

50. Cette rupture dans la transmission de la foi au sein de la famille s’observe également en Amérique latine et dans les Caraïbes où elle se manifeste surtout par une interruption de la continuité organique entre la famille et la société. En effet, comme le font remarquer les évêques du Chili : « Pendant des décennies, on a tenu pour acquis qu’il existait une continuité entre la famille, l’école, la culture et la communauté ecclésiale. Dans ce contexte, la foi pouvait être décrite comme quelque chose qui se transmettait de manière relativement organique d’une génération à l’autre ».[36] À cet égard, les évêques des Antilles constatent un affaiblissement de la continuité générationnelle,[37] notamment en ce qui concerne la catéchèse et la pratique sacramentelle. Dans un autre contexte, comme celui du Panama, où la foi reste très présente dans les manifestations populaires et les moments importants de la vie, on perçoit qu’elle « ne se transmet plus naturellement au sein des familles ».[38] En Colombie, comme dans d’autres régions du monde, ce sont les grands-parents qui pallient les lacunes de la catéchèse familiale, en parallèle à celle dispensée en paroisse ;[39] dans d’autres régions, en revanche, pour des raisons liées à la culture locale, on en vient même à reporter à un âge plus avancé le baptême des enfants, comme c’est le cas en Amazonie péruvienne.[40] En définitive, tous ces témoignages montrent qu’une sorte d’“automatisme” dans la transmission de la foi a disparu.

51. Un problème analogue concerne également la plupart des Églises d’Asie, surtout dans les régions les plus avancées sur le plan technologique. Toutefois, il s’agit dans ces contextes d’un christianisme qui a toujours été minoritaire sur le plan social, et qui ne connait que depuis peu certaines difficultés dans la transmission de la foi au sein de la famille. En Corée, par exemple, les évêques observent qu’en raison de la préoccupation des parents, surtout pour les études universitaires et la carrière professionnelle de leurs enfants, la tâche de la catéchèse des plus jeunes est principalement assumée par les grands-parents.[41] Les évêques de Malaisie, de Singapour et de Brunei dénoncent eux aussi la priorité accordée aux exigences de la carrière, tandis que la formation spirituelle est progressivement réduite à l’usage personnel des moyens de communication modernes.[42] Une situation analogue s’observe au Bangladesh, aggravée encore par un contexte social à majorité musulmane.[43] Au Japon, en revanche, on rencontre des difficultés qui, à certains égards, ressemblent à celles du monde occidental, notamment en ce qui concerne la catéchèse paroissiale et la forte diffusion des mariages entre les personnes de traditions religieuses différentes qui, d’une certaine manière, entravent la transmission de la foi au sein même des foyers.[44] Ce phénomène s’observe également dans les pays d’Asie Centrale, autrefois membres du bloc soviétique, où l’Église est toutefois restée une réalité minoritaire et vit des conditions analogues à celles des communautés d’Europe de l’Est, où, pendant plusieurs décennies, une “Église du silence”[45] a survécu sous des régimes totalitaires.

52. Malgré la grande diversité des contextes, l’Afrique n’est pas non plus à l’abri des dynamiques de rupture dans la transmission intergénérationnelle de la foi. Cela tient avant tout à une certaine sécularisation des mœurs induite par l’influence d’un mode de vie occidental, adopté surtout par les jeunes générations. Il existe toutefois d’autres facteurs, liés principalement au rapport avec les cultures locales. On constate notamment qu’un travail d’inculturation de l’Évangile qui n’est pas pleinement réalisé conduit à une foi superficielle, dépourvue de racines et davantage exposée aux influences extérieures, malgré les manifestations publiques de la religion encore très présentes dans la vie sociale. C’est ce dont témoignent, par exemple, les évêques d’Afrique du Sud : « Bien que le christianisme soit largement répandu, il reste souvent à un niveau superficiel, ayant besoin d’une incarnation plus profonde de l’Évangile dans la spiritualité africaine ».[46] Ainsi, l’un des principaux défis pour la transmission de la foi, qui caractérise de manière transversale le continent africain, concerne la concurrence croissante, de plus en plus agressive, exercée par des mouvements religieux d’origines diverses, ainsi que le retour aux pratiques religieuses traditionnelles, même après avoir reçu le baptême.[47]

53. Sans entrer dans la complexité des causes qui sont à l’origine de ces transformations, c’est dans ce contexte de véritable réécriture des conditions fondamentales de l’existence humaine qu’il faut situer la crise de la transmission intergénérationnelle de la foi ainsi que le défi qu’elle représente pour l’Église. Par le passé, ces conditions étaient interprétées avant tout à la lumière du christianisme, tant dans l’ensemble de la société qu’au sein de chaque communauté. Plus généralement, il faut constater que ce n’est pas seulement la transmission de la foi qui est en crise, mais aussi une certaine vision de l’être humain et de ses valeurs fondatrices et fondamentales qui avait trouvé son accomplissement précisément dans l’Évangile. La crise de la modernité, marque distinctive de ce changement d’époque, a ainsi contribué à la naissance d’une nouvelle culture, qui entre en concurrence avec les structures traditionnelles de transmission de la foi. Cela a conduit, à son tour, à la crise du modèle dit de la chrétienté, accompagnée du sentiment largement répandu, dans diverses régions du monde, que la tâche des prêtres se limite souvent à la "maintenance" des structures existantes, alors que le monde qui les entoure a radicalement changé.

Une nouvelle culture généralisée

54. Partant de cette situation, Evangelii gaudium invite à prendre acte de ce qui suit : « De nouvelles cultures continuent à naître dans ces énormes géographies humaines où le chrétien n’a plus l’habitude d’être promoteur ou générateur de sens, mais reçoit d’elles d’autres langages, symboles, messages et paradigmes qui offrent de nouvelles orientations de vie, souvent en opposition avec l’Évangile de Jésus. Une culture inédite palpite et se projette dans la ville. Le Synode [de 2012 sur la nouvelle évangélisation] a relevé qu’aujourd’hui, les transformations de ces grandes aires et la culture qu’elles expriment sont un lieu privilégié de la nouvelle évangélisation. Cela demande d’imaginer des espaces de prière et de communion avec des caractéristiques innovantes, plus attirantes et significatives pour les populations urbaines. Les milieux ruraux, à cause de l’influence des moyens de communications de masse, ne sont pas étrangers à ces transformations culturelles qui opèrent aussi des mutations significatives dans leurs manières de vivre ».[48]

55. Il s’agit donc de repenser la question de la transmission de la foi dans le contexte de cette culture inédite qui, aujourd’hui, s’étend du cœur des villes vers les périphéries et touche également les milieux ruraux. C’est une culture omniprésente et profondément influente, comme le soulignent les évêques des États-Unis d’Amérique : aujourd’hui, les fidèles « ont tendance à être davantage absorbés par la culture que par la foi. La culture, à travers les réseaux sociaux et le discours public, façonne la manière de penser des catholiques [...] plus que ne le font la foi, la tradition et la dévotion ».[49] Le même phénomène s’observe dans de nombreux autres contextes, surtout ceux qui sont le plus marqués par la culture occidentale et par un mode de vie urbain. Comme le dénoncent les évêques de Roumanie, la sécularisation rapide de ces sociétés fait que « l’absence de pratique religieuse n’est plus perçue socialement comme une absence à justifier ».[50] Pour les pays de vieille évangélisation, on peut donc désormais parler de sociétéspostchrétiennes.

56. La tendance de cette culture inédite semble résider dans l’exaltation de la “souveraineté du moi”, qui prétend se sentir autonome et libre de gérer chaque aspect de sa propre existence, en soumettant à ses propres exigences les autres êtres humains ainsi que la réalité même qui l’entoure. Il s’agit de la diffusion d’un individualisme de plus en plus marqué qui engendre séparation, division, envie, jalousie, abus de pouvoir, narcissisme, égocentrisme. Les paroles fortes de l’encyclique Fratelli tutti viennent ici à l’esprit : « L’individualisme ne nous rend pas plus libres, plus égaux, plus frères. La simple somme des intérêts individuels n’est pas capable de créer un monde meilleur pour toute l’humanité. Elle ne peut même pas nous préserver de tant de maux qui prennent de plus en plus une envergure mondiale. Mais l’individualisme radical est le virus le plus difficile à vaincre. Il nous trompe. Il nous fait croire que tout consiste à donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les sécurités individuelles nous pouvions construire le bien commun ».[51]

57. Cet individualisme généralisé est peut-être l’un des effets les plus manifestes de ce long processus de sécularisation qui a envahi la conscience humaine contemporaine, en particulier dans les contextes occidentaux, la privant du souffle et de l’horizon de la transcendance. Comme l’affirme Evangelii gaudium : « Le processus de sécularisation tend à réduire la foi et l’Église au domaine privé et intime. De plus, avec la négation de toute transcendance, il a produit une déformation éthique croissante, un affaiblissement du sens du péché personnel et social, et une augmentation progressive du relativisme, qui donnent lieu à une désorientation généralisée, spécialement dans la phase de l’adolescence et de la jeunesse, très vulnérable aux changements ».[52]

58. Tout cela a naturellement des répercussions sur le processus de transmission de la foi. Parmi les phénomènes signalés par les évêques, outre les difficultés déjà mentionnées concernant la famille, figure la séparation substantielle entre l’individu et la communauté ; comme l’ont noté les évêques espagnols : « L’individu et la famille subissent les conséquences de la crise culturelle et sociale qui accompagne ce processus et, à leur tour, en deviennent la cause, en raison de l’affaiblissement de la transmission de la foi et de la rupture qui en résulte des liens indispensables à la vie en société ».[53] Cela signifie que l’individu peine à s’inscrire dans une tradition qui le précède, dans un “nous” qui façonne non seulement sa pensée et ses sentiments, mais aussi sa foi. Il en résulte que surtout les plus jeunes restent à la merci des modes du moment, comme le font remarquer les évêques du Brésil : « La perte progressive du sentiment d’appartenance à l’Église, associée à la diffusion de formes subjectives de religiosité, a affaibli les processus traditionnels d’initiation chrétienne. Dans ce contexte, on ne peut plus tenir pour acquis que le baptême conduise automatiquement à une foi mûre et intégrée dans la vie de la communauté ».[54] En conséquence, dans ces contextes, la foi est perçue avant tout comme une affaire privée, comme le soulignent les évêques autrichiens : « La religion est de plus en plus privatisée dans notre société, avec une tendance à la rejeter de l’espace public. [...] Il n’est pas possible d’enfouir, pour ainsi dire, l’expérience chrétienne au fond du cœur sans que cela ait des répercussions sur la réalité du monde et de la société ».[55] Tout cela est encore aggravé dans certains pays, comme la France et le Canada, où la laïcité s’exprime également sur le plan législatif, limitant la liberté de manifester sa foi dans les lieux publics.

Les technologies digitales

59. L’un des signes les plus évidents du changement d’époque que nous vivons est sans aucun doute la diffusion des technologies digitales. Celles-ci, comme le fait remarquer le pape Léon XIV dans Magnifica humanitas, ont conduit à l’émergence d’« une situation nouvelle, où la puissance et l’omniprésence des technologies émergentes s’inscrivent dans le tissu de la vie quotidienne, façonnent les processus décisionnels et marquent profondément l’imaginaire collectif ».[56] En particulier, poursuit le document, « l’omniprésence des médias numériques engendre une culture de l’immédiateté et de l’hyperstimulation, qui alimente la fatigue, l’ennui et l’apathie face à l’effort nécessaire pour rechercher la vérité ».[57] Comme le notait déjà le Synode sur la synodalité dans le Rapport de synthèse de la première session de 2023, « la culture numérique constitue un changement fondamental dans la manière dont nous concevons la réalité et dont nous sommes en relation avec nous-mêmes, entre nous, avec notre environnement, et même avec Dieu ».[58] Chez les nouvelles générations en particulier, cette culture se caractérise non seulement, comme on le souligne souvent, par un accès plus large à la connaissance, mais aussi par une transformation des catégories mêmes de la pensée et, en dernière analyse, de la manière d’entrer en relation avec la réalité. Par ailleurs, si l’on considère les perspectives ouvertes par l’irruption de l’intelligence artificielle, le risque se profile de manière de plus en plus concrète, comme l’a rappelé le Saint-Père, qu’une telle culture conduise à « modifier radicalement certains des piliers fondamentaux de la civilisation humaine, que nous tenons parfois pour acquis. Les voix et les visages humains, la sagesse et la connaissance, la conscience et la responsabilité, l’empathie et l’amitié étant simulés par des systèmes connus sous le nom d’intelligence artificielle, ceux-ci interfèrent non seulement dans les écosystèmes informationnels, mais envahissent également le niveau le plus profond de la communication, celui des relations entre les personnes humaines. Le défi n’est donc pas technologique, mais anthropologique ».[59] Cela a des conséquences importantes pour l’inculturation de la foi.

60. La diffusion des technologies numériques et les progrès de l’intelligence artificielle touchent naturellement aussi la foi et la religion. Si, d’une part, le monde numérique offre de nombreuses occasions de partager des témoignages de vie et des expériences spirituelles, tout en permettant une diffusion plus large des contenus de la catéchèse par rapport aux moyens disponibles par le passé, les nouvelles technologies offrent sans aucun doute des possibilités inédites d’évangélisation. D’autre part, dans certains contextes, la proposition de foi risque d’être désincarnée, déconnectée de la vie concrète ou liée à des idéologies promues par des minorités bruyantes. Cela peut conduire à des déformations de la foi elle-même ou de la conscience, ou inciter les personnes à se construire une soi-disant foi “à la carte”, façonnée selon leurs goûts et leurs préférences, plutôt que selon l’enseignement de l’Église.

61. De plus, on a observé que la culture numérique tend à remodeler certaines catégories fondamentales de la pensée telles que l’espace, le temps et l’autorité, qui constituent des éléments essentiels du concept même de tradition. Par conséquent, en modifiant la manière de concevoir cette dernière, la transmission de la foi ne peut qu’en être transformée jusque dans ses fondements. En ce qui concerne l’espace, comme déjà évoqué, le sentiment d’appartenance à un contexte local et concret s’atténuerait, sans pour autant disparaître, puisque les personnes sont en même temps intégrées dans un réseau mondial, au sein duquel les distances physiques semblent relativisées, voire dépassées. Quant au temps, c’est en revanche la signification même de la mémoire qui changerait. Le fait que tous les contenus mis en ligne y demeurent indéfiniment, associé à la rapidité qui caractérise les échanges entre les personnes, contribue à faire perdre un sens authentique de l’histoire et du passé, puisque tout est aplati en une sorte d’éternel présent. Cette situation rend les internautes particulièrement sensibles aux modes du moment.

62. En ce qui concerne l’autorité, il convient de prêter une attention particulière à la mise en garde du pape Léon XIV dans sa première encyclique Magnifica humanitas : « Des outils qui pourraient favoriser le débat et la participation sont souvent utilisés pour construire des récits déformés et brouiller les frontières entre le vrai et le faux, en mélangeant données et opinions. La désinformation n’est pas née avec l’IA, mais elle trouve aujourd’hui en elle un puissant multiplicateur. La possibilité de manipuler des contenus, des images et des vidéos expose les citoyens à des perspectives partielles ou trompeuses. Le problème touche à la dimension culturelle et morale, car la qualité de la communication publique dépend directement de la confiance sociale et a une incidence sur celle-ci. Une information véridique, en effet, ne naît pas d’un contrôle centralisé ou automatisé. Dans le discours public, la vérité des faits possède une dimension rationnelle car elle exige la vérification, le recoupement des sources et la responsabilité argumentative ; mais la vérité est encore plus relationnelle, elle se construit à travers des liens de confiance et des pratiques partagées, dans une confrontation honnête avec les autres et avec le monde ».[60] Par conséquent, l’accès généralisé à de multiples sources de connaissance et, simultanément, la présence d’un grand nombre de voix toutes placées sur un pied d’égalité, où le seul critère de distinction réside dans l’efficacité de la communication, mettent gravement en crise la crédibilité des institutions traditionnelles. En effet, pour beaucoup, il n’est plus évident de savoir qui est véritablement en mesure de faire autorité sur les questions fondamentales de la vie humaine.

Nouvelles frontières de l’évangélisation

63. Un regard réaliste sur cette situation ne doit toutefois pas conduire au désespoir pour l’avenir de l’Église. Parmi les opportunités que l’Esprit Saint offre dans le contexte actuel de changement d’époque, il y a en effet celle d’une adhésion à la foi plus consciente et plus convaincue, comme l’affirment les évêques belges : il s’agit d’« une occasion positive de permettre aux personnes de choisir consciemment d’approfondir leur foi ».[61] Une telle attitude se retrouve également dans un contexte géographiquement éloigné, comme celui du Chili, dont les évêques observent que « la foi ne peut plus être considérée comme un héritage culturel stable, ni comme une adhésion spontanée à un univers symbolique partagé. Il s’agit plutôt d’une proposition qui doit être accueillie librement, accompagnée dans ses différents parcours et vérifiée sur le plan existentiel ».[62] En outre, il ne faut pas oublier un phénomène qui touche les régions les plus sécularisées d’Europe et d’Amérique, à savoir le nombre croissant de conversions et de retours à l’Église, surtout de la part de jeunes et de jeunes adultes. Le cas de la France est particulièrement significatif : face à une baisse générale des baptêmes d’enfants et de la pratique religieuse, on observe une croissance exceptionnelle et constante des demandes de recevoir le sacrement du baptême de la part de jeunes et d’adultes. D’après les résultats d’une enquête menée pour le compte de la Conférence épiscopale de France, il apparaît que, par rapport à l’année précédente, le nombre d’adultes ayant reçu le baptême en 2026 a augmenté de 28%, au point d’avoir plus que triplé par rapport au chiffre de 2016. Comme déjà mentionné, ce phénomène concerne surtout les nouvelles générations : la grande majorité a moins de 40 ans et, parmi celle-ci, environ la moitié se situe dans la tranche d’âge comprise entre 18 et 25 ans. D’après les témoignages recueillis, parmi les motivations qui poussent à demander ce sacrement, figurent la découverte de la foi à la suite d’un moment de crise (par exemple, un deuil ou une maladie), le fait d’avoir vécu des expériences spirituelles et de beauté, ou encore le contact avec d’autres croyants, tant au niveau personnel que sur les réseaux sociaux.[63]

64. D’un point de vue statistique général, ce phénomène ne concerne encore qu’un pourcentage relativement limité de la population totale ; toutefois, cela n’enlève rien au fait qu’il s’agit néanmoins d’événements non négligeables et toujours source de joie. Il convient pourtant de souligner qu’un regard plus large sur la situation suggère d’adopter une attitude prudente dans l’évaluation de cette réalité. En effet, si l’on constate, d’une part, une augmentation effective des demandes des sacrements d’initiation chrétienne dans ces zones fortement sécularisées, d’autre part, on observe une difficulté parallèle quant à la persévérance des néophytes : peu de temps après avoir reçu le baptême, ils retombent dans un état d’indifférence pratique. C’est pourquoi, tout en évitant d’avoir une attitude triomphaliste à cet égard, on ne peut nier que ces phénomènes constituent des signes concrets d’espoir et de vitalité évangélique. Parallèlement, la situation décrite invite à redécouvrir l’importance de la communauté dans l’accueil et l’accompagnement des nouveaux fidèles.

65. On constate que, dans ces cas, l’annonce de l’Évangile, réalisée selon des modalités très variées – du bouche-à-oreille à l’invitation à un pèlerinage, en passant par une présence active sur les nouveaux moyens de communication –, permet d’accueillir une authentique quête de sens qui renaît au milieu de l’asphyxie de l’immanence. Une telle quête peut se présenter sous de nombreuses formes, qu’il ne faut pas déprécier : la recherche d’une plus grande ouverture du cœur, le besoin de paix et d’harmonie avec le monde, le désir de consolation et de guérison, les expériences de rupture et de confrontation qui poussent à tout recommencer, de nouvelles formes de beauté, une certaine redécouverte de l’ancien et des traditions, sans oublier bien d’autres exemples que l’on pourrait multiplier. Il s’agit là de réalités à considérer avec gratitude, en y reconnaissant l’œuvre du Saint-Esprit, qui continue d’agir dans le cœur des personnes.

66. Pour l’essentiel, s’impose à nouveau la nécessité de transmettre la foi à partir du kérygme. Cela vaut tant pour les pays sécularisés de vieille tradition chrétienne que pour ceux où l’Église constitue généralement une minorité, comme en Asie. En effet, de nombreux pays asiatiques sont eux aussi touchés par la sécularisation et l’individualisme, surtout dans les régions connaissant une croissance économique rapide. Toutefois, l’impact de ces influences culturelles sur les communautés de fidèles diffère de celui que l’on observe dans les sociétés de tradition chrétienne. C’est précisément le fait d’être souvent minoritaires au sein de la société (à l’exception notable des Philippines et du Timor Est) qui a conduit les Églises d’Asie à se développer en tant que communautés bien définies sur le plan sociologique ; cela a favorisé la consolidation d’une identité forte, leur permettant de traverser l’histoire malgré des contextes parfois hostiles ou marqués par de véritables persécutions. Dans le contexte actuel du changement d’époque, ce fait entraîne, du point de vue de la transmission de la foi, des conséquences de deux ordres. D’une part, les communautés chrétiennes ne sont pas à l’abri de la culture sécularisée généralisée décrite ci-dessus, ce qui provoque une érosion de la pratique religieuse, surtout chez les nouvelles générations. D’autre part, elles sont appelées à dépasser une adhésion au christianisme fondée sur la simple inertie de l’appartenance sociale,[64] pour parvenir à un choix personnel et conscient, capable d’orienter les propres choix de vie. Cela vaut tout particulièrement pour les régions qui se distinguent par la présence de cultures très anciennes, comme l’Inde ou la Chine, où l’effort visant à incarner l’annonce évangélique dans la vie des personnes doit se confronter à la manière particulière dont une culture donnée aborde des notions telles que la vérité, le bien et la beauté. À cela s’ajoute la nécessité de repenser la manière même d’annoncer l’Évangile, en privilégiant les formes narratives plutôt que la simple transmission de concepts abstraits. Cet effort est indispensable pour préparer le terrain du cœur de chaque être humain (cf. Mt 13, 3-8) à une rencontre authentique avec la Bonne Nouvelle.

67. Malgré la diversité des situations qui caractérisent ce vaste continent, l’Afrique est, elle aussi, confrontée au problème de la sécularisation et de l’individualisme d’origine occidentale, qui touchent surtout les milieux urbains et les nouvelles générations. Dans les Églises d’Afrique, cependant, la réponse à ces influences culturelles sur la transmission de la foi s’inscrit dans le cadre de deux défis, tout aussi exigeants, auxquels il a déjà été fait référence : l’inculturation de l’Évangile dans les cultures locales, ainsi que la “concurrence” du prosélytisme exercé par d’autres religions. L’importance du premier aspect est soulignée par les évêques du Nigéria : « La présence significative d’un clergé autochtone a facilité la transmission de la foi au sein des cultures locales, car ces prêtres servent de modèles auxquels on peut s’identifier et de guides spirituels, comblant ainsi efficacement le fossé entre les valeurs traditionnelles nigérianes et les enseignements catholiques ».[65] Une autre initiative précieuse est celle des « Petites communautés chrétiennes » (Small Christian Communities) qui, comme le rapportent les évêques de la Tanzanie, « constituent les unités de base pour la prière, la catéchèse et la vie communautaire. La foi est souvent transmise à travers une approche qui considère la communauté comme une famille ».[66]

68. Comme nous l’avons déjà mentionné, la transmission de la foi en Afrique (mais aussi ailleurs) souffre de l’activité antagoniste de groupes religieux qui proposent un “Évangile de la prospérité”, en jouant sur les besoins matériels immédiats. Dans des régions comme la Côte d’Ivoire, par exemple, on assiste, d’une part, à la recherche de mouvements promettant le bien-être et le bonheur, tandis que, d’autre part, on observe le retour de nombreux baptisés vers des pratiques traditionnelles et ésotériques.[67]

69. Il faut reconnaître que, souvent, l’attrait d’une telle proposition découle de certaines lacunes objectives dans les modalités d’annonce de l’Évangile, qui ne parviennent pas toujours à prendre en compte de manière adéquate les besoins réels et concrets des familles. Cela implique que les communautés chrétiennes sont appelées à rechercher des moyens sains de présenter l’Évangile comme une réponse efficace même par rapport aux besoins les plus tangibles, à l’exemple de Jésus qui parcourait le pays d’Israël « en faisant du bien et en guérissant tout le monde » (Ac 10, 38), montrant ainsi qu’il savait répondre non seulement aux questions ultimes, mais aussi à celles “avant-dernières”. En effet, ces désirs ne sont pas toujours motivés par l’égoïsme (tels le souci du bien-être des enfants, la protection de la santé, le désir de rétablir les liens familiaux, etc.). Découvrir que l’Église peut offrir une aide spirituelle concrète face à ces préoccupations dispose le cœur à accueillir l’annonce kérygmatique avec une vigueur renouvelée.

70. Dans d’autres contextes africains, en revanche, comme en République démocratique du Congo, outre les pressions exercées par des groupes fondamentalistes, les communautés chrétiennes subissent également la menace d’une expansion agressive de mouvements islamistes.[68] Tous ces facteurs influencent de nombreux fidèles qui n’ont pas reçu une solide formation dans la foi ou n’ont pas fait l’expérience personnelle de l’effet transformateur du kérygme dans leur vie.

71. Enfin, nous ne pouvons passer sous silence le fait que, dans de nombreuses régions du monde, les croyants en Jésus sont encore victimes de véritables persécutions de la part de groupes religieux extrémistes. À cet égard, il est urgent de réaffirmer que toute forme de violence exercée en raison de la croyance professée constitue une violation inadmissible de la dignité humaine, car « ceux qui utilisent le nom de Dieu pour légitimer le terrorisme, la violence ou la guerre en trahissent le visage : combattre au nom de la religion revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même ».[69] Il s’agit là de perversions du message religieux qui doivent être ouvertement dénoncées et que toute autorité politique est appelée à réprimer sans hésitation.

Chapitre IV

La place centrale du kérygme

72. Face à la situation décrite plus haut, il semble tout à fait naturel que les croyants prennent un nouveau départ en s’engageant dans une grande période d’annonce de l’Évangile, donnant suite pour finir à ce que demandait le pape François dans Evangelii gaudium au sujet de l’urgence pour toute l’Église de donner vie à une nouvelle étape de l’évangélisation. Cet appel a été relancé par le pape Léon XIV, qui reconnaît la nécessité d’« une mission christocentrique et kérygmatique qui naît d’une rencontre avec le Christ capable de transformer la vie et qui se diffuse par attraction plus que par conquête. Il s’agit d’une mission intégrale, qui allie annonce explicite, témoignage, engagement et dialogue, sans céder à la tentation du prosélytisme ni à une logique de simple conservation ou expansion institutionnelle ».[70] Nous ne le faisons pas d’abord pour répondre à un nouveau défi historique, mais par fidélité à l’identité chrétienne elle-même qui ne peut manquer d’inclure le don de soi dans la transmission de la lumière du Christ. Dans cette perspective, il convient de réfléchir au thème de l’annonce du kérygme et à la manière dont celui-ci réoriente la vie et la mission de l’Église.

73. La révélation divine, comme l’enseigne le Concile Vatican II, n’est pas une simple transmission de vérités doctrinales ni une “instruction” de Dieu à l’humanité, mais un dialogue d’alliance : « Dieu invisible s’adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis, il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie ».[71] De ce fait, le kérygme, l’annonce fondamentale de la foi, exige de celui qui l’accueille une réponse qui ne se limite pas au niveau intellectuel, mais qui engage toute l’existence à répondre à l’appel que Dieu adresse à la personne pour qu’elle partage Sa propre vie. Précisément parce qu’elle ne se limite pas au seul domaine cognitif, mais qu’elle revêt, pour ainsi dire, une portée existentielle (cf. Jn 17, 3), cette réponse est, par nature, un événement de salut : « Si tu confesses de ta bouche que “Jésus est le Seigneur !” et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé » (Rm 10, 9).

74. La vérité évangélique est donc salvatrice, elle est vivante, mieux encore, elle est une personne : le Christ lui-même (cf. Jn 14, 6). Cela se reflète dans la structure de l’acte de foi, qui se caractérise à la fois par “l’abandon total”[72] au Christ de chaque être humain éclairé par sa grâce (fides qua), et par les “choses crues” (fides quae), qui précisent le contenu de cet acte d’abandon.[73] L’exactitude de l’exposé de la foi et la quête humaine de sens, qui n’est jamais pleinement épuisée (cf. 1 Co 15, 28), vont de pair.

Susciter une expérience de foi

75. À cet égard, ce que nous pouvons lire dans Evangelii gaudium reste donc valable : « Dans la catéchèse, la première annonce ou “kérygme” a un rôle fondamental, qui doit être au centre de l’activité évangélisatrice et de tout objectif de renouveau ecclésial. Le kérygme est trinitaire. C’est le feu de l’Esprit qui se donne sous forme de langues et nous fait croire en Jésus-Christ, qui par sa mort et sa résurrection nous révèle et nous communique l’infinie miséricorde du Père. Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première annonce : “Jésus-Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer”. Quand nous disons que cette annonce est “la première”, cela ne veut pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale, celle que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons et que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et ses moments ».[74]

76. La première réflexion suggérée par la citation précédente est que l’annonce de la vérité fondatrice et fondamentale du christianisme – Jésus-Christ, vivant, t’aime et a donné sa vie pour te sauver – doit se dérouler de manière à susciter une expérience de foi, capable d’ouvrir un processus de formation de l’identité chrétienne de chacun. Se dessine ainsi un triple parcours qui doit caractériser une transmission de la foi recentrée sur le kérygme : tout d’abord, l’annonce centrale de la présence et de l’amour du Christ ressuscité ; ensuite, l’expérience intérieure de sa présence et de son amour, suscitée par cette annonce ; enfin, le début d’un cheminement de connaissance et d’amour du Christ, rendu possible par l’accueil de l’annonce par qui la reçoit avec un cœur libre et sincère.

77. Il ne s’agit donc pas d’une simple transmission de contenus, aussi importants soient-ils, même s’ils concernent le salut de chaque être humain. Il doit s’agir d’une annonce “performante”, capable de toucher véritablement le cœur de ceux qui la reçoivent et de les pousser à marcher vers le cœur du Seigneur Jésus, où il est possible de contempler et d’entrer en contact avec ce feu d’amour qu’il est venu jeter sur la terre (cf. Lc 12, 49). L’annonce du kérygme doit embraser les cœurs de ceux à qui elle s’adresse, selon le modèle sublime que Jésus lui-même met en œuvre auprès des disciples d’Emmaüs : « Et ils se dirent l’un à l’autre : “Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin, lorsqu’il nous expliquait les Écritures ?” » (Lc 24, 32).

78. Le lien entre kérygme et catéchèse, dans le contexte du changement d’époque, est très étroit, au point que la seconde « ne peut pas toujours être distinguée de la première annonce », raison pour laquelle elle « appelle à la foi ».[75] À cet égard précisément, il peut être utile de rappeler une situation désormais fréquente. Comme on l’a déjà observé, il arrive de plus en plus souvent que les parents chrétiens ne parviennent plus à transmettre la foi à leurs enfants ; pourtant, le simple fait de demander le baptême pour leurs enfants ou de les accompagner à la catéchèse manifeste déjà une certaine présence de la foi et un témoignage fragile, mais authentique, à ne pas sous-estimer. Dans ces cas-là, il est même possible que les enfants ou les adolescents qui arrivent à la catéchèse n’aient pas encore reçu une première annonce explicite de l’Évangile. C’est précisément pour cette raison que la catéchèse devient le lieu où cette annonce peut être proposée à nouveau, ce qui confirme la nécessité d’un profond renouveau kérygmatique de la catéchèse elle-même, car il n’est pas rare qu’elle ne parvienne pas à susciter une expérience intense de rencontre avec le Christ, capable de durer dans le temps.[76]

79. D’autre part, le fait que de nombreux enfants et adolescents s’éloignent de l’Église et des sacrements immédiatement après avoir achevé leur parcours d’initiation chrétienne ou leur scolarité dans une école catholique indique que la catéchèse peine encore à trouver les voies les plus appropriées pour susciter une rencontre personnelle solide et durable avec le Christ.

La question du langage

80. Dans le contexte d’une époque en mutation, le véritable défi pour l’Église est que la parole de l’Évangile soit considérée « comme un critère vivant pour orienter des choix concrets, inspirer des chemins de conversion personnelle et communautaire, promouvoir des réformes des structures et soutenir de nouvelles formes de témoignage évangélique dans la vie publique ».[77] En ce sens, étant donné la richesse des nombreux documents et supports élaborés par le Dicastère pour l’Évangélisation,[78] il apparaît aujourd’hui plus urgent que jamais d’analyser avec sagesse les modes courants d’organisation de la catéchèse, afin que la transmission de la foi ne reste pas confinée à des langages que l’on pourrait qualifier de “scolaires”, “dogmatiques” ou “moralistes”. En effet, une communication répétitive et autoréférentielle du message évangélique risque trop souvent de ne pas toucher le cœur des fidèles. C’est pourquoi le langage de la foi ne doit pas se limiter à une froide exposition de concepts ; il doit certes posséder cette clarté qui facilite la compréhension, mais il doit surtout se caractériser comme un appel du cœur, en rappelant que « le Seigneur nous sauve en parlant à notre cœur à partir de son Sacré-Cœur »[79] et que « le programme du chrétien [...] est “un cœur qui voit” ».[80] Ainsi seulement il constituera un langage qui fera véritablement bouger les choses dans la vie des gens, car il sera l’expression de la voix même du Seigneur, le seul qui puisse véritablement toucher leur cœur : « Parle à mon cœur avec vérité. Toi seul sais le faire ».[81]

81. En résumé, pour que la transmission de la foi soit réellement efficace, elle doit prendre la forme d’une relation interpersonnelle engageante. À cette fin, « il faut privilégier le langage de la proximité, la langue de l’amour désintéressé, relationnel et existentiel qui touche le cœur, atteint la vie, éveille l’espérance et les désirs ».[82] Cette communication ne prétend pas prendre la parole en premier, mais naît avant tout de l’écoute, rendant possible un véritable échange de dons entre celui qui annonce et celui qui accueille l’annonce, facilitant ainsi la rencontre avec le Christ qui marche avec nous.

82. Cela signifie que la transmission de la foi peut s’accomplir là où le langage se fait témoignage, devenant lui-même un événement de l’Esprit. Comme nous le dit saint Alberto Hurtado, cité dans l’Exhortation apostolique Christus vivit : « Être apôtre, ce n’est pas porter une torche à la main, posséder la lumière, mais être la lumière […]. L’Évangile, […] plus qu’un enseignement, est un exemple. Le message changé en vie vécue ».[83] Ainsi, l’Église pourra offrir aujourd’hui encore une parole qui soit à la fois mémoire et prophétie, capable de faire brûler à nouveau sur le chemin le cœur des disciples accompagnés par le Maître, permettant à la grâce de susciter cette adhésion mystique à la foi,[84] à propos de laquelle les paroles du prophète Jérémie restent d’actualité: « Il y avait dans mon cœur comme un feu ardent, enfermé dans mes os ; je m’efforçais de le retenir, mais je ne le pouvais pas » (Jr 20, 9).

La formation chrétienne

83. Il découle de ce qui précède que les communautés de croyants sont vivement appelées à promouvoir, à temps et à contretemps, un renouveau de l’annonce du kérygme. D’ailleurs, Evangelii gaudium soulignait un autre aspect tout aussi important : « On ne doit pas penser que, dans la catéchèse, le kérygme soit abandonné en faveur d’une formation qui prétendrait être plus “solide”. Il n’y a rien de plus solide, de plus profond, de plus sûr, de plus consistant et de plus sage que cette annonce. Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux, qui n’omet jamais d’éclairer l’engagement catéchétique, et qui permet de comprendre convenablement la signification de n’importe quel thème que l’on développe dans la catéchèse. C’est l’annonce qui correspond à la soif d’infini présente dans chaque cœur humain. La centralité du kérygme demande certaines caractéristiques de l’annonce qui aujourd’hui sont nécessaires en tout lieu : qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle fasse appel à la liberté, qu’elle possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse qui ne réduise pas la prédication à quelques doctrines parfois plus philosophiques qu’évangéliques ».[85]

84. On retrouve ici le grand enseignement du Concile Vatican II concernant la hiérarchie des vérités parmi les mystères chrétiens. En effet, Unitatis redintegratio (n. 11) affirme que « dans le dialogue œcuménique, les théologiens catholiques, fidèles à la doctrine de l’Église, en conduisant ensemble avec les frères séparés leurs recherches sur les divins mystères, doivent procéder avec amour de la vérité, charité et humilité. En comparant les doctrines entre elles, ils se rappelleront qu’il y a un ordre ou une “hiérarchie”des vérités de la doctrine catholique, en raison de leur rapport différent avec le fondement de la foi chrétienne ».[86].Cette perspective a été élargie par Evangelii gaudium au domaine de l’annonce de l’Évangile, de la théologie et de la proposition morale.[87] C’est pourquoi, dans le changement d’époque que nous vivons, il ne semble pas opportun, pour transmettre la foi aux nouvelles générations, aux catéchumènes adultes et à ceux que l’on appelle les “recommençants”, de se disperser dans de nombreux domaines de la doctrine catholique, aussi importants soient-ils, au risque de perdre de vue ce qu’il y a en elle « de plus solide, de plus profond, de plus sûr, de plus consistant » :[88] l’amour de Dieu, qui est comme une flamme capable de redonner vie, joie, espérance et confiance à toute existence humaine. C’est grâce à l’action de l’Esprit que l’on accède à cette flamme par la rencontre – avec foi et dans la foi – avec le Seigneur Jésus.

85. C’est précisément en annonçant le kérygme d’une manière renouvelée et régénératrice, passionnée et passionnante, que la communauté des croyants pourra s’acquitter de la tâche de transmettre, de génération en génération, la lumière que Jésus est venu apporter sur terre.

86. Concrètement, pour qu’elle puisse véritablement susciter une expérience de foi, l’annonce du kérygme devra adopter un style, un langage et un ton capables d’atteindre les personnes là où elles se trouvent, avec leurs désirs et leurs rêves, avec leurs peines et leurs tourments. Elle devra donc être capable de présenter la bonne nouvelle de l’amour et de la miséricorde de Dieu, de telle sorte que ceux qui la reçoivent puissent véritablement comprendre que cet amour et cette miséricorde s’adressent précisément à eux. C’est là le style qui caractérise les paraboles du Seigneur Jésus, lesquelles, aujourd’hui encore, touchent le cœur de ceux qui les écoutent.

Chapitre V

La transmission de la foi dans les communautés

87. À partir de cette réflexion générale sur le caractère central du kérygme, on peut formuler quelques observations plus spécifiques. La première, et la plus essentielle, concerne la qualité de la vie communautaire des disciples du Seigneur. Elle doit refléter un amour sincère entre les frères, une prise en charge mutuelle, une disponibilité généreuse envers tous, en particulier les plus défavorisés ; en outre, elle manifestera un climat de joie et de fête, cette vie d’un seul cœur et d’une seule âme (cf. Ac 4, 32) qui est propre à une communauté accueillante et hospitalière, capable, même en cette période de changement d’époque, d’attirer l’attention de chacun et de l’amener à l’expérience de la foi chrétienne. Dans un monde toujours plus fragmenté, où les seuls liens entre les êtres humains à avoir droit de cité semblent ceux instaurés par les infrastructures numériques, un besoin et un désir d’appartenance apparaissent de plus en plus évidents chez de nombreuses personnes. Nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes, et les réseaux sociaux ne comblent pas notre nature originelle d’“animaux sociaux”. En tant que croyants, nous devons garder le cœur et les portes ouverts à ces nouvelles situations des personnes. D’ailleurs, la première forme d’évangélisation se fait toujours “de personne à personne”.[89]

88. Dans cette optique, il apparaît particulièrement urgent, surtout dans les pays de vieille évangélisation, d’insister sur l’importance de promouvoir, au sein de chaque communauté ecclésiale, des groupes d’écoute, de méditation, de partage et de prière autour de la Parole, auxquels seront consacrés des moments spécifiques et fixes, qui s’ajoutent à la célébration de l’Eucharistie dominicale. Que les paroles du pape François soient pour nous une source d’inspiration : « La fréquentation constante de l’Écriture Sainte et la célébration de l’Eucharistie rendent possible la reconnaissance entre personnes qui s’appartiennent. En tant que chrétiens, nous sommes un seul peuple qui marche dans l’histoire, fort de la présence du Seigneur parmi nous qui nous parle et nous nourrit. […] Nous avons un besoin urgent de devenir familiers et intimes de l’Écriture Sainte et du Ressuscité, qui ne cesse de rompre la Parole et le Pain dans la communauté des croyants. C’est pourquoi nous avons besoin d’entrer constamment en confiance avec l’Écriture Sainte, sinon le cœur restera froid et les yeux resteront fermés, frappés comme par d’innombrables formes de cécité ».[90] Ces groupes bibliques pourront aisément adopter la pratique ancienne de la lectio divina et les méthodologies exégétiques modernes, afin de faciliter cette familiarité des croyants avec l’Écriture sainte.

89. Malgré tous ces changements historiques, les principaux canaux de transmission de la foi restent les rencontres “de personne à personne”. C’est pourquoi, parmi les contextes dans lesquels la foi est transmise, l’amitié revêt une importance particulière, comme en témoignent également les cas de conversion les plus récents. La tradition de l’Église a toujours reconnu la valeur éducative des relations fraternelles authentiques,[91] comme n’a pas manqué de le souligner le Magistère récent, notamment à propos du cheminement de foi des jeunes générations, ainsi que l’affirme, par exemple, le pape François : « L’amitié est un cadeau de la vie, un don de Dieu. Le Seigneur nous polit et nous fait mûrir à travers les amis ».[92] L’amitié constitue, en effet, un espace privilégié où le témoignage personnel, l’entraide et le partage des joies et des difficultés de la vie rendent possible un partage de la foi capable d’engager toute l’existence. Tout comme la famille, une saine amitié représente le cadre par excellence des relations authentiques et peut, elle aussi, être considérée comme une école d’humanité,[93] où les croyants peuvent s’accompagner et se soutenir mutuellement dans la suite du Christ.

Liturgie

90. La deuxième réflexion liée à la redécouverte du caractère central de l’annonce du kérygme concerne la liturgie. Si le cœur de l’annonce chrétienne est la rencontre avec l’amour salvifique de Dieu dans le Christ, la liturgie constitue le lieu privilégié où ce mystère est célébré et communiqué de manière sacramentelle. Précisément pour cette raison, elle occupe un rôle central dans la transmission de la foi, se présentant comme le cœur battant de la vie ecclésiale, où la communauté se nourrit de la Parole de Dieu et du Pain de vie éternelle. À ce propos, il faut dépasser une vision réductrice qui la considérerait comme un simple cadre rituel de la vie ecclésiale. Avant d’être un enseignement, la liturgie est d’abord une expérience de la foi, en tant qu’elle permet au fidèle de prendre part à des gestes, des paroles, des silences et des symboles, faisant ainsi l’expérience vivante du mystère du Christ. Comme l’affirme Evangelii gaudium, « l’Église évangélise et s’évangélise elle-même par la beauté de la liturgie » :[94] c’est précisément grâce à sa force symbolique et à sa capacité d’impliquer intégralement la personne que la liturgie devient un lieu authentique d’annonce et de rencontre avec le Seigneur. Par l’action liturgique, et en particulier au cœur de l’Eucharistie, on est introduit toujours plus profondément dans le mystère pascal, tandis que se manifeste le caractère sacramentel de l’Église, appelée à être signe de l’amour de Dieu pour l’humanité. Dans cet événement sacramentel, la rencontre avec le Ressuscité devient un geste partagé et vital qui forme le croyant non seulement en l’“informant”, mais en le façonnant de l’intérieur, afin qu’il devienne participant au mystère célébré. C’est pourquoi, dans la liturgie, la foi est transmise de manière performative : on ne se contente pas de parler de Dieu, mais on entre en relation avec Lui. La liturgie est mémoire et tradition vivante qui engendre et façonne des chrétiens capables de témoigner du salut qu’ils ont rencontré : en participant à la prière liturgique, on entre dans une histoire, dans une mémoire partagée qui traverse les siècles. Célébrer signifie donc avant tout recevoir une foi qui a été crue, vécue et priée par d’autres avant nous.

91. Cette dynamique met aussi en lumière la dimension éminemment communautaire de la liturgie. En effet, la foi ne se transmet pas seulement par l’annonce ou l’enseignement individuel, mais aussi au sein d’un peuple qui célèbre. Dans la liturgie le croyant n’est jamais isolé, mais il est intégré dans un “nous” qui le précède, l’accompagne et le dépasse. Cette dimension communautaire constitue un puissant antidote à l’attrait d’un mode de vie égoïste et individualiste, aujourd’hui si répandu dans de nombreux contextes, comme nous avons déjà pu le constater. Précisément parce qu’elle est une expérience ecclésiale et populaire, la célébration de la foi est étroitement liée aux processus d’inculturation, c’est-à-dire à l’effort visant à « mieux communiquer la vérité de l’Évangile dans un contexte déterminé, sans renoncer à la vérité, au bien et à la lumière qu’il peut apporter quand la perfection n’est pas possible ».[95] Appliquée à la liturgie, cette perspective exige de préserver la richesse de la tradition symbolique de l’Église, tout en la rendant accessible et significative pour les hommes et les femmes de notre temps, dans une tension salutaire et féconde entre fidélité à la tradition et intelligibilité du message célébré.

92. Du point de vue de la transmission de la foi, la liturgie revêt donc une importance cruciale conformément à l’adage ancien lex orandi, lex credendi.[96] Il s’ensuit que la célébration liturgique ne peut se réduire à une simple exécution formelle, mais doit être une action dans laquelle les signes parlent réellement à l’esprit et au cœur des fidèles, exprimant de manière vivante et concrète la foi unique de l’Église et renforçant chez chaque croyant la conscience d’être membre du Corps du Christ. C’est seulement par une participation pleinement consciente, qui suppose une éducation adéquate au langage liturgique, que la foi peut être transmise non pas comme une doctrine abstraite, mais comme une vie nouvelle qui se communique “par attraction” dans la vie quotidienne. Le jeune Augustin fut lui aussi témoin de cette efficacité de la liturgie ; des années après cette expérience, il put écrire : « Combien de larmes j’ai versées en écoutant les accents de tes hymnes et de tes cantiques, qui résonnaient doucement dans ton église ! Une émotion violente : ces accents coulaient dans mes oreilles et distillaient la vérité dans mon cœur, y suscitant un sentiment chaleureux de piété. Les larmes qui coulaient me faisaient du bien ».[97] Par la beauté des signes et la force de la Parole, l’action liturgique devient donc la source génératrice de la mission ecclésiale, permettant à la communauté de rendre compte de l’espérance qui l’habite à travers la crédibilité d’une vie transfigurée par la grâce. C’est pourquoi il est nécessaire d’accorder une attention particulière aux célébrations et d’offrir un accompagnement mystagogique aux nouvelles générations, afin qu’elles puissent comprendre et vivre pleinement ce qu’elles célèbrent dans la liturgie.

93. De plus, la liturgie peut être vécue de différentes manières. Il existe en effet, au sein même de la piété populaire, une façon propre de manifester une sensibilité liturgique, qui se décline sous différentes formes selon les cultures. Pour comprendre ce phénomène, on peut citer un beau récit de Romano Guardini, dans lequel il raconte son voyage en Sicile : « Aujourd’hui, j’ai vu quelque chose de grandiose : Monreale. […] Lorsque nous y sommes arrivés – c’était le Jeudi Saint –, la messe solennelle avait déjà dépassé la consécration. […] Que pourrais-je dire de la splendeur de ce lieu ? […] La foule était assise et regardait. […] Presque personne ne lisait. Tous vivaient dans le regard, tous étaient tendus vers la contemplation. Alors il m’apparaît clairement quel est le fondement d’une véritable piété liturgique : la capacité à saisir le “saint” dans l’image et dans son dynamisme. Monreale, samedi saint. […] De temps à autre, un rayon de soleil pénétrait dans la voûte, et alors un sourire doré envahissait l’espace au-dessus de nos têtes. […] Mais le plus beau, c’était le peuple. […] La cérémonie sacrée s’est prolongée pendant plus de quatre heures, et pourtant la participation est restée vive tout au long. Il existe différentes manières de participer à la prière. L’une s’exprime en écoutant, en parlant, en gesticulant. L’autre, en revanche, se déroule en regardant. La première est bonne, et nous, en Europe du Nord, n’en connaissons pas d’autre. Mais nous avons perdu quelque chose qui existait encore à Monreale : la capacité de vivre-dans-le-regard, de demeurer dans la vision, d’accueillir le sacré à travers la forme et l’événement, en contemplant ».[98]

94. Il faudra veiller tout particulièrement à permettre, dans chaque diocèse, aux fidèles et à ceux qui s’approchent ou se rapprochent de la communauté des croyants d’entrer en contact avec les différentes sensibilités liturgiques présentes dans la tradition de l’Église catholique. Dans le respect des normes liturgiques en vigueur, les pasteurs sont appelés à mettre en valeur la richesse du patrimoine liturgique catholique – pensons, par exemple, à la variété des styles musicaux qui le caractérisent – de manière à pouvoir entrer en contact avec les différentes sensibilités de leurs contemporains. Une attention particulière devra en outre être accordée à l’accompagnement, par des prières, des étapes marquantes de la vie humaine. En Occident surtout, on assiste à une perte progressive de la mémoire collective des rites et des pratiques rituelles, au profit d’un individualisme très radical, mais cela ne supprime pas le besoin anthropologique de ritualité auquel l’être humain a toujours su répondre de différentes manières. La communauté chrétienne grandit et s’édifie à travers les pratiques rituelles, et le riche patrimoine spirituel de l’Église représente en ce sens une ressource précieuse inépuisable.

Le rôle du témoignage

95. La troisième considération essentielle concerne le témoignage des croyants. Celui-ci s’articule autour de trois dimensions fondamentales : le témoignage de la sainteté, celui de la proximité et celui de l’option préférentielle pour les pauvres. À chaque époque, quiconque a rencontré le témoignage d’un chrétien exemplaire a toujours été incité à découvrir le secret de cette vie si particulière et si différente de celle de la plupart de ses semblables. Un croyant qui vit pleinement les exigences du message chrétien est en soi un renvoi constant à la véritable lumière du monde qu’est Jésus-Christ. Comme l’affirme le pape François, « la sainteté est véritablement le plus beau visage de l’Église ».[99] Il suffirait ici de rappeler les figures de saint François d’Assise et de Mère Teresa de Calcutta. Il faut en effet reconnaître que rienne rend l’Église plus crédible dans l’annonce et la transmission de la foi que la sainteté de ses membres. C’est pourquoi, faisant écho au message sur la sainteté du Concile Vatican II,[100] le pape François a tenu à réaffirmer avec insistance que l’appel à la sainteté est l’appel ordinaire de chaque chrétien : « Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuse ou religieux. Bien des fois, nous sommes tentés de penser que la sainteté n’est réservée qu’à ceux qui ont la possibilité de prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer beaucoup de temps à la prière. Il n’en est pas ainsi. Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels ».[101]

96. Outre la vie de sainteté, les croyants sont appelés à offrir, dans la trame quotidienne de leur existence, le témoignage d’une proximité envers tous. Il s’agit d’une proximité bâtie avec les pierres de l’hospitalité, de la gentillesse, de l’écoute, de la douceur et de la tendresse. Comme le disait jadis un auteur latin, Térence – « Homo sum, humani nil a me alienum puto »[102] – rien de véritablement humain ne devrait être étranger aux croyants. Chaque chrétien est appelé à aider les personnes à relire leur propre histoire au sein de la grande histoire du salut, en découvrant que leur vie même fait partie du récit de Dieu. Cette proximité devient témoignage lorsqu’elle s’exerce à l’égard de personnes qui vivent dans des situations de grande souffrance, physique ou mentale. Dans ces cas, un geste d’écoute et de tendresse, associé à une parole de foi, peut ouvrir de grands espaces à l’accueil de cette vraie lumière du Christ qui a le pouvoir de libérer des ténèbres ceux qui y sont enveloppés. Le pape Léon rappelle en effet que « la finitude, lorsqu’elle est acceptée dans la vérité, n’appauvrit pas l’être humain, mais l’ouvre à la reconnaissance du visage de Dieu et de l’autre ».[103]

97. Nous en arrivons ainsi à ce témoignage concret de l’amour de Dieu que les croyants rendent en prenant soin, de manière préférentielle, des pauvres, des défavorisés et des exclus. Comme l’a rappelé le pape Léon XIV, dans le sillage de son prédécesseur, les croyants ne devraient jamais oublier « le lien fort qui existe entre l’amour du Christ et son appel à nous faire proches des pauvres ».[104] En vérité, « le chrétien ne peut pas considérer les pauvres seulement comme un problème social : ils sont une “question de famille” ; ils sont “des nôtres”. La relation avec eux ne peut pas être réduite à une activité ou à une fonction de l’Église ».[105] Dans cette proximité active et concrète avec les frères et sœurs qui vivent dans la pauvreté, l’Église fait resplendir de manière éminente cette flamme de l’amour de Dieu pour tous que Jésus est venu jeter sur la terre et qui parvient encore aujourd’hui à toucher, souvent en silence, le cœur de tant de personnes. Un témoignage particulièrement précieux à cet égard nous vient des évêques du Myanmar, recueilli à l'occasion de leur visite ad limina auprès de ce Dicastère le 2 juin 2026 : dans ce pays, marqué par les blessures de multiples conflits, l’Église manifeste sa proximité aux plus pauvres, ne serait-ce que par le silence de l’écoute, sans aucune distinction d’appartenance religieuse – il s’agit en effet d’une nation majoritairement bouddhiste. C’est précisément cette proximité qui suscite chez ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne le désir d’approfondir les raisons de cette manière d’aborder la souffrance, offrant ainsi aux fidèles l’occasion de parler explicitement de leur expérience de Jésus. C’est donc dans cette unité entre la charité et l’annonce évangélique que ressort encore plus clairement la beauté intégrale de la proposition chrétienne.

Art et beauté

98. Une quatrième remarque spécifique concerne ensuite la nécessité de faire une place – dans le discours sur la transmission de la foi – aux multiples expressions de la créativité humaine, à travers lesquelles on a cherché à donner forme à cette aspiration à la beauté, à l’amour et à la transcendance qui habite, souvent de manière tourmentée, le cœur humain. Comment ne pas penser, à cet égard, aux nombreuses œuvres littéraires et poétiques capables de susciter un enchantement sublime, aptes à captiver même les esprits les plus distraits par les technologies modernes de communication ? C’est précisément sur l’importance de s’ouvrir à la beauté qu’a particulièrement insisté Hans Urs von Balthasar : « Dans la forme lumineuse du beau, l’être du beau devient visible comme nulle part ailleurs. C’est pourquoi toute connaissance ou tendance spirituelle doit s’accompagner d’un moment esthétique ».[106]

99. Dans cette perspective, il convient d’accorder une attention particulière à la musique qui, en tant qu’expression privilégiée de la via pulchritudinis, constitue un langage essentiel pour la transmission de la foi, capable de toucher les cordes les plus profondes du cœur humain et de communiquer la vérité de l’Évangile à travers la beauté.[107] Il ne s’agit pas d’un simple ornement esthétique des célébrations, mais d’un instrument missionnaire qui agit par attraction, rendant perceptible la gloire du Ressuscité surtout là où les mots peinent à parvenir. En effet, comme l’a observé le pape Léon XIV, « la musique est comme un pont qui nous conduit à Dieu. Elle est capable de transmettre des sentiments, des émotions, jusqu’aux mouvements les plus profonds de l’âme, les élevant, les transformant en un escalier idéal qui relie la terre et le ciel ».[108] À travers la musique, la foi trouve des voies d’expression particulières qu’une annonce purement verbale, à elle seule, ne parvient pas toujours à atteindre. Ces considérations nous poussent à exhorter les artistes et les écrivains croyants à redoubler d’efforts créatifs afin de manifester la beauté de la foi et de l’expérience spirituelle chrétienne.

Les étapes de la vie

100. Une dernière remarque concerne les différentes étapes de l’existence de chaque être humain (enfance, adolescence, jeunesse, âge adulte, vieillesse). Elles constituent, en effet, une sorte de “réappropriation” continue du don de la propre naissance au monde et, à l’instar de celle-ci, sont des expériences à la fois surprenantes et stimulantes. La communauté ecclésiale devra donc développer une annonce de l’Évangile plus attentive aux différents âges de la vie, en tenant dûment compte des différentes situations de croissance et de renouveau que comporte chacun d’entre eux. Dans le même temps, il convient de rappeler que de nombreuses personnes ne s’approchent de l’Église qu’à l’occasion des célébrations qui accompagnent certains moments fondamentaux de la vie : baptêmes, mariages et obsèques. Il est donc indispensable de reconnaître que ces circonstancesoffrent une précieuse occasion d’atteindre ces personnes par une annonce du kérygme capable de toucher leur cœur, en évitant les paroles qui ne parviennent pas à susciter de rencontre.

101. La question, déjà abordée, de la rupture générationnelle dans la transmission de la foi revêt une importance particulière. À cet égard, la communauté des croyants trouve dans la pastorale des adultes – qui sont aussi les parents des nouvelles générations – un terrain nouveau et un contexte riche en défis particulièrement complexes. En effet, si, par le passé, du moins dans les pays de vieille tradition chrétienne, l’annonce du kérygme s’adressait presque exclusivement aux plus jeunes, il apparaît aujourd’hui de plus en plus urgent d’accompagner des personnes, même baptisées dès leur plus jeune âge, qui vivent éloignées de la communauté ecclésiale et qui, tout en ressentant un appel intérieur à une vie évangélique, éprouvent des difficultés à comprendre et à s’approprier le langage de l’Église. Dans ces cas, la transmission de la foi aux nouvelles générations passe par une évangélisation des adultes. En effet, comment les adultes pourraient-ils transmettre la foi aux nouvelles générations s’ils ne la vivent pas eux-mêmes au niveau personnel ? D’autres difficultés peuvent ensuite surgir de situations marquées par diverses formes de pauvreté existentielle, surtout dans les contextes urbains caractérisés par une fragmentation marquée ou dans les zones rurales isolées. Tout cela interpelle l’Église dans son ensemble, la poussant à devenir toujours plus synodale et missionnaire, notamment par la mise en valeur des charismes que l’Esprit Saint suscite au sein du peuple de Dieu.

Chapitre VI

Foi et culture

102. En élargissant désormais le champ de la réflexion sur la transmission de la foi au-delà de la dimension proprement ecclésiale, il est nécessaire d’aborder la question de la relation entre foi et culture. Une première remarque concerne le fait que de nombreux chercheurs soulignent qu’à notre époque, une crise plus générale de la transmission du savoir et des valeurs est en cours ; elle englobe également ce qui constitue l’objet spécifique des présentes Considérations. Une deuxième remarque peut être tirée de certaines paroles de saint Jean Paul II qui soulignent l’importance, en vue de la transmission de la foi, d’opérer une synthèse entre foi et culture : « La synthèse entre culture et foi n’est pas seulement une exigence de la culture, mais aussi de la foi. Comme l’a enseigné mon prédécesseur Paul VI, “il importe d’évangéliser — non pas de façon décorative, comme par un vernis superficiel, mais de façon vitale, en profondeur et jusque dans leurs racines — la culture et les cultures de l’homme… partant toujours de la personne et revenant toujours aux rapports des personnes entre elles et avec Dieu”. En effet, s’il est vrai que la foi ne s’identifie à aucune culture […] il n’en est pas moins vrai que, précisément pour cette raison, la foi est appelée à inspirer, à imprégner chaque culture. C’est l’homme tout entier, dans la réalité concrète de son existence quotidienne, qui est sauvé en Christ et c’est donc l’homme tout entier qui doit s’épanouir en Christ. Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n’est pas pleinement accueillie, pas entièrement pensée, pas fidèlement vécue ».[109]

103. Ce qui précède nous amène à reconnaître que l’œuvre de transmission de la foi est en quelque sorte indissociable de son inculturation dans un contexte donné ; le terme “culture” s’entend ici tant dans son sens anthropologique le plus large, comme ensemble de modes de vie, de croyances, de valeurs et d’institutions qui caractérisent une société donnée, que dans son sens le plus restreint, comme ensemble de connaissances intellectuelles développées principalement dans le milieu universitaire.

104. Dans le sens de la première acception du terme “culture”, il convient de rappeler que l’inculturation de la foi constitue une étape nécessaire à sa transmission, puisque le message évangélique doit être rendu compréhensible à des personnes qui partagent des valeurs et des catégories ne coïncidant pas parfaitement avec celles, hellénistico-sémitiques, dans lesquelles le texte biblique a été initialement formulé. Dans le contexte de la transmission de la foi, l’inculturation signifie « l’incarnation de l’Évangile dans les cultures autochtones, et en même temps l’introduction de celles-ci dans la vie de l’Église » :[110] dans ce cas, l’inculturation de la foi devient une véritable évangélisation, même si elle n’est pas réalisée de manière achevée et parfaite, puisqu’il s’agit d’un « processus lent, qui embrasse toute l’étendue de la vie missionnaire et met en cause les divers agents de la mission ad gentes, les communautés chrétiennes au fur et à mesure qu’elles se développent, les Pasteurs qui ont la responsabilité de discernement et d’encouragement dans sa mise en œuvre ».[111] Il en résulte que la culture elle-même devient, à son tour, un moyen de transmission de la foi, car « quand un peuple a inculturé l’Évangile, dans son processus de transmission culturelle, il transmet aussi la foi de manières toujours nouvelles ; d’où l’importance de l’évangélisation comprise comme inculturation ».[112]

105. Il faut toutefois rappeler qu’on n’évangélise pas un “lieu”, mais toujours des personnes ; celles-ci ne doivent pas être isolées de leur contexte : « Il s’agit d’apporter l’Évangile aux personnes avec lesquelles chacun a à faire, tant les plus proches que celles qui sont inconnues ».[113] À cela s’ajoute la tâche des fidèles, nécessaire même dans les pays de vieille chrétienne, de traduire la Bonne Nouvelle dans les diverses formes culturelles particulières qui caractérisent les sociétés modernes ou qui émergent dans certains secteurs sociaux, comme le monde des jeunes ou celui des pauvres. Cela exige sans aucun doute une mise en valeur des charismes présents au sein du peuple de Dieu dans un esprit authentique de synodalité, car, en dernière analyse, ils sont l’œuvre du Saint-Esprit. Dans ce processus, l’apport de la piété populaire peut certainement s’avérer précieux.

106. La présencede différents groupes sociaux, dotés de cultures et de langues spécifiques et souvent autonomes, dans nos villes exige un effort particulier d’inculturation de la foi. Il est donc urgent que l’annonce de l’Évangile soit diffusée de manière capillaire : on ne peut se contenter de s’adresser uniquement à la culture de certains groupes majoritaires, mais il faut apprendre à dialoguer avec les situations et les conditions de vie les plus diverses aujourd’hui existantes. Il s’agit donc d’atteindre ce qu’on désigne souvent, dans un langage technique, comme le domaine des sous-cultures (par exemple les jeunes des banlieues, les différentes communautés de migrants, les travailleurs saisonniers, les habitants des petits villages, etc.). À cet égard, il convient de rappeler que la Commission théologique internationale consacrera une partie de ses travaux au cours des cinq prochaines années aux formes culturelles de transmission de la foi et apportera de précieuses contributions au travail que nous n’avons ici que brièvement évoqué.

107. En résumé, il faut réaffirmer l’importance décisive de l’inculturation de la foi aujourd’hui. En effet, lorsque la foi touche aux racines et aux expressions culturelles d’un peuple, sa transmission devient plus aisée et plus féconde.

108. Sur la culture au sens académique et intellectuel, on peut rappeler les paroles du pape François : « L’annonce à la culture implique aussi une annonce aux cultures professionnelles, scientifiques et académiques. Il s’agit de la rencontre entre la foi, la raison et les sciences qui vise à développer un nouveau discours sur la crédibilité, une apologétique originale qui aide à créer les dispositions pour que l’Évangile soit écouté par tous »[114]. Il est vrai que ce qu’opère la recherche intellectuelle est, tout au plus, une préparation qui initie à la foi, à l’instar de ce que l’on a traditionnellement appelé les praeambula fidei, et non une transmission de celle-ci au sens propre. Cependant, il est clair qu’une présentation raisonnable des contenus de la foi et de ses exigences constitue une aide indéniable à l’annonce du kérygme, dans la mesure où elle contribue notamment à éveiller les grandes questions dans l’esprit et le cœur des personnes.[115]

109. La doctrine sociale de l’Église constitue sans aucun doute un exemple particulièrement significatif à prendre en compte pour élaborer une telle présentation raisonnable de la foi ; grâce à elle, les croyants entament un dialogue ouvert avec la société et même avec les non-croyants. Tout en restant dans le cadre de la théologie, la doctrine sociale de l’Église s’appuie largement sur les catégories propres aux sciences politiques, économiques et sociales, parvenant souvent à montrer toute la pertinence de la proposition chrétienne pour la construction d’une société plus juste et plus fraternelle. En ce sens, le magistère de l’Église au plan social peut, lui aussi, remplir une fonction analogue à celle des praeambula fidei. En effet, la doctrine sociale de l’Église « se fonde sur l’Écriture Sainte et sur la Tradition. Ainsi en dialogue avec les sciences, elle nous aide à analyser avec lucidité les défis du présent, en identifiant des voies appropriées pour vivre un témoignage chrétien authentique, dans la joie et au service du monde ».[116]

Chapitre VII

Quelques points spécifiques

110. Une communauté qui s’engage profondément à transmettre, de génération en génération, la lumière et le feu de l’amour de Dieu que Jésus a voulu apporter au milieu de l’humanité et qui est parvenue jusqu’à nos jours devra, outre ce qui a été exposé jusqu’ici, accorder une attention particulière à certains aspects liés au thème des présentes Considérations. Ce qui suit est une liste d’exemples, qui pourra être élargie et réorganisée ultérieurement selon un ordre de priorité différent.

111. Le premier de ces points concerne la culture de la piété populaire. Dans ce domaine, comme on le sait, certains aspects nécessitent encore un processus de maturation et d’enrichissement ; toutefois, la grande force dont dispose cette ressource de la tradition catholique reste évidente. Personne ne pourra jamais nier que la piété populaire est encore aujourd’hui un moyen important de transmission de la foi. C’est pourquoi il est nécessaire de promouvoir à son égard un engagement renouvelé, tant par l’intelligence que par le cœur. D’ailleurs, sa grande souplesse lui permet toujours de se renouveler et d’adopter des formes très variées au fil des siècles, réussissant même à survivre aux attaques que la culture – et parfois aussi les membres de l’Église eux-mêmes – lui ont souvent lancées.

112. En ce qui concerne la force évangélisatrice de la piété populaire et, par conséquent, son rôle important dans la transmission de la foi, les indications figurant aux numéros 122 à 126 d’Evangelii gaudium sont précieuses. On y lit, en effet, que « dans la piété populaire, on peut comprendre comment la foi reçue s’est incarnée dans une culture et continue à se transmettre ».[117] En vérité, toute inculturation authentique de la foi engendre toujours une forme d’expression populaire de celle-ci. L’être humain vit de paroles et de gestes qui constituent l’horizon au sein duquel il peut s’épanouir et créer les conditions de la rencontre avec l’autre. Chaque culture se traduit par des pratiques concrètes, s’y reflète et s’y transmet. La même considération vaut également pour l’expérience de la foi. Toute inculturation de la foi crée des pratiques religieuses spécifiques qui la reflètent et lui permettent de se transmettre de génération en génération. C’est pourquoi « dans la piété populaire, puisqu’elle est fruit de l’Évangile inculturé, se trouve une force activement évangélisatrice que nous ne pouvons pas sous-estimer : ce serait comme méconnaître l’œuvre de l’Esprit Saint. Nous sommes plutôt appelés à l’encourager et à la fortifier pour approfondir le processus d’inculturation qui est une réalité jamais achevée. Les expressions de la piété populaire ont beaucoup à nous apprendre, et, pour qui sait les lire, elles sont un lieu théologique auquel nous devons prêter attention, en particulier au moment où nous pensons à la nouvelle évangélisation »[118] et à la question de la transmission de la foi.

113. Dans ce contexte, il est utile de rappeler la force d’attraction que suscitent les pèlerinages anciens ou récents auprès des nouvelles générations , ainsi que le désir d’appartenir à une confrérie, comme c’est le cas depuis peu en Espagne.[119] Pour de nombreux jeunes, surtout dans les contextes occidentaux, la recherche d’un sens dans un monde de plus en plus replié sur lui-même et la recherche d’une appartenance religieuse capable de donner une certaine forme à leur besoin d’identité, dans un monde de plus en plus individualisé, représentent des besoins très importants qui trouvent leur expression précisément dans la participation aux pèlerinages et dans la demande d’adhésion à une confrérie. Dans le cadre du thème principal des présentes Considérations, il devient urgent de se demander comment “tirer parti” au mieux de ces requêtes et de ces exigences de nos plus jeunes contemporains, afin qu’ils deviennent un canal par lequel la lumière du Christ puisse inonder leurs existences souvent tourmentées.

114. Deuxièmement, une attention particulière doit être accordée à l’homélie. Le pape François lui a consacré une large place dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium,[120] témoignant ainsi de son importance pour l’annonce et la transmission de la foi ; nous renvoyons à ce texte pour un approfondissement. Une homélie bien préparée peut jouer un rôle décisif dans la présentation des contenus de la foi sous une forme narrative, capable de relire la Parole de Dieu à la lumière de la vie concrète du peuple, et susciter ainsi une expérience vivante de rencontre avec le Christ. Jésus lui-même apparaît dans les Évangiles avant tout comme un grand conteur. Il commence rarement ses discours par des concepts abstraits : il recourt plutôt à des images, des métaphores, des paraboles ; il fait souvent référence à la vie quotidienne des gens, proposant des récits capables d’ouvrir l’imagination de ceux qui l’écoutent, avant même de toucher leur intelligence. Les paraboles, en effet, ne se limitent pas à informer : elles sont capables de former et de transformer leurs auditeurs. Les histoires racontées par Jésus ne servent pas simplement à rendre le discours plus intéressant, mais constituent la clé herméneutique par laquelle l’auditeur est introduit dans le mystère du Royaume. À cet égard, la grande tradition homilétique des Pères de l’Église, tant d’Orient que d’Occident, peut offrir une contribution précieuse aux pasteurs.

115. Une troisième préoccupation découle du désir d’engagement que beaucoup, en particulier parmi les plus jeunes, manifestent à travers des activités de bénévolat. La recherche concrète d’un tel engagement est souvent l’occasion de se rapprocher de la réalité de l’Église. Ces personnes ressentent le besoin sincère et profond de donner quelque chose aux autres ; elles ressentent donc l’urgence de sortir de leur cocon individuel et de la logique de la possession comme critère ultime du bonheur. Il est évident que cela n’implique pas immédiatement un intérêt pour la foi, mais cela représente une bonne occasion d’annoncer et de proposer l’amitié avec le Seigneur Jésus, qui offre des motivations encore plus profondes à cet engagement. Toute la communauté des croyants est appelée à accueillir ces “bons samaritains” de notre temps et à les accompagner avec bienveillance et passion vers cette rencontre avec le feu de l’amour de Dieu qu’elle garde comme un trésor précieux de son cheminement au milieu du monde.

116. Un quatrième point concerne la nécessité d’élargir les espaces de présence des femmes dans la conduite des processus ecclésiaux. Dans l’Église catholique, en général, les fidèles les plus présents et les plus actifs dans la vie des communautés sont en grande partie des femmes. Ces dernières années, cependant, la nécessité de permettre aux femmes d’accéder aux instances où sont prises les décisions importantes pour la vie de la communauté s’est fait sentir avec plus de clarté. Il s’agit d’un sujet que le Dicastère a longuement étudié et dont les conclusions ont été transmises, par l’intermédiaire du Secrétariat du Synode, au Saint-Père.

117. Un autre aspect spécifique de notre époque mérite une attention particulière. En effet, il ne faut pas sous-estimer le besoin, exprimé aujourd’hui par un très grand nombre de personnes, de participer à de grands événements (festivals de musique et autres). Cela met également en évidence qu’une utilisation intensive des technologies numériques ne suffit pas à combler tous les besoins de l’être humain. Il ressort donc, même à notre époque, le besoin d’être en compagnie, la nécessité et le désir de partager. Tout en sachant que la foi se transmet de manière privilégiée d’un “tu” à un “tu”, il faudrait saisir cette caractéristique de notre époque comme une bonne occasion pour l’annonce de l’Évangile, en essayant d’imaginer des occasions de rassemblement entre les personnes, en écho aux grands thèmes d’actualité comme, par exemple, celui de la paix.

118. L’étude de l’histoire de l’Église offre d’autres pistes de réflexion, en particulier quand il s’agit des moments où elle a su répondre positivement aux changements d’époque rencontrés au cours de son parcours historique. Parmi ceux-ci, on peut citer la crise qui a suivi l’effondrement des institutions romaines en Europe occidentale, avec pour conséquence l’abandon des villes, où le christianisme était le plus profondément enraciné. Dans ce contexte, l’émergence du monachisme irlandais, qui s’est épanoui dans la seconde moitié du premier millénaire chrétien, s’est avérée décisive : non seulement elle a préservé et approfondi la compréhension de la foi, mais elle a également donné naissance à de nouvelles formes d’évangélisation et, parallèlement, contribué à des évolutions significatives dans la pratique sacramentelle, comme la diffusion de la confession auriculaire. Un deuxième exemple est fourni par la crise doctrinale et pastorale provoquée par la diffusion de la secte cathare et des divers mouvements paupéristes, souvent opposés à l’Église, au cours des siècles médiévaux. En réponse à cette situation, les ordres mendiants, parmi lesquels figurent ceux qui avaient été fondés par saint Dominique et saint François, ont incarné une vitalité évangélique renouvelée à travers la pauvreté radicale, la prédication itinérante et l’enseignement théologique exercé en pleine communion avec l’Église. Un autre exemple est celui de l’élan en faveur d’une réforme catholique de grande envergure, suscité par la profonde rupture ecclésiale provoquée par la Réforme protestante, qui a vu s’illustrer des figures telles que sainte Thérèse d’Ávila et saint Ignace de Loyola. Ce renouveau a coïncidé avec l’expansion missionnaire de l’Église vers des terres récemment découvertes et ouvertes à l’annonce de l’Évangile, contribuant ainsi à lui donner un nouvel élan. Enfin, il convient de rappeler la réponse apportée par l’Église, au XIXe siècle, aux profonds changements provoqués par la question ouvrière et par les conséquences de la révolution industrielle, qui l’ont amenée à réélaborer sa doctrine sociale de manière systématique. Dans chacun de ces cas, un moment de crise est devenu l’occasion d’initiatives créatives qui se sont révélées décisives pour l’évangélisation et ont également coïncidé avec une transition plus large entre deux époques historiques.

119. À l’heure actuelle, il est nécessaire de mener une étude spécifique sur le déclin soudain du catholicisme dans les pays où il était profondément enraciné, afin d’en comprendre les causes et d’élaborer une réponse pastorale adaptée.

120. Une attention particulière et décisive doit être accordée au monde des écoles et des universités catholiques, ainsi qu’à celui des autres institutions catholiques, en particulier celles qui se consacrent à la charité. Comme en témoignent les évêques du Ghana : « La transmission de la foi catholique est considérablement renforcée par l’enseignement catholique, qui constitue un vecteur important pour la formation continue des enfants, des jeunes et même des adultes ».[121] Dans d’autres pays, comme le Vénézuela, le programme d’éducation religieuse prévoit une intégration entre l’activité scolaire et l’activité paroissiale, confirmant ainsi la valeur pastorale des écoles catholiques[122]. Surtout, dans les pays où le catholicisme représente une minorité – parfois extrêmement réduite –, ces institutions constituent souvent le seul point de contact d’une grande partie de la population avec l’Église catholique. Toutefois, il convient de signaler que, dans différentes régions, des restrictions s’appliquent à l’enseignement de la religion dans les écoles, ce qui, dans ces cas, force les paroisses à assumer toute la charge de la catéchèse.

121. S’agissant des lieux traditionnels de l’action pastorale, les écoles offrent un contact plus institutionnel et presque professionnel, mais qui n’en est pas moins capable de transmettre au moins une petite étincelle de ce feu d’amour qui a traversé les siècles et qui, depuis Jésus, est parvenu jusqu’à nos jours. On y trouve, en effet, un témoignage presque transparent de la charité intellectuelle et matérielle, capable d’orienter spontanément vers la beauté de l’Évangile et sa force d’humanisation. C’est ce qu’attestent également les évêques de France : « L’enseignement catholique est un lieu fondamental pour la première annonce auprès des enfants, des jeunes et des familles, qui peut conduire les jeunes, mais aussi leurs parents, à demander l’initiation chrétienne ».[123] Dans une perspective plus large, les croyants sont donc invités à toujours défendre le rôle central de l’école, en tant que lieu « où les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et sur la dignité de chaque personne».[124]

122. Enfin, une dernière remarque concerne l’engagement œcuménique qui constitue une dimension intrinsèque de la mission évangélisatrice de l’Église et, par conséquent, de la transmission de la foi. En effet, comme le souligne le décret Unitatis redintegratio du Concile Vatican II, la division entre les chrétiens « s’oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Évangile à toute créature».[125] Loin de représenter une alternative à l’annonce, le dialogue œcuménique en constitue une modalité propre, dans laquelle la recherche commune de la vérité, l’écoute réciproque et le témoignage de la charité rendent plus crédible la proclamation du kérygme face à un monde de plus en plus sécularisé et pluraliste. Comme le rappelle saint Jean Paul II, en effet, « les efforts déployés en vue de l’unité constituent un signe de l’œuvre de réconciliation que Dieu accomplit au milieu de nous »,[126] manifestant concrètement que le Père est amour, pour toujours et pour tous. Cela invite la communauté des croyants à faire sien l’appel confiant du pape François : « Si vraiment nous croyons en la libre et généreuse action de l’Esprit, nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres ! Il ne s’agit pas seulement de recevoir des informations sur les autres afin de mieux les connaître, mais de recueillir ce que l’Esprit a semé en eux comme don aussi pour nous »,[127] afin de « marcher résolument vers des expressions communes de l’annonce, du service et du témoignage ».[128]

123. Dans cette même perspective, il faut reconnaître que certains membres d’autres religions et mouvements religieux s’efforcent de témoigner de leur foi en Dieu dans un contexte culturel qui tend à se refermer sur une immanence vide de sens. De même, certains membres d’autres Églises chrétiennes et communautés ecclésiales cherchent de nouvelles voies pour annoncer l’Évangile et l’amour du Christ à notre époque. Il est possible de tirer des enseignements de leurs expériences positives et de leurs efforts créatifs, afin que notre engagement à transmettre toute la richesse du trésor de la foi, reçu en don, soit toujours fécond.

Chapitre VIII

Témoignages

124. À ce stade, comme annoncé dans l’introduction aux présentes Considérations, nous présentons quelques témoignages exemplaires de personnes qui ont pu faire l’expérience, dans leur vie, de la rencontre avec le Christ ou de la redécouverte d’une relation vivante avec lui. Pour des raisons de confidentialité, leurs noms ne seront pas mentionnés, mais seulement leur provenance, en garantissant qu’il s’agit de témoignages authentiques, sincèrement partagés pour l’édification de l’Église universelle. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi adresse sa sincère gratitude à ceux qui ont proposé leur récit, ainsi qu’aux Conférences épiscopales qui ont transmis ces documents. Dans de nombreux cas, il ne s’agit pas de récits de grandes entreprises ou d’événements prodigieux, mais de simples faits dans lesquels se manifeste l’action de la grâce au cœur de la vie quotidienne, permettant à chacun d’y reconnaître quelque chose de sa propre existence. Ils montrent comment chaque circonstance, même la plus petite et apparemment insignifiante, peut devenir une occasion de rencontre avec l’Éternel et une étape de cette histoire du salut que Dieu construit avec nous et pour nous. Pour des raisons d’espace, il n’est pas possible de reproduire tous les témoignages reçus ; il a donc fallu opérer une sélection en fonction des thèmes du document et de la nécessité d’éviter les répétitions. Chacune d’entre elles représente toutefois un trésor de grâce qui témoigne que le Seigneur, même en cette période de changement, ne cesse d’assister et d’accompagner son Église. Les pages qui suivent ont pour but de traduire dans le langage de la vie certains des aspects développés dans les chapitres précédents.

De l’abîme de la dépendance à la liberté de la rencontre avec le Christ

125. Le premier témoignage[129] nous vient de Colombie et montre comment, même dans les situations de dégradation morale et existentielle les plus profondes, Dieu ne cesse d’appeler la personne par la voix de la conscience et de lui offrir son salut à travers l’œuvre de ses frères : « Vers l’âge de 13 ou 14 ans, j’ai commencé à consommer de la drogue, je me suis enfoncé dans l’impureté et j’ai rejoint des gangs ; je traînais avec eux, je participais à des bagarres, je maniais des armes, je pratiquais l’extorsion, je volais, je vendais de la drogue. C’était ça, ma vie. Ma famille en a eu assez de moi, jusqu’à ce que je finisse par vivre dans la rue. Je disais à ma mère : “Maman, je veux changer”. Elle me répondait : “Non, tu es malade, tu dois d’abord guérir”. Et je lui répondais : “Mais qu’est-ce que tu racontes ? Je suis capable de m’en sortir tout seul”. Mais j’avais besoin d’aide ; ma fierté, mon orgueil ne me le permettaient pas. Et je ressentais au plus profond de mon cœur un désir intense de quelque chose de plus, de quelque chose de merveilleux, de quelque chose de bon, d’aimer, de me sentir aimé. Je n’avais nulle part où vivre, où me laver, où manger, rien. Par la grâce et la miséricorde de Dieu [grâce à ma famille, j’ai trouvé un centre de réadaptation géré par une fondation chrétienne] ; là-bas, on ne pratique ni thérapies de choc ni traitement médicamenteux ; ce qu’on y vit, c’est la prière : le Saint Rosaire, la lectio divina, la Sainte Eucharistie… C’est là que mon cheminement de conversion a commencé. C’est à cet endroit que le Seigneur a commencé à transformer profondément ma vie, car j’ai commencé à voir toutes les blessures et tous les vides qui se trouvaient dans mon cœur, ainsi que mon immense besoin d’amour, de pardon et de la miséricorde de Dieu. Je suis ensuite parti en mission pendant deux ans et demi, en me formant, en participant à des retraites et en organisant des rencontres. Après quoi, je suis retourné à la fondation où j’avais séjourné. J’y suis resté un an à accompagner les jeunes en tant qu’éducateur, en partageant avec eux un peu de ce que le Seigneur avait accompli en moi. Aujourd’hui, j’ai mon emploi et je fais partie d’une communauté qui se consacre à la prière, à la mission et à l’évangélisation. Dieu a transformé ma vie, mon cœur, et a fait de moi un homme nouveau ».

126. D’autres témoignages montrent que, parfois, une circonstance très simple, comme le fait de faire défiler les messages d’un réseau social, peut suffire pour que la grâce rende possible une rencontre capable de transformer une vie, comme le raconte un jeune Belge : « Vers l’âge de 17 ans, je voulais me faire baptiser, mais je ne savais pas où aller. J’ai connu des peines de cœur, une dépendance à l’alcool, j’ai versé des larmes. Un jour, en parcourant TikTok, je suis tombé sur une prière. Ça a été comme un électrochoc et un réconfort. J’étais non croyant et je vivais tout cela sereinement. Si je me présente aujourd’hui, c’est en réponse à l’appel le plus significatif de ma vie. Il ne s’agit pas d’une réflexion intellectuelle, mais d’une rencontre personnelle au cours de laquelle Jésus m’a parlé. Je me suis rapproché de l’Église sans y croire vraiment, surtout par respect pour mes grands-parents et par désir de préserver les traditions. Depuis que j’ai la foi, j’ai vraiment une autre vision du monde. Je sens que tout va bien, alors que ma vie, avant ma rencontre avec le Christ, était compliquée ».

127. Toujours sur le thème de la rédemption et de la libération, le récit d’un aumônier exerçant son ministère dans les prisons d’un diocèse canadien offre un témoignage significatif de l’efficacité libératrice du kérygme : « Le milieu carcéral est souvent un lieu de crise et de remise en question de la vie. La privation de liberté favorise une confrontation avec soi-même, avec ses propres actes et avec le sens de sa propre existence. Dans ce contexte, la demande de baptême apparaît souvent comme la recherche d’un nouveau départ, voire d’une rédemption. Les personnes rencontrées expriment souvent une quête de sens, au-delà des contextes antérieurs de leur vie. Les échanges catéchétiques ouvrent un espace où les grandes questions – souffrance, culpabilité, pardon, espérance – peuvent être abordées de manière structurée. Il apparaît clairement que la conversion ne découle pas uniquement d’un contenu doctrinal, mais aussi d’une relation de confiance et d’écoute. L’accompagnement pastoral, vécu dans la durée, constitue une médiation essentielle à travers laquelle la foi devient concevable et accessible. Un élément central des conversions observées est la rencontre avec l’image d’un Dieu qui pardonne et relève. Cela revêt une importance particulière dans un contexte marqué par la culpabilité et la condamnation. On observe ainsi un regain d’intérêt pour la dimension spirituelle et existentielle de la foi. La conversion apparaît souvent comme une expérience personnelle forte.

Le « renouveau » du kérygme : le rôle de la famille et de la prière

128. Au sein des familles, non seulement les changements d’époque, mais aussi les événements tragiques peuvent mettre à rude épreuve la foi personnelle. Cependant, même dans ces situations, le Seigneur n’abandonne pas ses enfants, comme en témoigne ce récit venu du Chili : « Ma foi s’était affaiblie à tel point que j’en étais arrivé à me déclarer athée. Au milieu de ce désert, un coup dévastateur m’a frappé : la mort de ma mère. Pendant cinq ans, j’ai porté un chagrin inconsolable ; je la pleurais chaque jour sans trouver de réponses. C’est alors que Dieu s’est servi du prétexte le plus simple : le catéchisme de ma plus jeune fille. Je participais aux réunions uniquement par devoir. C’est au cours de ce processus que l’inattendu s’est produit : à travers l’Eucharistie, j’ai fait l’expérience d’une rencontre – ou plutôt d’une re-rencontre – personnelle avec Jésus-Christ. Il a pris ma douleur, a séché mes larmes pour ma mère et m’a donné une paix que le monde ne peut donner ».

129. Un autre témoignage, concernant les obstacles à la transmission de la foi au sein de la famille, nous vient d’une femme, mère de famille, originaire de Slovaquie : « Mon père était alcoolique. Il nous a détruites, ma mère et moi, pendant mon enfance… Quand il buvait, il était agressif, il lançait des jurons, blasphémait, cassait les meubles de la maison… tout ce qui lui tombait sous la main ; souvent, nous devions nous enfuir de chez nous. Au fil des années, un sentiment de manque de pardon, voire de haine à son égard, s’était accumulé en moi. Ce n’est qu’au sein de la communauté, grâce à la Parole de Dieu et à la formation, que j’ai compris que je jugeais mon père pour ce qu’il était, et que je jugeais aussi Dieu de m’avoir donné un tel père. Lorsque j’ai trouvé le courage, à la lumière de la Parole de Dieu, je suis allée voir mon père et je lui ai demandé pardon. Ce fut une expérience très forte pour moi et, même si mon père n’a pas bien compris ce que je lui disais, j’ai vu que j’avais enfin trouvé la paix intérieure et que notre relation s’était également améliorée. Bien que mon père ne menât en aucune façon une vie religieuse, il est parti pour l’éternité après s’être confessé et s’être réconcilié avec moi et avec ma mère,. [Aujourd’hui], avec mon époux, nous nous engageons à transmettre la foi à nos quatre enfants. Nous les formons également en leur racontant notre expérience, sans faire de moralisme (au sens où il faudrait qu’ils voient ou agissent eux aussi de cette manière). Nous leur disons que Dieu agira d’une manière particulière dans leur vie aussi, qu’il est important d’accueillir tout ce que l’Église leur offre comme aide, afin qu’ils puissent mener une vie qui ait un sens.

130. Il arrive aussi que ce soit le partenaire croyant d’un couple à entraîner l’autre dans un cheminement de foi, comme en témoigne cette expérience venue des États-Unis d’Amérique : « Mon cheminement vers l’Église catholique a commencé grâce à ma fiancée. Elle a été élevée dans la foi catholique et sa foi a toujours été importante pour elle. Alors que nous nous préparions au mariage, elle a exprimé le souhait d’avoir un mariage catholique. Voulant mieux comprendre ce qui comptait tant pour elle, j’ai décidé de m’intéresser à la foi. J’ai découvert une communauté accueillante et un groupe d’enseignants dévoués qui ont rendu ce processus d’apprentissage captivant et enrichissant. J’ai été impressionné par la communauté paroissiale et par le bien qu’elle accomplit au sein de la communauté locale. Les personnes que j’y ai rencontrées m’ont transmis la valeur non seulement d’avoir la foi, mais aussi de la vivre. Alors que j’attends de recevoir le baptême et la confirmation lors de la veillée pascale, je le fais avec gratitude et impatience ».

131. Un témoignage venu du Japon va dans le même sens : « Un homme est entré en contact avec l’Église en épousant une femme catholique. Au début, il a suivi les cours de préparation au mariage simplement pour se préparer aux noces, mais peu à peu, il s’est senti attiré par l’accueil chaleureux de la communauté paroissiale et par la sérénité de la liturgie. Après la naissance de son fils, il s’est demandé ce qu’il souhaitait lui transmettre dans la vie et, après s’être plongé dans une étude plus approfondie de la foi, il a été baptisé quelques années plus tard. Pour lui, l’Église vers laquelle il s’était initialement tourné pour le bien de sa famille est devenue le lieu où son propre mode de vie a été remis en question ».

132. Le sacrement du mariage peut lui aussi devenir une occasion de redécouvrir la foi, comme en témoigne une expérience rapportée par les évêques d’Angola : « Un couple de fiancés : elle, catholique, issue d’une famille où la foi se transmet de génération en génération avec beaucoup de vivacité ; lui, indifférent à Dieu et à la religion. Elle lui fit savoir que l’évolution de leur relation devrait avoir pour condition sine qua non le mariage catholique. [Lors d’une réunion de famille], un prêtre, parent de la famille du fiancé, a interpellé la fiancée catholique au sujet de son intention de s’unir à un homme qui n’était disposé qu’à lui offrir le plaisir de la cérémonie de mariage catholique, tout en méprisant la valeur intrinsèque de ce mariage. [Le prêtre] s’en est pris de la même manière au fiancé, qui ne s’intéressait qu’à l’aspect charnel et méprisait tout autre aspect de la valeur du mariage. Revenant à lui, le fiancé a eu honte de ses contradictions… sans la moindre culture chrétienne, celle qui désormais commençait à prendre tout son sens pour lui. Cette expérience dérangeante a éveillé en lui la curiosité pour la foi catholique ; il a commencé à suivre des cours de catéchèse, a reçu le baptême, a suivi le cours de préparation au mariage, s’est marié à l’église et est devenu assidu à la liturgie et actif dans la vie pastorale de la paroisse ».

133. D’autres fois, le renouveau de la foi naît d’expériences de prière et de partage, comme dans le cas d’une laïque polonaise qui raconte avoir redécouvert une foi vivante grâce à une initiative lancée par le mouvement charismatique catholique : « Tout a commencé par la décision de participer à une retraite de plusieurs semaines, organisée par le Séminaire de renouveau de la foi. À l’époque, j’avais l’impression d’avoir une vie assez agréable, normale et bien rangée. Mais de plus en plus souvent, au plus profond de mon cœur, je sentais que ce sur quoi je construisais ma vie n’était pas durable. Le vide qui apparaissait de plus en plus souvent dans mon cœur ne pouvait être comblé par rien. J’ai vu que la foi que j’avais était morte. Ce n’était que l’accomplissement de certains devoirs et pratiques religieuses qui m’avaient été enseignés. Au cours du Séminaire, j’ai découvert un Dieu qui aime gratuitement, qui est Père, qui prend soin de nous, qui attend, qui cherche ceux qui sont perdus pour leur offrir amour, bonheur et joie. Ce fut ma rencontre personnelle avec Jésus, qui a “touché” concrètement mon cœur pour me sortir des ténèbres dans lesquelles je vivais depuis des années. Après ces larmes purificatrices sont venues une grande joie, la liberté, la force et l’espérance, qui ont comblé tout mon cœur et tout mon être. Ma foi a cessé d’être un appendice à ma vie, elle est devenue le sens unique de mon existence. Elle a cessé d’être morte et est devenue vivante. Je me suis enfin sentie en sécurité, libre et sereine. Les paroles de saint Augustin : “Le cœur de l’homme est inquiet tant qu’il ne repose en Dieu”, se sont réalisées à 100% dans ma vie ».

134. Un autre témoignage particulièrement fort à cet égard nous vient d’une étudiante française : « Née d’un père libanais chiite devenu athée et d’une mère française catholique non pratiquante, j’ai grandi dans une certaine errance spirituelle. Mes parents souhaitaient nous laisser libres dans notre choix religieux, mais ce silence a longtemps été un manque. Cependant, dès l’âge de 8 ans, j’ai trouvé une Bible… Ce premier élan a été nourri par mes années d’école à Chartres où je trouvais refuge et paix sous les piliers de la cathédrale après les cours. Le véritable tournant s’est produit en 2004, pendant mes cours propédeutiques [à l’université]. Seule, loin de ma famille et écrasée par la pression des concours, j’ai vécu une véritable révélation. Un soir, devant mon bureau, l’évidence s’est imposée : Dieu existait, il était là, juste à côté de moi, avec une présence presque palpable. Cet immense soulagement a transformé ma solitude en un cheminement en sa compagnie. Le Seigneur a ensuite mis des témoins sur mon chemin… [dont] un chrétien maronite, [qui] portait en lui une foi rayonnante. Un jour, en voyant une image du Sacré-Cœur de Jésus qu’il gardait dans son portefeuille, j’ai compris : c’était Lui, Jésus, qui m’avait rendu visite ce soir-là dans ma chambre d’étudiante. Malgré tout… le rythme effréné de mon travail m’a conduite au burn-out en 2019. Dans cette période de crise, seul Jésus m’a sauvée. J’ai alors entrepris un pèlerinage de guérison… j’ai radicalement changé de vie. Aujourd’hui, ma vie est stable et heureuse, je sens qu’il est enfin temps de tenir ma promesse. En recevant les sacrements de l’initiation chrétienne, je souhaite sceller pour l’éternité mon alliance avec le Christ, qui ne m’a jamais abandonnée ».

135. D’autres fois, c’est la force de la prière et des sacrements qui soutient dans les situations de crise, comme en témoigne l’expérience d’une femme originaire de la Jamaïque : « Je suis catholique “depuis le berceau”, élevée par une mère qui était une fidèle catholique. Enfant, dans une toute petite ville de Jamaïque, je lisais et je servais même à l’autel, car de nombreux paroissiens étaient peu instruits et beaucoup ne savaient pas lire. Je donnais à Dieu ce que j’avais envie de lui donner. Il y avait des moments où je donnais 90%, et d’autres où ce n’était que 20%. Il y a environ 15 ans, bien que je prie avec ferveur pour sortir d’une [certaine] situation, il semblait que Dieu ne répondait pas. J’en suis arrivée à un point où j’avais l’impression que Dieu n’écoutait tout simplement pas… J’en ai conclu que cela ne servait à rien de prier. J’ai complètement cessé de prier… S’en est suivie une grande crise de foi. J’ai commencé à tout remettre en question et à tout remettre en doute. Je me sentais vraiment comme un imposteur. En vérité, j’enseignais le catéchisme aux enfants, alors que je n’étais même pas sûre de croire à ce que j’enseignais. [Mais] Dieu sait toujours où nous trouver et comment nous atteindre. Mon esprit a commencé à comprendre la véritable puissance des sacrements… et, surtout, de l’Eucharistie : Jésus est bel et bien là. Les difficultés auxquelles je faisais face et qui ont provoqué ma crise de foi existent toujours, mais ce qui a changé c’est ma façon de prier. Le but de mes prières n’est plus ce que Dieu peut me donner. Au contraire, je demande ce que je peux donner à Dieu ».

Le témoignage de la charité, de la culture et de la beauté

136. Comme nous l’avons déjà évoqué, la beauté (via pulchritudinis) constitue une voie importante d’accès à la foi, cette beauté qui, comme l’enseignaient les docteurs du Moyen Âge, est la synthèse de la vérité et de la bonté. En un mot, c’est la beauté de l’amour qui se manifeste sous une multitude de formes. C’est précisément à partir du thème de la beauté, capable d’allier la rigueur intellectuelle à l’expérience esthétique, que s’inscrit le témoignage d’un étudiant en neurobiologie originaire de Suisse : « J’ai grandi dans une famille athée ; chez nous, “cartésien” était le mot d’ordre, souvent présenté comme une antithèse évidente de la foi. La présence de Dieu dans ma vie s’est manifestée comme un souffle de vent venu de loin. La première fois que j’ai éprouvé ce sentiment de plénitude, c’était en assistant à une exécution extraordinaire d’un morceau de Chopin. Puis il y a eu cette soirée où, du sommet d’une montagne de Crimée, j’ai contemplé l’immensité de la mer Noire et les montagnes qui s’étendaient à mes pieds. Je pensais ressentir cette paix parce que je contemplais la beauté de l’humanité. [Puis] un jour, j’ai franchi le seuil de la cathédrale de Chartres. La question ne se posait plus : la source était là, sous mes yeux. Je ne sais pas quand mon cheminement avec Dieu a commencé, mais je suis certain de l’avoir accueilli la première fois que je me suis agenouillé pour prier. Ce fut un bain de paix, un baume pour l’âme. Lorsque j’ai pris conscience de la voie que j’empruntais, j’ai décidé de rester à l’écart. Dans les milieux scientifiques, toute allusion à ce sujet s’accompagne de longs débats, de critiques dénigrantes et même de véritables blasphèmes. J’ai vécu mes premières prières, mes premiers chapelets, mes premières messes tout seul. Je pensais rejoindre la communauté une fois que j’aurais acquis suffisamment de connaissances. À ma grande surprise, c’est la communauté qui m’a accueilli. J’avais eu la chance d’être baptisé grâce à l’insistance de mes grands-parents maternels. Je pense que le moment est venu de clore ce chapitre de découverte et d’avancer pleinement dans ma vie de catholique. J’ai donc entamé mon parcours vers la confirmation ».

137. D’autres fois, c’est la simplicité de la charité, se manifestant par la gentillesse et l’accueil, qui ouvre les portes de la foi, comme en témoigne ce catéchumène vietnamien, dont les propos ont été relayés par les évêques de Malaisie : « Je suis né dans une famille bouddhiste. J’ai grandi sans prêter beaucoup d’attention à la religion. Je suis venu en Malaisie, parce que je voulais étudier l’anglais. Au Vietnam, ces cours sont chers, mais j’ai trouvé un cours d’anglais gratuit dispensé par des chrétiens philippins. J’ai été accueilli chaleureusement par tout le monde. Ils enseignaient avec sincérité et nous offraient même à manger et à boire. J’ai pu constater leur gentillesse et leur générosité. Ils traitaient tout le monde de la même manière. Au cours d’une des leçons, on a projeté une vidéo sur la passion et la résurrection de Jésus, qui se terminait par une simple question : “Où est Dieu ?” Mais j’ai ressenti quelque chose. C’était une petite émotion, mais elle est restée en moi. Des années plus tard, j’ai fait la connaissance d’un [chrétien] malaisien par le biais de mon travail et j’ai commencé à participer à la messe avec lui. À l’église, les gens étaient aimables et les homélies m’ont touché. Mais la vieille question est revenue : qui est Dieu ? Avec l’aide de mon ami, je me suis inscrit aux cours de catéchuménat et je serai baptisé cette année. Je me sens plus fort, moins effrayé par les défis de la vie. Je suis non seulement prêt à devenir catholique, mais aussi prêt à faire partie du miracle de Dieu ».

Conclusion

138. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a reçu du pape François, vers la fin de sa vie, la mission de proposer à l’Église une réflexion sur la transmission de la foi ; cette demande a ensuite été réitérée par le pape Léon XIV. Le Dicastère a accueilli cette mission dans l’esprit du renouveau missionnaire demandé à tout le peuple de Dieu, y compris aux institutions curiales. En effet, son service ne se limite pas à la garde d’un dépôt de doctrines à croire (credere Deum), mais comprend également la promotion de tout ce qui favorise l’engagement personnel et actif dans l’accueil de la lumière de la foi (credere Deo et credere in Deum). Cela concerne en particulier la Section doctrinale du Dicastère, qui est appelée à favoriser « les études visant à faire grandir la compréhension et la transmission de la foi au service de l’évangélisation, afin que sa lumière soit un critère pour comprendre le sens de l’existence ».[130] La question de la transmission de la foi ne nous éloigne donc pas du depositum fidei, ni n’implique de réduire le débat à la seule dimension subjective de la fides qua. Il s’agit simplement d’un appel lancé aux fidèles pour qu’ils reviennent au cœur du patrimoine de la foi chrétienne : le kérygme en est, en effet, le contenu central, qui parcourt comme un fil d’or la hiérarchie harmonieuse des « vérités de la doctrine catholique »[131] et éclaire tous les éléments du depositum fidei, en attirant vers l’expérience d’une rencontre personnelle et communautaire avec le Christ vivant.

139. Au cours de la réflexion développée dans le présent document, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a accueilli avec joie la réponse généreuse de nombreuses Conférences épiscopales, qui ont fait part de leur sincère préoccupation concernant ce thème. La richesse des contributions reçues dépasse les limites d’un seul document ; par conséquent, la question abordée dans les présentes Considérations reste ouverte à des approfondissements ultérieurs et à de nouveaux développements. Ce Dicastère reconnaît que ce domaine relève de la compétence d’un autre Dicastère, le Dicastère pour l’Évangélisation – Section pour les questions fondamentales de l’Évangélisation dans le monde –, qui s’est engagé depuis longtemps dans un parcours de recherche et de dialogue non seulement sur la transmission de la foi, mais aussi sur d’autres thèmes qui lui sont liés : le catéchuménat, les différentes formes de catéchèse, la formation des fidèles, les contextes communautaires d’accueil et de croissance des nouveaux croyants, etc.

140. Nous souhaiterions maintenant conclure ces Considérations sur la transmission de la foi dans le contexte d’un changement d’époque par une image très chère à chaque fidèle, capable de représenter un symbole d’espérance pour l’avenir. Il s’agit de l’image de la liturgie de l’allumage du cierge pascal et de sa mise en place sur l’autel, après la procession le long de la nef de l’église, au cours de la veillée pascale solennelle célébrée selon le rite latin. Comme on le sait, la procession commence après l’allumage du cierge : à l’exception du diacre qui porte le cierge, tous avancent en tenant dans leurs mains des cierges éteints. Ensuite, le célébrant d’abord, puis les autres participants reçoivent du cierge pascal, ou de cierges allumés à lui, la flamme avec laquelle ils allument leur propre cierge et, à leur tour, peuvent la transmettre à d’autres.

141. À trois reprises, en prononçant l’invocation « la Lumière du Christ » (ou, dans certains pays, une formule alternative), le diacre annonce au monde la présence de la lumière du Christ, qui se manifeste par l’allumage progressif des cierges. Ainsi, à partir de la flamme unique du cierge pascal, tous les cierges des fidèles sont allumés lentement et dans l’ordre, et, à la fin de la procession, les lumières de l’église sont également allumées.

142. C’est ainsi que nous aimerions imaginer l’élan que ces Considérations souhaitent offrir à l’Église en cette période de changement d’époque. Elles veulent rappeler avec force que le Christ est la vraie lumière : il illumine, parce qu’il libère des ténèbres et introduit dans la plénitude de la vie, accomplissement de l’accueil de l’amour inconditionnel de Dieu dans les cœurs. À nous, croyants, il a déjà été donné de rencontrer la lumière et de laisser notre vie être éclairée par la « vraie lumière » du monde (cf. Jn 1, 9). Il nous appartient désormais de transmettre ce même don aux hommes et aux femmes de notre temps, qui, peut-être sans toujours en avoir conscience, attendent eux aussi de pouvoir faire rayonner leur existence à cette même source de toute grâce, lumière qui resplendit dans le monde.

143. Enfin, on ne peut passer sous silence le témoignage de tant de laïcs évangélisateurs qui, ces derniers temps, ont atteint la sainteté. De nombreux jeunes ont admiré la passion pour l’évangélisation chez saint Carlo Acutis, tout comme l’exemple admirable de sainte María Antonia de Paz y Figueroa, connue sous le nom de Mama Antula, au cours de son long pèlerinage d’évangélisation. De nombreux laïcs ont, par ailleurs, donné leur vie pour porter la lumière du Christ : saint Sebastiano, saint Paolo Chông Hasang, saint Peter to Rot. À leurs côtés, les contemplatifs et les contemplatives entretiennent la flamme de la foi par la prière et l’intercession car, sans l’action du Saint-Esprit, tous nos efforts sont vains. Nous invitons donc toutes les communautés à promouvoir en leur sein des moments de prière et d’intercession qui soutiennent la transmission de la lumière de la foi.

144. Marie, qui s’est rendue présente au milieu des différents peuples à travers les formes les plus variées de leur foi et de leur dévotion, rendant ainsi plus perceptible sa proximité maternelle, porte toujours en elle la lumière et l’amour du Seigneur. L’Évangile raconte qu’elle a agi ainsi dès le début, lorsqu’elle a porté Jésus chez Élisabeth (cf. Lc 1, 39-45). La Vierge continue de le faire aujourd’hui encore, en offrant la beauté de l’Évangile. En effet, elle a médité attentivement et gardé dans son cœur tout ce que le Christ a fait et dit (cf. Lc 2, 19.51). Elle a été le grand témoin de l’Incarnation et de la naissance du Seigneur jusqu’à sa mort sur la croix et à sa résurrection, l’accompagnant tout au long de sa vie terrestre. C’est pourquoi, devant le visage de Marie, le peuple fidèle reconnaît « dans cette image maternelle tous les mystères de l’Évangile ».[132] Celui qui considère la foi mariale des simples avec une attitude exclusivement intellectuelle risque de ne pas comprendre que, bien souvent, l’Évangile du Christ se transmet de manière mystagogique, à travers des symboles, des expériences, la confiance et l’affection. À Marie, Maîtresse de la transmission de la foi, nous demandons d’intercéder pour nous dans notre engagement renouvelé à porter la lumière du Christ aux nouvelles générations.

Le Souverain Pontife Léon XIV, lors de l’audience accordée au soussigné Préfet, ainsi qu’au Secrétaire de la Section doctrinale du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le 21 août 2026, Mémoire liturgique de saint Pie X, pape, a approuvé le présent document, adopté lors de la Session Ordinaire de ce Dicastère le 24 juin 2026, solennité de la Nativité de saint Jean-Baptiste, et en a ordonné la publication.

Donné à Rome, au siège du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le 22 octobre 2026, mémoire
liturgique de saint Jean-Paul II.

Víctor Manuel Card. Fernández
Préfet

Mgr Armando Matteo
Secrétaire
de la Section doctrinale

Ex Audientia Die: 21 Augusti 2026
Leo PP. XIV

 


[1] Léon XIV, Discours aux évêques de la Conférence épiscopale italienne (17 juin 2025) : L’Osservatore Romano (17 juin 2025), 2.

[2] Léon XIV, Discours aux participants à la session plénière du Dicastère pour l’Évangélisation – Section pour les questions fondamentales de l’Évangélisation dans le monde (28 mai 2026) : L’Osservatore Romano (28 mai 2026), 2.

[3] Pour aider le lecteur à s’orienter tout au long des présentes Considérations qui s’articulent en plusieurs chapitres, il peut être utile de donner dès à présent un aperçu synthétique de leur parcours thématique. Les chapitres I et II en posent les fondements théologiques, en partant de l’annonce de l’amour du Père manifesté dans la personne et les œuvres de Jésus de Nazareth, pour aboutir à ses principaux contextes de transmission au sein de l’Église, à savoir la famille et la communauté. Le chapitre III s’attarde sur les défis liés au changement d’époque, caractérisé par une difficulté sans précédent à perpétuer les formes traditionnelles de transmission de la foi, ce à quoi le chapitre IV répond en mettant en avant le cœur battant de cette œuvre, à savoir l’annonce du kérygme. Le chapitre V expose diverses réflexions pratiques sur la transmission de la foi dans la vie des communautés sous ses différents aspects, tandis que les chapitres VI et VII approfondissent respectivement la relation entre foi et culture et indiquent certaines sollicitudes pastorales spécifiques. Le chapitre VIII, enfin, rassemble quelques témoignages concrets qui illustrent la transmission de la foi dans le contexte de la vie quotidienne des personnes.

[4] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes (7 décembre 1965), n. 22 : AAS 58 (1966), 1043.

[5] François, Exhort. ap. Christus vivit (25 mars 2019), n. 1 : AAS 111 (2019), 391.

[6] Benoît XVI, Lett. enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), n. 1 : AAS 98 (2006), 217.

[7] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 1 : AAS 105 (2013), 2019.

[8] François, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 1 : AAS 105 (2013), 555-556.

[9] François, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 37 : AAS 105 (2013), 580.

[10] François, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 38 : AAS 105 (2013), 580.

[11] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum (18 novembre 1965), n. 8 : AAS 58 (1966), 821.

[12] Cf. XIIIe Assemblée ordinaire du Synode des Évêques, Instrumentum laboris (2012), n. 105.

[13] François, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 38 : AAS 105 (2013), 581.

[14] Benoît XVI, Homélie pour la messe d’inauguration de la Ve Conférence générale de l’épiscopat d’Amérique latine et des Caraïbes (13 mai 2007) : Insegnamenti III, 1 (2007), 848-849.

[15] Léon XIV, Discours lors du consistoire extraordinaire (7 janvier 2026) : L’Osservatore Romano (8 janvier 2026), 2.

[16] Léon XIV, Homélie à l’occasion du Jubilé des familles, des grands-parents et des personnes âgées (1er juin 2025) : L’Osservatore Romano (2 juin 2025), 2.

[17] Léon XIV, Homélie lors de la fête du Baptême du Seigneur (11 janvier 2026) : L’Osservatore Romano (11 janvier 2026), 4.

[18] François, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 43 : AAS 105 (2013), 584.

[19] François, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 53 : AAS 105 (2013), 591.

[20] Témoignage du père Duval disponible sur le site http://pierre.aime.duval.free.fr/priere.htm.

[21] François, Homélie à l’occasion de la fête du Baptême du Seigneur - Célébration du baptême d’enfants (7 janvier 2018) : L’Osservatore Romano (8-9 janvier 2018), 8.

[22] Léon XIV, Homélie à l’occasion du Jubilé des catéchistes (28 septembre 2025) : L’Osservatore Romano (29 septembre 2025), 2.

[23] Cf. François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 70 : AAS 105 (2013), 1049-1050.

[24] François, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 18 : AAS 105 (2013), 565.

[25] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 14 : AAS 105 (2013), 1025, qui cite Benoît XVI, Homélie de la messe de conclusion à la XIIIe Assemblée générale Ordinaire du Synode des Evêques (28 octobre 2012) : AAS 104 (2012), 890, en italiques dans le texte original.

[26] François, Discours à la Curie romaine à l’occasion des vœux de Noël (21 décembre 2019) : AAS 112 (2020), 43. Pour être précis, l’expression « changement d’époque » n’est pas apparue pour la première fois dans ce discours, mais a été introduite par le pape François à l’occasion de son entretien du 29 juin 2014, dans le quotidien italien Il Messaggero.

[27] Conseil Épiscopal Latino-américain et des Caraïbes Celam, Document final de la Ve Conférence de l’épiscopat d’Amérique latine et des Caraïbes (13-31 mai 2007), n. 44.

[28] Cf. François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 30 : AAS 112 (2020), 979-980.

[29] Léon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 6.

[30] Léon XIV, Discours aux Supérieurs majeurs de la Compagnie de Jésus (24 octobre 2025) : L’Osservatore Romano (24 octobre 2025), 5.

[31] Léon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 26.

[32] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 70 : AAS 105 (2013), 1049.

[33] Conférence des Évêques catholiques de la Fédération Russe, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (30 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[34] Cf. Conférence Épiscopale d’Albanie, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (19 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[35] Église Métropolitaine Grecque-Catholique Hongroise, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Chiesa sui iuris (7 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[36] Conférence Épiscopale du Chili, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (11 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[37] Cf. Conférence Épiscopale des Antilles, Lettre pastorale A Mandate for the Kingdom: Mission and Evangelization in the Caribbean (9 janvier 2018), n. 30.

[38] Conférence Épiscopale du Panama, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (14 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[39] Conférence Épiscopale de la Colombie, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (16 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[40] Cf. Conférence Épiscopale du Pérou, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (30 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[41] Cf. Conférence des Évêques catholiques de Corée, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (31 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[42] Cf. Conférence des Évêques catholiques de Malaisie, Singapour et Brunei, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (3 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[43] Cf. Conférence des Évêques catholiques du Bangladesh, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (15 mai 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[44] Cf. Conférence des Évêques catholiques du Japon, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (20 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[45] Cf. Conférence des Évêques catholiques de l’Asie Centrale, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (3 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[46] Conférence des Évêques catholiques de l’Afrique du Sud, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (4 mai 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[47]Cf. Conférence des Évêques catholiques de Zambie, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (10 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[48] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 73 : AAS 105 (2013), 1050-1051.

[49] Conférence des Évêques catholiques des États-Unis, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (30 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[50] Conférence Épiscopale de Roumanie, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (14 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[51] François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 105 : AAS 112 (2020), 1005.

[52] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 64 : AAS 105 (2013), 1047.

[53] Conférence Épiscopale espagnole, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (14 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[54] Conférence nationale des Évêques du Brésil, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (31 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[55] Conférence Épiscopale d’Autriche, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (31 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[56] Léon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 4.

[57] Léon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 139.

[58] XVIe Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques, Rapport de synthèse de la première session (28 octobre 2023), n. 17a). Cf. Léon XIV, Discours aux participants à la conférence « Artificial Intelligence and Care of Our Common Home » (5 décembre 2025) : L’Osservatore Romano (5 décembre 2025), 2.

[59] Léon XIV, Message pour la LXe Journée mondiale des communications sociales (24 janvier 2026) : L’Osservatore Romano (24 janvier 2026), 2.

[60] Léon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 132.

[61] Conférence Épiscopale de Belgique, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (3 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[62] Conférence Épiscopale du Chili, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (11 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[63]Pour plus de détails sur cette étude, consulter le site https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/les-sacrements/le-bapteme/baptemes-adultes/.

[64] Cf. Patriarcat Maronite d’Antioche, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (1er avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[65] Conférence des Évêques catholiques du Nigéria, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (6 mai 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[66] Conférence Épiscopale de la Tanzanie, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (26 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[67] Cf. Conférence Épiscopale de Côte d’Ivoire, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (15 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[68] Cf. Conférence Épiscopale Nationale du Congo, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (30 mars 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[69] Léon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 223.

[70] Léon XIV, Lettre aux Cardinaux (14 avril 2026): L’Osservatore Romano (14 avril 2026,) 7 ; cf. Id., Discours à l'occasion du Jubilé des missionnaires numériques et des influenceurs (29 juillet 2025): L’Osservatore Romano (29 juillet 2025), 2.

[71] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum (18 novembre 1965), n. 2 : AAS 58 (1966), 818.

[72] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum (18 novembre 1965), n. 5 : AAS 58 (1966), 819.

[73] Cf. Commission Théologique Internationale, De l’interprétation des dogmes (1989), 2.1.1.

[74] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 164 : AAS 105 (2013), 1088-1089.

[75] Conseil Pontifical pour la Promotion de la nouvelle évangélisation, Directoire pour la catéchèse (2020), n. 57.

[76] Cf. Conseil Pontifical pour la Promotion de la nouvelle évangélisation, Directoire pour la catéchèse (2020), n. 56-57.

[77] Léon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 22.

[78] Cf. https://www.evangelizatio.va/content/pcpne/it/attivita/catechesi.html.

[79] François, Lett. enc. Dilexit nos (24 octobre 2024), n. 26 : AAS 116 (2024), 1377.

[80] Benoît XVI, Lett. enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), n. 31 : AAS 98 (2006), 245.

[81] Augustin, Confessionum libri tredecim, XII, 16, 23 : PL 32, 834.

[82] François, Exhort. ap. Christus vivit (25 mars 2019), n. 211 : AAS 111 (2019), 450.

[83] A. Hurtado, « Ustedes son la luz del mundo », discours à El Cerro San Cristóbal, Chili (1940), tel que le cite François, Exhort. ap. Christus vivit (25 mars 2019), n. 175 : AAS 111 (2019), 440.

[84] Cf. François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 70 : AAS 105 (2013), 1050.

[85] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 165 : AAS 105 (2013), 1089.

[86] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Unitatis redintegratio (21 novembre 1964), n. 11 : AAS 57 (1965), 99.

[87] Cf. François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), nn. 36-37 : AAS 105 (2013), 1035.

[88] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 165 : AAS 105 (2013), 1089.

[89] Cf. François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), nn. 127-129 : AAS 105 (2013), 1073.

[90] François, Lett. ap. Aperuit illis (30 septembre 2019), n. 8 : AAS 111 (2019), 1500.

[91] Cf. Aelred de Rievaulx, De spiritali amicitia : CCCM 1, 279-350.

[92] François, Exhort. ap. Christus vivit (25 mars 2019), n. 151 : AAS 111 (2019), 432.

[93] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes (7 décembre 1965), n. 52 : AAS 58 (1966), 1073.

[94] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 24 : AAS 105 (2013), 1030.

[95] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 45 : AAS 105 (2013), 1039.

[96] Cf. Prosper d’Aquitaine, Indiculus, c. 8 : PL 51, 209.

[97] Augustin d’Hippone, Confessionum libri tredecim, IX, 6, 14: PL 32, 769-770.

[98] R. Guardini, Spiegel und Gleichnis. Bilder und Gedanken, Mainz-Paderborn 1990, 158-161.

[99] François, Exhort. ap. Gaudete et exsultate (19 mars 2018), n. 9 : AAS 110 (2018), 1113.

[100] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium (21 novembre 1964), n. 11: AAS 57 (1965), 15-16.

[101] François, Exhort. ap. Gaudete et exsultate (19 mars 2018), n. 14 : AAS 110 (2018), 1115.

[102] Térence, Heautontimoroumenos, I, 1, 25.

[103] Leon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 122.

[104] Léon XIV, Exhort. ap. Dilexi te (4 octobre 2025), n. 3 : AAS 117 (2025), 1240.

[105] Léon XIV, Exhort. ap. Dilexi te (4 octobre 2025), n. 104 : AAS 117 (2025), 1280-1281.

[106] H.U. von Balthasar, La Gloire et la Croix : les aspects esthétiques de la Révélation, vol. 1, Paris 1981, p. 128. On peut y ajouter : « Si le verum est dépourvu de cette splendor qui, pour Thomas, constitue la marque du beau, alors la connaissance de la vérité reste à la fois pragmatique et formaliste. […] Et si le bonum est dépourvu de cette voluptas qui, pour Augustin, est le signe de sa beauté, alors le rapport au bien reste utilitariste et hédoniste » (ibid.).

[107] Cf. François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 167 : AAS 105 (2013), 1090.

[108] Leon XIV, Discours aux participants au “Concert avec les pauvres” (6 décembre 2025) : L’Osservatore Romano, 9 décembre 2025, 4.

[109] Jean Paul II, Discours aux participants au Congrès National du Mouvement Ecclésial pour l’engagement culturel (16 janvier 1982), n. 2 : Insegnamenti V, 1 (1982), 131, qui cite Paul VI, Exhort. ap. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 20 : AAS 68 (1976), 18 ; cf. Conseil pontifical de la Culture, Pour une pastorale de la culture (23 mai 1999).

[110] Jean Paul II, Lett. enc. Slavorum apostoli (2 juin 1985), n. 21: AAS 77 (1985), 802.

[111] Jean Paul II, Lett. enc. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 52 : AAS 83 (1991), 300.

[112] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 122 : AAS 105 (2013), 1071.

[113] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 127 : AAS 105 (2013), 1073.

[114] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 132 : AAS 105 (2013), 1075.

[115] Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes (7 décembre 1965), chap. I : AAS 58 (1966), 1034-1044.

[116] Léon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 3.

[117] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 123 : AAS 105 (2013), 1071.

[118] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 126 : AAS 105 (2013), 1073.

[119] Il s’agit d’un phénomène qui, depuis quelques années, se traduit par une implication croissante des jeunes dans des confréries religieuses ou dans des groupes de jeunes liés au monde catholique. Outre la participation à la vie des confréries elles-mêmes qui culmine, au niveau public, avec les processions traditionnelles organisées à l’occasion des principales solennités, on note également des rassemblements nationaux qui attirent un nombre croissant de participants, comme l’avait déjà signalé en 2016 le magazine en ligne de l’archidiocèse de Madrid : cf. https://alfayomega.es/las-cofradias-se-han-convertido-en-puerta-de-entrada-a-la-iglesia-para-muchos-jovenes/.

[120] Cf. François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), nn. 135-144 : AAS 105 (2013), 1076-1080.

[121] Conférence des Évêques du Ghana, Relazione sulla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (27 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[122] Cf. Conférence Épiscopale du Vénézuela, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (2 avril 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[123] Conférence des Évêques de France, Relazione e testimonianze relative alla trasmissione della fede nel territorio della Conferenza episcopale (5 juin 2026), Archives du Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

[124] Léon XIV, Lett. enc. Magnifica humanitas (15 mai 2026), n. 143.

[125] Conc. Œcum. Vat. II, Decr. Unitatis redintegratio (21 novembre 1964), n. 1 : AAS 57 (1965), 90 ; cf. Id., Decr. Ad gentes (7 décembre 1965), n. 6 : AAS 58 (1966), 954-955.

[126] Jean Paul II, Lett. enc. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 50 : AAS 83 (1991), 297.

[127] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 246 : AAS 105 (2013), 1119.

[128] Ibid.

[129] Les comptes rendus qui suivent sont des résumés rédigés à partir d’extraits tirés des textes originaux des témoignages. Pour faciliter la lecture, les omissions ne sont pas signalées. Les éventuels ajouts apportés au résumé sont indiqués entre crochets.

[130] François, Lett. ap. en forme de “Motu proprio” Fidem servare (11 février 2022), n. 2 : AAS 114 (2022), 288.

[131] Conc. Œcum. Vat. II, Decr. Unitatis redintegratio (21 novembre 1964), n. 11: AAS 57 (1965), 99.

[132] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 285 : AAS 105 (2013), 1135 ; cf. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Note doctr. Mater populi fidelis (4 novembre 2025), n. 77.